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Digitized by the Internet Archive
in 2010 with funding from
University of Ottawa
http://www.archive.org/details/parisatlasOObour
P?\R1S-ATL?VS
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Texte par Fernand BOURNON
ARCIIIVISTE-PALEOGRAI'JIE
28 Cartes dont 24 en couleurs
595 Reproductions photographiques
3-2 Dessins
UBRKIRIE LAROUSSE . PRRlS .
PRÉFACE
ARis n'est pas une ville, c'est un monde! s'écria, dit-on, Charles-Quint. Qu'en
dirail-il dune aujourd'hui ! Et Paris n'est pas un monde seulement par ce qu'en
voient de lui les yeux charmés d'un étranger, par ses monuments, ses rues, ses
mœurs, par ce mouvement all'airé et prodigieux de sa circulation : il Test encore
par son passé, son histoire, ses institutions.
Aussi, comme l'histoire du monde exige des volumes à l'infini — car elle
■se renouvelle chaque jour — il en est de même pour Paris. A peine si la vie d'un homme, actif
autant qu'instruit, suffirait à en dresser la simple nomenclature, et la Bibliothèque historique de
la Ville, avec ses 120,000 volumes, n'ose pas affirmer qu'elle les possède tous.
C'est surtout — il faut le dire — durant la seconde moitié du xix'- siècle que l'attention des
savants et des curieux a été captivée par un sujet aussi fécond. Le xyu!" nous avait légué sur le
passé de Paris à travers les âges des munumenls de haute érudition : les travaux de Sauvai, de
Félibien et Lobineau, du commissaire Delamare, de Lebeuf, de Jaillot sont et seront toujours consultés
avec le plus grand profit. Mais il restait beaucoup à faire après eux. Depuis cinquante ans, on l'a
compris. On a senti quelle mine inexplorée de renseignements renfermaient les dépôts d'archives, et
les publications se sont succédé sans relâche. L'initiative particulière s'est jointe à celle de l'admi-
nistration; à côté de la remarquable collection de l'histoire générale de Paris, que dirige la
municipalité, viennent prendre place les travaux émanant de la Société de l'Histoire de Paris et de
rile-de-Frauce, et de sociétés de quartiers, de jour en jour plus nond)reuses, ainsi que les ouvrages
entrepris par les travailleurs isolés.
La présente publication apparti(>nt à celle dei'uière catégorie. Dans les cmiditious où elle a ete
entreprise, nous croyons pouvnir dire qu'elle ne fera dmible euq)loi avec aucun de ses devanciers.
La rédaction du texte a été confiée à un écrivain (pii, depuis plus de vingt ans, s'occupe e.xclusivement
d'histoire parisienne. AreliivisU'-iialéographe, collaboraleui- îles traviuix historiques de la Mlle, auteur
de nombreux ouvrages d'ens(Mul)le un de détail sur l'histoire parisienne (l'Académie française a
couronné l'un d'entre eux), bien placé, par suite, pour se tenir au courant de toutes les découvertes
PARIS -ATLAS
qui la concernent, il les a toutes mises en œuvre, en y ajoutant çà et là, par une discrète coquetterie,
des documents encore inédits, puisés de longue date aux sources pures des archives et des biblio-
thèques, et que les érudits seront bien forcés désormais de lui emprunter.
Pour la parure extérieure du livre nous n'avons, moins que jamais, reculé devant aucun effort,
devant aucun sacrifice. C'est un livre de luxe que nous offrons au public dans des conditions de prix
dont nul ne contestera la modicité. L'illustration photographique, qui, elle aussi, est éminemment
documentaire, en est aussi soignée qu'abondante. Elle comporte un plan d'ensemble, vingt plans
d'arrondissements, quatre plans de Paris à différentes époques, trois plans des environs, la reproduction
des principaux monuments disparus, des vues photogravées de tous les monuments existants et de
points pittoresques de la grande ville. Au total, environ 595 reproductions et 32 dessins.
Fournir aux innombrables visiteurs de la capitale et aux Parisiens eux-mêmes (qui passent
— c'est une calomnie peut-être — pour ne pas connaître leur pays) une description aussi complète
qu'attrayante de Paris à la fin du xix'' siècle, tel a été notre but. Si nous y avons réussi, nous serons
fiers d'avoir apporté à notre tour un hnmmage à la Ville unique, d'avoir mieux fait briller aux yeux
de tous son éclatante beauté.
LES ÉDITEURS.
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L'ANCIKN HOX'Kl. DE VILLE DE 1> A RIS. (D'après uoe gravure du xvii' siècle.)
Paris
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.\ R I s S .\ N S
~1#^ PA I R — c'esl-
(C) à-dire sans
.Ml — l'tait,
cli'jà au XIII'' si("'cle, un
dicton fort omployi'.
Dans le même temps,
-^ -^^^^^ se répi^tait un autre
proverbe qui est resté
usuel : Paris ne s'est pas fait en un .jour. Mais ce qui est remarquable,
c'est que, dès cette époque lointaine, les deux proverbes, dans le
midi de la France, y étaient cités en langue d'oc :
Et ven s'en à Paris, car Paris es ses pur, — et s'en vient à Paris, ear
Paris est sans pair.
Bigas les qu'en un jorn Pari^ non fo obriil, — diles-liii que Paris n'a
pas été fait en un .jour.
Le Midi, cependant, avait des capitales doni il pouvait être fier:
Toulouse, Bordeaux, Marseille ; mais Paris était devenu le siège de la
royauté, irin'i une grande part, et fort naturelle, de son prestige.
Les événenients bistoriques n"nnl, d'ailleurs, pas seuls concouru à
faire de Paiis ce qu'il est. Sa silualinn pbysique l'avait désigné comme
un site privilégié pour attirer, retenir, ti.ver une population nombreuse.
Au Nord et au Suil du fleuve coulant jadis à pleins bords, un cirque de
collines boisées, d'\in accès facile, sauf une, se prolongeant au loin par
des plateau.v; vers l'Kst, entre les deux vallées de la Marne et de la
Seine, un débouché non moins aisé; à l'Ouest, un chemin plus rude à
PAuis-Ari.;i3
frayer peut-être, mais cependant déjà préparé par le cours du ruis-
seau de Sèvres; au centre, quelques iles comme le lit de la Seine en
offre tant, de grandeur moyenne, boisées aussi, se défendant naturel-
lement, tel fut le lieu où était installée, il y a deux mille ans, la tribu
gauloise des Parisii. L'une de ces îles, ils la nommèrent d'un nom que
t:ésar a latinisé en Luielia et que nous avons francisé en l.ulère, s;ins
pouvoir en expliquer le sens d'une façon certaine. Ce fut leur chef-
lieu; ils la fortifièrent, et devenus déjà dédaigneux des barques légères,
la joignirent aux rives par deux ponts de bois.
De celle premièie civilisation, quebiues souvenirs matériels seule-
ment sont restés qui (U'ouvent que la tribu n'était pas uniquement can-
tonnée dans Lutèce. Le sol, tant de fois creusé sur Tune et Paulre rive,
a fourni en grand nombre des monnaies gauloises, des carcasses dani-
niaux anté-hisloriques, le squelette d'un chef gaulois dans la cour de
riCcole des Beaux-.\rts). une multitude «i'objels usuels en silex taillé.
Aux environs, se dressent encore aujourd'hui quelques dolmens, pierres-
levées, cromlechs, témoins solennels d'un monde disparu. Entin. il est
possible — mais on n'en est pas sur — que les Pnrmi aient honoré Mer-
cure en lui élevant un temple au sommet de la butte située au Nord de
Lutèce, et cela justifierait une des étymologies proposées pour le nom
de Montmartre, inons Mcrcurii. l"n sanctuaire païen y exista iuconles-
tabb'nient; toutefois, il serait téméraire d'aflirmer qu'il fut antérieurà
la domination romaine.
Qui dira ce que fût devenue Lutèce si César ne l'avait pas conquise
après le glorieux combat où succombèrent les liaulois, leur chef Caniu-
logène eu tète, pour avoir voulu garder leur indépendance"? Us avaient
PARIS -ATLAS
PLAN DE PARIS EN 1300. (D'après MM. Mareusc et Taisnc.)
détruit Ipurs ponts, puis brùlr lours cabanes, afin do nft laissor à l'en-
nemi, s'il triomphait, que des cadavres et des cendres : ils tinrent
parole. Les vainqueurs, eux, se gardèrent bien de laisser abandonné
un site aussi favorable; ils y prirent position, colonisèrent, cl pendant
la période gallo-romaine, Lutèce, redevenue capitale, connut plusieurs
siècles lie prospérité.
Les lémoipnaL'es qui le prouvent sont nombreux autant que variés. On
savait depuis longlemi)s, par des relations contemporaines, que les em-
A.--i'i!:cr DU i.orviir: surs ciiaulhs v.
pereurs romains avaient fait innstniire un palais vers rextrémité occi-
dentale de l'île. Des travaux faits en 184"-18'i8 dans le sous-sol du
Palais de justice ont mis au Jour les fondations de cet édifice, et ont
permis aux archéologues de juger de son importance. Plus récemment,
la commission du Vieux Paris a retrouvé, giàce à (rintclligeiiles fouilles
à la pointe orientale de l'île, puis sous la rue de la Colombe, la preuve
non équivo(]iie de l'existence d'une muraille d'enceinte, construite au
ni' ou iV^siècle. I)osl711, une dériiuverte capitale avait été faite sous le
chnnir de .\otre-])ame-de-Paris. On avait exlminé \mc
série de pierres ayant ronslilué un monuiiuiil ipii
n'était autre qu'un autel, et une inscription iiidi<|nait
que, sous le règne de Tibère, les naules parisiens
avaient élevé cet autel à Jupiter très bon et très grand.
Ainsi, dès le premier siècle de notre ère, les Parisiens
avaient formé une corporation de navigateurs, de ba-
teliers — c'est le sens du mot naules — régulière-
ment organisée, à l'imitation de celles (|ui existaient
dans les villes romaines. Cette corporation, on la re-
trouve [dus lard, toujours puissante et maîtresse de la
ville-; c'est elle ipii fonda la mnnieipalilé paiisienne,
ciui lui donna son blason, le vaisseau s\ lubolique (Iguré
sur les sceaux dès le xa° siècle. De répo(|ue romaine
datent encore les deux premiers ponts de Paris, ron-
sliiiits dans l'axe île la giaiule voie qui reliait le Nord
il le Sud ili' la (niiile, représentés aujourd'hui pai- le
Pclil-l'onI et le pont Noire-Dame.
Noil'i pour Lutèce pr<i|irement dite, c'est-à-dire l'ilo
qui lut le berceau de Paris. La rive droite de la Seine
ui- semble p.is aviiii' été liabiléi' au temps des Homains;
il n'en est |ias de méi le la rive ijauche, du boni
méuie du lleiivc jusqu'au haut du liane septentrional
de la iiiontague Sainle-Geneviève ipie l'on nommait
PARIS DANS LE PASSÉ
alors Mons Lucolitius. Un fnnlioiirf; im-
portant s'y bâtit pendant les trois [ik-
miers siècles, et quelques vestigrs
vénérables, restés encore ilebout, sul-
liraient à l'attester : nous voulons par-
liT Ji'S Tliei'mos, et des arènes, (iu(;
l'cju trouvera décrits au cours de ci'l
ouvrage (V" arrondissement), et aussi
des ruines de Taiiucduc d'Arcueil, ann-
liant aux Tlieriiics les eaux de Hungis.
D'autres trouvailles ont été faites, à di-
verses époques, qui établissent l'exis-
tance dans ce faubourg d'un théAlrr
— sur l'emplacement du lycée SainI
Louis — , d'un cliàteau niililaire, un
peu au-dessus, vers l'c'Xtiémité infé-
rieure de la rue Soufflol, et d'un cain|>
retranclié, de l'autre côté de cette rue,
s'étendant jusqu'aux rues Royer-Col-
lard et Saint-Jacques. On sait enfin
que cette dernière, qui représente la
voie romaine était, suivant l'usage, bor-
dée do tombeaux; mais c'est un véri-
table cimetière gallo-romain qui a été
découvert en 1878 au sommet du pla-
teau, sur la droite de cette voie, vers
le point où la rue Nicole rencontre le
boulevard de Port-Royal.
Au moment où la puissance roiuaiin'
s'effondra devant les invasions germa-
niques, Lutèce, comptée au nombre des
villes principales de la Gaule, faisait partie de la quatrième province
lyonnaise, dont le chef-lieu était à Sens. Ainsi qu'il arriva pour la
plupart des cités, son nom originel avait été substitué à celui de la
tribu qui l'avait fondée; on ne disait plus Lutèce, on disait Paris.
Dans le tableau rapide que nous esquissons du développement de
Paris à travers les temps, la période qui suit n'a qu'une petite place.
Le sang de saint Denis et de ses deux compagnons, siants ftustique
et Eleuthère avait été, fécond pour la cause du Christ : la ville se chris-
tianisa et la nouvelle religion, si ardemment proscrite, inclina sous sa
loi les Francs envahisseurs. De gracieuses légendes veulent que sainte
Geneviève ait dompté Attila, qu'un évêque ait fait courber la tèle de
Clovis. Dès lors, la puissance de l'Église éclate : sous les Mérovingiens,
Paris commence à devenir une ville monastique; les églises sont peu
nombreuses encore, mais des abbayes se créent, dont l'influence et les
richesses ne feront que s'accroître durant douze cents ans : c'est, sur
l'ancien mont Lucotitius, l'abbaye de Sainte-Geneviève, fondée par Clovis
sous le nom de Saint-Pierre-et-Saint-Paul; c'est, sur la même rive, l'ab-
baye de Saint-Vincent, devenue
LA PLACE DÉGRÈVE AU XIV' SIÈCLE.
dont la place du Chàtelet garde le nom, l'autre au bas de la rue Saint-
Jacques, en tète du Petit-Pont. Ce dernier était une simple tour en
bois : douze habitants, douze héros s'y enfermèrent et le défendirent
jusqu'à la mort. La ville reconnaissante a fait graver leurs noms sur
une plaque de marbre apposée à l'endroit même qui fut témoin de
leur admirable résistance.
Les ténèbres furent lentes à se dissiper, mais il est dans les destinées
de Paris qu'il renaisse de ses cendres, plus glorieux après chaque dé-
sastre. On a sans doute exagéré les terreurs de l'an mille et l'espèce de
prostration des esprits dans l'attente de celte date fatidique; il est ce-
pendant certain que, dès le début du xi' siècle, une ère d'activité s'ou-
vrit. La tour do l'église Saint-Germain-des-Prés, date de ce temps-là;
regrettons quelle ait été débarrassée des créneaux dont elle était garnie
comme un château fort ; relTet devait être des plus pittoresques.
C'est alors aussi que la rive droite commença de se bâtir. Il n'est pas
téméraire de penser que ce fut surtout l'œuvre de ces anciens nautes,
nommés dès lors marchands do l'eau, et que les documents conterapo-
Saint-Germain-des-Prés, que
fonda Childeberl; c'est, peu
après, sur la rive droite, un cou-
vent, desservi d'abord par (|uel-
ques moines, aujourd'hui Saint-
Germain -l'Auxerrois; enlîn, à
deux lieues au Nord de la ville,
l'insigne basilique dans laquelle
Dagobert fit solennellement
transporter les restes de saint
Denis.
Une statue monumentale do
Charlemagne a été élevée sur le
Parvis Notre-Dame — la vraie
place historique du vieux Paris
— comme si cet orgueilleux em-
pereur avait des titres à la re-
connaissance des Parisiens. Il
n'en est rien, car il déccnlialisa
la capitale pour la transporter au
Nord-Est, à.\ix-la-Cha|)clle. Une
lamentable époque allait com-
mencer sous ses successeurs,
avec les invasions normandos,
«lui, par cinq fois, vinrent dé-
vaster la vallée de la Seine.
Comme au temps do César, Paris
combattit vaillamment. Deux c/k/
tckts commandaient le cours de
la rivière : l'un sur la rive droite,
PALAIS DE JUSTICE; CIIAMBKE DKS COMPrES BATIE SOUS LOUIS XI, INCENDIÉE EN 173:
PARIS -ATLAS
PLAN DE PARIS SOUS LOUIS XIV.
rains nous montrent installés aux abords de l'Hôtel de Ville actuel, iC
la Grève et au Monceau Saint-Gervais. Là fut le marche' public ; une
charte de Louis VII, où il est appelé le vieux marché (en 1 141), atteste le
cas que faisaient les Parisiens de cet emplacement, quoique déjà aban-
donné,puisque le roi le leur vendit nioyennantTO livres. Dans une autre
charte de la même année, le nouveau marché — fondé, dit le roi, jiar
son père — est dit situé aux Chumpeaux (aujourd'hui encore les
Halles). Enfin, l'on a des preuves que sous Louis VU la rive droite pos-
sédait déjà sa première enceinte, que représente assez bien le tracé de
la rue de la Verrerie, de la rue des Lombards et de la rue Saint-Denis
jusqu'au Chàtelet, d'une part, de la rue du Uoi-de-Sicile et de la rue
Vieilie-du-Temple jusqu'à la jilace Haudoyer, d'autre part.
Ainsi, du côté de l'Est, le vieux marché, siège de la corporation des
mariniers; vers l'Ouest, le nouveau marché fondé aux Champeaux par
Louis VI, tels étaient devenus, vers la tin du xii^ siècle, les deux centres
commerciaux de Paris. La rive gauche parait avoir été un peu délaissée,
si ce n'est à la place Maubertet sur le liane septentrional de la mon-
tagne Sainte-Geneviève; dans l'ile, les églises commençaient à se cons-
truire en grand nombre et la population s'entassait à leur ombre dans
d'étroites rues.
La prospérité de Paris doit beaucoup à Philippe-Auguste. Ce n'est pas
assez de la médiocre statue hissée au sommet d'une des deux colonnes
delà place de la Nation, et de son nom donné tardivement (en 1804) à
une avenue voisine, pour exprimer la gratitude de la cité envers l'un de
ses principaux fondateurs, car il a véritablement droit à ce titre. Les
Halles créées, le Louvre construit, le pavage des voies les plus impor-
tantes ordonné, ItTcimetière des Innocents clos de murs, étaient déjà
des œuvres éminemment utiles; il fit plus encore. La plus grande partie
de son règne fut employée à doter la ville d'une enceinte nouvelle qui
enveloppa les deux rives de murs llanqués de tours et de courtines,
précédés d'un large fossé sur lequel, en avant des portes, furent jetés
des ponts-levis. Sur la rive droite, elle partait du Louvre, se dirigeait
vers l'Est en passant par l'église de l'Oratoire, la Bourse du Commerce,
la rue du Jour, la rue Mauconseil, se rapprochait de la rue Rambuteau,
devenait parallèle à la rue des Francs-Bourgeois, puis tournant vers le
Sud presque à angle droit, venait aboutir à la Seine, à hauteur du mar-
ché de l'Ave-Maria. Sur la rive gauche, elle commençait en face du Louvre à
la fameuse tour de Nesle, suivait la rue Mazarine, la rue Mazet, le pas-
sage du Comnie,rce, la rue des J'^05.«(?VMonsieur-le-Prince, des Fossés-
Saint-Jacques, contournait l'enclos de l'abbaye de Sainte-Geneviève, et
redescendant vers le Nord-Est, atteignait la Seine parallèlement au
tracé des rues Thouin, des Fossés-Saint- Victor {rue du Cardinal-Lemoine)
et des Fossés-Saint-Jacques. En résumé, la partie orientale du P'' arron-
dissement, la majeure partie du IV', la moitié au moins du V« et le
tiers du VI= furent compris dans la nouvelle clôture (1). Des fragments,
parfois considérables de cette forlitîention — tours ou parties de mu-
raille — demeurés debout çà et là — en attestent la solidilé en même
temps qu'ils sont de précieux doeumenls pcuir l'arcliénlogie jiari-
sienne.
Du règne de Philippe -Auguste date encore un événenieni gros de
conséquence pour l'avenir de Paris.
Après la bataille de Fréteval, où
les bagages du roi, parmi lesquels
se trouvaient les chartes royales,
c'est-à-dire les archives mêmes de
la couronne, tombèrent aux mains
des Anglais, Philippe-Auguste dé-
cida que, désormais, le Trésor des
Chartes, — comme on l'ap-
pelait — ne suivrait plus h
souverain dans ses expédi
lions et serait gardé à Paris
N'était-ce pas donner ot'li-
(i) Il va sans dire que,
pour rendre plus claire
la descripiion du par-
cours de cetlc enceinte,
nous avons menlionné
des rues ou des édifices,
à plus juste raison des
/divisions administratives
qui n'existaient pas alors.
De plus, ces indications
mêmes ne sont qu'ap-
proximatives.
iu^
Lli l-OUVKli SOUS IlIi.MU IV.
MAI>-().\ Vi: LA UUli DK LA l'ICUKO.N .NKU 1 H
UKVA.Nf LAWfiaLK FUT A s » > '^ ^ 1 M 11 1 N U 1 IV.
PARIS DANS LE PASSÉ
cielloment ;i notre ville le liUe de capitale du royaume? Elle l'avait
déjà eu fait; l'aveuir prouve que, par la suite, les rois en firent rée
lement leur résidence coutumière, ou du moins légale.
Tout occupé qu'il ait été d'expéditions lointaines qu'inspirait sa dévo-
tion, saint Louis prend aussi une grande place dans les annales
parisiennes. Sa piété même a servi à enrichir la ville de plusieurs
monuments dont elle est flère à bon droit. Le principal est cette admi-
rable Sainle-Cliapelle qu'il fit construire tout exprès pour y déposer les
reliques rachetées aux inlidèles d'Orient, ou conquises sur eux. L'archi-
tecte en fut Pierre de Montereau ou de Montreuil, auquel on doit aussi
réalise et le réfectoire du prieuré de Saint-Marlin-des-Champs, où la
bibliotlièque et les collections du Conservatoire des arts et métiers ont
trouvé pour leur installation le plus séduisant des cadres. 11 avait
encore construit pour l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés un réfec-
toire et la chapelle de la Vierge, deux merveilles de l'art gothique, au
dire de ceux qui les purent voir, et dont la destruction est éternelle-
ment déplorable. Sous saint Louis fut achevée aussi la cathédrale de
Paris, Tune des plus bi-lles églises du munde, par la conslruclion de la
façade méridionale, sur le pe- ""
tit bras de la Seine. On y peut
lire la date de rachèvement
et le nom de l'architecte :
1237 — Jean de Chelles. Cette année 12o7 est bien inii'ôilanu- p..ur
une autre raison dans l'historiographie parisienne : c'est celle où le
roi donna à Robert de Sorbon les maisons et les terrains voisins du
palais des Thermes nécessaires à la fondation de l'Université.
Au regard de l'adminislration municipale, saint Louis prit des dispo-
sitions qui devaient avoir les plus graves conséquences. Déjà nous avons
parlé de la corporation des marchands de l'eau. Unis d'abord exclusi-
vement pour veiller à leurs intérêts corporatifs, ils s'étaient, dès le
xn'^ siècle, emparés de la gestion des affaires communales: ils siégeaient
dans un édifice que l'on nommait le Parloir aux Bourgeois el leur chef
était le prévôt des mai'chands. La justice était rendue pour le roiparun
autre officier, dont la charge était affermée sur les deniers municipaux.
is§, '% 1^' ?^fe^'?Mii-^ ■
l'UKlE S.^l.NT-BKUN.VRD liT CU.VrEAU 1) H LA 1 0 f U -N t-L LE.
(D'après uno gravure du xvii' siècle).
P.\tll = -ATLAS.
LA ÏOUU DE .NIÎSLE ET LHOrEL DE ^KVl:
sous LOUIS XIII.
PARIS -ATLAS
-^y:<
Saint Louis aperçut quels dangers la royauté courait à voir grandir
chaque jour devant elle un pouvoir municipal aussi étendu. Il se réserva
la nomination de loflicier de justice, qui fut désormais le prévôt de
Paris, et désigna pour ces fonctions un homme dont le nom est resté
célèbre, Etienne Boileau, l'auteur du Livre des Métiers de Paris, code et
règlement remarquable de toutes les associations ouvrières. Dès lors, la
prévôté de Paris et la prévôté des marchands demeureront distinctes
jusqu'à la Révolution, opposant presque constamment, l'une à l'autre,
durant cinq siècles, les forces et l'influence sur lesquelles elles s'ap-
puient : le roi, le peuple.
Cette opposition allait prendre pour la première fois, moins de cent ans
après l'institution de la prévôté royale, le caractère d'une lutte aiguë
où la nation même aurait pu périr. Qu'il suffise de rappeler les combats
que le peuple de Paris eut à livrer pendant la captivité du roi Jean,
autant contre les ennemis du dehors que contre ceux du dedans.
Le prévôt des marchands était Etienne Marcel. Pour avoir aimé les Pari-
siens et défendu leurs libertés, il a conservé une légitime auréole de
grandeur, bien que son rôle, surtout vers la fin, soit un peu obscur.
On eût mieux aimé le voir rester d'accord avec le dauphin, ce sage qui
fut Charles V. Les intérêts de la ville n'auraient eu qu'à y gagner, rai-
Charles V, une fois le pays pacifié, sut montrer combien il leur était
attaché.
Pour éviter le retour des dangers qu'avait fait courir à Paris l'ap-
proche de l'armée anglaise, il protégea les faubourgs de la rive droite
par une nouvelle enceinte que l'on peut se représenter par
une liL-ne partant de la Seine vers la place du Carrousel,
;' - «1 ?ii
1: ,-'Tii ^^nfii
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1 iMiKii. I>K I.A co.M-i;i;i..M,i.
COUR DE L'ANCIENNE SORBONNE. (D'après une gravure du x vu' siècle.)
traversant le Palais-Royal, puis, la place des Victoires, et suivant le tracé
de la rue d'Alioukir devenait parallèle aux grands boulevards jusqu'à
la Bastille, d'où elle rejoignait la Seine parallèlement au canal Saint-
Martin. La Bastille n'était encore qu'une porte fortifiée : elle allait peu
après, par l'adjonction de quatre tours aux quatre primitives, devenir
la fameuse prison que l'on sait. L'enceinte de la rive gauche, telle
que l'avait faite Philippe-Auguste, ne fut pas reculée, mais renforcée
sur les points faibles, et des fossés plus profonds y furent creusés.
l"n autre mérite de Charles V aux yeux des Parisiens est d'avoir
aimé la belle architecture et les autres arts. Il voulut avoir dans sa
capitale deux palais : l'un, officiel, le Louvre, qu'il fit reconstruire
presque entièrement; l'autre, une sorte de maison do campagne, bien
qu'on la nommât n l'ostel solennel des grands esbattemens », l'hôtel
Saint-Paul, composé de logis appartenant à divers propriétaires. De là,
par un passage souterrain, le roi pouvait gagner la Bastille et la cam-
pagne. L'expérience de ses jeunes années l'avait rendu prudiiit.
Sous le règne de ce prince éclairé, Paris connut
pour la première fois le cérémonial et les fêtes de la
réception d'un souverain étranger. .\ en lire le récit,
dans la relation officielle et très étendue qti'en a
faite l'auteur des Grandes Chroniques de France, le
souvenir s'impose à l'esprit des fêtes qu'il y a quel-
ques années Paris offrait à l'empereur de liussie, et
l'on est frap|)é des analogies qu'à cinq cents ans de
distance présentent les <leax réceptions.
C'est le 4 janvier 1378 que l'empereur allemand
Charles IV, accompagné de son fils, le roi des Ro-
mains, fit Sun entrée dans Paris par La Cliapclle. Le
^ j_ prévôt de Paris, le prévôt des marchands, l'y atlen-
Jîil.l.'iS daient, et li^ prévôt de Paris le salua en ces termes :
x-H'^^^f^-, _ « Très excellent prince, nous les officiers du roy à
' • - Paris, le provosi des marchans et les bourgiiis de la
bonne ville, nous venons faire la reverenci; et nous
nlVrir à faire vosiri' bon plaisir, car ainsi le veull !<■
loy notre seigneur et le nous a commandé. >i Et
l'empereur les remercia " moult gi-acieusement ». Le
cortège, composé de plus de i|ii;ilre mille cavaliers,
se mil en maiclie. A mi-eliemin, il renconira le roi,
monté' sur un palefrcii blanc et entouré d'une foule
de seigneurs. Le service d'ordre avait été réglé
d'avance : ■■ Et avoit le roy fait crier, le jour devaiil,
(|ue nul ne fnst lanl hardi d'occupiM- le chemin île la
giant rue (l.i iiie Saiiil-henisi en viMiant au Palais,
de gens ni di- cli.irroi, ni ni' se boujasseiit des places
où ils s'estoieni nus pour venir passer l'empereur, le
roy et le roy <les Ucunaiiis. Lt de fait, furent mis ser-
gi-ns pour gai-der au bnul des rues qui viennent sur
le chemin de la gi;inl rue, qui gardoienl et delîen-
,„ en. ) dolent le peuple de passer... »
PARIS DANS LE PASSÉ
rif!i,iririMiiiinfl(iiiJiPiiiimrnin[|i|r|fn"sr s sr ..
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"l"iJillfWTipi^ràwssSss^ jrïï*"«* — -T. ^,1 '*■' V ■ ; wtl 2=-^ — fc-f j-as^^w ^6AT
w-^.
LES TUILERIES AU XVII' SIECLE (coté des colb
Le lendemain, le prévôt des marchands el les échevins offrirent a
l'empereur, au nom de la ville, une nef pesant 190 marcs d'urgent
(c'est ce que nous appelons un surtout de table), et deux grands
llacons dorés et émaillés, du prix de 70 marcs d'argent ; au roi des
Homains, une fontaine d'argent du poids de 93 marcs et deux grands
pots d'argent de 30 marcs. Ce .jour-là et les suivants furent consacres
à la visite des monuments de la ville : la Sainte-Chapelle, le Palais
de justice, le Louvre, l'hôtel Saint-Paul où étaient la reine et ses en-
fants; puis, le château de Vinccnnes, celui de Beauté, à Nogent-sur-
Marne, et enfin l'abbaye do Saint-Maur, où Charles l\ et son lils
prirent congé du roi de France.
En dépit des promesses d'alliance qui avaient été échangées en os
jours paciliques, une longue période commence d'années lamentables
'pour l'histoire du pays — les plus sombres de notre histoice — et, ce
qui prouve l'importance de Paris, c'est qu'il demeure le centre de
toutes les luttes qui désolent le royaume, le but convoité par tous les
partis. La révolte des Maillolins, les querelles des Armagnacs et des
bourguignons, les Cabochiens, l'assassinat du duc d'Orléans, la tra-
hison de Perrinet Le Clerc qui livre les portes de la ville à rennemi,
Henri V et Henri VI d'Angleterre transportant leur royauté dans la
capitale, tous ces faits appartiennent au moins autant aux annales
générales de la France qu'à celles de sa capitale. Plus d'un dcun-
siècle s'écoule, ainsi marqué par les horreurs de la guerre.
Et cependant, la ville continuait à s'étendre, à se paier. Coiumciil
dépeindre le fouillis pittoresque et charmant qu'elle offrait à l'œil au
temps où Charles VII, enlln vainqueur de l'Anglais, put y rentrer sans
crainte ! C'était, dans un enchevêtrement de rues étroites et tcu-lucuses,
une forêt de clochers de toutes sortes et de tourelles pointues. Les
maisons étaient en bois, chargées de sculptures délicates, ou bien
c'étaient des logis en pierre, dont les meneaux faisaient aux fenêtres
une croix naturelle. Les plus riches avaient pignon sur rue; les
artisans et les boutiquiers avaient des habitations plus modestes,
d'un seul étage formant saillie, de façon à protéger le rez-de-chaussée,
qu'une large "baie ouverte sur la rue convertissait en magasin, ou pour
mieux dire, en étalage, car les acheteurs restaient au dehors. A ces
auvents pendaient des enseignes d'une amusante variété. Les saints
et les saintes y étaient très largement représentés, mais ils n'élaienl
pas les seuls. : le Barillet, le Gril, la Couronne, la Tête noue, l'Kcu
de Fiance, puis tous les animaux possibles, du lion au singe et à la
mouche se voyaient fréquemment. D'autres 'étaient plaisantes : la
truie qui file, le Coq hardi (perché sur le dos d'un lion) ; un K majus-
cule traversé par une barre, signiliant : Au grand Cabaret, etc., etc.
On a fait des vo-
lumes- sur les
enseignes cu-
rieuses de Paris.
Trois quar-
tiers bien dis-
tincts consti-
tuaient l'enscm-
hle de la ville.
La Cilé occupiiit
File de ce nom;
riniversilé. la
rive gauche, et
la ville propiv-
iiient dite, la rive
droite. Trois
cent dix rues au
total y serpen-
taient , dont la
plupart ont con-
servé leur nom.
sinon leur as-
pect. Leur liste
complète a été
conservée aux
érudils dans un
poème du coni-
mencemenl du
.VI?* siècle, écrii
par un certain
Guillot, qui.
chose singu-
lière, paraît avoir
eu surtout le
PARIS -ATLAS
,,j'^A'^=5^
A^
LE PORT SAI.NT-PAUL AU XVIII' SIÈCLE; ARRIVÉE DU COCHE DAUXERRE.
souci de fournir aux étrangers l'itincTairc des cabarets et lieux mnl
famés.
Si, maintenant, au seuil des temps modernes, nous recherchons
dans le Paris d'aujourd'hui les monuments dont fut doté le Paris du
xiv" et du xv" siècle leur nomenclature sera, hélas! bien vite dressée.
C'est, dans la Cité, uniquement le Palais de justice, bien des fois
remanié depuis, mais œuvre en partie de Philippe le Bel. Sur la rive
gauche, les bâtiments du collège des Bernardins, devenus caserne de
pompiers, l'église Saint-Séverin, quelques tourelles de la rue Haute-
feuille, rhôtei de Cluny. Sur la rive droite, Saint-Nicolas-des-Champs,
Sainl-Merri, Saint-Germain-l'Auxerrois, le cloître de la rue des Billettes,
la tour de Jean sans Peur, la tourelle de la rue Barbette, celle du
Vertbois, la porte de l'iiûlel Clisson, rue des Archives, et enfin l'hôtel
de Sens, qui, à lui seul, dans le cadre pittoresque que le hasard lui a
maintenu, suffit à donner une idée de l'aspect de Paris à la tin du
. moyen âge.
^ Omënaissance commence. L'hôtel de Sens et celui de Cluny en
ont été, en quelque sorte, les précurseurs, bien français, bien pa-
risiens, ne devant rien h ce que les expéditions d'Italie nous rappor-
tèrent, un peu plus tard, du goût et de l'imitation de l'antique. Du
goût seulement : car, aux arciiitectes de l'autre côté des Alpes, nous
avons le droit et la fierté d'opjioser les Pierre Lescol, les Jean Bullant,
les Jean Goujon, les Philibert Delorme, constructeurs et sculpteurs
éminemment nationaux du Louvre, de la fontaine des Innocents, de
irps de gardt
l'iiôlel Carnavalet, des Tuileries.
Il est vrai que l'administration
parisienne fit. vers le même temps,
appela un artiste italien. Pour la
construction de l'ancien Hôtel de
Ville, dont la première pierre fut
posée le V6 juillet 11333, elle avait
agréé les plans et modèles de Do-
minique de Cortone, dit le Boc-
cador. La preuve en est faite par
plusieurs extraits des comptes do
la Ville, et c'est en vain qu'on s'est
efforcé de démontrer que ce bel
édifice était l'œuvre de Pierre
Chambige, « maître es œuvres de
maçonnerie », qui ne fit qu'en
diriger les travaux. C'est aussi,
paraît-il, le Boccador qui fournit
les plans de l'église Saint-Eustache,
un des meilleurs spécimens de
l'architecture religieuse du xvi* siè-
cle. ÎS'ous ne parlons pas, bien en-
tendu, de la façade, et encore
qui déshonore « la pointe Sainte-
moins de l'affreux
Eustache ». , .
A ces œuvres si importantes que Paris vit s'élever dans le xvi' sièclfV''*^*7*^
il convient d'en ajouter une, également belle et utile : le Pont-Xeuf.
Jusqu'au règne de Henri IV, quatre ponts seulement existaient : le Petit-
Pont et le pont Notre-Dame, le pont Saint-Michel et le pont au Change.
On s'en était contenté depuis Charles le Chauve, mais cela était réel-
lement insuffisant, même en tenant compte des nombreux passeurs
d'eau qui, en amont et en aval, offraient leurs services aux piétons,
moyennant quelques deniers. La construction du Pont-Neuf fut décidée
en 15'77, moins encore pour l'utilité des Parisiens que pour la com-
modité du roi, qui voulait pouvoir aller en carrosse, sans faire de dé-
tour, du Louvre à Saint-Germain-des-Prés, voire même à la foire
Saint-Germain. Henri III ne put pas en jouir cependant, car c'est
on 1()02 seuleuirnl q\ic, jiour la première fois, son successeur ]iut
ti'averser du quai de l'Ecole au bourg Saint-tjermain.
C'est le lieu de parler du blason de Paris, de ce fameux vaisseau
symbolique que les Ilots ballottèrent si souvent sans (|u'il ait jamais
siimbré..i^/i(c/iw< tiec meigitur, telle est sa Hère devise, |ilus vraie que
correcte grammaticalement (un bon latiniste aurait dit : sed nuit). On a
Iungtemi)s pense (|ue ces armes jiarlantes avaient été inspirées par la
lnnne même de l'île où fut fondée Lutèce, forme qui, en effet, se
rapproche assez, de celle d'un navire dont la proue se terminerait en
face du Louvre. Il faut renoncer à cette explicalion ingénieuse, mais
inexaclc : la cité n'avait
I i.i;i.l.l;li. \ L.- IjL l'D.N i AL L 11 ,
pas, jadis, cette forme ré-
gulière que lui ont donnée
les murs de soutènement
de ses quais; en outre,
du côté d'aval, elle se con-
tinuait en quelque sorte
par jdusieurs ilols que la
créati<in de la place Dau-
phine et du Irire-plein ilu
P(illt-Neiir a eu pour elTet
d'allcrrii', el {|uand cela
se fil, les armoiries paii-
sieuiiesc'xislaient déjà de-
puis longtemps.
Le vaisseau, c'est l'em-
lilème de celle corpoia-
linn de bateliers, de mar-
I liandsde l'eau, puissants
dès le Xll" siècle, ipii,,
iiciiis r.ivons dil, avait son
siège à la Grève et d'où
iiaipill la |ii'iiiiilivi' ailjiii-
iiishalii>n MMiiiiiipale <li>
Paris. 1,1's .Uihives natio-
nales ciinsi'iveiit une
rharli- de l'an LiUI), .lonl
le sceau (le eire repré-
sente un (' l)atean anliqni!
avec m.ll soutenu à dioile
el à gauche pai' (rois cor-
dages ". .Vu siùcle sui-
l'AlUS DA.NS LE J'AS.Sli
J I I IM III
j a I III III
Il II ii-iiiuLiuaff J I I miiiiiS
V i ■^ U_U IMlJUUlllBI J a Mil iii.i.L& :'
^.^ J^'> '^^i^^ 'îr.^J^-'i^ ^ -^ ^/>^
LA BASTILLE ET LA PORTE ^^ A I N T- A N TO I N E AU XVIIl' SLÈCLE.
vaiil, la voilo avait la foinie quadranaulairf'. Sous r.liarles V, le liairnu
est surmonté d"un semé de Heurs de lis, c'csl-à-dire les aiicieniies
armes de France (les nouvelles furent simplement: d'azur à trois
Heurs de lis d"or). La devise latine appartient au xvl'î siècle et la cou-
ronne murale au premier Empire.
Dans la lanjjue héraldique, les armes de Paris s'énoncent ainsi : De
fjueules au nav'ue équi/ié d'urgent, voguant sur des ondes de mi'inc, nu
chef cousu rfVc»/' à un semé de /leurs de lis d'or, gui e^l de France ancien.
Napoléon 1='' avait ordonné que les fleurs de lis lissent place à des
abeilles; Louis XVIII avait, naturellement, rétabli les fleurs de lis. Le
conseil municipal fut bien inspiré lorsque, dans sa séance du 14 fé-
vrier 1880, il refusa de supprimer à son tour le (ichef;> aux fleurs do
lis, et décida par des considérations purement historiques, de ne pas
modifier le type de ses armoiries. Ajoutons que les « couleurs » de la
Ville sont également celles de son blason, rouge et bleu; elles entrent
donc pour deux tiers dans la constitution de notre drapeau national.
Veut-on savoir quelle était à cette époque l'administration munici-
pale? Elle se trouvait être très complexe et puissante, mieux armi'i^
qu'aujourd'hui — le croirait-on — en face du gouvernement. A rHotol
lie Ville siégeait ce qu'on pourrait nommer l'état-major : le prévôt dos
marchands, assisté de quatre échevins et de vingt-quatre conseillers
de ville, à qui incombait la direction de tnules les nfl'aires. Voilà pour
l'administration centrale.
Depuis la cons'ruclion de reiii.riiile dr Cliarli's V, la villi^ iWail
divisée en seize quartiers :
D'abord, au centre, la Cité.
Puis, sitr la rioe droite: Saint-Anluinc ; S;iiiit (icrvais; Sainte-Avoye ;
Sainte-Opporlune ; Saint-Geriuain-l'Auxerrois ; Sainl-llonoré ■; les
Halles; Saint-Eustache; Saint-Di'uis; Sainl-.Marliii ; la Verrerie; Saint-
Jacques-la-Boucherie; la Grève.
Sur la rive gauche: la place Mauberl : Sainl-.-Vudré-dcs-Arls.
Chacun de ces quartiers avait une aduiinislralion pnqire, en réalité
très démocralique. K sa tète était un quarlinior, dont les fonctions
correspondaient à peu près à celles d'un commissaire de police et
d'un maire. Une de ses prérogatives les plus appréciées était de
prendre part à l'élection du prévôt des marchands. Sous hii étaient
placés, dans chac|ue quarlier, quatre cinquanleniers et seize dizainicrs,
s'occupant de plus près (]ue ii' quartinier, di^s détails de l'administra-
tion. Ils n'avaient pas de- trailruienl, et cependant l'emploi était très
lecherché, car il donnait rang dans les cérémonies publi([ues et droit
à porter un manleau officiel, avec des paicmenls en poil de soie.
L'iniluenie des quartiniers fut redoutable ])endant les guerres reli-
gieuses de la fin du xvi" siècle. Ce sont eux que l'on nommait les Seize,
et cette di'Mominalion restée dans l'histoire générale, dit assez quel
fut leur pouvoir, car les habilanls bmr obéissjiient aveuglément. C'est
;\ leur volonlé (jue Henri IV dut d'être si longtemps en échec devant les
murs de Paris, puis, de pouvoir enfin traiter de la paix.
Quelle [K-rinch' siiii>lre ib-s mmiimIcs de l.i ville (|ur ce siège de Paris!
On en a trop souvent cité les liorieurs, vingt mille persoDDes~mourant
dc> faim, des mèies dévorant leurs enfants, prpur qu'il soil ulilê dVn
refaire iii l'afireux tableau, i-^n aucun temps, 1<' peuple de Paris n'a plus
tragiquement témoigné di' l'ardeur de ses passions politiques et reli-
gieuses, plus rapidement ensuite de l'oubli de ses haines. Il a sufli
que le Béarnais ait, un .jour, dit-on, déclaré que Paris valait bien une
messe pour qu'il devint l'idole de ses sujets. On en jugea plus tard par
le degr('' d'indignation où les porta l'acte de Ravaillac.
Ce roi si détesté, puis si regretté, avait conçu un projet d'embellisse-
ment de Paris qu'il n'eut pas le temps de réaliser : la créalion d"nn
quarlier neuf au Sud du Temple, dont le point central aui-nit été une
vaste place. la
place de Fran-
ce, et dont
toutes les rues
devaient por-
ter les noms
de nos provin-
ces. Cette se-
conde partie
du projet,
seule, reçut un
commence-
nicnt d'exécu-
tion : de ce
temps datent
les rues de
Bretagne , du
Perche, de Pi-
c a ril i e , de
Beauce, etc.,
dans le III' ar-
rondisseinenl .
.\u règne de
Henri IV ap-
partient aussi
Fenli-c-prise de
la place Uoyale
t place des Vos-
ges! — qui ne
f u t a c h o v é e
que s o u s
Louis XIII. -
sur l'empia. ■ -
ment de l'an-
cien holel des
Tourne 11 es.
Désormais, la
LE l'lLC'i;i 1>E l.A ILACli l)KS llAI.Ltï.
PARIS- ATLAS
CIMI TII HI II Cil \RMLP DEb S AI Mb INNOCL.MS.
capitale va cesser d"êlre la résidence habiluelle du roi; Louis XIII lui
préfère Saint-Germain; ses successeurs, Versailles, mais elle ne perd
rien à cet abandon relatif : le xvn" et le xviu'' siècle vont être pour
elle la période la plus féconde en accroissements et en prospérité.
Autour de la place Royale, dont nous venons de parler, le Marais —
c'est-à-dire les terrains maraîchers dont la majeure partie appartenait au
prieuré de la Cullure-Sainte-Catherine — se construisit et devint le
quartier le plus aristocratique de Paris. On n'était de la bonne com-
pagnie qu'à condition d'avoir son hôtel au Marais. Il nous a été assez
conservé de ces hôtels pour attester lu magnilicence du quartier, mais
l'aristocratie les a désertés depuis longtemps, du inoins celle de la
naissance; l'industrie lui a succédé dans ces nobles deiiieurcs et y fait,
d'ailleurs fort bonne figure.
A l'autre extrémité de la ville, sur le chemin de Vaugirard, .Marie de
Médicis confiait à l'architecte Salomon de Brosse le soin de lui bâtir
le somptueux palais du Luxembourg. Pour l'alimenter d'eau, elle
n'hésitait pas à capter les sources de Rungis, à trois lieues de dis-
: : : r ifffi'
^:£-^
I. OI-LRA 1;T I.liS UOULliVAKDS A l,A l'IN DU .WIIP SIKCLK.
tance, et à construire un aqueduc
digne des Romains, au-dessus de
celui que, treize cents ans avant,
ils avaient élevé à Arcueil.
Louis Xin, enfin, renferma dans
l'enceinte de la ville par une for-
tification continue la région de
l'Ouest, jusqu'à la rue Royale et
aux grands boulevards, qui devin-
rent alors le fossé de cette en-
ceinte. Au delà de cette enceinte,
une belle promenade fermée de
grilles, fut tracée le long de la
Seine : le cours la Reine, lieu de
rendez-vous habituel desboulevar-
diers d'alors. La iilaoe Royale, le
cours étaient les deux seuls en-
droits de Paris oii il fût de bon
ton de se promener en carrosse.
L'excessive dévotion d'.\nne
d'Autriche peupla 'de couvents le
faubourg Saint-Jacques: Feuillan-
tines, L'rsulines, Visitandines, rc-
liijieuses de Port-Royal, religieuses
du Val-de-Gràce. La chapelle de
ces dernières fut traitée avec un
luxe tout particulier, qui fit l'ad-
miration des contemporains plus
qu'elle ne fait la nôtre, encore
que ce soit le meilleur morceau
d'une architecture bien dégénérée.
11 n'est que trop vrai que rarchiteclure religieuse des deux derniers
siècles de l'ancien régime ne peut soutenir la comparaison avec celle
du moyen âge. Qui oserait préférer Saint-Uoch à Saint-Merri ou à
Saint-Séverin? Quel bijou plus délicatement ciselé que la tour Saint-
Jacques?
Cette majesté, si froide et triste à nos yeux, où avait abouti le style
religieux paraît bien moins choquante dans les édifices civils du
même temps. La colonnade du Louvre, les places Vendôme et des
Victoires, les portes Saint-Denis et Saint-Martin, fous ces monuments
dus à la vanité de Louis XIV ont une réelle grandeur et honorent
Paris. Ils ont pour beaucoup contribué à accroître l'universel renom
(jne lui avaient valu les siècles. On put croire alors que la ville
était à l'apogée de sa splendeur. Qu'en penserait aujourd'hui l'or-
gueilleux inonari|ue'.'
Le 7 mai 1117, le tsar Piej^re le Grand fit une visite solennelle à la
capitale. Les relations du temps sont pleines de détails sur ce voyage
que l'on a justement rapproché de celui de l'empereur Nicolas H,
encore présent à toutes les
mémoires. Pierre le Grand
se fatigua bientôt des ri-
gueurs du protocole. Aux
appartements magniliiiues
qu'on lui avait préparés au
Louvre, il préféra le séjour
]iliis simple de l'hôtel de
l.esdiguières (au coin de la
rue du Petit-.Musc et du
(|uai des Célestins). Là en-
eore, se soustrayant à l'e.s-
corli' de huit gardes du
(■<irps préposés à sa garde,
il aima mieux vivi'c à sa
guise, sortant incognito.
Le tsai-, dit un chroni-
(|iiiiir ( Dubois de Sainl-
(lelais), n'en usoit ainsi «pie
parce (|ue sa euriosilé le
eonduisoil chez d'habiles
ouvriers, ou cjii'z des cu-
riiux, où une nombreuse
suite auroit été aussi em-
barrassante que peu Convi'-
iiable. » Les (iiibelins et la
Monnaie lalors installée rue
di' l'Arbre-Sec) pamisseiil
r.ivoir surtout intéressé. Il
ni' ipiilta la capitale quo
dans le courant de juin.
•-imu
•.iv»*^:
PARIS DAiNS LE PASSÉ
!"ft*S^-
^i]iî5îjiVj<^
"y^i^S*)-
Thcâtre historique
Tliiîairc imiKiial. l'nlic, Draiiiali.|iifs. La Oii.l.'.
I.ES THÉATUKS DU BOULEVARD 1>U TEMPLE (1760-1800'
J^\j^^^f
Dopais 1702, une nouvrlle division des qiuH-tiers avait ('lé faite. De
seize, on en avait élevé le nombre à vingt :
Cité; Saint-Jacques-de-la-Boucherie ; Sainte-Opportune; Louvre;
Palais-Royal; Montmartre; Saint-Euslache; Halles; Saint-Uenis ; Saint-
Martin-des-Champs; la Grève; Saint-Paul; Sainte-Avoie ; le Temple;
Saint-Antoine; place Maubert; Sainl-lîenuit; Saint-André-des-Arts;
Luxembourg; Saint-Germain-des-Prés.
L'enceinte septentrionale sous Louis XV reste fixée aux boulevards;
mais en dépit de défenses expresses, de bornes marquant, au nom du
roi, les limites au delà desquelles on ne doit pas bâtir, les faubourgs
ne cessent de grandir: la Grange-Batelière, la Cliaussée-d'Antin, la
Ville-l'Évèque, le faubourg Saint-Honoré commencent à devenir do
véritables villes
Sur la rive gaucbe, il y a longtemps que l'antique fortilicalion de
Philippe-Auguste a été dépassée, submergée ; déjà, au Midi, elle atteint
le boulevard Montparnasse^^ A l'angle qu'il fait avec la rue de Sèvres,
-"' est ouverte la barrière dite des Incu-
rables (parce que l'hospice de ce
nom était situé rue de Sèvres, là où
est maintenant le squ;ire du Bon-
Marché).
Les fermiers généraux, qui pre-
naient à bail la perception des droits
d'entrée, obtinrent de Louis XVI la
permission de construire à leurs
frais un nouveau mur d'enceinte,
autant pour empêcher la fraude que
pour agrandir la zone du territoire
imposable. Cette enceinte, que la
Kévolution interrompit d'abord en
proclamant la liberté des barrières,
mais que les besoins fiscaux la for-
cèrent à achever, on peut la recon-
stituer aisément car elle est repré-
sentée par le tracé des boulevards
que la tradition persiste ù nommer
extérieurs, alors qu'ils ne le sont
plus depuis quarante ans. Ils ne
l'étaient, du reste, que pour moitié. Le
mur s'élevait au milieu; en deçà ré-
gnait dans la ville un chemin de
ronde; au delà, le boulevard exté-
rieur proprement dit, qu'un espace
libre de 30 toises [100 mètres) devait,
à l'origine, séparer de toute bâtisse.
Les pavillons des barrières, con-
struits assez massivement par Le-
doux, ont à peu près tous dispar\i.
sauf ceux de la barrière d'Enfer,
place Dcnfert-Rochereau.
Du temps de Louis XV datent plu-
sieurs monumenisdignos d'être cités :
l'École militaire, l'hôtel des Mon-
naies et la fontaine de la rue de Gre-
nelle sont les principaux qu'ait vu
achever ou entreprendre ce règne do
11 faut y ajouter le dessin de la place
(le la Concorde avec la statue équestre du roi, qu'un l'chafaud, royal
aussi, devait si dramatiquement remplacer, les deux beaux hôtels
bâtis sur cette place par Gabriel pour former l'entrée de la rue Royale
— un remaniement élégant des Champs-Elysées, du à M. de Marigny.
D'autres travaux considérables furent poursuivis ou commencés sous
le règne suivant : l'église monumentale que l'abbaye de Sainle-Gene-
viève se destinait, œuvre de Soufllot, et qui est devenue le Panthéon;
la Madeleine, bâtie pour remplacer la modeste paroisse de la
Ville-rÉvèque et qui faillit bien ne jamais être affeclée au culte
catholique; le pont Louis XVI (pont de la Concorde); le fas-
tueux palais des Bourbons-Condés (aujourd'hui Chambre des députas);
le couvent des Capucins à la Chaussée-d'Autin (aujourdliui paroisse
Saint-Louis-d'Antin et lycée Condorcet) et dans ce même quartier,
de charmants hôtels particuliers, rivaux en luxe et en grâce.
11 n'est pas excessif de dire que la Révolution française a été avant
tout la révolution parisienne. Xon pas que le cœur de la France
presque entière n'ait battu à l'unisson de celui de la grande ville pour
la conquête de la liberté, mais parce que tous les actes de cette solen-
nelle et terrible époque eurent Paris pour théâtre. Hélas! aux
journées de concorde en succédèrent d'autres, trop dUTérentcs: le
pavé des rues et des places publiques fut teint de sang. Tantœ molis
(rnt...! La victoire du 1-4 juillet elle-même aurait pu et dû être une vic-
toire pacifique, sans effusion de sang.
Dès l'aurore de la Révolution, le peuple de Paris s'était trouvé
debout, frémissant comme au temps de la Ligue; mais celte fois ce
n'était plus pour défendre des théories religieuses : les philosophes lui
ent appris ce qu'étaient ces trois belles idées de liberté, d'égalité,
ité; il voulait leur triomphe.
constance administrative lui donna la cohésion indispen-
sable pour accomplir ce grand œuvre. Les quartiers avaient été
divisés en soixante districts élecloraux en vue de l'élection des dé-
putés aux états généraux. Le lieu désigné pour les réunions des
av^ent app
dc&'aternil
Jrna cire
LA TOUKICLLK
s c I li N ;s a p L A f ii i> l:
LA liAKKlÉKK DES CHAMPS-ELYSÉES, conslruitî p.ir Ledocx.
PARIS -ATLAS
PARIS
sous
LOUIS - PHILIPPE
' 18*0 '
avec le tracé
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ENCEINTES ANTÉRIEURES
aa Zncemie sous Philippe Auguste
tt soiis Charles Y
xm
Ajd.Accrojss sou^loiusJJV
f f sous LouisXV
hhEnce-.^" sousZoui JVI
11 sousLomsJVM
PLAN DE PARIS SOUS LOUIS- PII ILl PPIi (1S30-1S'|S
(iloyens fut soit l'église paroissiale, soit l'une des salles d'un couvent.
C'est ce qui explique les noms dont on les d<5signa, et dont voici
la liste :
Sainl-André-des-Arls. — Les Cordeliers. — Les Carmes déchaussés.
— Les Piémontrés. — Saint-Honoré. — Sainl-Rocli. — Les Jacobins-
Saint-Honoré. — Sainl-Philippe-du-Uoule. — Saint-Germain-dcs-Prés. —
Les Petits-Aui;ustins. — Les Jacobins-Saint-Dominique. — Les Théatins.
— Saint-Louis-en-rile. — Saint-Nicolas-Ju-Cliardoniiet. — Saint-Victor.
— Les Hlancs-.Manli'UUX. — Los Capucins. — Les Enlants-liouges. —
'-'' ''!!Br;iPî
' 1'9 "HP -i.
II.VILLLI AU tU.\l.\lK.NCL.MI;.vr DU Xl.\- .--ILCLli.
Les Pères de Nazareth. — Sainl-Élienne-du-Mnnt. — Le Val-de-Grilre.
— Sainl-Marcel. — Saint-N"icolas-des-Cliamps. — Saiiilç-Elisabcth. —
Les Filles-Dieu. — Saint-Laurent. — Les Barnabites. — Notre-Dame. —
.Sainl-Séverin. — Saint-tJermain-i'.Vuxerrois. — L'Oratoire. — Les
Feuillants. — Les Capucins-Saint-Honoré. — Sainl-lùistache. — Les
Pelils-Pères. — Les Filles-Sain l-Tlionias. — Les Capucins de la Chaussée-
d'.Vntin. — Les Xlathurins. — La Sorbonne. — Saint-.Iaciiucs-ilu-Iiaut-
l'a.s. — Le Petil-Sainl-Anloine. — Les .Minimes. — ïraiiiel. — Saiiilc-
-Marguerite. — Les Grands-.Vugustins. — Saint-Jacques-Je-rilùi)ilai. —
lîonne-Nouvelle. — Sainl-Lazarc. — Sainl-.Iean-en-(;rèvc. — Saint-tJer-
vais. — Sainl-Louis-la-Cullure. — Les Enfants-Trouvés. — Saint-Mirri.
-- Le Sépulcre. — Saint-M.irlin-des-Clianips. — LesUécollets. — Saint-
Jacques-la-lioucherie. — Sainl-Leu. — Sainl-.Magloire. — .'^ainl-.liisi'pli.
Ce que le gouvernement n'avait pas prévu, c'est l'ardeur qu"app(irtèren l
li'S Parisiens à l'exercice de ce droit, si nouveau pour eux, île discuter
les affaires publiques. Une fois les opérations électorales terminées.
b'S dislri('ts di-meurèrenl constitués; lu rnyaulé fut impuissante à les
dissoudre. Clia(|ue suir, les ciluyens se réuiiissaii ni. discutaient l'évi--
nement du .joui', rédigeaient et faisaient imprimer des prnci's-verlunix
de leurs décisions, presque tmijours unanimes, qu'ils impusérent
ainsi à la municipalité.
En 1790, la divisiim en snix.inti' disliiels fui iempl.ii(''e par une divi-
^iiin en (|uaranle-liiiit seclinns. Cela ne inudilia i-n lien i siliialiim
désormais acquise. Les sectiiiiis furent plus puissantes encure; elles
gouvernèrent avec les représentants de la naliim; il n'i'sl pas une
grande jnurnée de la Révcduliou ([ui n'ait été décidéi- avec leur con-
i-ours, pour ne pas dire leur volonté.
Elle avaient reçu les noms de monuments, reli;;ieux ou antres, de l,i
rue prineipale ipii b's travi'rsail, de l'ancii'ti quartier dont elles avaii-nl
fait partie. En M'd'i, toutes les dénomiiiatiuns rappelant de près nu de
loin le régime déclin fnn-nl proscrites inqiitoy.ibjenient ; celles (|u'iiri
leur substitua p.irlent bi'ii le cacliel ib' celle diamatique épii,|ue. Cit'Uis
PARIS DANS LE PASSÉ
U.N JOUR DE REVUE AUX TUILERIES SOUS I.E PREMIER EMPIR E ( 1 8 1 0). D'après le tableau de BELLiSoÊ.
entre autres les sections des Piques, du Mont-Blanc, Guillaume-Tell,
du Contrat-Social, de Mucius-Scœvola, du fîonnet-Rouge, des Sans-Cu-
lottes, de Brutus, de l'Indivisibilité, du Contrat-Social, de la Réunions,
des Amis-de-la-Patrie.
L'ne nouvelle répartition fut créée en 1793, qui devait durer soixante-
cinq ans. Durant ce temps, Paris comprit douze arrondissements, lor-
mant chacun quatre quartiers. En voici le tableau au moment du
remaniement qui les supprima :
I'"' Arrondissement. — Quartiers: Tuileries; Champs-Elysées; Roule;
Place Vendôme.
II« Arrondissement. — Oic-jri/er^.-Chaussée-dWnlin ; Palais-Royal; Fey-
deau ; Faubourg-Montmartre.
111° Arrondissement. — Quartiers: Faubourg-Poissonnière; Saint-Eus-
tache; Montmartre ; Mail.
IV» ARR0ND1S3E.MENT. — Quartiers: Saint-llonoré ; Louvre; Marchés
Banque.
V« Arrondissement. — Quartiers: Bonne-Nouvelle ; Porlc-Saint-Marlin ;
Faubourg-Saint-Denis ; Montorgueil.
VP Arrondissement. — Quartiers: Temple; Porte-Sainl-Denis; I.om-
bards ; Saint-Marlin-des-Champs.
VU" .\ubondissement. — Qu'irtiers : Arcis; Mont-de-Piélé ; Sainle-
.Vviiye ; Marché-Sain t-Jean.
V1II= Arrondissement. — Quartiers : Quinze-Vingls; Faubours-Saint-
Antdine; Popincourt ; Marais.
IX' Arrondissement. ■ Quartiers: Cilé; Ile-Saiiil-Louis ; Arsenal ;
Ilùlel-de-Ville.
X." Arrondissement. — Quartiers; Invalides; Sainl-Tlionias-d'.Vquin ;
.Munnaie; Faubourg-Sainl-Cermain.
XI'' Arrondissement. — Quartiers: Luxembourg; ÉcoJc-ilc-Mrdrcini'.
Palais-de-JusIice ; Sorboiine.
Xll' Arrondissement. — Quarlitrs ; Jardin-du-Roi ; Saint-Jacques;
Observatoiie ; Saint-Marcel.
La Révolution n"a pas l'onde de nidninnenls à Paris;, en revanche,
elle y a fondé des institutions, plus que ceiilenaires aujouririuii, ce qui
prouve leur importance. Est-il besoin de rappeler que l'Ecole nor-
male, l'École polytechnique, le .Muséum d'histoire naturelle, l'Instilut
furent son œuvre"?
Nous passerons rapideineiU sur la période du lliii'ctidie, période de
licence sans frein, et aussi sur « l'épopée impériale • dont le dénoue-
ment valut à la ville de voir deux fois sous ses murs, en 1814 et en 1813,
les armées de l'étranger et de connaître la douleur d'une double occu-
pation. Disons douleur, mais non humiliation, car la population se
comporta avec sa vaillance ordinaire : les meurtriers combats des
Buttes-Chauinonl, de la place du Troue, de la bai-rière de Clichy l'at-
testent à sou honneur.
La Restauration élève des églises, rouvre des couvents ; Charles X
déchaîne la Révolution de 1830 en supprimant les quelques libertés,
bii-n tièdes pourtant, que son frère avait accordées, il est vrai, à son
.tl#*^ff'i
'X-
I f
.\NCIEN PONT LOUIS-PIIII.IPPE ET PASSER tiLLlî DE LA CITE.
corps défendanl. L'ne fois de plus, les Parisiens arrosèrent de leur
sang les fondations d'un nouveau régime.
Deux faits capitaux pour le développement de Paris marquent le
règne de Louis-Philippe: la création des chemins de fer (le premier
fut celui de Paris à Saint-tioriuain eu IS371 et la construction des for-
PARIS- ATLAS
Y'-
RUINES DE LA
DE Si-JEAN-
liliçations. On a peine à comprendre
in.jourdhui l'opposition qui fut faite à
• '"S deux œuvres. Promoteur véhément
I'= la seconde. M. Thiers était un advei'-
iire résolu de la première. Il fut, plus
I ird, mieux placé que personne pour
reconnaître leur utilité. Les chemins
de fer ont, de plus en plus, continué à
rendre d'incomparables services, si bien
qu'il est impossible d'imaginer aujour-
d'hui ce qui arriverait s'ils nous man-
quaient. Quant aux remparts, moins
durable aura été leur existence. Les pro-
grès de la civilisation s'étendant à ceux
de l'art militaire, ont rendu, paraît-il,
leur protection inefficace, au moins dans
la région de l'Ouest et du Nord-Ouest,
où la Seine est considérée comme une
barrière suffisante. Aussi leur démoli-
tion entre la porte du Point-du-Jour et
celle de Pantin est-elle chose décidée;
mais on n'oubliera pas que durant le
siège de 1870, ils jouèrent leur rôle dans
la glorieuse résistance de la cité.
Oupeut juger sévèrement le gouverne-
ment politique de Napoléon III. Il y au-
rait injustice à méconnaître ce qu'il fit
pour la ville. Peu importe que le désir
de se conquérir de difficiles sympathies,
que la spéculation aussi, aient été de
puissants facteurs du souci don: témoi-
gnèrent l'empereur et son principal
conseiller, Haussmann, pour la transfor-
mation de la capitale. La constatation
reste entière : Paris étouffait, manquait
d'air, de jour, de larges débouchés cor-
respondant à une circulation chaque
jour plus intense, de promenades, de boulevards pour les habitations
de luxe. Tout cela lui fut donné. Les archéologues ont déploré, non
sans raison, que çà et là quelque curieux monument du passé n'ait
pas été épargné par un tracé brutal qui peut-être aurait pu l'éviter,
nous persistons à penser que le remède fut meilleur que le dommage.
Il suffit de s'égarer aujourd'hui dans l'un des quartiers, de plus en plus
rares, que nous a légués le vieux Paris, vers la rue Saint-Sauveur, par
exemple, ou en-
core autour de
Saint - M e r r i ,
pour se persua-
der que la capi-
tale du monde
n'aurait aucune
prétention à ce
litre si elle
avait, dans tou-
tes ses parties,
conservé cet as-
pect.
Fort habile-
ment, l'Empire
s'intéressa aux
ipiarliers excen-
triques, y créa
des parcs super-
bes (les Huttes-
Cliaimmnt, Mdiil-
souris), y perça
des bipuh'vards,
y éleva des égli-
ses très fasiileu
ses. Si jrurs lia-
bilaiils ne lui en
ma n i fi'slèrent
nulle reronnais-
sance, nous n'i-ti
soiti III es |ia s
Miiiiiis heureux
de les avt)ir.
LA KUE DE LA COSSONNEUIE ^ " ^''ande
KT LKII ■■IMKRa DEI IIALLKI. œUM I', e|l I|M -
tière parisienne, fut l'extension des li-
mites de la ville jusqu'au périmètre des
fortifications. La loi du 16 juin 18o9,
ayant son effet à dater du 1"" jan-
vier 1860, annexa les territoires de onze
Communes suburbaines qui, depuis 1790,
afileuraient la zone do l'enceinte des
fermiers généraux : Auteuil, Passy, Ba-
tignolies-Monceau (formé, en 1830, de
territoires provenant de Neuilly et de
Clichy), Monlmartre, La Chapelle, La
Villette, Belleville, Charonne, Bercy,
Vaugirard et Grenelle (démembré de
Vaugirard de 1830). De timides protesta-
li'ins se produisirent, dont il ne fut pas
l<'nu compte : les municipalités étaient
d'ailleurs à la dévotion du souverain,
choisies par lui, et se seraient bien gar-
dées de résister à sa volonté.
Dès lors, Paris reçut la division en
vingt arrrondissements qu'il a conservée
jusqu'ici. Le plan en est ingénieux : c'est
celui d" une spirale qui parlant du centre
géométrique se déroule en courbes ex-
centriques.
Mais l'administration éprouva des dif-
licultés quand il fallut attribuer le n°XllI
à un arrondissement. Personne n'en
voulait. Nous disons (pages 137 et 167)
comment le chiffre terrible, refusé par
Passy, échut aux Gobelins; on a peine à
imaginer que, dans un siècle de lumière,
la superstition ait eu tant de crédit en-
core. Finalement, voici le tableau des
divisions adoptées. Pour la première
fois, chaque arrondissement fut pourvu
d'une dénomination, distincte de celle
des quartiers et nous ne nous sommes pas fait faute de discuter cer-
tains des vocables adoptés :
I'^"' Arrondissement. Le Louvre. — Quartiers : Saint-Gerinain-l'Auxer-
rois. — Les Halles, — Le Palais-Royal. — La Place Vendôme.
Il* Arrondissement. La Bourse. — Quartiers : Gaillon. — Viviennc. —
Le Mail. — Bonne-Nouvelle.
HP' Arrondissement. Le Temple. — Quartiers : Les Arts-et-XIétiers. —
Les Enfants-Houges. — Les Archives. — Sainle-Avoye.
IV" -Vrrondissement. L'HùUl-(le-Ville. — Quartiers : Saint-Merri. —
Sainl-Gervais. — L'.Vrsenal. — Notre-Dame.
V'= Arrondissement. Le Pantkéon. — Quartiers : Saint-Victor. — Le
Jardin-des-PlanIcs. — Le Val-de-Gr;\ce. — La Sorbonne.
Vl" .arrondissement. Le Luxembourg . — Quartiers : La Monnaie. —
L'Odéon. — Notro-Dame-des-Champs. — Saint-Germain-des-Prés.
Vil"' .Arrondissement. Le Paluis-Bourbon. — Quartiers : Saint-ïliomas-
d'.Vquin. — Les Invalides. — L'École-.Militaire. — Le Gros-Caillou.
Vlll" .Arrondissement. L'Elysée. — Quartiers : Les Champs-Elysées.
— Le Faubourg-du-Unule. — La Madeleine. — L'Europe.
W" Arrondissement. L'O/iéra. — Quartiers : Saint-Georges. — La
Cliaussée-d'Anlin. — Le Faubourg-Montmartre. — Bochccliouarl.
X" Arrondisse.ment. L'Enclos Suinl-Laureut. — Quartiers : Sainl-
Viiuenl-de-Paul. — l.a Pnrie-Sainl-Denis. — La l'drle-Saiiil-.Marlin. —
L'Ilôpilal-Sainl-Loiiis.
XI" Arrondissement. Popiiicourt. — Quartiers : La Folie -Méri-
COMMANDERIE
DE-LATRAN.
VUE DES UEKNAKDI.NS AU f O .M .ME N C K .M E N T DU .MX- .SIÉCI.E.
PARIS- ATLAS
qu'elle soit, des monuments achevés ou construits, des opéralions
de voirie efîectuées, des institutions créées depuis 1871, en donnera
du moins une faible idée. Citons, un peu au hasard :
Hôtel de Ville, théâtres de l'Opéra, de l'Opéra-Comique, de hi Porte-
Saint-Martin, de la Renaissance, de la Comédie-Française, palais du
ENTRÉE DE L'ANCIENNE PÉPINIÈRE DU LUXEMBOURG.
LA .STATUE DE LESUEUR DANS L'ANCIENNE PEPINIERE.
court. — Saint -Ambroise. — La Roquette. — Sainte-Marguerite.
XII' Arrondissement. Reuillij. — Quartiers : Le Bel-Air. — l'icpus.
— Bercy. — Les Quinze-Vingts.
XIII" Arrondissement. Les Gnbcltns. — Quartiers : La Salpètrière. —
La Gare. — La Maison-Blanche. — Croulebarlir.
XIV" .VriRONDissEMEST. L'Obfcrvutoirc. — Quartiers : .Montparnasse.
— La Santé. —Le Petit-
Montrouge. — Plaisance.
XV" Arrondissement.
Vaugirard. — Quartiers :
Saint- Lambert. — ÎSec-
ker. — Grenelle. — Javel.
XVI' Abrondissemlnt.
Passtj. — Quartiers :
Auleuil. — La Muette.
— La Porte-Daupliine.
— Les Bassins (Cliaillot,
depuis 1896).
XVII'- Arrondissement.
Batif/nolles - Monceau. —
— Quartiers : Les Ter-
nes. — La Plaine-Mon-
ceau.— Les BatignoUes.
Les Épinelles.
XVI II" Arrondis-
sement. Lfi BuUe-Mont-
marlre. — Quartiers: Les
Grandes - Carrières. —
Clignancourl. — La
Goulte-d'Or. — La Cha
pelle.
XIX' .arrondissement.
Les Butles-Chauinonl. —
Quartiers : La Villette. —
Le Potit-d.;-Flamlie. —
L'Amérique.— Le Combat.
XX" Arrondissement. Ménitmo)it(inl. Q\uni\i-rii : — Ifellevilie. — Sainl-
Fargeau. — Le Père-Lacliaise. — Cliaronno.
L'année terrible vint Iragiquement interrompre dix-liuil aiiin'es dune
prospérité (|ui avait Uni pai' deveuii' failice. Ce que, ni en ISKi, ni
en 181b, les alliés n'avaient osé l'aiie, rAllema;.'ni' l'osa: peiidanl huis
semaines du moisde janvier 1871, Paiis lut bombardé, niouiiit de faini.
Toujours liéroî(|ues, ses habitants l'éclamajenl une autre moi'l; l'im-
pfîritie de ses chefs ne le leur permit pas. Puis, ce fut la guerre civile,
LKS MOULINS DU VIi;i-X M ONT.M A RTR E. (Coinmcncomont du xix' sii'cle.)
Trocadéro, tour Eiffel, palais des Beaux-Arts, hôtel des Postes, Bourses
du Commerce et du Travail, Sorbonne, lycée Louis-le-Grand, Écoles de
droit et de médecine, lycées Louis-le-Grand, Montaigne, Condorcet
(petite division), Janson-de-Sailly, Buffon, Carnot, Voltaire; lycées,
de tilles : Fénelon, Racine, Victor-Hugo, Lamartine, Molière; collèges
Rollin et Chaptal ; écoles Lavoisier, Boule, Diderot, Arago, Estienne;
— mairies <les X" , Xll",
XIII», XV«, XVI% XVIII%
XIX" et XX' arrondisse-
ments; ■ toutes les
grandes gares do che-
mins de fer remaniées
et embellies, gares d'Or-
léans (quai d'Orsay) et
des Invalides, construi-
tes; — avenues di' l'Opé-
ra, de la Répuldi(iue,
(ianibella; rues de la
('iiiivenlion, d'Alésia, île
Tolbiac, Mozart; la Butte-
aux-Cailles nivelée; —
tout un (|nartier créé
dans le XVI" arrondisse-
ment au N.-O. de la
Mnelle; parc de Monl-
souris; — iionts de Tol-
biac, Sully, Ab-xandre III.
Miiabeau, passerelle de
l'.issy ; — églises du Sa-
<■ ié-C(i'ur, d'Auteui I,
S.iinle-.\nne; ^ hôpi-
!aux nichai, Debroussc,
Broussais, llérold. Te-
non, des Dames-Fran-
çaises , Boucicaul ; —
hiispitalilé de nuil, am-
Sceaux prolongé jns(|n'au
'Ai-
biilianc.'s urliainrs; - - cliiniiiis de Ter :
Luxembourg, d'Orléans prolongé Jusi|u'au ipiai d'Orsay
ipajiin, de Courcelles au Champ-de-Mars et aux Invalides, ligne mé-
InqioliL-iine de la piod' de Vincennes à lelle de Ni iiilly, l'UMicnlaires,
tramways mécanicpies à vapeur, à l'iMecIriiili-, à l'.iir (iMiiprimé, à
lr(dley,"elc.
Dès mainlenaiil, l'ère de ce régime est marquée dans l'histoire géné-
rale de la patrie par des d;iles glorieuses enli-e lnules : l'Exposilion
encore bien [plus sinistre, sur la(|uelle l'hisloiie n'a pas prononcé r'ii de 1878, celb' île 1889: la visite des souverains russes en 189(); l'Ev-
dernier re.ssort. posilioii de 19IHI, enlin. ibuil railiiiiiable nmnnmenl de Dalou, sur
Mais, nous le répétons, Paris se relève toujours givindi de ses ruines. la [ilace de la .Nation, avait pié^aué cl s.ilué- déjà l'aurnre. VA mieux
Le gouvernemeiil do la troisième République lui a fait une vilalilé que jamais se vérilie, aux yciix du ninnde émerveillé, !.■ diclciu du
telli; qu'il n'en avait Jamais connue. L'énuniéralion, si incomplète xin' siècle : Paris sans pair.
PLAN D
PARIS- AT LAS
PARI
; /. fl-^'
PANTIN
'«■JVCî
" '^"'"w» «i/e/a ?,-;*» *~iîiW
^ Biae«or ^m.^ ^ — . — -^ .«^
$1
^;
^ f
'^
PARIS-ATLAS
QA^p/.r ^/rr(7/2^/^j)T/;2ra/7"¥]f]
LE LOUVRE. — 1" orAiiriicri : SAINT-GERMAIN-LAUXERROIS.
2° QUARTIER : LES HALLES. — 3° oLARTir.R ; LE PALAIS-ROYAL. — ¥ quartier : LA PLACE VENDÔME.
F. |u-ciinrr dans l'ordre iniin('Tii|iic, cet arrnn-
disseini'ut lient aussi Id pi-cmiùro place par
l'imporlance des monuments que son territoire,
dans un espace restreint, possède ou a possédés
auliefids : des édifices comme le Louvre, le
l'alais-Itoyal, l'ancien Cliàtelet, les Tuileries, le
l'alais de Justice; — des églises telles que Saiul-
Kustache, Saint-Germain-rAuxerrois, la Sainli -
Chapelle ; — d'autres constructions de tout
genre : le Pont-Neuf et la slalue de Henri IV, la colonne Vendùiue,
les Halles, la fontaine des Innocents, — des rues dont le nom est
célèbre dans tout l'univers : la rue de Rivoli, une partie de l'avenue
.de l'Opéra, la rue Saint-Honoré.
La superficie du 1='' arrondissement, dit I.i; LûCjvre, est Je 190 hectares
(c'est-à-dire fort au-dessous de la moyenne).
Ses limites sont les suivantes : le milieu du petit bras de la Seine à
partir du pont Saint-Michel, le milii'U du cours du fleuve Jusqu'à la
hauteur de l'extrémité du jardin des Tuileries, le mur Ouest de ce
Par[s-Atlas.
jaidiii, l'axe des ru(^s Saint-Florentin, Richepance et Ttuphot, du
boulevard de la .Madeleine, des rues des Capucines, des Petits-Champs,
de La Feuillade, de la place des Victoires, de la rue Etionno-MaiTel,
du boulevard Sébastopol, du pont au Cliani;e, du boulevard du Palais
et d>i pont Saint-Michel, pour la moitié Nord seulemeul.
Ses quatre quartiers sivnt dénommés : Sainl-Germaiii-l'Auxerrois, les
Halles, lé l'alais-Itoyal, la Place Vendôme.
.\\i dernier recensement, sa population était de 66,li50 habilanls, ce
([ui lui assure l'avanlaiie appréciable d'être le moins peuplé aes vingt
arrondissements. Il suffit, pour ne pas s'en étonner, de jeter un coup
il'ieil sur le plan et de voir les vastes espaces non bâtis — ou non
habités — qu'y occupent les monuments et les jardins.
Ile ce coté, d'ailleurs, la ville ne se développa que tard. Le P
ixallo-romain et mérovingien était restreint à la Cité, aux pentes d-
montagne Sainte-Geneviève, à l'enclos de l'abbaye de Saint-Germain-
des-Prés; sur la rive droite, il n'y avait que des bois, des marais et
quand, au i.\» siècle, les Normands vinrent assiéger Paris, ils n'eurent
à détruire, dans ces parages, que la modeste chapelle nouira<ie alors
PARIS- ATLAS
Suinl-Germain-le-Rond, — aujourd'hui Saint-Germain-
lAuxerrois, — desservie par quelques moines.
Après les angoisses, après les terreurs de Tan mille,
la rive droite commença à se défricher, à se bâtir, mais
ce fut d"abord du côté de TEst, entre le Chàtelet et
l'Hôtel de ■\ille; à cet égard, le 1V= arrondissement
l'emporte sur le premier, mais d'un siècle à peine.
Paris se développait promptement, et, à la fin du
xn' siècle, toute la partie centrale du I" arrondisse-
ment était habitée, si bien qu'elle fut englobée dans
l'enceinte à laquelle Philippe-Auguste a donné son
nom. Cette enceinte, pour la région qui nous occupe,
est à peu près représentée par le tracé de la rue Turbico
à son intersection avec la rue Saint-Denis, les rues
Mauconseil, du Jour et Oblin ; puis, par une ligne traver-
sant les bâtiments de la Bourse du Commerce et rejoi-
gnant la Seine à hauteur du pont des Arts en passant
par l'axe de la rue de l'Oratoire et le milieu de la cour du Louvre.
Le Louvre. — Les origines du château du Louvre sont entourées
dobsiuiiti'. Essayons d'y apporter un peu de lumière. On a pensé à en
trouver l'étymologie dans le mot anglo-sa.xon lower, qui signifie
(c demeure »; mais, comme aucun texte ne permet de constater l'exis-
tence du Louvre avant la fin du xu* siècle, il faut renoncer à cette
explication, aussi bien qu'à ci-tle empruntées au latin lupura, endroit
où il y a des loups. IJien que, comme nous l'avons dit, cette région fut
boisée primitivement, elle ne devait plus l'être lorsque l'on songea à
dénommer la construction élevée sur ce point par Philippe-Auguste.
(Ju'il nous soit permis de proposer une élymologie que nous n'avons pas
encore rencontrée : leniotlouvre devait s'écrire l'ouvre et viendrait de
la même forme latine, — opéra, — qui a produit le mot œuvre
Plus tard, celte origine ayant été oubliée, on aurait répété
l'article, phénomène fréquent en vieux français. Le Louvre,
ce serait donc l'ieuvre, l'ouvrage important, imposant.
D'autre part, les historiens de Paris en général, et
du Louvre en particulier, ne nous paraissent pas
avoir reconnu la raison d'être de ce cliûleau
fort, ni dans quelle pensée Philippe-Augusli
le fit construire : ce fut, assurémi'nl >< l'ou-
vrage •■ militaire par excrdience rie rcnceintc
que ce roi donnait à Paris. En amo[it et en
aval, chaque rive de la Seine y était com-
mandée par une loui': la tour du Louvi'e fut,
de toutes, la plus forli', la filus iiii|porlanti'.
et Philippe-.\uguste, en en laisaiit un don-
jon, lui annexa une enceinli' di- bAliineni'^
qui constituèrent un cliAleau féoilal tel(|u'on
les construisait alors, il y avait, en outre,
lirofit pour le roi, — <|ui savait à quoi s'en
trnir sur ses fcudal.iiies, -~ à avoir, grAce à
ce château, un jiii-d dans la ville et l'auln'
dans la campagne. Que de fois le Louvre
et les Tuileries ont servi à des évasions
l.l. {.LMl. U1:.S AHl
Par A. Mkucié (Guichcb du Louvre,
LA COUK DU LOUVRE ET LE P.WILLO.N HENRI II.
royales ou impériales, depuis Henri III, lors de la
journée des Barricades jusqu'à l'impératrice Eu-
génie, le 4 septembre 1870, sans parler de la fuite de
Louis XVI à Varennes, de celle de Charles X en 1830
et de Louis-Philippe en 1848!
Cent cinquante ans après l'édification d\i Louvre, la
construction de la Bastille s'inspirait du même carac-
tère : elle aussi donnait issue sur la cami)agne et ter-
minait, avec un appareil redoutable, la foitilication
de la ville. Les deux édifices servirent aussi, dès l'ori-
gine, de prison en même temps que de château. C'est
au Louvre, — à peine achevé, — que fut incarcéré Fer-
rand, comte de Flandre, fait prisonnier à Bouvines :
Lors fu Ferrant, tout enferré.
Dans la tour du Louvre enserré.
Bien sombre, bien austère, le Louvre devint pour quelque temps,
sous Charles V, qui y ajouta des constructions, une brillante résidence
royale. Ce [irince avait pris en haine le Palais de la Cité depuis les.
scènes violentes dont sa jeunesse y avait été le témoin : deux de ses
maréchaux massacrés sous ses yeux, sa propre personne très en
danger. Devenu roi, il n'y voulut plus habiter et c'est alors ((u'il lit
aménager le Louvre conformément à ses goûts qui étaient ceux d'un
artiste et d'un lettré. La « librairie " si riche en manuscrits pré-
cieux qui y occupait trois étages d'une tour, sous la garde vigilante de
Cilles Malet, est restée célèbre. Le Louvre était devenu
presque un palais, en dépit de la sévérité de ses hautes
murailles de forteresse et quand en 1377, l'empereur
Charles IV vint le visiter, il s'en déclara émerveillé.
Le faible Charles VI conserva au Louvre sa résidence
officielle, tout en lui préférant l'hôtel Saint-Paul, dont les
vastes jardins plaisaient mieux à sa folie. Au surplus,
on ne le consultait jias sur le choix de sa résidence.
Voici comment s'exiuime, à la date de l'il3, le cliro-
ni(|ueur anonyme qui a rédigé le Journal iVtm
Bourgeois de Paris : i< Et en ce temps était louz-
joursle roy mallade et enl'ermé.et il/, lenoient
son aisné fil/, (|ui esloit duc de- (iuieiine et
.ivoit espousé la fille du duc de Hoiirgongne,
dedans le Louvre tle si près i|ue homme ne
(iiiiiit parler à lui, ne nuyt ne jour, que
iiilx... >• Eux, ce sont les .Viniagnacs, car notre
.'iiiiialisie l'Iail un lioiiignignoii iii-i'-ductible.
Plus d'un siècle s'écoule. Eiançois 1°'", grand
bâtisseur de ihùteaux, — Hlois, Chambord,
l'ont.iini'bleau . Sainl-Cermain eu sont la
|iri-uve, — et aussi grand destructeur de
i-.istels féodaux, forma le dessein de rem-
placer le vieux Louvre de Charles V, dont le
donjon (ri les tourelles jxjiiiluus lui offus-
quaient lu vue, par un de ces palais qu'il
il
PREMIER ARRONDISSEMENT
//rrtlAXl
LA PORTE JEAN GOUJON, AU LOUVRE
aimait tant : il en confia
l'exécution au grand
architecte Pierre Les-
cot, mais sa iiioit sur-
vint avant qu'il ;iit pu
voirmème lecdunncii-
cement des travaux.
Ses success(nirs pour-
suivirent son dessein
et cela nous a valu les
seules vraiment belles
parties du Louvre :
cette admirable façade
du bord de l'eau, entre
la galerie d'Apollon et
le pavillon Lesdiguiè-
res (vis-à-vis de l'ex-
trémité N.-E. du pont
du Carrousel), et la
partie S.-O. de la cour
du Louvre, œuvre de
Pierre Lescot (avec les
sculptures de Jean
Goujon), de Chambi-
ges, d'Androuet du
Cerceau.
Lors de la Saint-
Barthélémy , l'œuvre
était en plein chantier.
Faut-il en croire les
hommes de la Hévo-
lution qui marquè-
rent de flétrissure
cette admirable fenê-
tre de la galerie d'A-
pollon, comme étant
celle « d'où Vinfàmc Charles IX tirait sur le peuple »? Là-dessus,
les avis sont controversés, mais l'on penche généralement pour
la négative. D'abord, il n'est pas prouvé que la galerie d'Apollon
fût déjà achevée; puis, certain indices font supposer que cet
odieux attentat aurait été plutôt commis d'une des fenêtres du
vieil hôtel de Bourbon, démoli au siècle dernier et qui s'élevait au
point où maintenant la rue du
Louvre prend son origine sur
le quai.
L'n autre souvenir, plus digne
de créance, de cette terrible nuit
du 24 août 1572, est celui de l'hos-
pitalité offerte dans sa chambre
même, au Louvre, par Marguerite
de Navarre, femme de Henri IV,
— la reine Margot, — à un gen-
tilhomme protestant blessé et
qui fuyait, éperdu. Hospitalité,
certes, un peu forcée, mais enfin
qu'Alexandre Dumas n'a pas ima-
ginée de toutes pièces.
— --Avec Henri IV, l'achèvement du
Louvre se poursuivit activement.
Les Tuileries construites, le pro-
jet de la royauté fut de relier les
deux palais grâce à de longues
galeries coupées par des pavil-
lons, lune au bord de l'eau,
l'autre du côté Nord, lui faisant
face et formant angle droit avec
les bâtiments de la cour du Lou-
vre. On sait ce qu'il en est ad-
venu : à peine le projet était-il
réalisé par Napoléon III, qui'
l'œuvre, si longue à édifier, fui
détruite : le 23 mai 1871, les Tui-
leries devenaient la proie des
flammes. Les constructions qui
sont restées forment encore un
ensemble dont Paris a toujours
le droit d'être fier.
Henri IV y est pour une bonne
part : c'est à lui que l'on doit
fTfWigys^^
le prolongement, jusqu'aux Tuileries, de
la grande galerie du bord de leau, dont
seule la façade, jusqu'au pavillon de*.
Flore, œuvre de Lefuel, appartient à notre/
époque.
Les trois quarts de la cour du LomTe
datent de Louis XMI et de Louis XIV; elles
eurent pour architectes Lemercier, puis
Levau,'et ne portent que trop le cachet de
leur époque. Leurs façades Est et Sud sont
du même temps; elles ont été conçues par
Perrault, et lune deUes, au moins, celle
de l'Est, la fameuse Colonnade, a droit,
pour la noblesse de ses lignes, à notre ad-
miration.
Les projets de ces deux façades, d'^s-
sinés d'abord par Levau, n'avaient plu ni
au roi, ni à Colbert. On résolut de s'adres-
ser aux plus fameux architectes connus
de France et d'Italie : les plans qu'ils en-
voyèrent ne satislirent point encore. C'est
alors que Louis XIV se décida à faire ve-
nir le cavalier Bernin, célèbre dans toute
ritalie. il faut lire, dans les chamianU
Mémoires de Perrault, de quel air se pré-
senta ce personnage et avec quelle mor-
gue, qui mécontenta tout le monde; com-
ment enfin il fut éconduit : •■ Le cavalier
s'est cru un grand personnage et nous
a pris pour des sots, — dit Colbert; mais
il sest trompé également en l'un et en
l'autre... ■<
On ignore généralement les ser\-ices que
l'auteur de Peau d'âne a rendu aux arts
et aux lettres en sa qualité de commis de
Colbert à la surintendance des bâtiments
royaux, la part qu'il prit à la fondation des Académies des sciences
et "des inscriptions, et, tout spécialement, le zèle qu'il apportait à la
surveillance des travaux du Louvre. C'est ainsi qu'il eut assez de
crédit pour faire aaréer le dessin de la Colonnade, exécuté par son
frère Claude Perrault, qui était médecin, et paraissait peu versé en
arcbiteclure.
~^>¥as
LA OALliKlli l) Al'OLLO.N, AU M L' S É li DU LOUVRE.
PARIS -ATLAS
Comment ne pas rappeler, à ce propos, les
malicieux vers par lesquels Boileau ouvre le
VI' chant de son Art poêtirjue :
Dans Florence, jadis, vivait un médecin,_
Savant hâbleur, dit-on, et célèbre assassin.
Lui seul y fit longtemps la publique misère :
Là, le tils orphelin lui redemande un père;
Ici, le frère pleure un frère empoisonné ;
L'un meurt vide de sang, l'autre plein de séné
Le rhume à son aspect se change en pleurésie
Et par lui la migraine est bientôt frénésie.
Il quitte enfin la ville, en tous lieux détesté.
De tous ses amis morts un seul ami resté
Le mène en sa maison de superbe structure.
C'était un riche abbé, fou de l'architecture.
Le médecin, d'abord, semble né dans cet art ;
Déjà de bâtiments parle comme Mansart.
Enfin, pour abréger un si plaisant prodige,
Notre assas.sin renonce à son art inhumain.
Et désormais, la règle et l'équerre à la main,
Laissant de Galien la science suspecte.
De méchant médecin devient bon architecte.
mieux eût valu la supprimer pour la reconstruire dans le goût de la
façade symétrique du bord de l'eau, restaurée par le même Lefuel.
Sous Napoléon III enfin, furent édifiés les bâti-
ments qui prennent jour sur les deux squares de la
place du Carrousel : pavillon Richelieu au nord, pa-
villon Denon au sud. Visconli en avait dressé les
plans, mais la mort, en 1832, vint le surprendre et
c'est Lefuel qui eut la bonne fortune de réaliser son
projet.
École d'architecture par le slylo de ses bâti-
s, où quatre siècles sont i-eprésentés,
Louvre est une école d'art incomparable
les richesses qu'il renferme depuis
les primitives manifestations du génie
humain jusqu'aux œuvres d'ar-
stes morts d'hier. Il ne saurait
être question d'en donner ici
un aperçu, même sommaire;
des ouvrages spéciaux , des
catalogues existent pour ren-
seigner les visiteurs. Le
musée est ouvert, fort libé-
ralement, chaque jour, sauf
LE MONUMENT DE GAMBETTA
AU CARROUSEL.
Ce médecin-architecte florentin n'est autre, dans la pensée du sati-
rique, que Perrault; nous le retrouverons encore, dans l'Iiisloire du
XIV° arrondissement, bon architecte de l'Ubservaloire.
- Peu après, Louis XIV néglige le Louvre pour Versailles : il l'aban-
donne aux Académies et aux arts, voire même aux artistes, qu'il loge
dans les étages supérieurs. Il en sera ainsi sous Louis XV et Louis XVI :
dc;s expositions de peinture y sont organisées régulièremtmt sous l'in-
telligente direction de M. de Marigny, puis de M. d'Angivillier, surinten-
dants des bâtiments; mais, il appartient à la Révolution de donner au
Louvre, sous le nom de Muséum des Arts, sa glorieuse et délinilive
destination.
î^apoléon l"' reprit le projet d'achèvement du palais; il confia, en 18ÛG,
aux architectes Percier et Fontaine l'exécution de la façade Nord, fai-
sant vis-à-vis aux arcades de la rue de Rivoli, dont la construction
venait d'être ordonnée.
Leur œuvre s'étend du pavillon de Holian au pavillon de Marsan; elle
est Ir.iide et sans beauté. Très endoinmai-i'e [lar les incendies de la
Commune, elle a ùlù restaurée par Lefuel, mais dans le même style :
LE PAVILLON DE ELOKK (l.ouv
LA COUR DU CAKKOUSEL ET LE PAVILLON COLDEUT,
11- lundi, à tous ceux
qui veulent aimer
beau (et qui ne
le voudrait?). Nous
ne snurions trop
conseiller de pro-
iler le plus souvent
possible de celte
commodité : une
demi-heure mémr,
consacrée parfois à
la visile d'une ga-
lerie, est un temps utilement consaci'é à l'éilucilinn des yeux et du gnùt.
La place du Carrousel doit son nom au carrousel ou tournoi fort
brillant que Lnuis .\l\' y donna, — c'était alors un terrain vague, — au
mois de juin l'JU2. Le loi y caracola, costumé en Romain; les princes
du sang et les seigneurs de leur suite y représentaient des Turcs, des
Arméniens, des Indiens. Kn 179.'J, la place l'ut déiiouimée place de la
Fraternité et elle reprit son iinm d'origine sous le pre-
mier Knipiie. Elle était loin d'être ce qu'elle est.
Jusqu'à raclièvi'uieiitilu nouveau Louvre, des construc-
tions informes l'encdMibraient, bordant les l'ues Saiiil-
.\icaisc et du Doyenné, Fromenteau, Saint-Nicaise; on
les jela bas alors, fort heureuseiiienl, et elle appaïaît
maintenant dans toute sa beauté. Les uns y admirent,
d'autres y critiquent le monument élevé là en 1888 à
(iambelta, œuvre d'.Viibé r\ de liniliaii ; mais persoiini!
n'a d(! reproches à furinuler loiilre b' iliannant arc de
triomphe construit pai- l'eirier et l''iiiilaiiie (I8IIH),
d'après l'arc romain de Seplime-Sévère, ni contre le
rpiadrige qui le surmnnle, sciilplé p.ir Rosio. Il com-
mandait l'entrée principale des Tuileries et c'est là
le derni(!r souvenir du palais fasliii'ux que Calheiint!
de Médiiis s'était fait coiislruire par .lean Itullant.
Niius le répétons : ]it palais des Tuileries n'avait pas
porté bonheur à la monarchie qui ne l'avait qiiilli'',
depuis la grande Rév(duti<in, (|ue pour l'exil ou la
mort; une autre Révolution l'a reiivrrsé; sa di-stinée a
été (inalcrncnl cilb' lie SIS hôli^s. ,l,imais(i[i ni' devrait se
PREMIER ARRONDISSEMENT
félicilfi- ili> la (lis|i,iriliou d'iiii muiimuI du passe'';
une comiirnsalion nous a t'-ti- iv se ivre ci-piiKlant par
la (Ipstniction de rclui-ci : elle a laissé le cliaiup llliic
à railiniialile pers[)cftive ([ui s'étend du Louvre à l'arc
de triom[)lie de l'Étoile par les Chanips-Klysées. Kl
puis, le jardin des Tuileries nous reste, pas pour lonp-
tein|is peut-être, mais dans son étal actuel, qui date ilu
second empire, il aura été la joie de plusieurs généra-
tions de Parisiens, jeunes et vieux.
Quelques souvenirs encore se rattachent à cette
région : la terrasse des Feuillants rappelle l'ancien
monastère de ce nom, dont li'S bâtiments servirent dr
club à la l'action droite de l'Assemlilé'e constituante. Au
numéro 6 de la rue du .Mont-Tliabor, Alfreil de .Musscl
est mort le 2 mai 1857. L'ancienne église de l'.^ssomp-
tion, construite en 1670 et maintenant désalTectée, voi-
sine avec le nouveau palais de la Cour des Comptes.
Hue Saint -Honoré, 398, au fond de la cour, est le
pavillon qu'habitait Robespierre. Rue Saint-Florentin, l'ancien liol
Talleyrand, est occupé aujourd'hui par la famille de Rothschild.
Place et colonne 'Vendôme. — 11 n'est guère de monument qui
/.A RUE DES TUILERIES 'Du qnai des Taileriesl-
Ph'.t. GiilUnL
le
LES GUICHETS DU LOUVRE (Quai du Loiivrc).
ait eu plus de vicissitudes que la colonne Vendôme... Avant de les
conter, disons un mot de la vaste place dont elle occupe le centre.
« Le Roy ayant esté informé de la facilité qu'il y auroit de faire
une belle et grande place en la ville de Paris
dans l'espace qu'occupe l'hostel de Vandosme,
laquelle place seroit d'un grand ornement à
ladite ville et d'une grande commodité pour la
communication des rues qui en sont voisines
avec la rue Saint-Honoré, S. M. auroit donné ses
ordres au sieur marquis de Louvois, conseiller
en ses conseils, secrétaire d'Estal et des com-
mandemens de S. M. et surintendant général de
ses bâtiments, arts et manufactures du royaume,
d'acquérir en son nom ledit hostel de Vandosme
et de faire ensuite construire dans le fond
d'icelui un couvent pour les religieuses Capu-
cines, après la construction duquel celuy où
elles sont présentement logées, et qui est voisin
dudit hostel de Vandosme, put estre abattu et
la place qu'occupe présentement ledit couvent
estre employée tant à l'augmentation de celle
qu'elle veut bien donner pour l'embellissement
et décoration de ladite ville de Paris que pour la
construction des maisons (|ui environnent ladite
place... " Tel est le préambule d'un arrêt du
Conseil d'État, en date du 2 mai 1080, ordonnant
la construction de la place qui devait porter ofli-
ciellement le nom de place des Conquêtes, mais
qui en réalité a toujours conservé ctdui de
l'hôtel qu'avait habité César de Vendôme, tils
naturel de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées.
Mansard en fut l'architecte, et en dépit de
l'impatience que le roi montrait à voir l'ieuvre
achevée, elle ne le fut qu'en 1701. Tous les hôtels y ont la même
ordonnance, noble et froide; ils offrent cette particularité que leurs
façades ne sont qu'une sorte de placage et qu'on pourrait les séparer
des bâtiments pour les transporter ailleurs. En 1699, le milieu de la
place fut orné d'une colossale statue équestre de Louis XIV. Au Roi-
Soleil ne suffisait pas le monument que le duc de La Feuillade lui
avait fait élever sur la place des Victoires. Les deux statues furent
abattues en 1792, celle de la place Vendôme, le 10 août, celle de la
place des Victoires, quinze jours plus tard.
C'est en 1806 que fut entreprise la construction sur la place Ven-
dôme d'une colonne ■< à. l'instar de celle érigée à Rome en l'honneur
de Trajan •• et faite avec cent cinquante mille livres de bronze en pièces
de canon prises sur l'ennemi à Austerlitz. L'empereur voulait qu'on
l'appelât colonne d'.Vusterlitz. Mais il exprima d'abord le désir qu'elle
fût surmontée d'une statue de Charlemagne. C'est plus tard seule-
ment qu'il consentit à y voir sa propre statue, où il était représenté
en Itomain, la tête ceinte de lauriers. Cette statue était l'œmTe du
sculpteur Cliaudet; l'édifice entier avait eu pour architectes Lepère
cl Condoin. Tous les artistes en vue de l'époque avaient été employés
.1 la sculpture des bas-reliefs; nommons parmi eux Bartolini, Bosio,
illodion, Pelitot, Lucas.
C'est le sort des monuments de l'adulation de ne pas sun-ivre à la
destinée de l'homme pour qui ils ont été construits. Le 8 avril 1814. la
statue fut (< descendue », mise de côté, et le bronze dont elle était
faite servit plus tard à refaire le cheval de la statue de Henri IV au Pont-
Xeuf. En 1831, Louis-Philippe, qui affectait de ne pas redouter les
gloires de l'Empire, ordonna la construction d'une autre statue de l'Em-
pereur, en redingote grise, et en fit la commande à Seurre. Napoléon III.
à son tour, ne voulut pas être en reste et il chargea Dumont de re-
constituer la statue primitive, qui fut inaugurée le 4 novembre 1863.
Celle de Seurre, devenue inutile, alla, jusqu'en 1870. décorer le rond-.
Phot, GaUlirJ.
DKCHAUiiEMENT DE BATEAUX AU PORT S A IN T -MCOL AS A saucho le Louvre).
Paiiis-Ati.as.
PARIS -ATLAS
LE JARDIN DES TUILERIES BORDÉ EX HAUT PAR LA RUE DE RIVOLI
(Vue prise du pavillon de Flore).
point de la route de Cherbourg, à Courbevoie, dans la perspective de Tare
de triomphe de l'Étoile.
Pendant l'insurrection de 1871, de nombreux journalistes deman-
dèrent que le bronze de la colonne servît à fondre des canons ; plu-
sieurs municipalités parisiennes exprimèrent le même vœu.
Le gouvernement de la Commune, reprenant les idées qui avaient
été émises dès 1848 par Auguste Comte, et estimant que le monument
tendait « à perpétuer les idées de guerre et de conquête », était par
cela même « antipathique au génie de la civilisation », ordonna
d'abattre ce témoin de nos victoires passées. L'opération fut consommée
le 16 mai 1871. La colonne s'abattit tout d'une pièce, mais sans se briser
entièrement, et le Napoléon resta indemne.
La restauration du monument a été ordonnée en 1873, et effectuée
sous la direction d'.\lfred Normand, membre do l'Institut.
A deux pas de là, vers l'Est, se voit le Marché Saint-Honoré.
LA FLOUE, de Cari
fiiul. ^t;^.tlelu
(Pavillon de Flore).
LA FO.MAl.NE -MOLltUE, RUE DE RICHELIEU.
A son sujet,
voici ce qu'on
lit dans
compte rendu
delà séance de
la Convention,
du 28 floréal
an III (17 mai
1793) : « La
Convention adopte le projet de Delecloy, consacrant à l'emplacement
des ci-devant Jacobins, rue Honoré, l'établissement d'un marché public
qui prendra le nom de -Neuf-Thermidor. » Ainsi, là était donc cet
ancien couvent des Jacobins-Saint-Ilonoré, fondé en 1612 ft qui devint,
après sa suppression, éternellement célèbre et tragique dans l'histoire
jiour avoir été le siège du Club des .\mis de la Constitution, du Club
lies Jacobins! Le marché a été en effet construit, mais en 1810 seule-
ment, et ce n'était ]ihis h- ti-ni|is ilc [larlcr du 9 thcrinidur.
Non loin, l'église Saint-Roch dresse sa masse sévère, rue Saint-
Ilonoré. Elle est du même style que la plupart des églises du xvii» siècli',
et ce n'est pas pour nous émerveiller; mais à l'intérieur on adniiri'
[>lusieurs belles œuvres de peinture et de sculjiture. C'était la paroisse
de Corneille, mort rue d".\rgenteuil, et il y a son tonilieau; c'est la
])ariiisse de la Comédie-Française qui y fait souvent célébrer des services
en l'honneur de ceux qu'elle a perdus.
La )«e (/'Ar</e>i/(.'U(/ ihiit son nom à ce «pie, prolongée autrefois avi<
dos dénominations diverses dans la direction do la lUe du Hocher, elli;
aboutissait au chemin d'.Vrgenleuil par la ]ilaiiie .Monceau et Asnières.
Corneille, nous venons de le dire, y mourut le \" octobre 168'», a|irès
avoir trop longtemps survécu à sa gloire; une inscription raïqulle
que sa maison s'élevait sur l'emplacement du n° 6 actuel.
La fastueuse avenue de l'Ojiéra a ahsorhé en iiramle partie la rue d'Ar-
genleuiletelfarédu sol l;i butte Sainl-Uocii ou butte des Moulins, «'.'était,
à l'origine, une éminence formée de gravais, ib-Mais i-[ autres iminon-
ilices, ce (|ue l'on appelait alors une " voirie ». Ln marché aux porcs y
était installé au moins dès le xiV siècle. Le 3 septembre 1429, Jeanih-
d'Arc voulant pénéirerdans Paris parla porli'S.iint-Ilonoii' y fui blessi-e
et dut renoncer à l'attaque. Plus t.ird, pi>ut-é|ii- niéme à l'époque de
Jeanne d'Aïc, il y avait des moulins sur la butte. Aux sièclc-s dernii-rs,
les moulins avaient fait place à i|uelques beaux hôtels e( à un nombre
plus grand de masures dont beaucoup élaienl peu reconiinandables.
Le quartier n'a pas perdu, k n'en garder r|ue le souvenir.
La rue Molière ipii ilal.iil de ces temps lointains sous le nom de rue
Traversière, et (|ui, heureusement, a été profondément nivelée depuis,
— au propre et au moral, — va nous conduire ri<f de /liclielicu; celle-ci
PREMIER A H rU) N D 1 S S i: M E \ T
LE GRAND BASSIN DU JARDIN DES TUILERIES.
n'appartient au I"' arrondissement qu'entre la place du Théâtre-Français
et la rue des Petits-Champs, dans la partie où le souvenir de Molière est
le plus vivace. Il l'était trop, même, jusqu'aux premiers mois de
l'année 1898, car les passants contemplaient avec stupéfaction sur deux
maisons de la rue, portant l'une le n" 34, l'autre le n" 40, deux inscrip-
tions affirmant que, « dans cette maison», Molière est mort le 17 fé-
vrier 1673! Laquelle des deux, cependant, avait réellement droit à cet
honneur? 11 a fallu toute la sagacité de quelques érudits, armés de plans
géométraux, de toises et de mètres, puis, toute la ténacité du Comité des
Inscriptions parisiennes, pour identifier enfin l'emplacement de la mai-
son mortuaire de notre grand comique avec celui qu'occupe le n" 40, et
obtenir que l'immeuble rival renonçât à sa prétention etàson inscription.
La Fontaine Molière, en face de la fausse maison mortuaire, date
de 1844 ou, plus exactement de 1838, époque à laquelle Régnier, socié-
taire de la Comédie-Française, informé que l'administration était dans
l'intention de créer à cet endroit une fontaine monumentale, écrivit au
préfet de la Seine une lettre très digne pour lui proposer d'élever à
Molière « un monument que Paris, sa ville natale, s'étonne encore de ne
pas posséder ». L'idée fut accueillie, une souscription ouverte et fina-
lement le monument était inauguré en 18i4. Il est, dans l'ensemble de
la composition, l'œuvre de Visconti ; la statue de Molière est du sculpteur
Seurre; les deux muses placées au-dessous sont dues à Pradier.
C'est encore ne pas quitter Molière, que de nous rendre de là à la
Comédie-Française, puisqu'on l'appelle la maison de Molière. Assez
l'i, i; -ri.i 1 1 \ 1-: m; laxi.nli: iii. L"1'ika \ .u
PARIS- ATLAS
inexactement, d'ailleurs, car Fauteur du Misanthrope n"y joua jamais.
Sa troupe, dans Paris, fut successivement rue Mazarine, puis au
jeu de paume du quai des Célestins. Au siècle suivant, elle s'installa
tour à tour au théâtre de la rue des Fossés-Saint-
Germain (aujourd'hui rue de l'Ancienne-Comédie),
au théâtre des Tuileries, à celui de l'Odéon. Ce
n'est qu'en 1790 que les Comédiens français vin-
rent occuper leur bâtiment actuel, construit par
Louis pour le duc d'Orléans comme salle de théâtre
du Palais-Royal. Ils ne l'ont pas quittée depuis et
l'on peut dire que chaque année est venue ajouter
un peu de gloire à la maison. La Comédie-Française
possède des colleclions et des œuvres d'art remar-
quables. D'abord, aux archives du théâtre, les fa-
meux registres de La Grange et de La Thoriilière,
puis la collection des registres de receltes journa-
lières depuis 1681 ; au foyer des artistes, les beaux
portraits de Molière par Mignard et de M"' Duclos
par Largillière; dans l'escalier de l'administration, le
Dancourt de Gence ; au grand foyer du public et dans
la galerie qui le continue, les statues ou bustes de
Voltaire et de Molière par Houdon; des deux Cor-
neille, de Rotrou, de La Chaussée, de J.-B.
Rousseau, par Caflîeri ; de Regnard par Foucou ;
de Dufresny, par Pajou; la George Saiid, de
Clésinger, etc.
Lors^de l'incendie du 8 mars 1900, ou a pu
sauver la plupart de ces œuvres d'art ainsi que
les archives; mais le beau plafond de la salle,
peint par MazeroUe, a été perdu.
Le Molière de Houdon a son histoire. Le
15 février 1773, Lekain proposa à ses cama-
rades de consacrer le produit d'une représenta-
tion à la commande d'un buste de Molière,
par Houdon, pour commémorer dignement le
centenaire du grand homme. Bien qu'annoncé avec grand bruit, ce sans donner un
hX ST.\TUE DE JE.\NNE DARC,
Par FaÉMiEr (Place des Pyramides).
lux frais de la Ville par l'architecte Moreau. Les flammes
yant détruit de nouveau en 1781, le duc de Chartres, de-
puis Philippe-Égalité, en profita pour faire élever par l'archi-
tecte Louis, les trois galeries qui entourent le jardin
au !Xord, à l'Ouest et à l'Est. Louis, à l'une des extré-
mités de la galerie IN'ord, édifia le Théâtre-Français,
et à l'autre, le théâtre du Palais-Royal. Le quadri-
latère restait inachevé du côté du Sud ; pendant la
Révolution, on y éleva des galeries provisoires en bois,
qui sont restées célèbres comme le rendez-vous des
femmes galantes, des muscadins, des joueurs. Elles
n'ont disparu (|u'en 1829, pour être remplacées en
partie par la belle galerie d'Orléans.
C'est un lieu commun aujourd'hui que de s'attrister
sur l'abandon où la vogue changeante laisse mainte-
nant les galeries du Palais-Royal; mais, écoutons ce
qu'en disaient, en 1844 les frères Lazare dans leur
Dictionnaire des rues de Paris : <> L'ancienne demeure
des ducs d'Orléans est aujourd'hui méconnaissable.
Elle peut montrer encore avec fierté ses constructions
monumentales et ses vastes galeries, mais la vie, la
gaieté ne sont plus là. C'était une libertine qui
menait joyeuse vie, dont les regards attiraient
les passants. On a voulu la convertir, la
rendre honnête; elle s'est laissée faire, mais
hélas! la pauvre repentie se sèche et meurt
d'ennui. La richesse, le commerce, tous les
plaisirs l'ont abandonnée pour aller sur les
boulevards briller et sourire plus à l'aise. »
Déjà, en 1844 ! 11 faut dire que ce marasme
cessa, au moins en partie, sous le second Em-
pire ; le Palais-Royal connut encore de beaux
jours et sut attirer la foule. Puis, il est rede-
venu ce qu'il était il y a cinquante ans.
Ne quittons pas le jardin du Palais-Royal
1 au petit canon que le soleil fait détoner
« bénéttce .. ne produisit que 3,600 livres environ, somme insuffi- chaque jour à midi, ni sans rappeler que c'est là que Camille Des
moulins lança aux Parisiens enthousiasme:
s des i>aroles
de liberté et de fraternité.
En continuant vers l'Est, la rue du Ifoiiloi ou la rue
Jean-Jacques-Rousseau nous conduiront vers la Bourse
du commerce. Entre elles deux s'étend une cour aussi
tramiuille maintenant qu'elle était animée, bruyante,
il y a quelque soixante-dix ans. C'était la cour des
.Messageries royales, et presque toutes les diligences
et chaises de poste partaient di; là pour les diverses
régions de la France. Que de joies, que de tristesses,
dont ces murs ont été témoins! Le iiercement de la
rue du Louvre, la reconstruction de l'hôtel des l'osles
ont fait de la rue Jenn-Jacques-Rousseau deux tron-
çons qui se rajustent assez mal; dans celui qui aboutit
à la rue Montmartre, s'élevait l'In'itel d'llervai-t, oii If
bon La Fontaine, hébergé chez des amis, s'éteignit le
13 a\ lil IGO.'j; la rue si- iiomiuait alors rue Plàlrière;
J.-J. itcMisscaii n'en est le parrain que depuis 1791.
Il Bourse du commerce s'élève sur un terrain
LE THÉÂTRE DE LA CO.MÉI>IE - FRANÇAISE.
(Avant l'incendie du 8 mars 1900.)
sanle, et fioiir indi'iriniser Houdon, les comédiens
durent lui ,ic ((ji-dcib- hénédce des " grandes entrées...
Le Palais-Royal, où siège le Coiis.il d'Étal, ne
date guère, tel que nous le voyons aujourd'iiui, que
d'un siè<le. Il avait été consiruit jiar Ilichelieu,
en 1629, .1 portail le nr.iii de- Palais-Cardinal. A la
suile de la rlcmalion qu'en lil Rirlieljeu au i-oj, au
inoineiil di' ri ir, on l'ajipela le Palais-Royal. En 1692,
Louis XIV le donna en apanage à son frère le duc d'Or-
léans. En 1763, un incendie consuma le lliéjKre con-
siruit par Richelieu cl que le Régent avail Iransfoiiiié
en salle d'opéra. Lu duc d'Orléans le lil reconstruire
Ll. UAS-Sl-N DU JAIU.I.N DU l' AL A 1 .•5 -i; O i A L,
PREMIER AHUONDISSEME.NT
LE CANON DU PALAIS-ROYAL, A MIDI.
qui a eu bien dos propriétaires et des fortunes bien diverses avant
d'être ce qu'il est. Au commencement du xin'' siècle, Jean de Nesle
s'y était construit un hôtel, adossé à la muraille de Philippe-Auguste.
Après lui, il passa à saint Louis, ou plutôt à sa mère, Blanclie de Cas-
tille, qui y mourut, le 1'="' décembre 12o"2. « Sentant que la mort
approchait, dit un chroniqueur, elle fit répandre de la paille dans sa
chambre et mettre par-dessus un simple tapis. Ce fut son dernier lit. »
Au siècle suivant, l'hôtel de Xesle appartient aux comtes de Valois, puis
à Jean de Luxembourg, roi de Bohème, la glorieuse victime île Ciécy ;
on l'appela alors l'hôtel de Bohème. Il devient l'hôtel d'Orléans, —
après avoir été pendant quelques années entre les mains du comte de
Savoie, beau-frère de Jean de Luxembourg, — lorsque Louis d'Orléans
en devient possesseur. L'hôtel se transmet ensuite aux dues d'Orléans
jusqu'à Louis XH, qui le perdit au jeu. L'heureux gagnant était son
valet de chambre, Robert de Framejelle qui s'empressa d'en battre
monnaie, car il le vendit <à une communauté dont les bâtiments
étaient contigus, celle des Filles pénitentes. Elles le gardèrent un
siècle. En 1585, Catherine de Médicis les expropria pour y faire con-
struire un logis magnifique où les meilleurs artistes furent employés :
Salomon de Brosse, Germain Pilon, Jean (Joujon, Jean BuUant. C'est
ce dernier qui éleva, pour les observations astrologiques de la reine,
la colonne encore existante, seul témoin aujourd'hui de toutes ces
splendeurs. Au xvii" siècle, l'hôtel ap-
partint aux comtes de Soissons, puis à
la famille de Carignan. Sous Louis XY,
le prince .\médée- Victor de Savoie-Cari-
gnan y introduisit le trop célèbre Law et
s'y ruina avec lui. Il dut, pour payer
ses dettes, vendre le domaine à la Ville,
qui l'acquit pour près de trois millions,
dans le but d'y élever une halle au blé.
La colonne de Jean BuUant fut res-
pectée; un certain Petit de Bachaumont
passe pour l'avoir rachetée de ses de-
niers et donnée ensuite à la Ville, afin
de la sauver de la destruction; mais il
est désormais prouvé que le mérite ne
lui en revient pas; il joua dans l'affaire
le rôle de la mouche du coche.
La Halle au blé avait été construili»
en 1762, par l'architecte Le Camus de
Mézières, et des maisons se bâtirent
tout autour. Il ne faut pas être bien
vieux Parisien pour se rappeler celle
rotonde massive, qui avait l'aspeet
d'une ]uison cellulaire; elle n'adispaiu
qu'en 1887, ou plutôt elle a été heu-
reusement transformée en Bourse du
commerce i>ar l'adjonction de bâtiments
de style intiniuu'nt plus agréable. L'in-
tervention d'un autre Petit de Baeliau-
monl n'a pas été nécessaire pour qiu;
l'on ordonnai la conservation de la
colonne astrologique; elle
est restée accolée à l'édi-
fice, du côté opposé à la
rue du Lomxe, où elle
s'offre aux méditations de
ceux qui aiment à revenir
en arrière. Les rues adja-
centes de V larmes, de
Vannes, Vauvilliers, Oblin,
ont gardé les noms du pré-
vôt des marchands et des
officiers municipaux sous
l'administration desquels
avait et'' construite l'an-
cii-nne ll.ille nu bb-.
L' Hôtel des Postes,
situé un peu plus haut que
la Bourse du commerce,
dans la rue du Lou\Te, oc-
cupe un pidygone irrégu-
lier, limité par les rues
Etienne-Marcel, Jean-Jac-
ques-Rousseau et du Lou-
vre. Il a été construit là.
en 1887. sur une partie d'-
son ancien emplacement
et des terrains expropriés.
C'est dans ces bâtiments
que sont centnilisés, outre
les ser\-ices d'administra-
tion, tous ceux qui ont
pour objet d'assurer l'ex-
pédition et la réception de
ce que l'on appelle ■• le
courrier ■• : lettres, jour-
naux, prospectus, valeurs,
obj>-ls divel-S.
La Banque de France,
rues de La Vrillière et
Croix des-Petits-Champs.
occupe les bâtiments d'un
hôtel bâti par Mansard,
pour Phelypeaux de La Vrillière, et qui appartint depuis au comte de
foulouse. Sous ce nom, il devint propriété nationale, et fut acquis
moyennant deux millions par la Banque en 1808; elle s'y installa
quatre ans plus tard. 11 nous paraît inutile d'entrer dans le détail des
opérations de crédit qui s'y font et du privilège que l'État lui accorde,
d'émettre, sous certaines garanties, des billets dont la valeur, par une
LA COLONNE VENDOME.
FAl.ADli DU PALAlb-KOÏAL, ACÏ UELLE.M E N 1 CONSEIL D El'AÏ.
10
PARIS -ATLAS
fiction léerile, (''quivaut à
ilu niiinérairc
Saint - Eustache serait
une des plus Jolies églises
de Paris, n'était son portail
principal qui s'ouvre sur la rue du Jour et semble fort heureusement
s'y dissimuler. Il est vrai qu'il est du xvinf siècle, alors que le reste
de l'édifice appartient au meilleur style de la Renaissance. La grande
faijade, sur la rue Coquillière, le joli portail du nord, au fond de
l'impasse Saint-Eustaclie {rue Montmartre*, les voûtes de la nef, les
peintures des chapelles, forment un ensemble des plus remar-
quables.
Par ailleurs, Saint-Eustache est, après Notre-Dame, l'église la plus
vaste et la plus haute de Paris : elle a 318 pieds de longueur totale
et 130 pieds de largeur dans le transept. Les vastes proportions du
vaisseau et surtout la hauteur colossale des voûtes impriment à l'en-
semble un caractère imposant. Ajoutoz-y quelques monuments l'um'-
raires, importants par leur valeur artistique comme par la qn.ilih-
des personnages qu'ils recouvrent : Colbert, le duc de La Feuilladc,
Vaugelas, Voiture, Furclière. Saint-Eustache possède aussi plusieurs
tableaux remarquables : VApparilion du Christ, par Lebrun; Saint
Louis mourant, par Doyen ; la Nativité et l'adoration des bergers, par
Carie Vanloo, etc. Diqiuis longtemps, le gros œuvre et les déli-
cates sculptures de Saint-Eustache étaient en- fort mauvais point;
la Ville de Paris a tenu à honneur d'ordonner une restauration
complète, pour lesquelles, en 1895, une dépense de 600,000 francs
a été reconnue néces-
saire.
S'il fallait dire sur les
Halles tout ce qu'il y a
à en dire, un gros vo-
lume ne serait pas de
trop; sachons donc nous
borner. Dès le règne de
Louis VI, Paris ayant fran-
cTiiTes limites de la Cité
et commençant à s'éten-
dre sur la rive droite, un
marché fut créé en ce lieu,
qu'on nommait alors les
Champeaux ou petits
champs. Au xiu" siècle,
grâce à Philippe-Auguste,
ce marché s'agrandit, re-
çut une réglementation
particulière et, depuis
lors, ne cessa d'acquérir
plus d'importance.
Les Halles n'étaient pas,
comme aujourd'hui, spé-
cialement réservées à l'a-
limentation : toutes les
marchandises imagina-
bles s'y vendaient dans
des bâtiments groupés,
suivant la nature du commerce qui s'y faisait, et bordant des rues
aux noms caractéristiques : rues de la Lingerie, de la Tonnellerie,
des Fourreurs, de la grande et petite Friperie, de la Cossonnerie
(c'est-à-dire de la volaille). Cette dernière existe encore, mais combien
changée et élargie ! Les Halles n'étaient pas que cela; jusqu'à la Révo-
lution, elles furent le centre le plus actif de la vie du peuple. Toutes
les émeutes y prenaient naissance; on y décolla, écartela, pendit un
nombre incommensurable de gens, grands seigneurs, commeTcan de
Montaigu, surintendant des finances, ou Jacques d'Armagnac, duc de
Nemours, aussi bien que les vulgaires malfaiteurs. C'est aux Halles
qu'étaient le gibet et le pilori du roi, la croix au pied de laquelle
les débitetirs qui n'avaient pu s'aci|uitter étaient coiffés d'un bonnet
vert. Pour la p(jpulaiiti'- dont il jouit pendant la Fronde, le duc de
1,A ItOfUSK DU CO.M.MKKCli.
COI.ONNli DlC CATIIKUI.M-; I)l'; .MKlilCI.S ^Iluuijc du CoiiMiarcc;.
PREMIER ARRONDISSEMENT
f'
HALLES CENTRALES ET ÉGLISE S AINT-EUSTACHE.
Beaufort reçut le surnom de roi des Halles. Les douze pavillons dont
se composent les Halles, ont été construits de 1837 à 186S, par l'archi-
tecte Victor Baltard; la brique, la fonte et le verre en sont les trois
éléments exclusifs. On s'accorde à reconnaître que la simplicité de
cette architecture n'en exclut pas le caractère artistique.
C'est entre minuit et dix heures du matin qu'il faut voir les Halles
pour se rendre compte de leur prodigieuse activité. Durant ce temps,
toute la région appartient aux pourvoyeurs de l'alimentation pari-
sienne et l'aspect est des plus pittoresques. Les chaussées, les trottoirs
sont couverts de légumes, de paniers
de poissons, d'œufs, de volailles, ap-
portés de tous les points des environs
de Paris, par d'innombrables carrioles
de maraîchers, par le train de denrées
venant d'Arpajon; puis, ce sont les arri-
vages provenant des diverses gares, fro-
mages, beurres, huîtres, viandes, etc.
Depuis longtemps déjà, les pavillons
sont insuflisants à entreposer toutes
ces marchandises; elles reçoivent asile
dans de vastes magasins sis alentour;
ce n'est d'ailleurs que pour en être
enlevées presque aussitôt, car les
ventes en gros se font séance tenante,
sous la direction de commissaires
nommés par le préfet de la Seine.
Enhn, apparaissent les revendeurs au
détail, marchands en boutiques ou
marchands à la voiture et au panier, et
pour terminer, les ménagères que n'ef-
fraient point les interpellations, deve-
nues d'ailleurs moins salées, de l'inclyte
corporation des « dames de la halle ».
Veut-on savoir ce qu'il reçoit et ab-
sorbe, ce formidable ventre de Paris?
Voici quelques chiffres de la consom- LUOTiii, des I'ost
mation, recensée en l'an 1897 : 27,173,5'j4 kilogrammes de poisson;
21,041,836 kilogrammes de beurre; lo3,739,olo kilogrammes de
viande. Il est juste de dire, que pour la viande, celte indication ne
se rapporte pas aux Halles, mais à l'ensemble de la consommation
parisienne fournie par les abattoii-s.
Le square des Innocents réunit les Halles à la rue Saint-Denis.
Les enfants qui y jouent, les piétons qui le traversent, savent-ils qu'ils
sont là sur l'emplacement du plus grand cimetière qu'ait eu Paiis
autrefois? H existait dès le xn' siècle, autour d'une église, dite des
Saints-Innocents, et en ll8ti, Philippe-
Auguste le lit entourer d'une muraille
pour mettre lîn aux scandales qui s'y
produisaient. A celle muraille on
adossa une galerie voiitée où furent
peintes les scènes de la danse maca-
bre. Être enterré sous les charniers
était le privilège de la richesse; les
])auvres étaient inhumés pèle-mèle
dans de larges fosses recouvertes de
simples planches.
On juge de ce que l'hygiène avait
à en souffrir. Ce n'est, cependant,
qu'en 1785 que cet épouvantable étal
de choses cessa par la suppression du
cimetière. Les ossements furent trans-
portés aux catacombes de la rive gau-
che, au delà de la barrière Saint-Jac-
ques, et le terrain fut transformé en
marché. Sous Louis-Philippe, on in-
stalla, au milieu du mai'ché des Inno
cents, la jolie fontaine, ceuvi-e de Pierre
Lescot et de Jean Goujon, qui était en-
casti-ée dans le mur de l'église des In-
nocents, à l'angle de la rue Saint-
Denis et de la rue aux Fers (cette der-
ES, RL'E DU LOUVRE. nière absorbée par la rue Berçeri; il
12
PARIS -ATLAS
LE PONT AU CHANGE,
LA PLACE DU CHÂTELET ET LA PERSPECTIVE DU BOULEVARD SÉBASTOPOL.
A Rauclic, le tliédti-c du Châtelet à droite, le théâtre Sarali-Bornhardl.)
fallait y ajouter une qua-
trième arcade, avec des
sculptures dans le style
de celles de Jean Goujon,
ce qui fut fait fort habi-
lement. Du marché, le se-
cond Empire a fait un
square.
La région du I"" arron-
dissement située au N.-E.
des Halles ne nous re-
tiendra pas longtemps : h-
percement, en 1858, des
rues de Turbigo et Pierre-
Lescot a donné de l'air à
un quartier qui en avait
grand besoin. I.e vieux
Paris y est encore repré-
senté par des rues chères
aux amateurs de pittores-
que : la rue Mondétour,
la rue de la Grande-Truan-
derie, quelques autres en-
core, sœurs infiniment
modestes de l'avenue de
l'Opéra ou de la rue de
Rivoli : leurs habitants re-
lèvent de la paroisse
Saint-Leu , fondée en
1235, recimstruitt! pour la
majeure [lartie au xvii'
siècle, et dont l'abside est
contemporaine du boulevard Sébastopol, sur laquelle elle prend jour.
I.a place du Châtelet n'appartient que pour moitié au I" arrondis-
sement, mais le uicmuinent dont elle tient son nom, s'il était encore
debout, lui aiipartiendrait tout entier. Il occupait, en eflel, toute la
partie Ouest de la place actuelle, en avant de la rue_Saint-l)enis, qui
passait sous une de ses arcades. Le cartulaire de l'abbaye de Mont-
martre contient une charte de 1147, où est mentionnée la place des
Pècheui-s, entre la maison des bouchers et le Châtelet du roi, ■< régis
cantellubim ». C'est, à n'en ]ias douter, de notre Chàlelet qu'il s'agit, et
il y a peu de chances qui'
l'on retrouve d'autres do-
cuments plus anciens sur
son compte. Agrandi sous
saint Louis, reconstruit
au XV* siècle, puis par
Louis XI \', qui conserva
ses tourelles gothiques, le
Chdtelet fut démoli déli-
nitivement en 18(J2. Ses
bàtiiueuts étaient sans ob-
jet depuis 1790, date de la
suppression de la prévôté
de Paris et de la juridic-
tion spéciale à Paris qui y
avait son siège. C'était, en
quelque sorte, le tribunal
de première instance pour
la ville et sa banlieue; le
parlement en était à la
fois la Cour d'a|)pel et la
Cour de cassation. Tribu-
nal redoutable, qui en-
voyait volontiers au |>ilori
et au bourreau [mur un
faible méfait, blasphème
ou larcin, ou " souspecon
de meurtre >.. Heureux
ceux qui en étaient quilles
pour passer quehjues se-
maines ilans ses prisons.
Parlant <lu Ch.llel.t, un
chroniqueur du xv" siècle,
GnilleberldeMelz, dit que
'< les prisons y sont en
men'eilleux nombre ». Là
aussi él.iilla .MorL'ue, som-
mairement installée; dans
fei
I.A lOMAl.M, l>U .Sgl'AKH DES I N N OC KN T.S-
une salle basse, éclairée par une fenêtre grillée, d'où l'on regardait
le lugubre spectacle des cadavres non reconnus, l'ne des dernières
fois que ce triste lieu remplit son office, ce fut dans la soirée du
14 juillet 1789, lorsque l'on y apporta les corps décapités des officiers
de la Bastille et du prévôt des marchands, Flesselles... On a bien fait
de démolir le Châtelet. La place qui lui a succédé, mais dont l'ordon-
nance actuelle ne date que du second Empire est aussi gaie, vivante,
liarisienne que le vieil édifice devait être n'harbalil'. Il imus sera
permis de n'admirer que niodérénirtit, la l'ontaine dite du Palmier et
la cdliumi' (|ui en émerge. Construite
|nir Hr.illi', en 1808, elle est surmontée
d'une Bniumim'r. t\v R„sio.
Le Pont au Change :> longtemps
passé, au.\ yeux des historiens tie Paris
pour être, avec le Petit-Pont, le doyi'u
lies ponts parisiens. Ils croyaient que
la route romaine du Midi suivant le
tracé de la rui' Sainl-.l;icqui'S, traversait
la Cité' en biais pour se r.icciu'iler à la
lolllr ilu Niilil. 1 i'|i|V'Srnli'r \>.iv l:i me
Sainl-Drnis. C'i'-I,iil une en-cur : il est
Miainlruanl prouvé' qur l.'i voie niiiiaine,
III alii;ni'inriil droit, se prnliingi'ail par
II' pont .Nulri'-llaïue ri la rue Sainl-Mar-
liii. l'uiir l'In- uoiins véin'-ralili', l'anli-
quili' ilii |ii>nl au Cliaiige es! crpelldant
riTlIi", il ilale du ix' sircle. Sons le règne ■
ili' Liinis Vil, les changeurs lurent tenus
d y deuii'Ui'er, d'nii son nom; les ponts,
nu le sait, étaii'iil Inniiuiis biuilés de
maisons. Plusii'iiis luis dans ri'S|i.iri' de
l.inl de siècles, le |m>||I ,111 ( '.ll,ini.'e hit
.l.'llllll |ia|- des inei'llille-, en lies illlin-
iliiliiins ; un i-dil io\,d . de se|ilem-
bre 1781), presiri\il que Imites ses mai-
sons seraient ibiimlie-.. Ilans son- étal
aetiiel, il date de I8:;S. l'eiidaiil les tr.i-
vaux de reciiiistniiilun, une p.isserelle
avait été établie nu peu en amiuil, dans
l'alignement du bnnlev.'iid de Sidia--
Inpiil, à l'usage des seuls |iiéliins.
La Cité a été .illilbnée. piuir la lé-
L'inii Ouest au I'"' a iinnd isseiueiit, puiir
la ii-^inn Est au IV°. A nos yeux, c'est
uiK- l'aille. Il aurait fallu respectei' son
unité liistiirique et [ihysiqtli.' ; toutes les
divisions antérieures de l;i ia|)itale la
p it FM 1 1: i; A i; i! o .\ u i s s km k.\ t
13
lui avaient laiss(''e, et Hanssmann fut viaimcnl Uni mal liispiR-.
Nous III' pailcidiis ilnnr ici i|iir ilii l'alais di' Jiistiif, iJt lu place
Daupliiiic cl ilii l'..iil-.\cMr.
Le Palais de Justice, til iiuo les siècles nous rmit Iransniis,
— et le xi.\° y est |)our beaucoup, — est un merveilleux nionu-
iiiciil. l'ii\u' radniirer coninie il le mérite, c'est sur la rive droite
de la Seine (jue l'on doit se |)lacer, entre le pont au Clianiîo et le
|iont Nolre-Daine. Toute la liyne de ses hàliuienls en ûicade sur
la rivière oITre le coup d'œil 1(! plus vaiii'-. le plus captivant; c'est
d'abord la tour carrée de Tliorloue; [luis les lnurilles pointues de
la Conciergerie, enlin les bâtiments
inodeini's de la Cour de Cassation;
dans le fond, à ijaiiclie, la flèche dori'e
et cliaruiante tle la Sainte-Cliupelle.
Le Palais est presipie aussi ancien
que Paris même. A plusieurs re-
prises, on a retrouvé sur son eni[ila-
rement des témoignases certains (|ue,
dès le temps de Tibère, il y avait là
un important édifice militaire, rési-
dence des gouverneurs romains, puis
de quelques-uns des rois mérov'in-
giens. Sans cesse réparé, on peut
même dire reconstruit, par Robert le
Pieux, par saint Louis, par PhiUjope
le Bel sujtout, qui y consacra de
grosses sommes d'argent, il fut jus-
qu'à la fin du xyi' siècle le palais
royal par excellence. Nous avons dit
que Charles V le prit en dégoût après
que, dauphin encore, il y eut vu mas-
sacrer les deux maréchaux de Cham-
pagne et de Normandie, ses conseil-
lers et ses protecteurs; devenu roi,
il restaura le Louvre, fonda l'hôtel
Saint-Paul et partagea son existence
parisienne entre ces deux demeures.
Ses successeurs ne revinrent pas da-
vantage habiter le Palais de la Cité,
qui devint dès lors exclusivement
Palais de Justice. Dès le commence-
ment du xui« siècle, il avait cette destination : le Parlement et les
autres Cours supérieures de justice y siégeaient. A certains jours, les
clercs de la Basoche en étaient les maîtres; dans la grand'salle, célèbre
par ses dimensions et la fameuse table de marbre ijui s'y trouvait,
ils jouaient des mystères, pieux
et profanes, et dans la cour [)rin-
cipale, plantaient solennellement
un arbre chaque année au mois
de mai, d'où son nom de cour du
mai.
Plusieurs incendies détruisirent
le Palais : celui de 1618, celui de
1737, où périrent, hélas! les ar-
chives de la Chambre des Comptes,
celui enfin de 1871. L'effort pa-
tient des hommes a successive-
ment réparé les dommages, qui
leurs propres passions, ou l'injure
du temps, ou l'aveugle fatalité,
avaient causés, et le Palais de Jus-
tice demeure l'un des monuments
principaux de Paris. Les parties
les plus anciennes s'y voient dans
les salles basses de la Conciergerie,
qui datent de saint Louis, notam-
ment les cuisines royales; il faut
citer ensuite la tour de l'horloge,
de style si pur; l'horloge même,
la première horloge pablique de
Paris, placée là en 137J) par Char-
les V, refaite au xvi" siècle avec
'''^des sculptures de Cermain Pilon;
la façade solennelle de la cour du
mai et sa i.'rille inajcslueuse, qui
datent (le l.nuis \VI.
La Sainte -Chapelle est la
perle exquise • enchâssée dans
toutes ces constructions. Point
LA SAINTE-CHAPELLE,
n'est besoin d'èlre. arcliéologiie pour être fi-appé de sa beauté,
de son élégance. Elle fut consti-uite de 1245 à 1248 par Pierre
de .Montereau; c'est dire qu'elle appartient à l'époque plus heu-
reuse du style ogival. Par une disposition tout à fait rare et
que l'arcliilecle a parfaitement réalisée, elle se divise en deux
chapelles superposées, qu'un escalier extérieur, haut de qua-
rante-quatre marches, reliait entre elles; il a disftaru en 1776, et
c'est bien regrettable, car ce n'était pas le moindre ornement de
l'édili.e.
Suivons jus(|u'au Pont-.Vr-uf le quai de l'Horloge: on le nom-
mait autrefois quai des Morfondus, à
cause de son exposition au Nord, gla-
ciale pour ceux qui y stationnaient.
Fort étroit aloi-s à ses deux extré-
niilés, il fut élargi en 1737 f>ar le
prévôt des marchands, Turgot, le père
du minislie et l'un des plus distin-
gués administrateurs ipie Paris ail
eus. Cet événement [arut si consi-
dérable qu'on en consigna le souve-
nir dans une inscription consen-ée
aujourd'hui au musée Carnavalet :
"... le quay de l'horloge qui étolt
trop étroit, et dont le passage éloit
dangereux, a été construit en partie
et élargy par une demie voûte en
.saillie ».
Une autre inscription, plus digne
d'attention, s'y voit sur la dernière
maison, formant l'encoignure de la
place Daupliine; elle rappelle que
M"" Roland y passa une partie de s;i
jeunesse; elle en a [tarlé dans ses
Mcinoires : « Combien de fois de ma
fenêtre, exposée au nord, j'ai con-
templé avec émotion les vastes dé-
serts du ciel, sa voûte superbe, azu-
rée, magniliquement dessinée depuis
le levant bleuâtre loin derrière h-
pont au Change, jusqu'au couchant
doré d'une brillante couleur auroie
derrière les arbres du cours et les maisons de Chaillot... » Pauvrc
Jeanne Phlipon! Dans ses rêveries de jeune lîlle devant ce spectacle,
admirable en elTet. la pensée pouvait-elle lui venir de sa fln terrible
et de la férocité des hommes, alors que la nature est si belle î
TOUUS DE LA CONCIERGERIE.
u
PARIS -ATLAS
Jusqu'au xvi" siècle, Paris s'accom-
moda des quatre ponts qui réunissaient
la Cité à l'Université et à la Ville, ainsi
que l'on disait alors; plus haut ou plus
bas, on avait recours à des passeurs.
La population du bourg Saint-Germain
d'une part, du quartier des Halles
d'autre part s'étant sensiblement ac-
crue, la construction d'un nouveau
pont fut décidée en 1378: quand il fut
achevé, on l'appela le Pont-Neuf : ce
ques plus sérieuses, où les libraires dominaient, lo\it cela a disparu,
comme la pompe de la Samaritaine, et le Pont-Neuf est devenu un
pont comme tous les autres. Il lui reste cependant d'ajipréciables
mérites : la noblesse de sa construction, le panorama superbe qu'il
offre en amont comme en aval, et son terrc-plriu, dnut le môle est
fait de pierres de la Bastille. La statue de Henri l'V iiui s'y dresse
n'est plus celle que, quatre ans après l'altenlat de Ravaillac, Marie
de Médicis avait fait élever en l'honneur du roi de la poule au pot.
LA SAINTE-CHAPELLE ET L'ENTRÉE DU PALAIS DK JUSTICE.
LA RUE DE RIVOLI ET L E S M AG A SINS DU LOUVRE.
nom, vrai alors, est loin de l'être aujourd'hui; cependant la dénomi-
nation a subsisté et durera sans doute autant que le pont lui-mémo,
qui, a[irès avoir subi une crise,, sérieuse, en 1888, se jiorte fort bien
maintenant. « Se porter comme le Pont-Neuf », cela veut dire, pour
les Parisiens, qu'on est en très bonne santé.
On fait généralement honneur ;'i .Vndrouet du Cerceau de la conslruc-
lion de ce bel ouvrage, mais des indications retrouvées récemmrnl
pi'rmettent d'aflirmer que, s'il en dessina le plan, il y eut parmi les
maîtres des œuvres de la Ville des collaborateurs : (iuillaume Marchand,
Pierre Chamhiges entre autres, et c'est Marchand qui l'acheva en ItiO";
au dire de l'KsIoile, le roi avait pu, dès 1603, le traverser jiour <■ aller
des .\uguslins au Louvre ». Bien que fort animé et bruyant aujour-
d'hui, le Pont-.Neuf n'a plus rien de son asi)ect d'autrefois, lorsqu'il
était envahi par les tréteaux de ïaharin et de bien d'autres, par les
arracheurs de dénis, les marchands d'orviétan, les joueurs de gobe-
lets et surlout par les coupe-bourses qui exerçaient aisément leurs
talents au milieu de cette foule de badauds, bouche bée devant les
boiiimenls et les parades (|u'(in leur servait. Plus tard, dans les ilemi-
lini's. dimt reucoibc.-llemeut est si gi'ac-ieu.ï, s'inslallè[-i'iit dos bouli-
LliS liAI.NS DE LA .S A .M A KIT A I NE ET M,
(IF.uvre de Pierre de Franqueville, premier sculple\ir du Boi, elle était
le premier monument de ce genre élevé, à Paris, en l'honneur d'un sou-
verain. Autour du piédestal étaient groupées quatre ligures d'esclaves,
comme on le lit plus tard pour la statue de Louis ,\IV à la ]ilace des
Victoires. Elle fut inaugurée en grande solennité, le 23 a<iùt 161'i.
l'ue balustrade en fer tenait à distance les passants, mais elle était
insuflisanle à les tenir en respect. Le poète Claude Le Petit le déclare
avec sa franchise habituelle qui linit par le faire pendre et brûler :
Il faut aiisfi que je le raille.
Vieux héros calirourclioniié.
l'ourqiKiy scis-tu l^, roy henié.
De passc'-li'iiips à la i-aiiaille?
C'est Inii ]>cii|ili' l'ci'dnnaissant
Oni la (liivsr cel aix- puissant;
Mais, piiiii-i' il'Iu'Ui'ense mémoire,
Ne l'a-l-il pas liicii relevé?
Piim- iminoilalisor ta gloire.
Il l'a mis dedans un privé.
Le monumi'iii fui i-enversé en l'792. La Heslauralion se ib'vail à elle-
mi-me de le peslauier; elle en confia le soin en 1817, au sculpteur
Leniot, qui utilisa, nous l'avons dil. pour la
léfection du cheval, le bronze rendu libi'e par
la destruction de la slalue primitive de -Napo-
l'''on sur la colonne Ven<lnme.
La place Dauphine dale aussi de Henri IV
ctdoil sou muii :iu daiipliin qui fut Louis .Mil.
Les deux maisons (|ui en fur ni l'entrée,
celle de M'"" Molaïul el celle ,]r r.iicoignure du
ipiai des Ulfèvres, son! de ii' lemps-là el on!
liés bon air. Aulrel'ois, la place élait île l'or
Iiiangiilaire, — la pointe lournée vers le Ponl-
Neiif, el muée en son milieu, depuis 18li;t,
dune liiiilaiio' c|iie siiiiiioîil.iil le bii.sie du gé-
II. lal |tes,ii\, lui- à .MaieiiL'ii. Le mouuuieiil
.■l.iil l'iriivie du sculpteur Liirlin. Celle dlsposi-
Imn l'ut complèlenienl modiliée lors de la con-
struilion sur la rue de llailay de la grande
façade do la (^)ur d'assises; la plan: s'en est
trouvée très éhiigie; quant au busie de Kesaix,
le li'inps l'avait singulièrement nialtiailé et il
lui iiilevé ainsi que la foiilaine.
U y a encore bien des MsliL'es du vieux Paris,
PREMIER ARRONDISSEMENT
15
LE TERRE-PLEIN DU PONT-NEUF ET PERSPECTIVE DE LA SEINI
(A gauche, la tour Eitfel et le dôme de l'Institut; à droite, le Louvre.)
des rues sombres et étroites dans toute la partie orientale du quartier
de Saint-Germain-l'Auxerrois, entre la rue du Pont-Neuf et le Chà-
telet : les rues Saint-Germain-l'Auxerrois, des Bourdonnais, Jean-
Lanlier, etc. L'avenue Victoria, qui part de la place de l'Hôtel-de-Ville,
lorsqu'elle sera prolongée, donnera à tout ce canton le jour et l'air
qu'il n'a pas encore en quantité suffisante.
Rue du Pont-Xeuf, 31, à l'angle de la rue Saint-Honoré, une niche
pratiquée au premier étage d'une maison moderne contient un buste
de Molière qui sert d'enseigne à cette inscription : « J.-B. Poquelin de
Molière ». On a bien fait d'enlever le commentaire explicatif : « Cette
maison a été bâtie sur l'emplacement de celle où il naquit l'an 1620 »,
— assertion doublement fausse et dont les Moliéristes ont fait justice.
Ils ont établi, pièces en mains, que Molière est né le lo janvier 1622
non loin de là, dans une maison dite des Singes, et que représente
aujourd'hui celle qui, à l'angle de la rue Saint-Honoré porte le nu-
méro 2 de la rue Sauvai (jadis rue des 'N'ieilles-Étuves). Le I" arron-
dissement possède donc la maison natale et la maison mortuaire de
riioi. Giraadoa.
LA STATUE DE HENKI IV.
{Sur le Poot-Xeuf.)
LL l'ALAlS DE JUSTICE; FAÇADE DE LA COUK D ASSISES.
Molière ; il ne
faut pas qu'il les
possède en dou-
ble exemplaire,
et le buste de la
rue du Pont-
Neuf pourrait
aller rejoindre
l'inscription de
la fausse maison
mortuaire rue de
Richelieu.
Le comité des
Inscriptions pa-
risiennes a pu
iilenlilier avec la maison portant le numéro 144^ de la rue de Rivoli
l'emplacement de l'hôtel « où l'amiral Coligny périt assassiné dans la
nuit de la Saint-Barthélémy ». 11 va sans dire que la rue de Rivoli
n'existait pas alors; Coligny avait son hôtel rue de Bélhizy. In
hommage plus éclatant rendu à la mémoire de l'amiral est
le beau monument de Crauk. élevé au chevet de l'Oratoire,
sous les arcades de la rue de Rivoli. C'est même par cela seul
que vaut cet édilice, ancienne église des Oratoriens. construite
par Lemercier vere 1625, aujourd'hui temple protestant.
On s'étonnerait de la dénomination de rue de la Monnaie,
donnée à une rue de la rive droite si l'on ne savait que de-
puis le XIV* siècle s'y trouvaient les bâtiments delà Monnaie;
l'hoiel actuel des Mtinnaies au quai Conti (VI* arrondissement)
lie date que de \"\.
Saint-Germain-l'Auxerrois nous ramène au Louvre.
Classé à bcin dioil parmi 1rs monuments historiques, c'est
un très beau monument de l'époque gothique, du xiv» et du
xv« siècle, qui malheureusement fut irop modernisé vei-s la
seconde moitié du xvui' siècle. Le jubé qui. paraît-il, était
une des meilleures œuvres de Pierre Lescot et de Jean
Coujon, fut alors démoli, et des anciens vitniux l'on ne con-
serva que ceux du transept, fort beaux, d'ailleui-s, et faisani
d'autant plus regretter les absents. L'église n'a gardé qu'une
des cloches à jamais fameuses pour avoir donné le signal de
la Saint-Bartliélemy la Comédie-Française en possède une
autrej; en revanche, depuis le mois de mai 1898, elle est
16
PARIS -ATLAS
LA MAIRIE UU 1'
AKKu.SDISSEMENT ET L'ÉGLISE SAINT-GERMAIN L'AUXERUOIS.
gratifiée d'un carillon de quarante-quatre cloches, actionné par un
mouvement d'horlogerie et qui fait, de temps en temps, entendre
aux passants surpris des airs restitués du
xvii" siècle, parmi lesquels la célèbre Marche
de Turenne.
Nous ne parlerons que pour mémoire de
la mairie du I""" arrondissement, juxta-
posée à l'église et soudée à elle par une
tour plutôt massive. Il était inutile de pro-
poser au jugement des gens de govit une
comparaison qui tourne tout à l'honneur
des maîtres tailleurs de pierre du xv* siècle.
Nombreux sont les ponts qui relient U:
\" arrondisscnK'rit à la livo gauche. En
aval du pont Sainl-.Michcl et du Puni-Neuf,
il y en a encore quatre autres : le pont
des Arts, le pont du Carrousel, le pont
Royal et le pont de Solferino.
Le pont des Arts est heureusement
nommé, car il r'-iiiiit le Louvre — qui porta
d'abord le nom de Palais des Arts — à
l'Institut, à la Monnaie, à l'Ecole des Beaux-
Arts. Il fui construit de 1801 à 1803. Fonilé
sur pilolis, formé d'arcs en fonte assez
faibles, il n'est accessible qu'aux piétons.
Longtemps, un droit de péage fut perçu
aux ex(rémili''S du pont. Cela valut à Hoyer-
Collard l'occasion d'avoir de l'esprit, un
jour où, à la sorlii: de son cours, ses élévis
lui faisaient une escorte peu sympalliif|ue.
Arrivé h l'entrée du poni, il jela une pièce
d'or au receveur en lui disant : « Ces
messieurs sont avec moi. >■
Le pont du Carrousel, que l'on ap-
pelle couianurnnt //on/ des Siiinls-Pèns,
date de 1834 et fut, lui aussi, à péage
jusfiu'en 1807. Elevé par Poloncean, il est d'une remarquable flexi-
bilit"'', que l'on trouverait même inr|uiétan(e si les ingénieurs n'afllr-
maicnl qu'elle est un gage de sa force, — éprouvée, d'ailleurs depuis
PORTAIL
DE L'ÉGLISE S AINT-GER.MAIN L'AU.\ERROIS
longtemps par l'incessant
cortège d'omnibus et au-
tres véhicules qui y cir-
culent.
Quant au pont Royal,
c'est un aïeul. Au xvi° siè-
cle, un simple bac suffisait
à assurer les relations
entre les Tuileries et la
rue du I!ac ; en 1632, fut
construit vis-à-vis de la
rue de Beaune un pont de
bois, qui s'appela d'abord
pont Barbier, pour avoir
été construit par les
soins d'un contrôleur des
linances ainsi nommé,
puis pont Sainte -Anne
en l'honneur d'Anne d'Au-
triche, puis pont Rouge,
en raison de sa couleur.
C'est sous ce dernier vo-
cable qu'il disparut, le
■20 février 1684, emporté
par une débâcle.
La première pierre du
nouveau pont fut posée
en grande cérémonie, le
•2o octobre 1685. Du pro-
cès-verbal de cette solen-
nité, il semble résulter
que Gabriel en fut — plus
que Mansard, quoi qu'en
disent tous les historiens
de Paris — le principal
architecte. « On y a né-
gligé les orncmens, dit
Félibien, mais la solidité qu'on y a donnée promet une durée dont on
ne verra point la fin ». Et, de fait, le pont Royal marche très allè-
grement vers son troisième centenaire. Il
est fort peu commode car son excessif
dos d'âne exige des chevaux un coup de
collier ([ui dnit leur faire quelque peu
maudire (iabriel, — et par contraste bénir
Perronet lorsqu'ils ont à fiancliir le pont
de Neuilly, le premier i"uil dr^il ([n'ait vu
bâtir l'ancien régime.
La construction du pont i|ui conduit des
Tuileries au jialais de la Li^^rion d'honneur
était déjà ordonnée par un décret du 28 juil-
let 1858. La victoire à laquelle nos années
prirent une part si brillante le 24 juin
suivant fournit une excellcnle Dccasiun de
le baptiser : on l'appela pont de Solfe-
rino. D'une utilité médiocre à l'origine, il
est aujourd'hui un débouché très impor-
tant pour la nouvelle gare d'Oiléans.
De la (Colonnade à la place de la Con-
corde, hîs 7i('iis du Loitrrc et des Tuileries
constituent une des plus belles pnuuenades
du monde. D'un côté, la succession de pa-
lais <lont se compose le Louvre, puis l'élé-
gante terrasse du bord de l'eau, — di! l'autre
la Si'ine, avec ses aspects si variés, le bou-
quet de verdiii'e du ))nnt Royjil, l'altière
façade de hi u'are d'Orléans, le i.'racieux pa-
lais de la [.(■•i.'iiin d'iinniieur, les aristocra-
tiques hôtels du quai d'Orsay, — et sur l.i
rivière môme, ce mouvement perpétuel, dont
l'œil ne se lasse pas, de l)ati>aux de tout
genre se cnusant : " express » et i< hiinn-
delles » I)ondés de v(iyagenrs, bmrdi's ]iéiii-
ches pénildeiiienl remiin|uées, " la cliaine ■■.
à Honen et même à Limdres, qui s'arréti^nt
aiMDMt lia |iiinl du Caii'nusel. Li- pinjet tant
l'iÉiis pnii lie mer, se réalise là timidement.
les " transports » allant
au port Saiiit-.Niiidas en
de fois mis en avant de
PARIS - PREMIER ARRONDISSEMENT
PA RIS-ATLAS
Ptiot. Neunleia.
LA PLACE DE LA BOURSK
LA BOURSE. — 5» QUARTIER : GAILLON.
6'' QUARTIER : VIVIENNE — 7^^ quartier : DU MAIL. — 8° quartier : BONNE-NOUVELLE.
E n^^ niToiiilissrnieiil. dit La Bourse, se super-
pose u.vacleineul au I"' dans le quadrilati're irré-
4,'ulier que forment la Seine au Sud, les grands
boulevards au Nord, le boulevard Sébaslopol à
l'Est, les rues Dupliot, Saint-Florentin, Riche-
panse et le mur du jardin des Tuileries .à FOucst.
Leur ligne de démarcation dans cet espace va de
l'Ouest à l'Est et est constituée par les rues des
(Capucines, des Petils-Champs, de La Feuilladt^ et
Elienne-Marcel. Les liniiles d\i II" arrondissement
Sont donc, au Sud, ces (juatre voies; à l'Est, l'axe du boulevard Sébas-
liipol; au .\ord, l'axe des boulevards Saint-Denis, Hunne-Nouvelle, Pois-
sonnière, Montmartre, des Italiens et des Capucines, et à l'Ouest la
région occidentale du I'"' arrondi.ssement.
Ici, nous ne rencontrons plus des splcndcui-s comme celles
Louvre, d'un Palais-Hoyal ou d'im Palais de .lusliee — P.iiis ne
pri''lendre à de telles richesses monumenliiles dans idiaciiii d
(piartiei-s — mais une région l'mini'mmeiil aciive, ipie l'.m eii^jbdi
entière sous la désignation cdiiraule <le ■• la lidurse ... nù la llèMc
vie coMMuereiali' et bonlevardièi-e i-r^ner.iil s.ins pailage, si l'o
U'ouvail aussi l.i Hibliollièqui^ Nalioiiale. le cahue n'Hiiic di' la sri
vérilalile iiasis du silence au milieu de laid de bruils diviM'S. La lîc
Il était impossible de di'Muiuimer il'uue t.iinii plus e\pressi\e,
exacte aussi, ces 97 hecLin's de loi-iMin ipii assui'eiil saus conlesli
11" arrondissemeni le delnier imul' il.lllS liuipnrlauee supellieielie
le premier dans !'liii|iuilauce liuaiieièi-e. i;i cela, nnn si'uleuienl jie
Pauis-Ati.as.
d'un
peul
|..ul
de la
plus
que <i le temple de Plutus » y est situé, mais parce qu'il n'est pas une
seule de ses rues, de la porte Saint-Denis à la place Vendôme, de la
rue Etienne Marcel au lioulevard des Capucines, sauf queKiues parties
du quartier Caillon, où l'on vive autrement que pour les afl'aires el |>ar
les alfaires.
La rue Saint-Denis. — llisloriquement, c'est par sa partie orien-
lale, celle du (|uailier Saint-Denis, que le canton dont nous avons à
[larler a commencé de se bàlir. L'enceinte de Philippe-Auguste cou-
pail à angle droit la rue Saint-Denis à pou près à l'intei-soction des rues
Elienne-Marcel et ïurbigo, c'est-à-dire vers le point où maintenant est
la séparation entre le l"' et le II" arrondissement. Au delà, vei-s le
N<ud, il n'y avait qm^ des terrains en culture, nuùs on ne tarda pas
à y cousiruire. Hue Saint-Denis, vis-à-vis de la rue (irenela, une haute
pnile cochère indicfue l'emiilacement de l'église Saint- Sauveur
di'iuiilie en 1787, et (|ui était déjà nu'nlionnée comme cure eu 1284.
Saiul-Sauveur lui dcuic, dès le xni° sièile, la pari>isse du faubourg civé
Ihiis de l'enceinle de PIlilippe-AugusIe cl qui, en moins de deux siècles,
de\iul si ii.qiuleux que Charles V dut l'en fermer dans une nouvelle for-
lilii alinn, d(Uit b" parcouii; est représenlé assez exaclemeni par le Iracé
de la rue d'Aboukir enire la jdace des Victoires et la rue Saint-Denis.
\ is-à-vis Sainl-Sauveur, le côlé droit de la rue Saint-Denis, entre la
rue (irenela et le passage de la Trinité, élail, depuis l'année I202. occupé
|.ar les
lUssi (b
n'élail I
bàlinu'uls et terrains de l'Hôpital de la Trinité, dit aloi-s
la (U'oix-de-la-Ueine (à l'angle des rues (iienela el Saint-Denis
euiore la l'onlaine de la Heine, avec l'insi-riplion : 1732). Ce
ulemenl un lu'ipilal, el l'on va voir qu'il servit concur-
18
TARIS -ATLAS
LE THEATRE DE
L i; > E p. I O C 11 E s
DE LA LUNE ET DU SOLEIL.
remmont à des objets Lien divers.
En 1333, ses administrateurs ven-
daient au prévôt des marcliandset
aux échevins une partie de IVnilos
pour en faire un cimelière. L'acte
de cession porte que les bourgeois
et liabitants de la ville de Paris au-
ront droit d"y entrer <' toutes fois
et toutes heures que il leur plaira >■;
([ue le prix d'inhumation ]imir une
lusse particulière sera de dix-huil
diMiiers, pour une fosse en com-
mun huit deniers, et pour une fosse
d'enfant six deniers.
Ce voisinage n'avait pour des ma-
lades rien de salubre ni de réjouis-
sant, et c'est pour cela sans doute
([ue, peu de temps après la créa-
tion de ce cimetière, l'hôpital fut
déserté. Vei-s 1380, existait à Paris
une association de » bourgeois et
autres bonnes gens d'icelle ville » qui se diinnaient puur missiuii
< haque année, lors des fêtes de Pâques, de riqiri'senlcr en iinhlic ce (pu
l'on appelait alors dessein ou mystères: celui de la Passion, de la Mésiir
leclion, d'autres encore. .Nomades alors, ils donnaient leurs spectacle:
iiù ils pouvaient, au Palais, dans la grand'salle, voire même à Saint
-Maur-des-Fossés. L'église et les salles spacieuses de la Trinité les ten
tèrent, ils obtinrent de
s'y installer et, en l'i02,
Charles VI leur accorda
des lettres patentes re-
connaissant officielle-
ment leur confrérie sous
le nom de « maîtres et
gouverneurs de la con-
frairie de la Passion et
résurrection Nostre Sei-
gneur, fondée en l'église
de la Trinité à Paris ■•.
L>' premier théâtre pa-
lisien était créé ; il pros-
j>éra là pendant un siècle
et demi, jusqu'au mo-
ment où, en 11548, il fut
transféré à l'hôtel de
Uourgogne, où nous le
retrouverons tout à
l'heure. I,a maison de
la Trinité reprit sa des-
tination iios[)ilalière et
la garda jusqu'à la Mévo-
lution; il donnait asile
à des orjihelins (|u'à
cause do leur costume
on nommait les Enfants
bleus el qui faisaient
CHAPELLE DE
B L' R l'
llEECrEE DU COL-VE
1 r L A t K M K N T 11 K I, A >l C K I.
cortège à tous les enterrements de marque : la Cour des Bleus,
inivrant sur le n" 146 de la rue Saint-Denis rappelle encore aujour-
d'hui leur souvenir. Nous souhaitons qu'au-dessus de son entrée une
inscription soit apposée rappelant que, sur l'emplacement compris entre
les n°^ 140 el i6i, s'élevait i hôpital de la Trinité où, vers 1390, fut fondée
la première snlle de théâtre parisienne, qui y subsista jusqu'en iôiS.
n pfu plus haut, et de l'autre côté de la rue, était situé le couvent
des Filles-Dieu. Tous les historiens s'accordent à dire que sous le
rècne de saint Louis, un monastère avait été fondé par les soins de
l'évèque de Pai'is, Guillaume d'Auvergne, au-dessous de l'endroit où
est aujourd'hui la maison de Saint-Lazare pour recevoir des femmes
qui, dil Juinville, « par povreté, s'estoient mises en péchiéde luxure ».
liii' dis iililiixaliiins imposées aux Filles-Dieu était d'olîrir le pain et
le vin aux condamnés que l'on me-
nait " supplicier » au gibet de Mont-
l'aucon. Lugubre éla|iei|ui peint bien
la férocité des mo'urs d'autrefois.
Semblançay, le surintendant des
linances, est un des ]ilus illustres
parmi ceux qui reçurent ainsi des
l'illes-Dieu leur dernier repas; pour
lui. par un rafllnement de cruauté,
l'est là qu'on lui mit en main uno
croix peinte en rouge et qu'on lo
poussa, tète nue, jusqu'au gibet.
Ce dernier conlinait, à la Cour des
Miracles, devenue luquilaire depuis
que, dans Xulre-Dame-de-Puris, Victor
Hugo en a fait une si ]iilloresque
prinlure. Comme son nom l'indique,
c'est là que tous les faux paralyti-
ques, aveugles, culs-de-jatte, man-
chots, avaient leur asile et retrou-
vaient, chaque soir, l'usage de leurs
organes. Le percement de la rue
Uéaumur a, de ce côté aussi, donné
(le l'air. AdministrativcmenI, la Cour
des Miracles existe encore, mais il
ne s'y fabrique plus de faux inlinnes ;
elle s'ouvre rue de Damiette el rue
des Forges, et est voie privée; sa lon-
s variiLtés. gueur est d'une quarantaine de mè-
tres, sa largeur d'une dizaine.
lîevenons à la rue Saint-Denis où
aliomliMit 1rs souvenirs du \ii-ux Paris.
Presipic en face de la maison des Filles-Dieu, s'élevait un autre
couvent, celui des dames de S<iint-Cliaumondxen\xes]iien 1685, où elles
succédèrent aux héritiers du duc de La Feuillade, et c'est là que fut
construite la première statue de la place des Victoires; elles se consa-
craient à l'instruction des jeunes tilles et des nouvelles converties. Le
couvent fut suiiprimé
en nOO, mais ses bàli-
ments ne furent pas en-
tièrement détruits et l'on
peut voir, à l'angle des
lues de Tracy et Sainl-
Denis, la partie sujh'-
rieure de la fai^ade de
leur chapelle.
Dans cette maison na-
quit, le 7 fructidor an VI
I-2-2 août 1"98), Jules
.Miclielet dont Paris el
la France entièi-e, oui
le 14 juillet 1898, célé-
bn' le liliirirux ccnle-
l.i' Quartier Bonne-
Nouvelle. — Le (lécrel
ilu Ui |uiu 18:59 a donné
à liusi-mlili' de la ré-
1,'iiiri i|Ui' iiiiiis (|uilliins
i-l à celle (lu nous alliins
entrer le nom de quartier
Uonne-NoHvetle. Ilislori-
ipiemenl, il eût mieux
valu lui laisser son luuu
primitif de N'illeneiive.
(;'est ainsi, eu ellel,
NT DES DAMi:
I. K NAIJl'IT l.'ill.s
Il \ I M II N T,
D !•: i: X 1 1 ; m i: a i ! r o n d i s s i: m i: n t
19
LK BOULEVARD DES ITAEIENS LIMITANT LE I
qu'on (Irsiuiiail au xvi° siècle les conslruclions qui s'élaient élevées
sur les délilais de l'euceinle de Charles V, entre le rempart (représenté,
nous l'avons dit, par la rue d'Aboukir) elle boulevard qui, sur ce point,
ne date que de Charles IX. La population y était devenue assez dense pour
qu'en 1551 une chapelle y eût éli-
instituée sous le vocable de saint
Louis et de sainte lîarbe. I.,i \illi -
neuve et sa chapelle luirul rnlirn-
inent rasées pendant le siéi;c dp
Paris en 1593. On la reconstruisit
non sans peine sur ses propns
ruines, au temps de Louis XIll, qui
accorda à cet elTet des piivili'L'i-s
spéciaux, et on la surnomma à ci'
moment Villeneuve-sur-Gravois. La
chapelle fut, de même, réédiliéc,
mais s(_Mis le nom de Notre-Dame-
de-Bonne-Nouvelle, liin' qui sr
i.qqiurle à l'AnnoULialiou, bien ipi.'
b's anciens documents i'uppellcnl
lionnes -Nouvelles. La premirri>
jiii'ire en l'ut posée en 16'25, ccib-
du cliu'ur au mois d'avril 1628 par
Anne d'Autriche; enliii. le 22 jiiil-
b't 1673, de sinipb' clia|irllc, ' rllr
ib'venait paroisse. .Mais rc n'rsl pas
l'édilice du xvii° sièile cjuc nous
avons sous les yeux, car il l'ut di'-
iiuili en l'an V. 11 ue devait |ias èlre
beau, vu le style du tenqis.
L'ancienne Villeneuve a gardé l'as-
liect montueux, tortueux, étniil dr
son origine sur gravois 11 est biin
pittoresque, cependant, bien " vieux
Paris >i avec ses rues tracées géomé-
tiiqut'raent comme celles do toute
vraie ville neuve. Certains de leurs
noms veulent une explication ; la
rue de la Lune doit sans doute le sien à une enseigne, car elle n'est pas
de celles on l'astre des nuits peut le plus facilement briller; la déno-
mination de la rue Beauretjard est plus obscure; son tracé même, sauf à
sa pointe, rend dil'licile d'y jouir de la belle vue que lui ont prêtée
quelques élymologistes; nous incli-
nons plutôt pour un nom d'homme,
— et pourquoi pas celui du capi-
taine des gardes de Soissons dont il
est question dans ïalleuianl des
liéaux? La rue Notre- Dame-de-Recmi-
vraiice, ancienne petite rue Poisson-
nière, doit avoir eu pour marraine
une chapelleuie, un bénélice ecclé-
siastique qui possédait là du terrain.
La rue T/iorel, avant de prendre le
nom d'un conseiller municipal de
Paris, mort en 1884. a porté suc-
cessivement ceux de Porlalès, an-
cien curé de la paroisse, — et de
Sainte-Barbe; la rue de la Villencure
s'api)elait à l'origine rue Saint -
Etienne. La rite de Cli'ri/, enfin, exis-
tait dès IG'iO et devait sou nom à uu
hôtel dit de Cléry.
Au carrefour formé en angle aigu
par cette dernière et la rue Beaure-
gard s'élève une maison de trois
étages, surmontés d'un grenier de
forme bizarre ; c'est là qu'en 1793
habitaient les parents d'André Ché-
nier — et légalement, mais par in-
termittence seulement — le poète
lui-même. Ce n'est pas dans cotte
nuiison.mais à Passy, au sortir d'une
visite, qu'il fut arrêté comme sus-
pect,le t" ventôse an II (7 mars 1794).
Il ue devait pas la revoir, ni em-
brasser ses parents épKués; après
,\DE DE LOI' EU A-COMIQUE,
PARIS -ATLAS
I..\ FONTAINE CAII.I.ON.
Par L lc-Olivier Mer
une longue délen-
tion, il péril sur Ti'-
clwilaml (le la i)l;ue
.lu Trône, le 6 llier-
uii.lm-, ;ï lïij-e de
In-ulr el un .iiisl
Rue Réaumur.
V.U CilUliMUaUl VITS
l'Ouesl, nous croisons
lu rue Hrauniur, de
récent [lercenienl.
l'endanl fort lont,'-
liMiips, elle s'étendit
si'ulfuirnl l'iilre le
siiu.nv ilu Triuple et
la iiu' Saint-Denis;
son proliini.'1'nient ;i
iox (Escaliei- d'honneur de 1 Opcra-Coniique }.
visionner les crieurs, por-
teurs, camelots aux pieds
aiiiles.
Les boulevards. — l.«s
lioulevanls dali'Ul du temps
d(> Henri II et Charles IX..
En loo'2, uni' j,'rande pani-
que s'empara des Parisiens ;
ils crurent voir les tronjies
de Charles -Quint à leur
porte, el décidèrent en hâte
de renforcer l'enceinte de
(Hiarles V par une fortifica-
tion qui consista surtout en
fossés assez profonds, et
qui, dans la région dont
nous trailons, reçurent
plus tard le nom de fofsis
Jniincs, en raison de leur
couleur arcileuse. Sous
Louis Xlll," en UiiA, fui
construiti' uni^ nouvelle en-
ceinte suivant leur tracé, et
à l'abri de laiiiielle se hàli-
i-enl les quarlieis Vivienne,
Richelieu el Caillou, mais
ce n'est qu'au débul du
.\ix« siècle (|ue les boule-
vards commencèrent à per-
dre leur aspect de vastes
promenades ombrageuses à
deux rangs d'allées, pour
lujourd'iiui. S'il revenait [larmi nous,
a maison, siluée sur le boub'vard, au
travcMs le l|c arrondissi-nienl jusqu'à la place di' la liourse aura élé
une des jilus iiiiportantes opéralioiis de voirie parisienne de la lin du
siècle, par la relation directe qu'elle crée aulanl i|ue pur l'aéialinn si
nécessaire des quartiers qu'elle traverse.
I.a rue Poissonniùre était celb; (|ue suivaiiuil les marc liand> île poisson
pour apporter b-ur marchandise aux Halles il, sous ce nom. elle est
1res ancienne. Prolongée par la rue du Faubonrg-Pidssonnière, elle est
\in des anciens chemins conduisant à Saint-ltenis, où on la retrouve
encore perlant le nom de la rue des l'oissonniers. Klioile, monlueus. .
mal bàlie, ce n'<Mi esl |ias moins une des rues les plus vivanles. b
plus (larisiennes du vieux Paris. Au lenire du quarlier des allair.-
elle conslidie la ligne de iléniai'calion eulie deux L'enies de coiiiun n '
ci-iui des lleirrs i-t plutiies centralisé place el rue iln Caire, celui de ! -
diaperii- et delà passementerie, (pii a son siège principal dans la me il"
Senlier. \.i- Sentier, comme o[i dil couramnieiil dans l'argol comnier-
eiul, esl l'un des plus gros uiaichés de lissus du niomle enlier, el il esl
notoire que le nioimlre événemenl pnlilique y trouve anssilôt su réper-
cussion. Uuand « le Senlier >• est calme — c'esl-ù-dire profondéinenl
ull'uiré — cela prouve que tnul va bien, un dedans comme un iblior^.
Il ne faudrail pas croire que dans la iw ite ye";ici(r« les liabilaul ;
uii'iil.plus qu'ailleurs, l'ail profession d'(diserver une dièle rigoureuse :
on la nommait ainsi dès le xvn' siècle, mais par erreur; son vrai mou
est" rue des Jeux-Neufs .., el elle le lire de l'existence de jeux de pai
el de boules qui s'y ét.iieiil instalb's.
l'arullèleirieni à la rue des .biix-.Neufs, les étroites rues ihi Croissarii
et Saint-.losepli relient le quarlier Poissoiiiiière à la iii.' .Monliuuilri .
Illen n'est pins pitlores(|u." i|ue l'uspeil de la iiiedu Croissant, le matin
de très boinie lu-nre ou ;'i partir de deux heures de l'après-midi; i'e>l
le centre de prodm lion et d,- veut.' de la plupart des .jonniunx, le
marché des journaux, i .imuo- on l'a souvent apiiidé, où viennent .s'aïqiro-
Uevenir ce que nous les voyou
<iue dirait llegnurd, lui qui, di
bout de la rue Hichelieu, se féliciluil d'uvoir sous les yeux l'abbaye de
-Montmartre, sans autre intermédiaire que des marais et des jardins!
Le bouhvuid Bonne-Nouvelle ne présente d'autre particularité que sa
terrasse au-dessus de la chaussée, qui, là connue eu d'autres points
de la ligne des boulevards, semble disposée emume une galerie di'
Ihéàlre.
X l'angle du boulevard Poissonnière el de la lue du mi''me nom, un
magasin de bonneterie a pour enseigne : Maismi des anciennes limites
de la ville de Paris; an n"2t). » La maison portail, eu elbd,une inscrip-
tion datée de 172t), défendant de bâtir au delà de celle limite dans le
faubourg, sans permission, c'est-à-diie sans avoir payé la taxe. La maisiui
]iorlant le numéro 23 du même boulevaid est un bel liùlel conslrnit
sous Louis XIV, pur François Soufllot, dil le Itouiaiu. ue\eu et élève
de l'architecte du Paulliénii, pioir le pii'sidenl de Moulliojon.
Boulevard Monlinarln- , le iheàlre des 'Variétés uli-e sa façade
un peu i'tii(|née.
Le /lassai/e des
l'iiiiorinnn.--. dans
lequel cel éta-
l.lisseUleUl esl
|iiiur ainsi ilii"
enraslii'', fui ou-
\erl eu l!St)0,sur
les lerraius de
l'ili'ilel de Molll-
mnreney. Il doit
son muii aux
p.iuoiamas que
Itnbell l'ullon,
le ci'lébre invell-
teui' du bateau
à vapeur, y avait
construits et qui
représentaient
les principales
xillesdui I<'.
Ils fureiil Mip-
)ii iuii's eu ts:'l.
Les jaidins de
ce miMUe lliilej
de Miinlmiiiency
luieril. sous l(!
nom de l'rasculi,
Ll l'Wn.l.i'N l'i: llAMiNKi; le rendez-vous
(11.11 LcvAiii. m:» iTAi.iKMt). des élégances un
i)i; r XI i;m k a i; r, < » nd i sskmk.n r
21
[icu lascives l'I l'iii-l di''shu-
liillri-s (lu Dirrrldirr.
Nous VDici au huulcvard
di's Italiens, ainsi nonmi''
depuis la lin ilu xviii° sirili-,
en riiouiirur (les eiiiiii''-
(lieiis ilalicus dont le tli('àlre
fut coiislruit eu 1782, d de-
vint le tlK'àtie de lOpéra-
Comique. I.a, façade n'en
l'ut cependant jamais sur le
Iniulevard nifimi;. On a
d(inn('' plusieurs versions à
ce sujet; la plusvraisembla-
Ijle est celle-ci. Le vaste em-
placement compris entre la
rue Ricfielieu, la rue Sainl-
Marc, la rue de Gramninnt
et le boulevard éiaW. occu]"'
par un liôtel que le duc de
Choiseul tenait de la dot de
sa femme ; par l'internu'-
diaire du fermier général
Laborde, il l'aliéna en 1781t.
Des rues furent percées ; on
décida la construction du
théâtre italien; mais le duc
se réserva la façade du boit-
b'vard pour y bâtir des mai-
sons de rapport, et, ilstipula,
afin de donner de Tanima-
tion au (luartier nouveau
([ui se créait, que Tentré.'
du tliéàtre serait sur la
place qui a reçu, en 1852, le
nom de Boieldieu. Le jdan
était d'un bon calculateur
et l'on sait quel succès
financier il a eu ; le contrat
fut, en outre, rédigé de façon si formelle qu'il est encore valable au-
jourd'lmi; l'Opéra-Coraique tournera élernellemeul le dos au boulevard
dont il fut le parrain.
Les comédiens italiens y jouèreni pour la première l'ois le 23 avril 1783.
Leur fusion avec la troupe fran(?aise d'opéra-comique dura jus-
qu'en 1797. Celle-ci émigra alors à la salle Feydeau, construite de-
puis 1789 dans la rue du même nom, mais revint à la salle Favart
en 1801. Celle-ci, démoli(^ en 1839, lut rcconslruiie l'année suivante;
c'est elle qu'a détruit l'incendie du 2o mai 1887. Le souvenir de cette
épouvantable catastrophe est encore dans toutes les mémoires.
La reconstruction Ae l'Opéra-Comique, décidée au lendemain UK'me
du sinistre, s'est fait attendre onze ans. Le l"' juillet 1898 la troupe a
quille la salle du lliéàtre municipal de la place ,lu Cli.i lelet, où elle avait
reçu l'iiiispilalité. Le nouveau théâtre, doul li' slyb- il les dispositions
générales rappellent l'ancien, est dû à beriiic'r, et il a valu à son uuleur.
PERSPECTIVE DE L.\ R
(k gauche
^AIX, PRISE DE L.A. P L .\ C E DE I.OPÉP..i
UE DE L.\ PA , .. .... ....
■ le Cercle n.ililaire; au fond li colonne Vendôme.)
Phol. ^eu^a.-
avant l'ai bèvemenl complel de lédillce. d'entrer à l'.Xcadémie des
liiaux-Arls. L'œuvre a beaucoup de mérite. De grands artistes ont
Collaboré à l'embellir. Nous nommerons pour la sculpture Falguière.
Mercié, .\llar, Peynot, Puech, Guilbert, Coutan, Marqueste. Lombard,
(iusiave Michel; pour la peinture Benjamin Con.stant, Merson, Gene.x,
Flameng, Toudouze, Haiiluièl Collin, Maignan, Blanc, etc.
.Mentionnons encore, sur le boulevard de.s Italiens, le passage tirs
Princes, ainsi nommé, depuis 18130, de l'enseigne d'un lultel meublé qui
n'avait rien de princier; — la maison portant le numéro 9, qu'habita
(in'try; — la masse inqiosaule des bàlimenls du Crédit Lyonnais.
vi'rilable C(dVi-e-fort eu jiieri-es de laille ; -- eiilin la .ji'lie fa.ade semi-
circulaire du pavillon de Hanovre, construit eu 17.j7 pour le
maréchal de Hichidieu.
La rue Louis-le-liraud sépare le boulevard des Italiens de celui des
Capucines. Se doulaieul-idies, les austères capucines, que la piété de la
l.K SQUAUK DM I.A l'I. AIE I,OL'\01.~
1'Ai:A11E UE LA lilliLloi 111.
22
TARIS -ATLAS
duchesse de Mercœur réunit en 1006, qu'elles donneraient plus tard le
nom de leur ordre à un boulevard, à une rue où régnent surtout le
luxe et les goûts mondains? Le temps, le hasard ont de ces ironies. Le
plus beau joyau du boulevard, c'est la place de l'Opéra, dont il nous
parait oiseux de vanter les mérites; qu'il suffise de rappeler que le
Cercle militaire, officiellement nommé « Cercle des armées de terre
et de mer ». y est depuis douze ans situé dans le fort bel immeuble
qui fait l'angle de l'avenue de l'Opéra et de la rac de la Paix. Cette der-
nière — dont le nom semble être aussi une ironie, puisqu'elle aboutit
à la colonne faite du bronze des canons ennemis — s'appela d'abord
rue Xapoli'on. On comprend sans peine que Louis XVIII y ait substitué
une dénoaiinalion plus iia(ili(|ue.
Le Crédit foncier, fondé en 18o2, et dont le nom indique
suffisamment la desliuation, se trouve dans la iiie des Ciq/ucines.
Le percement de l'avenue de l'Opéra a coupé en deux le quariiir
GailUm, mais ses deux tronçons ont recouvré après l'opération leur
calme un peu hautain. Le mouvement de la grande artère ne reflue
pas jusqu'à eux; c'est l'asile tranquille des gens de la bourgeoisie,
et l'on devine qu'ils vivent là comme coqs en pâte. Tout ce qu'on
sait de ce coin, c'est qu'en 1321 un bourgeois de Paris, Jean Dino-
cheau, fondait, au faubourg Saint-Honoré, la chapelle de Sainte-
Suzanne, autrement dite de Gaillon, sur l'emplacement où, au siècle
suivant, s'éleva Saint-Roch. La r«« Gaillon partait de ce point et se
dirigeait vers le nord pour aboutir aux fossés jaunes. Loisque l'en-
ceinte de Louis XIII fut achevée, le canton prit de l'importance, mais
c'est surtout le xvin' siècle qui lui a donné son aspect actuel. La rue
Lmiis-le-Grand fut percée en 1701; en 1713, un arrêt du conseil d'État
ordonna la continuation de la rue Suiid-Ainjuslin entre le carre-
LA .SALLE DE LECTUUE DE LA lil BL I Oï II Kg U E NATIONALE.
four Gaillon et la rue Louis-le-(;ran<l ; la me de In Michodicre (pré-
vôt des marchands) est plus i-éeente; elle ne fut nuverle qu'en 1778.
Signalons au carrefour (iaillon l'éléganle forilaitie coustruilc par
Visconti.
Entre larue Xeuve-Saint-.Xugustin :'qui, depuis 1881 , s'appelle rue Saiut-
Augustinj et laruedesI'elits-Champs (dénomun^c jusqu'à la même date
rue Neuve-des-Petils-Cliaiiqjs) une vaste place dimne de l'airau cpiartier,
qui en a besoin. Elle fut créée en 1828 pour la constiuilion du Tliéàlre-
Italien, également connu sous le nom de salle Venladour. Ci't édilice,
œuvre de (Juercliy et Hervé, est bien bâti; il aie mérite d'èlre couiplè-
lement isolé et d'indi(|ucr du dehors sa disposition et sa drsiinalinn
intérieures. Après des fortunes diverses, qui ont été souvent très bril-
lantes, il dut cei)en(laiit fiuiuer ses portes; le genre ilalien ne faisait
|)lus suflisaiiimenl reiidti'; il n'en va pas de même de rélablissemeiil
(|ui s'y est installé en 1893: c'est la succuisali' di> la italique de Erance,
spécialiMnent alTectée au prêt sur titres.
Il paraitquc la prudencede Louis-Philifipi' avail exigi' la rnnslruclidu
d'un passagi' souterrain (|ue l'on a récemment ii'trouvé, (-(unniuniiiuaul
du Théàli-eltalien au /las^ni/c Chai^cul; en cas d'émolion trop vive dans
la salle, le roi aurait disparu par h- couloir et sa\ilê en voilun- au IkuiI
du passage. Il ii<-' fut jamais lêduit à celle extrémité.
Le lliéàli-e des Bouffes-Parisiens partage ses faïades enlrr la
rue .Monsigny et le jiassagc- Choiscul. il fut d'abord occupé [lai- la Irmipi'
du prestidigitateur Comte; plus lard, il eut pour directeur Jarcpu^^
OITenbach, et de|>uis, la vogue ne lui a guère fait défaut, encore (|uc
l'o))éretlc uil à Paris Lion d'autres scènes où se produire avec succès.
\ous soniines <lans \r qiiaiiifi- ilrs llu'',ili'fs, vi\,inls du di^riinls.
A cclli' sridiide catégorie appailicnl la salle d'Opéra dont les maisdus du
fiiiid ili- la place Louvois, côté de la rue iianieau, représeuleul rempla-
ce iil. ('.est en sortant de là, le 13 février 1820, (|ue le iluc dr iterry
fui assassiné par Louvel. La salle fut peu après tlémolie; on i-ésolul
tl'élever à sa plaee un UKUiutueut funéraire à la mémoire du priucr,
mais la lié^volulion dr 1830 survini, qui arrê-la ce projet, el liualemeMl,
ou (il le ^Yl(,/,,• Ijiiivtiii. pi'iil, mais cmpii'l.
l.a Bibliothèque Nationale oii-upe le i|iiadiil.ilèi-e l'nmiê pai' les
rui'S Av Itielielleu, îles Petits - Champs, \iviemie el Cnll.erl. C'est
en 1721 (|Ue la bildiolllè.iue du Uni fui inslallée dans lliêlel de .Ni'-
vers. amiiMi liolel de Mazarin, à la suile du désastre lluancier qu'y
subit la banque de Law. .lusqu'alors, elle avait été bien nomade. Les
colleclions de nianuscrils formées pai' saint Louis el ses successeurs,
nolamnienl par Charles V, i|ui leur avail ilo ' dans la lourdu Louvre
un asile si sur, el eu la personne de «iilles Malc^l mi gardien si inlel-
ligeul; ci's c(dleitions furent dispersées sous C.harles VI aulanl par
les |iriuces du saiig que pal' lescouquérauls anglais. Les Valois la re-
eousliluèrenl à itiois, d'abord, puis à Eontainebleau ; \in évêiiemi-nl
venait de se produire, il'ailleurs, i|ui était de nature à i liliei' el à
enrichir singulièremeiil la •■ librairie .. royale: i'iuveiiliou de limpri-
uierie. Aux maiiuscrils dont le nombre êl.iit néeessairemeni liiuilé h
la producii les calligrapln's, allaient s'ajouter les produits de l'im-
lirc'.ssi(Ul, contrel'açou timide d'abord des maïuiscrils mêmes, mais
dont l'essor ne tarda pas à preiulre Ks proportions les [ilus cuusi-
dérablen.
DEUXIEME AIÎIiONDISSKMK.N T
23
r 1. \ r; I n i.in r H I
Franrois I"'' eut le bon esprit d'en tiriT juirti jiour lu Lil/linlhi'
royale en prescrivant qu'un exem-
plaire de tout ouvraue imprimé y
serait déposé ; celle réslemenlation.
prise, il est vrai, i)lulijt au point de
vue du contrôle et de la censure
des publications, n'en est pas moins
l'origine du dépôt légal.
De Fontainebleau, la bibliothèijue
revint à Paris sous CliarlesIX; elle
l'ut successivement conser\-ée, et
chaque année enrichie, au collège
de Clermont (Louis-le-Grandi, aux
Cordeliers, rue de la Harpe, rue
Vivienne dans un hôtel apparle-
nant à Colberl, en 1666, et enliu à
l'hôtel de Nevers en 1721.
Rue des Petits-Champs, n" 8, une
porte monumentale donne accès à
la cour d'honneur de l'ancien hô-
tel; c'est l'entrée des appartements
de l'administrateur général (pavil-
lon de droite). Dans le bâtiment du
fond, une salle a été aménagée lors
de la création, en 1824, d'un cours
d'archéologie qui ne s'y professe
plus aujourd'hui. L'acoustique en
est déplorable ; elle sert cependant
aux réunions de quelques sociétés
savantes parmi lesquelles celle de
l'Histoire de Paris et l'Ile-de-France.
Rue de Richelieu, peu après
l'angle formé par la rue des Petits-
Champs, une petite porte toujours
hermétiquement fermée et qu'aucune inscription ne reconiman
à la curiosité du passant, sert d'entrée au Cabinet des
médailles et monnaies.
Seuls, les initiés la connaissent et osent en faire
tinter la sonnette; la porte se referme sur eux et ils
pénètrent dans le sanctuaire de la numismatique après
s'être fait reconnaître d'un gardien.
L'entrée principale de la Bibliothèque Xationale est un
peu plus loin, vis-à-vis du square Louvois. Là existe une
cour d'honneur encadrée de bâtiments sévères : au
fond, au rez-de-chaussée, le cabinet de l'administrateur
général et les bureaux de l'administration auxquels l'es-
pace n'a pas été ménagé; au-dessus, la galerie des ma-
nuscrits; à droite, l'entrée des salles de travail, pré-
cédée d'un perron de quelques marches.
L'ensemble des collections de la Bibliothèque est
divisé en quatre départements à la tète de chacun des-
quels est placé un conservateur, assisté d'un conserva-
teur adjoint, de bibliothécaires, sous-bibliolliécaires,
stagiaires, coniniis et garçons. l'n administrateur gé-
néral a la haute direction et la responsabilité de tous
les services. La Bibliothèque n'est pas publique ; per-
sonne ne peut pénétrer dans les salles de travail de ses
ÉGLISE NOTRE- DAME-DES- VICTOIRE
déparlements sans être possesseur d'une permission délivrée par
l'administrateur général après juslilicalion des titres à cette faveur. Il
va sans dire que l'administration apporte la plus grande libéralité
dans ses autorisations, qui sont toujours renouvelables. En outre,
une grande salle de lecture est accessible au public sans carie préa-
lalilc, sans autre formalité que d'y trouver de la place ; on y est admis
inus les jours, y compris le dimanche; c'est niêue le jour où elle est
!'■ plus fréquentée.
.yjoutons que le public est autorisé, le mardi et le vendredi, à visiter
une partie des bûlimeiils de la Bibliothèque, les dépôts exceptés. Dans
la galerie .Ma/.arine. dernier et fort beau vestige de l'hôtel Mazarin, sont
exposés les plus riches échantillons des manuscrits de la Bibliothèque.
La nie Vivienne est très ancienne. Au xvn* siècle, elle ligure sur les
jilans sous le nom de Vivien, « famille fort connue ■•, dit Jaillot. Plus
taid on l'a féminisée, comme on a fait pour la rue Mazarioe, la rue
Kiançaise, etc. Et Jaillot ajoute : " On jieut voir dans fiauval, qu'au
milieu du siècle dernier elle se prolongeait jusiju'à la rue Feydeau, et
jue dans cette partie et depuis la rue des Filles-Sainl-Thomas, elle
s'appelait rue Saint-Jérôme. Les religieuses l'ont comprise dans l'en-
ceinte de leur monastère. » Ce monastère, dont une rue a gardé le
nom, avait été fondé en 1642, et il ne lit jamais beaucoup parler de
lui, si ce n'est loi-s de sa suppression, qui laissait disponible un su-
[lerbe terrain. Il y eut ile bnimies hésitations sur l'emploi qu'on en
pourrait faire ; enfin, un décret du
16 mars 1808 prescrivit la construc-
tion de la Bourse et du tribunal
de commerce sur la (lartie de l'en-
clos limitée entre les rues des Filles-
Saint-Tliomas et Feydeau.
Celte consiniction fut confiée à
l'aichitecte Brongniart, qui mourut
en 1813; les travaux, rejiris par La-
barre, n'avancèrent que lentement
et furent terminés en 1826. Quant
au tribunal de commerce, il s'est
séparé de la Bourse dès 1860, pour
aller occuper son temple ilorenlin
du boulevard du Palais. La Bourse
ressemble à un temple grec; il y
faut voir les belles fresques d'.\bel
de Pujol.
L'horloge de la Bourse a été long-
temps la seule à laquelle les vrais
Parisiens reconnussent quelque
exactitude, et ils faisaient volon-
tiers un long détour pour mettre
leur chronomètre en harmonie avec
elle; c'était le temps où le canon du
Palais-Royal et le tabac râpé de la
Civette avaient tant de succès :
gloires bien oubliées aujourd'hui.
Nous devons une mention à la
belle nie du Qiiatrf-Sejitembre — pré-
cédemment rue du Dix-Décembre.
Ce fut une des dernières opéra-
tions de voirie du second Empire ;
dans ses Mémoires, le b.iron llaussmann avoue qu'elle coûta (36 millions.
FAÇADI-: DE I.A BOURSE.
24
PARIS- ATLAS
celle où la ferveur des
fidèles se manifeste par le
plus de neuvaines, d'ex-
voto, de témoignages de
dévotion.
I.a rue Vidc-Gcns.icf, qui
ne mérite pas plus c|ue
d'autres, de nos jours ilu
moins, ce nom peu rassu-
rant, relie la place des
Petits-Pères à la jilacc des
Victoires.
La statue équestre qui
s"élève actuellement sur
cette place est de Bosio et
fait honneur à l'arlisle,
un peu à cause de l'arti-
liciel équilibre donné au
cheval, qui paraît se tenir
cabré sur les pieds de
derrière. En rénlilé le no-
ble animal est l'orleinent
LA PLACE DES VICTOIRES.
La me de la Banque est riche en édifices administratifs, mais pour
que sa dénomiualinn soit exacte, il n'y manque que la Banque; eu
revanche, l'on y renroiilre la Mairie du II'- arrondissement, une ca-
serne de garde
réiiublicaine, les
hôtels de Tad-
ministration du
Timbre et de
I l'j nreg i s 1 re-
nient, tous con-
struits sous Na-
poléon IIL Les
deux premiers
(iccupent rem-
placement d (î
l'ancien couvent
des an gustins
(lU pelils-pères,
il.int l'éL-lise,
s. Mlle r.-sl.T de-
bnul, rsl drdiée
à Notre-Dame
des Victoires.
Cr^l bl, p,,lll'
uiii' égbsr , un
imm bii'ii gui'j'-
liiT. (lu |iillll-
lail clnili- i|Ul'
(III.T.db'-ci lirlll
!•' Sirll ,\v l.l
pl.Mi' Mli>il|i' : il
ii'i-u esl rien. La
fiindalion, en i-e
lirii, di's augiis-
lins, av.iit cdïn-
cidé avec la vic-
toire rem(iorlée
par Louis XIII en 1628, à La Uochrdle; en posant la première pii'rii'di'
Téglise (le ces religieux, l'annéi- siiivanle, le roi voulut consacrer le sou-
venir di; son fait d'armes, L'édific(! jiriiriilif menaçant mine diil èhe
reconstruit en 1738. C'est une des plus imjiorlanles pai'oisses de Paris,
LA .STATUE DE LOUI.S XIV.
.î DR JEAN SANS PRIJR
'RrK KTlKSNK-MAncFI,).
é t a y é p a r u n e
barre de fer dissi-
mulée dans les
crins de la queue.
Le roi caracole
dans une atlilude
guerrière. Cette
slaluedaledel822
et ne rappelle en
rien la précé-
dente, statue pé-
destre que Des-
jardins scul|)ta en 168fi et que la Révolution envoya au creuset.
La place, elle,'a subsisté; mais sa sévère harmonica éh' bieiimodiliée
tant par l'ouverture de la rue Etienne-Marcel et la conslruclion des
liantes maisons, (]ni en forment l'entrée, que par la profusion des en-
seignes commerciales. Nous ne saurions mieux faire (pie de rappeler
avecM. de Boislisle, ;m Mémoire duquel nous avons emprunh' la plupart
des détails précédeiils, celli' clause <ln coniral ]iassé |)ar la \ille a\ec
l'entrepreneur chargé de la cousliuclion en 168o : " .\ l'avenir, -ledil
sieur Prévôt on ceux (]ni aiirnul droil de lui seroiil leiiiis el obligés d'eii-
Iretenir ladile façade en pareil élal el symi''trie, sans y rien changer. ■
X.nruedu Mail, loule voisine, iiKoiIre. iiiiniéro 7, la façadi' d'un bel
licMel qui passe pour ;\\>t'w éb'' coiislruil p(mr Colberl. Ce ipii donne
créance à celli' o|iiniiin, c'est que les corniches enrinlhirinies des pi-
lastres sont oinécs di- cruileuvres, coluher, emblème du grand miiiislre.
Le percemeni de la rue Etienne- M arrel, achevé' en 188.'t dans le
il'' arriiiidissi'iMi'iil, a éli'' des |iliis favorables à la circulalinn. Le cnb''
ini|iair seul apparlirnl à la n'^ginii (pie nous déi'ri vous. Il pi'éseii le. jusqu'à
riiilrrsiMlioii (Ir la nie ■j'nrliign, la Tour de Jean-sans-Peur, adi'oile-
iiiciil ciiciiln'e dans les bàliinelils d'il 'rnlr c iinalr. C'i'sl liiiil ce .
i|ili i-csle di- rih'ilel des diii's de Ibmigoglie, cl aussi l'un des ly|H'S, bien ^
rares iiiainlenaiil à Paris, ib' l'arcliileelure i-i\ile ilii xv" siècle. In ilécret ;
dirl7marsl8«7aaiilnrisélavilledeParisàaneeh'rl(l,(lllt)rrancsà sa res-
lauialion. QiianI à l'Iinlil liii-iiK'nie, aliéné sons l'rançiiis I'''', il dciiinaT
asile en 15'i8 aiiv rnmédi.iis qui av.iii'iil quille rii."i|)ilal île la Trinilé et|
daiiscelle ii. nivelle condilioii, pnispéra pemiaiil un siècle el demi <'iiccire.
l.l' hiiuternrd Si'hiislniml i-niitt, fcruie le II" arroiiilissement du eùlé ib-
l'KsI. Enlnqiiis dès l'année 18:J'i, il l'iil inauguré qualre ans plus binl.
lin le 11 iii.i dabnid bonlc\aiil du «lelilli'; la prisr ib' S.'b;islii|iid lui
\.iliil siOi iioiii arlind.
PARIS DEUXIÈIV.E ARRONDISSEMENT
\J
PARIS-ATLAS
PERSPECTIVE DE LA RUE TURBIGO.
^
<^.
a
roi^disscnxijf. ^(.
LE TEMPLE. — g» quautier : DES ARTS-ET-MÉTIERS. — 10^ quaiîtieii : DES ENFANTS -ROU CES.
11" QUAuriEn : DES ARCHIVES. — 12» QUAnriiiii : SAINTE-AVOYE.
E 111'' an-oiidisscmoiit, dit Li; Tiî.mpi.e, a un jmnr-
pris des plus simples, formé par l'axo du liouU-
vard Sébaslopol, à partir de la rue de Uamlm-
teau, des boulevards SaiiU-Marlin, du Temple,
des l'illes-ihi-Calvnire, Beaumarchais, jusciu'à la
rue du Pas-de-la-Mule, l'axe de celle rue el de
celles des l'Vancs-Bourgeois et de Hamliulcaii
jusqu'au boulevard de Sébaslopol. C'est là un
territoire d'une étendue médiocre : IK! liei--
tares, et seul, le II» arrondissement est moins sirand encore. En ri>-
vanche, sa population est dfs pins denses, cl "si les monuments y
sont niaintenanl un \>r\\ dairsi'iui's, ilu moins nous aurons à i;lani''r
çàet là niainls souvcniis.
Ilistoriqueiucnl, erllo p.u-lie de la ville ne se bàlil qu'au xni" siéib-
elle esl, en ell'cl, tout (•nliére comprise dans l'enceinle de Pliilippe-
Anijuste et celle de Charles V; la première laissait en dehors do Paris
tout ce (jui est au delà, vers le nord-est, de la rue des Fi'ancs-Bour-
P.\ris-Atlas.
seois; la seconde, représentée aujourd'hui parla rue Moslay el la ligne
des boulevards jus(iu'à la Bastille, enferma donc celle région dans les
limites de la capitale.
On croira sans iieine (|u'elle élail alors bien dilTérenle Je rc qu'elle
est devenue. J.es vastes enclos de nombreux nionaslères el d'IuMels
seigneuriaux, dont quelques-uns très considérables, en occupaient la
majeure parlie; au centre, seulement, des rues élroiles et sans air. où
la population s'entassait; à l'est, jusqu'au xvii' siècle, des (erivs en
cullure maraîchère q>ie l'on nommait déjà le Murais. La région leuil
chaque jour à perdre de son aspect pilloresque... el insalubre d'autre-
fois; d'iniporlauls travaux de voirie s'y sont fails depuis moins d'un
demi-siècle el i|uelques-uns même sous nos yeux: le percenieni dos
rue Turbigo, Uéaumur, l'élargissement si utile de la rue Beaubourg,
la trouée produite par le prolongement de la rue Elienne-Marcel.
IMi y retrouve cependant encore bien des traits caractéristiques du
vieux Paris. C'est maintenant le quartier de l'industrie nianufac^luriére
dans toutes ses branches, la grande fabrication qui s'est inslallée dans
26
rARIS- ATLAS
les nobles logis du Marais, aussi bien que la pelile induslrie de l'arlicle
de Paiis, cantonnée en chambre.
La rue Suint-Marlin est la voie la plus ancienne du quartier, nous
jiourrions presque dire de Paris, puisqu'elle est, on le sait, avec la
rue Saint-Jacques, la voie romaine traversant la Gaule du nord au sud;
elle tire son nom du célèbre prieuré de Saint-Martin-des-Cbanips,
dont le Conservatoire des arts et métiers occupe l'emplacement
et même quelques bâtiments anciens. Ce prieuré avait été fondé
eu 1060, par Henri !«', sinon à la place, du moins en souvenir d'une
chapelle élevée jadis à l'honneur du saint charitable qui partagea son
manteau avec un pauvre. La générosité royale, et aussi l'esprit d'ac-
croissement, en fit un des plus riches monastères parisiens. Sa juri-
diction s'étendait sur la plus grande partie de la rue Saint-Marlin et
du quartier environnant, le Beau Bourg, jusqu'au Temple; de nom-
breux villages de la banlieue nord et est le reconnaissaient pour sei-
gneur. L'enclos du prieuré ne comprenait pas moins de 14 arpenis
qu'entourait une muraille crénelée et flanquée de tourelles, dalaut
du xni" siècle; nous retrouverons tout à l'heure une de ces tourelles.
Dès 1705, la partie orienlale de l'enclos avait été désaffectée et trans-
formée en marché, qu'on supprima en 1811, pour le remplacer par
une construction plus vaste, dont Peyre fut l'archilecte. Il était pré-
cédé d'une place, autrefois jardin du couvent, et où se faisait le
commerce des oiseaux; l'École centrale en occupe maintenant la place.
Quand le prieuré fut suppriuu',
en 1790, il n'était plus habité que par
dix-neuf religieux, qui firent don à
l'Assemblée nationale — un don quel-
que peu forcé — de leurs revenus,
évalués <à 180000 livres, environ deux
millions d'aujourd'hui.
On fut d'abord embarrassé de l'em-
ploi de ces vastes bâtiments, et huit
années s'écoulèrent dans cet embar-
ras. Le 26 lloréal an VI (15 mai 1798),
la solution fut enfin trouvée : sur le
rapport du célèbre abbé Grégoire, le
Conseil des Cinq-Cents désignait l'an-
cien prieuré pour servir de local au
Conservatoire des arts et métiers.
L'idée de grouper les machines, les
instruments utiles à la science et à
l'art industriels n'était pas tout à fait
nouvelle; l'honneur en appartient à
Vaucanson qui, quelques années
avant la Kévolution, avait formé une
collection de ce genre dansl'hôlel de
Morlagne, rue de Charonne, 51, où
il avait admis le public à le visiter.
C'est le rapport de Grégoire lui-même
qui nous l'apprend : « D'après la loi de
son institution, le Conservatoire réu-
nit les instruments de tous les arts à
l'aiile desquels l'homme [leut se nour-
rir, se vêtir, se loger, se défeiidr
Coru DIIONNEUU DU CONSUHVATOIRE DES .\RT.S ET METIICK
élalilir des cummunications dans bib
Lii CO.NbEllV A rolllE DES AUTS ET MÉllEUS.
AL,s.IDE DE LÉGEISE S A I .M - M A I; 1 1 N -DE S- l U A .M l'S.
es les parties du monde. Par le défaul de local, celle collec-
tiiin est disséminée dans trois dé-
jMils... l.e second est celui de la rue
de Charonne, composé de plus de
cinq cents machines léguées en 1783
au gouvernemenl par le célèbre Vau-
canson... "
ÎVous ne suivrons pas dans loules
liHirs phases les développemenis d'un
si utile élablissemenl ; chacun des
gouvernements qtii se sont succédé
depuis le Directoire a tenu à les fa-
voriser, mais c'est à dalcr de Louis-
Philippe qu'on a fait le plus et le
mieux, lorsque Vaudoyer fut chargé
de restaurer et d'aménager délinili-
vement le Conservatoire. Il y travailla
pendant plus de trente ans. De l'an-
cien prieuré reslaielit debout deux
consiruclicins 1res remaniuables, mal-
gré leur délabriMuent : l'église et le
réfectoire. L'église, romane par sou
absïïle, golhique par sa nef; le réfec-
tiiiii\ un M'iilaiib' liijiiu d'archilec-
hnr du XIII' sièilr, (|Ui' l'on peut
allriliucr à l'irric di- Moiilereau, ,
riialiile cdiisinii-lrur .le la Sainle-
(■.lia|M"lb', linviil r.'slauréi's avi'c le
meilleui- goùl. Dans la preiiiière son!
mainli'iianl l'xposées les principales
niarbiiirs; le réfecinire est devenu
iolbèc|Ue'. (.luire e.' Ii.ix.iil ^>• ri'slaurali.in i|iii a bien srs nn'riles,
1,1 pail <1.' \aii. loyer esl des plus cMiisidi'TaMes dans
la conslruelinn du Ciuiservalciii'e : b's bàlimenls eu
l'aeade sur la rue Saint-Marlin, l'aile (jui l'ail vis-à-vis
à l'ancien n'I'eeloire, l'.'déganl perron qui se Irouve en
t.iee dr l'i'iiln''!' |iiinripali' soni égali' ni son teuvie
ri lui Inlll liminrlll'.
I,i' Conservaloire di-s aris el méliers n'i'sl pas seu-
b ment un adniiiable musée, c'est aussi une école
ii.ilionale des sciences industrielles.
l.e colonel Laussedut s'expii ainsi à eel étianl
dans une excellente notice qn'il a cdiisaciée à l'ela-
blissenient :
!■ Le nombre des chaires e>l ib' 17. qui se iVparlis-
senl de la manière suivante : arts mécaniques, il; ails
des conslruclions, 2; a|)plicalions de la |diysii|nc\ 2;
arts chimi(|ues, 3; arts el sciences agricoles, 3; scieiieis
éconoiniqui's, 3.
I' La plupart de ces ehaiifs mil (Kv ciceiipi'TS par
lies savants du plus grand inérile, dont les lra\aux ri
bs découvertes ne sauiaienl élre énuniérées ici en
di-lail. Il suffira sans <li>ule di' rappeler que c'esl au
<'.iinseivaliiire que Pouillet a évalué poui' la première
l'ois la chaleur scdaire, source de la vie sur loiil noire
gicd/e, el établi expéri iilaleinenl, à l'aiiie d'iiislru-
luenls (|u'il avait inuiginé», les lois fondamentales
TROISIEME ARRONDISSEMENT
27
(li'S rour.'inls i'-\rc-
t li iju i: s ; <i u e
Payen a soumis
à lanalyse cliiiiii-
que et [iliysioloL'i-
qui; la plupart des
substances ali-
nii^nlaires et don-
ni; les moyens
sricnlifiques de
icronn.iître leurs
r.ilsilicrilions; que
l'ilisiot a isolé Tu-
i .uiium, étudié
plusieurs des pro-
piiélés essenliel-
ii-s des aciers et
réuni en un corps
de doctrine tout
ce que l'on savait
sur la fabrication
du verre depuis
l'an tiqui 11'
TOUR DU PRIEURÉ ET FONTAINE DE 1
Le colonel Laussedat rappelle en-
core les noms illustres de Becque-
rel, du général Morin, de Le Verrier,
de Boussingault. Hàtons-nous de dire
(|ue leurs successeurs marchent avei-
gloire et dévouement sur la trace
des aînés.
A l'angle nord de la façade du
Conservatoire, sur la rue Saint-Mar-
tin, se voient une tour et une fon-
taine qui ont leur histoire, et même
assez piquante. La fontaine ne date
que de 1712, mais la tour faisait par-
tie de l'enceinte du prieuré, et, sous
réserve de quelques restaurations,
elle appartenait au xiu° siècle. Au
moment où la fontaine fut édifiée,
le prieuré abandonna à la Ville la
tour, qui se transforma ainsi en
chAteau d'eau. Leur décrépitude était
extrême, il faut l'avouer, vers 1876,
et c'est alors que l'architecte du
Conservatoire, soucieux de mieu.x
arrondir les angles de sa façade,
conçut le dessein de renverser ces
vestiges du passé. Heureusement, les archéologues faisaient bonne
garde ; ils protestèrent, et obtinrent ce premier résultat de gagner du
temps. Mais il n'y avait pas alors comme aujourd'hui de commission
administrative du vieux Paris et leur protestation aurait bien pu être
classée sans l'intervention inattendue de Victor Hugo, oui écrivit :
« Démolir la tour, non; démolir Varchitede, oui... » L'architecte ne fut
pas démoli, mais la tour était sauvée ; une inscription consacre la dé-
férence que l'on eut enfin pour le « vœu des antiquaires parisiens •>.
Le nom du grand poète y manque; il est permis de le regretter.
Entre le Conservatoire et le boulevard Saint-Martin, trois voies à peu
près de même longueur s'alignent parallèlement de la rue Saint-Martin
à celle du Temple. Toutes trois sont anciennes, mais, comme les
peuples heureux, elles n'ont pas d'histoire. La rue du Vertbois existait
déjà au xvi= siècle; son nom lui vient-il, comme le répètent tous les
élymologisles, d'un bois vert qui, de ce côté, terminait l'enclos du
prieuré? Cela est possible; nous croirions plutôt, cependant, à une
enseigne. De la rue Volta à la rue du Temple, elle se nommait rue
Neuve-Saint-Laurent, vocable inexpliqué. D'un bout à l'autre, rue
populeuse de braves artisans, dont les maisons gagneraient à être
moins hautes et plus larges. La rue Notre- Dame-df-Niizareth ne doit pas
son nom, comme on pourrait le croire, à la synagogue qui s'y Irovivc
située, mais bien à un couvent des Pères de Nnlii'-li.nue-de-.Nazarelh,
dont elle occupe à peu près l'emplacement. Celte maison monastique
avait été fondée en 163U et disparut en 1790. Quant à la synagogue,
elle est un des quatre temples que les Israélites ont à Paris; dans
son état actuel, elle date de 1832. La rue AlesUiy est la plus calme
dos trois voies, sans doute à cause de soa dos d'dne très marqué, qui
éloigne les voitures et par conséquent lindustrie. Cet accident de ter-
rain, bien que très réel, est factice; il est dû à l'amoncellement des
terres que produisit la construction de l'enceinte du xvi' siècle, au-
jourd'hui représentée par le boulevard. La me s'appelait, d'ailleurs,
lue di'S liemparls. L'une des principales demeures qui s'y consliui-
sirent, dans le cours du xvii« siècle, appartenait à M. de Meslay, d'où
son nom.
La rue Voila a absorbé, depuis 1831, sous le patronage de l'inventeur
de la pile électrique, trois dénominations de rues qui créaient une
relation perpendiculaire avec les voies dont nous venons de parler :
les rues Fripillon, de la Croix et du Ponl-aux-Biches. Celle dernière
s'est conservée sous la forme d'un passage dont le nom n'est pa.s la
seule particularité : c'est un escalier, un simple escalier d'une quaran-
taine de marches, pratiqué sous les fondations d'une maison d'école de
tilles, entre les rues de .Meslay et Notre-Dame-de-Nazareth. Les biches
étaient peintes sur une enseigne, laquelle était voisine d'un ponccau
jeté sur un égoul.
La rue Volta aboutit derrière Saint-Marlin-des-Ch.-imps; prf?qu'à son
croisement avec la rue de ïurbigo, voici l'École centrale des arts
et manufactures, jadis rue de Thorigny, c'est-à-dire déjà dans le
111= arrondissement, installée ici en
188i sur une partie de l'ancien mar-
ché Saint-Marlin. Elle est fort avan-
tageusement connue par le mérite
des ingénieurs brevetés qu'elle four-
nit à la science industrielle
Turbigo, on le sait, est un village
d'Italie, au bord du Tessin, où nos
troupes vainquirent les Autrichiens.
le 3 juin 18o9. Cette victoire vint à
propos pour permettre de bapliser
la voie projetée depuis l'année pré-
cédente entre les Halles et la place
du Chàteau-d'Eau, aujourd'hui place
de la République ; la rue de Turbigo
et sa voisine, la rue Réaumur, prati-
quèrent le plus heureux débouché
entre le centre de Paris et les fau-
bourgs de l'est, d'autant plus qu'elles
n'ont renversé sur leur passaae rien
qui fût regrettable pour l'art. La rue
de Turbigo a jeté bas les Madelon-
nettes, mais on ne regrette pas une
prison ; elle était précisément à
l'angle de la rue Volta, côlé oppo-
ÉGLISE S.MNTE-ÉLISABETH.
sé à l'École cen-
trale.
C'était d'abord
un couvent, fondé
en 1G20, pour
donner asile aux
filles repentnn -
tes ; mais s'il est
vrai de dire que
qui a bu boira,
on pouvait diie
des Filles de la
Madeleine : qui a
péché péchera...
Leur repentir
n'était pas défini-
tif : bref, le cou-
vent devint bien-
tôt une véritable
maison de déten-
tion que le lieute-
nant-général de
piilice alimentait
largement de pen-
Kl'OLlC r.ENtU.\LE DliS ARTS Et .\( AN L KACÏUUES
(B:rTBâR principale).
28
PARIS- ATLAS
sionnaires, filles nobles, femmes
mariées et autres. La Révo-
lulion consacra le caractère de
^étahli^^sement en en faisant
oflicieilement une prison de
femmes. A partir de 1830, on
remplaça les femmes par des
liommes. Girault de Saint-Far-
ccQU décrit ainsi la prison dans
ses Quarante-huit qwirliers de Pa-
ris : « Rien ne ressemble moins
à une prison que les Madelon-
nettes. C'est, en apparence, un
botel entre cour et Jardin, un
liôtel avec un vestibule char-
mant, où l'on s'imaginerait ren-
contrer toutes les commodités
de la vie. Cette prison ne man-
que pas de régularité dans sa
distribution; ses deux grandes
cours sont plantées de tilleuls.
I.a cour des prévenus, la seule qui soit pavée, est encadrée sur trois
faces par des bâtiments élevés qui portent le caractère du xvii' siècle.
.\u rez-de-chaussée des bâtiments, régnent de deux côtés des arcades
semblables à celles de la place Royale, où les prisonniers peuvent se
réfugier quand il pleut. Le milieu de la cour est occupé par une
srande fontaine. La cour des condamnés est moins agréable et plus
solidement fermée.
Conliguë aux Madelonnettes, était l'École Turgot, institut com-
mercial, fondé par la Ville, et portant le nom d'un des prévôts des
marchands les plus distingués du xvni'= siècle. La prison n'a pas été
FAÇ.\DE DU MARCHE DU TEMPLE.
MAIRIE Dt: III< ARRONDISSEMENT ET SQUARE DU TEMPLE.
reconstruite, l'école l'a été, presque sur son ancien emplacement nie
de Turbigo, mais la ressemblance entre les deux noms Jeiie le désar-
roi dans l'esprit des ignorants qui disent volontiers : école Tnrliign.
La n(e </« Fonlaims ([pourquoi n- nom?; conduit de la rue de
Turbigo à l'église Sainte-Elisabeth, ancieniwmeut clia|ie|le d'un
couvent do femmes, aujourd'hui [larrijsse du quarlier, édilice du
XVII' siècle, e'est-à-dire sans style ni inlérél.
Le Temple. — Lne grande halle, rlonl la vie s'est retirée, un
scpiare banal où les enfants et les honnêtes gens du (juartier se
trouvent inèlés, dans une proniisctiilé souvent regrettable, avec des
individus siunmeillant sur les bancs, — paresseux ou malandi'ins,
i|ui aiment surtout la faveur des |énèbi-es, voilà ce qui a remplacé
la maison du Teni|ile, fameuse entre foules [lendanl six siècles jiar
le rôli- si varié, si tragicpie aussi qu'elle a Joué dans l'hisloire.
(»n sait par quelle iniquité Philippe le Ilel supprima l'ordre des
templiers pour s'approprier ses biens inimcnses, lit p>-rir si's (prin-
cipaux membres et le grand
maître même de l'ordre, Jacques
de Molay, qu'il fit brûler dans
le Jardin de son palais, à la
pointe de la Cité, là où s'élève
la statue de Henri IV. On sait
qu'avant de mourir, Molay au-
rait ajourné ses bourreaux, le
pape et le roi, à comparaître
avec lui devant Dieu, l'un dans
l'année, l'autre dans les qua-
rante jours, et que cette étrange
prophétie se réalisa. L'expiation
était-elle donc insuffisante en-
core, et fallait-il, pour que la
\engeance des Templiers fût
I impiété, que leur tour servit
au supplice d'un autre roi de
France, près de cinq cents ans
plus tard?
Aux Templiers succédèrent les
Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem ou chevaliers de Malte, mais
l'usage fut le plus fort, et au lieu de s'appeler le Grand-Prieuré de
France, le Temple garda son premier nom, — il le gardera probable-
ment toujours.
Jusqu'à la Révolution, l'enclos du Temple bénéficia d'un singulier
privilège dont nos mœurs ne s'accommoderaient plus, et qui n'avait pas
dépassé le moyen âge pour la plupart des établissements religieux : le
privilège d'asile pour les débiteurs. Lorsqu'ils avaient pu franchir la
porte du Temple, les débiteurs échappaient aux huissiers, garnisaires
et autres suppôts des créanciers; là, ils attendaient tranquillement le
bénéfice de la prescription; aussi des maisons
s'élaient-elles bâties, où ils payaient volontiers
leur loyer, et l'on n'avait construit la rotonde
dont nous parlions tout à l'heure que pour y
donner des représentations théâtrales, desti-
nées à distraire ces pauvres gens.
Le 13 août 1792, une voilure escortée de
nombreux soldats, suivie d'une foule immense,
pénètre dans la cour du Tenqde; c'est la fa-
mille royale. La four devient la prison sinistre
dont Louis XVI ne sortira que le 21 Janvier
suivant au malin, pour mourir sur l'échafaud
de la Révolulion. Puis de cette même tour
sorlira aussi, le l""'' août 1193, après plus de six
mois de larmes et d'angoisses, Marie-.\nloinefte,
pour être transférée à la Conciergerie, qu'elle
quittera le Ki octobre pour aller, elle aussi, à la
niorl. De celte nième tour encore sortira, le
celui du petit
Louis XVII, nicu-t
à l'âge de dix
ans après jivoir
connu, iliqiuis le
:; octobre 1780,
I es émoi i on s,
li's terreurs, les
loilures b's plus
épouvantables
(|u'il soil diumé
(le soull'rir à une
créature humai-
ne. La loui- garde
encore, a piès
c el infortuné, sa
Mcur, Madame
llovale (car Ma-
dame Klisabelh,
leur la nie. a
quille leTemple,
le 9 mai I"!!'!,
pourréihafand).
liille deinière
\ie|ime est la
seule cpii doiv((
lehapperà l'Ilor-
lilile trépas des
siens; elle est
LA MAI.SON MORTUAIUE DE n 1^: R A Nr, |; U, rendue à la li-
.S juin 179o, un cercueil
T R 0 1 s I i-: M E A I! R 0 .\ IJ I S S i: M i: .\ T
29
DÉBOUCHÉ DE LA RUE DU TEMPLE SUR
lii'iii' et cnnduite à nàle, \r 18 (Ji'coiiilin' 179.'j, Iji'iiiMiriuiit J'iiii l'-rlinriL'';
1.1c prisonniiM-s.
I,.i Tour devait pins tard rocevnir d'autres prisonniers d'Étal : Ba-
bieuf, Picliegru, CadouJal, Moroau, Toussaint-Louverture. Napolcion I'""
diiiuia l'ordre d(!
la di'niiilir, le
10 mars 18(8, —
ordre liarliare à
nos yeux d'archéo-
locne, car sans
don le Paris pos-
séderait encore
l'un de ses plus
curieux nionu-
inenls. En niènie
teni)!S, les anciens
bàtimenls firent
place à un mar-
ché de friperie,
dont la Rotonde
occupait le centre.
Tout cela aussi a
disparu au coni-
mencenienldu se-
cond Empire pour
être remplacé par
une halle de con-
struction analo-
gue à celle des
Halles centrales ;
elle abrite tou-
jours un marché
à la toilette. Le
square, qui le sé-
pare de la rue de
Bretagne, date du
même temps. On raconte que lorsque Madame Royale, devenue du-
chesse d'Angouléme, revint à Paris en 1814, elle fit un pèlerinage aux
ruines de la tour où elle avait tant souffert, et y planta un saule pleu-
reur que l'on aurait maintenu parmi les arbres du square. Est-ce une
légende? Dans ses Mi-moires, le baron Haussmann se borne à dire :
<■ Il {ce square) contient quelques vieux arbres, conservés avec soin, et
une pièce d'eau qu'alimente une cascade tombant d'un rocher factice. »
La mairie de l'arrondissement, située sur la face orientale du square,
a été construite, de 1804 à 18G7, par les architectes Calliat et Eugène
Chai, dans le style ordinaire des palais municipaux du second Kinpire,
style honnête, mais quelque peu administratif.
La rue de Vendôme i Philippe de Vendôme, grand prieur du Tcniph')
est devenu en 180i la rue Bcramirr.
C'est, en effet, dans la maison por-
tant le numéro o que le célèbre poète
chansonnier Pierre-Jean de Béranger
mourut le 16 juillet 1837, à l'âge de
soixante-seize ans et onze mois. 11
était né à Paris :
n.iiis ce pays plein d'or et de misère.
Kii l'an ilii Christ mil sept centquah-e-vingf,
Chez un laillcur, mon panvre et vieux
[Si'and-prre.]
Moi nnuvoau-né, sacliez ce qui m*ad\int.
Le passage Vendôme a été percé
en 1827 pour relier la rue Béranger
au boulevard. Il occupe une partie
du terrain où était situé le couvent
des Filles-du-Sauveur, fondé en 1704,
« en faveur, dit Jaillol, des personnes
qui veulent faire pénitence de leurs
égarements >>. Il y avait dans l'ancien
Paris, un grand nombre de ces éta-
blissements.
Les boulevards. — Nous n'avons
rien dit enci.ri' de la ligne des boule-
vards, dont le C("dé entre le boulevard
Sébastopol et la rue du Pas-de-la-
Mule forme la limite de l'arrondisse-
ment. C'en est, d'ailleurs, la rive
tranquille; l'autre côté, appartenant
aux .X" et XI" arrondissements est
bien plus vivant, avec ses théâtres,
Phol. Gaillard.
LA PLACE DE LA RÉPUBLIQUE.
LHOTEL CARNAVALET
d'aujourd'hui et d'autrefois surtout, avec la place de la République.
dont la région la plus animée n'est pas non plus de notre domain-
actuel. L'édililé ne s'est pas mise en frais d'imagination pour l"-ui
trouver des noms : boulevards Saint-Denis, Saint-Martin, du Tnnj,/-.
des Filles -da-Cal-
caire, ce sont les
vocables mêmes
des rues qui vien-
nent y aboutir.
Celui du huuUcnril
Beanmarc/iais a
seul quelque ori-
ginalité. En |e
ciioisissanl, a-t-oii
voulu rappeler ce
que les écrits d'-
Beaumarcliais ont
pu faire pour mû-
rir la cliule de la
Bastille , auquel
celte voie aboutit,
ou simplement
rappeler que l'au-
teur du iJnringede
Figaro eut là sa
maison, presque
sur la place menu-
de la Bastille? La
dénomination
date de 1831 ;
avant, c'était tout
prosaîqueraenl le
boulevard Saint-
Antoine.
Donc, peu de
choses à signaler
sur ce parcours. .Jusqu'à la place de la République, c'est bien encore
la vie des grands boulevards, et au débouché de la rue du Temple rien
de plus piitoresque à voir, entre six et sept heures du soir, que le
spectacle de la marée humaine qui monte du cœur de Paris pour
rentrer au faubourg ; mais à partir de ce point, les boulevards pren-
nent une physionomie quelque peu provinciale; ils se ressentent du
voisinage du Marais. Omnibus et tramnays y passent sans cesse et
avec fracas, mais les larges trottoirs ne sont jamais encombrés, el.
devant leur porte, les habitants s'installent volontiers sur une chaise
-> pour voir passer le monde ». Le théâtre auquel la célèbre Déjazet
a donné son nom a été construit vers 1830, sous le nom de Fuliis-
Mayer, qu'il changea ensuite en Folies-Nouvelles. Non loin de là était
le .lardin turc, où. dit un Guide de
18JLI, « les dames du .Marais viennent
pour se distraire du silence el de
l'ennui qui régnent dans leur quar-
tier désert ». C'est aujourd'hui le res-
taurant Bonvalet.
D'où vient ce nom que porte la rue
du Poiil-iiux-Chuux'' D'un terrain où
se cultivait alors cet utile légume el
qui était voisin du pont jeté sur
légoul que recouvre la rue de Tu-
renne. La rue de l'Oseille la prolon-
geait ; elle se nomme aujourd'hui rue
de Poitou. On chercherai! en vain sur
les plans anciens la rue des Arijuibu-
siers; elle y existe cependant, mais
sous le nom de rue de llarlay; sa
dénomination actuelle date seule-
ment de 1879: c'est donc une heu-
reuse reslilulion, le souvenir res-
tauré du jardin longeant les remparts
où les arquebusiers venaient s'exer-
cer. L'administration a bienfait aussi
de rendre à la rue du P<is-ile-la-Mute
son ancien nom, que l'on avait, pen-
tlant quelque temps, supprimé au
profit de la rue des Vosges, dont
celle voie est le prolongement. Celait
celui d'une enseigne, bien justifiée
par la pente qu'offre la rue avant
d'atteindre le boulevai\l, el l'on ne
30
PARIS -ATLAS
peut se défendre d"évoquer l'image d'un vieux magistrat du temps de
Louis XIII, cheminant sur sa mule, comme c'était alors l'usage. I.a
rue des Tournelles ne nous appartient que par moitié; dans Tliistorique
du IV' arrondissement il sera traité d'elle, de ses habitants d'autrefois
et du palais dont elle a gardé le nom.
Le Marais. — Nous n'avons fait
' rirore que côtoyer le Marais; il est
irmps d'y pénétrer. C'est la partie la
moins ancienne de l'arrondissement,
mais aussi celle où abondent en plus
grand nombre les hôtels majestueu.x.où
revivent en foule les souvenirs des deux
derniers siècles de l'ancien régime.
En tant que quartier habité, il ne
date que de Henri IV. C'est ce roi qui
songea à construire sur l'emplacement
du palais des Tournelles la place Royale
(place des Vosges), œuvre achevée seu-
lement sous Louis XIII.
La vogue fut tout de suite très
grande en faveur du nouveau quartier;
tout le monde aurait voulu y avoir son
logis, à défaut d'hôtel. L'arlère prin-
cipale fut, dès l'origine, la rue de l\t-
rcnne, que l'on nommait alors rue
Saint-Louis, et même grande rue
Saint-Louis (la dénomination actuelle
date de I860, après avoir été donnée
une première fois en 1800 et retirée
en 1814). Turenne y demeura vers 16G0;
en 1675, son hôtel passa au cardinal
de Bouillon, qui le vendit, quelques
années après, aux religieuses du Saint-
Sacrement, ses voisines, pour être
annexé à leur monastère. L'église de
ce monastère a été conservée comme
paroisse sous le vocable de Saini-Denis-
du Sainl-Sacremenl ; c'est une construc-
tion des plus médiocres.
Non loin de là, à l'extrémité nord de
la place Royale, le couvent des Minimes s'était installé, dès 1610, sur
une partie des dépendances de l'hôtel des Tournelles; ces religieux
n'y firent pas grand bruit pendant les cent quatre-vingts ans qu'ils
l'occupèrent. Leurs bâtiments, devenus propriété nationale en HPO,
sont affectés, depuis 1823, à un casernement de la garde de Paris. Le
nom de la rue du Parc-Royal rappelle aussi le voisinage des jardins
des Tournelles.
L'enceinte de Philippe-Auguste, nous le disions en tête de ce cha-
pitre, était sensiblement parallèle aux rues des Francs-Bourgeois et de
LE LOGIS DE DAME HÉROUET
l'angle des Rl'ES VIEILLE-Dr-TFMPLE ET DES FRANCS-BOCRGEOIS
LA COUR DirOWICL'R DK I, Il o I' K I, r A U N VV V I.KT ET LA STATUIC
Rambuteau, qui aujourd'hui font la limite entre le III' et le IV" arron-
dissement. Arrivée presque à hauteur de la rue de Sévigné, elle faisait
un angle droit dans la direction du sud pour gagner la Seine. Peu
d'années après sa construction, un prieuré important, celui de Sainte-
Calherine-du-Val-des-Éeoliers, vint s'é-
tablir dans les terrains en culture
qu'elle laissait en dehors de son tracé,
d'où le nom de rue Culture-Sainte-Ca-
llierine, qui n'est devenue qu'en 1807
rue de Sévigné. Xous n'avons à parler
ici que de la partie de cette rue com-
prise entre la rue des Francs-Bour-
geois et celle du Parc-Royal; elle n'est
pas longue, mais combien remplie!
lieux hôtels illustres affectés h des ser-
vices municipaux, un lycée de jeunes
lilles, une école communale; au total,
quatre drapeaux tricolores sur une
longueur de 200 mètres.
De l'école, il n'y a rien à dire. Le
lyci-o de jcHines filles s'appelle lycée
■Victor-Hugo. Il a été créé en 1893
et présente cette disposition singulière
ipie le corps de bâtiment en façade
sur la cour sert de trait d'union entre
les deux hôtels où sont conservées les
collections historiques et artistiques
de la ville de Paris, Carnavalet et
Saint-Fargeau.
L'hôtel Carnavalet qui abrite une
réunion d'œuvres d'art et de curiosité,
est lui-même une œuvre d'art des plus
intéressantes, des plus précieuses.
C'est de nos jours seulement qu'il a
reçu cette destination. Il fut construit
en 1o4o, par Pierre Lescot, pour Jac-
ques des Ligneris, président au Parle-
ment. Lescot travaillait au Louvre avec
lin artiste aussi illustre que lui, .lean
(loujon ; il confia à Jean Goujon la
décoration sculpturale de l'édifice dont il avait dressé les plans, et
c'est ainsi que les quatre Saisons, sculptées sur la façade intérieure
principale sont, à n'en pas douter, de la composition du maître, des-
sinées et achevées par lui. Après le président de Ligneris, l'hôtel
passa, en 1572, à la veuve d'un seigneur breton, François de Kerne-
venoy. Soit malice, soit amour de l'euphonie, le peuple parisien fit
de Kernevenoy, Carnavalet, et ce dernier nom a subsisté. La mar-
quise de Sévigné habita l'hôtel pendant vingt ans, de 1677 à 1690. Ce
fut le beau temps pour elle, et aussi pour Carnavalet : <■ Dieu merci,
écrivait-elle à sa fille, le 7 octobre 1677,
nous avons l'hôtel Carnavalet. C'est une
affaire admirable; nous y tiendrons tous,
et nous aurons le bel air... »
L'iiôiel était voisin du couvent des
Annoncindes, fondé en 1626, dont le lycée
Viclor-llugo occupe maintenant l'empla-
cement ; les religieuses étaient appelées
Filli's h/eues h cause de la couleur de leiir
ni.iiileau et de leur scapulaire.
.\ partir de la Révolution, l'hôtel devint
iiiur à tour bureau de l'enregistrement,
direction de l'imprimerie et de la librai-
rie, école des ponts et chaussées, insti-
tution de jeunes gens, juscju'au jour
Ijuillet 1866) où la Ville de Paris en lit
l'acquisition pour y installer un musée
historique qui, mal conçu, n'i'ul (|u'iine
succès éphémère.
Les événements de 1870-1871 allaient,
ici comme partout ailleurs, troubler, mo-
difier les projets antérieurs. La biblio-
thèque de la Ville ayant péri dans l'in-
cendie de l'Hôtel de ville, il fut <léridé
i|u'elle serait reconsliluée dans les lo-
caux de Carnavalet, reslauré el aiiii'-nai;é
nd hoc. Klle eut pour pri'Uiier fonds l.i
riche collcelioii pai-isienne de Jiilis ('.(Mi-
1! r <;,i;,r,i siu el |Hiur Conservateur re savant iui-
LOULS XIV. iiii'irie qui, pi'iidaill pliis de vingt ans,
J li O I M !•; M E A l; i; ( j Mj 1 s < E M i: .\ 1
31
no cessa de l"("nricliir avec une incoin-
paralilo éruililii)n. Chargé aussi, de-
puis 1880, de créer dans le même éla-
blissemeiit un musée véi-ilali|iiiMiil
spécial à l'histoire de Paris, Cniisin lil
preuve d'un grand zèle, cl fui, eu cria
secondé par Alfred de Liesvilh\ ,|iii
ahandonna généreusement sa pioprc
collection sur l'époque révnlulion-
naire. Finalement, la hihliolhéipu' et
le inusé(^ Mc pouvant plus resicr smis
le niéme loil, un arrêté prél'eejuial du
18 août 18137 les a séparés; la hil.lin-
tlièque est allée à Saint-l'argcau ; h-
musée est resté à Carnavalet.
Sansavoirun passé aussi f.iiiu'ux ipn'
Carnavalet, l'hôtel Saint-Fargeau
n'en a pas moins une hislùire. 11 dair,
dans son étal actuel, de l'extrême lin
du xvti" siècle, et eut pour architech'
PierreBullet. C'est Michel Le Peletier, di-
recteur des fortilications sous Louis XI V
i|ui le fit construire. L'édifice porir
l'empreinte de son temps : façades sé-
vères, large escalier de pierre à la
rampe de fer habilement ciselée, salles
spacieuses aux hauts plafonds. Jusqu'à
la Révolution, il resta dans la même
famille; il appartint donc à Le Pellelier
de Saint-Fargeau, le célèbre conven-
tionnel assassiné le 20 janvier 1793
pour avoir voté la mort de Louis XVL
Après lui, ses héritiers occupèrent
l'hôtel pendant une vingtaine d'années, puis le mirent en location
et finalement en vente. Parmi ses habitants, nous n'avons guère
qu'à citer l'institution Jaufîret, dont certains élèves, au temjis de
Louis-Philippe, firent la renommée par leurs
succès : About, Sarcey, les lils de Victor Hugo,
Ulbach, Zeller, etc.
En 189d, le Conseil nuiniiipal a volé l'ac-
quisition de l'hôtel, ou plutôt la location avec
promesse de vente, au prix de 78000 francs
par an pendant douze ans, intérêts compris,
l'immeuble étant évalué à 1 980 000 francs.
Aussitôt après, les travaux d'aménagement
pour la bibliothèque historique comniencèrcnl,
et l'ouverture au public a eu lieu le 2 mai 189iS.
La rue Puycmie circonscrit à l'ouest la plu-
part des édifices que nous venons de décrire.
A son extrémité nord, on retrouve la rue du
Parc-Iioyal; de là, il faut errer un peu à l'aven-
ture ; nous sommes en plein cœur du Marais,
et à chaque pas se présentent des construc-
tions qui, visiblement, ne furent pas faites
pour la destination industrielle qu'elles ont
aujourd'hui. Parmi les
hôtels restés debout,
il faut citer l'hôtel
Salé, à l'angle des
rues de Thorigny et
de celle des Coutures-
Saint-Gervais, d'un
luxe de haut goùl,
grdce surtout à son es-
calier superbe ; il fut
construit vers 16C0 par
un certain Aubert ilr
l'ontenay, traitant en-
richi dans les gabelles,
c'est-à-dire dans l'iui-
pôl du sel ; d'où \v
nom satirique donm''
par le peuple à sa de-
meure. L'hôtel Salé fui,
de 1829 à 1884, le siège
de l'École centrale des
arts et manufactures.
L'industrie du bronze
y règne aujourd'hui.
L'HUTEL DOLIVIEK DE Cl.I.S.SON.
sa réside
paysages
peint par
nce. On y
de Bouclier
' Clirisloidi
Il ne reste plus que le souvenir, con-
servé par des noms de rues, de Thôlel
de Thorigny et de l'hôtel Barbette, ce
dernier fameux par l'assassinat du iluc
Louis I" d'Orléans '1407,; tous deux
dataient du moyen âge ; tous deux
avaient été construits parmi les cou-
tures ou cultures de Ihôpilai Saiiit-
Gervais. C'est une erreur de croire que
la jolie tourelle qui fait l'angle des
rues des Francs-Bourgeois et Vîeille-
du-Temple est un reste de Ihôlel Bar-
bette; elle dépendait du logis de noble
dame inconnue, Louise Hérouet.
La rue Vii'il/e-du-Temiile mérite bien
cette épithél<>, car elle est contempo-
raine du Temple, auquel elle aboutis-
sait C'était un chemin plutôt r|u"une
rue, et elle ne se b.itit coni|dél.-nient
i|u'au xvii' siècle. La maison portant
le n" 88 correspond à rempluci-nieiil
du théâtre du Marais, qui dura de 1633
à 1673, et eut l'honneur d'abi il'-r clu-
rant un temps la trou|i.; d>- Moli.-i' -
Presque en face, l'Imprimerie Na-
tionale occupe — depuis que la Banque
<\<- liance la déposséda en 1811 de
riii'del de Toulouse — le bel hôtel de
Kohan. Cet hôtel avait été construit, un
siècle auparavant, par Armand-Gaston
de Itohan, cardinal et évêque de Stras-
bourg, prélat ami des arts, qui lil appel
aux meilleurs artistes pour embellir
admire, oulre de beaux lambris sculptés, deux
, formant dessus de portes, le cabinet tics Sn/ys
1- lluel, un admirable bas-relief de Le Lorrain,
roilTE DE.NVUÉE DU l'AL.US DES ARCHIVES NATIO.NALES.
COUR D'HONNEIU
DU PALAIS DES AKCIllVES.
représenlant des chevaux à l'abreuvoir,
classé comme monument historique, etc.
Les Archives nationales. — Elles
occupent le palais Soubise. On ne saurait
contester à l'immeuble ce titre de palais,
à voir sa majestueuse cour d'honneur où
évoluaient à l'aise les carrosses royaux
et princiers, à parcourir ses salons si
élégamment décorés par des sculpleui-s
tels qu'Adam et Lemoine, des peintres
tels que Heslout, Boucher ^atoire, Van
1.00. Sur son emplacement s'éleva d'abord
le logis du connétable de Clissou, bàli par
lui vers l;;70. grâce aux libéralités de
32
PARIS- ATLAS
le dernier témoin resté 1
FAÇADE DU T II K A TUE DE LA GAITE
Charles V. De cette première construction a subsisté la cliarniante porte
ogivale flanquée de deux tourelles en encorbellement, qui, sur la rue
des Archives, fait face à la rue de Braque,
debout à Paris de l'architecture civile du
xtv" siècle. Les Archives de l'État occupent
l'immeuble depuis 1808 ; on a dû y ad-
joindre successivement de nouveaux bâti-
ments, dont le principal est sur la rue des
Quatre-Fils, pour recevoir les documents,
dont les versements annuels des ministères
augmentent chaque année le nombre. Les
historiens peuvent y puiser à pleines mains
et aux sources les plus pures. En dépit de
mutilations regrettables, les Archives con-
servent des fonds inliniment précieux :
ceux des établissements religieux des dio-
cèses supprimés en 1790, les registres du
Parlement, de la Chambre des comptes,
du conseil d'État, du Chàtelel, des délibé-
rations du Bureau de la Ville, le Trésor
des Chartes, les comptes des bâtiments
royaux, etc.. En 18157, un musée où sont
exposées les pièces les plus curieuses, soil
par leur ancienneté, soit par la main qui
les a signées, a été installé dans une partie
des salons des princes de Soubise ; le pu-
blic est admis à le visiter tous les diman-
ches, de midi à trois
heures.
Il n'y a pas long-
temps que la rue des
Arc/docs porte ce nom
dans toute son éten-
due : c'est en 1874
qu'on a supprimé la
dénomination de rue
de Cliaume entre les
rues des Francs-Bour-
geois et des Haudriel-
tes, de rue du Grand-
Chanlier, entre les
rues des Haudriettes
et Pastourelle ; de rue
des Enfants -Bouges
entre les rues Pastou-
relle et Portefoin ; de
rue Molay entre les
rues Portefoin et de
Bretagne, (^e nom
d Enfants Rouges
qui est celui d'un des
quartiers du Ill« ar-
rondissement, mérite
une explication : c'était
celui d'un hôpital fon-
dé par Marguerite de
Navarre, vers 1533,
pour donner asile à
des orphelins que l'on
vêtit de drap rouge.
La rue des Qmlie-Fih
lire son nom d'une enseigne où étaient (igurés les qnalic lils Ayniciu,
si célèbres au moyen ;lge; celle des Haudriettes in\\\n-\W la fondalinii
charitable faite en 13i0, par Etienne Haudry, d'une mais(jn de reiraili'
pour les vi(,'illes fi-mmes, qu'on nomma pour cette raison « b's vieilles
Haudriettes ... Celle ru(; a aussi purlé jadis le nom île la rue de
l'Echelhvdu-TeinpIe, parce ipie b' gi-.ind-prii'Ui' en avait fait élever une
— lisez échelle, e'i'st-ii-rlir.' Ltibi-I — à s xlr-.'iiiil.-.
Nous [lassons dans le quartier Sainte-Avoie. Il m.' nsle plus i i.ii
du couvent de fcmirii.s fondé à la lin du xiir siè, !,• smis le nnni ib'
sainte Avoie; i| subsisia jiisipi'.'i la Bévolution; le peicmieril de l.i rue
de Hanibiileau. en 1K18, en a fait tomber les derniers billimenls qui
s élevaient à l'angle de la rue du Teiniile, nommée elle-même d.iiis
cette partie de son Iracé rue Sainte-Avoii-, jusipi'en 18dl.
Ce n'est plus aussi qu'un souvenir, la maison portant le n'' 12
de la rue Transnonain, Iristemenl historique par lu massacre qui y
LK byUARE DKS
(Au milieu la colonne coinincaioralivo de la pi'iso de Si
fut fait le 14 avril 1834, pend.ml une de ces insurrections, si fré-
quentes sous Louis-Philippe. La maison a été démolie, en 1897, pour
issement de la rue Beaubourg, avec laquelle la rue Transnonain
s'était confondue depuis 1851.
Dans cette région si dense du vieux Paris
restent encore de curieux souvenirs, et en
grand nombre : voici, rue de Montmorency, 51 ,
1,1 maison dite de Nicolas Flamel, avec
siin iuscriplion gothique, reslaurée par l.i
Ville : « Nous homes et femes laboureurs
clemeurans ou porche de ceste maison qui
fui fée en l'an de grâce mil quatre cens cl
t somes tenus cliascun en droit soy dire
ilire tous les jours une patenoslre et l'ave
Maria en priant Dieu qui de sa grâce par-
int aux poures pescheurs tres|iassez.
Amen. "
La maison vis-à-vis passe pour plus an-
cienne encore. De même il sul'lil de se
promener dans les rues du Grenier-Suhd-
Lazare l'corruplion d'un nom d'habilant au
xi]i= siècle, Carnier de Saint-Lazare), Chu/ion
légalement nom d'homme du xm"-' siècle),
Michel-Lc-Cumie (même originel, pour dis-
tinguer d'anciens hôtels olîraut quelque
intéressant détail d'architecture.
Une inscription apposée sur la maison de
1.1 rue Saint-.Martin qui
l'ail face à la rue de
.Montmorency rappelle
l'emplacement de la
maison où mourut, le
20 août 1540, Guillaume
Budé, le célèbre hellé-
niste, fondateur du Col-
lège de France.
Le nom de la rue aux
Ours, ce n'est pas dou-
leux est une corruption
de la rue aux Oues ^aux
Oies). Dès le xin" siè-
cle, la rôtisserie de ces
Milailles y était une
spécialité : Viens ubi co-
(jHHiilur unseres, lisons-
imus dans le cartulaire
dr S.iinl-M.igloire.
I. Église Saint-Ni
colas - des - Champs
i-liud sa longue nef
ji.irallèlement à la rue
Itéaumur et son abside
\ient se terminer sur
l.i rue Turbigii. Elle est
de style comiiosile ; la
r.i.ade sur la rue Sainl-
Marlin, sobre et sim-
ple, date de 1420; celle
de la rue Itéaumur est
de 1576, épotiue où l'é-
dilice dut être consi-
ib-raMi'Micul agrandi, à cause du muiibre croissant des fidèles. On
s'expliquei'ait diflicilenient le voisinage si raiiproché de deux grandes
églises, celle de Saint-Nicolas-des-Cliamps et celle de Sainl-.M.irtin-des-
Cliîimps, si l'un ne s.'iv.iil (pie la |ueinieri' seule l'I.ail pamisse elle
l'est re>li'i. cl l'auliv lilnii,i>| Lpir.
Le square des Arts et Métiers imus raiiu'.ne .lu pniiil de di'p.irl.
Il a été créi- à l.i lin de l'annéir 1857: les iliqienses de tout genre qin-
son aménngi' ni .i iiéi-essilé s'élèvent à 320 000 francs. Au milieu du
sqiiari — en sniiveiiir de la jirisi.' de Séliaslopol se dresse une colnnne
siirmiinlée de la Viiluiri' ciiiirnnii.inl le dr.ipeau fr.iur.iis. Sur l.i f.iee
iiiéj'idiiiiiale a élé conslruil en I8li2 h' lliéâlre munirip.il de la Gaîté,
qui liaverse (ont le pâté de maisons jusqu'à l.i rue Itéaumur. La far.iil.'
du thi'.ilre est décorée de pilastres <■ posites et d'un double r.iiig
d'aicades cintrées séparéi;s jiar des iHlniini's de marbre; un fniiiton
assez riilie en sculptures couronne ralli.|iie.
ARTS ET MET1EI{.S.
3baslop3l; au Tond le Conscivaioiic
Arts et Méliei-s.)
PARIS - TROISIÈME ARRONDISSEMENT
PA RI S-ATL AS
I.A CATHKDR A I.K lU: l'AHI^. \ lE 1' U piiNl 1 1 K I.A 1 < i L l; N E I.LE.
L'HOTEL DE VILLE.— 13" ouAnriEn : SAINT-MERRI. — W QVxmiF.n : SAINT- GERVAIS.
lo° nuARïiKn ; LARSENAL. — 16" nvAnnf.R : NOTRE-DAME.
I Ion voulait synthétiser par deux monuments
II vie religieuse et la vie communale de Paris,
c'est dans le IV" arrondissement qu'il faudrait
les chercher : Notre-Dame et THiMel de ville.
>'(itre-I)nme ne représente pas seulement le
P.iiis lia moyen âge avec ses grandes fêtes si
siiliiinelles et magnifiques, avec son élan de
ili'votion; c'est sur son emplacement que s'éle-
v.iit, nous le vei'rons plus has, en l'honneur
des divinités païennes, laulel construit par les bateliers de l.utèce,
les nautes; là est donc en quelque sorte le berceau même de Paris.
A peu de distance de la cathédrale se dresse l'autre colosse, plus
jeune et d'une non moins grande importance : l'Hôtel de ville ; ses pierres
sont neuves il est vrai, mais leur assemblage même rappelle un édifice
antérieur, déjà ancien, qui lui-même remplaçait une maison de ville
où se dévelopiièrent nos libertés municipales. Depuis le xiV siècle,
elles ont eu leur asile sur cette place, se développant sans cesse, per-
mettant à la cité de prendre un essor auquel la royauté et le pouvoir
central se montrèrent toujours hostiles.
La superficie du IV^ arrondisseimiit, dit I'Hotel ni; vu.i.e, est
de 136 hectares 50 ares; c'est une faible étendue de territoire, que
seuls n'atteignent pas les II" et IIP arrondissements. Chose étrange,
sa population a diminué depuis quelques années; après avoir dé-
passé 100,000 habitants, elle n'en comptait [ilus que 98,20'i au recen-
Pahi3-.\tlas.
sèment de 1896. Cela a eu une répercussion sur la situation de la
représentation politique à Paris; pour la première fois, aux élec-
tions de mai 1898, les habitants n'ont eu qu'un député à élire, au lieu
de deux.
I.e quartier Saint-Merri constitue deux cantons d'aspect si hélé-
roclile, ([u'on a |icine à s'i'xpliquer que, si voisins, ils se ressemblent si
peu. Entre la rue de Hivoli et la Seine, de l'air, de l'espace, de grandes
voies, de belles maisons, de beaux monuments: au contraire, entre la
rue de Rivoli et la rue de Rambuteau, un dédale de ruelles sombres.
où des rues plus larges et très animées, telles que la rue Sainl-.Martin,
la rue du Temple et celle des Archives font mieux encore ressortir
l'étroitesse et: la pauvreté des autres.
,\ux amateurs de pittoresque, cependant, nous recommanderons
une excursion à travers les rues du Renai-d, Taille-Pain, Brise-Miche,
de Venise, des Juges-Consuls ; certes, ils en sortiront le cœur seri-é
par la vue de tant de misères, physiques et morales, se coudoyant
avec rhonnételé des ateliers; du moins ils auront parcouru la plus
Z-<incienne région du Paris de la rive droite. C'est là, en effet, que, peu
après l'an mille, vinrent s'installer les Parisiens, trop à l'étroit autour
de Notre-Dame ; ils y constituèrent une agglomération assez dense pour
qu'il fût besoin de la proléger par une enceinte contre les dangers du
dehors ; on n'a là-dessus que des données assez vagues, mais il est
certain que cette clôture existait au milieu du xn' siècle; (xirtant du
Chàtelet, elle suivait à peu près le tracé des rues Saiul-Merri et
34
PARIS -ATLAS
Saintc-Croix-de-!a-BreLonncrie, pour se lerminer à la Seine
vers la place Baudoyer.
Au surplus, beaucoup de ces rues ont conservé leurs noms
d'alors; pour ceux-là et pour d'autres, plus récents, qut
ques commentaires sont intéressants. La rue Simon-le-Franc
porte évidemment un nom d'homme; il est regrettable que
l'administration ait, depuis 1890, absorbé sous cette dénomi-
nation la partie de la rue comprise entre les rues Saint-Martin
et Brise-Miche, nommée avant rue de Maubuée, ou de la Fon-
taine-Maubuée, nom expressif signifiant mauvaise lessive.
Notez qu'aujourd'hui en.'ore, la fontaine
existe à l'angle de la rut Saint-Martin,
mais les ménagères n'y lavant plus leur
linge. A parcourir la rue de Venise, per-
sonne ne songerait à fredonner, comme
ilans Haydce : « Ah! que Ve lise est
belle! » C'est une des ruelles L's plus
sordides d'un quartier qui en est si -iche.
I,a rue des Étuves se nommait autrefois
rue des Vieilles-Étuves; il n'est pas éton-
nant de rencontrer par là le souvenir de
ces établissements qui eurent au moyen
âge la plus fâcheuse réputation. Telle
la rue Simon-le-Franc, la me Pierre-Au-
lard porte le nom d'une vieille famille
|iarisienne; elles sont nommées dans la
nomenclature rimée de Guillot, qui vi-
vait au commencement du xiv° siècle.
Dans le même poème figurent aussi les
rues Saint-Bon (il y avait autrefois une
chapelle sous ce vocable), et des Lom-
bards (des usuriers italiens y avaient
leur résidence), et Geolfroy-V Angevin, —
ineore un nom d'homme — el du Cloître-
Sainl-Merri. La rue des Juges-Consuls, en
dépit de sa dénomination archaïque,
n'est, depuis 1844, qu'un démembrement
de la précédente, où avait été fondé sous Charles IX le tribunal des
Juges Con.suls, origine de notre tribunal de commerce.
Dans le nom dn passage Pccjuay, on aurait sans doute quelque peine
à trouver une analogie avec le village du Plessis-Piquet, au delà de
Sceaux. Tous deux cependant ont pour parrain un certain Jean de
La Haye, dit Piquet, possesseur sous Charles VI d'une maison ici, de la
seigneurie là-bas, et qui, bien que fort mal en cour auprès du dauphin
Charles VII, n'en fut pas moins dépossédé de ses biens par le roi d'An-
^'lelerre Henri VI.
Le percement du boulevard deSébastopol a heureusement fait dispa-
raître ou raccourci bon nombre des rues fort peu élégantes qui allaient
LA TOUR S.\1NT-JACQUES.
I,l'; l'O.N T AU CliA.NOIO ET LE Tlll^iATUE .S A I
de la rue Saint-Martin à la rue Saint-Denis; il en existe >
encore quelques-unes cependant, et qui sont fort anciennes : ^
(elles la rue Aubry-le-Boucher, connue de Guillot, ainsi que la
rue Trousse-Vache qui a bien fait de changer son nom contrr
celui de rue de La Reyiiie, lieutenant général de police;
enfin, la plus connue, la rue Quincampoix, fameuse par la
banque de Law, où tant de gens se ruinèrent sous la Ré-
gence. Nous ne nous faisons pas fort d'expliquer son nom,
d'allure un peu picarde ; il semble — mais ce n'est qu'une
impression — que c'est celui d'une localité plutôt que
d'un Immme.
Saint-Merri est un joyau d'archi-
tecture enchâssé dans ce triste écrin.
Dès le vii° siècle, une chapelle existait
là, au bord de l'ancienne voie romaine ;
le saint qui lui donna son nom en fit |
un oratoire, et lorsqu'il mourut, vers
l'an 700, il y fut inhumé. Deux églises
lurent successivement construites sur
l'emplacement de ce modeste oratoire ,
puis disparurent; celle que nous avons ]
sous les yeux en est une troisième ; |
elle date du xv° siècle, c'est-à-dire de
la dernière époque brillante de notre
architecture religieuse. Le portail est
charmant, avec tous ses détails de sculp-
ture, si fins, si achevés; malheureuse-
ment, de lamentables cahutes se pres-
sent contre lui ; de même, les façades
latérales sont, en grande partie, cachées
[lar des constructions parasites. Lorsque I
l'heure sera venue d'aérer, d'assainir !
ce quartier, nous comptons bien que
le dégagement de ce joli édifice en-
trera pour beaucoup dans les plans i
qui seront préparés. L'évasement de
la rue Saint-Martin en est la première i
amorce et l'espérance. Il est regrettable qu'on ne l'ait pas poussé
jusque devant le portail Saint-Merri.
Nous voici en face de la Tour Saint-Jacques. Il n'est peut-être pas, 1
dans toute la ville, d'endroit où l'ancien Paris et le Paris moderne se ;
rapprochent dans un plus heureux alliage. A force d'y passer, nous n'y '
faisons plus attention, nous sommes blasés; pour les étrangers, ce
doit être un émerveillement. La Tour Saint-Jacques est le seul vestige
conservé d'une église de Saint-Jacques-la-Boucherie datant de l'époque
carolingienne, plusieurs fois reconstruite, et en dernier lieu tout à la tin
du xv" siècle. On sait avec précision que la tour, commencée en 1508,
fut achevée en lo22; voilà donc un édifice à date précise comme disent
les archéologues, et à peu
près contemporain de son
voisin Saint-Merri. Le nom
(le son architecte n'est pas
connu, et c'est fâcheux,
car il serait honoré comme
relui d'un homme de goût,
excellant dans son art. La
tour fut presque miracu-
leusement sauvée en i'790,
lorsque l'église à laquelle
l'Ile aliénait fut démolie, cl
inèine plus lard, puisiiue,
ailielée par un partiiulier
comme bien national, elle
n'était sauvegardée pai' au-
cune clause conservatoiie,
La Ville de Paris eut le bon
esprit de l'acipiérir en ISit'i,
au prix de 2.'J0,100 francs.
et le remaniement du plan,
en ISiiU, la respecta de
même. On lit mieux, on
la resta\ira, on la conso-
liila et on l'entoura d'un
square de O,0lîj mètres car-
rés, qui est le plus ancien
des S(piarc>s parisiens, et
l'un des plus jidis aussi,
sinon des mieux fi-é(iuen-
ii.MlAKirr ''''^» "''''•'* c'est, hélas I lu
riiol. N.urJ.-ln.
Q L A 1 lU i; .M !•: A I i H () .\ 1 J 1 s s j: .M I : .\ T
33
sort de presque
tous nos squares.
Dans la baie qua-
drangulairc (mo-
derne) de l'entre-
sol, élevé de quel-
ques marches, est
une statue d e
Biaise Pascal par
Cavelicr. C'est la
commémoration
des fameuses ex-
périences faites
par Pascal, au sommet de la tour, sur la pesanteur de l'air. Certains
esprits, qui veulent toujours tout remettre en question, avaient pré-
tendu que ces expériences avaient eu lieu sur la tour de Saini-
Jacques-du-Haut-Pas, située, il est vrai, beaucoup plus haut, mais on
leur a opposé le texte formel de Pascal lui-même : « Je fis l'expérience
ordinaire du vuide au haut et au bas de la tour de Saint-Jacqucs-dc-
la-Hcmcherie, haute de 24 à 2o toises... »
La tradition de Pascal s'est perpétuée par l'observatoire météorolo-
gique municipal installé au haut de la tour.
Le souvenir de Nicolas Flamel et de dame Pernelle, sa femme, est
consacré par la dénomination de deux rues voisines. Ils vivaient au
commencement du xv" siècle; Flamel fut maître écrivain de l'L'nivtr-
sité, alchimiste convaincu, et — ce qui peut paraître un peu contradic-
toire — bienfaiteur de l'hunianilé. Nous avons signalé (III" arrondisse-
ment, p. 32) la maison (b; la rue de Montmorency, donnée par lui aux
pauvres; l'église Saint-.Iacques-de-la-Biinrlierie fut aussi l'objet de
nombreux bienfaits de sa. part. Il possédait d'ailleurs plusieurs maisons
à Paris ; en voici une ]ireuve, (>ncore inédite, tirée d'un carton des
Archives nationales : c'est le bail, fait le 29 janvier 1411, par « Nicolas
Flamel, escripvain, demeurant à Paris lès Saint Jacques de la Bou-
cherie, à Colin Herbelot, marchand de vin demourant à Paris devant
l'ostel qui l'ut feu monseigneur le duc d'Oileans, et qui à présent est
au duc de Hollande en la rue de la Poterne-Saiut-Pol... <>, d'une maison
sise dans ladite rue de la Poterne, aboutissant par derrière aux murs
des jardins de l'hôtel des Béguines. Cette rue se nomme maintenant
rue de Jouy et appartient aussi au IV" arrondissement.
En souvenir de la visite faite par la reine d'Angleterre à l'Hôtel de
ville, le 23 août 185S, le boulevard de l'Hôtel-de-Ville, percé l'année
précédente, prit le nom d'avenue Victoria, jolie voie, bien bdtie, bordée
d'arbres, mais qui, malheureusement, se termine en impasse, ou à p'eu
près. A l'angle qu'elle forme avec le boulevard de Sébastopol a été
construit, en 1862, par l'architecte Davioud, pour le compte de la
Ville, le Théâtre Sarah-Bernhardt, qui a eu di-s fortunes bien
diverses, parmi lesquelles l'honneur d'avoir fourni aux grandes œuvres
de Gounod leur scène de début. II périclitait quelque peu, sous le nom
de théâtre des Nations, quand l'incendie de TOpéra-Comique lui valut
le nouvel honneur d'être, pendant onze ans, de 1887 à 1898, notre
second tliéàtre de musique. H est aujourd'hui sous les auspices de
l'artiste dont il porte le nom.
Hôtel de ville. — .\près avoir eu son siège dans différents quartiers
do la ville, à la vallée de .Misère, sur la montagne Sainte-tieneviève, près
du grand Chàlelet, le « Parloir aux bourgeois » vint se fixer, en 1357,
dans la Maison aux Piliers de la place de Crève, dont Charles V avait
hérité des derniers dauphins de Viennois, et que Etienne Marcel,
prévôt des mar-
c h a n d s , lui
acheta, un (m-u
malgré lui, [lour
la Ville, au prix
lie 2,800 livres
parisis. Il était
impossib!
choisir un meil-
leur emplaci'-
ment. Depuis
Louis VII, la
Crève apparte-
nait aux bour-
geois, (pii avaient
payé 70 livres le
droit d'empé-
clier qu'on n'y
construisît nulle
maison. Et la
Seine coulait là.
la Seine à qui la
corporation des
marchands par
eau — les an-
ciens nautes du
temps de Tibère
— devait sa pros-
périté au point
d'être devenue
l'administra-
tion municipale
même, avec son
(RUE us LA VERRliRlli.
36
PARIS -ATLAS
chef comme prévôt
des marchands,
disputant dès
Philippe- Auguste,
au prévôt de Pa-
ris, délégué du
pouvoir royal, le
droit de gérer les
intérêts de la cité.
Au xvi= siècle,
le corps munici-
pal, constitué et
puissant comme il
rélait dès lors,
se sentit bien à
l'étroit dans cette
étrange maison,
composée de plu-
sieurs petits lo-
gis, où il y avait,
dit Sauvai, deux
cours, un poulail-
ler, des étuveSjUne chapelle, une chambre
de parade, une autre appelée le plaidoyer.
Il décida la construction d'une maison
de ville digne de Paris, et François I' ■■
tint à être juge des plans qui seraient
dressés à cet effet. On ne doute [dus
guère aujourd'hui qu'ils n'aient été
l'œuvre d'un architecte italien, Domi-
nique de Cortone, dit le Boccador, avec
le concours, pour l'exécution, d'un
maître es œuvres de maçonnerie, Pierre
Chambiges. La première pierre du nou-
vel édifice fut posée en grande solen-
nité, le 15 Juillet 1533. Bien des causes,
et surtout les guerres étrangères et reli-
gieuses, en retardèrent l'achèvement.
L'honneur reste à François .Miron, pi''-
vôt des marchands sous Henri IV, d'avoir
enfin, en 1G0G, terminé ce grand œuvre.
Encore fallut-il qu'il y contribuât, pour
une bonne part, de ses propres deniers ;
e.xemple digne d'être proposé, mais sans
grande chance qu'il soit souvent suivi !
La « figure et pourtrait » de Henri IV u cheval fut sculpté par Pierre
Biard au-dessus de la porte du bàtinient central.
.Sous Louis-Philippe, l'Hôtel de ville fut agrandi, ;iu Nord, du terrain
qu'occui)ait l'hôpital du Saint-Esprit, accolé di'puis 131)2 à la maison
aux Piliers; ù l'Est, par une emprise du même genre faite sur l'an-
cienne église de Saiiit-Jean-eii-(;rève, d'où le nom de salle Saint-Jean,
conservé depuis à celte i)arli"' de l'édifice; mais le bàtinient principal,
celui qu'avait mené ù point François Miron, n'avait pas varié d'apect.
LA s T. \ TUE DE'IIE.N.NK .MAUUEL
LA PLACE DE L HOTEL DE VILLE. '.A gaiitbe, lllùlcl <lo villi; ; .iu fond, léglisc NuU'
Dire les événements dont le palais municipal fut le théâtre, ce serait
faire ici non pas seulement l'histoire de Paris, mais celle de la France
même : son rôle sous Etienne Marcel, puis pendant la Ligue, avec les
Seize, puis sous la Fronde, lorsque M"' de Montpeusier y venait prendre
le mol d'ordre qui, à l'aide du canon de la Bastille, sauva Condé ; le
banquet offert par le corps de ville, en 1686, à Louis XIV, et l'érection
de sa statue, œuvre de Coysevox, dans l'une des cours, le 14 juillet 1689,
en souvenir de ce banquet. Et cent ans plus tard, jour pour jour :
le malin, les armes, lu poudre fournies par l'Hôtel de ville pour l'at-
taque de la Bastille, le soir les san-
glants résultats de la victoire, la tête de
de Launay apportée au bout d'une piciue,
el peu après le meurtre de Flesselles, et
le surlendemain la visite de Louis XVI.
Rappelons les orages qui y grondèrent
pendant les assemblées révolutionnaires
de la Commune de Paris, Robespierre
qui y cherche vainement un asile, le
9 thermidor, et est réduit, sans y réussir
davantage, à se donner la mort. Et toutes
les révolutions du xix° siècle ayant là
leur dénouement et leur triomphe : la dé-
chéance de l'Empire, celle de Charles X,
après un sanglant combat sur la place
et sur le pont d'.Vrcole, la République
de 1848, proclamée dans ses salles, et
aussi celle du 4 septembre.
Tant de souvenirs glorieux, tragiques,
heureux, où l'âme de Paris avait palpité,
ne désarmèrent pas la fureur des guerres
civiles ; ils périssaient tous dans les
llainmes, avec le monument lui-même,
le 24 mai 1871.
Au lendemain de ce désastre, les pou-
voirs publics décidèrent qu'il serait ré-
paré. L'n arrêté préfectoral du 23 juil-
let 1872 fixa le programme du concours
et son dernier délai au 31 janvier de
l'année suivante. Parmi les soi.Kante-six
projets soumis au jury, celui de Ballu
et Depertlies fut agréé. Dix années (1873-
1883) ont été nécessaires jiour son exé-
cution, et les deux architectes ont lu la
jiiie de voir leur œuvre achevée, car Uallu
est mort en 1885 el Depertlies en 1898.
Dans son ensemble, le palais municipal, de style Renaissance,
rappelle d'une façon frapp;inte le plan et l'aspect général de l'ancien
éditice : un large bàtinient central accompagné de quatre pavillons
d'angle; il est monumental el grandiose, mais sans la moindre lour-
deur. A vrai dire, la beauté architecturale ne réside guère que dans
les façades, et les bàlimcnls, vus des cours intérieures, n'ont rien de
remarquable. Il faut (•••pendant citer de charnianls escaliers en tour-
elles, imités de ceux de Cliambord, et surtout recommander la visite
attentive des salles de fêtes, dont la dé-
<nnilion arlisli(|ue, conliée à nos nieil-
iruis artistes, s'enrichit chaipie année
dœuvres miuvelles. On verra là que,
quand elle le veut, la Ville de Paris (leul
rivaliser, pour la munilicence, avec les
p.ilais des plus puissants monanini's.
Les l'açadi'S principales ont une lon-
gueur de 143 mètres; celles tpii preii-
iieiil jour sur la rue de Rivoli et le (juai,
de 80 nielles : le campanile est haut de
50 lilèli-es. Ini' heuri'Use i<lée a été île
déeorei- l'édilice des slalues de pei-
>onnages célèbres dont Paris et la
Fiance sont liers. Il faut meiilionner à
pari l'allière statue équesire d'Elienne
Marcel, œuvre des sculpteurs Idivii' el
Marqueste, dans les jardins du (in li r
(façade sur la Seine).
La i>l'ici' (le V/Iiilel-ili-Vilk n'est ainsi
iioiiimée (pie depuis 1806; avant, c'était
la place de (irève, fameuse entre toutes
dans riiisidiic de Paris, véritable vesti-
bule (le rilôbd (le ville, I(.>s Jours d(>
grandes émotions, ("(.-si aussi le lieu où
chaque année, le 24 juin, les magistrats
QUATRIÈME ARR0-\D1SSEMEM
37
L'HOTEL DE SENS.
iiiijuii'iii.'iiix .'il-
liiMiaiciit li; li-il
(II- la Sainl-Jcan,
' - là que Ton
l'ii'ilait, ôcarto-
l.iit les crimim-ls
'II' marque : 15a-
\aillac, la Brin-
\ i 11 i e r s , D a -
miens, tant d"au-
Ires. Certes,
alors, lesupiilico
suprême n'était
pas comme main-
Iriianl, faclii'aux
yeux ilu jiulilic,
sur le seuil d'une
prison; c'était au
izrand jour, vers
quatre heures, et
la foule y ac-
courait comme
au plus enivrant
(les spectacles.
(a'oyez-enM""-(lc
Sévigné , venue
]iour contempler
la mort de la
lîrinvilliersetun
peu dépitée de
n'avoir vu qu'une cornette. <i Jamais, dit-elle, il ne s'est vu tant de
monde, ni Paris si ému, ni si attentif. » Aujourd'hui, ce vaste espace
est réservé, rarement d'ailleurs, à des solennités ayant un caractère
municipal; la plus belle page de ses annales aura été, à notre époque,
la réception à l'Hôtel de ville de l'empereur et de l'impératrice de
Russie, le 7 octobre 1896. L'usage, pour les ouvriers sans travail, de
s'y réunir, de se mettre en grève, n'est plus qu'un souvenir.
Devant l'Hôtel de ville, la berge de la Seine descend en pente douce
jusqu'au lleuve ; elle justifie bien le nom de Grève donné autrefois à la
place, lorsque le quai n'existait pas encore ; il y a là un coin pittoresque
à voir, c'est le Mail, marché aux pommes et aux poires qui se fait
dans de grandes péniches amarrées perpendiculairement au cours de
l'eau jus<iue sous le pont Louis-Philippe; il va sans dire que le Mail
n'est tenu que pendant les mois des fruits d'hiver.
La rue de Uivoli coupe en deux parties égales. Nord et Sud, le quar-
litr Suint-Gervais, que limitent latéralement à l'Ouest les rues Lobau et
des Archives, à l'Est les rues de Turenne et Saint-Paul. L'église Saint-
Gervais, a le privilège d'être la paroisse la plus anciennement créée sur
la rive droite de la Seine; elle existait en 560; dans son état actuel,
c'est un bel édifice du x\" siècle, remanié à la tin du xvi* siècle,
auquel Saloraon de Brosse (et non Jacques comme on l'a si longtemps
cru) ajouta le portail vermiculé dont Louis XIII avait posé la première
pierre, le '24 juillet 1616 et qui fut terminé en cinq ans. Aux deux
derniers siècles on admirait fort cette façade qui nous
laisse aujourd'hui assez froids. Jaillot s'écrie : « C'est
un chef-d'œuvre d'architecture, auquel, pour me servir
des termes d'un auteur célèbre {M. de Voltaire), il ne
manque qu'une place et des admirateurs, ii La place a
été créée, un peu de travers, il est vrai, mais les admi-
rateurs ne semblent pas y être à l'étroit. Ce qui
manque, en revanche, c'est ce vieil orme Saint-Gervais
i< qui offusque le portail et gène la voie publique »
(toujours d'après Jaillot), sous lequel au moyen âge
se rendait la justice locale. On souhaiterait l'y voir
encore verdoyant, vénérable témoin des temps passés.
Il n'y a que dix ans que la rue des Archioes a été
soumise à l'alignement dans le IV" arrondissement.
Avant, elle se composait d'une série de rues étroites
et tortueuses, dites des Deux-Portes, des Billettes, de
l'Homme-Armé, du (Chaume. Au xni" siècle, trois cou-
vents d'hommes furent fondés dans ce canton : celui
de Sainte-Croix-de-la-Brelonnerie, circonscrit entre la
rue de ce nom et celle du Plâtre; il n'en reste plus
trace aujourd'hui ; celui des Carmes Billettes, construit
en 1299 sur l'emplacement de la maison oii un juif avait
fait bouillir une hostie consacrée : « la maison où Dieu
fust bouillis », dont a subsisté un charmant petit cloître
du xv" siècle et une église médiocre datant de 1756, deve-
nue temple protestant ; enfin, celui des Blancs-Manteaux.
Paris-Atlas.
Ces derniers s'y installèrent en 1258, sous le nom de serfs de la Vierge.
Les [{lancs-.Manteaux disparurent peu après. Dans leur maison déserte
vint se fixer, au siècle suivant, la communauté des Guillemites installés
jusque-là à .Montrouge. Ces religieux avaient des manteaux noirs, mais
FAÇADE DE LEGLISE SAINT-GERVAIS.
le premier surnom prévalut. Vers 1618, la règle bénédictine leur fut
appliquée, et vers la fin de l'ancien régime, quelques-uns d'entre eux
illustrèrent le monastère par leur érudition. Leur église, reconstruite
peu après cette réforme, est restée paroissiale. Quant aux bâtiments
conventuels aliénés en l'an V. ils furent démolis et sur leur emplace-
ment s'éleva le Mont-de-piété, institution dont la prospérité justilie
le but, bien quelle ne soit que la substitution de l'administration
aux particuliers dans l'opération du prêt sur gages ou sur titres, et
qu'elle n'y ait pas perdu tout caractère usuraire.
En 1878, la construction de bâtiments nouveaux sur le côté Ouest de
l'édifice amena la mise au jour d'une tour de l'enceinte de Philippe-
Auguste, que l'on savait d'ailleurs avoir existé sur ce point. Les tours
qui llanquaient cette enceinte étaient carrées ; la forme de celle qu'on
a retrouvée là ne le laisserait guère supposer, car elle est cylindrique ;
c'est que, par la suite des temps, cette fortification n'ayant plus d'uti-
lité pratique avait été englobée dans des maisons particulières et mo-
difiée suivant les besoins. La préfecture de la Seine, dont relève le
Mont-de-piété, n'en a pas moins eu grand raison d'honorer d'une res-
tauration ce respectable débris du xm'' siècle.
A signaler enfin, rue des Ai'chives, 40, l'école de filles en ce qu'elle
occupe les locaux de l'ancienne mairie du IV' (autrefois VII') arrondis-
sement.
Comme son nom l'indique, la rue du Bour-Tibourg traversait jadis un
LA CASERNE NAPOLÉON, DERRIÈRE LUOTEL DE VILLE.
38
PARIS -ATLAS
bourg, lire : groupe de maisons, appartenant à un nommé Tliibaud,
« buryus TItihaudi » ; c'est un très vieux quartier, qui a son débouclié
sur la place Baudoyer, plus ancienne encore. On a épilogue sur ce nom
de Baudoyer, sans arriver à la certitude. L'enceinte attribuée à Louis VII
s'ouvrait là par une porte que des textes contemporains appellent
(. porte Bnudaier ». Certains rattaclient ce nom au camp des Bagaudes,
sur l'emplacement duquel l'abbaye de Saint-Maur passe pour avoir
été construite (notez que c'était là le chemin de Saint-Maur), d'autres
historiens invoquent un personnage, Bakhcltariim. cité comme defensur
do Paris en 700. Donc, le problème n'est pas résolu. Depuis la con-
struction, en 1861, de la caserne Napoléon et de la mairie du IV' arron-
dissement (Bailly, architecte), la place Baudoyer a bien perdu de
son aspect d'an tan ; seul le fond reste pittoresque, avec les mai-
sons xvin" siècle de la rue François-Miron, juchées sur un trottoir
haut de di.x marches, do-
minées par le clocher de
Saint-Gervais.
La rue de Rivoli n".i
pas toujours existé. H
y a cinquante ans, la
grande route allant vers
l'Est avait son origine à
Saint-Gervais par la rue
du Pourtour-Saint-Ger-
vais, et à partir de la
place Baudoyer, com-
mençait la rue Saint-
Antoine. En 186.3, on a
donné le nom de Fran-
cûis-Miron ile prévôt des
marchands <iui lit ache-
ver l'Hôtel de ville en
160G) à la partie de cette
rue comi)rise entre
Saint-Gervais et la rue
de Fourcy. La plupart
de ses maisons sont très
anciennes. La plus re-
marquable est celle qui
porte le nunii'ru 68,
l'hôtel de Beauvais,
construit eu 1663, par Antoine Lejiautre [JOur .M""-' de Beauvais. 11 est
bien changé, hélas ! depuis cent ans qu'il est au service de l'industrie ;
la façade sur la rue mérite à peine l'attention, mais la cour reste
superbe, avec son cercle de colonnades hautes et majestueuses.
La rite de Joiiy existait au xni" siècle. Elle doit son nom à l'hôtel
(|u"y avaient alors les abbés de .Jouy. Nous l'avons vu plus haut (p. 33)
mentionnée sous le nom de rue de la Poterne-Saint-Paul. Jusqu'à la
FONT.il.NE D'ORMES.SON.
BIIiLIOTIlEijUE DE L ARSENAL.
LA CAijKRNE DES CÉLESTIiNS. (Gardo républicaine.)
fin du xvn° siècle,
c'était le seul che-
min pour aller du
pont Marie à la rue
Saint-Antoine,
par la rue des
iSonnains-d'Yères;
un acte des Ar-
chives nationales
(S. 3i72) établit
qu'en 1688 « le
cul de sacq estant
entre la rue de
.louy et celle de
Sainl-.Vnloine se-
roit ouvert pour
donner par ce
passage communi-
cation du quartier
de l'isle Noslre-
Dame et de Saint-
Bernard à celluy
de Sainl-Anlhoi-
ne ». Ce cul-de-
sac appartenait à
M. de Fourcy,
prévôt des mar-
chands ; il devint donc la rue de Fûurcij.
(Juant à la nie des Nonnuins-d'Yère.t, elle
doit ce joli nom à la maison qu'y possé-
daient les religieuses (nonnains, en vieux
français) de l'abbaye d'Yères, au delà de
Villeneuve-Saint-Georges.
Bien à signaler sur la tortueuse )-ite
de rBâtel-de-Vi/le, sinon son étroitesse,
encore suriiassée de beaucoup par les
lues du Paon-Blanc et de la Masure, qui
la rrliriii ,ui i|uai; il n'en est pas de
muius laigi's à l'ai-is.
Ino surprise — mieux (|ue cela — une
mi'rveille nous allcnil à l'angle des rues
de rilôtel-de-Villc et du Fiijuicr-Saiiit-Paul : l'hôtel de Sens. Ils sont
si rares, maintenant, les monuments civils qui iKuivenl évoquer le Paris
antérieur au xvi" siècle : la tour de .lean sans Peur, la porte de l'hôtel
Clisson, l'hôtel de Cluny, l'hôtel de Sens — et c'est tout. Celui-ci, si
l'on en croit l'inscription apposée siy- sa façade par la municipalité
aurait été bâti » vers lijOU » par les ordres de Tristan de Salazar,
archevè(iue de Sens. A le regarder de près, nous avons [)eine à voir
là un logis construit à l'exlrème lin du xv" siècle,
Uu'on le compare précisr^niiul à Cluny, qui est de
II' tenqis-là, il estvisililc (pii' rinlluence de la lie-
naissance française ap|iaiail dans celui-ci, et nul-
Irmenl à l'hôlel de Sens, (jui est un spécimen
parfait de rarchileclure du moyen âge finissant,
mais encore du moyen âge. Au surplus, Tristan de
Salazar fut archevé(|ue de Sens dès 1 'i7-j. On (leut
admettre <|u"aussilôt n(unmé, il ordonna la con-
slruclion de son hôlel iiarisien ; de là celte haute
liaie ogivale, ces charmanli'S lourelles en encorbel-
lement, ces escaliers en vis qui donnenl lanl de sa-
veur à la construction, mais qu'un arcliiterle de lîJOO
aurait jugés archa'iques. L'imporlanI rsl i\w le
jiiyau reste intact: il apparlirut à l'ail, biru plus
rnrore (ju'à ses priqiriélair<s.
.\ deux pas di' là, le /)fls,*«.(/e C/kj/Zc»!'///;», composé
di's cours accolées de deux maisims qui séparent la
lue Charliinagne de; la rue Saint-Antoine, olfre la
vue d'un j<di coips ib' logis du coiiiiiienceiueilt du
XVI' sièrlc, maladroili'iuriil badigcoiini' il y a (piel-
qiies années; c'est l'hôtel de9 Prévôts, i|u'habi-
lèrent |)lusieurs prévi'ils dr Paris, iliiiaiil li' xv" et
une parlie du xvi" siècli>. Uiiant à la rue du Ptévôl,
loiile voisine, son iniiii esl moderne; on jnMit lire
riicore sur sa maison d'angle avec la rue Saiiit-
Aiiloine l'inscription gravée sur la pierre : liUE Pliii-
ii:i:; mais l'Jiôlfd des Marinousels, qui appurlinl à
Hugues Aubiicd, prévi'it de Paris, y était situé.
Lue longue et sombre allée, s'iiuviaiit à droite du
la façade de l'église Saint-Paul-Saint-I.ouis constitue
QLAIUIÈME AKROADlSStMEM
39
SyUAKE DE LA PLACE DES VOSGES.
U.NE DES FAÇADES DE LA l'LAcL 1>L.:
l'entrée du lycée Charlemagne. inslallr, depuis 1804, dans les
bâtiments restaurés en iiiamle [uii lie de la maison professe des jésuites.
Cette allée a un caractère arcliéologique; elle représente le tracé de
•^ l'enceinte de Pliilippe-.Vugusle.
Elle avait été fondée en liJSO. Son église, maintenant paroisse sous le
nom de Saint-Paul-Saint-Louis, fut conslruil(^ de 1627 à 1041 sur les
plans du P. Mardllanirr. nrcliilecle des jésuites. L'édifice, à l'intérieur,
ne manque pas de majesté, mais sa façade porte le caclu't de ce style
dit jésuite que nous ne pouvons nous résigner à trouver beau. Elle
offre cette particularité d'avoir au-dessous de la grande horloge un ca-
dran, lumineu.^ la nuit, où l'indication de l'heure, donnée en chiffres
romains, se complète pour chaque minute, marquée en chiffres arabes.
Cette église contient encore les inscriptions funéraires de person-
nages illustres qui y furent inhumés. Les deux bénitiers placés à l'en-
trée de la nef passent pour avoir été donnés par Victor Hugo, lors du
baptême de son premier fils, né place des Vosges. C'est en 1802 que
le senice paroissial fut transféré dans l'ancienne église des jésuites,
pour rempla.cer l'église Saint-Paul, dont nous parlons plus bas. Quant
à la maison professe, dès 1768, elle était devenue le siège du prieuré
de Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers, situé de l'autre côté de la rue
Saint-Antoine.
Il ne reste plus rien, que le souvenir, de ce jirieuré d'hommes,
fondé en 1229 par les sergents d'armes de Piiiliiqie -Auguste en
accomplissement du vœu qu'ils avaient formé pendant la bataille
de Bouvines — quinze ans avant — si la victoire
leur restait. La fondation prospéra, car jusqu'à la
Révolution, le prieuré eut toujours des revenus
bien supérieurs à ses charges. Dès le xvi" siècle, il
avait aliéné une partie des terrains de son riche
enclos, la culture Sainte-Catherine dont la rue lU-
Sévigni a si longtemps porté le nom; au siècle
suivant, il vendit le reste, lorsque la mode et lr
bel air se fixèrent au Marais. A leur tour, les bùli-
nients monastiques furent achetés par le roi
en 1767, au prix de 400,000 livres pour l'élablisse-
nient d'un marché qui ne hit ariii'vé qu'en 17bU.
C'est le petit et vieillot marché Sainte-Cathe-
rine. On donna aux rues adjacentes les noms des
personnages qui avaient traité cette opération :
Alexandre de Tarenle était aloi-s prieur de Sainte-
Catherine; Necker, ndnisire; d'Onncsson, inntrolrur
des linanies ; Caron, maître des liriTiments d\i mi.
De l'aulri' côli- de la rue de Sévigné, la caserne
des sapeurs-pompiers occupe une partie de l'em-
placement d'une piisiin, la Force, établie! dans
l'hôtel des ducs de La Forcir en 1780. Le nom s'ap-
pliquait bien à la destination. Pendant la Terreui-,
la Force reçut un grand nombre de [irisonnii^rs.
jjarrai les(iuels la malheureuse ju-incesse de l.am-
ballc. Une ordonnance royale de 1840 décida la
traiishiliun Ai: celte sinistre geùb' ilans un bàlimi'Ul
à consiruire en bordure du bouli'vard .Mazas. rt la
nuit du 19 au 20 mai 1850 suflit à transimrler de l.i
Force à la Nouvelle-Force (Mazas) les S'iO détenus
qui y étaient gardés. La rue Alalher a été ouverte
sur l'étroite rue des Ballets où était l'entrée de la prison, et des
maisons de rapport s'y sont proiuitleuient bâties. l'n mur de la Force
est encore debout, cependant. Sa hauteur fait frémir; elle n'empêcha
pas, néanmoins, un prisonnier de reconquérir la liberté en 1840:
Victor Hugo a dramatisé celte évasion dans un des plus beaux cha-
pitres des Misérables.
Le mur de Pbilippe-.Vuguste séparait jadis l'ancien hôtel de La Force -
de celui que l'on nomme aujourd'hui hôtel Lamoi^on. A ses vastes
jardins ont succédé des maisons de rapport, mais il en reste une très^
belle façade (à l'angle des rues Pavée et des Francs-Bourgeois). H avail
été construit pour Diane de France, « sœur légitimée des rois, duchesse
d'Angoulême », au commencement du xvn'= siècle. Plus tard, il
appartint à la famille Lamoignon, dont il a gardé le nom ; aujourd'hui,
l'industrie se le partage, mais en le respectant.
Presque rien à dire du pâté de maisons circonscrit par les rues Pavée
à l'Est, Vieille-du-Temple à l'Ouest. Il était bâti dès le xiW siècle, ainsi
que l'attestent les mentions que l'on trouve à celte époque de la plupart
de ses rues : la rue du Roi-dr-Sicile doit son nom à Fhôlel de Charles
d'Anjou, frère de saint Louis, précisément l'hôtel <|ui passai aux ducs de
La Force ; la rue des Ecnu/fes existait en 1233 ; son nom signilie sans doute
étoffes; la rue des Juifs est moins ancienne, du moins sous ce nom, mais
une tradition bien ancienne et qui se vérilie encore actuellement en fai-
sait une résidence plus spécialement alTectée aux juifs ; la rue des Rosiers, .
moins jolie que son nom, est aussi contemporaine de saint Louis.
UU DE I. MOTEL SCLLV.
•0
PARIS -ATLAS
Le marché des Blancs-Manteaux, qui s'ouvre sur la rue Vieille-
du-T<Mnpl(', est mal nommé: il devrait s'appeler marché Saint-Anas-
lase ou des Filles-Saint-Gervais, puisqu'il a été construit (en 1813) sur
l'emplacement d'un hôpital fondé au xW siècle sous ce double vocable.
Vis-à-vis, l'hôtel portant le n° il mérite une mention très honorable
pour son portail; il a,été construit en lG38par Cottard et l'ut longtemps
la résidence des ambassadeurs hollandais.
Quartier de l'Arsenal. — Les rues Saint-Paul et de Turenne for-
ment la limite Ouest du quartier de l'Arsenal, qui constitue la partie la
plus orientale du 1V= arrondissement. La rue Saint-Antoine le sépare
inégalement en deux régions, dont celle du Sud s'étendant jusqu'à la
Seine est la plus vaste. Occupons-nous-en tout d'abord. 11 s'y trouvait.
dès le xii= siècle, une agglomération constituée en paroisse sous le
vocable de saint Paul ; l'enceinte de Philippe-Auguste ne l'engloba pas
dans Paris ; son territoire, plus vaste qu'habité, s'étendait au loin dans
la campagne jusqu'à mi-côte de Charonne, car ce n'est que beaucoup
plus tard que fut fondée la paroisse de Sainte-Marguerite. A droite de
la rue Saint-Paul, du côté de l'Est, s'étaient construits au milieu du
xiY" siècle plusieurs hôtels ou logis entourés de grands jardins, ceux
du comte d'Étampes, de l'abbé de Saint Maur, d'autres encore. De 1365
à 1368, Charles V les acheta tous pour en faire ce qu'il appela lui-même
" l'ostel de Saint-Pol, hostel solennel et de granz esbatemens )i. Le
Palais de la Cité ne lui plaisait plus, depuis les troubles qui y avaient
fait couler le sang quelques années auparavant; le Louvre n'était pas
encore en .•lai. Cliarbs V, qui fut un sage, habila le pins souvent son
manoir d(; Saint-Paul, pour bM|ui-l il lit de grands frais: niénaserie,
jardins, fontaines. .\pWs lui, Charles VI y cacha sa triste f.die: c'est à
Sainl-Paul qu'eut lieu celte fameuse mascarade où [dusieurs .seigneurs
brûlèrent tout vifs dans l.'s éloupes dont était fait leur déguisement;
là aussi (|ue le roi lui-même mourut le 21 orlolire 1422. Les rois qui
suivirent fréquentèi.Mit .le moins en moins l'hôtel, dont François !«■•
consomma la ruine en ]..■ lotissant, comme on dirait aujourd'hui;' seuls,
(les noms de rues bien caraelérisliriues rapjMdl.iit les esbatemens de
Cliailes y : rue de la Cerisaie, rue des Lions, me Beautreillis. Quant à
1 église Saint-Paul, le départ de ses royaux paroissiens ne l'empêcha
pas de gagner à chai|ue siècle en importance, (-t, à la veille de la Mévo-
lution, elle comptait parmi les principales de Paris; mais sa radu.ilé
était extrême et on préféra la démolir; nous avons vu .(u'elle fut r.^m-
placée, comme paroisse, par Saiiit-Paul-Saint-Louis ; ]i! passage Sninl-
PieneaW; fait avec une i)artie de ses voûtes; au point m'i il déimu.lie
sur la rue Sainl-Anloine, une haute façade subsiste qui était une
entrée de l'église, ouverte en 1636 par autorisation du roi.
La n(-? (/i( /V((V-i/,wc relie le quai des Célestins à la rue Saint-.\ntoine.
L'emplacement en "était jadis occupé par une voirie et un champ .'i
plîUrc. A son origine, elle ne fut pas comprise dan■^ rcnccijite de
Pliilili|ie-.\uguste. Tout près de la rue du Petit-Mus<', Cli.irl.s V fonda
''• lastère des Célestins, sur l'emplacement d'un ancien couvent
des Carmes, l.'S Carmes barrés, qui datait de saint Louis. Tous les
aniicns guides de Paris célèbrent avec raison les richesses de ce
monastère, la beauté de son cloître, de ses chaiieiles, di^s sépultures
qu'elles renfi'rmaienl. Ajuès la Hévoliilion, on en lit une caserne de
gendarmerie; il l'est resté, mais le percement du binilcvnid Henri IV,
en 1877, en a coupé l'enclos eu <leux; d'une caserne on eu a lait deux;
c<dle qui s'élève à droite du lioulevard est Icjule neuve et peut passer
pour modèle du gi-nre massif; la pierre n'y a pas été ménagée.
Quidie din'érence avec ce qui reste de la Jolie façade de l'hôtel
Fieubet. à l'auln' angle de la rue du Pe(il-Musç ! C'est un des meil-
leurs spécimens de l'architeclure d.> |,i Iteiiaissance à sou déclin.
.Malheuiensemenl, des restaurations jiluti'd maladroites l'ont réduit à
une simple façade (|u"écraseiit les pavillons en avant-corps.
Ne ipiiKons fias le fjuai dri CiHestins sans signaler en aval, au n" 32,
l'iusci'i|ilioii conslalani qu'en ce lieu s'c'devait ■• le jeu de paume de
la Croix-Noire, où Midière et la troupe de Vltlustre TliMltc jom''renl
en 1643 ", et. au n" 2«. à l'ancle de la rue des Jardins, celle qui
QUATRIÈME ARHO.XDISSEMENT
il
alliriiH' (HIC Rabelais est iiioit
dans une maison de cette l'Ui', ii'
9 avril \'6oi.
Sur le tiTic-idriii ipii préi'i'cli'
le poiil Sully, oui été reslauri'-cs
eu 18'.)'J li'S assises de la tour de
la Liberté, l'une de celles ili' la
Bastille ijue les travaux du Mi'-lm-
politain ont permis de mettre au
jour rue Saint-Aiiloiue, devant la
statue de Beaurnarcliais.
En aval, tie l'autre lùlé du
liDuli'vanI Henri IV, la pliysiono-
mii' du i|uartier est toute spi''-
eiale; e'esl, à |iro|iremeiit parler,
l'ancien Arsrnal, cirr par Fran-
çois I"' et dnïil les inicndii'S de
1871 n'uni ririi jaiss-', non plus
que du (iriMiirr d'alnjndancc, scju
voisin.
Seul, l'iiùlel des iirands maîtres
de l'artillerie, construit au com-
mencement du xvn"^ siècle ]iour
Sully, augmenté cent ans après
par Boffiand d'une façade sur la
Seine, est resté debout; il est occupi' pai- 1.-
senal, dont le premier noyau l'ut cnnstilu
cessives du marquis di> P;iulmy, du comt
Vallière, et pendant la liévolution
FACE LATÉRALE ET ABSIDE DE NOTRE-DAME,
bibliothèque de l'Ar-
|iar les cidlcrtidus suc-
d'Arlois, du duc de I.a
n 1"97, ]iar le fonds si important
des archives de la Bastille et do la lieutenance générale de police.
Depuis, le dépôt légal et les acquisitions l'enrichissent chaque jour;
plusieurs de ses conservateurs ont eu (pour ne j)arler cpie di's morlsl
un nom illustre dans les lettres : Nodier, Paul Lacroix, Louis llbacli,
Edouard Thiei-ry.
Jusqu'en 1814, l'espaci^ compris entre le boulevard Miirland elle quai
Henri IV était une île, l'ile Louvier, occupée par des chantiers de bois,
et que l'on réunit à la terre ferme à cette époque en comblant le bias
qui la séparait dr la rive dL'oite. Là s'(dè\cnt aujounl'hui des bâtiments
municipaux ou di'parti'meutaux : les magasins du matériel de la
ville, une caserne de la garde républicaine, et entiu le précieux
dépôt des Archives de la Seine, où de zélés fonctionnaires reconsti-
tuent, au prix ^r qu(d lalirui-'. les trésors incom]iarables pour l'his-
toire qui périrent avec lllolel dr ville en 1871. Les boulevards Mor-
land et Bourdon portent les noms
dofliciers supérieurs qui furent
tués à Auslerlitz.
La jilace de la Bantille appar-
ti'-nt pour une partie au IV' ar-
rondissemeut. il pouri-ail donc
lonvenir de parler ici de la cé-
lèbre forteresse et de la colonne
lie Juillet qui ne la rappelle en
rien; nous résen-ons pour le
-M' arrondissement ce que nous
.ivons à en dire. Suivons donc la
me Saint- Antoine, dont le tracé
tortueux (ilus autrefois que main-
tenant) avait été malicieusement
prévu pour éviter que le canon
d.; la Bastille pût la balayer. A
droiti- en d>s>i-iidanl, voici l.i jo-
lie statue de Beaumarchais.
M'uvre du sculpteur Clansade.
dressée là en 1895 sur un élégant
piédestal. L'inscription est sobre :
A P.-.V. Cako.n de Beaumarchais.
L'illustre écrivain est bien campé,
dans une pose un peu hautaine
|ieut-élj'.-, qu'accentue encore le geste di- la eanne ipiil ti-iit à la
lu jjeu plus bas, à gauche, le temple Sainte-Marie.
(irotestante, construile [jar Mansard pour le couvent (ju'avaient
vers 11)30, les religieuses de la Visitation Sainle-Marie. — De
l'autre côté, au n" 143, la grandiose façade de riiotel de Siilly, dont
l'entrée ])ostérieure se trouve au n" 1 de la place des Vosges.
.\u xv siècle , la rue Saint-.Vntoine était souvent le théâtre de joutes : "
" A l'entrée de février ensuivant (141S'i joutèrent le roy et les seigneurs
en la grant rue Saint Anthoine, entre Saint Anlhoine et Sainte Catherine
du Val des Escolliers, et y avoit barrières. » iJoitrnnl d'un bourgeois de
Paris sous Charles VI.) — « Le samedi xxvi dudil mois de septembre on
dit an MCCCCXXXIX, en la grant rue Saint .\nlhoine. devant la Moufle,
en la présence du Roy nostre sire Charles Vil... et de plusieurs aultres
grands seigneurs, combattirent à fer de lance et à outrance quatre
François contre quatre Anglois... " (Journal de Maupoint, Mémoires de
la Sociiilc de l'histoire de Paris, IV, 23.)
La place des Vosges. — Lhôtel Saint-Paul ayant été à peu près
abandonné, comme nous l'avons dit, après la mort de Charles VI. ses
main
éiilisi
lundi
LE.S TUOIS l'OUrAll.s DK LA l-A(;,VliE D 1-: N 0 1 K E - D A .\1 E.
42
PARIS -ATLAS
UNE DES CHIMÈRES
DE
NOTRE-BAME.
successeurs lui
préférèrent une
résidence toute
voisine, située de
l'autre côté de la
rue Saint-Antoine,
l'hôtel des Tour-
nelles, que nos
historiens de Paris
n'ont pas encore
suffisamment re-
constitué. Louis XII
y mourut, Henri II
y fut blessé à mort
dans son célèbre
tournoi avecMont-
i;omery. Dès lors,
les ïournelles fu-
rent délaissées.
C'était un grand
terrain vague et
désert, servan t
parfois aux duels
(témoin la fa-
meuse rencontre
qui y eut lieu
des mignons de
Henri III) quand
Henri IV conçut le dessein d'y construire une place quadrangulaiie à
galeries, bordée de maisons monumentales. Ce fut la place Royale, que
Marie de Médicis inaugura solennellement en 1612 — la Place, comme
disaient alors les beaux esprits. Telle elle était alors, au moins en
son ordonnance générale, telle nous la voyons aujourd'hui, et c'est
bien le plus important, le plus précieux souvenir que Paris ait con-
servé du temps de Henri IV. La statue de Louis XIII qui occupe le
centre du square n'est pas celle que Richelieu avait fait placer en
1639 au milieu de la place, et que l'on " descendit » en 1792; celle-ci
est l'oeuvre de Dupaty et Cortot et fut inaugurée en 1829.
Que de noms illustres à citer parmi les locataires de la place :
.M™' de Sévigné y naquit, au n°l, le 6 février 1626 ; Marion Deloriiie,
puis Victor Hugo ont habité le n° 6; au n" 9, l'hôtel de Chaulnes ;
au 13, les Rohan-Chabot ; au 14, Dangeau ; au 18, Richelieu, avant
la construction du Palais-Cardinal.
Un a eu torl, à notre avis, en 1870, de retirer à la place Royale son
nom d'origine jiour faire honneur à nos montagnes des Vosges, qui
(Sculptu
L'ÉLÉPHANT.
; de la façade de Notre-Dame.)
Pbot. N<uril<Ia.
LE TOMBEAU VU ù LC ÙUAHCOUHT, par I'ioallk. (Notro-Damo.)
auraient pu être
célébrées sur tout
autre point.
Dans la rue de
Birague, qui par le
« pavillon du Roi »
relie la place à la
rue Saint-Antoine,
se voit, au n" 10,
la maison moi-
tuaire de Lakanal.
Rue des Towrie/lcs.
nous signalerons
la belle synago-
gue achevée en
1873 — et, dans un
tout autre ordre
d'idées, au n" 28,
reinplacement de
la maison qu'lia-
bila Ninon deLen-
clos.
Le boulevard
Beaumarchiiis n'ap-
partient que sur
un faible parcours
au IV^ arrondisse-
ment. Une maison
de rapport a récemment remplacé, au n° 23, le théâtre Beaumarchais,
qui avait été fondé en 1837.
La Cité constitue, avec l'île Saint-Louis, le quartier Notre-Dame,
qui est le lO» quartier de Paris. En commençant ce chapitre, nous
disions que là est le berceau de Paris. Il est constant, en ell'et, que
c'est dans cette île que vécurent les plus anciens habitants de Lutèce,
cette tribu des Parisii qui, avec Camulogène à sa tète, résista si
vaillamment, dans les plaines voisines, aux troupes romaines com-
mandées par Labiénus. Elle succomba sous le nombre, subit la con-
([uète et dut s'accommoder avec le vainqueur. Peu après, adonnés à la
navigation, sous le nom de nautes, les Parisiens élevaient à Jupiter, à
Mars, à Vulcain, un autel, dont on retrouva heureusement les frag-
ments en 1711, lois d'une fouille faite sous le chœur de Notre-Dame.
L'inscription constatant cet homnuige aux divinités païennes précise
qu'il fui fait sous le règne de Tibère.
D'autre part, de nouvelles fouilles, faites, les premières en 1847, les
secondes à la lin de l'année 1897. amenèrent la découverte d'une mu-
raille d'enceinle datant de l'époque gallo-romaine, et
construite — fait bien curieux aussi — avec des
pierres provenant des arènes de la rue Monge, dont
nous parlerons en traitant du V° arrondissement.
Ces vesligps de fortifications ont été retrouvés à la
pointe orientale de la Cité; il n'est pas douteux que
l'enceinte était continue.
Au cours des siècles, l'île se peupla chaque jour
davantage. Alors que Paris commençait à déborder
sur les deux rives au point d'y former bientôt deux
viM-ilables villes, la Cité, semlile-l-il, aurait dû voir
diminuer le nombre de ses habitants; ce l'ut le
contraire : on ne sait quel fanatisme poussait les
gens à s'y entasser dans les maisons malsaines de
rues sombres et sans air; il est j)rodigieux qu'à la
Veille de la Révolution on y conqdàl onze jiaroisses,
alors qu'il n'y en avait que seize sur la rive droite
et sept sur la rive gauche. Sauf en ce qui concerne
ce nombre invraisemblable d'églises, c|ui disjiaru-
ii'ut presque toutes avec l'ancien régime, rien ne
lui changé à l'asiiecl de la Cité pendant la première
riinitié du xi.x" siècle; elle conservait toujours son
dédale de rues tortueuses bordées de vieilles ma-
sures; Haussmann y porta le premier coup de pioche
in faisant la large trouée du boulevard du Palais, sup-
in imanl la rue (le la Harillerit^ qui reliait en seipen-
lant le pont Saint-Michel au pont au Change; peu
a|)rès fut ordonné le percement de la rue de la CM,
alisorbant les vieilles rues du Marché-Palu, de la Jui-
verie et de la Vieille-Lanterne ; puis, celui de la ruidc
/-i//fcc (d'abord rue de Conslantine), reliant les deux
Villes précédentes. Là où l'air avait man(|u6 durant
tant de siècles, il y en avait pour ainsi dire trop, tout à
coup; dans ces vastes espaces se construisirent dca
QUATRIÈME ARRONDISSEMENT
43
Pb=t Xî^riela.
CHEMIN DE CROIX DU XIII' SIÈCLE, FAISANT LE POURTOUR DU CHŒUR DE NOTRE-DAME.
('Jificcs d'un Ion très moderne : le Tribunal de Commerce, lourde
bâtisse qu'écrase un dôme insolite; la Caserne de la Cité, devenue
préfecture de police; l'Hôtel-Dieu, qui est une autre caserne. On se
prend cà regretter l'ancienne Cité, à penser qu'il en reste trop peu déjà,
entre Notre-Dame et le grand bras de la Seine, à s'indigner presque
en voyant que dans ce peu qui restait, dans les rues du Cloilre, des
Chanoines, di's Ursins, les L'i.imlis lnilissrs ,"i sr|i| étages succî^dent aux
vieux logis et font à la ciIIm'iIimIc im iiMMdi'iiirnt parfois dispnrale.
Notre-Dame, à tous ci-s i.iirnnissi-iiiinis ili- liie, aura gagné cepen-
dant d'apparaître mieux en lumière, et c'est ce qui les excuse. Paris n'a
pas de plus beau monument; il est en France des cathédrales plus
vastes, il n'en est pas dont l'ordonnance générale soit plus harmo-
nieuse. De quelque côté qu'on l'admire, devant la façade, ou de la
rive gauche, ou à la pointe de l'ile, ou le long de l'aile Nord, dans
la rue du Cloître, il est impossible de trouver plus de pureté et
plus de noblesse dans le style.
L'église de Notre-Dame est bâtie en forme de croix latine. Deux
tours carrées couronnent la façade occidentale. Une (lèche élégante
s'élève au point d'intersection des quatre branches de la croix. On
pénètre dans l'édifice
par six portes. La lar-
geur de l'église est de
130 mètres; sa largeur
dans la croisée est de
48 mètres ; la hauteur de
la maîtresse voûte est
de 35 mètres et le déve-
loppement de la façade
de 40 mètres. Trois por-
tails percent la façade
de Notre-Dame. Le por-
tail du milieu se nomme
le grand portail ou por-
tail du Jugement; au
nord se trouve le por-
tail de la Vierge; au
midi le portail de Sainte-
Anne. Ces trois portes
en ogive s'ouvrent sous
des voussures profondes,
ornées avec un grand art ;
elles sont surchargées do
tympans sculptés.
La première pierre de
l'édiliçe fut posée soiis
Louis VII, en 1163, par i.e niAnLE k
le pape Alexandre III. (deux nrs chimkriîs i.k l\ r.Ai.KuiK vjim
La construction ne fut pas définitive avant 1260 (la façade méridionale
porte la date de 1237) et néanmoins rien dans l'ensemble, tant le plan
avait été bien conçu, ne laisserait supposer que c'est là l'œuvre d'un
siècle. Le monument n'a qu'à peine souffert de l'injure du temps ;
celle des hommes, en revanche, lui a été fort sensible. .\ux deux siècles
derniers on n'aimait plus le gothique, et on le fit bien voir à Notre-
Dame : Louis XIV et Louis XV firent les modifications les plus sottes
à l'intérieur de l'édifice en supprimant la clôture du chœur, en abat-
tant le jubé, en substituant du verre blanc aux magnifiques vitraux
en grisaille du xm" siècle, sauf aux roses de la façade. La Révolution,
plus aveugle encore, détruisit la flèche centrale et démolit toutes les
statues des façades, notamment cette suite si curieuse des statues des
rois de France. Tant de vandalisme a été réparé autant qu'il était pos-
sible. Après des restaurations partielles accomplies par des architectes
ignorants des principes de l'art architectural du moyen âge, et dont
chacune entraînait la mutilation d'une partie du monument, la loi
de 1843 consacra enfin des fonds considérables à la restauration géné-
rale de Notre-Dame. Ce travail, d'une immense difficulté, fut heureu-
sement confié à deux hommes d'une rare compétence. Grâce à la science
profonde, aux labeurs
obstinés, au goût de Viol-
let-le-Duc et de Lassus,
la cathédrale a recouvré
son antique splendeur.
L'ne dernière remarque :
tout le monde peut con-
stater quelques différen-
ces entre les deux toui"s
de la façade principale ;
celle dissemblance a été
expliquée par le fait que
la cathédrale, lorsqu'elle
fui eonsiruile, n'était que
le siège d'un évèché, dé-
pendant de l'archevêché
de Sens, et que seules les
cathédrales archiépisco-
pales avaient le privilège
d'avoir des toui-s absolu-
ment semblables. Paris
ne devint, en effet , le
chef-lieu d'un archevê-
ché qu'en 1622.
Paimi les œuvres de
sculpture que renferme
r LE pi':lican. la cathédrale, il faut ci-
SIBMONTE Li: TKIFORIITM PK SOTRK-nAMK.l '^^1' '>? tOUlbeaU dU dUC
44
PARIS -ATLAS
d'Harcourt, par Pigalle, ceux des archevêques de Paris morts tragique-
ment : M?'- AfTre, M"'^ Sibour, M^'- Darboy.
Les tours sont hautes de 68 mètres. Leur ascension est un comph^-
ment nécessaire de la visite faite au monument; elle procure une
LHOTEL LAMBERT.
impression inoubliable de grandeur, di' iiiajosli\ se di-gageant du passé
sept fois séculaire dont elles demeurent les témoins muets.
Avant de quitter cet incomparable monument, nous rappellorons
l'admirable description que Victor Hugo en a faite dans son roman
célèbre Notre-Dame de Paris,
Au chevet de Xotre-Dame, la Morgue, roiistruite en 18G4, mot une
note triste. Vu de la Seine, le lu-
gubre édifice masque la perspec-
tive de l'abside delà cathédrale de
la façon la plus détestable, et ré-
ciproquement, vu de l'abside, il
cache aux yeux l'un dos plus beaux
panoramas qu'offre laSoine à son
entrée dans Paris. LJi était, di-
sions-nous plus haut, l'autel élevé
parles nautes du temps de Tibère
aux divinités païennes. >'e serait-
il pas raisonnable d'y édifier une
statue de Camulogène, le vaillant
défenseur de la cité des Parisiens,
et de reléguer la Morgue dans
quelque annexe écartée de l'IIô-
lel-Dieu ou de la Préfecture de po-
lice? Là, soûls les intéressés se-
raient admis à contempler le
lamentable spectacle qui, mainte-
nant, s'offre si coniplaisamnieiit h
la curiosité des badauds, et même
des enfants.
Il faut signaler, dans la rue de
Lutèce, vis-à-vis du Palais do jus-
tice, la staluo do Tliéoplirasto
Renaudot, « fondateur do la (ia-
zetto et dos consultations chari-
tables pour les pauvres malados ■>,
qui mourut on 1653. Cotte statue,
qui fait honneur au s(ul|)teur
A. Boucher, fut érigée en 1893,
sur l'emplacement do la maison du Grand-Coq, rue do la Calandre, où
Henaudot avait réalisé ses heureuses inspirations.
Nous no parlerons que pour mémoire de la maison sise sur le ipiai
aux Fleurs, où elle porto les numéros 'J-11, et (pi'une inscription, s.ins
l'ombre d'authenticité ni niènio de vraiseriildaneo, signale coiiinie laii-
cienne habitation d'iléloïso et d'Abélaril en 1118, i-ecoiislrui(e en iHV.K l»e
pareilles affirmations gravées sur le marbre sont un défi au bon sens.
Trois ponts relient la Cité à la rive droite : le pont au Change,
dont il a été parlé dans la notice du 1"' arrondissement; le pont
Notre-Dame, le plus ancien de Paris, puisque c'était le pont de la
voie romaine, écroulé en 1 i'JO, n-fiit en pierre en 1507, remanié sous
le second Empire; le pont d'Arcole, pont suspendu construit
en 1828, refait dans son état actuel, et dont le nom est un mystère.
A l'origine, c'était la passerelle de la Grève; on raconte qu'au cours
des combats de 1830, un jeune homme y tomba, blessé à mort, en
sécriant : » Je me nomme d'Arcole », d'où le nom donné au pont. Le
fiit n'a pas pu, jusqu'ici, être vérifié de façon certaine.
Autant la Cité a perdu sa physionomie d'antan, autant l'île Saint-
Louis a conservé la sienne, celle qu'elle eut lorsqu'elle se couvrit de
maisons, dans la première moitié du xvii° siècle. Jusque-là, elle se
composait de deux îles, dont la plus grande s'appelait île Notre-Dame,
et l'autre îlo aux Vaches. Toutes deux appartenaient aux chanoines
de la cathédrale, qui les donnaient à bail aux blanchisseurs et aux
tisserands. Au commencement du règne de Louis XIII, des traités
l'iuent p:iss.'s a\ ec trois entrepreneurs, .Marie, Le Rograttier et Poullo-
(iiT. ipii ■^iiii.Mi.'iLent à réunir les deux îlots, à y bâtir et à les reliei-
,1 la n\e (11. nie par un pont, le pont Marie, construit dans l'axe ilu
pont de la Tournelle, qui existait depuis le xiv° siècle, entre l'île
et la rive gauche. Tous ces travaux furent exécutés avec promptitude;
lîle Saint-Louis bénéficia de la vogue dont jouissait alors la région de
l'est, et de nombreux lintels s'y élevèrent. Deux d'entre eux mériteni
une mention : l'hôtel Lambert, à la pointe orientale de l'île, et
l'hôtel de Lauzun, quai d'Anjou, il, remarquables par la beauté de
leur construction et la richesse de leur aménagement, que leurs pro-
priétaires successifs ont su respecter. La Ville a, en 1899, acifuis ce
dernier au prix de 300.000 francs. Des maisons moins somptueuses,
mais de très bon air encore, bordent le (piai de Bélkunc et lui avaient
valu, au siècle dernier, le nom de quai des Balcons. L'église Saint-
Louis fut construite de 1664 à 1679 et n'a pas changé depuis. Ces
dates en disent assez sur son style. Il faut toutefois lui faire un mérite
de sa llèch.' aJMune, mais elle ne date (pie de 1765.
Le pont Saint-Louis, jeté entre la Cité et l'île Saint-Louis, de la
Morgue à la rue du Bellay, remplace l'ancien pont Rouge, construit en
bois en 1014, reconstruit de même en 1717. Le pont Louis-Philippe,
LA SEINE ET I.E POiNT MARIE.
tel .[u'il est, ne d.ile ciuo de 1802; il a succé.lé à un pont suspendu ipii
existait depuis 1833. Enfin, les de\ix ponts Sully riuirnissenl depuis
1876. àrexirémilé Dst de l'île, les rolali.m> j. ^pllls faciles avec les deux
rives du lleiivi'. Sur le leire-plein (pii li's sépare îi été inauguré, le
18 juin 189 'i, le beau mimenl <lu sculpleur Mai ipiesie et de rarchilecle
Riiiiier. élevé en riimineiir ilii célèluc sculpleur anim.ilier Itarye, non
loin de la maison 4, quai des (^élestins, où il était nnirt le -.i.'i juin 187iJ.
RONDISSEMENT
lois^aas 3Q aavAHinoa i' .g^ °'| ° [f i/r ^^i^^ati^ ^
■LAS
^ lOdoisvaas la aavAHinoa ' ^S "^1
~1 I ^^'"^l^ \ fe' -J""' c^ l|i ^^
PARIS-ATLAS
:@
i@
i®
VUE PANORAMIQUE DU V- ARRONDISSEMENT ET DE LILE DE LA CirÉ.
(Au centre, Notre-Dame; au loin à gauche, le Panthéon.)
LE PANTHÉON. — i:» oiAunr.R : SAINT-VICTOR. — 18° QUARTIER : LE JARDIN DES PLANTES.
19» ouARïiER : LE VAL-DE-GRACE. — 20" oiaRTIER : LA SORBONNE.
oi.s voiri sur la rive gauilie. C'est la piHMiiière
l'ois. Le V<= arrniulissenient est, en effet, dans
l'ordre numi-riinie, le premier qui soit situ(''
dans relie réi;ion de l'aneieu Paris, qui n'élait
ni la Ville, ni la (:ili\ et (|ne l'on nommait
rCniversili'. ('.<■ nom, il le nn'Tile, à tous ('■gards,
dans le passé et le présent. Un l'a nommé
aussi, avec non moins de raison, le quartier
lutin, expression lieureuse, suggestive, car d'un
seul mol. l'ili' donne une image complète.
Le V= arrondissement, dit I.i; l'ANinroN, ,i une superficie de 249 liei--
lares, supérieure à celle de chacun des cpialii" premiers. Le cours de
la Seine le sépare du IV°, entre les ponts Saiiit-.Micli(d et d'.Vusterlit/. ;
les boulevards de l'Hôpital, Saint-Manel et de Port-Royal jusqu'à la
rue de la Santé, le séparent du Xlll"; ce même boulevard de Port-
Royal, entre la rue de la Santé et le carrefour de l'Observatoire, lui
sert de limite avec le XIV"; euTin, le boulevard Saint-Michel, entre ce
carrefour et la Seine, lui est mitoyen avec le VI". Nous venons de dire
que c'est le quartier latin, et qu'on ne le pouvait mieux définir. Ne
fut-ce pas, en effet, dans cet espace que s'étaient fondés collèges,
couvents, abbayes, prieurés avant et depuis la fondation de l'Univer-
sité, en un mot tous les établissements où le latin était la langue en
honneur par excellence, la seule oflicielk'? La [diysionomie et les
Paris-Atlas.
nianus nn'mes du <• quartier» — comme on dit encore pour simplifier,
— ont pu changer; il est toujours le centre principal de l'élude, où
la plupart des grandes Écoles, trois inqiortaivls lycées se groupent
dans le voisinage de la Sorbonne; il demeure la résidence préféive
des professinu's aussi bien que des élèves.
l.é quartier Saint-Victor s'étend dans la plaine, entre la place Mau-
liert et la rue Cuvier, et le versant oriental de la colline jusqu'aux rues
de Lacépède, nescartes et de la Montagne-Sainle-rioneviève qui le sépa-
rent, la premièri' du quartier du Jardin-des-Plantes. les deux autres de
c lui de la Sorbonne. Il doit son nom à l'ancienne et fameuse abbaye
fondée par LoujsJVl au bord de la Seine, sur un terrain tout à fait eu
dehors de la "ViÏÏe^l qui resta tel jusqu'au xviii' siècle. On y accé-
dait par la iilaco .Maubert et la rue Saint-Victor, voie jadis importauie.
que le percement du boulevard Saint-t"ierniain, de la rue Monge et de
la rue des Ecoles ont réduite à presque rien. Les religieux de Saiul-
Victor ont laissé un bon renom dans l'histoire; ils s'illustrèrent dans
l'étude ardue de la scolaslique où ils étaient passés maîtres. Leur
bibliothèque, accessible au public » et aux pauvres étudiants» presque
depuis la fondation du monastère, était composée de nombreux fonds,
que plusieurs legs vinrent encore enrichir; cela ne la préserva pas
cependant delà malignité de Rabelais, qui en publia un catalogue émi-
nemment fantaisiste. Parmi les sépultures que l'église renfermait, il
faut citer celle de Sanleuil, chanoine régulier du lieu, mais avant tout
46
PARIS- ATLAS
L'ENTREPÔT DES VINS, QUAI SAINT-BERNARD.
habile artisan du vers la-
tin. Si l'on en croit une
légende assez discutée, il
serait mort pour avoir bu
un verre de vin dans le-
quel le duc de Bourbon
aurait, ce qui eût été une
bien mauvaise plaisante-
rie, vidé sa tabatière.
La Révolution incor-
pora au domaine national
le vaste enclos de Saint-
Victor. Il est aisé d'en re-
constituer le périmètre,
car il est représenté par les
rues des Fossés-Saint-Ber-
nard, de Jussieu, Linné,
Cuvier et le quai Saint-
Bernard. Ce sont les limites
mêmes du quadrilatère
qu'occupe l'entrepôt
Saint- Bernard (moins
l'enclave comprise entre
les rues Linné, Cuvier et de Jussieu), dont la superficie est de 12 hec-
tares, et qui fut achetée par la ville de Paris en 1838; c'est alors que
furent ouvertes les ruei de Jussieu et Gmj-de-la-Brosse, dont les noms
s'expliquent d'eux-mêmes par le voisinage du Jardin des Plantes.
Quant à l'entrepôt, plus communément appelé Halle aux vins, son
emplacement était justifié par l'existence, depuis 1064, d'une halle
de ce genre, formant emprise sur les jardins de Saint-Victor, près
de la porte Saint-Bernard. 11 fut édifié dans les dernières années du
règne de Napoléon I"''. Depuis la création du vaste entrepôt de
Bercy, on a bien des fois parlé de le supprimer, car la vente des
terrains constituerait la plus belle opération linaneière; ce projet
paraît cependant
abandonné.
A l'extrémité
du boulevard
Saint - Germain
se terminait le
Paris de Phi-
lippe - Auguste.
Une porte forti-
fiée y était con-
struite, la porte
Saint- Bernard,
que Louis XIV fit
en 1674 rempla-
cer par un are
de triomphe dû
à l'architecte
liinndel. Cet édi-
fice, d'un style
aussi majes-
tueux, pour le
moins, que les
portes Saint-
Martin et Saint-
Denis, fut dé-
moli peu avant
la Révolution,
eumnie nuisible
;'i la circulation.
l'n 1898, les tra-
vaux de prolon-
gement du che-
min de fer d'Or-
léans ont permis
(le relever les substructions de l'ancienne porte. Le port Saint-
Bernard doit encore aujourd'hui son activité à l'Entreiiôi ; on y
prenait jadis les coches d'eau pour la haute Seine : raii|Hliz-voiis \f
début de V Education sentimenlale, de Klaubr^rt. La Tournelle .i|ip.ir-
tenail aussi au système de défense conçu par l'hilippi.'-.Vugiiste : elb'
protégeait le cours du fleuve à son entrée dans la ville. Plus tard,
saint Vincent de Paul obtint (]u'elle servît de dépôt aux galériensavant
leur embar(|uemenl définitif, qu'ils attendaient jiisque-là dans les plu^
sinistres geôles de la Coneii;rgerie.
On pourrait à bon droit classer la Biévre [larmi les souvenirs dis-
parus. Où la voir maintenant dans cette région que jadis clic traversait
>i.AS rir ni Ai;i)O.N n k r
et fertilisait grâce à deux
canaux successifs de déri-
vation dont le tracé, pour
l'un d'eux, est rappelé par
le nom de la rue de Biècre?
Le lit naturel de ce petit
cours d'eau tant décrié le
ferait aboutir dans la
Seine, un peu en aval du
pont d'.\usterlit7,, mais il
est dans sa destinée d'être
Miustrait aux regards. Au
terme même de sa course,
légout collecteur de la
live gauche s'empare do
lui et l'entraîne bien loin
encore, hors Paris.
Signalons, sur le quai
de la Tournelle, quelques
édifices des deux derniers
siècles, enlevés aujour-
d'hui à leur affectation
première : au 37, l'hôtel
du président Rolland, — considérablement modernisé; — au 45, dans
l'ancien couvent des Miramiones, qui a l'air d'une prison, la phar-
macie centrale des hôpitaux civils; — au 57, l'hôtel de IV'esmond,
devenu une distillerie.
Dans le val resserré qui s'étend entre la Seine et la montagne Sainte-
Geneviève, le moyen âge vit se fonder plusieurs collèges : celui des
Bons-Enfants, créé avant 1250, devant la porte Saint-Victor, et sur l'em-
placement duquel se trouve le magasin de vente des épaves doma-
niales, à l'angle des rues des Écoles et du Cardinal-Lemoine; — le col-
lège fondé en 1302 par le cardinal Jean Lemoine, à côté du précédent,
prospèrejusqu'à la Révolution et dont la.rue duCardinal-Lemuine, ouverli^
en 1845 sur ses terrains, consacre le souvenir; — le collège des Bernar-
dins, le plus important des trois, datant du temps de saint Louis, consi-
di-rablement accru depuis, et qui donna son nom à plusieurs des rues
ou établissements voisins: rue des Fossés-Saint-Bernard, rue des Ber-
nardins, porte, port et entrepôt Saint-Bernard. Ses bâtiments étaient cir-
conscrits entre les rues de Poissy et de Pontoise, noms dus au voisinage
du marché aux veaux que ces deux villes approvisionnaient principa-
lement et dont nous allons dire un mot. Le réfectoire et le dortoir du
collège ont été utilisés en 1845 pour la caserne de pompiers installée
là, et il faut admirer leur jolie façade, intéressant spécimen du style
du xiv° siècle.
De l'autre côté, sur la rue de Pontoise, leur sont adossés les bâti-
ments de la Fourrière, fondée en 1850 et composée de constructions
basses, que domine le plein cintre d'un hall qui a un peu l'aspect d'une
vilaine gare de chemin de fer.
11 n'est pas un Parisien qui ne se pique de connaître la Fourrière;
nulle institution municipale dont le nom soit plus populaire. Beau-
coup de gens, cependant, éprouveraient quelque embarras à en expo-
ser exactement le but, à en décrire le fonctionnement. .Vnnexe de la
Préfecture de police, elle a pour objet principal le contrôle et l'estam-
jiille des voitures destinées aux transports en commun. Fiacres, om-
nibus, wagons même ne peuvent circuler qu'après avoir reçu le cachet
rouge P. P. apposé par le service de la Fourrière, après la vériHcation,
kai;aI)IC di: i,f:c(>i,K poi. y rKciiNiguK.
CIiNQUIÈME ARRO-NDISSEME.NJ
47
faite par des hommes du métier, du bon état de construction des véhi-
cules. Tel est le côté le plus important du rôle de la Fourrière, mais
ce n'est pas par là qu'elle est populaire.
Il arrive chaque jour, souvent pliisiouis fois par jour, qu'un cocher
se trouve dans rini|)fissil)ilité
de conduire sa voilure sur la
voie publique; dans ce cas, les
agents de l'autorité la l'uni r.i-
mener chez le propriélairi-,
qui en est quitte pour payer au
iiinducleur une incli'iiinih'.
Mais si le cocher a roniinis un
délit ou que ses jiapiers ne
soient pas en règle, lui et son
équipage prennent le chemin
de la rue de Punlnise; il y a
jiour les recevoir un hangar,
une écurie et une sorte de pi-
tite geôle, d'où, après intorm-
gatoire, l'autoniédon est dirig'-
vers le Dépôt. La moyenne des
arrestations de ce genre est de
(rois par jour.
Bien plus connue encore est
la Fourrière grâce à la race
canine, dont elle est, suivant
les cas, le tombeau ou le pa-
radis. Combien de malheureux
maîtres de Médor ou de Diane y voit-on ai)paraitre, l'œil luiniid''. la
voix tremblante, s'enquérant des nouvelles de l'égaré ! On les invite à
donner un signalement exact, et ils apprennent en quelques instants
s'il a été recueilli ou non. Lorsque le chien était porteur d'un collier
avec indication de domicile, c'est l'administration même de la Four-
rière qui avise le propriétaire d'avoir à se présenter dans le délai de
trois jours. En tout état de cause, il faut, pour délivrer son quadru-
pède : 1° produire un certificat d'identité fourni par le commissaire de
police ; 2" acquitter les frais de conduite du chien à la Fourrière (de
1 franc à 1 fr. 73, suivant la distance], les frais de garde (5 centimes
par jour) et de nourriture (13 à 20 centimes) ; 3° subir un procès-verbal
LES ARE.NES DE LUTECE.
tenant de police ; la rue Cochin en représente la partie Xord ; Cochin fut
maire et député de Paris dans la première moitié du xix* siècle ;
quant à M. de Sartine, son nom pst rayé de la nomenclature parisienne.
L'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet, à l'angle des rues des
Bernardins et .Saint- Victor,
avec une abside neuve sur le
boulevard Saint-Germain, a le
grand tort de dater du xvii' siè-
cle; elle en porte le cachet, en
dépit de la part que prit, pa-
raît-il, le célèbre peintre Char-
les Lebrun ;i sa construction;
mais Lebrun n'était pas archi-
tecte; elle a un autre tort, ce-
lui d'être privée de façade, et
il est peu présumable que les
deniers de la Ville ou ceux des
fidèles se trouvent être jamais
en assez grand nombre pour
combler cette lacune. A l'inté-
rieur, on admire les deux
beaux tombeaux de Lebrun et
de sa mère. Parmi les autres
sépultures que renfeimait
cette église, il faut noter celle
de Pierre de Cbamousset,
l'inventeur trop oublié de la
petite poste aux lettres pa-
risiennes, mais on ne peut en retrouver traci-.
A l'Est de l'église, le long de la rue Sainl-Viclor. s'élèvent les sévères
bâtiments du séminaire Saint-NicoIas-du-Chardonnet ; un prêtre
illustre, l'abbé Dupanlou|i, en .i été, durant un ti-mps, le directeur;
un laïc aussi illustre, Ernest Kenan, y fit une partie de ses études
ecclésiastiques.
La nie de ia Moiilagne-Siiinte-Geneviève est d'une rude montée. Elle a
été oubliée sans doute dans les travaux de viabilité, car elle a conservé
son aspect du temps où les diligences, chaises de poste et autres véhi-
cules, avant la création du boulevard de l'Hôpital, n'avaient pas
d'autre route à suivre pour gagner, par les rues Descartes et Moulîe-
tard, le chemin de Fontainebleau, de Lyon, d'Italie. Beaucoup de
vieilles maisons qui bordent cette voie abrupte sont contemporaines
de ce temps-là.
A mi-côte, voici l'École polytechnique, installée dans le vaste
HOPITAL DE LA PITIÉ, RUE LACÉl'LLI,.
de contravention qu'infiige le tribunal de simple police et dont le taux
est variable. Les chiens trouvés sans collier et non réclamés dans les
vingt-quatre heures sont aussitôt rais à mort. Ceux qui, pourvus d'un
collier, n'ont pas été réclamés, connaissent, au bout de trois jours, le
même supplice, qui est l'asphyxie par le gaz. La moyenne des chiens
recueillis chaque jour est de 60.
Ajoutons enfin qu'il est grandement question de transférer extr(.
mioos les bâtiments de la Fourrière, installés dans un local misérable,
insuffisant et malsain. Seule, la raison de proximité du centre a fait
jusqu'ici hésiter.
De l'autre côté du boulevard Saint-tiorniain, entre les rues de Pon-
toise et de Poissy, s'élevait, depuis 17" i, la halle aux veaux. Sa sup-
pression fut ordonnée en 18oo et suivie peu après d'exécution. La rue
qui l'entourait quadrangulairement portait le nom de rue de Sartine,
parce que la halle avait été construite sous l'administration de ce lieu-
LA FONT AI. NE CUV 1ER vRucs Lina^ et Cuvior),
48
PARIS -ATLAS
paralléloarainme irrégulierqui, de l'autre côté, surplombe larue Monge.
Emplacement consacré depuis longtemps à Tétude, puisque c est celui
du collè-c de Navarre, fondé en l3ti4. Créée, comme tant d autres
institutions utiles, par la Convention, elle ne quitta riuMel de Lassay
(aujourd'hui résidence du président de la Chambre des députes) pour
la montagne Sainte-Geneviève qu'en 1805. Quelques bâtiments du
collège de Navarre furent conservés; la plupart des autres sont des
constractions modernes, certaines même relativement récentes, car
ENTRÉE DES NOUVELLES GALERIES DE P ALliON TOLOGIE ET D' AN ATOMIE AU MUSÉUM
elles ne datent que de 1874 : ce sont les grands aiupliilhéàlres qui
prennent jour sur le squarr Monge, la rue Monge et la rue du Cardinal-
Lcmuine. L'École poh irclmique est trop universellement connue pour
qu'il soit utile dinsisif r IdUglcmps sur son objet et son but. Personne
n'ignore que l'enseignement y est de deux années, que l'examen
d'entrée est des plus "ardus, qu'à la sortie, les épreuves de classement
ne permettent guère qu'aux vingt premiers l'accès des carrières civiles,
« la botte », comme disent les élèves par une ironiiiue ou compatis-
sante antiphrase à l'adresse des camarades moins bien partagés, qui
deviendront « arti » ou seront versés dans la non moins honorable
arme du génie. Les pijios sont toujours très populaires et sympalliiqiu's
dans ce Paris que leurs aînés ont si vaillamment arrosé de leur sang
en 181.^, en 1830. On est curieux de connaître l'existence qu'ils mènent,
le labeur dont ils sont accablés dans les « caserts » où tant déjeunes
gens voudraient avoir eu leur place, l'argot ([u'ils i)arh'nl — si riche
L'ÉCOLE NORMALE SUPÉRIEURE.
que son vocabulaire funne la matière
d'un gros volume; et les jours de sortie,
le dimanche, le mercredi, idus d'une
mère les rencontrant rêve au jour où le
fils aimé cou(iuerra à son tour le droit
à cet éli'ganl uniforme.
La )■(('• t'Iiivis a élé ouverle en 1807, sur
Irrraiii dé|i'>iulanl Af l'ancien collège
de Boucniul, cl il. ml une partie, restée
\ierge de ciuisl imlioii, l'urini' un rem-
lilai verdnyaill. Ir^s |iillnirsque, et qui
a un autre méiilc nudic, celui de cou-
MTver un fragment vénérable de la mu-
laille de Pliilippe-.Vuguste. C'est là, en
l'IVrlTTiuc passait Tenceinte du xiir' siècle.
Dr la place Sdul'llot, elle s'élevait sur la
monlagiii', à ]iru près parallèlement à la
rue Suufllol, coupait larue Saint-Jacques
cuire la rue Souftlnl et celle des Fossés-
Saiul-Jacques, fermait le côté Sud de la
et par un tracé parallèle à celui des lues 'i'Iiouin,
\ LE un 1, hOLISE SAl.NT-MEDAUU.
lilace du Paiilhé
du Cardinal-Lemoine (anciennement dite des Inissés-Sainl -Victor) et
des Fossés-Saint-Uernard, aboutissait à la Seine à la jiorle Saint-
IJernard. Outre le fragment de la rue Clovis, des parties du mur ont
été retrouvées encore rue d'.U-ras, n» 0, et dans les sulisljucliuns de
la plupart des maisons de la rue du Cardinal-Lemoine, côté impair,
entre la rue des Écoles et celle des Chantiers. Au surplus, ce nom de
fossés donné à quelques-unes des rues «pie nous venons de citer est
suffisamment significatif.
Le ]ilus rare joyau que possède b' (|uarlier Saiul-Vieliu', ce sont les
Arènes. Tout comme les grandes cités du midi de la (laule, Paris a
eu les siennes, et c'est presque au hasard qu'on en doit la découverte.
Par le rapiu-oclioment des renseignements fournis par quelques vieilles
chroniques, les érudits savaient qu'à l'époque gallo-roiuaine un ampiii-
théàtre existait sur la rive gauche de la Seine, moi loin de la mon-
tagne Sainte-Ceneviève, mais ils hi'>silaieiit sur son
eiiiplacemenl. Les fouilles lailes pour la conslriiclioii
ilu ilé|io| d'oniiiibus doul l'iiilrée ,>| lu.' Monge, V,t, le
reM'ji'Teul en 18lii). Ce lui une l'.le |ioiir l'areliéologie,
une eloire pour la cité. ,Malheureu>enieiil, l'on n'en
('■lait encore (ju'à la période de reconnaissaio e des
lieux lorsque la guerre éclala, el, piuir longlemps les
arènes furent oubliées. Vingt ans se passèrent. lOnlin,
le conseil municipal, vivement sollicité, conseiilit à
instituer une commission, à voler des crédits de re.s-
lauiation. Ils ont été employés, dépassés même, dit-on,
et les Arènes appaiaisseiil mainliMianl dans l'eiicjulre-
luent d'un si|uare, |ieul-élie mu peu liii|i rajeunies.
(In aurait aimé un aspect plus dilalm-, >eiilaiit davan-
tage " le romain i', et il faut ipielque elVoit, di^vanl
ces gradins si neufs, ce mui' de foiul qu'aucune lézarde
ne sillonne, pour évoquer un monument du m" siècle.
11 est trop lard pour récriminer. Attendons encore
quinze siècles.
La rue des Arènes, toute neuve aussi, a absorbé la
rue Neuvc-Sainl-Étienno cl une partie de la rue du
CINQUIÈME ARRONDISSEMENT
40
LE GRAND HALL DE LA GALERIE DE ZOOLOGIE, AU MUSÉUM.
Phot- A Laiae.
Xavarre, faisant disparaître jusqu'au souvenir d'un couvent, les Filles
de la Congrégation Notre-Dame, où M""' Roland commença ses études,
en 1763, à l'âge de onze ans.
A l'angle des rues Linné et Cuvier, s'élève un assez joli monument,
la fontaine Cuvier, œuvre de Lemaire. Elle occupe la place de la
tour dite d'Alexandre, nom inexpliqué; elle marquait sur ce point la
clijture de l'abbaye de Saint-Victor.
On ne saurait le nier, les administrateurs du merveilleux établis-
sement scientifique que limitent la Seine, les rues de Buffon, Geoffroy-
Saint- Hilaire et
Cuvier n'ont pas
de chance. C'est
en vain qu'ils veu-
lent faire préva-
loir la dénomina-
tion officielle :
Muséum d'his-
toire naturelle ,
tout le monde per-
siste à dire Jar-
din des Plantes,
et l'administra-
tion municipale
de 1860, en don-
nant ce nom à
l'un des quartiers
du V'= arrondisse-
ment, y a sa part
de culpabilité. Et
cepoiulant, les cu-
rieux, des deux
sexes et de tout
àgp, (|ui fréiineii-
tenl avec laul tU-
plaisir le « Jardin
des Plantes >• so
soucient bien des
plantes exposées sous leurs yeux, étiquetées comme les bocaux d'un
pharmacien pour leur en faciliter la connaissance! Ils ne les regar-
dent même pas. Ce qui les attire, c'est le lion marin, l'ours Martin,
la girafe, l'hippopotame et l'éléphant; ce sont les singes agiles et gri-
maçants, les fauves majestueux et terribles, les reptiles traîtreusement
assoupis, en un mot la Ménagerie. Le Muséum, c'est le jardin d'accli-
matation populaire et gratuit; il a, chaque jour, la même clientèle de
bonnes gens et d'enfants du quartier qui ne se coucheraient pas
contents s'ils n'avaient pas distribué leur pain d'un sou « aux bêles »,
qui maudissent les jours fériés parce que le jardin est envahi par
une foule d'intrus et ne leur appartient pas.
A l'origine, ce fut bien et uniquement un Jaidin des Plantes. Il
fut fondé en 163o, par les deux premiers médecins de Louis XHI.
Hervard et Guy de la Brosse, dans le but d'étudier et de cataloguer
les plantes médicinales; la science, en ce temps-là, était moins "spé-
culative que pratique ; on se serait peu soucié de la botanique si elle
EN I K i,i: 1' r 1. I N > ri I I 1 i.i.
PLACE MAUBERT ET .«TATVE P É fl t N N K DOLET.
Paris- A TLA s.
50
PARIS - ATLAS
EGLISE SAINT-SEVERIN.
n'avait servi à gué-
rir les maladies
humaines. Le fer-
la i n f u t ach e tt'^ aux
leligieux de Saint-
Victor; il ne com-
prenait que deux
arpents. Des ad-
jonctions succes-
sives font agrandi,
notamment la
butte Copeau, sur-
montée d"un mou-
lin dès le xu" siè-
cle et qui est deve-
nue la charmante
[iromenade du la-
liyrinthe; puis, de
l'autre côté de la
rue Cuvier, par
conséquent en
dehors de l'enclos
même du Muséum,
un terrain qui est
maintenant le jar-
din botanique de
la Faculté de mé-
decine. Citerons-
nous les intendants, administrateurs ou profes-
seurs qui ont tant fait pour la gloire de rétablis-
sement"? Leurs noms sont sur toutes les lèvres:
Jussieu, BufTon, Cuvier, Daubenton, Lacépède,
(ieoffroy Saint-Hilaire, de Quatrefages.
La Ménagerie n'y date que de la Hévohilinn.
Bernardin de Saint-Pierre éUiil alors intendant
du Muséum et c'est lui (jui eut l'idée de réclamer
la ménagerie royale de Versailles, dont on était
assez embarrassé. Ce fut le premier fonds, accru,
peu après, par une décision de la Convention, qui
interdisait l'exhibition dans les rues des animaux
jilus ou moins féroces et invitait leurs « mon-
treurs » à les livrer au Muséum, contre indemnité.
Les bâtiments sont en partie anciens, en partie
modernes. Parmi les jjremiers, il faut citer la
maison de Cuvier, la rotonde où fut créée l'Ecole
normale supérieure, les constructions situées à
I angle des rues de Buffon et de GeolTroy-Saint-
llilaire, où demeurait et où mourut BnlTon. La
grande serre date de 1800. Les galeries d'anato-
niie, de paléontologie, de zoologie sont pour la
plupart plus récentes encore; la dernière con-
struite, parallèle à la rue de HulTon, a été inauu'iiiéc en 1898. L'en-
seignement technique et pratique est fourni aux étudiants par dix-
siqit professeurs. 11
a pour consécration
II! diplôme de li-
cence, de doctorat
et d'agrégation es
sciences naturelles.
Autant l'accès du
Jardin dos Plantes
est aimable et gai du
côté du pont d'Au-
sterlitz, autant il est
sévère à l'entrée de
la rue Censier, mé-
lancolique à la grille
de la rue Lacépède.
1,1' voisinayi' ih' l'hô-
pital de la Pitié
n'est certainement
pas étranger à celli'
nii[u-ession. Li- frou-
l-u de sa fa.ad.'
iM.rleladal.'dc jilLt.
'|ui est celle de la
' "Uslruction même.
Destinée d'abord à
servir d'abri a u x
vieillards indigents, la maison est devenue, par la suite, un simple
hôpital dépendant de l'Assistance publique ; elle compte environ
sept cents lits.
Le nom de la run du Puits-de-V Ermite pourrait donner lieu à des
légendes plus ou moins tragiques si les textes ne nous faisaient formel-
lement connaître qu'il y avait là un puits au xvi<^ siècle, et à côté de ce
puits la maison d'un tanneur nommé Adam l'Hermitte. Voilà donc un
problème aisément résolu. Quand les historiens de Paris se trouvent
embarrassés pour expliquer une dénomination, ils ont une ressource
suprême, l'enseigne; c'est le cas pour la me de la Clef, et l'explica-
tion sans doute est plausible, mais combien de rues auraient porté le
même nom, où se voyait une clef servant d'enseigne à un serrurier!
En faisant ces réllexions,
IfaMt»
ENTRÉE DU EYCÉIC LOUIS I.K-fiRAM).
nous nous trouvons en l'ace
de ce qui fut Sainte-Pé-
lagie. 11 n'est plus temps
de décrire de visu la célèbre
prison, car elle n'est plus
qu'un souvenir. En 1893, le
Conseil général de la Seine
décida la suppression des
trois grandes prisons pari-
siennes : Mazas, Sainte-Pé-
lagie, la Roquette; leur dé-
molition et leur remplace-
ment par la prison de la
Santé et par un vaste péni-
tencier à construire dans la
banlieue, à Fresnes, près
de la Croix-de-Berny. En
1898, l'évacualion de Mazas
et de Sainte-Pélagie fut opé-
rée et la démolition aussitôt
entreprise.
Sainte-Pélagie élait un an-
cien couveni, fondé en 1665,
comme refuge jiour les filles
repenties; c'était là ttn eu-
phémisme, car, en réalité,
on n'y adniedail, tout de
m è m e q u ' a u .x M a d e 1 o n-
nettes, que des femmes de
mauvaise vie. Aussi, en en
faisant une priscui propre-
ment dite, la lîi'Vidulion ne
changea pas graud'chose au
régime antérieur. .Aux plus
mauvais jours de la Révolu-
lion, les détenus y étaient
niiudireux, gardés dans la
plus prof(Uide ignorance du
sort qui les attendait, en prnic aux angoisses que l'on devine. Fujour
— c'était le 9 thermidor — ils entendirent leur geôlier invectiver bru-
talement son chien et le chasser en le traitant di' " Robespierre ». 1,'es-
juit est toujours en éveil chez les |)risoniiiers; ce sinii)le mot leur fit
comprendre que la Terreur avait pris fin ; ils ne s'étaient pas trompés.
M""' Roland passa quatre mois à Sainte-Pélagie; c'est là qu'elle
écrivit ses Mémoires, là, si près de ce couvent de la Congrégation où
iiiuis la voyions tout à l'heure jeune pensiiuinaire, insoiuiante aloi's
de la vie, de l'avenir! Do nos jours, Sainte-Pélagie, « Pélago », comme
disait l'argot populaire, élait devenue surtout, après avoir été prison
pour dettes, prison des hommes polili(]ucs et des écrivains condamnés
[lour délit de presse. \os ]dus violents polémistes — à quoi bon dire
des noms? — y ont passé et ne s'en sont pas plus mal trouvés: bien
nourris, confortablement logés, recevant amis et journaux, rédigeant
chaque jruH' leur article, tout aussi virulent que la veille, et ([u'ils se
bornaient à signer d'un psi'udonyme. Et combien aussi de gérants de
journaux, victimes innoc-enles, sont venus souriants, la valise à la
juain, lieurliT au guichet qui n'avait de sinistre ipie l'apparence.
Après la prisnn et l'hôpital, voici (|ui est plus lugubre encore :
l'amphithéâtre d'anatomie, dit de Clamarl, rue du Fer-i'i-MouUii.
V.n \.iiii 1rs liabilatits di' la iidie commime voisine des bois de Meudiui
ipiilils prnicsié contre la pi-rsislance de ce vocable, servant à dési-
liiHT lauiien cimetière de l'Ilôtid-Dieu, puis les salles de dissectiiui
qui lui ont suicédé, ils n'iuil pu y réussii-. l't d'où vic-nl cette fàcluMise
siiiiilitudir.' Tout cv qur l'nu sait, l'isl ipiau \\\" siècle il y ;i\.iit là
une croix dite de Clainail.
Vis-à-vis, de r.iuln- lôté di' l.i jddie. Sri/iiiiii, s'élève une vaste bâ-
tisse : c'est la boulangerie centrale des hôpitaux et hospices
jj,:i'^^^.i..^
nr APKi.i.E ni' vAi.-nE-nR ace.
CINQUIÈME ARRONDISSEMENT
31
civils, bien plus connue sous le nom do mai-
son Sripion. C'est, en effet, l'hôtel que s'tîtait
fait construire, vers la fin du xvi° siècle, un
Italien nonimi* Scipion Sardini. Seule, la
partie droite de la première cour est con-
temporaine de cette construction ; elle se
compose d'une galerie à arcades, au-dessus
de laquelle sont encastrés quatre charmants
médaillons en terre cuite, attribués à Délia
Robbia. Les autres bâtiments sont du xvn' siè-
cle, époque où riiolid devint propriété de
l'Hôpital général. Point n'est besoin de dire
que c'est une boulangerie modèle, réputée
dans le monde entier. Elle reçoit le blé en
grains, fabrique elle-même sa farine avec
mille précautions minutieuses et est tenue
de fournir aux dillérenls établissements de
l'Assistance publique une quantité quoti-
dienne de 16,000 kilogrammes de pain, de
qualité tout à fait parfaite. C'est ainsi que
sont alimentés les [lensionnaires de Bicètre,
Villejuif, la Salpètrière, etc. Ceux de Sainte-
Périne, qu'on ne saui-ait assimiler aux autres
assistés, car ce sont de véritables rentiers,
ont droit à un pain dune nature spéciale,
non par la farine, qui est la même pour tous,
mais par les soins de la manipulation.
La halle aux cuirs, située à l'angle des
rues Saniciiil et du Fer-à-Moulin, a été fondée
en 1865, par la Préfecture de la Seine, et con-
cédée à une compagnie exploitante de peaus-
siers. En 1872, la concession a été abolie et
la halle est devenue la propriété d'un « ma-
gasinier général agréé par l'État ». Chaque mois, une vente impor-
tante s'y opère des cuirs et peaux à l'état brut, provenant des abat-
toirs, et, deux fois par semaine, y a lieu le marché des peaux
fabriquées et marchandises diverses. On n'ignore pas que l'industrie
des tanneurs est presque tout entière groupée dans ce quartier,
aux bords de la Bièvre, dont les eaux passaient, à lort ou à raison,
pour être favorables à la fabricatiim des peaux. Hypnthèse vaine, sans
ÉGLISE S. \INT-J.\CQUES-DU-H A UT-PAS
doute, puisque la plupart des tanneurs ont
précisément réclamé avec persistance la cou-
verture de cette rivière.
Au sortir de ces rues passablement maus-
sades, la sensation d'air et de lumière que
donne le tracé de la n/e ilonge est des plus
réconfortantes. Nous avons dit plus haut son
utilité. Il convient de rappeler ici qu'elle fut
percée de 1839 à 1864, se substituant à la
voie moyenâgeuse et tortueuse que for-
maient les rues de la .Monlagne-Sainle-Gene-
viève. Descartes et Moulfetard. Tant qu'on l'a
pu, on a nivelé; la côte, fort rude, n'en sub-
siste pas moins et les chevaux de tramways
en savent quelque chose, sans parler de ceux,
plus malheureux encore, qui remorquent
des fardiers trop lourds pour leurs forces.
I.a place Monge est décorée d'une statue de
Louis Blanc, par Delhomme, et d'une caserne
de la garde républicaine, qui ne brille que
par sa façade, car les bàliraents formant ar-
1 ière-corps et prenant jour sur la rue Mouf-
letard font bien plus mauvaise fieure.
Tout en bas de la rue Monge, un gentil
square enveloppe de verdure l'église Saint-
Médard, édifice assez médiocre, datant en
gi aiide partie du xv« siècle. Le cimetière du
même nom est resté fameux au xvni' siècle
par le vent de folie qui y attira les convul-
sionnaires sur la tombe du diacre Paris, folie
qui n'eut de comparable que la répression
dont on la châtia. Mais où sont les neiges
d'antan"? Qui songe aujourd'hui au diai-re
Paris? On ne songe guère davantage aux origines du marché des
Patriarches, tout voisin, construit sur l'emplacement de la maison
dile du l'atriarcbe, parce qu'elle appartenait, vers la lin du xiv siècle,
à BrrUand de Chanac, patriarche de Jérusalem. Plus tard, elle devint
un temple luiguenot, et il s'y lit un beau sabbat, le 27 décembre lo61,
lorsque les calvinistes, ennuyés par le son des cloches de Saint-
MédarJ, en vinrent aux mains avec les paroissiens de cette étrlise.
LA PERSPIiClIVE
LA RUE SOU El'' LOT ET LE PAN TU EO N. i,Vuo prise du Luxembourg).
PARIS -ATLAS
qui n'eurent pas le dessus, encore qu'ils eussent pris pour projec-
tiles les statues mêmes de leurs saints. Le lendemain, le temple
était détruit par un incendie dont les auteurs ne furent pas re-
cherchés; c'était la revanche de la veille.
Il faut bien l'avouer, à la confusion des historiens de Paris, le
nom de la rue Mouffetard n'est pas encore expliqué; probablement
ne le sera-t-il jamais. Mons Cetarii, Mons Cetardi, disent les plus
anciens documents. En ce qui concerne l'idée de montagne — , ou
du moins de colline — rien de plus vraisemblable; mais qu'était ce
Cetaire, ou Cetard, et par quelle corruption est-on arrivé au
vocable actuel? Mystère. Telle qu'elle est, la rue est mal bâtie et
pas belle du tout, mais fort pittoresque par ses habitants et ses
liabitués. Elle était plus longue autrefois, car elle venait aboutir
aux Gobelins; l'avenue des Gobelins, en absorbant son extrémité
méridionale, a fait disparaître la maison numérotée jadis 26'i, cor-
respondant à l'emplacement du n" 32 de l'avenue. L'éminent archi-
tecte Charles Garnier y était né en 1825 ; et c'est aussi dans le
V" arrondissement, boulevard Saint-Germain, 90, qu'il est mort, le
31 août 1898. L'architecte de l'Opéra fut donc bien un Parisien de
Paris.
Le boulevard de l'Hôpital sépare, au Sud, le quartier du Jardin des
Plantes du XIII"= arrondissement. Il fut ouvert en 1760. Jusque-Là,
nous le répétons, on n'avait d'autre route que la rue MoulTetard
pour gagner le chemin de Fontainebleau.
Le quartier du 'Val-de-Grâce occupe la partie Sud-Ouest de
l'arrondissement. Il est séparé du quartier du Jardin-des-Plantes
|iar la rue Mouffetard, et de celui de la Sorbonne par les rues
Blainville, de l'Estrapade, des Fossés-Saint-Jacques, Malebranche,
LeGofîet Soufflot. ]Vous sommes dans la région la plus calme, mo-
nastique pour ainsi dire, du quartier latin. Nombreuses y étaient
les communautés religieuses bordant l'antique voie romaine qui
doit son nom de rue Saint- Jacques au couvent des jacobins, ou
s'ouvrarit discrètement sur les rues avoisinantes, avec de longs
murs derrière lesquels s'étendaient de vastes jardins. La plupart y
avaient été fondées à la même époque par la piété d'Anne d'Au-
triche, une piété qui confinait au fanatisme. Telles furent les Car-
mélites, les Feuillantines, les Ursulines, les Visitandines, les Béné-
dictines du Val-de-Gràce. De 1620 à 1650, la fièvre de juxtaposer
des couvents de femmes régna sans interruption dans ce quartier.
Tous survécurent jusqu'à la Révolution ; il n'en reste plus qu'un de
ce temps, celui des Visitandines, auxquelles ont succédé les Dames
de Notre-Dame de la Charité, vaste enclos que longe d'un côté la rue
LA NEF DU PANTHÉON.
Phot. Neurdeln.
FAÇADE DU PANTIIIÏON.
Gay-Lussac et dont la chapelle se voit à l'angle de la rue Saint-
Jacques.
Le 'Val-de-Grâce était le plus important. Les Bénédictines, qu'Anne
d'Autriche y installa en 1621, sur l'emplacement d'un ancien « séjour »
des ducs d'Orléans, formaient depuis plusieurs siècles une
communauté dite du Val-Profond, à Bièvre, près de Versailles;
elles s'y trouvaient éloignées de tout, exposées aux attaques
des malfaiteurs; aussi n'eurent-elles pas de peine à attendrir
la reine. Il fut décidé que l'église serait traitée avec le plus
grand luxe : on s'adressa à Mansard, qui paraît avoir mis
beaucoup de temps à préparer ses plans, car la première
pierre du monument ne fut posée que le 1" avril 1643 par
Louis XIV, alors âgé de huit ans. La direction de l'œuvre fut
plus tard abandonnée par Mansard, auquel succéda Jacques
Le Mercier, puis, après sa mort, en I65'i, Le Muet. Nous ne
saurions dire si le plan primitif comportait le fameux dôme
qui fait la principale beauté de l'église; on sait du moins que
le [leintre Mignard, chargé de la décoration de la coupole inté-
rieure y peignit une Gloire, célébrée par Molière, la Gloire
du Val-de-Gr;\co. Il semble que les grands noms du siècle :
architectes, peintre, poète aient voulu s'associer pour l'embel-
lissement de cet édifice. Les bAtiments conventuels furent, de
même, construits somptueusement; on leur adjoignit le vaste
parc, si précieux enmre aujourd'hui par sa destination actuelle
et pour la salubrité du (juartier. La liévolution trouva l'ab-
baye en pleine prospérité; mais faute de lui donner une af-
IVctalion pratique, elle la laissa inoccupée. Phis lard, après
diverses hésitations, Napoléon V' en lit le prini'ipal hôpital
iiiililaire lie Pnris, et il l'est resté. En nuire, depuis 1M'J2, l'Éccde
du Val-ili>-Gr;\ce fonctionne parallèlement à riii'jpitjil et confère
h'urs diplômes aux médecins et pharmaciens militaires. Dans
la cnur cl'lionneur, à gauche du i)orlail de l'église, a été érigée,
l'ii I8'i3, la statue de Larrey, chirurgien militaire des armées
di' Napoléon. Cette statue est rd'uvic de Daviil d'Aiigi'is.
lue far.idc sévère caclie la vue des b.HimenIs de l'Institu-
tion des sourds-muets, installée, le !■•'■ avril i''.)'t, d.iMs
r.iiii iiinii' aiii'ayr cic Saint-Maglciire, transformée ih'puis KIIH
III séminaire des Oraloriens et fennec en 1790. On ne saurait
li'iip lidUoier la mémoire de l'abbé de l'IOiiée, ce pliilanllimpe
adiiiii-alile qui vnua son existi'iice ;iux déshérités de la nature.
Ce liit liiez lui, li'.ilinrd, rue des Moulins, qu'il réiiiiil eu 17(iO
CJ.NgLlK.ME ARl'iO-NDlSSEMEM
o'i
un cfirtain nombre d'enfants sourds-niucls et s'appli-
qua à les instruire graluileineiit. Sans qu'il l'ait voulu
ni soulialti-, car le vrai mérite est toujours modeste,
son œuvre fut bientôt connui' du public, et il fui convii'
à admettre des auditcuis aux li-rons qu'il donnait. I.i'
gouvernement ne s'en di-sinirressa pas non plus; c'est
à sa louange. En 1785, il affecta à l'inslilulion uni'
partie du couvent des (;r-lestins, dont les relii-'ieux ve-
naient de se disperser. Ce n'est cependant (piaprès la
mort de l'abbé de l'Épce, survenue en 178'.!, ijuc siui
successeur, l'abbé Sicard, put occuper ce local; mais
on s'y trouva si mal. les bâtiments élaicMit à ce point
délabrés qu'il fallut cbercber ailleuis. La (Convention
mit alors à la dis[)iisilion des sourds-muets la maisnn
de la rue Sainl-.laç(|ues (jui fut reconslruilc en 183-J,
et s'est accrue depuis de vastes dépendances. Vu orme
remarquable, liant de 'i'6 mètres, se voit dans la cour
d'bonneur: il fui ])lanlé, dit-on, au xvi= siècle. De
beaux jardins s'éliMub'nt jusqu'à la rue d'Iinfer.
I.'instiluliiin. en dépi( de son caractère pédai;oi.'i((ue,
relève du ministère de l'Intérieur. Les élèves, répartis
en internes, demi-pensionnaires ou externes surveil-
lés, ne sont admis qu'âgés de neuf ans au moins, de
douze ans au plus. La durée de l'enseignement est de
huit années, après lesquelles les pauvres inlirnies,
cuire les notions qu'ils ont acquises sur toutes choses, suiil eu me-
sure de parler distinctement et de suivre les conversations par le
mouvement des lèvres. La surdité congénilale est encore, hélas! jus-
qu'ici incurable.
IS'insistons pas sur le mauvais calembour qui. en 1879, a fait donner
le nom de D'^nfcrt-Rockerenu à l'antique rue d'Enfer, via inféra, voie
inférieure, ainsi nommée parce qu'elle était en contrebas de la rue
Saint-Jacques. Pour glorifier le vaillant défenseur de nelfort. les rms
nouvelles ne manquaient jias. Le temps fera
oublier la dénomination primitive, mais ceux
qui l'ont connue et employée trouvent générale-
ment que l'idée n'a pas été heureuse. Denfert-
Rorhereau eût été certainement de leur avis.
LYCÉE HENRI IV ET TOUR DE CLOVIS.
l'ht. NtuiJciu.
F.\ÇADE DE L ÉGLISE S Al.N T-ÉTIEN .NE-DU-MONT.
L'église Saint -Jacques -du -Haut -Pas ne mérite guère- une
visite; elle est trop du xvn= siècle pour cela. La première pierre en
fut posée par Gaston d'Orléans, le 2 avril 1030.
La rue des Feuillantines a eu l'honneur d'être habitée par Victor Hugo
enfant. Dans Vicier Hugo raconté par un témoin de sa vie, le poète a
fait dire d'une façon charmante comment il lit, avec ses frères, con-
naissance de la nouvelle demeure, sous la conduite de leur mère :
11- iiilièreiil dans l'impasse des Feuillanlincs, au n" 1*: une grille s'ouml.
Ils traversiienl une
cour, puis fuient dans
iHi rez-de-chaussée.
Celait là. Leur mère
voulut leur faire ad-
mirer la salle à man-
ger et le salon, vastes,
bauls de plafond,
hauts de fenêtres .
pleins de lumière et
de chants d'oiseaux,
mais elle ne put le-
retenir dans la mai-
son : ils avaient vu le
jardin !
Ce n'était pas un
jardin, c'était un parc,
un huis, une campa-
gne. Ils s'en emparè-
lenl à l'instant même,
courant, s'appelanl.
ne se voyant plus, se
croyant égarés . ra-
vis: Ils n'avaient pas
d'assez grands yeux
ni d'assez grandes
janibes; ils faisaient il cliacpie instant des découvertes. — Sais-tu ce que j'ai
l.uuvé .' — Tu n'as rien vu'? — Par ici! Par ici! 11 y avait une allée de mar-
ronniers qui servirait à mettre une balançoire. Il y avait un puisard à sec qui
serait admirable pour jouer à la guerre et pour donner l'assaut. Il y avait des
Heurs autant qu'on en pouvait rêver, mais il y avait surtout des coins qu'on
n'avait pas cultivés depuis longtemps et où poussait tout ce qui voulait... Le
jiropriétaire était un nommé Lalandc. qui avait acheté le couvent des Feuillan-
tines quand la Ué\olullon l'avait repris aux religieiises. 11 en occupait une
partie et louait l'aulrc.
Lan(cZ-'.i((.v-7'/ii((7/(c'/doit son nomàun jeune médecinqui. en 1883.
mourut du choléra en Egypte où il était allé l'étudier. Elle conduit
de la rue Cay-l.ussac ;'i la rue d'Llm, vis-à-vis de l'École normale
supérieure, l'ondée eu M'Xi, cette Ecole ne s'est installée qu'en
ISi7 dans les bâtiments actuels. Chacun sait qu'elle forme les pro-
fesseurs pour l'enseignement supérieur et celui des Ivcées, mais il
faut dire aussi qu'elle a préparé à la carrière des lettres el du jour-
nalisme bon nombre des écrivains dont s'honore notre époque.
Ne craignez pas de vous engager dans la rue Lhomoml. au risque
des meurtrissures que ses rudes pavés iniligeut aux piétons. On est
là dans un des coins les plus pittoresque du vieux Paris, pieux el
studieux. La rue Lhomond no porte que depuis 18tJ7 le nom du
célèbre grammairien, .\vant. elle était la rue des Postes; pour beau-
coup de gens, elle l'est encore, en raison de la célèbre école des
L'ÉCOLE DE DROIT.
PARIS- ATLAS
I.E JUBÉ DE LÉGLISE S AIN T-ÉTIEN NE-DU-MON T,
Jésuites, l'école Sainte-Geneviève, qu'on persiste à appeler école de
la rue des Postes. Des portes d'allure antique, surmontées ou non
d'une croix, révèlent, presque pour chaque maison de la rue, l'exis-
tence d'un couvent ou d'un collège religieux. Le soir, quand la der-
nière cloche a tinté, un silence de cloître, de tombeau s'épand sur
la rue; nul n'y passe; rien n'y bouge. A trois pas du bruit du boule-
vard Saint-Michel, des gaités tumultueuses du quartier, le contraste est
saisissant, presque solennel.
Au carrefour formé par les rues Lhomond et de Tournefort (ancienne
rue >euve-Sainte-Geneviève}, s'élevait le collège llollin. qui, depuis
loncteiiips a émigré vers Montmartre. A sa place vint l'École muni-
cipale de physique. L'enseignement n'a donc rien perdu de sou
territoire. Par ta rue de l'Arbalète, nous
arrivons à la rue Claude -Bernard. .\
l'angle di' ces drux rues est situé l'Insti-
tut agronomique, sur l'emplacrininl
de lÉcûle do i)hurmacie, passée au Vl" ar-
rondissement, laquelle avait succédé au
Jardin des apothicaires, fondé en lu"6
par >'icolas Houel.
Les boulevanU Saint-Marcel et de Port-
Boijal limitent le quartier dans sa région
méridionale. Leur percement, sous le
second Empire, a fourni la voie de com-
munication la plus utile entre l'Obser-
vatoire et la gare d'Orléans. Sur la plair
de V Observatoire, qui n'appartient que
pour partie au V» arrondissement, h;
chemin de fer de Sceaux apparaît un
instant à ciel ouvert à la station de Porl-
Itoyal. A côté, le bal Bullier qui, sous
les noms de Prado, de Closerie des Lilas,
a vu tant de générations d'étudiants faire
les fous. Ils ignorent qu'ils dansent sur
un cimetière, un cimetière gallo-romain,
dont les vestiges nombreux autant qu'in-
téressants ont été retrouvés en 1878, rue
Nicole et rue d'Enfer.
Quartier de la Sorbonne. — Com- ToiiuEAU uu uiciiiùliiw , |.ai uiuaedo.-».
menl décrire en quelques pages un quar- tcbapcUc <ic la Sorbonno.)
ticr dont chaque monu-
ment mérite un volume
entier, et dont le nombre
n'a d'égal que la variété?
On croit tropgénéralement
(pie Paris naquit et se dé-
veloppa dans la Cité exclu-
sivement. Des fouilles,
dont quelques-unes sont
récentes, les recherches
patientes des érudits ont
établi avec certitude que,
dès la conquête romaine,
la rive gauche de la Seine
fut habitée par une popu-
lation relativement nom-
breuse. La montagne
Sainte-Geneviève se nom-
mait alors mous Lucotitius,
di'nominalion dont on dé-
mêle l'analogie avec Lu-
itlia, nom réservé à la Cité.
11 est également certain
(|u'à la fin du ni'= siècle au
plus lard, un camp fortifié,
tel qu'en construisaient
les Romains, existait non
loin de l'endroit où la rue
Soufflet débouche sur le
boulevard Saint-Michel. Si
l'on ajoute à cela la pré-
sence du palais des Ther-
mes un peu plus bas, celle
des Arènes sur le flanc
oriental de la colline, celle
d'un cimetière gallo-ro-
main au Sud, la preuve
sera faite que durant les
premiers siècles de noire
ère, cette région de Paris ne fut rien moins qu'un désert. Elle fut
délaissée, au profit de la Cité, lorsque les invasions normandes for-
cèrent les Parisiens à se réfugier dans leur île. On y revint après avec
d'autant plus de faveur, et le plus ancien hôtel de ville, le premier
« Parloir aux bourgeois », doit êlre placé précisément vers l'emidace-
ment de l'ancien camp romain do la rue Suufllot.
Voilà pour l'antiquité. Le moyen âge peupla le quartier de cou-
vents, de collèges, d'églises, y créa l'Université. Notre époque, elle, lui
a donné de la lumière et de l'ciir par le percement du boulevard Sainl-
Micliel, du boulevard Saint-Germain, de la rue
Siiufllot, de la rue Lagrange ; les vieux collèges ont
fuit place à des lycées eu harmonie avec l'élat de
la civilisation; la Sorbonne, neuve et
triomphante, n'a gardé de ses bâtiments
du xvii° siècle que la chapelle fondée par
lliclielieu.
La partie voisine de la Seine, au nord
du boulevard Saint-Germain, a conservé
son ancien aspect, Nous la recomman-
dons aux amateurs de pittoresque. Rien
de monacal, au contraire, dans les
étroites et vilaines rues qui relient la
place Maubcrt à la rue de la llarpi! en
coupant la rue Saint-Jacques; et cepen-
dant, une iierle dans ce triste écrin :
Saint-Séverin, modèle charmant de
l'art gothique à sa [dus belle époque.
.\on loin de là, une autre église, plus
ancienne, moins belle, mais très digne
encore d'une visite, Saint-Julien-le-
Pauvre, aujourd'hui allecli'e au culle
grec, jadis chapelle d'un pi ieuré, men-
tionnée par Grégoire de 'l'ours, recon-
struite au xii° siècle. Tout près encore,
allez Voir sur la maison portant le nu-
méro 42 de la rue Galnndc, un curieux
bas-relief du xiii' siècle, représenlanl
la scène où saint Julien fait traverser
une rivière nu faux lépreux qui n'est
autre que Jésus-Chrisl. Ce morce.iu do
CINQUIÈME ARROiNDISSEMEiNT
35
ENTRÉE DU COLLÈGE DE FRANCE.
VUE DE L'INSTITUT AGRONOMIQUE.
sculpture provient sans doute de l'église; il y serait mieux à sa place.
De l'autre côté de la rue, était naguère le cabaret du Chdteau-
Rouge, célèbre par la compagnie de mauvais drôles qui s'y donnaient
rendez-vous jour et nuit. Plus près de la Seine, s'élèvent les hautes
et mornes constructions dépendant de l'Hôtel-Dieu, le bâtiment Saint-
Charles, autrefois relié par un pont à l'Hôtel-Dieu, lorsque cet éta-
lilissement était du côté droit de la place du Parvis Notre-Dame.
Le percement de la rue Lagrange, de 1887 à 1890, a heureusement
fait disparaître un dédale de ruelles qui venaient aboutir à la place
Mdubert, et rendre cette place même digne du voisinage du boulevard
Saint-Germain. On n'a aucune incertitude sur le nom de la rue La-
grange : il s'agit du grand mathématicien qui occupa la première
chaire de géométrie h l'École normale et à l'École polytechnique ; il n'en
est pas de même pour l'étymologie de Maubert. Est-ce une corruption
du nom Aubert, ou une contraction de la forme maître Albert? Gram-
iiinlici certnnt. Au centre de la place, s'élève la fière statue d'Etienne
Dolet, brûlé là en 1546. Malgré ses embellissements, la place Maubert
est restée un centre très populaire et très pittoresque; elle a une
clientèle d'habitués qui n'ont rien ou presque rien de commun avec
l'aristocratie. On y rencontre même encore des négociants en
bouts de cigares, qui savent transformer ces mcguts en un tabac
apprécié des fumeurs qui visent à l'économie.
Le marché des Carmes, au fond de la place, occupe le terrain
où, pendant près de cinq siècles, fut situé le
couvent des Carmes. Il a été construit de 1813
à 1819, par Vaudoyer. Ce n'est pas une œuvre
d'art, et, depuis longtemps, nos architectes
font mieux en pareille matière. Pour, de là,
monter à la place du Panthéon, deux voies
s'ouvrent à nous, l'une à droite, l'autre à
gauche du marché.
Prenons celle de droite, la rue des Carmes.
Peut-être est-ce le chemin des écoliers, mais
dans un tel quartier, tous pourraient être
ainsi surnommés. Une construction moderne,
de style gothique, remplace les bâtiments de
l'ancien collège de Dormans-Beauvais, devenu
en dernier lieu collège de Lisieux, et don(
l'église, faisant face à la rue de Lalran, sert au-
jourd'hui au culte roumain. En montant tou-
jours, nous atteignons la rue Valette, fâcheu-
sement débaptisée de son ancien vocable, rue
(li's Sepl-Vnii>s. A droite, les bâtiments de
Sainte-Barbe, à gauche, de vieux logis, parmi lesquels, au n" 21.
une maison qui passe pour avoir quelque temps abrité Calvin. Nous
sommes arrivés au point culminant de la ni(inl,ii;iie Sainte-Geneviève,
devant la façade septentrionale du Panthéon. L'ascension est de
';3 mètres, c'est-à-dire que le sol de la ]ilace est justement à la hau-
teur du sommet des tours de Notre-Dame.
Les Romains s'étaient emparés de cette hauteur pour y élever un
temple à Diane, tout de môme qu'au haut de la butte Monlmarlre
était un temple à Mars ou à Mercure. Dans les deux cas, le oluislia-
nisme y substitua des couvents : abbaye de femmes à Montmartre,
monastère d'hommes ici. A l'origine, l'abbaye de Sainte-Geneviève
fut dédiée à saint Pierre et à saint Paul. Elle avait été fondée par
Clovis, sur les instances do Clotilde, sa femme. Ce n'est qu'au
IX" siècle que le vocable de Sainte-Geneviève prévalut et demeura le
seul. Nous ne ferons pas ici l'histoire, même succincte, de la célèbre
abbaye, la plus puissante de Paris avec Saint-Germaln-des-Prés. Elle
n'a pas tout entière disparu, d'ailleurs, car une partie de ses bâtiments
est demeurée intacte, dans les constructions du lycée Henri IV,
notamment les réfectoires, les dortoirs où était la riche bibliothèque
des Génovéfains, la tour de l'ancienne église, dite tour Clovis, unique-
ment parce qu'elle est voisine de la rue Clovis, mais nullement parce-
qu'elle serait contemporaine de la fondation.
Le Panthéon fut destiné à remplacer cette ancienne église qui tom-
bait en ruine. Par la somptuosité du monument qu'a bâti Soufflet, on
peut juger que les religieux ne regardaient pas à la dépense. Ils ne se
doutaient pas, lorsqu'ils l'entreprirent, du sort qui l'attendait finale-
ment. Alternativement nécropole des hommes auxquels la pairie ré-
servait ce suprême honneur, ou église Sainte-Geneviève, suivant les
gouvernements successifs. Le Panlliéon a été enfin rendu, en 1883, à
la destination que la Révolution lui avait assignée lorsqu'elle inscrivait
sur son fronton ces mots si nobles : « Aux grands hommes la Pairie
reconnaissante, » lorsqu'elle y faisait transporter les restes de Mira-
beau, de Voltaire, de Rousseau. Notre gouvernement ne pouvait
moins faire que d'associer au même voisinage les restes de Victor
Hugo et du président Carnot. Le bas-relief monumental qui décore
la façade principale est l'œuvre de David d'Angers. A l'inlérieur,
la décoration picturale, encore inachevée, a
été confiée aux peintres les meilleurs : Ca-
bane!, Jean-Paul Laurens. Puvis de Chavannes.
C'est encore Soufflot qui, en 1771. construisit
les deux façades symétriques des deux bâti-
ments de l'Ecole de droit et de la Mairie
actuelle du 'V" arrondissement. La déco-
ration de la place exigeait, parait-il, cet ac-
compagnement; mais, autant nous admirons
le Panthéon, autant nous les trouvons froides.
La bibliothèque Sainte - Geneviève,
LA CII.M'KI.I.K DE LA SORBONNE ET LA NOUVELLE .SOR BON
PARIS -ATLAS
I/HOTEL DE CLUNY, RUE DU SOMMERARD.
formée en partie de l'ancien fonds de l'abbaye, et, par conséquent,
très riche en manuscrits et ouvrages rares, a été bdtie en 185il par
Labrouste. 2'iU,00(l volumes sont réunis dans son immense hall du
premier étage et 4,000 manuscrits dans des salles trop souvent obscures
du rez-de-cliaussée.
Saint-Étienne-du-Mont occupe le fond de la place. Avant l'ou-
virluio de la rue Clnxis, en IgUi, ses bâtiments faisaient corps avec
l'abbaye; c'était depuis le xiii° siècle la paroisse des habitants de la
montaijnc Sainte-Geneviève. Devenue insuffisante et à demi en ruine,
au xvi" siècle, on la reconstruisit de fond en comble. Les travaux com-
mencés en 1bl7 ne furent achevés qu'en i62'<. Le monument est une
des plus belles manifestations de l'art français au temps de la Renais-
sance; il offre une autre particularité, c'est d'être resté le seul, dans
tout Paris, à posséder un jitbé, sorte de galerie séparant la nef du
chœur. On peut juger par notre gravure de la rare élégance de celui de
Saint-Étienne-du-Mont, qui est, pour ainsi dire, une dentelle de piene.
On conserve dans cette église la châsse de sainte Geneviève.
Le lycée Louis-le-Grand, dans la rue Sainl-.Iacques, a fait récem-
ment peau neuve avec le plus
grnnil luxe. Il est mnlhcureuse-
menl privé de perspective et un
peu écrasé par sa géante voisine,
la Sorbonne.
Quant au Collège de France,
il est vraiment indigne, par ses
bâtiments, des hommes éminents
ipii y professent, et de leurs pré-
décesseurs. Créé par Françoise'',
il n'a pas mancpié un seul inslan I
au but de sa fondation qui est
biurnir gratuitement au publie
lettré l'interprétation des scien-
ces les plus élevées d.itis tous
les ordres. La statue de Claude
Bernard, qui est «b-vant la la-
çade, nous représente le savant
avec un air triste et bourgeois
(|ui lui retire tout caractèic di;
noblesse.
Quelle différence entre la pau-
vre bâtisse du Collège de Fianci'
el ce luxueux palais de la Sor-
bonne, qui a valu à son arelii-
lecie, M. .Nénot, bien avant qu'il l'eût aclicvé, l'honneur d'entrer à
rinslilul. Les hommes rie quarante ans se rappellent tous l'ancien
édifice avec sa longue fa.ade, un peu triste, sur la rue de la Sorbonni',
RUINES DES THEH.MES DU IV SIl'CCI,!'
sa grande cour que coupait en deux un emmarchement
de quelques degrés. Tout cela a disparu, ou a com-
mencé à disparaître, à dater du 3 août 1885, jour où la
première pierre du nouvel édifice a été posée en grande
solennité. On commença par la façade sur la rue des
Écoles el celle en retour, à l'angle de la rue Saint-
Jacques. Le grand amphithéâtre, orné de l'admirable
fresque de Puvis de Chavannes, fait le plus grand hon-
neur au talent de l'anlii-
leclo, ainsi que la biblio-
Ihèque. orcupanl toute l'aile
orientale de la grande cour.
La Sorbonne est le siège
de l'Université de Paris.
Dans son enclos sont grou-
pres les Facultés des
lettres, des sciences el
l'Ecole pratique des
Hautes Études. Depuis le
mois ih- nnveiiibre I8'J7.
lÉcole des Chartes a
quille, pi.ur s'y in>laller, la
triste demeure qu'elle avail
à coté des Archives nalin-
nales. Son objet est l'étuile
de nos antiquités natio-
nales, monuments, institu-
tions, droit féodal, diplo-
matique, critique des textes.
Ses élèves obtiennent le di-
plôme d'archiviste paléo-
graphe après trois années
il'étude, plusieurs examens
l'I la soillenance d'une thèse.
Quand les futurs histo-
riens de Paris voudront re-
che relier l'origine du
square de la Sorbonne, situé entre la Sorbonne et le musée de
Cluny, il leur l'aiidiM se repiU'ler aux journaux qui ont paru de juillet
à noveniliri' IS'.IS. Ils y verront qu'à celle place s'élevait autrefois entre
les rues des Écoles, de la Sorbonne, du Sommerard et de Cluny une
construction basse, occupée par l'imprimerie-librairie Delalain; qu'à
cette date celte construction fut démolie pour être remplacée par une
maison de rapport, haute de sept élages. Tous les amis de l'art pro-
lestèrent avec la dernière énergie contre une entreprise aussi barbare,
dont l'elîet eût été de masquer à la fois l'hôtel de Cluny el la Sorbonne :
non sans peine ils curent gain de cause et obtinrent l'acquisition pai'
l'Etat el par la Ville du terrain, au prix de 1 -200 OnO francs.
(Veùl élé un crime, en effet, de
caelier aux regards cette char-
mante façade de l'hôtel de
Cluny, bijou de la lienaissanee
française, occupé en ls:W par les
collections magniliipies que léu-
nissait avec anuuir .M. du Som-
merard, et qu'à sa mort l'Ltat
racheta, celte fois sans hési la-
lion, pour en faire un nuitée
ouvert aux arlisles el au |Miblie.
C'est le musée de l'arl doiues-
liqui' el i 11 li'iieur par excellence:
.Miiiu bleui r ni, ivoire, pièces d'or-
lévierie. Le uinsi''e de (^luny se
eomplèie par le voisinage le plus
lieureiix, le plus vi'iiéralile aussi,
les ruini's ilu palais des Ther-
mes, consiniil par C.onslain r-
Clibu'e, au coinnn'nei'iiieul du
n' siècle, el où l'enipereni Julirii
lut proclann-, en iJlii). Qu" d'ob-
jotsdemédilalion pour les joyeux
passants du boulevard Saint-Mi-
chel! L'habitude, hélas! les en
distrait, sans doute, el à force de voir ces pierres, restées si nobles
dans leur délabrement, ils ne songent pas ipi'ils sont là en présence
du plus ancien monument resté debout d^' l'auliiiiie L\ilèce !
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PARIS - CINQUIÈME ARRONDISSEMENT
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PARIS-ATLAS
VUE GKNERALIO lilO Ll.NSTUUr D K FRANCE ET DU PONT IiES A K i S.
f£^_^¥|!arr©fidî||tî^e^t. ^^-^vv
LE LUXEMBOURG. ~ ^l- quartier: la monnaie. -22» QUAnmcu ; L'ODÉON.
23' QUARTIER : NOTRE-DAME-DES-CHAMPS. — 24° quartier : SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS.
E Vl= arrondissement participe de ses deux voi-
sins, le V" et le Vil». Au quartier latin il
ressemble par ranimation, la vie tour à tour
studieuse et bruyante, les établissements d'en-
seignement, la résidence des maîtres et des éco-
liers. De Taustère VU", il tient, au contraire, par
le calme, les rues longues et silencieuses, les
communautés monastiques. Le jardin du Luxem-
bourg est le terrain neutre où ces deux mondes
s'approchent, sans se confondre.
La suporticio de l'arrondissement, dit le Luxembourg, est de 211 hec-
tares. Ce n'est pas la moyenne, car seuls les quatre premiers arron-
dissemenls lui sont inférieurs en territoire. Le chilfre de la popula-
tion s'en ressent dans les mêmes proportions : 100,692 habitants au
dernier recensement, juste ce qu'il faut pour avoir, depuis 1893, deux
députés au lieu d'un seul.
Ses limites sont formées : à l'Est, par le boulevard Saint-Michel;
au Sud, par le bnulevard du .Montparnasse, dans toute sa longueur;
à l'Oiiesl, p;u- l'axe de la rue de Sèvres entre le boulevard du Mont-
paiiKissi' il I,] iiir des Saints-Pères, et Taxe de cette dernière rue ; au
Nord, p,ir \r iiiilicu de l,i Seine eulrc le; |iont du Carrousel et le pont
Sainl-Mirli.d.
En di'pil lies deux uiipiuinieuls éniinruinirut si'vères situés sur son
territoire, la .Munnaic et l'Institut, le quartier de la Monnaie est le
plus vivant, le plus peuplé, le plus ancien aussi de larniudissenienl.
L'enceinte de Pliilippe-.\uguste l'enferma dans Paris ; c'est dire qu'il
Paris-Atlas.
était bâti déjà, puisqu'il avait besoin de protection. La muraille parlait
de la Seine, juste en face de l'extrémité de la colonnade du Louvre et
dans la direction du Nord-Ouest au Sud-Est, atteignait la rue Saint-
André-des-Arts, où était la porte de Buci, entre le carrefour Buci et la
rue Mazet. Cette dernière ne porte que depuis 1867 le nom d'un médecin
mort pour la science; avant, c'était la rue de la Conlrescarpe-Sainl-
André, ce (jui suffisait à expliquer aux gens du quartier le tracé de l'en-
ceinte. Au point où le mur coupait la rue Hauphine (qui n'exislail pas
aloi-s) était une porte, qui fut démolie en 1673. comme obstacle à la cir-
culation. On peut encore voir, plutôt que lire, car elle est bien effacée.
l'inscription qui fut apposée, l'année même, sur la maison portant le
n" 44 de la rue Dauphine, pour constater celte démolition. Et c'est à
l'honneur de l'ancien tem|is, lorsque n'existaient ni le comité des
Inscriptions parisiennes, ni la commission du Vieux Paris, que nos éche-
vins aient songé à marquer pour la postérité un fait historique. _
Pourquoi leurs ancêtres n'eurent-ils pas la même sollicitude à nous
transmettre par la voie lapidaire ce qu'ils savaient de la tour de Xesle.
la tour fameuse entre toutes, qui précisément commençait i'euceinle
sur la rive gauche? Ce que nous en savons, nous, est, hélas! un peu
insuffisant ou douteux. Elle s'appelait, à l'origine de sa construction.
tour de Philippe-llamelin. A la lin du xni» siècle, un certain Amaury
de Ne>le s'élant fait construire un hôtel dont les bâtiments s'adossaient
à l'enceinte de la ville et dont les jardins débordaient sur la campagne.
la tour et l'holel prirent le n.uu de leur propriétaire. Us le gardèrent
après avoir passé, en 1308, à Philippe le Bel. puis, en 1319, à Philippe
le Long et à sa femme, Jeanne de Bourgogne. Et maintenant, à laqu. Ile
6
PARIS -ATLAS
tles reines de ce temps attribuer les mœurs aussi dépravées que cri-
minelles que Ton sait? Laquelle attirât les Buridans de rUniversiti-,
les recevait dans sa propre chambre pour, le matin venu, les fairr
précipiter du haut de la tour dans la Seine "?... Il nous sera permis di'
n'en pas croire là-dessus les auteurs du célèbre mélodrame, ni ménu'
Brantôme, qui écrivait, deux cents ans après les faits, ni même Vil-
lon, dont les souvenirs n'étaient pas non plus d'un contemporain,
lorsqu'il dit, avec un point d'interrogation :
Semblablement où est l:i liuyne
Qui commanda que Bui'idaii
Fust gecté en un sac en Seine?...
Le doute doit profiter à l'accusée ; il se pourrait bien que les crimes
de la tour de Nesle ne fussent qu'une légende, b..nue pour les théâtres
de drames.
Parla suite, le « séjour » de Nesle se transmit à divers propriétaires,
dont les noms sont connus dans l'histoire : les ducs de Nevers, Marie
de Conzague, la famille de Gue'négaud,les princes de Conti. C'est à cette
dernière famille qu'il appartenait lorsqu'en 17gO la ville de Paris résolu I
de l'acquérir pour en faire son hôtel de ville. Pourquoi elle y renonça,
on l'ignore. Sur ces entrefaites, le roi avait décidé de faire construire l'hô-
tel de la Monnaie sur la place de la Concorde (alors place Louis XV) que
décoraient déjà les deux belles façades édifiées par Gabriel. La Monnaie
était, en effet, fort mal à l'aise dans ses vieux bâtiments de la rive droite
de la Seine, entre le Pont Neuf et la rue de Rivoli (la rue actuelle de la
Monnaie en rappelle le souvenir). Ce projet fut également abandonné
pour la raison, assez juste
alors, que l'établissement
se trouverait bien éloigné
du centre de la ville, » et
— disent les lettres pa-
tentes— I' que les orfèvres
et autres correspondants
aux monnoies seroient
obligés de perdre un
temps considérable pour
y porter leurs ouvrages et
matières... > Ces lettres
sont datées du 16 avril 1798.
Quelques mois après, la
démolition de l'hôtel de
Conti était entreprise, et,
le 30 avril 1771, la pre-
iiiii'-rr pii-iri' de l'Hôtel
de la Monnaie fui iMiséi.
Les plans de l'édilice
avaient été dressés par
l'arcliilecte .Jac(|ues-l)enis
Aiilnine; il en poussa ra-
pidi-miMit l'exécution, (pii
ne fut pas achevée, ce-
jHMidant, avant 1779, car
les fonds avaient manqué
FAÇADE HK LU Or ICI. D 10 LA MONNAIE.
BAIGNADES DE CIIIEN.S SUK LES BERGE.S DU QUAI MALAQUAIS.
Ililil.l'
IHiur acconi[ilir certains
travaux supplémentaires.
A vrai dire, le monu-
ment ne vaut guère que
par sa façade, d'une ordon-
nance sévère jusqu'à en
lire glaciale, et jiar l'har-
nie de la grande salle du
premier étage, où, depuis
1832, est installé I,. uuisée
des monnaies el niid.iilb^,
(Oivert au publi<- le in.irdi
1-1 le velldicdi, de midi à
trois heures. L'escalier qui
y conduit n'est pas non
plus sans majesté, mais
liiutle reste de lacoiistruc-
ticiii est sdiiilire.basde pla-
Idiul, viïildenient saci'ilié
à l'aspect extérieur.
Plus d'un siècle avant,
dès lf)tJ3, la tour de Ncsle
liait lombée, et avec elle
la plus j.'rande parlii' de la
l'iuii'nniraille de Pliilippe-
Augusle, iiiulile el deve-
nue gènanle. COI que,
l'diiial .Ma/.iiin, pris, devaiil la inori,
ileusenienl enrichi aux dé|iens de la
UNE DES COURS DE L 1 N .S T I r U r DE l''liANi:E
p.'lr leslaillelll illl (_) Il
de quelque pudeur à s'èlri -_ - _-_
France, avait décidé la fondation d'un collège el d'une académie où
seraient élevés GO éculiers : V6 du territoire de Pignerol, Ib d'.Xlsaco
el d'autres pays çor.iiitus d'Allemagne, 20 de Flandre, Artois, llainaul et
Luxembourg, 10 du itimssillon ei de la Cerdagne. Or, on était assez
embarrassé de trouver l'eniplaiement sullisant i)our celle f(Uidalion
du collège des Qualre-.\.ill..ii>. que le lui voulait grandiose, el ce n'esl
qu'après plusieurs lié.sil,ilii.ii>i|iie Idu s'élait arrêté à remplaeemenldes
.iiiciennesdé|)eiidaneesdel'lii'ilel de. \esle. Levai! cniiçul le plan de l'édi-
liif en ICCb; les biUimeiils ciiiiimiMieèrenl à s'éb'ver aussitôl; ils nous
l'iil été conservés presque intacts, tels (jne l'Instilut les occupe aujnur-
dbui; il est donc loisible d'en admirer la lourdeur, le manque de gr;ke.
La riéviilulion supprima l'ieuvie créée par Mazarin, moins cependant
■sa très riche bibliothèque, qui oi-cupe eiicmc aujourd'hui l'aile gauche
du iialais, et est louslruile précisément sur l'emplai-ement de la lour
deNesIe; le tombeau du canliiial, œuvre de Coysevox, ipii lunail la cha-
pelle, fut transféré au musée des Monuments français (d'où, plus tard, on
l'a installéau musée <leVer.sailli'si. Les biltimeiits furent fermés, déseris.
Ils ne devaient se rouvrir qu'en verlu du dé, i,'l du I" mai ISIIIi, par
h quel iNapidéon I^eii faisait le siège de llnstitut de France. I.iusli-
liil n'est pas son œuvre, ciqiendaiit; l'Iionueur eu a|iparlieut à la Con-
vention, (jui, après avoir eu peut-être le tm-t de supprimer les anciennes
Académies en 1793, eut lu mérite de les restaurer déllnitivemcnt, son.i
SIXIÈME ARRONDISSEMENT
r/.)
le nom d'Institut national, par la loi du 23 octobre 1793. Quelques
changements seulement, et de peu d'importance, ont éli apportés à
l'organisation primitive ; le principal a ("-lé la création, en 183-', sous
le nom d'Académie des sciences morales et politiques, d'une cinquième
classe de l'Institut.
Ces cinq classes sont actuellement composées de la façon suivante :
Académie française
-Académie des sciences
Académie des inscriptions et bellcs-lellre>. .
Académie des beaux-arls
.Xcadéinie des sciences morales et poliliqiies.
TOTAI
Chacune de ces Académies comporte aussi, sauf l'Académie fran-
raise, des associés étrangers et des correspondants en nombre variable,
élus par elles; mais seuls les membres titulaires et libres ont le titre
de membres de l'Institut et les prérogatives qui y sont attachées.
Le grand public ne se préoccupe guère que de l'.Académie française.
iJans certains salons, c'est un e.Kercice, où bien peu excellent, de citer
sans en omettre un seul, les noms de ceux qui en font partie; les élec-
tions, les réceptions surtout, préoccupent tous ceux qui se piquent
d'être quelque peu lettrés. Les autres Académies sont fort connues des
savants, des artistes ; leurs travaux, publiés en volumes de mémoires
ou de comptes rendus, font autorité dans le monde entier. Les concours
qu'elles créent annuellement sur des sujets choisis dans la nature
de leurs études sont très suivis. Les académiciens titulaires ont
un traitement de 1,200 francs par an, plus 300 francs de jetons de
présence, répartis entre les membres qui ont assisté aux séances;
cette dernière somme, calculée à raison de 6 francs par réunion,
peut donc être sensiblement plus forte pour les assidus, et l'on en a
cité dont l'assiduité est légèrement inspirée par ce calcul, mais c'est l.'i,
sans doute , une
calomnie. Le bud-
get de l'Institut
est formé par
l'État ; il se com-
pose annuelle,
ment d'environ
700,000 francs.
En 1897, il s'est
accru d'une façon
magnifique, au
propre et au spi-
rituel, par la gé-
néreuse donation
que lui a faite le
duc d'Aumale du domaine et des col-
lections de ChanlIUy.
On ignore assez généralement que
Institut n'a pas de vacances, ses
membres ayant, d'ailleurs, tous les
droits possibles à s'absenter tant qu'il
'ur plaît; mais chacune des cinq
classes s'assemble une fois par se-
maine toute l'année. Le public est ad-
mis à assister aux séances des .Acadé-
mies des sciences, des inscriptions et
belles-lettres et des sciences morales
et politiques; l'.Académie française et
celle des beaux-arts siègent à huisclos.
I.A FONT Al NI
FAÇADE ET Do.ME DE L'INSTITUT.
Les bâtiments, avons-nous dit, ont peu changé depuis leur origine.
Leur transformation de collège des Quatrc-Nations en Institut a exigé
cependant quelques modifications. La chapelle a été aménagée par
Vaudoyer en salle des séances solennelles; c'est là, sous le fameux
dôme, qu'ont lieu les réceptions à l'.Académie française et les assemblées
annuelles de chacune des cinq Académies, sans compter celle où toutes
les classes sont réunies, le 25 octobre, jour anniversaire de la fonda-
tion. Lue foule élégante, diserte, soucieuse aussi de se montrer dans
la bonne compagnie, se presse dans celte salle beaucoup trop exiguë,
maussade, dangereuse même par l'insuffisance de ses dégagements, et
où les meilleures places, en très petit nombre, sont encore médiocres.
En 184ti, on a construit, dans l'aile orientale de la grande cour rectangu-
laire, le bâtiment contenant les deux salles de séances hebdomadaires:
elles sont, comme le dit M. de Franqueville, l'historien le plus complet
de l'Institut, « d'une austère simplicité ». La plus petite, celle où siège
l'Académie française, la salle des » quarante fauteuils » — qui sont des
chaises — a eu le privilège de recevoir, le 7 octobre 1896, la visite de
"empereur et de l'impératrice de Russie. A peine si l'on avait, pour cela,
modifié son habi tuelle disposition. Qui le croirait ! Dans cet édifice où sont
étudiées, par les hommes les plus compétents, toutes les manifestations
du génie humain, le téléphone
est inconnu, l'éclairage élec-
trique n'a été appliqué qu'au
commencement de l'hiver de
1898; nul ascenseur n'existe
pour conduire au lieu de
leurs réunions, que près de
cinquante marches séparent
du sol, ces savants dont la
plupart sont des vieillards.
La façade centrale de l'In-
stilut, sur le q\iai Conli, est
décorée, si l'on peut ainsi par-
ler, de lions d'aspect bêle et
pileux, coulés en fonte et tout
à fait mal à leur place. Peints
en verl, ils servaient d'orne-
iiienlsà une fontaine disparue
aujourd'hui; d'iu'i ce plaisant
i|ualrain fait contre eux :
Superbe liabilani du désert,
Kn ce lieu, dis-moi. que fais-lu?
— Tu le vois à mon babil verl,
.?e suis membre de l'Inslitiil.
Le ^iirti Conli est orné de
deux statues : celle de la Répu-
blique, par Soitoux, œuvre de
1818, proscrite nalurollement
par l'Empire, installée en face
de rinslilul, le 14 juillet 1880,
et celle de Condorcet. par
Jacques Perrin, inaugurée le
AINT-MICIIEI,.
fiO
PARIS -ATLAS
14 juillet 1894, pour le centenaire de la mort
tragique de ce grand savant.
Bonaparte, alors qu'il sortait de l'école de
Brienne et n'était qu'un modeste sous-lieute-
nant d'artillerie, a habité au quai Conli une man-
sarde de la maison située à l'entrée de l'impasse
qui sépare la Monnaie de l'Institut. Cette maison
était riiôlel de Sillery ; elle portail alors le n" o
du quai Conti ; elle y est aujourd'hui numéro-
tée 13. C'est donc par erreur que l'on se mon Ire
commeayanl été larésidencedufulurvainqueur
d'AusIerlilz la chambre du n" 5 actuel, à l'étage
supérieur de la maison sise à l'angle del'étroile
rue de Xevers. L'honneur appartient à Auguste
Vilu d'avoir su ruiner cette légende. (Bull, de la
Sociélé (k riiisloire de Paru.)
La rue Dnujihine, ouverte en 1G07, doit son
nom au dauphin qui fut Louis XIII, né en 1601.
Le 27 octobre 1792, un arrêté du conseil général
de la Commune lui donna le nom de rue de
Thionville. Rien de plus naturel, l'n arrêté
préfectoral du 27 avril 1814 lui restitua son
premier nom. Rien de moins étonnant. Mais
pourquoi ne s'appelle-t-elle plus rue de Tliion-
ville, puisque, le 20 septembre 1839, le ministre
de l'Intérieur en donnait l'autorisation au pré-
fet de la Seine, sur le vœu des habitants? Voici
I.E PALAIS DU SÉNAT.
(Entive principale sur la rue de Yaugirard.)
sa lettre, encore inédite, que nous avons trou-
vée dans une liasse des Archives nationales :
Monsieur le Préfet,
Vous avez soumis à mon examen, le 17 août der-
nier, une proposition qui a pour objet le cliangement
du nom de la rue Dauphine, à Paris, qui reprendrait
celui de Thionville.
Vous rappelez que la vue Daviphine existe depuis lfi07
et ([u'elle tire son nom du Dauphin qui lui Louis XIll ;
quelle prit le nom de Thionville, le il octobre 17(li
conformémenl à un an-èlé de la commune de Paris,
qui voulut consacrer la mémorable résistance que les
habilanU de la cilé ainsi dénommée opposèrent, à
celle époque, à l'invasion étrangère ; que son ancienne
dénominaliou lui fut rendue en ISti et qu'elle l'a
conservée: qu'à la liu de 1S30, une dépulalion de la
ville de Thionville sollicita la remise en vigueur de
cel arrêté, et qu'aujourd'hui quelques habilanls de
celle rue manifestent le désir de lui voir, en eiïet, res-
tituer un nom qui rappelle un souvenir glorieux.
\'ous appuyez ces vœux.
Je ne vois aucun inconvénient, Monsieur le Préfet,
à ce qu'ils soient favorablement accueillis, .le vous au-
torise, en conséquence, à donner à la rue dont il s'agit
le nom de Thionville, et à prendre les mesures que
celte subslilution peut exiger.
Recevez, etc.
Entre la rue Dauphine et la place Saint-
PALAIS DU I.UXE.MBOURG ; FAÇAbl-: liO.N.NA.Ni .--LU l.i-: .lAKIiIN. (A Rauche, les lours de Saiiit-Sulpii
Michel,
surpris
se trouve tout un réseau de rues vieillottes où le passant est
de rencontrer fréquemment des constructions d'assez grand
.-^¥<SV-?w^
FAÇADE DU T1H-;ATRE de I/ODÉON. (En avant le buste d'Iimile Augicr.j
air, la plupart occupées aujiiurd'luii par l'industrie ou le coninierco.
Il y en a dans la rue Christiiu' (Au nom d'vine sd'ur de Louis Mil , dans
\ii rw de Savoie [\a princesse (Christine, épousa un duc de Savoii-i; les
rues S'iinf-AndriJ-des-Arls et des Gninds-Au</ustiiis en sont ideines. L'église
Sainl-.Vndré-des-.\rts, très ancienne paroisse de celle région, démolie
pendant la Révolution, était siluée à l'exlréinilé orienlaU' de la nie
qui porte son nom, à l'angle de la rue Sui/er, di'Moinniée jadis rue du
' iuietière-Saint-.Vndré. (Juant à la rue d(>s (irands-,\uguslins, elli' doit
Il nom, ainsi que le quai, au couveiil d'.VugusIins, qui s'élail éi.ibli
Il bord de la rivière en 1293, maison iniporlatile enli'e loulcs, où eut
Il 11. le l" janvier 1579, l'institution de l'onlre du .'^ainl-Kspril. lOlle
1 Mnt, quelle déchéance! en 1812, le siègi' d'un marché' ;'i la volaille
iju on appelait marché de la Vallée, ipii disparu! à sou tour. Ci' ipii en
reste sert de dépôt à la Compagnie des iminihus. La rue du Ponl-de-
Lddi fut ouverte en 1798, sur une i)arlie de j'emplacenient resté libre
de l'ancien couvent, que la Révolulion avait fermé.
Le percement, en 18'.'9, de la rue Dniitan ^donl l'amorie, soii> le nom
de boulevard .'>aint-.\ndié, datait du commencemeni du seimwl lùiipire)
.1 l'ait disparaître un coin bien ciirieiix du vieux Paris : la rui' di-s
l'oilevins, si élroile, si peu praticabb' aux voilures, mais si pilloresqu(!
el féconde on Souvenirs : l'iKMel de 'l'hou, la maison l'anckoucke et
celli! célèbre pension Laveur, où lanl d'hommes |ioliii(|ues oui l'ail
l'apprentissage de leur talent or.itoire. Du mém.; eou|i, l.i iiioehe
u fait tombur les bâtiments du l'ancien coliègu Mignon, devenu
sixii:mi; \I!i;o\i)i->si;mi;\t
01
,\LI,1-: DUS SEANCES I
,•1 l.-'
l'i'
•. Au
■ 1 ] 1 i I ■ [■
Xi. la lll.lisnll
Im'iIi.'I [Liiisicn
tcjiii- à luiir (Ml (-e sii"M:li' iiiaiiii' di^ raiioiidissemenl, puis iiiipriinf-rie.
La fontaine Saint-Michel lait assez bol (•(l'ol sur la |)iaf:c cl à l'ciilri'e
ilubouIrvai.ld.MT rini]].l':ilr,lalcilrl8(i0(;tat;upoui-ai-cliilccli'l»avi..uil.
En suivani la iiic Sa inl-Auilii'-dcs-.Vrls, nous iiassr-roiis devant |.- lycée
Fénelon, le ineniier en dale
lies lycées de jeunes lilles, onvejl
en 1883, dmil on a reeoiisirnil
soniplni'usenienl les lacades de
1893 à 1893. L:n i.eu pins lia ni
s'ouvre le pas^nr/e du Coiamcrcc,
où Sainle-Beuve, jouno el pan-
vi'e, \i''v\\\ dans niu' mansarde.
I.'anni'Xe du pa^sa^'e (pii s'mivre
h ganrhe el se lunlinne par la
ruo du Jardinet se nomme anir ili'
Rohan — il laudrail dire Hmnui,
puisque là était rinjl(d des ar-
cliovèques de cette ville; un y
voit encore nu iui|iorlaMl Irai.'-
menl d'une tour de la mm ail h'
do Philippe-Auguste.
La rue Mazurinc abond.' en
maisons historiques : an\ nu-
méros 12 et 14 l'ancien jeu de
paume où la troupe de Moliéie
ouvrit l'Illustre Théâtre en lû'i3;
au 42, l'ancien théâtre (àu'né-
gaud, successivement, de 1071
à 1689, Opéra, théâtre de Mo-
liijre et du Marais, réunis après
la mort de Molière, entin C.onn
l'intelligent comédien du l'éiie
pompiers.
Quanta la rue de rAncienuc-Cuincdic, i-\\v n'est ainsi nommée ipie
depuis 1834, en souvenir du tli(''àtie de la r.dim'die l'ianeaise, (pii s'y
tint de 1689 à 1700. C'était la rue des l-'ossés-Saint-Ceiniain-.les-l'rés,
et, plus niodernement, rue de la Cmuédie.
Déjà nous avons dit (p. S7) l'origine de la rue Mazct. ].v restaurant
Magny, fameux par ses diners d'intellectuels ('Renan, l'Ianhert, les Con-
court, Berllielot, etc.i en a disparu, il y a linéiques années, mais on
peut y voir encore une curiosité, l'auberge du Cheval-Blanc, la der-
nière peut-être des auberges du centre de Paris, avec cour, remises,
écuries, poules qui |>icûrent, dindons qui gloussent, etc. 'l'In'ophile
(jautier ne s'en serait-il pas inspiré pour dé-crire riiOtelli'rie de la nie
Daupliine, où il a installé
ses comédiens du Capituine
FracaiSe ?
Quartier de l'Odéon.
— Le 22'- (piaitler île Pans
est placé sous le vocable
du théâtre de l'Odéon.
Nous ne chicanerons jias
là-dessus l'édilité pari-
sienne; elle aurait sans
doute choisi la dénomina-
tion : quartier du Luxem-
bourg, si elle ne lavait
donné à l'ensemble de
l'arrondissement. Elle au-
rait • pn tout aussi bien
adoptei' poiii n- ipiailier
le patronage de .Sainl-Sul-
l)ice ou de l'Ecole de mé-
decine. Au fond, peu im-
jiorto. L'Odéon, il Inil
pourtant bien le dire, est
un tard venu dans ces pa-
rages, ([ui, depuis le com-
mencemout du xviir siè-
cle, étaient occupés par
l'hôtel des princes de
Bourbon (les rues de Coudé
et Monsieur-le-Prince n'ont
pasd'autre étymologic que
ce voisinage). Vers 177(1,
le prince Henri de Bour-
bon ayant fixé sa rési-
dence au Palais-Bimrbon,
aujourd'hui Chambri^ des
députés, qui appartient au VII« arrondissemeul, les leriains de l'hôtel
de Omdé devinrent libies, et, par lettres patentes du 30 juillet 1773, le
roi décida <|u'()ii en ii(ilis<-rail une partie pour la coustruclion du
tle'àlr-' de si.s roniéili' II- fran'ai-. qui, forcés d'abandonner leur salle
de la l'ue des Fossés-Saint-<jei-
maindes-Prés, parce qu'elle iiie-
naçail île s'éi-roulei-. jouaient
alors à lilie provisoire au tlié;i-
Ire du cliàleau des Tuileries.
Le premier projet consistait à
bâtir la nouvelle salle sur l'em-
plar:emenl du carrefour actuel
■ le l'Odéon. Des lettres patentes,
■ lu 10 août 1779, décidèrent qu'il
était préférîible « de la placer
dans la partie la plus voisine du
Luxembourg, afin que, plus nip-
prochée du palais que nous
avons donné à noire très cher
et très amé frère, .Monsieur, pour
son habitation et celle de noire
1res chère el très amée sœur M.i-
d.inie, elle soit un nouvel agré-
ment pour leur habitation, en
même temps que pour nos su-
jets qui, avant d'entrer, ou en
sortant du siiectacle de la Comé-
die-Française, auront à proxi-
mité une piiimena<le dans le^
jarilins du Luxembourg... ••
evi' en 1782. sous la direction des archileetes Peyre
idncr de l'Odéon, qui s'élend devant s;i façade, fut
n circnl.iire, de façon à s'harmoniser avec l'édifice:
reliaient aux deux maisons d'angle de celle place.
lin des rues Corneille et Hotrou; ils ont disparu depuis longlemp-.
I.'iidéon n'est qu'un cube de pierres, [leu agréable à voir. Il est d
bmi goût, rhc/, les boulevardiers, de déclarer qu'il est au bout du
momie, de faire une affreuse grimace lorsqu'une nouvelle représeni a-
lion les convie à accomplir le voyage ; tout cela n'empêche [las que c -
|iierres soient de solides assises de notre littérature. On y a joué d-
méchants actes, comme partout; mais combien d'œuvres remarquabb-
et vibrantes, aussi! Quelles soirées d'enthousiasme la jeunesse répu-
bliiaine y a passées à la fin du second Empire ! El les arcades même
qui entourent le monumcnl, L'aniies, bondées de livres, ne sont-elles
s 1-: N .\ T.
I.'éllitier lut acl
et de Wailly. La
loniiU' sni' \[\\ |d;
lieux portiques le
.\ .N C 1 1; N M-: S.VI.I.i: lU' TRONE AU l'AI.AIs l> l' l.r\i:M!H>l'K
P A H I 3 - A T !.,\ s .
C2
TARIS -ATLAS
pas le rendez-vous des hommes studieux, qui viennent là feuilleter le
bouquin nouveau, se tenir au courant de tout ce ((ui paraît"? En vérité,
ces quelques mètres carrés constituent l'un des [dus ininienses
domaines de la pensée.
Sur la place de l'Odéon, dont nous venons de dire mi nmi, !.■ monu-
ment élevé par Barrias à la mémoire
d'Emile Augier (inauguré le 7 novem-
bre 1893) attire l'attention sans la rete-
nir liien longtemps. On s'étonne que le
busic du maître tourne le dos au théâtre
où furent jouées ses premières œuvres;
en outre, ce buste est un peu grêle pour
le haut piédestal qui le porte; en re-
vanelie, les deux ligures qui raccompa-
gnent, la Comédie et YAventurière — le
clicf-d'œuvre d'Augier^ sont d'un excel-
lent effet.
Vis-à-vis la maison du café Voltaire,
est celle qu'habitait Camille Desmoulins
en 1792.
Palais du Luxembourg iSénat). —
Le duc de Piney-I.uxenibourg n'imagi-
nait guère, sans doute, lorsqu'il acheta,
vers 1380, un hôtel hors les murs, dans
le faubourg, que par ce moyen son nom
se fransmetirait ù travers les siècles.
C'est pourtant ce qui est arrivé, en dépit
de multiples changements de propriété,
tant la routine a d'empire sur l'esprit
humain. Vingt ans après cette acquisi-
tion, il ne restait rien ni du duc, ni de
son logis, rien que le nom, au palais
que Marie de Médicis fit construire, en
1615, par son architecte préféré, Salomou
de Brosse, sur le modèle du palais Pitti,
à Florence. Nous ne l'en trouvons pas
plus mal pour cela. Certes, l'ensemble
est dépourvu de légèreté ; le bossage de
la pierre ne vaut pas les fines ciselures
de l'art du xvi= siècle, mais cet ensemble
a une grande majesté dans la simplicité; ce n'est pas un mince mérite.
De plus, le monument est absolument homogène, chose rare, et une
telle harmonie a présidé à son plan r|ue. sous Louis-Philippe, un habile
architecte, M. Scellier de Gisors, a pu doubler le palais par une façade
neuve sur le jardin sans que l'on s'aperçoive qu'elle est plus jeune de
deux siècles. .Après Marie de Médicis, « Luxembourg », comme on
disait, appartint à Gaston, duc d'Orléans, qui en laissa la jouissance
~à sa fille, .M"« de Monipensier, la grande Mademoiselle; c'est là qu'elle
souffrit toutes les angoisses, toutes les huiniliations de son malheu-
reux amour pour Lauzun. -Au sièelc suivant, le palais resta à la famille
d'Orléans, jusqu'à ce que Louis \VI l'ait donné cti apanage à son frèi-e
DÉT.ilL DE LA FONTAINE DE CAKPEAUX,
aîné, le comte de Provence. Puis, il est devenu successivement bien
national en 1790, prison en 1792, siège du Directoire en 1793, du Sénat
conservateur sous le pn-mier Empire, de la Cliambre TTés^airs peu-
daut la Restauration et le règne de Louis-Philippe, du Sénat enfin,
sdus Napoléon III et dipuis le rétablissement de la Chambre haute
par la Constitution de 1875.
A l'Ouest du grand palais, Richelieu
s'était fait construire, en 1629, un hôtel
qui a été toujours nommé le Pelit-Luxem-
bourg. Un corps de bâtiment tour à tour
édilié et démoli le reliait avec le grand
Luxembourg ou l'en isolait; la relation
existe depuis que le Petit-Luxembourg
est devenu la résidence du président du
Sénat.
Le jardin du Luxembourg, l'un des
plus beaux de Paris, a toujours été public:
Au Mail, à Luxembomg et dans les Tuileries,
Il fatigue le monde avec ses rêveries...
dit Molière dans Les Fûcheux. — M™" de
Sévigné, un peu plus tard, en 1672, écrit
à sa lille : « Voilà Luxembouig à Made-
moiselle, et nous y entrerons. Elle avoit
fait abattre tous les arbres du jardin,
rien que par contradiction ; ce beau jar-
din étoit devenu ridicule ; la Providence
y a pourvu. 11 faudra le faire raser des
deux côtés et y mettre Le Nôtre pour y
faire comme aux Tuileries. »
Que n'est-il resté ce qu'il était quel-
ques années avant la guerre de 1870! La
suppression du couvent des Chartreux,
en 1790, avait permis d'y annexer la Pé-
pinière, déjà célèbre au xvin'= siècle, et
les jardins autres de cette maison reli-
gieuse, c'est-à-dire l'espace compris au-
jourd'hui entre les rues .\uguste-Comte
et d'.Assas, le boulevard Saint-.Michel et
la place de l'Observatoire. La plus mal-
heureuse — pour ne pas dire la plus coupable — des idées d'Ilauss-
mann fut d'aliéner, en 1867, toute cette partie du jardin, la Pépi-
nière, qui était bien la plus aimable promenade que l'on put imaginer.
L'opération, exclusivement financière, ne réussit pas; la Pépinière,
saccagée, resta à l'élat de terrain vague pendant de longues années;
durant le siège de Paris, on y créa une poudrière à laquelle les com-
battants de la Commune mirent le feu, le 2'i mai 1871, lors de la
prise du quartier par les troupes de Versailles. Plus de dix ans s'écou-
lèrent encore avant (ju'ail été achevée la jolie avenue de l'Observa-
toire, enfin bordée de maisons telles 'que le rêvait llaussmann, avec
ses deux aimaliles squares, dont le plus voisin de l'Observaloire ren-
SIMKMi; Altl'.d.NDISSKMKNT
63
fpnno uno fonlnine inoniiifK'ril.iIi^, inivif^ cl, clicl-d'œuvre de Carpoaiix.
Nous n'i'ii avons p,is lini .ivfc, li; j.ii-diii du l.uxoinboui-i,'. Il faut y
roc.oiniiinndiT la foiiLiiiir <U- Mcdicis, que rarcliilfic'ti! Jacques de
Brosse eonstruisit sur l'oidir de Marie de Mi-diris, et qui est si^ gra-
cieusement encadrée dans la vi/rdure des liaiils |ilalanes, à l'exlréinilé
LE GÉANT POLYPfTÉME S U n P n E X \ .\ T .IC/.S ET OALATEE.
(Groupe d'Ottin, ornant la fontaine MéJii'is.)
d'un long et charmant bassin. En 18o2, le sculpteur Ottin exécuta,
pour orner la fontaine, le joli groupe de Pohjphhne surprenant Acis
el Galalée. Avant de quitter le jardin du Luxembourg, il faut rappeler
que, depuis quelques années, l'usage s'est établi d'y consacrer, par
des monuments ou des bustes, la mémoire de nos artistes ou de
nos écrivains morts depuis peu : Watteau, Eugène Delacroix, dont le
beau monument est dû au ciseau de Dalou ; Théodore de Banville,
Miirger, Sainte-Beuve, Leconte de Lisle. Quant aux statues des reines
cl femmes illustres qui, depuis trop longtemps se dressent sur le
pourtour des deux terrasses, il vaut mieux n'en rien dire. Jetons
enfin un dernier coup d'œil au bassin du parterre central, si cher aux
navigateurs en herbe qui confient à ses flots leurs légers esquifs, aux
paliiicurs hardis qui aspirent aux fortes gelées pour aller s'y entre-
cliiHiucr.
I.e musée du Luxembourg éiait autrefois installé dans l'aile du
palais la plus proche de l'Odéon; en 1887, on l'a transféré dans l'oran-
gerie du jardin, sise à l'Ouest du Petit-Luxembourg, avec entrée spé-
ciale sur la rue de Vaugirard, vis-à-vis de la rue Férou. Dans l'organi-
sation actuelle de nos musées nationaux, celui-ci est réservé aux
artistes vivants, peintres, sculpteurs, médailleurs, dessinateurs. Il esl
sans cesse approvisionné d' œuvres remarquables, mais appelées,
d'après les conditions même qui les ont fait admettre, à laisser la
idace à d'autres. L'espace y est en outre bien mesuré, encore qu'on
ait récemment agrandi les galeries.
A l'extrémité opposée du jardin, sur lequel elle l'ait une emprise,
l'École des mines a sa façade principale sur le boulevard Saint-
Michel. Sa fondation est antérieure à la Bévolution, mais, telle qu'elle
fonctionne maintenant, elle est en (luelque sorte une école complé-
mentaire de l'École polytechniiiue, dont elle reçoit les premiers élèves
sortants pour l'étude spéciale de la métallurgie et de la minéralogu-.
Elle admet, en outre, après concours, des aspirants au brevet d'nigé-
nieur civil des mines.
Le boulevard Saint-Michel ne date que du second Empire. Si l'on
regarde un plan antérieur, on se rend compte qu'- l.i v..ie de commu-
nication à laquelle il s'est avanlagcusernent subsliliié «''lait la rue de la
Harpe. Au cariefour, resté sans dénomination, que forment le bou-
levard, les rues de Médicis, Monsieur-le-Prince et Soufllol, était l'an-
cienne i)orle Saint-Michel, de l'enceinte de Pliilip|ie-.Vuguste, porte
détruite en 1684 et remplacée alors par une place dite de Saint-Michel,
où il y avait une fontaine et un marché. L'enceinte suivait le tracé de
la rue .Monsieur-le-Princc, nommée jadis, pour celle raison, rue des
Fossés-Monsieur-le-Prince.
Sur le boulevard Saint-Michel, le lycée Saint-Louis cache, der-
rière une façade monumentale, les bâtiments beaui oup moins beaux
du collège d'HarcourI, auquel il a succédé. Ses litres de londaiion sont
vénéraliles, car ils datent de 1280. On ne songeait guère alors à la
rue Racine; elle ne fut percée qu'en 1779, pour servir de dégagement à
l'Odéon jusqu'à la rue Monsieur-le-Prince, son prolongement jusqu'à
la rue de la Harpe ne date que de 1826. En revanche, la rue de CEcote-
ile-Médecine existait dès le moyen âge sous le nom de rue des Cordeles
ou des Cordeliers, parce que le couvent des Cordeliers, célèbre au
moyen âge, plus céb'bre encore comme club révolutionnaire, y était
situé. De ses bâtiments est restée debout une belle salle du x\' siècle,
le réfectoire des religieux, devenu musée Dupuyiren, mais les con-
structions annexes de l'École de médecine l'ont si complètement enve-
loppée qu'il est bien difficile maintenant de l'apercevoir du dehors.
En face, s'ouvre la rue Bautefeuille, qui a conservé quelques gi-a-
l'ieuses tourelles en encorbellement. D'où vient ce nom de Haute-
l'ruille? d'arbres de stature élevée"? Ce serait trop simple. L'éminent
.riiilit Quicherat a établi qu'avant la construction du couvent des Cor-
deliers.'cette l'ue se prolongeait sur le flanc de la colline jusqu'à un
vieux château datant du haut moyen âge, silué vers la porte Saint-
Michel, dont nous venons de parler, et nommé en vieux français haut-
tenil ou haute folie. Ce mot avait alors le sens de trahison, d'embus-
cadi'. et l.> nom <-n avait été donné au château à la suite de quelque
soniliic avc-nfiiv.
L'École de médecine — que l'on doit plus exactement appeler la
LA FONTAINE riK MlîniCIs, AU LUXKM iiOU KG.
Faculté de médecine de l'I'niversité de Paris — a remplacé l'ancienne
Académie royale de chiruraie, qui elle-même, en 1769, ayant occupé le
terrain de l'ancien collège de Bourgogne, y avait fait aussitôt construire
liar l'architecte Gondouïn le bâtiment central, en façade sur la place.
Cet édifice suffit longtemps aux besoins de l'art d'ilippocrate, mais, de-
r.VlUS-ATL.VS
LE BASSIN BU LUXEMBOURG.
pui^uiio Irenlahif Jaiiiu'es, des agran-
dibseuients considrrabli's onl élr jugés
nécessaires, si bien que les bâtimenis
couvrent tout le quadrilatère irrégulier
formé par les rues de l'École-de-Méde-
cine et Hautefeuille dune part, le bou-
levard Sainl-Germain d'autre pari, sans
parler de l'École pratique, construite de
l'autre côté de la rue de rÉcole-di>
Médecine, chez les anciens Cordeliers.
'l'out cela constitue un amas sérieux de
pierres de taille. On n'en meurt pas
moins sùiemeni, mais [)lus tard, ce qui
(•^l appréciable pour cerliiins, avec moins
de souffrances, ce qui est appréciable
pour tous. I,a partie occidentale de ces constructions a fait dis|i.iiailie
une notable partie de la rue de l'École-de-Méderine on y voyait uni'
assez.jolie lnnlaine), l'exlréraité du passage du Comnierre, où diMiieu-
rait Danton, la maison où Marat fut assassiné par Cliailolle ('.drday...
Sur le terre-plein du boulevard Saint-derniaiu, à quelques nn''tres
l'une de l'autre deux statues : celle de Kroca, par le sculpteur sourd-
muet Clioppin; celle de hanlfui, (envie de
M. A. Paris, élevée Je 14 Juillet 1891. sur
rem(ilacement même de la maison qu'habi-
tait le puissant oraleur.
Lu [leu plus loin, à l'angle de la rue
Grégoire -dc-Tours, une jolie construction
attire les regards, c'est lliotel du Cercle de
la librairie. On ne sera pas surplis qu'elle
ail si bonne mine lorsqu'on s;Lura qu'elle
est signée Charles (iarnier.
Au del.i de la rue de Seine, le marché
Saint-Germain leprésenle à peu piés
reni|ilucement de la l'oii'e Saint-tiermain,
qui donna tant de divertissements au bon
peu(de de Paris. Klle avait été concédée,
en 1482, à l'abbaye de Sainl-tierniaiii-des-
l'rés, toujours en quête de ressources
nouvelles. PurenuMil commerciale à l'ciri-
gine, elle perdit ce caractère durant la
seconde moitié du xvi" siècle cl desinl
simplenu-nl un lien de plaisir, d'orgies
même durani sa tenue annuelle, qni co'iii-
cidait avec b- carnaval. On y jouait un jeu
infernul, on s'y battait, les femmes bun-
m"-tes y jetaient leur bonnet jiar-dc-ssus b-s
mimlins, les iilles de joie faisaient forluni',
le tout nous l'ii'il pat('rni-l du bailli des re-
ligieux, lequ(d ik; verbalisait ipie lorsque
le scandale était [lar troj) grand; mais le i,k MONUMtîNT l>'t':
111. yen de se fàclier quand Henri 111, le roi (A,, jcpiin du
lui-même, donnait le signal des pires folies!
Cela dura, avec des périodes de calme et des
péripéties diverses, jusqu'au printemps de l'an-
née 1762, où les bâtiments delà foire brûlèrent.
Ou tenta de les reconstruire, mais la vogue
éiait partie; la foire mourut d'inanition après
le carnaval de 1786.
In décret de 1811 prescrivit la construction
d'un marché sur cet emplacement. Il fut ouvert
eu 1818. On y vend à la fois des denrées ali-
mentaires et des objets de ménage ou de toi-
lelle; mais le commerce y était languissant,
(!'• plus en plus, si bien qu'une aile du qua-
iliilatère a été désaffectée afin de faire place
à une salle où concourent les jeunes tilles
pnur l'obtention des brevets d'enseignement.
fiiutes les rues environnantes portent des
niuns de Bénédictins de Saint-Germain-des-Prés,
qui se sont illustrés dans la science historique.
VictorHusoa comparé
les |n||ls\le l'église
Saint-Sulpice à deux
grosses clarinettes. Pour
être exacte, la compa-
raison est injuste, car il
n'y a pas que cela à dire
de Sainl-Sulpice. Quel
que soit le peu de nié-
rite, en général, des édi-
fices religieux construits
aux xvii"' et xvui" siècles,
on peut citer des excep-
tions. Saiut-Sulpice en
r^^^ ^^^_ ""Si une. La première
Jj. VsifS^lr.^^jfl^^^ pierre de l'écïilice fut
ir J ! ..^_^Z3 posée en 1646, pour lem-
placer une pauvre église
l'ondée en 12b0, mais le
gros de l'œuvre appar-
tient au xvni" siècle ; la
façade et les... clari-
nettes furent construites
parServandoni, en 1748;
encore, la Imir de dioili. l(iisi(u'on regarde la façade, reste-t-elle ina-
(hi'vée el en mauvais élal. Ce qui fait la beauté de Sainl-Sulpice, c'est
l'ampleur majeslueuse de ses proportions, grâce à laquelle les grandes
cérémonies y prennent un caractère de solennité toul à fait imposant.
Ouant à la décoration |iiclurale, elle est médiocre; il faut cependant
exeejiter (iuel([ues compositions d'Eugène Delacroix. A signaler, dans le
transept gauche, un obélisciue doiil le pié-
destal porte une longue inscription consa-
cianl le passage de la ligne méridienne à
Cl' pnint et indiquant les travaux astrono-
niii|ues achevés en 1743 pour arriver à la
(irieiiiiinalion du méridien de Paris.
I.e cenlie de la jilncc Sninl-Siil/iice est oc-
cupé par une fontaine monumentale d'un
slyle bien fioid, placée là en 1847. C'est
I ii'uvre de \isconti, qui fui souvent mieux
inspiré. IClle est divisée eu qualie arcades
I lenaul b's slalues de l'IécliiiT, liossnet,
Massilbui el Kénelon.
I,a longue façade du séminaire diocésain,
l'onstruil enl820, n'esl pas faite pour donner
de |;i gaieté à la place, qui sérail bien mo-
rnse si un marché aux lleurs ne venait, deux
biis par semaine, lui donner un peu d'ani-
mation. 1,'angle Sud-Onesl est occupé par
la mairie de l'arrondissenienl, édiliée en
18:;:}. dans le style administratif; de 188<i
1^ IH^^iHI^HH à 1889, on lui a ajouté une façade du même
9k i;<iiil sur la rue .Madame.
jAi'-- Kien liisles aussi son! les rues qui a\ni-
~'^' sineni l'église. Hue Servandoni, l.'i, est la
maison où tlondorci'l, proscrit, liouva nu
asile pendant linil mois. Il y écrivit sa dei--
nière u'uvre : Esquisse des progrès de l'es/iril
iififeNK Pior.Af^Koix. humain. Sa tête étnil mise à prix ; pour ne
i.uxciiiboiirB) l''''S coniproiiu'tlre sa proteclrice, il s'cnfuil
E.NTKÉK DU MUsliE il U LUXE.MBOUKG, KUK DE V.V UGIK A li D.
s I X 1 1: M E A R R 0 -N D I S S E M K N T
sous un di'guiscmenl; mais, re-
connu à Clamart, incarci'iiî dans
la geôle du district de liourt.'-la-
Heine, il s'y donna la mort on
absorliant un violent poison con-
liMiu dans le chaton de sa hague.
l'ai- la tue Bonaparte fancienne
rue du l'ot-de-Fer) nous rega-
gnons le Luxembourg et la jolie
rue du Lu.mnhourf), nouvelle em-
prise Iiaussinanes(|ue sur le jar-
din; quel(|ues-unes de ses mai-
sons ont conservé l'ancienne
giille où étaient pratiquées des
portes à l'usage des riverains et
que les gardiens fermaient la
nuit venue.
Le n" 4 de la rue de Fleuras
représente l'emplacement du pe-
tit théâtre de Bobino, qui eut, il
y a quelque quarante ans, son
temps de célébrité.
Toute une série d'établisse-
ments d'enseignement occupent,
depuis vingt ans, les terrains de
l'ancien eneb'S <les cliarlivux :
le lycée Montaigne et l'Ecole
coloniale en façade sur la no'
Auguste -Comte; l'Ecole de pharmacie
ment, un service annexe de la Faculté de
LA FONT.VTNE DE LA PLACE S A INT-Sl-LPICE.
Clinique d'accouche-
ienees, le long de la rue
(l'A>sas. Ils y sont fort bien installés, dans de parfaites conditions de
salubrité: ils ne nnus funt pas oublier la Pépinière.
Quartier Notre-Dame-des-Champs. — Pour la tranquillité, pour
le calme sib mieux, un pi-u mr.rn''. dont certaines villes de province
s..nt faites, mais qui surprend à Paris, le quartier Notre-Dame-des-
Charaps n'a de rival que son voisin du VII' arron(li>siru>-nl, le
quartier Saint-Thomas-d'.Vquin. Ou se ressemblerait de plus biiii. Sun
nom, il le doit à l'égli.se paroissiale qui le dessert, et elle-même lient
ce vocable d'un ancien prieuré de Xotre-Dame-des-Champs, situé
rue Saint-.Iacques,
près du Val-de-(irùce,
dans les bâtiments
duquel un couvent de
Carmélites s'était in-
stallé en 1604. Or, la
rue Notre -Bame- des -
Champs, précédem-
ment nommée Che-
min-Herbu (encore
un nom bien cham-
pêtre), conduisait à
ce prieuré. Lorsqu'il
s'agit de doter le
ipiartier d'une pa-
ru isse , on trouva donc
luut naturel de la
mettre sous le voca-
ble qui y était déjà
connu. C'étaiten 1858.
Quelques anciens se
rappellent encore l'é-
glise en bois, irrévé-
rencieusement sur-
nommée Nolre-Dame-
des-Planches, qui
alors fut construite
rue de Rennes; il
était convenu que ce
n'était que provi-
soire : ce provisoire
duia cpinibiril jusqu'.'n IS'IB, iU\\r a laciuelle l'église actuelle de
Notre-Dame-des-Champs, sur le boulevard Montparnasse, fut
I ivrée au culte. Elle a été construite dans le style roman, par M. Ginain.
Quant à l'autre, on a eu le bon esprit de ne pas la laisser plus long-
temps exposée aux regards; les maisons lo3 et Voo de la rue de Rennes
ont et'- bâties sur son emidacement.
La rue Notrc-Dame-des-C.bamps est bordée de couvents dans une
grande partie de son étendue ; le collège Stanislas y est situé (n° 221,
dans l'ancien hôtel Fleury. Il a été l'onde en 1815, au retour des Bour-
bons, et porte un des prénoms de
Louis XVIII. Bien qu'ayant une
direction ecclésiastique, avec des
professeurs laïques, il est assi-
milé aux lycées de l'État, et ses
élèves prennent pari au concours
général.
l'n si paisible quartier devait
naturellement attirer les gens
d'étude. Beaucoup s'y sont lix«'-s,
y vivent encore; nous ne parle-
rons que des morts. 1^ rue d'.Vs-
sas est féconde en illustrations
de ce genre. La maison du n»28,
(lorte une lontiue inscription rap-
p'dant que sur n-l eiiiphiri'iiic-nt
était l'hôtel possédé par I.é.m
Foucault, et où il mourut, le 9 fé-
vrier i8t)8 ; que c'est là qu'en
18'il il avait fait la célèbre expé-
rience établissant la rotation de
la Terre par l'observation du
pendule. .\u n" 44 (ancien 12 de
la rue de l'Ouestj est mort Emile
Littré, le 2 juin 1881 ; même rue,
au n" 76. demeurait Michelei;
c'est dans le Midi, à Hyères, qu'il
mourut, mais c'est de là que par-
lit le grandiose cortège de ses funérailles civiles. Bae du Montiiamaue,
n°ll, demeurait et mourut Sainte-Beuve, le 13 octobre 1869; lui aussi
eut un enterrement civil qui lit grand bruit. L'n peu plus haut, de
l'autre côté de la rue, au n» 32, est une belle maison où Edgar Quinel
était venu demeurer en 18'i0 et que le coup d'État de 1831 lui fit aban-
donner...
Entre l'asile de l'historien et celui du critique, presque à toucher
ce dernier, s'élève le vaste immeuble qui abrite l'imprimerie, la
librairie et les bureaux de rédaction de la maison Lai'ousse. Toutefois,
c'est dans la rue Xotre-I»ame-des-Chainps, au n" 49, que l'éminent
encyclopédiste qui éleva le monument connu sous le nom de Grand
HOTEL Dr CERCLE DE L
(Boulevard Saint- ofi"
A LIBRAIRIE
nain.)
Pbot. NcurU«iD.
PLACE ET EGLISE S AIN T-SULPICE.
66
PARIS -ATLAS
dictionnaire universel du XIX' siècle en avait jeté les bases, et c'est là
qu'il mourut le 3 janvier 187b.
Parmi toutes les voies de ce quartier, deux seulement offrent quelque
animation : la rue de Sècrcs et la rue de Rennes; les autres offrent
toutes ce caractère de mélancolie que nous signalions tout à l'heure.
De la rue de Sèvres, mitoyenne avec le VIP arrondissement, pou de
choses à dire: au n° 11, la grande maison-caserne qui fut jadi
couvent des Prémontrés; puis, en continuant vers la périphérie,
d'autres couvents encore, alternant avec des habitations populeuses
et bruyantes. La rue de Rennes, elle, est gaie et vivante dans toute
son étendue et en tout temps; c'est une des plus grandes artères de
la rive gauche, d'abord parce qu'elle conduit à la gare Moulparnasso
et auRsiqu'elle aboutit à ces (juarliers si popuh'iix de Mnnlrouge et
.Moulpariiasse.
Les rues adjacentes nous reliendronl i)eu : la plus ancii'nne esl
rue de Vaugirard, si longue, si triste dès qu'on a franchi les gais pa-
rages du Luxembourg. Une maison religieuse y est restée, c'est l'an-
cien couvent des Carmes (à l'angle de la rue Cassette qui doit son nom
à l'hôtel de Cassel). La chapelle y est toujours ouverte aux fidèles ;
une autre chapelle, dite des Martyrs, a été construite en commémo-
ration du massacre affreu.x: qui fut fait dans ce couvent, en septem-
bre 1792, de plus de cent prêtres
détenus pour n'avoir pas voulu
prêter le serment ronslilutionnel.
L'Université catholique y a
aujourd'hui son siège. Plus loin,
du même côté, les vastes bàli-
mentsdupensionnat-ouvroir fondé
sous le vocable de Saint-Nicolas.
La me de Bagneux ne lire pas sa
dénomination du village, ni du
bois (ce dernier, un peu imagi-
naire) du même nom, ou du moins
est-ce indirectement. On a re-
trouvé mention d'un certain Pierre
(le Bagneulx qui avait là son logis,
dans la première moitié du xvi= siè-
cle. En la suivant, sans grande
crainte ni des voitures, ni du va-
carme de ceux qui l'habitent, nous
arrivons à la rue du Cherche-Midi,
dont le nom a une origine bifu
plus mystérieuse encore. Etait-ce
l'enseigne représentant un homme
qui cherche midi à quatorze heu-
res? On pourrait le croire, mais
les documents anciens la nom-
ment rue du Chasse-Midi, ce qui
est fait pour dérouter les étynio-
logisles. Faut-il admettre qu'elle conduisait à une remise de chasse
située vers le midi de la ville? Ce serait ingénieux, mais il faut consi-
dérer que jusqu'à 1832 elle ne portait ce nom qu'entre la ('roix-Rougo
et la rue du Regard; au d(dà, vers le midi, elle s'appelait rue des
Vieilles-Tuileries, puis rue du Pelit-Vaugiranl.
Des événements bruyants ont eu pour effet de faire beaucoup parler
L.\ HUE DU
LUXEMBOURG
£1J J
"■■i-ii'^i
L ÉGLISE NOïUE-DA.ME-DESCll A.MI'S.
ilu Cherche-
Midi, désigna-
tion synthétique
qui embrasse à
la fois l'hôtel du
Conseil de
guerre et la
prison mili-
taire, installés
vis-à-vis l'un de
l'autre, celui-là
dans l'ancien
hôtel de Vérue,
possédé ensuite
par le comte de
Toulouse, celle-
ci à la place de
la communauté
du Don-Pasteur,
qui déjà n'était
guère autre
chose qu'une
maison de réclu-
sion pour les
femmes égarées.
Un regard de
canalisation
ileau a servi à
baptiser la rue
du lieijard, bien
moins fréquen-
tée aujourd'hui
qu'au temps où,
la rue de Rennes n'existant pas,
ii-lle formait, avec la rue Notre-
Dame-des-Champs, une voie de
communication directe entre la
rue de Grenelle et l'Observa-
toire.
La rue de Flcurus a pris en 1798
le nom de la bataille où Jour-
dan vainquit le prince de Co-
Ijourg en 179i. Avant, c'était le
cul-de-sac Notre-Dame-des -
Champs. Les rues voisines, la
rue Duguay-Trouin, la rue Jcan-
Barl sont aussi calmes et reti-
rées qu'elle, en dépit do leurs
noms d'héroïques marins. Elles
ont été, ainsi que la rue Madame (Madame, femme du comte de Pro-
vence, plus tard Louis XVIII), crées au détriment du jardin du l.uxiiii-
bourg.
Resserré entre la Seine au Nord, la rue des Sainls-Pèii's à r(iui'>l,
la rue di' Seine à l'Est et la rue du Four au Sud, le quartier Saint-
Germain-des-Prés est le moins vaste de l'arrondissennMit. Ce pciii
espace renferme néanmoins |)lusieurs mon\iments importants; il
rappelle des souvenirs intéressants (|ui méi-itent bien ([u'on en pailr.
A l'origine, il consista exclusivement dans l'enclos et les déiiendancis
i\f l'ahhaye de Saint-(iermain-des-Prés. L'Université ac(iuit au xursièch'
Imite la région voisine de la Seine, au nord de l'abbaye, d'où le nom
de Pré aux clercs, dont la Chronique durègne df Charles IX, (h' Méi-iniée,
rt l'opéra-comique d'Iiérold nous ont fait un tableau plus aimalih'
qu'exact.
Il eu fut ainsi jusqu'à la fin du xvi" siècle, époqur (ni M.ii :;ih'i ili- de
Valois — la reine Margot devenue ermite après que llemi l\ lent
répudiée — s'y fit construire un hôtel, et funda un ciuivent d'Auuus-
lins contigu à celle demeure. Le couvent, supprimé p,ir la Hévnliilion,
fut choisi par Ah^xandrc; Lenoir pour y lecueillir, sniis le nom de
Musée des .Monuments français, toutes les d-uvics di' sculpture que
fournissait en si grand nombre la mainmise par la .Nation sur les
i-i;lises et communautés religieuses. La nn''inoire di' l.enciir doit èlie
honorée p,ir lous les amis de l'art, car c'est à lui, et à lui seul, i|u'oii
doit la conservation de pièces de premier ordre <lont le Louvie
■-'enorgueillit à bon droit. Après la regrettable dispi'rsimi de loulis
I es n'uvres, ordonnée en I8lti par Louis XVIII, l'Ecole des Beaux-
Arts fut établie la même année aux Augustins; elle y esl encore.
I.i'ulrée princi|iale est sur la rite Honaparte. (In pénèlie dans une
vaste cour où sont exposés de lieanx fragments île sculpture <le la
Renaissance française, provenant du cliàteMU de Caillou. Au bmd.
l'.Vr.VDK liK I/KCOLE COLONIALE.
SIXIf-MK AUnO.XDISSEMKNT
67
un li.Uiinont tiiiiilc'iiu', ili' giaiid ;iii-, CMiilii'iit la riche bibliolhèqufi
de l'École; ù droite, radriiinislration, les ateliers; sur le quai, la
façade de la salle Melpomène où se fait l'exposition des envois de
Rome et d'autres œuvres encore.
11 fallait un cadre élégant à un enseignement semblable. Les artistes
les plus éminents y forment nos futurs peintres, sculpteurs, architec-
tes, graveurs, par des leçons
WvFWTl
Itfcftïl
pratiques; le cours de chacun
d'eux constitue un « atelier»;
en outre, des cours théoriques
sont professés sur l'histoire de
l'art, la connaissance des pro-
portiiins du corps humain, etc.
L'École des lieaux-Arts, en un
mot, est une instilution indis-
jiensable à toute nation policée;
ci'lle de Paris a élevé et main-
tient très haut le drapeau de
l'art français.
Le nom de la rue des Saints-
Pùiei ofl're un bien singulier
c'Xi'Hiple de la corruption du
langage. Il y avait là autrefois
une chapelle dépendant de l'ab-
baye de Saint-Germain-des-Prés
et dédiée à saint Pierre ou à
saint Père, comme disait le
vieux langage. De saint Père on
a fait saints Pères,. Au xvii" siè-
cle, cette chapelle fut remplacée
par un hôpital, qu'adminis-
traient les Frères de la Charité;
il a été conservé avec des modi-
fications et des agrandissements considérables sous le nom J hôpital
de la Charité. L'entrée est rue Jacob et les bâtiments s'étendent le
l'ing de la rue des Saints-Pères jusqu'au boulevard Saint-Germaiu;
le rez-de-chaussée est converti en ma;.'asins dr l'uniuiene, loui's à drs
particuliers par l'Assistance publique. L'Académie de médecine,
fondée en lS2i), a son siège à l'extrémité Sud-Ours[ Je ce vasir élaMis-
sement,en attendant qu'elle aille s'installer dans l'iKMel construit pour
elle rue Bonaparte, à côté de l'École des Beaux-Arts.
En tournant à gauche sur le boulevard Saint-Ger-
main, nous trouvons l'hôtel de la Société de géogra-
et quelques pas plus loin apparaît le vénérable
clocher de l'église Saint-Germain-des-Prés. Véné-
rable, ce n'est pas tmp dire, car Paris ne possède
pas de monument religieux plus ancien. Fondée au
vr' siècle, sous l'invocation de saint Vincent, l'abbaye
de Saint-Germain-des-Prés fut placée peu de temps
a|)rès sous le vocable de saint Germain, évèque de
l'aris, qui l'avait consacrée et y reçut la sépulture.
Elle fut détruite au cours des invasions normandes
ES
FAÇADE DE LA MAISON LAROUSSE,
15, 17 Kl l',>. RUE MONTPARNASSE.
du 1.x* siècle cl sa restauration ne commença à élre entreprise qu'à
l'extrême fin du x« siècle, par les soins de l'abbé Morard. C'est de ce
temps donc que datent les assises de la grosse tour dont la partie
supérieure constituant le clocher était jadis fortifiée el crénelée. La
nef el le chœur sont un peu moins anciens; achevés seulement vei-s
le milieu du xu« siècle, ils offrent un modèle tout à fait précieux de
l'architecture romane. Ce style,
si noble dans sa simplicité, ap-
paraît peu à l'extéiitur, malgré
le dégagement dunl a bénéficié
le monument lo^^que le boule-
vard Sainl-<Jérmain a été percé;
mais à cette façade latérale, que
gâtent des constructions para-
sites du xvin' siècle, nous pré-
férons encore celle qui lui est
opposée, sur la rue de r.\^bbaye,
où derrière un lourd bàtimeol
se voient quelques travées pure-
ment romanes. L'intérieur con-
traste par la richesse de sa dé-
coration, avec la simplicité du
dehors; il ne faut pas s'en plain-
dre, car ce luxe est dû en grande
partie aux superbes peintures
d'Hippolyte Flandrin.
Au cours des deux derniers
siècles de l'ancien régime, les
religieux de Saint-Germain-des-
Prés rendirent leur maison cé-
lèbre dans le monde entier par
les remarquables travaux d'éru-
dition qu'ils y accomplirent, et
qui continuent à faire autorité aux yeux des savants. De là sont sortis
le Traité de Diiilomntir/ue de .Mabillon, la monumentale Hùtoire de Paris.
par Félibrien et Lobineau, l'Histoire de l'abbaye deSainl-Denif,dii même
Fi'libien, des Monuments de la monarchie française, par Montfaucon, pour
ne fournir que quelques-unes de leurs œuvres. Les Bénédictins étaiïnt,
au demeurant dans d'admirables conditions pour de tels labeurs; au
sein de leur cloître ils avaient à leur disposition une bibliothèque
PERSPECTIVE DE LA RUE DE R EN N ES. ^Priso do la gi~
exceptionnellement riche en documents originaux,
m.inuscrits et chartes. Elle n'a pas été, heureusement,
dispersée au moment de la Itévolution : la Biblio-
thèque nationale en conserve la majeui-e partie.
L'enclos de l'abbaye était très vaste. On peut se le
représenter comme un quadrilatère que limileraionl
les rues Saint-B.-noit, Jacob, de l'Echaudé et le bou-
evard Saint-tiermain. Des constructions charnianlessy
élevaient dont on ne peut plus parler que par ouï-dire :
le réfectoire, la salle capitulaire. la chapelle de la
Vierge, chefs-d'œuvre de l'architecture du sui« siècle
dus à Pierre de Montreuil. De ces bâtiments, rien ou
à peu près ne reste que le palais abbatial situé au
Xord-Esl du chevet de l'église, et dont la façade ouvre
68
PARIS- ATLAS
sur la rue .le l'Abliaye. Il l'ut construit en 1586, pour le cardinal de
Bourbon, alors abbé. Devenu maison particulière, siège de plusieurs
sociétés savantes, il fait regretter par sa grâce que Paris n'ait pas
conservé beaucoup d'édifices du même goût.
Sur la place, à l'entrée de la rue de Hennés, on a placé une statue
de Diderot dont la pose ne serait que prétentieuse si en
même temps elle ne prêtait à rire.
En suivant la rue de Rennes, qui n'appartient à ce quartier
que jusqu'à la rue du Four, on remarque à droite un beau
poi'Iail wnr siècle, décoré d'un dragon symbolique dont le
voisinage de la rue Sainte-Marguerite (aujourd'hui rue Gozlini
expliquait la présence. La légende veut, en effet, que sainte
Marguerite, engloutie par un de ces dangereux animaux, ait
pu sortir saine et sauve de son ventre, tel Jouas de celui de
la baleine. Ce por-
tail donne accès à l;i
cour du Dragon, qui
se relie à la rue du
même nom. Du
même côté s'ouvreiil
les étroites rues di
Sabot et Dcrnard-Pii-
lissy, amusants ves-
tiges du vieux Paris.
Les rues du Four
et de VEehaudc, qui
l'ermaientrenclùsde
l'abbaye doivent leur
nom : la première au
l'our banal des reli-
gieux, la seconde,
dit-on, à ce qu'avec
deux autres rues elle
formait un triani.'le
ditécliaudé, par ana-
logie avec le gâteau
de ce nom. Nous re-
gagnons la rueJacoh.
Sa dénominaliou ,
d'allure sénjiliqui'.
est au cun!rai[ !• loil
chrétienne; elle !■>!
due au v(]'U ipie la
reine .Maigni aecioii-
[ilitde bilir unaulel
de .laiob loi'>qu'elle
fonda le couvent des
Augustins.
La petite rue Vis-
conti a eu un grand
honneur lorsqu'elle
s'appelaitenc<jre rue
des .Marais-Sain I-
Gerniain, celui d'a-
voir vu naître Ua-
cinc (n" 11 actuel,
n" 19 ancien). Il y a
là-dessus une fort
intéressante communication de M. C
des amis des monuments parisiens.
Il est des rues qui semblent appi-opriiies ]iar avance au goùl, à
l'humeur de certains houimes. Qui, ])arnii les lecteurs de Mérimée,
s'étonnera qu'il ait demeuré rue des Beaux-Arts? Le nom de la rue,
l'aspect des maisons, le quartier, la peispeclive di- l'école des lieaux-
Arts, tout devait l'y attirer, l'y retenir. Llle avait été ouverte en IS'iii,
sur le terrain de l'ancien hôti I La Itocliefoucauld, et ci.da sans auto-
risation préalable, dit un arrêté préfiM-loral du li mars 1839 qui
impose aux propriétaires l'obligalion di! remplaci^r ])nr des grilh'S
de fer les char|)entes île buis ipii la fermaienl. Les grilles, nous
les avons connues. Elles ont élé iiilevées, elles aussi, il y a quelque
vingt ans, mais celle fois sans la moindre autorisation préfectorale.
Le quai Alalaquais (on écrivait autrefois Malaquest, mais cela n'ex-
plique pas mieux l'origine de son nom) commence à l'Institut pour
se terminer à la rue des Saints-Pères. A son extrcmilé orientale se
voit une statue de Voltaire par Caillé; il offre aux regards la magni-
-GliK.M.VlX-Dl-,.S-I'l;i:
POU TA H. I.ATKK AI-
I) i: SAIN r G i: K .M A I N - D K s - r h i: s.
fique perspective du l."U\re, qu'on ne se
lasse pas d'admirer; il a encore une parti-
cularité, c'est de rester le quartier général
de la bouquinei'ie en ]ilein air. Scellées
sur son parapet, les bdites pleines de bou-
quins et de luiMlinres se seri'ent l'une
contre l'autre, et, inmlirs (le\anl elles, les
bibliomaues, pi'esi|Ne idujours les inèmcs,
fureltent lièvicuseiuent, chercheurs éter-
nels du livre rarissime i|u'ils espèrent ac-
(|ui'r ir |Miurtiuclques sous de l'ignoiance du
iiianlianil. C'est là que (aniline de la Vie de
bohème venait, quaiul il était riche, em-
plir la poche aux langues étiangères de
son fameux paiilessus, là aussi que l'on
vit si siiuvent l'eu Maruiiei', de l'.Vcadémie
française.
Le quai .Mal;ii|uais était sa bibliothèi|ue,
il lui en gaida reeoniiaissance, car une
clause de son testament était ainsi conçue:
lies Nuiiiiaud, dans le liullelin
V.n souvciiii' des lieurcii\ iiionieiits c|iie j'ai pas-
sés au nillie» îles liouiiuiiiislrs des (piiiis de la rive j,'aiictie, iiioinents ipiL' je
coirq)lG paniii les plus agréablement inoiiveiueulés de mon existence, je lè^jup à
ces l)iavcs étalagistes une soiniue de mille l'i'aïu-s. .le désire que cette somme
soit employée par ces bons et liomiètes commerçants, (|ni sont au nondire de
cinquante environ & se payer nn diiicr et à passer une lienre pleine d'entrain en
pensant à moi. Ce sera mon remerciement pour les noml)renses lienips que ,j'ai
vécncs intellectuellemenl dans mes pronu-nades pn^sqne quotidiennes sur les
(piais allant du poid Royal au pont Saiid-Michel.
T.oieh.iiite rt ibdieali' atleiiliiiu d'uu vieill.ml, expriliiée en termes
d'uni- boididinie cbarniaiili-. Il \a sans due qui' le nnui de Xavier
Marinier est resté gravé dans l,i iin'uoiiie ile> lHiuquiiii>tes îles quais
de la rive gauche.
PAR;S
SIXIEME ARRONDISSEMENT
^
21
22
(24
Quartier delà Monnaie
, Je I Odéon
„ N^Df des Champs
„ S'Germain des Pré.
Echelle = i : 8.5oo
■^Mras: eicSy^"' M jj -^STESii ixumTu Tbolre ; '''«''
loin
" IliJ . - ,
Ç"3j de la Mptp.'iserin
PARIS -AT LAS
LA SEINE ET I.E VII' ARRONDISSEMENT VUS DU TROCADÉRO.
M)^VII:arrorLdisseîi'Leiit JS.
_ — ^^
LE PALAIS -BOURBON. — 25° qvartiep, : SA1NT-TH0MAS-B AQUIN. — 20^ .HAniiER : INVALIDES.
21= (.LARTIEU : ÉCOLE MILITAIRE. — 28= quartier : GROS-CAILLOU.
ROIS siècles ont concouru à la formation de cet
arrondissement, dit le Palais-Bourbon : le xvii<' a
vu se créer les deux premiers quartiers, le xviu=,
les deux autres, le xix<' enfin, et surtout depuis les
Expositions universelles, a déterminé, aux abords
du Cliamp-de-Mars, un mouvement de construc-
tiiins importanlis, mondaines, qui ont changé les
solitudes dautri'lnis en un séjour fort apprécié.
Le Ml» arnmdisMinent est limité au Nord par
la Seine ; à TEst, par l'axe du pont du Carrousel, de la rue des Saints-
Pères et de la rue de Sèvres, qui le séparent du VI° arrondissement
et du XV' arrondissement pour la partie de la rue de Sèvres, comprise
entre le boulevard du Montparnasse et l'avenue de Saxe; au Sud, par
Taxe de l'avenue de Breteuil, de la place de Breteuil et de la rue
Pérignon ; à l'Ouest, par l'avenue de Suffren.
Sa population qui, au dernier recensement, n'atteignait pas tout à
fait 100,000 habitants, appartient en grande majorité à la catégorie des
heureux de la fortune; la classe ouvrière ne s'y trouve que dans cer-
taines parties des quartiers du Gros-Caillou et de l'École militaire, et
pour une part assez faible.
Quartier Saint-Thomas-d'Aquin. — Les imposantes façades du
qu'ii Voltaire semblent annoncer et faire présager le caractère aristo-
cratique de tout le quartier. Jadis, ce fut le quai des Théalins, parce
qu'un couvent de cet ordre y était installé depuis 1648, sur l'emplace-
ment des maisons numérotées de la à 21. Le 30 mai 1778, Voltaire
mourut au n" 23, à l'angle de la rue de Beaune, ainsi qu'en fait foi une
Paris- Atlas.
inscription apposée par la Ville de Paris, et le 4 mai 1791, le Conseil
municipal de la Commune de Paris donnait au quai des Théatins le
nom de l'illustre écrivain.
Charles Boucher d'Orsay était prévôt des marchands lorsque, en
1704, un arrêt du Conseil d'État prescrivit l'ouverture d'un quai sur
la rive gauche de la Seine, à partir de la rue du Bac jusqu'à 400 toi-
ses (200 mètres) plus bas. C'est la partie que nous avons vue se trans-
former le plus complètement depuis linéiques années. En 1894. le café
d'Orsay, qui faisait le coin de la rue du Bac, a fermé ses portes pour
ne plus les rouvrir, en dépit d'une célébrité longue et paisible, qu'Al-
fred de Musset avait consacrée avant de prendre ses habitudes à la
Régence, et à laquelle une certaine affaire Sanlerre, en 1879 vnous
parlons pour les vieux Parisiens!, avait donné une note fortement
pimentée, k côté, est la Caisse des dépôts et consignations, ins-
titution d'État qui date de 1816; l'entrée principale est sur la rue de
Lille. .\ l'hôtel des Mousquetaires gris, avait succédé une caserne de
cavalerie placée sous le vocable de Bonaparte. Son emplacement est
recouvert par la partie orientale des bâtiments de la nouvelle gare
d'Orléans. Le beau palais de la Cour des Comptes, enfin, bâti si soi-
gneusement par Lacornée, décoré si luxeusement des fresques de
Chasseriau, a disparu à son tour. Ses ruines, encore qu'elles fussent
le plus lamentable témoin de la guerre civile de 1871, a>-aient fini par
devenir très parisiennes ; les poètes les célébraient, les botanistes
trouvaient une llore inconnue dans l'épaisse végétation que nngt-cinq
années y avaient laissé croître ; la zoologie se llattait d'y rencontrer
des espèces rares, et, comme les poètes, les oiseaux y chantaient.
70
PARIS -ATLAS
Au cours de l'année 1895, la restauration de l'édifice, avec
son ancienne destination, avait été votée, une commission de
concours instituée (arrêté ministériel du 18 mai), les archi-
tectes invités à concourir, un lauréat — M. Moyaux — pro-
clamé; tout cela faisait croire à un prochain accomplissement
de lœuvre; mais, peu après, la compa-
gnie d'Orléans entrait en pourparlers
avec le gouvernement pour acquérir, au
prix de" 10,500,000 francs, les terrains
de la caserne et de la Cour des Comptes,
alin d'y édifier une gare terminus plus
centrale, et finalement, dans sa séance
du 9 novembre 1897, le Sénat donnait
la ratification suprême à cette conven-
tion.
Les riverains des quais, du pont Sully
au pont Royal , ont déjà oublié ce que
leur a valu d'ennuis la construction de la
ligne, entièrement souterraine, qui a
coûté à la Compagnie une somme de
30 millions environ, et la nouvelle gare
d'Orléans s'est dressée au quai d'Orsay.
Magistralement construite par M. Laloux,
elle offre un point de vue des plus agréa-
bles aux promeneurs du quai de l'autre
rive. Sa façade est surmontée des statues
des trois villes principales du réseau :
Bordeaux, par M. Hugues, Toulouse, par
M. Marqueste, Natites, par M. Injalbert.
La décoration intérieure est due, de
même, aux meilleurs artistes. Un hôtel
terminus, contenant plus de trois cents
« numéros », prend jour sur les rues de Lille et de Bellechasse. De ce
fait, la rue de Poitiers, qui n'avait pourtant que 200 mètres de longueur,
a été raccourcie juste de moitié; entre la rue de Lille et la Seine,
elle n'existe plus. Dans quelques siècles, les étymologistes seront tentés
d'attribuer son nom au voisinage de la gare qui dessert le Poitou, en
quoi ils se tromperont car, au xvii" siècle elle existait déjà et s'appelait
rue Potier.
La rue du Bac est la voie la plus ancienne d'un quartier qui, nous
l'avons dit, n'est pas vieux. Elle date de la seconde moitié du xvi'^ siè-
cle. C'était alors un simple chemin de terre, ouvert à travers le
Pré-aux-Clercs, et servant exclusivement au transport des pierres
extraites des carrières de Vaugirard et de Montrouge pour la construc-
tion des Tuileries. Ces matériaux passaient la rivière sur un bac, d'où
le nom de la rue. Au siècle suivant, des communautés religieuses se
créèrent à Paris avec une ardeur qui ressemblait à de la frénésie. La
rue du Bac en eut six pour sa part, dont deux sont restées, au moins
en partie : le noviciat des Jacobins, fondé en 1632, est devenu le dépôt
(11- l'artillerie et de la marine; son église, placée sous le vocable
Saint-Thomas-d'Aquin est la paroisse du quartier; le séminaire
des Missions étrangères, ouvert en 1093 à l'angle de la rue de Baby-
lone, existe toujours ; sa chapelle est ouverte aux fidèles, fort noni-
STATUE DE CHAPPE (boulevard saint-germain)
MAISON MOKTL'AIUI'; I)E VU l/r A 1 1< K (I, m K du iiEArNK).
breux dans cette région. La belle époque de la rue du Bac fut le
temps de Louis XV et de Louis XVI ; le bon ton exigeait que l'on
eût un hôtel au « faubourg Saint-Germain », comme autrefois à
a place Royale, et la mode n'en est pas passée. Le ruisseau
[ue regrettait M"'= de Staël — si toutefois ce n'est pas de la Seine
qu'elle a entendu parler — arrose des
maisons qui ont presque toutes leur his-
toire. La rue a, d'ailleurs trouvé son his-
torien en la personne de M. Charles Du-
plomb, et pour le détail nous renvoyons
à son intéressante monographie. Si les
immeubles situés entre le quai et la rue
de Lille paraissent beaucoup plus jeunes
que leurs voisins, et ils le sont en effet,
c'est parce que la guerre civile a passé
par là. Six maisons furent « pétrolées » le
24 mai 1871, et n'ont été reconstruites
que ci'nq ans après.
Le général Schramm, qui a sa sépulture
dans le petit cimetière de la Courneuve,
près Saint-Denis, où il était châtelain, ha-
bitait le n° 24 ; il y est mort le 23 février
1884. Le n° 46 représente l'hôtel du fameux
banquier Samuel Bernard.
Quelques pas plus loin, on croise le
boulevard Saint-Germain. Ce point pour-
rait s'appeler carrefour Chappe, car au
centre se dresse un monument élevé à la
mémoire de l'inventeur du télégraplie
aérien et auquel l'appareil contre lequel
l'ingénieur est adossé donne un aspect
assez singulier.
Un peu au delà de la rue de Grenelle, à gauche, était l'une des
façades du couvent des RécoUettes, dont l'église désaffectée devint la
salle du théâtre des Victoires Nationales, puis la salle du Pré-aux-
Clercs. On y dansait; depuis, on y a fait de conférences ]io!iliques
et autres. Une plaque commémorative rappelle aux passants qu'au
n° 108 mourut Laplace; au u" 120 une inscription analogue signale
la maison mortuaire de Chateaubriand. Presque en face, commencent
les nouvelles constructions du Bon-Marché, toujours s'agrandissant
depuis la fin du second empire. A miiili<inner, plus bas, un autre
grand magasin de nouveautés, le Petil-Saint-Tliomas, dont les par-
chemins remontent jusqu'à 1810.
Le Pré-aux-Clercs, dont il a été dil un mot plus haul, ('■lail une vaste
prairie dont l'Université et l'abbaye de Sainl-(iermain-des-Prés se dis-
putèrent la possession durant des sièiies. La victoire resta finalement
aux moines. La rue de Grenelle (chemin de Gamelles) la limitait au
sud ; la rue du Bac la sépara en deux parties à peu près égales dans
le sens de la largeur, la rue Sninl-Dominiqite, dans la longueur.
Hôtels et couvents commencèrent à s'y élever sous Louis XIV. Que de
changements depuis lors! La rue Saint-Uominiiiue qui, on le devine,
devait Sun nom aux Jacobins ou Doniiniçains de Saint-Tliomas-
d'Aquin, se con-
fond maintenant
avec le boulevard
Sai nt -Germain
iiilre la rue des
Saints-Pères el la
rue de Belle-
chasse, et dans
ri'tte sertidii n'uf-
fie plus d'intérêt.
I.'i n te rminatile
niiératicm édili-
l.iire (|ui nous
vaudra le boute-
ru rd Jiasjiail est
"in d'être lernii-
■e; amorcé un
u partout, il m
■ i c hève nul! e
i al, et ne rend
ainsi (|ue d'insi-
gnifiants services
.1 la circulation.
I .a rue de Hrcnelle,
froide et sévère,
possède une m(;r-
veille au n° 57-59: favade uk i.é(.i.i>e s' tikim a^ h A(.m in.
'^^'
i
^MB:_i^^ 1
1
ï^F ^^K\ ~' .^^^^^^^^^^^^B
SEPTIEMI-: ARRONDISSEMENT
PERSPECTIVE DE LA RUE DE SÈVRES ET MAGASIN DU BON -M A R CH É.
la fontaine de Bouchardon, dont la construction fut ordonnée
en 1639. Le Mercure de France de mai 1746 en donne une description
complète sous forme de lettre de M'" à un ami de province. >'ous lui
emprunterons l'historique de la construction : « ... Vous êtes déjà
instruit que cette fontaine est située dans la rue de firenelle, assez
près de l'endroit où cette rue se croise avec celle du Bac. Comme
vous n'ignorez pas qu'il ne se trouvait aucune fontaine publique dans
tout ce grand quartier, aujourd'hui si peuplé, vous comprenez aussi
combien il était nécessaire qu'on en bâtît une; mais peut-être que les
raisons qui ont déterminé sur le choix de la place qu'elle occupe vous
sont inconnues ; vous ne sçavez peut-être que ci-devant c'étoit un ter-
rain vague appartenant aux religieuses récollettes, dont on pouvait
faire aisément l'acquisition au lieu que, partout ailleurs, la même
acquisition eût souffert de très grandes difficultés. J'ai cru devoir vous
faire en passant cette observation qui servira de réponse à eux qui
critiquent un peu trop sévèrement le choix qu'on a fait de cet em-
placement.
« Les arrangemens pris pour l'établissement de cet important édi-
fice, M. Turgot, dont la Prévôté sera mémorable à jamais par le nom-
bre, la grandeur et l'utilité des ouvrages dont i! a embelli la i'a|iitalc,
et Messieurs du Bureau de la Ville, jeltèrent les yeux sur M. Boui-liai-
don, sculpteur ordinaire du Roi, dont la réputation était grande d.ins
toute l'Europe, pour exécuter leur projet; ils lui firent faire des des-
sins et un modèle qui furent généralement applaudis, et l'on posa la
première pierre de l'édifice sur la fin de Tannée 1739... »
Suit la description, trop longue pour que nous puissions la repro-
duire. L'auteur y remarque que « tout y prend la forme pyramidale, si
recommandée, si bien mise en pratique par le fameux Michel-Ange.
De quelque côté que vous vous tourniez, quelque
partie que vous embrassiez, la disposition de tous les
objets vous dessine toujours une pyramide, et cepen-
dant, cet édifice est voilé avec tant d'adresse qu'il
faut en être a\-erti ou être plus qu'initié dans les
arts, pour l'appercevoir. » Rappelons que le groupe
de statues représente la Ville de Paris assise, ayant
à ses côtés la Seine et la Marne.
.\u n° 79 est l'ambassade de Russie, sur la-
quelle Paris et le monde entier eurent les yeux fixés
pendant les quatre jours d'octobre IH^H, où l'empe-
reur et l'impératrice de Russie y résidèrent. De
longtemps sans doute, la paisible rue Saint-Simon ne
reverra les cortèges magnifiques qui la parcoururent
alors. S'il les avait vus, le grand écrivain dont elle
porte le nom les aurait jugés dignes de son temps et
dignes d'être décrits par lui. Disons .'i ce propos qu-
Saint-Simon est né et mort dans le VII' arrondiss- -
ment : né dans un hôtel qui portait le n" 48 de la
rue des Saints-Pères, et que le percement du bou-
levard Saint-Germain fit disparaître en 1877. mort
rue de Grenelle, près de la rue de Bellechasse, dans
un enclos dépendant de l'abbaye de Pentemont, dont
l'église est devenue aujourd'hui un temple protes-
tant. C'est en 1879 qu'en son hoiim-ur la rue de la
Visitation fut débaptisée, le couvent dont elle rappe-
lait l'emplacement ayant disparu depuis loniilemps.
En face du débouché de la rue .'^ainl-Simon sur le boulevard Saint-
Germain, le ministère des Travaux publics expose ses longues
VUE DE LHOPITAL I.AÉNNEC.
façades, sur l'emplacement des hôtels de Roquelaure et du Lude, où il
a succédé au ministère de l'Agriculture. Il avait été auparavant installé
rue des Saints-Pères, dans les bâtiments qu'occupe aujourd'hui
MAISO.S MORIUAIKE DE C II A T E A U B K 1 A .N D ,1S
LA MAUUE DU VU- A K u 0 MiK^> K M L N T.
72
PARIS- ATLAS
l'École des ponts et chaussées, d'où sorlent nos ingihiieurs de l'Etat.
Dans la partie orientale de rarrondissement, il faut signaler, rue de
Sèvres, 16, l'ancienne Abbaye-aux-Bois, fondée là en 1654, et qui Tit tant
parler d'elle sons la Restauration. C'était à ce moment-là une simple
maison deretraile pourdames; elle est devenue communauté religieuse.
Le square des Ménages, qui la sépare des magasins du Bon-
de maisons ou d'hcjtels bien clos et dont aucun bruit ne vient, font
naitre la mélancolie. On n'est pas plus calme dans la ville la plus
calme de province.
A signaler dans la rue de Varcnne (lisez rue de la Garenne) le vaste
liôtel de l'ambassade d'Autriche-Hongrie, auquel fait face celui
de la légation du Saint-Siège, et enliu, dans la rue de Betlechasse,
LA FONTAINE DE MARS (rue saint-dominique).
LA FONTAINE DE BOUCIIAKDON (Rit; de grenelle).
Marclié depuis 186o ne doit pas cette domination patriarcale à une
fréquentation plus spéciale d'époux unis comme Philémon et Baucis,
mais simplement au fait qu'il occupe l'emplacement de l'hospice des
Ménages, maison de retraite pour les vieillards mariés, aujourd'hui
transférée à Issy.
1,'hôpitalLaënnec n'existe avec sa destination actuelle et son nom,
qui esl ci-lni d'un médecin, que depuis 1878. Avant, c'était l'hospice
des incurables fondé en ce lieu dès 1634, et qu'après la guerre on a
transporté dans des locaux bien plus vastes, à Ivry. La chapelle con-
serve la sépulture — heureusement retrouvée en 1899 — des deux
Turgot, le premier, prévôt des marchands, mort en 1731, le second,
son fils, qui fut avec Necker le seul bon ministre de Louis XVI, cl
qui mourut en 1781.
Si l'on revient à la Seine par les rues Vaneau et de Bellechasse,
dont l'axe fait la limite du quartier Saint-Tliomas-d'.V(|uin, on trou-
vera sans doute la promenade morose. Ces rues sileni:ieusos, bordées
à l'angle de la rue de Crénelle, les liàtiments de la direction du
génie et ceux d'une caserne d'infanterie dite île Bellechasse, qui ont
succédé à l'abbaye de Penlmiont dont nous parlions tout à riicure.
Quartier des Invalides. — Au mois d'avril 1674, le roi signait
un édit '1 perpétuel et irrévocable» aux termes duquel il fondait
I. rilùiel royal que nous avons qualifié du titre des Invalides, leiiuel
nous faisons construire au bout du faubourg Saint-Cerniain jiour le
logement, subsistance et entretènement de tous les pauvres officiers
et soldats de nos troupes qui ont été ou seront estropiés, ou qui,
ayant vieilli dans le service en icelles, ne seront plus capables de
nous en rendre ». C'était, énoncée dans une forme assez incorrecte,
la plus louable et la plus humanitaire fondation, mais l'idéi; n'en
levenait pas à Louis XiV. Henri IV et Louis XIII avaient, avant lui,
songé à ces pauvres officiers et soldats; ils leur avaient alTeclé le
château de Bicélre; Louis XIV eut le mérite de leur consacrer un
élahlissement en rappoi't avec leurs services... et sa ju'upre gloire.
A.MliASSADE D AU-i:.M AO.Nli {nVH un Lii.Liij.
K.NlllliE IJIO L A.MUAS.^ADli DE UUSbIE (.iiUE l>u oitn.MiLLiiJ.
SEPTIEME ARI'.ONDISSEMKNT
T'I
Li! "bout du f;iul)ourg Saint-Germain »
était à cette époque une siiiiiile plaine,
l'ancienne garenne dont Grenelle a reçu
son nom (^t qui, vei-s le Suil, s'élendail
jusi|u'au village d'Issy. Halayé par les
vonls du Sud et de l'Ouest, avant qu'ils
aient passé par la villi', clic élait |i,iilii'u-
lièrement salului', et en coiisi'miui'uci',
fort bien choisie.
Déjà, nous avons eu occasion de consta-
ter que l'architecture civile, au temps de
Louis XIV, avait fourni de bien uiiMlIcurs
types que l'arcliilecture des églises. Par
une heureuse exeeplion , l'hôtel des
Invalides olfre dans son ensemble un
ra|ipio(liiMiu'nt également remarciuabb;
des deux styles. L'iiôlel, vu de l'extérieur,
ou lorsqu'on y a pénétré, a très grand
air et fait honneur à l'architecte Libéral
Bruant qui l'a construit. L'église, dédiée
à saint Louis, dont le même architecte
avait commencé la construction et que
Jules Hardouin-Mansard acheva, n'a pas
cet aspect triste et froid des paroisses
parisiennes bâties à la même époque : son tombeau de i.'EMPerel'r
dôme, fameux entre tous, lui assure pour napoléon i".
toujours l'admiration non seulement du
grand public, mais aussi de tous les con-
naisseurs. 11 constitue, à vrai dire, une seconde église formant l'ab-
side de la chapelle proprement dite, Saint-Louis-des-Invalides, qui
est encastrée dans les bâtiments de l'hôtel, et il a une façade spé-
ciale, de la meilleure architecture, ouvrant sur la place qui porlc ac-
tuellement le nom de Vauban, mais qui alors formait une esplanade
aussi vaste que celle de la façade opposée. Les voûtes de la couimle
sont ornées de peintures de Lafosse et Jouvenet; les murs des
chapelles, disposées en forme de croix grecque, portent une décora-
tion picturale de Boullongne et de Doyen.
Mais la « gloire » des Invalides, c'est le tombeau de Napoléon I<^'';
les étrangers, et bon nombre aussi qui ne le sont pas, inclinent à
croire que la coupole a été construite pour abriter les cendres de
l'Empereur et en font tort cà la mémoire de Louis XIV. « Je désire,
avait écrit l'exilé de Sainte-Hélène, que mes cendres reposent sur les
rives de la Seine, au milieu de ce peuple français que j'ai tant aimé. "
La Restauration ne pouvait guère satisfaire à ce vœu; le gouverni'-
ment de Louis-Philippe y accéda. Le IS décembre 1840, le cercueil
de Napoléon, ramené de Sainte-Hélène, était déposé dans la chapelle
Saint-Jérôme, sous la coupole des Invalides, et aussitôt un concours
fut ouvert entre les architectes pour le projet d'un tombeau définitif
et monumental. Les plans de Visconti furent agréés; ils consistaient
à ouvrir au centre de l'église, sous le dôme même, une large cavité
circulaire qui ne serait pas refermée, et dans laquelle un mau-
solée magnifique contiendrait le cercueil rapporté en France. Les
travaux durèrent longtemps, car l'inauguration solennelle du monu-
ment n'a eu lieu q>ie le 2 décembre 1861. Napoléon III y [irésidait.
L'e'jilanade des Invalides, qui offre à
l'édifice une si majestueuse perspective
jusqu'aux Champs-Elysées entre k-s py-
lônes du pont Alexaudie III, ne reçut
ses six i-angs de quinconces qu'en IT-oO,
mais elle avait été créée en inêni"
temps que Illôlel même des Invalid»--
l'romeiiad',* onibn-use, mélaiicoliqu-
parfois [)eu sûre après la tombée de U
nuit, elle n'offrait guère de charmes
qu'aux Iiabitaiils du voisinage, ce qui
u'empèclie qu'il y eut une levée en
FAÇADE SUD ET DÔME DE I.IIÔTEL DES INVALIDES.
masse de tous les Parisiens lorsque, à l'automne de 1893, la nouvelle
se répandit que la Compagnie du chemin de for de l'Ouest allait y
inslaller une gare tète de ligne pour ses trains de Bretagne. Lue i.Mie.
dans celte forêt d'arbres et de souvenii-s! La gare des Invalides a
été faite, cependant, mais de façon à ne pas violer l'esthétique, car,
par une ingénieuse disposition, ses bâtiments supérieui-s déjvissenl
de peu d'élévation le niveau du sol, et ont le mérite d'une réelle
coquetterie. Deux séries de trains y aboutissent : ceux qui viennent
de la gare Saint-La/.are par la ligne de Ceinture et l'enibranchenienl
de Courcelles au (Miamp-de-Mars, et ceux qui. se détachant à Ver-
sailles de la grande ligne, rejoignent la ligne des Moulineauxpar »me
voie en jiarlie souterraine qui passe sous les bois de Meudon et d-
Cliaville. Pour ces derniers, la traelion est électrique entre les ln\. -
lides et Versailles, en raison même du tunnel de .Meudon, long d.
4 kilomètres, et dont la disposition en lacets rendrait l'évacualion de
la fumée presque impossible.
.V l'anub' .\.-E. de l'Esplanade s'élève le ministère des Affaires
étrangères, dont seule, la façade sur le quai d'Orsay est réell
ment digne, par son ordonnance à la fois élégante et majestueuse, J'u
édifice où fréquentent les représentants des puissances étrangères. '
a été construit par Lacornée, le même qui avait bâti le palais de .
Co\ir des ('omples.
A (•.".lé. un p.u iMi r.'trail et .lissimulé par un massif de verdur. .
est l'hôtel du président de la Chambre, ancien hôtel de Lassa
PARIS- ATLAS
contemporain du Palais-Bour-
bon, commencé en 1721 pour la
duchesse de Bourbon, et auquel
le prince de Condé fit apporter,
à partir de 1764, tant de coûteux
embellissements, lorsque, aban-
donnant son hôtel voisin du
Luxembourg, il eut décidé de
faire, à l'avenir, de celui-ci, « le
palais des premiers chefs de sa
maison». C'est de ce temps que
date notamment la création de
la place du Palais-Bourbon et la
déviation de la rue de Bowyogne,
i|ui avait été ouverte dès le coni-
iiii-iiriMnent du siècle. Devenu
Chambre des députés, le
l'alais-Bourbon est un des mo-
numents les plus connus des
Parisiens qui le désifiinent rare-
ment sous son nom primitif, ou
l'appellent encore quelquefois
le Corps législatif, mais sa façade
]irincipale est devenue secon-
daire depuis qu'à la place de
l'ancienne terrasse du bord de
l'eau, si charmante d'après les
gravures du xviii" siècle. Napo-
léon I"'' fit construire par Poyet
le grandiose placage d'architec-
ture aux douze colonnes qui fait
face au pont de la Concorde. Au
fronton, Cortot sculpta un large
bas-relief dont la France, en-
tourée des divinités qui font sa force, occupe le centre. .\u bas du
perron, groupées deux à deux de chaque côté de la façade se dressent
les statues quelque peu massives de Sully et du chancelier de L'Hospital,
de Colbert et d'Aguesseau.
Le projet d'un pont reliant la place Louis XV au Palais-Bourbon, sous
le nom de pont Louis XVL avait été approuvé en 1786. Perronet, qui,
peu d'années avant, s'était illustré à bâtir le pont de Neuilly, fut chargé
de cette nouvelle œuvre. Il résulte de documents précis qu'à la lin de
1787 il avait touché 100,000 livres d'honoraires pour l'étude du jdan et
six mois de surveillance des travaux. Le pont ne fut achevé f[u'en 1791
FOSSKS ET JARDINETS DE L'IIOTEI. DES INV.VI.IDES
et sa dénomination passa parles
mêmes vicissitudes que celles
de la place où il conduisait. C'est
en 1795 qu'il fut définitivement
nommé pont de la Concorde.
11 serait imprudeal d'aflirmer
ipie sa construction fut achevée
à l'aide de pierres provenant de
la démolition de la Bastille : on
n'en est rien moins que sûr. Ce
>\n\ est certain, en revanche,
c'est que, en 1813, Napoléon I"
avait confié à douze sculpteurs
l'exécution de douze statues de
gi-néiaux, au prix de 2o,000 francs
rliacune pour la décoration du
ponl. Ce projet n'eut pas de
suites; la Restauration le reprit,
celle fois en l'honneur de grands
hommes de l'ancien régime :
Condé, Duguay-Trouin, Du Gues-
clin, Turenne, Sully, Colbert,
Suffren, Richelieu, Bayard, Du
Ouesne, Suger, Tourville. Les
statues furent faites et installées;
mais, en 1837, on dut les enlever,
car leur masse excessive était
fâcheuse pour l'œil et allait
même jusqu'à compromettre l;i
solidité du pont : elles allèrent
décorer la grande cour du châ-
teau de Versailles, elles y sont
encore aujourd'hui.
Les édifices adminislralifs
sont flirt niimlii-eiix d.ins la partie orientale du quartier des Invalides.
Le palais de la Légion d'honneur occupe le quadrilatère formé
par les rues de Bellechasse et de Sull'erino, le quai d'Orsay et la rue de
Lille. C'était l'hôtel de Salm-Salm, bâti en 1786 avec une rare élégance,
encore qu'un peu mièvre. Après que M"" de Staël y eut vécu quelque
temps, il fut affecté, sous Napoléon \"' même, à l'ordre de la Légion
d'honneur. Les flammes, cpii, en 1871, détruisaient la Cour des
Comptes, ne l'épargnèrent [las, mais on a pu le réédilier avec sa grâce
|)rimitive. L'ambassade d'Allemagne occupe un bel hôtel, rue de
l.ille, 78. — De l'autre n'ilé du Imnlevard Saint-tîermain, le ministère
s U )■; I ,s 1 )•: li I !•; I I : !■. i > j , ] , a
l'Iiul. .NcurJaii
lIAIlil.l.lC l)i;s INVALIDES.
ENTKK1-: Noun lU'; i,nôTi:i. dios in v ai.idks.
de la Guerre mIh', sni- I.- I.nnli\.iiil, une laïade relalivi- lit
neuve, ayii'mchli'i- d'nne tunr dont l'utilité <'st diM-ntalde, et sur la rne
Saint-Dominique occupe les bâtinu'uts de l'ancien couvent dis l'illes
(II- la Providence ou di^ Sairit-.losepli, l'onilé là en 16'iO.
Dans la rue de (;n'ni lie, le ministère de l'Instruction publique
s'esl installé dans l'ancien Inilel de .N.iv.iilli-. Il y est iiiiloyen avec l;i
mairie de l'arrondissemenl, élaldie dans l'aniien Imtel dniil le m.in''-
I liai de Villars avait confié la conslru<,lion à l'an Intii te L.dion. - V'.n
lare de ces édifices, les liâlimenls ilc l'administration générale
des postes et télégraphes, bien plan > à i ôiê dn ministère du
Commerce, des Postes et de l'Industrie, ilmil elle njève.
i'ln> li.i--, piMpiaiix hn.diili's, l'archevêché occupe, après lanibas-
SEPTIÈME ARRONDISSEMENT
sade d'Autriche, l'ancien liolel du Chàtelet, depuis que le pillage du
palais voisin de Xotie-Dr.me eut forcé rarchevèque à chercher une
autre demeure.
Rue de Varenne s'élève le coquet ministère de l'Agriculture. —
Un dossier des .archives nationales nous apprend qu'une ordonnance
royale du 18 mai 1838 a autorisé « le sieur Barbet de Juuij à ouvrir une
rue sur ses terrains, entre les rues de Varenne et de Babylone >>. C'est
le père, sans doute, d'un archéologue qui a fait honneur à la science
française. — Xn delà, l'aristocratique couvent du Sacré-Cœur étend
son domaine de la rue de Varenne à la rue de Babylone.
L'église Sainte-Clotilde est la paroisse de cette région. Sa fonda-
tion fut ordonnée par une délibération municipale du 19 décembre 1843
et entreprise sous la conduite de l'architecte Gau, puis de Ballu : elle
a été consacrée en 1837. Ses deux flèches, que l'on voit de loin, lui
donnent l'air d'une cathédrale gothique, mais à l'examiner de près,
l'on se rend compte que l'art de fouiller la pierre, si familier au moyen
âge, a été ici tout à lait négligé. La clientèle paroissiale est parmi les
plus aristocratiques de Paris.
Quartier de l'Ecole militaire. — Louis XIV avait donné l'abri des
Invalides aux nfticirrs et soldats blessés ou vieillis sous le harnois ;
Louis XV voulut rondrr un^ éiole modèle pour former des ofliciers
dans l'art de
la guérie. Le
parallélisme
des deux in-
stitutions est
marqué dans
les termes
mêmes des
lettres pa-
tentes de
janvier 1751
qui créèrent
1 Ecole mi-
litaire : « Enfin, nous avons considéré que si le feu roi a fait construire
l'hôtel des Invalides, pour être le terme honorable où viendraient linir
paisiblement leurs jours ceux qui auraient vieilli dans la profession de>
armes, nous ne pouvons mieux seconder ses vues qu'en fondant une
école où la jeune noblesse qui doit entrer dans cette carrière puisse
apprendre les principes de la guerre... » L'École devait recevoir •■ cinq
cents gentilshommes nés sans biens ". Sa construction, dans la plaine
de Crénelle, fut confiée à Gabriel, le brillant architecte des hôtels de
Phot. NeurJ-u
VUli UU P.\LA1S DK I.A I.KCION DIIONNEI'R.
COLR DU 1».VL.\IS UE LA I.liOIO.\ DlU>>MiL"K.
7G
PARIS- ATLAS
ENTRÉE DU MINISTÈRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES
(rue de CO-NSIAXTINEJ.
L'Institution nationale des jeunes aveugles a pris possession
de ses liàtimeiits, à l'angle de la rue de Sèvres et du boulevard des
Invalides en 1843. La statue de Valenlin Haiiy est placée dans la cour
d'honneur qui précède la façade. On lie pouvait mieux choisir pour
honorer la mémoire de celui qui, le premier, s'ingénia et réussit à
donner l'instruction, souvent même le talent, aux malheureux qui ne
doivent jamais connaître la lumière.
On se trouve être là dans une des régions des plus tranquilles de la
ville. Il n'est pas de rues plus calmes que les rues Bertrand, Duroc,
Éblé, Oudiiiut, malgré les noms de brillants guerriers qu'on leur a
donnés, que la rue Monsieur, ouverte en 1778 sur la demande de
Monsieur, frère du roi. Le couvent des Oiseaux, la maison des frères
Saint-Jean-de-Dieu, d'autres monastères encore y occupent de vastes
enclos; le seul bruit qu'en entende est celui des cloches, à intervalles
lents et réguliers; c'est la paix des cloîtres.
Vers le milieu du .^ivii' siècle, le quartier du Gros-Caillou s'.ip-
pelail CI marais du faubourg Saint-Germain " ; sun nom pilloresque lui
vient d'une grosse borne qui servait à délimiter les censives des
abbayes de Sainte-Geneviève et de Saint-Germain-des-Prés, pro-
priétaires à peu près également de toute la plaine de Grenelle. Les
maisons ne commencèrent à s'y grouper que sous Louis XV' et c'est en
173o qu'y fut décidée la fondation d'une paroisse. Comme aujourd'hui,
les rues de Grenelle, Saint-Dominique et de l'Université étaient les
principales artères du nouveau quartier; des voies secondaires les
reliaient entre elles: la rue de l'Église (actuellement rue Cler), la rue
la place de la Concorde, et elle
peut passer pour un chef-d'œuvre.
La façade principale sur l'avenue
de la Motte-Picquet comporte une
décoration de dix colonnes corin-
thiennes surmontées d'un entable-
ment, également corinthien. Sou-
cieux du beau, Gabriel a traité avec
non moins de soin l'autre façade
donnant sur la place de Fontenoy,
que décore un monument qu'on
trouvera peut-être un peu grêle
pour être dédié « à la gloire des
armées ». L'institution de l'École
militaire n'atteignit même pas
l'heure de la Révolution ; suppri-
mée une première fois en 177(5, elle
le fut déflnitivement en 1787. De-
puis, la majeure partie des bâti-
ments a toujours été affectée au
service d'une caserne ; mais, comme
pour revenir aux traditions d'ori-
gine, l'École supérieure de guerre y
a son siège ainsi que divers comités
techniques de la science mili-
taire.
Saint-François -Xavier est
l'église paroissiale du quartier.
Son orientation bizarre s'explique par le fait qu'elle devait terminer
la perspective d'un boulevard partant du pont du Carrousel, et qui
n'a jamais été fait. L'édifice, construit avec élégance, a été livré
au culte en 1874; il a eu pour architectes MM. Lusson et Aihard.
FAÇADE DU MINISTÈRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES sur le
de la Vierge, absorbée par l'avenue Uosquel, la rue Saint-Jean ou des
Cygnes, devenue rue .lean-Nicot.
iMili-e le ]Miiil des Invalides et la passerelle de Passy, qui bien
enti-ndii. n'ixi>laiiril pas alors, la Seine formait une île qui s'appelait
FAÇADE DU MINISTERE bL LA
Il AM IIIU'; 1M'.>. lll-.l'f 1 h.-».
SEPTIEME ARRONDISSEMENT
77
dopuis r.oiiis XIV lie des Cij'jnes parce que le roi l'avait allecti'-e à la
n'sidoncc de qucl(|ucs-unsde ces gracieux oiseaux, et qu'il ne faut pas
confondre avec l'île des Cygnes actuelle, silu(!e entre la passerelle de
tique menace produisit son effet et le pont fut épargné. Une ordon-
nance royale du mois de Juillet suivant lui ilonna le nom de pont des
Invalides. Il redevint pont d'Iéna sous Loui:5-I'liili|>pe. En lttô3, on a
FAÇADE DE LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS (qiai d'orsay).
Passy et le pont de Grenelle. L'entreprise de réunir la première à la
terre ferme, en même temps que le prolongement du quai d"Orsay,
fut crimmencée en 1773, mais des contestations de propriété entre
la Ville et l'État, les événements politiques aussi, firent qu'elle ne
fut achevée qu'en 1813. C'est sous celte vallée comblée que court
la nouvelle ligne de chemin de fer entre les Invalides et le Champ-
de-Mars.
La manufacture des tabacs d b- magasin central dss hôpi-
taux militaires, If dépôt des marbres de l'État sont coiislruiis
sur l'ancienne ile des Cvi-'nes.
L'église Saint-Pierre-du-Gro3-CaiIlou a été reconstruite, de
fond en combli'. sur l'emplarenient de l'ancien édifice, de 1822àl823,
par Godil''. Cr>[ un uiniuniiriit insignifiant.
Le pont des Invalides date de CliarlesX, sous le nom de pont
d'Antin. C'était alors un pont sus-
pendu, en fil de fer : il a été re-
fait, en pierre, en 18bo et réédilié
presque entièrement en 1881 à la
suite d'une débâcle de glaces sur-
venue en 1880.
Le pont de l'Aima rappelle la
victoire remportée par nos troupes
pendant la campagne de Crimée,
le 20 septembre 1854. Sa construc-
tion était déjà entreprise. Il est
décoré de quatre statues de sol-
dats français qui ont très bonu''
allure.
La conslruclion du pont d'Iéna
fui commencée eu 1809 et achevée
(jualre ans plus tard. Son nom
faillit le perdre. Lorsque les Prus-
siens entrèrent dans Paris, en
18L'i, le feld-maréchal Bluch.r
ordonna de faire sauter à la minr
un monument dont le vocabh'
était une insulte à sa nalinii.
I.Duis XVIII, ([u'au même momenl .
piiurtant, les alliés réinlégraieiil
sur le trône, eut le grand méi ih
de s'opposer avec la diTriièir
énergie à cet acte de vandalisnir.
Il écrivit sur-le-champ au roi de
Prusse un billet des plus coura-
geux: «... Je prie V. M. d'inter-
poser son autorité; c'est une grâce
que je lui demande. Si toutefois
vous ne vouliez pas me l'accorder,
je me bornerai à vous inviter à
me faire savoir l'heure où l'iui fiia
sauter le pont, pourque j'aiib? me
placer au milieu. » Cille palrio-
IIORLOGE DU MINISTÈRE DE LA GUERRE
(bouliîvard saint-germain}.
[ilacé à cha-
cune de ses en-
tré e s deux
groupes d'é-
cuyers : un
grec, un ro-
main, d'une part; un arabe,' un gaulois, d'autre part, maîtrisant des
chevaux. Ce sont des œuvris médioiies et d'une crudité choquante.
La description du Champ-de-Mars, les destinations si diverses
qu'il a reçues depuis cent cinquante ans demanderaient, pour être
exposées en détail la matière d'un volume. Long de 983 mètres, large
de 423, il fut d'abord le champ de manœuxTes affecté aux exercices de
l'Ecole militaire. En 1790, pour la fête de la Fédération, on le borda
de talus en terre; les douze mille ouvriers einpluvés à ce travail ne suf-
78
PARIS -ATLAS
flsant pas à la tâche, ce furent les habi-
tants eux-mêmes de Paris et des environs
qui vinrent les aider à l'achever pour la
date voulue, et l'on sait quel enthou-
siasme indescriptible recueillit cette pre-
mière grande fête pacifique de la Révo-
lution. La Fédération y fut commémorée
encore en 1791 et en 1792... La même
année, quand la patrie fut proclamée en
danger, c'est au Champ-de-Mars que les
volontaires accoururent pour se faire en-
rôler en foule.
Puis, ce furent, jusqu'à l'Empire, les fêtes
républicaines de la Liberté, de l'agricul-
née 188(3, M. EilTel, ingénieur civil, lit
agréer par le gouvernement le projet d'éle-
ver au Ghamp-de-Mars, pour l'Exposition
de 1889, et cela à ses risques et périls,
une tour toute de fer, haute de 300 mè-
tres, c'est-à-dire dépassant de 125 mètres
le monument le plus élevé du monde
entier, la tour de Washington. Quand le
dessin en fut produit dans le public, il y
eut de nombreuses protestations d'artistes
et d'écrivains, déclarant qu'une pareille
construction déshonorerait la beauté de
Paris. On jugera par cet extrait de l'ar-
deur qu'apportaient les protestataires dans
-PIKKRE DU GKOS-CAILLOU.
(ure, la pompe funèbre
i-n l'honneur de Hoche.
Tue exposition des pro-
duits de l'industrie (la
première exposition
française qui ait eu lieu)
s'y ouvrit le 19 septem-
bre 1798. Na|i(ilé(iu '' y vini (hnix fuis en grande solennité : le 5 dé-
cembre 1804 pour distribuer les aigles à l'armée, le 2 avril 1815 pour
présider au banquet olfert, en l'honneur du retour de l'île d'Elbe,
à la garde nationale par la garde impériale. Pendant la Restaura li un
et sous Louis-Philippe, les revues de la garde nationale se passèivni
au Chaniji-de-Mars. Entre temps, on y faisait des courses de chevaux.
Le second Empire y convoqua aussi, pour des revues solennelles, les
troupes de la garde impériale et de la garnison de Paris.
L'Exposition universelle de 1867, la seconde de ce genre qui ait eu
lieu à l'aris, se tint pour la première fois au Champ-de-Mars; le Palais
de l'Industrie avait suffi à la première, celle de 1855. Déjà, il faut
remonter loin dans le cours des souvenirs, ou consulter les documents
contemporains pour se rappeler son élégant palais de forme elliptique
et le parc si coquet ([ui l'in-
tourait.
Dès lors, la période uiidé-
ciraale des expositions uni-
verselles était créée, beaucoup
par le liasard. L'Exposition
de 1878 n'eut au Champ-de-
Mars, comme celle de 1867,
que des constructions éphé-
mères. Il était réservé h celle
de, 1889 «le doter ce terrain
de (|ueli|ues monuments sta-
l)ies, et ](ar suilr', de néces-
siter sa désaffectation déli-
iiitive comme terrain mili-
taire, dépendant jusipie-là du
niiiiislèr<- ilc; la (iucrre.
C'est (le le li'iiips que ila-
i.iil il tour Eiffel et l;i ga-
lerie des Machines, qui, à
des tilles divers, [liais léali-
saiit toutes deux le triomiihe
de la métallurgie, sont res-
tées des constructions inlini-
m'-r>t curieuses h visiter.
Au commencement de l'an-
A I N r - 1 1 : A N I
la manifestation de leur
indignation :
« ... Il suffit, d'ail-
leurs, pour se rendre
compte de ce que nous
avançons, de se figurer
un instant une tour
vertigineusement ridicule, doiuiuanl l'aris ainsi ciu'unr gigantesiiue
et noire cheminée d'usine, écrasant do sa masse barbare ÎNotre-Danu\
la Sainte-Chapelle, la tour Saint-Jacques, le Louvre, le dôme des
Invaliiles, r.\rc de Triomphe, tous nos niunununts humiliés, toutes
nos architectures rapetissées, qui disparaîtront dans ce rêve stupé-
liant. Et pendant vingt ans nous verrons s'allonger sur la ville entière,
frémissante encore du génie de tant de siècles, nous verrons s'al-
longer comme une tache d'encre, l'ombre odieuse de l'odieuse colonne
en tôle boulonnée... »
Tout cela él;iit fort exagéré, et l'uii til liiiii i\r ne pas s'arrêter à ces
déclamations, car, en réalité, si le luimunieut ne dégage pas une somme
considérable d'esthétique, il ne s'impose pas moins à l'admiration
par sa hauteur, sa hardiesse et la légèreté apparente d'une force qui
résiste aux plus redoutables
leiupêles observées jus(|u'ici.
La galerie des Machines,
elle, n'avait pas rencontré
de détracteurs. Ûiùivre de
.MM. Dutert etContamin, elle
n'a pas routé moins de six
millions et demi. C'est la nef
sans supports intermédiaires
la plus large (|iii ail jamais
('■II'' eoiisllilile, e| c'est là UH
iiM'rile appi'iM-ialde. Cepeii-
daiil, en rhoiiiiiMir de l'Ex-
posilioii de 1900, on a ciu
devoir y insciire, comme di-
i.iieiit les nialliénialiciens,
1 salle des tètes i|lii en
oi( iipe il' cenlre et di'lrilit
ainsi l'ellel de la grandiose
peispeitive tant admirée en
1889. Ces rés.'rves faites, il
loinient di' louer l'u'uvre i\'-
l'architecte, M. Hauiin. Le
vaisseau, de forme circu-
laire, peut contenir environ
qniii/e mille peisonnes; une
I.NsniUT NAIIO.NAI, lilCS .JKU.Nli.S A V K U IJ LhS.
SEPTIÈME ARRONDISSEMENT
79
Fnyl. N*îtrd*ta.
FAÇADE DE L ÉCOLE .M I L IT A 1 1; K.
coupole le recouvre, par laquelle la lumière pénètre à travers un vitrail
qui lui donne des tons très doux et fort agréables à l'œil. Sur les
retombées de cette coupole se voient de grandes compositions pictu-
rales dues à MM. Flameng, Cormon, Rochegrosse et Maignan.
Une description détaillée de lE.xposition universelle de 1900 ne
saurait entrer dans notre cadre, mais il est impossible de ne pas dire
quelques mots de ses origines, de sa conception et des merveilleuses
manifestations du génie humain que la dernière année du xix= siècle
aura vu s'y accomplir dans leur radieux épanouissement; c'est, pour
le livre d'or de Paris, une des plus belles pages, et elle vient ici bien
à sa place, dans les annales du VU" arrondissement, qui a fourni à
l'œuvre une si large part de son territoire.
Un décret du 13 juillet 1892 décida qu'au printemps de 1900 Paris
ouvrirait, pour la cinquième fois dans le cours du siècle, ses portes
aux travailleurs du monde entier. Dans le rapport motivant ce décret,
le ministre du Commerce s'exprimait ainsi : « Le sentiment qui se
dessina aux derniers jours de 1889 a pris corps, il s'affirme, pressant
et irrésistible; il demande que l'intervalle qui, depuis quarante ans, a
séparé nos Expositions universelles de IS.oo, 1867, 1878, 1889 ne soit
pas dépassé. Le gouvernement ne pouvait manquer de s'associer à ce
vœu unanime, conforme à la tradition constamment suivie; il n'a pas
cessé de se préoccuper des dispositions préliminaires à prendre, et il
croit le moment venu de sortir de la période purement préparatoire
pour entrer dans celle de l'exécution... Les progrès réalisés, ceux qui
s'achèvent sous nos yeux permettent d'entrevoir » spectacle dépas-
sant encore par sa splendeur celui qu'il nous a éMjMonné d'admirer.
Quelle qu'ait été la magnificence des Expositions. précédentes, elles
sont inévitablement éclipsées par les Expositions nouvelles, qui jalon-
nent la voie ouverte à l'humanité et résument ses conquêtes suc-
cessives. Je n"ai pas besoin d'insister sur l'intérêt que peut présenter
une Exposition universelle à cette date. Malgré l'hahilelé et la science
avec lesquelles elles ont été organisées, les re\-ues rétrospectives
de 1889 laissent un large champ aux études du même genre que l'on
voudrait reprendre en 1900. LE.xposition de 1900 constituera la
synthèse, déterminera la philosophie du xiï" siècle.
Un décret du 9 septembre 1893 institua commissaire général M. Alfred
Picard, inspecteur général des ponts et chaussées, qui avait été déjà
rapporteur général de l'Exposition précédente. Les différentes sections
reçurent pour directeurs les hommes les plus qualifiés : directions
des finances, des beaux-arts, de l'agriculture, des colonies, de l'exploi-
LE PALAIS ARCIllLi'liLOl'AL.
LE .Mi.MsrLSE ni; l agiuci
80
PARTS -ATLAS
LA TOUR EIFFEL.
par la manière dont l'habileté des constr
relief. Chacune de ces
grandes assises inter-
nationales de la
science, des arts, de
l'industrie a eu son
«clou», pour employer
l'expression consacrée,
encore que peu acadé-
mique. Celles de 19ÛU
— et nous voulons ne
nous en tenir ici qu'au
Vil" arrondissement
— auront eu l'inou-
bliable aspect de la
Il rue des Nations i où
s'est affirmée avec lanl
d'originalité le slyii:
architectural dcsi;ran-
des puissances de l'Eu-
rope et de l'Amérique,
le palais dos armées de
terre et de mer, les
constructions si pitto-
resques (on regrette
presque leur caractère
éphémère) élevées sur
l'esplanade des Inva-
lides, au Ciiam|i-de-
Mars et tout le long
du quai d'Oisay; celte
plale-fornio mobile, en-
fin, dernière trouvaille
de l'industrie électri-
que, et dont on peut
dire, en effet, qu'elle a résumé par son ingi
pratiques toute la synthèse d'une force qu'il
talion, de la voirie, de
l'architecture, de la na-
vigation, etc. Des comi-
tés et sous-comités fu-
rent créés pour préparer
lesquestions techniques,
rédiger des programmes
et inviter en temps utile
les savants de toutes les
nations civilisées à
prendre part à des con-
grès où seraient étudiés
tous les problèmes qui
intéressent la science et
l'arl. Tous ceux qui les
composaient se mirent
à l'œuvre avec aulanl do
désintéressement que
d'ardeur.
Sept années n'étaient
pasdetrop,en effet, pour
la préparation d'une
oeuvre pareille. Il ciui-
vienl de dire que les es-
pérances formulées dans
les termes qu'on vient
de lire ont été pleine-
ment réalisées. Inaugu-
rée officiellement par le
Président de la Hépu-
blique, le 14 avril 19uÛ,
l'Exiiosition a bien vé-
ritablement surpassé
ses devancières, autant
par la valeur des nou-
velles découvertes dues
à l'incessant progrès
de la civilisation que
ucleurs les a mises eu
TEMPLE PROTESTANT (m
Antienne église do l'abbaye de
r. nK CRENELLE)
['aiueinont.
L'N DKS ASCICNsloruS DE I.A TOI'R EIFFI'".!-
de développer en-
core.
A l'Exposition
de 1889, disions-
nous tout à
l'heure, la mélal-
lurgie triompli.i.
Enl900,leCliani|.-
de-Mars aura as-
sisté à la gloire de
l'électricité. Elle y
aura fait merveil-
les par son pnu-
voir à transmeure
la voix et la lu-
mière, à transpor-
ter les fardeaux,
à entraîner les
véhicules.
Que de transfor-
ma l i o n s celte
plaine a subies
depuis deux siè-
cles! Combien elle
a servi au dévelop-
pement de l'esprit
humain! Que lui
r é s e r V e encore
l'avenir, après
tant d'événements
dont elle a été le théâtre ! On a peine à crcùre ([u'au xvi» siècle la vigne
y poussait, et cependant, voici des baux de 1529, où Robert .\uger, Cuil-
laume Drouard, boucher, Robert Dumont, laboureur, déclarent tenir à
bail du c< vénérable abbé commandatairo du couvent de l'église, Mon-
seigneur Saint-Germain-des-Prés, diverses pièces de terre ou de yigne
t< assis à Gamelles, au dessoubs de la justice du dit lieu », — ce qui
correspond bien à l'emplacement du Champ-de-Mars. Au xvni" siècle,
il fut question de transformer la partie voisine de la rivière en une
gare lluviale — projet qui fut abandonné, pour être repris ensuite
• ■n aiuiinl de Paris, à
la gare d'Ivry. iJéjà
l'industrie tentait de
s'y substituer à la cul-
ture.
Kl l'on se demande,
^i ce projet s'était ac-
compli, ou si, de toute
.Mitre façon, le Champ-
de-Mars n'avait pu
fournir son terrain à
nos Expositions, com-
ment Paris aurait fait
pour en trouver un
équivalent par sa si-
lualion.
I.c problème s'est
posé plusieurs fois;
lii( Il des compétitions
sr sont produites; cer-
lains (|uarliers ont
prolcslé contre l'aban-
(loii oii on 1rs laissait ;
iii.'iis il leur élail dif-
liiili' (If justilii'C leurs
doléances par l'onio
du n c III pl.'i l'c III en I
ruMlniirii! r,ivoi;iblc.
ll.crllIl.lllM'l- 1rs EX-
posilioiis ni 1rs lians-
|Hirlaiit au delî'i de
l'eiiceinle im'iI éli'' leur
faire un tort consi-
dérable. I.e VU" arron-
miosilé et ses avantages
appartient au xx« siècle
dissement a donc ii
féliciter ajuste titre.
itinué à jouir de droits acquis, et il peut s'en
PARIS
SEPTIÈME ARRONDISSEMENT
^^■^^^ip^J^' t^ffi
«■
(VJ)A '
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Pa R IS- AT L AS
PERSPECTIVE DE L'AVE^^UE DES CHAMPS-ELYSÉES, PRISE DU HAUT DE L'ARC DE TRIOMPHE.
arroniiiss^emeïïl.
L'ELYSÉE. — 29= ouARTiF.u : CHAMPS-ELYSÉES. — 30» ou.\rtier : FAUBOURG DU ROULE.
31° nu.\RTiF,R : LA MADELEINE. — 32° quartier : L'EUROPE.
1
[
^^
1
NE Sorit'té s'est constituée naguère pour ('tiirtii^r
l'histoire des territoires qui constituent aujour-
d'iiui le \'III« arrondissement, dit I'Élysée. I.e
sujet en vaut la peine, bien que cette partie de
la ville n'ait que quatre cents ans à peine d'exis-
tence. Les maisons furent lentes à se construire
le long du grand chemin du Roule, aujourd'hui
notre faubourg Saint-Honoré ; le groupement
d'habitants qui constitua la paroisse de la Ville-
l'Evèquc était, de même, peu important. A l'excep-
tion de ces deux puiiits, lnul le reste était en culture. On a quebiue
peine à se l'imaginer aujourd'hui.
Chaque arrondissement de Paris a sa caractéristique, par bniuclle il
se distingue des autres : celui-ci est le plus grand, celui-là le plus
petit; l'un est très accidenté, presque montagneux, l'autre plat comme
la Beauce ; tel est pauvre et « soufTrant ", tel autre a l'aspect monas-
tique. Le VIII' offre cette particularité, très flatteuse pour lui, d'être le
plus beau et le plus riche. Il a pour limites : au Âlidi, la Seine; à
l'Ouest, les avenues du Trocadéro et Marceau, qui le séparent du
XVI° arrondissement; au Nord-Ouest et au Nord, l'avenue de Wagram,
les boulevards de Courcelles et des Batignolles,qui le séparent du XVll» ;
à l'Est, les rues d'Amsterdam, Tronchet et Vignon, qui le séparent
Paiiis-Ati.as.
du IX'; les rues Duphot, Richepance, Saint-Florentin et le mur des
Tuileries, qui le séparent du 1°'' arrondissement.
Sa superticio est de 381 hectares, sa population de 103.088 habi-
tants.
Quartier des Champs-Elysées. — Ce n'est pas trop s'avancer
que dire de la /ilure de la Concùnle que sa beauté est sans rivale dans le
monde entier. Un a pu faire observer que les monuments dont elle est
décorée sont un peu de tous les ;\ges, à commencer par celui des
pharaons. Peu importe : l'ensemble est admirable, avec un cadi-e
plus riche encore que le tableau, et nous croyons volontiers que, de
toutes les impressions qu'emporte un étranger sur les merveilles de
Paris, celle qu'il a éprouvée là est la plus saisissante et la plus durable
aussi.
Elle n'était encore qu'un terrain vague et marécageux quand on
la choisit pour l'emplacement d'une statue équestre que la Ville
de Paris offrait à la gloire de Louis XV. Ces marques d'adulation plai-
saient fort aux monarques ; Louis XV agréa par lettres patentes de
,iuin 1737 non seulement le projet de statue qui lui était soumis, mais
aussi celui de constructions monumentales limitant la place au Nord.
La statue fut inaugurée, avec une pompe inouïe, le 20 juin 1763. Bou-
cluirdon en fut le principal auteur, mais la mort étant venue l'inter-
rompre, c'est Pigalle qui avait sculpté quatre ligures en bronze, la
8
PARIS- ATLAS
UNE DES FONTAINES DE LA PLACE DE LA CONCORDE.
23 octobre, y fut dresse l'obélisque de Louqsor, amciit' criviTyple
avec d'énormes diflicultés, et (lu'on eut aussi toutes les peines du monde
à installer sur son pitklestal. l)ur;int les années suivantes, llillorlï, l'ar-
itecte de Saint-Vinrent-de-I'aul et de tant d'autres édilices du même
temps, compléta la décoration de la place de la Concorde ; sur les
piédestaux massifs qui en marquaient le pourtour furent mises des
statues personnitiant les huit principales villes de France : l.yon, Mar-
seille, Bordeaux, Nantes, Lille, Brest, Houen, Strasbouri;. On sait les
manifestations patriotiijues dont cette dernière est fréquemment l'olijet.
Elle est de Pradier, itinsi que celle de Lille. En même temps étaient
construites les deux fontaines placées de chaque côté de l'obélisque.
Par une singulière rencontre, qui n'est pas due tout à fait au hasard,
les deux paires de groupes de chevaux qui ornent l'entrée du jardin
des Tuileries, d'une part, et, vis-à-vis, celle des Champs-Elysées, pro-
viennent du clidteau de Marly; aux Tuileries, c'est un Mercure et une
Force, la Paix, la Prudence, la Justice, dont la vue inspira ce distique,
bien souvent cité :
O la belle statue ! 0 le beau piédestal !
Les vertus sont à pied, le vice est à cheval !
Elle ne devait rester debout que trente ans : le 12 août 1792, l'Assem-
blée législative en ordonnait la destruction, et la place Louis XV deve-
nait place de la Révolution.
Dès 1733, (iabriel, le meilleur architecte du temps, avait été choisi
pour construire les deux bâtiments formant les angles de la rue Royale.
Ils ne furent achevés qu'en 1772 ; celui de droite, aujourd'hui minis-
tère de la Marine, eut des affectations diverses : il dut d'abord être
riiùl'l ibs .Monnaifs, mais on trouva cet em[p|acement bien éloigné du
(■(■litre (If la ville, et on en fit le garde-meuble de la couronne. L'autre,
du côté de la rue Buissy-d' Anglai — que l'on nommait alors rue de la
Bonne-Morue — a eu de multiples propriétaires. On le désigne souvent
sous le nom d'hôtel Grillon. \." Autnmnhile-Club a pris possession, en
1898, d'une partie de ses b.ltimenls, qu'on a luxueusement modernisés
pour lui.
Les deux façades de Gabriel sont universellement appi'éciées poui
leur arehileclure majestueuse; leur style est, dans son ensembb-,
d'ordre roiinlhien, <omme l'École militaire, du même (îabrifd ; ce ne
sont pas des hôtels, mais réellement di'S jialais.
La place conserva cet aspef( jusqu'en 18.'W. Cette année-l.'i, le
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. lliwL L LiLû Lll.V.
HUITIÈME AHUOiNDISSEMKM
83
Renommée équestres, de Coysevox; aux Champs-Elysées, ce sont sim-
plement des chevaux frémissant d'ardeur, œuvre île Coustou.
Nous ne rappellerons que brièvement les faits principaux (|ui se
sont accomplis sur la place de la Concorde, d'autant mieux (jue
plupart ne sauraient évoquer ([ue des idées de tristesse. A peine inau-
gurée, elle était, le 30 mai 1770, le théâtre d'une épouvantable catas-
trophe. On célébrait i)ar un feu d'arlilice le mariaiie do Louis XVI
et de Marie-AntoineUe. Voici les détails donnés par Bachaumont à
ce sujet :
i< Le feu d'artifice tiré à la place Louis XV a eu les suites les plus
funestes. Outre la mauvaise exécution, un accident est arrivé d'une
fusée qui est tombée dans le corps de réserve d'artifice, a fait partir le
bouquet au milieu de la fête, a enflammé toute la décoration et a rendu
ce spectacle fort médiocre. Le sieur Ruggieri n'a pas profité des fautes
de son antagoniste Torré et n'a pas les mêmes excuses. Outre que son
plan était beaucoup moins combiné que celui de l'autre et n'exigeait
pas la même étendue de génie, c'est qu'il n'avait pas éprouvé les mêmes
contrariétés de la part du temps, et le ciel l'avait favorisé entièrement.
« L'accident survenu au bastion [le rempart de la ville, qui se termi-
nait là] a été fort long, et comme on ne donnait aucun secours au feu,
LA ilLù ijLlu.NULi JJtb i;U.\.Ml'!>-LLi SLLi.
Phot, Neurdcin.
LA STATUE DE LA VILLE DE STK ASISOVRG.
bien des gens se sont imaginé que cet incendie élait un nouveau spec-
tacle et éclairait magnifiquement la place pendant qu'on formait l'illu-
mination. Mais, pendant ce temps, il se passait une scène infiniment
plus tragique. La place n'ayant, à proprement parler, qu'un débouché
dans cette partie, du côté de la ville, et la foule s'y portant, indépen-
demment des voitures qui venaient prendre ceux qui avaient été invités
aux loges du gouverneur et de la Ville, pratiquées dans les bàlimeuls
neufs, un fossé qu'on n'avait point comblé, et qui s'est trouvé au pas-
sage de quantité de gens poussés par derrière, les a fait trébucher, ce
([ui a occasionné des cris et un effroi général. Trop peu de cardes ne
]H)uvanl suffire à contenir la presse ont été obligés de succomber ou
de se retirer; des filous, sans doute, augmentant le tumulte pour mieux
taire leurs coups, des gens oppressés mettant l'épée à la main pour se
l'aire jour, ont occasionné une boucherie elïroyable, qui a duré jusqu'à
ce qu'un renfort puissant du guet ait rétabli l'ordre. On a commencé
par emporter les blessés comiue on a pu, et ce spectacle était plutôt
l'idée d'une ville assiégée que d'une fête de mariage. Quant aux cadavres,
on les a déposés dans le cimetière de la Madeleine et l'on y eu compte
aujourd'hui 133. M. le comte d'Argental, envoyé de Parme, a eu l'épaule
diMuise, l'f M. l'abhé Rose, aussi ministre étranger, a été renvei-sé et
isl hurribleiucnt froissé et meurtri. •>
Inauguralion de sinistre augure, car vingt-trois aus après, deux héros
de la fête allaient, sur cette même place, gravir l'échafaud i-évolution-
uaire, où faut d'autres devaient porter leur tète avaut et apivs eux.
84
PARIS- ATLAS
PERSPECTIVE DE L'AVENUE DES CHAMPS-ELYSÉES (Vue de la iilacc de la Concorde).
Phot. ^eurdein.
L OBÉLISQUE DE LOUQSOR.
L'Empire y célébra du nom-
breuses fêtes; mais en 1814 les
alliés y campaient, et pendant
les trois premiers jours de
mars 1871 Paris eut, de nou-
veau, la douleur de savoir que
les Prussiens y étaientinstallés.
Là, enlin, s'arrêtent ces lamen-
tables annales ; depuis, la place
(le la Concorde s'est fréquem-
ment illuminée pour de bril-
lantes réjouissances et a mieux
justifié son nom.^
Les Champs-Elysées s'in-
corporent à elle et lui font un
magnifique prolongement. Ils
lui étaient antérieurs. Après la
création du Cours la Reine, dont
nous allons parler, Louis XIV,
vers 1670, avait ordonné la plantation de quinconces d'ormes pour donner
un fond de décor au palais des Tuileries. Cette planlalion fut renouvelée
à la fin du règne de Louis XV par .M. de Marigny, surintendant des Bâti-
ments, qui apporta tous ses soins à l'embellissement de la promenade.
Son élat actuel ne date, cependant, que de l'administration d'Haussmann,
très favorable aux jardins anglais, qui occupent maintenant tout le péri-
mètre compris entre la Seine, l'avenue Gabriel, le rond-point et la place
de la Concorde. C'est alors aussi que fut bordée de constructions régu-
lières et alignées la partie de l'avenue allant du rond-point à l'Étoile. Jus-
qu'alors, la fantaisie était permise aux riverains; l'avenue comportait des
I untre-allées, mal nivelées, où il était imprudent de s'engager le soir.
Les Cliamps-Élysées
sunt maintenant la [>ro-
menade favorite des Pa-
risii;nsdu diiiiancbe.On
peut rcgreller l'abon-
ilance toujours crois-
sante des restaurants,
concerts, cirques, etc.,
qui em])iètent sur les
surfaces jdantées ou
gazonnées; les massifs
verdoyanls ont, pour
les simples proine-
neui's, un bien autre
charme, qu'il faudrait
respecter.
Aux premiers jours
de mars 1900, la der-
nière ]>ierre du Palais
de l'Industrie est lom-
liéi- sdus la pioche. Il
avait été construit pour
abiiler les expositions
industrielles et li;s céré-
monies d'apparat ; l'Ex-
LE ItO.ND-l'Ol.M HE L AVE.NLIO DE.S C 11 A .M PS- EL V .^ÉES.
position universelle de 1853 y fut installée ; depuis, il servait aux
Salons annuels de peinture, aux réunions du concours hippique, à
diverses expositions commerciales. Sa disparition, peu regrettable
d'ailleurs, s'imposait dès que fut décidée, à l'occasion de l'Exposition
de 1900, la construction d"un pont dans l'aligaement de la façade des
Invalides. Elle a eu l'avantage de rétablir, au profit des Champs-Elysées,
une perspective que l'édilice démuli avait supprimée d'une façon très
fâcheuse. En outre, on l'a reiiiplaci' par deux palais destinés aux
Beaux-Arts, le Grand et le Petit Palais, bordant la grandiose avenue
Nicolas II, et qui sont des (euvres architecturales de premier ordre.
MM. Deglane, Louvet et Thomas ont construit le premier; M. Girault
est l'architecte du second.
Le Cours la Reine, avons-nous dit, date du xvii" siècle. C'est Marie de
Médicis qui eut l'idée, en 1628, de créer cette promenade, — d'oîi son
nom; mais si l'on en croit Tallemant des Beaux, il mériterait mieux
de s'appeler Cours Bassompierre : <i On luy a l'obligation, dit-il dans
son Historiette sur le maréchal de Bassompierre, de ce que le Cours
dure encore, car ce fut luy qui se tourmenta |)our le faire revestir du
costé de l'eau et pour faire faire un pont de iiierre sur le fossé de la
ville. » Quand on sait que Bassompierre habilait alors Chaillot, on se
persuade que ce n'était pas le seul bien public (|ui le faisait se « tour-
menter» de la sorte. Le Cours — tout court — n'était [las alors ce qu'il est
aujourd'hui; confondu avec les Champs-Elysées, il en a partagé toutes
les élégances, dédaigneux, au moins dans sa première partie, entre la
plai'c de la Concorde et le pont des Invalides, de faire corps avec son
voisin, le quai d(! la Conférence. Celui-ci, en effet est ]iar.illèle au
Cours la Heine et jjarait se confondre avec lui. Il doit son nom à un
fait historique, aux fameuses conférences tenues en 1593 à Surcsnes,
et ((ui aboutirent à la capitulation de Paris devant Henri IV, et à celle
de Henri IV devant Paris, s'il est vrai que le mot célèbre ait été réelle-
ment .lit : <• Paris vaut
bien une messe. »
Le /""(/ Alexandre III
lui a don né une nouvelle
p.irure.quiesl lailieuse.
S,i innslructinn el sa dé-
iio]iiiii;ili(in ont été dé-
cjilccs par décret du
i u.t.ibre 1890; la pre-
mière pierre en fut
posée, on se rappelle an
iiiilifii ilr (|ni'lles fc'les
<! i\r qili'l illllniu-
Masiiir, I,. 7 octobre
■uivaiil, par .Niculas II,
l'riipei'i'ur de- Itiissie.
Avei' un tact paiiait, on
avait Voulu hniinrer le
llls en cciMimèmoranl li;
siHivrnirdu père, en lui
rappil.iiil les sympa-
thies i|ue son noni gar-
dait dans les cœurs
français.
Ce poul, le plus beau
HUITIEME AKRONDISSEMEXÏ
de Paris par liii-mf'me autant que par sa situa-
lion, a été construit, de la lin de 1896 au comnun-
cement de l'année 1900, sur les plans et sous la
direction de M. Hcsal, ingénieur en chef des ponis
et chaussées. Sa courbure est gracieuse, ses piles sont
ornées de motifs de sculpture bien traités, deux
pylônes monumentaux s'élèvent à chacune de si'S
extrémités. Ces pylônes supportent à leur hase des
statues de femmes représentant allégori(|ueinent la
France aux grandes époques de notre histoire : la
France féodale, la France au temps de Louis XIV,
la Fiance de la Révolution, la France moderne. Leur
sommet est couronné de chevaux ailés que tient en
main un héraut et qui personnifient les Renomniéi^s.
De l'autre côté du pont des Invalides, le Cours la
Reine est bordé, du côté droit, de luxueux hôtels.
Au coin de la rue Bayard, une maison charmante
du XVI" siècle retient l'attention. Elle est générale-
ment connue sous le nom de maison François I".
bien que certains des médaillons qu'elle porte sur sa
façade représentent, dit-on, les portraits de Henri II
et de François II. Ce que l'on sait mieux, c'est que,
construite à Moret au temps de la Renaissance, elle
fut rapportée et réédifiée, pierre à pierre, au Cours
la Reine, en 1823. C'était l'année où des rues nouvelles s'ouvraient
dans cette région : on leur donna dos noms en harmonie avec le
LE PETIT PALAIS DES C H A M PS . É L Y S É ES
style de ce gracieux logis : rues Buyanl, François /"■, Jean-Goujon, etc.
A l'autre angle de la rue Bayard, l'hôtel portant le n" 1 est la mai-
son mortuaire de Jules Ferry.
Une chapelle, inaugurée le
4 mai 1900, s'élève rue Jean-
Goujon ; c'est, à proprement par-
ler, une chapelle expiatoire, car
elle occupe l'emplacement de ce
Bazar de la Charité, de sinistre
mémoire, où un incendie lit
tant de malheureuses victimes,
le 4 mai 1897.
Au delà de l'opulente avenue
Monliiignc, qui. jusqu'en 1830,
porta le nom d'allée des Veuves
— à cause du calme qui y conve-
nait au recueillement du veuvage
— tout un quartier élégant s'est
hàti depuis vingt-cinq ans : le
quartier Marbeuf, transformant
de façon fort luxueuse la partie
orientale du village de Chaillot.
L'avenue Marceau (ancienne
avenue Joséphine), conduit au
rond-point de l'Étoile par une
pente escarpée. Son percement,
vers 1860, a eu pour effet d'expro-
l',\KlS-Al LAS.
LE GRAND PALAl^ ]■]-:- CHAMPS-ELYSÉES.
prier la maison de retraite de Sainte-Périne, que le premier Empire
avait instituée là, entre les rues de Chaillot et du Chemin-de-Versailles
(aujourd'hui rue Galilée). Nous la retrouverons à Auteuil.
La rue du Faubourg-Saint-Honoré, anciennement rue du
Faubourg-du-Roule- depuis la rue Matignon, est l'artère
historique du 30' quartier de Paris, dénommé un peu
archaïquement faubourg' du Roule. Ce n'est que
tardivement, disions-nous plus haut, que les maisovs
s'élevèrent le long de cette voie, qui était pourtant la
route directe de Saint-Germain et de la Normandie par
Neuilly avant l'ouverture de l'avenue de Neuilly. La
nécessité d'y créer une paroisse ne fut reconnue c|ue
lavant-dernière année du xvu= siècle, en 1699. Jusque-là,
les habitants se contentaient de l'église de la Ville-
l'Évèque, ou de celle de Villiers.
Dès le commencement du xin' siècle, une léproserie
existait dans ces parages, au croisement de la chaussée
du Roule avec le chemin dit des Percherons irue de
La Boëtie). Elle avait un caractère très spécial; n'y
étaient admis que les ouvriers de la corporation des
raonnayeurs atteints de la lèpre. Avec le temps, la
hideuse maladie disparut, du moins en tant que lléau
coutumier; la maladrerie du Roule n'en resta pas moins
debout : elle devint un hôpital ordinaire — un hospice.
plus exactement — pour les monnayeurs devenus vieux
ou infirmes. C'est la chapelle de cet établissement qui
fut érigée en paroisse en 1699. On lui conserva si.n
vocable de saint Jacques et saint Philippe. Elle était
vieille de quatre siècles et demi environ lorsque son état de délabre-
ment contraignit à la démolir en 1739. Le service paroissial fut lons-
. LM. 1;a1.1J IlL
'UNI ALliXA.NOKli m.
PARIS -ATLAS
temps fait dans une sorte de grange, jusqu'à qu'on se soit décidé à
approuver les plans de Chalgrin pour la reconstruction d'un véritable
édiflce sur l'emplacement même de l'ancienne chapelle. C'est l'église
actuelle, Saint-Philippe-du-Roule, aujourd'hui l'une des princi-
pales de Paris. La première pierre en fut posée en 1774, mais le mo-
nument ne fut livré au
culte que le 30 avril 1784. -^
Si l'on examine des
plans de Paris au xvni= siè-
cle, on se rend compte que
la Pépinière du roia occupé
deux emplacements diffé-
rents, au quartier du
Roule : le plus ancien
était entre les Champs-
Elysées et la rue du Fau-
bourg-du -Roule, d'une
part, les rues de La Boëtie
et de Berry, d'autre part.
En 1720 environ, on la
transféra de l'autre côté
du faubourg, et elle s'éten-
dit jusque vers la place
actuelle de Saint-Augustin.
C'est pour cela que la rue
de la Pépinière aurait dû
ronserverson ancienne dé-
nomination jusqu'à l'ave-
nue des Champs-Elysées.
On a eu tort de la débapti-
ser partiellement en l'hon-
neur d'Abbatucci, d'abord,
puis de La Boëtie, dont il
était aisé de consacrer
aillêuis 1a mi'moire.
L'hôpital Beaujon, au
di;-là du boulevard ilauss-
mann, avait eu, à l'origine, une destination bien plus modeste, mais égale-
ment charitable. Enrichi quelque peu scandaleusement par les produits
de la Ferme générale, le financier Beaujon avait jugé bon de rendre aux
pauvres un peu de leur bien. Il obtint du roi en 1783 des lettres patentes
pour la fon<lation d'un hospice : « Le sieur Nicolas Beaujon... nous a très
humblement fait représenter qu'ayant formé depuis longtemps le pro-
jet d'établir et fonder dans la paroisse deSaint-Philippe-du-RouIe, dont
les besoins lui sont connus, un hospicepour y faire nourrir et instruire
vingt-quatre pauvres onfans, orphelins ou autres, natifs de ladite
paroissi!, moitié garçons et moitié filles, dans lequel hospice les lialji-
tans de ladite paroisse pourront envoyer leurs enfans pour y être
instruits gratuitement...» La Convention, en 179b, en fit un h(3pital
iirdinaire et il l'est resté. On y compte près de six cents lits.
Deux groupes de rues très calmes, très riches aussi, coupés par la
helle avenue de Friedland, bordent la partie occidentale du faubourg
Saint-Honoré. Dans le premier, nous signalerons la maison qui porte le
n^Bde la rue d'Artois (rue des Écuries-d'Artois jusqu'en 1897) comme
celle où mourut Alfred de Vigny le 17 septembre 18G2. Le second groupe
forme lui-même deux îlots séparés par l'avenue Hoche. La nte de
MAISON DITE DE FRANÇOLS I'
Balzac s'y trouve et son nom est bien justifié par le fait que Balzac y
habita et y mourut, au n" 12, le 26 août 1850. Là aussi était la fonderie
du Roule, où se fit la statue équestre de Louis XV, oùPigalle et Houdon
tirent fondre leurs principales œuvres, où la statue actuelle de
Henri IV, sur le Pont-Neuf fut également coulée dans le bronze. Le
Journal de Paris du 3 octo-
bre 1817 l'annonce en ces
termes : « C'est demain
lundi qu'aura lieu dans les
ateliers de la Ville, fau-
bourg du Roule n" 63, la
fiinte de la nouvelle statue
é(|uestre de Henri IV ».
De l'autre côté du fau-
bourg Saint -Honoré, le
quartier, limité par la rue
de Courcelles, renferme
l'église russe, tout étin-
crlanle de dorures et de
peintures éclatantes. La
colonie russe en confia
naturellement la construc-
linn à un compatriote,
.M. Kiiuyiniue, (jui l'acheva
en deux ans, de 1859 à 1 861 .
La rue Daru où elle est
située, consacre le souve-
nir d'un de nos hommes
d'État; les rues voisines,
de la Neva et Pierre-le-
Grand ont plus de couleur
locale.
Courcelles était, avant
la Révolution , un petit
hameau — deux ou trois
fermes — de la paroisse de
Villiers-la-Carenne et fait
partie maintenant de la ville de Levallois-Perret. Le chemin de Cour-
celles, qui y conduit, est devenu la n/e rfe Courcelles, qui, fort bien bâtie,
surtout dans cet arrondissement-ci, n'a qu'un défaut, c'est sa déclivité
très accentuée aux abords du boulevard Haussmann.
Bien peu de personnes, sans doute, en parcourant la rue du Culisée,
ont le loisir de songer aux souvenirs antiques que ce nom rappelle, et
moins encore à d'autres, plus récents, mais qui furent très éphémères.
De 1769 à 1771, l'architecte Le Camus de Mézières avait, sous le nom
de Colisée, édifié — on va voir avec quel manque de soin — une sorte
de vaste cirque, où devaient se donner, comme au Colisi'e de Home, des
divertissements publics : feux d'artifice, bals, joutes, concerts, exposi-
tions de peinture, etc. L'entreprise eut un grand succès, d'abord, mais
la construction était si défectueuse qu'au bout de huit ans elle tombait
en ruines. On aima mieux démolir l'édifice, en 1780, que le restaurer.
Sun emplacement était au sud-est di> la rue du Colisée, circonscrit par
elle et la rue Rabelais, d'une part, par les avenues Matignon et des
Champs-Elysées, d'autre part. La rue Montaigne y est tout entière située.
Ces noms de penseurs, Rabelais, Montaigne se trouvent singulièrement
rapprochés sur ce terrain d'un ancien lieu de plaisir. En seraient-ils
oITusqui'-s ou heureux?
Miiiilaijîno eût ilil: que sais-je? Et llal)('!:iis: poiil-i'lre.
(Jiiaiit à la rue du Colisi'e, clh' y in'rdil son noui luiuiilir
Phut. :
C O r K s - L A - R E I N E.
ÉGLISE SAI.M
HUITIEME ARRONDISSEMENT
FAÇADE DE LÉGLISE DE LA MADELEINE, VUE lE LA K 'J E lluYALL.
Gourdes, et y gagna d'être close en 1770. C'est ce que nous apprennent
deux notes, encore inédites, du ministre de la Maison du roi, adressées
au procureur de la Ville. La première, du 14 janvier 1770, débute ainsi :
«'Monsieur, je joins ici un plan signé de moi pour l'ouverture de la rue
des Gourdes, qui doit être percée conformément à l'arrêt du Conseil
et prendre le nom de rue du Colisée... » La seconde est plus piquante;
elle est datée du 3 juin de la même année : « ... La ruelle cjui règne tout
le long des jardins, derrière le Colisée, devient dangereuse et il vient
beaucoup de monde la nuit, ce qui est contraire à l'exacte police et à
la sûreté publique. Ainsi, à la réception de ma lettre, vous ferez poser
une porte de chêne neuve, et de résistance, à chaque extrémité de
cette ruelle et vous ferez remettre une des clefs de ces portes à cha-
cun des propriétaires des maisons qui bordent cette ruelle. Il n'y a
pas un moment à perdre pour exécuter cette opération...» (Arch.
nat.,0'412.)
L'avenue et la rue Matignon concourent à commémorer le nom d'une
noble famille de maréchaux. La première s'appela jusqu'en 1830 allée
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ou avenue des Veuves; elle est on effet le prolongement, en deçà des
Champs-Elysées, de cette allée des Veuves, devenue maintenant
avenue Montaigne.
La rue Matignon — que l'on pourrait débaptiser sans crainte, ains'
que la rue Montaigne, afin d'éviter les confusions que créent ces simili-
tudes de vocables pour des voies si peu distantes — nous amène à
pénétrer dans le quartier de la Madeleine. Pour être fidèle à la
vérité historique, il faudrait dire : la Madeleine de la Ville-l'Evèque.
L'évèché de Paris possédait, en effet. cette région des faubourgs de Paris:
il y avait une ferme avec de vastes dépendances en culture, dont
l'ensemble s'appelait vi'la episcnpi. Au \u\' siècle, une paroisse fut
jugée nécessaire pour les colons de l'évèque, les laboureurs de la
ferme ; mais ce n'est que plus tard qu'elle fut mise sous le vocable de
sainte Madeleine, au plus tôt en 149"2, date de la reconstruction de
cette église et de la fondation qui y fut faite alors d'une confrérie de
LE l'ALAIS DE CiLACE, AUX i:ilAMl'-> l,l.\-.Li:
VUE GÉNKKALE DE L ÉlU.lSE DE LA MADELEINE.
PARIS-ATLAS
VUE DE LA CHAPELLE EXPIATOIUE.
la Madeleine, peut-être seulement en 1659, lorsque M"Me Montpensier
posa la première pierre d'une nouvelle église sur l'emplacement de
celle du temps de Charles VIII, qui tombait en ruine. Elle était située
sur le sol actuel du boulevard Malesherbes, devant la rue de l'Arcade,
là où est le bureau des tramways qui desservent ce boulevard.
Un siècle plus tard, sa reconstitution fut de nouveau ordonnée sur
un terrain situé un peu plus à l'Est, vis-à-vis de la rue Royale et de la
place Louis XV, dont la création était en même temps décidée. La pre-
mière pierre de l'église de la Madeleine, réédifiée pour la quatrième
fois, fut posée par Louis XV le 3 avril 17ti4. Dès lors commence pour
le monument une invraisemblable suite de péripéties. Les substruc-
tions n'en étaient pas achevées encore lorsque son architecte. Contant
d'Ivry, mourut; Couture fut désigné pour le remplacer et l'œuvre était
loin d'être avancée quand survint la Révolution. Tout fut interrompu.
En 1807, Napoléon I" décida qu'on en ferait un temple à la gloire de
la Grande Armée; il en confia la construction à Vignon. C'est ce qui
explique pourquoi l'édifice a une architecture si peu usitée pour les
églises catholiques. La Restauration lui rendit, en 1816, sa destination
primitive, mais il fallut bien s'accommoder de la forme du temple.
Huvé remplaça Vignon. mort en 1828, et termina enfin la construction,
qui fut livrée au culte en 1842.
L'ancienne église de la Madeleine, elle, était démolie dès le com-
mencement de la Révolution, mais son cimetière, auquel conduisaient
les rues d'Anjou et de l'Arcade, avait été maintenu. En 1793, on y
enfouit, sous la chaux, les victimes si nombreuses de \ -hafaud
de la place de la Révolution, et, parmi elles, les tlt.x plus illustres,
Louis XVI et Marie-Antoinette. Un des premiers soins de Louis XVIII,
en 1815, fut de faire rechercher les ossements de son frère et de sa
belle-soeur. Il se rencontra des témoins oculaires de la double inhu-
mation qui indiquèrent l'endroit précis où avaient été déposés les deux
corps. On exhuma en réalité quelques débris humains qui furent
solennellement transportés à Saint-Denis, et, sur l'emplacement où ils
avaient été trouvés, le roi ordonna qu'une chapelle serait érigée. C'est
la chapelle expiatoire, dont le comte d'Artois posa la première
.NKI |i|', L l:'- M^l-, lll') \.\ \| 1 hl 1 1 1 , I
L'ÉGLISE Rr.SSE DE LA lUE PARU.
pierre le 21 janvier 1815. Fontaine en fut l'architecte. On s'accorde h
n'avoir qu'une admiration médiocre pour son œuvre. Deux galeries
parallèles, dans le style des charniers, et où ont été recueillis les
ossements de l'ancien cimetière, relient un vestibule carré à la cha-
|irllc proprement dite, décorée de bas-reliefs et de groupes de sculp-
iinr (le Rosio et de (lortot, consacrés à la mémoire des deux viclimes.
It'puis 1865, un s(iuare — que l'administration nomme square
Louis X'VI — enveloppe de sa verdure et soustrait au tumulte <lu
lioiilivard Haussmann la mélancolie du monument, dont la passion
|iiiliiiqiii- ,1 bien souvent déjà réclamé la destruction, mais jus(iu'ici
sans succès.
Le souvenir di' Louis ,\VI est encore conservé dans ce (piarlier, fn'i
II' mi n'était guèri' venu i|ue pour mourii-, par !<■ nom de deur de ses
<!' Ii'nsi'urs ilcvant la Convi'nlioii,l'ron(hel l't MalesliiMi)es(le troisième,
ili' Sèze, a donné son nom à une ru(^ lnulc vnisine, mais siluér dans le
IX'' arrondissement). La rue Trunchcl, au chevet de la Madeleine, date
de 1808; sous le second Empire elle a été soudée au boulevard llauss-
inann ; jusque-là, elle se teiininail à la rue des Maihurins. Le houli-
varit Mft/csherbcx. iiriijelé de luèine eii 1808, n'a été o\ivert cpien 1854;
c'est, avec le boulevard llaussriijinn, l'une des voies les plus luxueuses
du l'aris moderne. .Nous venons de parler <le la rue îles Alal/iuriiis ; son
nom est un exemple frappant du danger <iu'il y a pour le bon sens à
mutiler les anciennes dénominations; le couvent des .Mathurins, voisin
de la Sorbonne, possédail une feinie à la Ville-l'Evèque; le cheniini|ui
y conduisait rei;ut tout naturellement le nom de chemin, puis de rue
Il in I i;.\i i: a iî h o.nu isskmkm
89
PERSPECTIVE DE LA RUE ROYALE; à gauche, l'hôtel Cbillo
aa fund, la Madeleine.
de la Fernie-des-Mnllua-ins; rii en faisant la rue Vignon, on a siipiirimé
bien inutilement clans ce iiuartiet-un souvenir pittorcsqui' et instructif.
La rue d'Anjou date du xvn' siècle; un arrêt du conseil d'État,
en 1778, prescrivit son prolongement «depuis le canal du- grand égout
de la ville jusqu'à la rue de la Roche [rue du Rocher] allant à Mon-
ceaux». Cette partie devait s'appeler rue Quatremère (Arch. nat.,
Q'1102'); mais l'opération de voirie s'arrêta à la rue de la Pépinière.
Benjamin Constant est mort au n» 29 de la rue d'Anjou, le 8 dé-
cembre 1830; quatre ans plus tard, le 20 mai 1834, La Fayette mourait
au n° 6 de la même rue.
L'hôtel de Contades, au n° H, est devenu la mairie de l'arrondis-
ment, après avoir rempli le même office avant 1860 comme mairie du
P' arrondissement; mais les bâtiments ont vieilli, les services munici-
paux ont augmenté : il n'est que temps de doter le quartier d'un
édifice en rapport avec son importance.
La rue (VAstorg aussi bien que celle de Buquépine ont été ouvertes,
au commencement du règne de Louis XVI, sur des terres appartenant
à (1 haut et puissant seigneur Louis d'Astorg d'Aubarède, marquis
de Roquépinc ». Dans cette dernière est situé un majestueux temple
protestant.
La rue île Penihièvre, autrefois rue Verte, e t la i-ue dc't Saussaies n'é l,i irn I ,
il y a deux cents ans, que des chemins ruraux. Vers 1770, le duc de
Beauvau, maréchal de France, se fit construire dans ces parages un
hôtel par Le Camus de Méy.ières; c'est aujourd'hui, et depuis 1837,
riiôtel du ministère de l'Intérieur.
Presque en face, de l'autre côté de la chaussée du Roule, était l'hôtel
d'Evrcux bâti en 1718 pour le comte d'Évreux, Henri-Louis de la
Tour d'Auvergne. Cette demeure était appelée à connaître de brillantes
destinées. Tour à tour habitée par .M"« de Pompadour, par son frère
le marquis de Marigny, par Beaujon, elle fut achetée pour le compte
du roi en 1785, et devint l'hôtel des souverains étrangère. Cinq ans
après, la duchesse de Bourbon en devenait propriétaire, et lui don-
nait pour la première fois le nom de palais de l'Elysée. Après être
devenu à l'époque du Directoire un simple jardin de danses et de
fêtes publiques, l'Elysée redevint palais: .Murât, Napoléon I•■^ le duc
de Berri y habitèrent. Puis il fut affecté, en 1848. à la résidence du
président de la République. Après la proclamation du second Empire,
Napoléon III le quitta pour les Tuileries et en fit de nouveau le palais
des souverains étrangers. Enfin, la troisième République l'a rendu
à sa destination de 1848 : tous nos présidents y ont leur demeure
officielle, et quand ils s'en absentent, le drapeau tricolore cesse de
flotter sur le palais. L"n seul v devait mourir : M. Félix Faure, le
16 février 1899.
11 va sans dire qu'après tant de fortunes divei-ses, l'ancien hôtel
L.\n;l-,E Li U l'ALAlS 1)1^ 1.1,1. -1^1.
K.MuLe du -Ml.MSlÊKE DE Ll.MÉK . .. i. .v.
90
PARIS -ATLAS
FA CAL' H lit: LA
A IN r-L AZ A KK
d'Évreux a subi des fransformadons considérables. Les plus impor-
tantes, celles qui lui ont donné son aspect actuel, datent de Napo-
léon III, qui confia la restauration presque totale du palais à M. Lacroix,
architecte. C'est alors, notamment, que fut élevée la façade sur la rue
de rÉlysée, ouverte à cette occasion en 1860. Depuis la République,
de nouvelles dispositions ont été apportées soit dans les construc-
tions, soit dans les jardins, sur le désir des présidents. La princi-
pale modification est de fraîche date : elle consiste dans la création
d'une entrée d'honneur du palais sur l'avenue Gabriel et les Champs-
Elysées ( 1900).
De la place Beauvau à la rue Boissy-d'Anglas, la rue du Faubourg-
Saint-Honoré est bornée (côté impair) de somptueux hôtels, parmi
lesquels nous citerons l'hôtel de lîrunoy, aujourd'hui hôtel Bagration,
au n" 47, et l'ambassade d'Angleterre qui s'est installée en 1813
dans l'ancien lnilel de Cliamsl, au n° 311. Tous s'étendent par derrière
jusqu'à cette ombreuse et chaiinunle nvc/uie Gabriel, percée en 1818, et
qui est un des plus grands charmes des ('hamps-Elysées. Elle ne peut
donc pas être sur le plan de Maire, daté do 1803, mais les hôtels y sont
figurés avec cette mention d'un enthousiasme un peu excessif : « Enfi-
lade d'hôtels magnifiques >■.
Quartier de l'Europe. — Il est le dernier né de l'ancii'n Pai-is,
de même que son voisin d'au delà des anciens boulevards extérieurs,
celui de la Plaine-Monceau, est le plus jeune en date du nouveau Paris.
Il fallut, |)our en faire ce qu'il est, c'est-à-dire l'un des plus agréables
de la caiiilale, la baguette transformatrice d'Haussmann, y perçant des
boulevards et des rues, créant un parc magnifique, jetant bas un abat-
toir, élevant une église luxueuse entre toutes. Avecla gare Saint-Lazare,
l'industrie des chemins de fer s'est char-
gée de faire le reste.
C'était encore un désert, lorsque, sous
Charles X, des spéculateurs firent approu-
ver par ordonnance royale du 2 fé-
vrier 1826 un projet d'ouverture de rues
portant les noms de grandes capitales
ruropéennes et devant aboutir à une
place circulaire, dite « i)lace d'Europe ».
Le ciuartier de l'Europe était créé, mais
sur les plans et dans les études de no-
taires puisque dans la réalité. Il suffirait
de regarder les maisons pourvoir qu'elles
=;ont toutes, ou à peu près, postérieures
à Louis-Philippe; celles qui ont moins de
cinquante ans de date sont en immense
majorité. La place d'Europe primitive
était ornée à son centre d'un jardin clos
d'une grille, qui disparut en 18(54; elle
reçut sa disposition actuelle en 1866 et
devint /!;/ace de V Europe, (^ette disposition,
fort ingénieuse, est celle d'un pont en
étoile, sous lequel passent les multiples
Voies de la ligne de l'Ouest.
Vers l'endroit où la rue d'.\thènes
aboutit à la rue de Londres fut jadis
l'entrée de la gare du chemin de fer de
Saint-Germain,- le doyen de nos voies
,,L„sT,. ferrées, dont l'exploitation commença
le 26 août 1837. « La musique de la garde
nationale, dit Maxime du Camp, joua des
fanfares pendant le trajet qui dura vingt-cinq minutes; on fit des
discours, personne ne s'enrhuma sous les tunnels, la locomotive
n'éclata point, les wagons ne déraillèrent pas, et l'on put croire qu'un
voyage en chemin de fer n'était pas nécessairement mortel. »
Quelques années après, l'entreprise en pleine prospérité s'annexait
l'exploitation des lignes de Versailles et de Ilouen ; déjà le nnulesle
" embarcadère » du début devenait insuffisant; on le reconshuisit en
1843, en bordure de la rue Saint-Lazare, d'où son nom de gare Saint-
Lazare. C'était — on se le rappelle encore — iin bâtiment haut de
trois étages, précédé d'un large perron d'une vingtaine de marches,
situé au fond d'une cour de dimensions médiocres, bordée de chaque
côté de galeries couvertes où les librairies et les cafés avaient le jdus
souhaitable emplacement pour faire des affaires. Plus tard, sur le côté
gauche du bâtiment principal, fut construite une longue galerie prolon-
gée en 1867 jusqu'à la rue de Home, et dans laquelle étaient centralisés
les services de banlieue et de Ceinture. Enfin, un remaniement complet
de la gare fut entrepris, en 1885, sur les ])lans de M. I.iscli, inspecteur
général des monuments historiques, et, achevé en 188'J, lui donna l'as-
pect très monumental sous lequel nous la voyons aujourd'hui. L'ne longue
façade règne parallèlement à la rue Saint-Lazare, entre les rues d'.Vmster-
dam et de Home. A l'angle de chacune de ces rues, s'ouvre une vaste
cour, du côté de la première, cour des grandes lignes, cour des lignes
de banlieue, du côté de la seconde. Entre elles, se dresse l'hôtel Termi-
nus, relié à la gare par une passerelle, et sur la rue de Home, s'élèvent
les bâtiments de la direction et de rex[)loitalion. .\ l'intérieur, les façades
donnant sur la voie ont été conservées, et seulement agrandies ainsi
que l'immense hall sous lequtd trente trains piiivrul Imuvrr abri.
Dans la rue de Rome, ouverte en 1864, le lycée Racine, fondé
\LL bL LOl.l.LoL tllAl'IAl,.
1 ACL l.N 1 1. 1. ILL i.l. l-'L
1 l.A/.Al;l-
II i: I T 1 1-: M i: a m h o nd i s s e m i: n r
m
piw,!, NejrJsia.
ENTRKE ET GRILLE PRINCIPALES DU PARC MONCEAU.
en 1887, a une entrée secondaire ; la façade principale est située sur la
rue du Rocher. Cette dernière voie, que nous trouvions tout à l'heure men-
tionnée sous le nom de rue de la Roche, en 1778, est bien ancienne ;
elle n'est autre que l'ancien chemin d'Argenteuil. Dans sa par-
tie supérieure, au-dessus de la roche qui lui a valu sa dénomination,
elle s'appelait, sans qu'on ait pu expliquer pourquoi, chemin des
Errancis. A cet endroit, à gauche, s'ouvrait le cimetière des Errancis
(fù furent inhumées plusieurs victimes de la Révolution.
Le collège Chaptal occupe, sur le point culminant de la colline,
l'îlot compris entre les rues de Rome, Bernouilli, .Vndrieux et le bou-
levard des Batignolles. C'est en 1875 que les élèves y ont été transférés
de l'ancien collège situé rue Blanche, dans le W" arrondissement, où
nous le retrouverons. L'édifice fait honneur à son architecte, M. Train.
Jusqu'à l'année 1898 on put voir, sur le boulevard des Batignolles,
au dilii de la rue .\ndrieux, de vastes réservoirs à ciel ouvert, connus
admiiiistrativement sous le nom de réservoirs Je Monceau; c'était le
point terminus du canal de l'Ourcq. Ils ont été supprimés, comblés, et
sur leur emplacement s'élevèrent, l'année suivante, de belles maisons
de rapport, numérotées de So à 63.
lii peu plus à l'Ouest, existait depuis le moyen âge, un château sei-
gneurial qu"oi_ appelait Monceaux ou Mousseaux, mais dont l'origine
doit bien probablement être Monticel-
luiii, c'est-à-dire monticule, et elle est
jusIiHée par la situation du lieu. C'était
un vaste domaine qui fut successivement
occupé par des propriétaires assez obs-
curs. Philippe, duc d'Orléans, en devint
Iiossesseur sous Louis XVL II confia à
Carmontelle, en 1778, la mission de trans-
former le parc en jardin anglais avec
toute l'élégance désirable. Telle est l'ori-
gine du parc Monceau. Confisqué avec
tous les autres biens de la famille d'Or-
léans par la Révolution, restitué plus
tard à cette famille par les Bourbons,
abandonné pendant longtemps à l'indé-
pendance de la végétation, le parc allait
enfin attirer l'attention de la Ville. L'n
décret du 23 janvier 18o2 l'expropria;
ses possesseurs indivis reçurent en
échange une indemnité de près de
dix millions, sur laquelle la Ville retrouva
plus de huit millions par la cession do
parties de terrain aliénées; un plan nou-
veau fut donné à l'ancien parc, tout en
lui conservant loutre qui était utilisable,
et il faut reconnaître que les Le .Nôtres et
les Carmontelles d'alors tirent merveille.
On ne compta pas, d'ailleurs, avec eux :
les Mémoires d'Haussmann révèlent que
ladépense s'éleva à 1 190 000 francs, dont
près de 500000 pour les grilles d'entrées
et celles qui entourent la promenade. Et Haussmann ajoute : « Les
autres dépenses ont eu pour objets la restauration de la rotonde à
colonnes des boulevards de Courcelles et de la Naumacliie; l'élablis-
semet d'un senice d'eau pour l'alimentation des bouches d'arrosage
et de la cascade tombant du rocher à grotte dont le goût public impo-
sait alors la construction aux décorateurs de nos promenades impor-
tantes; le vallonnement des pelouses, les plantations des arbres et
arbustes de choix, isolés ou groupés en massifs, et les corbeilles de
plantes vertes et de fleurs. Tous les travaux furent exécutés en neuf
mois, de janvier à septembre Ib^Gl. »
On peut lui préférer le Luxembourg, plus vaste, le parc des Buttes-
Chaumont, plus accidenté; il n'est pas possible de lui contester une
supériorité de distinction, d'élégance raffinée, due en partie au quar-
tier même et à ses visiteui-s halîituels. Il faut y admirer ce joli bassin
ombragé que l'on appelle assez improprement la Naumachie et dont
une colonnade à demi ruinée, provenant de l'ancienne chapelle des
Valois à l'abbaye de Saint-Denis, augmente le charme mélancolique.
On s'arrête aussi avec respect devant les beaux monuments élevés à la
mémoire de Bizet (1895), de Guy de Maupassant (I897i, d'Ambroise
Thomas (1900). La rotonde qui forme l'entrée du parc sur le boulevard
de Courcelles était l'une des anciennes barrière? de l'enceinte des fer-
■^jyPT' ■■ ■ »,%;■■
l.A COLONNAUi; Kl LA rlKcE H LAL DL" l'A lU" .MONCEAU.
92
PARIS -ATLAS
miers généraux, mais elle ne fut jamais ouverte, tant que l'enceinte
subsista.
Vavenue Yelazquez est celle par laquelle on pénètre dans le parc en
venant du boulevard Malesherbes. De magnifiques hôtels le bordent,
parmi lesquels celui
fau n° 7) où M. Cernus-
clii avait réuni une
collection infiniment
rare se rapportant à
l'art oriental, estimée
valoir plus de cinq mil-
lions, et qu'il légua
généreusement à la
Ville. Le musée Cer-
nuschi a été inaui^uré
le 12 octobre 1898";
h' avenue de Messine,
qui aboutit à une au-
tre entrée du parc
Monceau, descend par
une pente majes-
tueuse au boulevard
Haussmann. Au point
de jonction s'élève la
statue de Shaks-
peare, œuvre un peu
grêle de M. P. Four-
nier, offerte libérale-
ment à la Ville par un
Anglais, sir William
Knighton. C'est, au-
jourd'hui, un des car-
ii-fours les plus ani-
més, les plus brillants
de Paris. Qui le croi-
rait? Jusqu'en 1862 ce
fut l'emplacement
d'un abattoir! L'abat-
toir du Roule avait été construit en 1810; son périmètre était limité
par les rues de la Bienfaisance, de Laborde et de Téhéran; l'avenue
Percier était son principal accès.
La riche église Saint-Au-
gustin a été construilc j.ar Hal-
lard, l'architecte des Halles, de
1800 à 1869, pour remplacer une
église pi-ovisoire, située place
de Laborde, et qui datait de 1851.
Son style est fait d'un inélangi-
d'art italien et byzantin; on
croirait voirune mosquée conçue
par un architecte florentin du
XVI' siècle. L'ensemble n'en est
jias moins harmonieux et déco-
ratif à souhait pour l'admirable
l'iaee qui précède le monument,
l'iois arcades en plein cintre
s'ouvranl sur la façade princi-
pale, diin lient acres dans l'in-
térieur de l'église, formée d'une
nef sans bas-côtés et d'un tran-
sept au milieu du(|uel est le
chu'ur. La nef est divisée en
huit travées d'égale largeur; le
transeftt a 28 mètres de largeur;
le mailre-autel, très riche, en
occupe la partie centrale. Cette
])artie de l'édilice est surmonté.'
d'une largi! tour, haute de tJO mèlirs, ll.iiM|ué,
hautes de 10 mètres, et supportant uiir llèriii;
haute de 20 mèlics.
« La cliapeHe de la Vierge, dit Vliive-tlniie des rkltesm d'ail de ta
LE BOULEVARD MALESHERBES ET L'EGLISE S AINT- A UG USTIN.
' ' i^î
•^«^^tr. î^'^
^^^ ..^^z^tm^. ^^
LE SIJUAKE LMlonnE.
ipialn
loriiii
de laiilci'iic
France, auquel nous empruntons cette description, ouvre sur le
transept, derrière le sanctuaire, par trois arcades soutenues par des
colonnes en marbre rouge, à chapiteaux composites. Les tympans de
ces arcades sont surmontées d'une corniche portant une grille en fer
forgé et doré, sem-
blable à celle qui règne
dans les autres par-
lies de l'édiàco, -i hi
hauteur du Iriforium.
La chapelle est élevée
de quatre maiches au-
dessus du sol de l'é-
glise. La hauteur de la
voùle est la même que
celle des voûtes de l,i
nef. Elle est ouverte
au-dessus du tympan
des arcades inférieu-
res, ce qui permet de
voir de la nef la déco-
ration de la partie su-
périeure. " Cette dé-
coration se compose
de deux toiles marou-
tlées, signées de
Pierre Brisset, repré-
sentant : à gauche,
l'Adoration des Ber-
gers; h droite, la Pré-
sentation au Temple.
Sur le terre-plein
qui précède Saint-Au-
gustin s'élève une
statue de Jeanne
d'Arc, œuvre fort re-
marquable du sculp-
teur Paul Dubois. Le
socle ([u'elle surmonte
est pourvu d'inscriptions dont l'abondance donuerail ù croire qu'il
s'agit là d'une ligure peu connue. C'est l'été de 1900, si fécond en
inaugurations de tout genre, qui
aura présidé à celle-là encore.
La caserne de la Pépi-
nière, entin, dot la liste des
iililiccs du Vll|8 arrondissement.
.Nous avons jiarlé plus haut de la
pépinière du roi, à huiuelle elle
doit son nom. Bâtie au xviii" siè-
cle pour recevoir deux compa-
gnies de gardes-françaises, elle
a été considérablement agran-
die sous le second Kinpire. Lu
même temps, le marché de La-
borde faisait place à un coquet
square, succursale utile, eiiccire
([ue bien modeste, du parc Mon-
ceau. La fontaine qui en oci-npe
le centre ornait déjà l'ancien
niaiché. (^.e coin de l'aris s'ap-
|H'l.iil l.i l'clilc l'^lngiir, .lu
ii'iiii ilii à une cHscii.'!!.' .Il' .a-
liarcl situ.' au h.is .!.■ la ru.' du
Un. h, T.
La rue île lu llinifuisiiiiir d.iit
son nom aux acI.'S de di'\.iu.'-
m.'iit (pra.'i'.iiii|ilil nu m.''il.'-
ciu i|ul l'haliilail , Co.'l/., ninrl
|i|ic|.'i> ru.' .!.• I'(dis.'i-vaii.-i' , puis
al. us la Mil.' élégaiil.' .|iii' luuis
éauc.' .lu 9 l'évrii'i- l"'.i.'f, \r Bureau
ualicahle ...
.■Il l«i:i. Aiiparavaiil, ..II., s'él.iil
rue de B.ivig.p. LU.' ii'élait pas a
ciiiinaissoiis auj.uii.riiiii : ilaiis s.i s.
de la Vill.. prescrivait qu'i'll.' lut n-ii
PARIS
HUITIÈME ARRONDISSEMENT
PAaiS-ATLAS
PKRSFECllVK DU BOULEVARD MONTMAUTKK séparant les IX" arrondis
Phot Léry frères-
iK.NT .à di'oûe).
L'OPÉRA. -^ 33= QUARTIER : SAINT-GEORGES. — 34" quartier : LA CHAUSSÉE D'ANTIN.
33° QUARTIER : LE FAUBOURG MONTMARTRE. — 36" quartier : ROCHECHOUART.
regarder les plus nncions plniis Je Paris, ou
se rend comple, d'un coup d'œil, que la région
dont nous allons rnainlenant Irailer ne fui
guère, jusqu'au règne de Louis XIII, qu'une
prairie, mise en culture maraîchère pour l'ap-
provisionnement de la ville. Si l'on consulte
ensuite un plan de la première moitié du
xvni" siècle, on verra qu'il n'y avait encore eu
ni grands changements, ni grands progrès.
C'est du règne de Louis XV qu'il faut dater
répo(|ue où la vie romracnça à transformer et à animer ce quartier.
L'enceinte dite des Fermiers généraux, entreprise sous Louis XVI,
représentée par les boulevards que l'on nomme extérieurs, le renferma
dans Paris ; jusque-là, il en avait été isolé, tant par la fortilicalion île
Charles V, que par la construction, en 1030, du rempart, auquel oui
succédé nos grands boulevards intérieurs. U faut dire, cepemlanl.
qu'au (hdà de ce rempart et jusqu'au tracé de la rue Saint-Lazare, le
leiritoire était consitléré comme un faubourg de Paris, relevant des
[laroisses Sainl-Euslachc et Sainl-lîorh ; mais, à l'origine, il avait l'ait
P A lus -Atlas.
partie intégrante des deux paroisses rurales qui, jusqu'à 1860, sont
demeurées indépendantes de Paris : Montmartre et Clichy. Tout ce
qui, dans le IX" arrondissement, est situé à l'Ouest de la Cliaussée-
d'Antin appartenait à Clichy; tout ce qui est à l'Est, à Montmartre.
Deux lîefs anciens et importants y étaient situés : les Porclierons,.sur
Clichy, la Crange-Batelière, sur Montmartre. Peu de rues : la grande
artère transversale de l'Ouest à l'Est était la rue des Percherons, a\i-
jourd'hui rue Saint-La/.are; la grande artère transversale, du Sud au
nord (rue du Faubimrg-Montmarlre et chaussée des Martyrs) ; le che-
min de Clichy, qui est devenu l'opulente Chaussée d'.Vnlin ; à l'Est,
uniquement les rues de la Grange-Batelière, Bergère, de la Voirie
(rue Cadet), et d'Enfer :rue Bleue"!.
Le IX" arrondissement, dit i.'Opkra, est limité à l'Ouest par l'axe des
rues Vignon, Tronchet, du Havre et d'Amsterdam; au Nord, par l'axe
des boulevards de Clicliy et Rochechouarl; à l'Est, par l'axe des rues
(lu Faubourg-Poissonnière et Poissonnière; au Sud. par l'axe des bou-
levards Poissonnière, .Montmartre, des Italiens, des Capucines et de
la Madeleine.
Sa superlicie est de -213 lieii.iies : sruls. les quatre premiers et le
94
PARIS -ATLAS
VI« arrondissement ont une surface moindre. Sa population
est d'environ 120.000 habitants, ce qui lui assure une repré-
sentation double à la Chambre des députés.
De tous les arrondissements parisiens, celui-ci est, sans
conteste, le plus parisien. Si la « Babylone moderne n est
assez comparable, à ce qu'Ésope disait de la langue : la
meilleure et la pire des choses, on peut dire que cette déli-
nition ne se véritie nulle part aussi bien qu'ici. Hommes de
lettres, peintres, sculpteurs, gens de théâtre, bureaux de
rédaction des grands journaux mondains, magasins d'œuvres
d'art, tavernes et cafés à la mode, littéraires et autres, se
groupent dans cet étroit espace, et s'y confondent avec beau-
coup de ce qui en fait la lie :
aventuriers , rastaqunuères ,
femmes légères..., tandis que
dans certaines parties de l'ar-
rondissement, rue Pigalle,
rue d'Aumale, rue de La Ro-
chefoucauld, rue Saint-Geor-
ges, la haute bourgeoise tient
ses logis sévères fermés aux
fièvres ambiantes.
D'après l'ordre adminis-
tratif, le quartier Saint-
Georges vient le premier.
Comme il n'y a jamais eu
dans cette région, ni nulle
autre part dans le vieux Paris,
d'église ou chapelle dédiée à
saint Georges, il faut bien ex-
pliquer par une enseigne l'ori-
gine de ce vocable. L'enseigne
est la providence, la ressource
suprême étymologique.
Au xvni' siècle , la rue
Saint-Georges n'était encore,
d'après Jaillot, qu'une " ruelle
aux Porcherons, allant de la
rue Saint-Lazare à la ruelle
Baudin " (aujourd'hui rue de
la Tour-des-Dames). La ruelle
est devenue plus importante
lorsqu'on 1824 elle a été pro-
longée jusqu'à la rue >"otre-
Dame-de-Loretle et que la
place Saint - Georges a été
formée. '
Il est à remarquer que les
maisons de cette place, bien qu'elle ait une dénominalinn ofliiii'll'',
font pour le numérotage partie intégrante de la rue Notre-Danie-
de-Lorette. Le n" 27 est l'hôtel Thiers. L'illustre homme d'État
l'habitait depuis plusieurs années déjà, il y avait groupé la majeurr
partie de la remarquable collection d'd'uvres d'art qui est main-
tenant au Louvre, lorsque les événements de 1871 la lui lirenl
quitter pour transporter à Versailles le siège du gouvernenienl.
Les chefs de la Commune décidèrent de sévir contre la maison.
EGLI;
Phul. OalllarJ.
Pl-ACE lit lU.NIAlNi; .■5.V1.N 1 -GliOKOiiS.
Voici le texte de l'arrêté de dêmulilion, pris le 11 mai 1871 :
Le Comité de Salut public,
Vu l'al'liche du sieur Tliiers, se disant chef du pouvoir exéculif de la
République française ;
Considérant que celle alTiclie, impi-imée à Versailles, a été apposée
sm- les murs de Paris par les ordres du sieur Tliiers :
Que, dans ce document, il déclare que son armée ne bombarde pas
l^aris, tandis que ebaque jour, des femmes et des enfants sont victimes
des projectiles fratricides de Versailles;
Qu'il y esl fait appel à la trahison pour pénétrer dans la place, sentant
l'inipossibilité absolue de vaincre par les armes l'héroïque population
de Paris,
Arrête : Auticle PRE^Ml;R. — Les biens meubles et les propriétés de
Thiers seront saisis par les soins
de l'administration des domaines.
Art. i. — La maison de Thiers,
siluée place Georges, sera rasée.
Art. 3. — Les citoyens... se-
ront chargés, chacun en ce qui le
concerne, de l'exécution immé-
uiATH du présent arrêté.
Paris, 21 lloréal an LXXIX.
Donc , les pierres seules
étaient atteintes. L'article
premier prouve que l'on vou-
lait sauver les œuvres d'art,
et c'est à Courbet, paraît-il,
qu'en revient l'inilialive.
M. Thiers n'eut donc qu'à les
reprendre et à les réintégrer
dans sa <i maison », devenue
liôtel depuis la reconstruc-
lion, qui en fut faite en 1874
par M. Aldrophe, aux frais
de la Nation. Un sait, en effet,
qu'une loi votée par l'.Vssem-
"iilée nationale, en 1872, avait
alTecté un million à celte re-
(•onsliuction,(ln sait aussi ([ue
le c libêraleur du territoire »
ne mourut pas dans ce somp-
tueux logis, qui lui était si
cher; c'est à Sain l-Germain-en-
Laye que la mori l'alliNgnil, le
3 septembre 1877. Son corps
fut ramené à la place Sainl-
(jeorges, et ses funérailles eu-
rent lieu à .\otre-l)ame-de-Lo-
rette en grande solennité.
La nie Nolro-Dame-de-LureUc, que nous parcourons, n'est pas une
voie ancienne. Au commencement du siècle, elle s'appelait rue Vatry,
et .sa dénomination actuelle ne date que de 1833. Loretle est une ville
d'Italie où s'était créée une confréiie de chevaliers sous le patronage
de la Vierge. Comment eul-on l'idé'e de cludsir ce patronage pour
l'église du faubourg Montniarlre, dont nous parlerons plus bas? On
l'ignore. Qu(u (lu'il en soil, il a servi à doter la langue française, d'un
mot nouveau jadis, démodé aujourd'hui. La loretle ne se rencontre plus
que dans les laldeaux île nni'urs ou les romans d'il ya soixante ans.
Le marché La Itocliefoucauld, à l'angle de la rue du même nom, n'est
plus, lui aussi, qu'un souvenir; il a élé dêtiuil par un incendie au
mois de mai 1898, et on en a iiridili' p(pur le remplacer par inie
maison de rapport.
La me Dréda aurait-elle aussi une oiigine italienne? Peul-être, mais
'est par le nom de son |>inprii''laire, Itréda, qui la lit (Uivrir sur des
leirains d(mt il élait possesseur. VA nous voici ute Vicliir-Musso, ainsi
di-nniiiiiiée ilepuis 1887 parce (|iie l'auleurdcs Xoccs lie JciiHueite mourut
non IhIo de l;'i. eili- Proilml . n" 1, le o juillet 1884, ainsi iju'en fail foi
une plaipie cm 'iiioi alive. Avant, c'était la rue di' Laval. Les habilanls
jii<i|eslèrent de lonles leurs forces contre ce cliangemeni de nom ; ils
y Voyaient sans dmile un d(Mlain pour le chef-lieu du déparlement
de l;i M.'iyenne, el hien à lurl, i;ir la marraine de |,i rue élail loul
-iMi|dement Marie-l.imi-i- de Mnnimoiency-I.av.il, ileinièii' abliesse de
\biiiim.irlre,
l'eiil-nri i|uilti-r la rue \ irlur-Massé sans adresser un souvi-nii- ému
iH Chat Noir e| à feu moi propriélaii-e, Hodcdphe Salis. (Jui n'y est
iilrê, au moins une fois, durant la dizaine d'années que duia sa
'•gue, dans ri', cabaret oii la fanlaisie réLmait en maili'esse, mais une
lantaisii! pétrie d'art, pélillanle d'es|iril ? Qui ne se rappelle la verve
endialdéc de Salis, sa façon d'accueillir li'S a genlilshommi's •• el les
i< noliles dames >•, ses boniinenls, étourdissants de brio, sa pétition
I..\ TRINITE.
NEUVIKMK ARRONDISSEMENT
93
oi-gîmis/'o en viin de « la si^'parnlion do Mniil-
niarlre et do l'État »? El des œuvifs sont m'-es
là, et des artistes s'y sont illustrés (iiii lunt hon-
neur grandement à la ni(';inoire du créaleur de
ce nid d'esprit et de talent, où, par surcroît, il
avait fait fortune, gnice à \ Épojiée, à la Marche à
l'Êtoik, a. Phn/né, sans parler de chansons à
demi immortelles : le Bal de l'IIùlcl de ville,
VEijJulsifjn, tes Sirr/ots... L'hiîritage de Salis s'est
morcelé. De nonihrcux cabarets ou théâtres dr
genre très spécial ont été fondés avec un sou( i
plus pratique que celui qui avait présidé à l.i
créati(jn du « Chat-Noir »; mais l'esprit perd
à s'éparpiller. C'est maintenant au « Carillon »,
à r « Ane rouge », aux « Tréteaux de Taharin »,
au « Cabaret bruyant », à la » Hou lotie », aux
" Funambules », à 1' n Enfer » et au » Ciel », etc.,
qu'il faut aller en chei'cher les miellés dissé-
minées.
Redescendons la rude pente de la rue des
Martyrs, en plaignant les chevaux de l'omnibus
de Pigalle — ces martyrs — qui la gravissent.
Au n° 41, une haute maison, presque une cité,
précédée d'une vaste cour, attire ratlenlion. Elle
fut construite pour un établissement sui lequel
les données sont vagues : deux ou trois litho-
graphies, conservées au déparlement des Es-
tampes de la Bibliothèque nationale, la repré-
sentent avec ce titre énigmatique : « Omnibus
— Cafés — Restaurans k domicile », et la date
de 1837. Ce devait être un hôtel meublé, qui no
tarda pas à ne pas réussir. Au bas de la côte,
l'église Notre-Dame-de-Lorette montre son laid
chevet. A droite, s'ouvre la rue Saint-Lazare,
étroite, serpentante, bien délaissée au profit de sa jeune rivale la
nie de Cliâteaudun, créée par le second Empire sous le nom de rue du
Cardinal-Fesch. A signaler, au n» 10, le Théâtre d'application, que l'on
n'appelle que là Bodinière, du nom de son fondateur (1887), Bodi-
nier, alors secrélnire gi'néral de la Comédie-Française. Non loin de
là, des demeures d'hommes célèbres : Auber, 22, rue Saint-Georges
(la maison a été démolie en 1893 et reconstruite): Talma, 9, rue de la
Tour-des-Dames; Mignel, 14, rue d'Aumale. Eu débouchant sur la ptace
de la Trinité, la rue
Saint-Lazare devient spa-
cieuse, vivante, et c'est
avec ce nouvel aspect
qu'elle se poursuit —
confondue avec la rue
de Chàteaudun — jus-
qu'au delà des limites
de l'arrondissement.
La somptueuse église
de la Trinité a rem-
placé deux chapelles pla-
cées sous la même in-
vocation, qui avaient été
édifiées, la première en
1840, rue de Calais, et la
seconde en 1852, rue de
Clichyj en face de la rue
d'Athènes (alors rue de
Tivoli). La construction
de l'édilicc actuel, t|ui
coûta tout près de quatre
millions, date d'un ar-
rêté préfectoral du 0 juil-
let 1861 qui autorisa le
commencement des tra-
vaux, <lont Ballu dressa
les plans; mais ce n'est
(lue le 7 uovembri' 181)7
que l'église fut inaugu-
rée par l'arrhevètiue de
Paris. Située dans l'axe
de la Chaussée d'Antiu,
à laquelle elle fournil la
plus agréable perspec-
tive, précédée d'un joli
square que des balus-
PERSPECTIVE DE LA RUE DE LA > H
(Au fond, léglise do la Trinité.,
trades entoment de leurs volutes gracieuses, et le dominant un peu,
de façon que le monument y gagne en noblesse, la Trinité est parmi
nos églises modernes l'une des plus heureusement conçues. Le luxe
intérieur correspond au charme de l'aspect extérieur; on y a été pro-
digue d'œuvies d'art, peinture et sculpture. Elles sont signées Jobbé-
Duval, Barrias, Français, iJanlan, Carpeaux, Cliatrousse, Paul Dubois,
Doublemard, etc., etc.
heure leurs portes, le soir. Bien leur
en prend lorsqu'elles sont, comme
Les églises ferment de bc
LE THÉÂTRE DU VAUDEVILLE.
Phol. UaiHani.
celle-ci, à quelques pas d'une
salle de théâtre, d'une salle de bal
et de concerts dont la clientèle
joyeuse pourrait se confondre avec
ia pieuse cohorte des fidèles. Le
Casino de Paris ouvre siu- la
rue de Clichy, le Nouveau-
Théâtre ouvre sur la rue Blan-
che: les deux établissements sont
en outre réunis par une commu-
nication intérieure, de sorte que
l'on peut tour à tour et presque
en même temps voir jouer une
pièce de spectacle, entendre de
gais Ilons-llons, assister à un ballet
suggestif, ingurgiter des breuvages
doués de la même vertu. Par uu
contraste singulier, ce terrain,
exclusivement consacré au plaisir
était, il y a trente ans, celui du
collège Chaplal, fondé en 1837 par
Pierre iJoubaux, transmis par lui
à la Ville de Paris et qui en émi-
gra en 1874 pour aller s'installer
dans le quartier de l'Euiope, où
nous l'avons rencontré.
Continuons à monter la rue
de Clichy. Au milieu, à droite,
s'ouvre la rue Noiiirlte, voie privée
— impasse même, devons- nous
dire pour être exact — créée en
1879; celui qui l'a baptisée ne
s'est pas mis en frais d'imagina-
tion. C'est là qu'était la fameuse
prison pour dettes — la Dette, ou
Clichy — comme ou l'appelait
96
PARIS -ATLAS
LE BOULEVARD DK
A 1 . !■; i, 1-; 1 .N E
habituellement, fermée en 1867. Elle avait été construite sur l'empla-
cement de deux hôtels, acquis par la Ville de Paris en 1826, du ban-
quier Sailliard ; mais ce n'est qu'en 1832, à la suite du choléra, que
les détenus pour dettes, alors incarcérés à Sainte-Pélagie, y furent
transférés. Certes, il y a quelque ennui à être prisonnier; mais quel
malin plaisir avaient les détenus à payer leurs créanciers de cette
monnaie! Trois mois pour une dette de 200 à 300 francs; six mois,
de 500 à 1,000 et toujours crescendo jusqu'à trois ans, qui étaient le
maximum de la contrainte par corps.
Au delà de la « Dette », l'espace compris entre la rue de Clichy et la
rue Blanche, circonscrit aujourd'hui par les rues de Calais, de
Bruxelles, la place et la
rue de Vintimille, consti-
tuait depuis le commen-
cement du siècle le jar-
din fameux de Tivoli ,
couvrant une superficie
de 63,647 mètres. Il fut
loti et mis en adjudication
le 12 mars 1844 à la cham-
bre des notaires. Et c'est
ainsi que s'accomplirent
vos destinées, montagnes
russes, cascades, grottes
artificielles, qui faisiez la
joie de nos aïeux! La rue
Blanche et la rue PigaW-
sont d'anciens chemins
qui conduisaient des Por-
chcrons à Montmartre. La
première s'appelait pri-
mitivement rue de la
Cruix-lîlanche ; la seconde, rue Royale. La Nomencla-
ture officielle des rues de Paris publiée par la Ville, et
qu'il faut toujours consulter, dit que la rue Royale fut
dénommée rue Pigalle en l'an X, parce que Pigalle y
avait son atelier. Ce n'est pas tout à fait exact; le grand
sculpteur avait son atelier au faubourg du Roule; c'est
là qu'il acheva la statue de Louis XV, commencée par
Bouchardon, et qui décora si peu de temps la place de
la Concorde. Lui paraît avoir eu deux maisons, au moins
dans le quartier dont nous parlons. Une requête datée
de 1774 et conservée aux Archives nationales fait men-
tion d'une maison « sise au coin des rues Blanche et
Sa>nt-Lazare, exactement au-dessous de celle de
M. Pigalle ». D'autre part, dans de curieuses notes pu-
bliées par Lucien Lazard dans le Bullelin du vieux Mont-
martre (1893), on trouve les noms suivants d'habitants
de la rue Pigalle en 1790 :
« La demoiselle Adeiine, pensionnaire de la Co-
médie-Italienne ;
« La dame Raucourt, pensionnaire du Tliéàtie-Français. »
Et dans la rue Saint-Lazare :
" La dame Dumesnil, pensionnaire de la Comédie-
Française;
« Le sieur de Bougainville, chef d'escadre;
(I La dame Pigal i}ic) ;
<- Le comte de Bernis. »
Le bel hôtel portant le n° 12 de la rue Picalle est celui où mourut
Scribe, le 20 février 1861.
De la partie occidentale du quartier Saint-Ceorges, entre les rues de
Clichy et d'Amsterdam, il y a, croyons-nous, bien peu à dire : les quel-
ques rues, calmes et bien bâties, qui les relient l'une à l'autre, portent
toutes des noms de grandes villes d'Europe, ainsi que celles qui, dans
le VIII'' arrondissement, rayonnent autour de la place de l'Europe.
Quartier de la Chaussée d'Antin. — C'est par un pléonasme
bizarre que l'usage s'est établi, même officiellement, de dire rue de la
Chaussée-d'Antin, ce qui équivaut à dire rue de la rue d'.Vnlin — une
chaussée étant une rue. Nous nous garderons de cette redondance.
On a vu plus haut (p. 93)
que cette voie importante
fut d'abord un modeste
chemin rural dit clietnin
de Clichy ou de l'Ilùtel-
Dieu, ou encore de la
(irande-Pinle, de l'égout
de Caillou. Son nom de
chaussée d'.Viitin, elle le
doit à riiôli'l d'.Vntin vis-
à-\is i!iii|Ufl elle aboulis-
>:nl .'1 lie. m le pavillon de
llanovie est le vestige con-
servé (voi/. p. 21). En 1720,
la Ville en lit une « chaus-
sée, large de huit toises »,
mais ce n'est que vers la
tin du siècle que la vog\ie
vint à ce (luai'tier hors les
murs, lin resta\iranl (jui
a lonijlenips porté le iKun
l'anieiix de Bignon , oc-
cupe, au n° 2, l'eni place-
ment d'un dépôt des f,'ar-
des-IVancaises, qui durent
le 12 juill.'t 1780, faire le
('(Uip de l'eu avec la popu-
lation poui' sauver leur
colonel. Dans celle mai-
son vécut R.issitii,<le 1837
à 1868. En lace, c'était le
fastueux hôtel Monlnio-
iine maisiin île ra|iport
;'est un jnli r'didce bien
rotonde, au pri'-
t décorée de
lél.'iil
l'ancien hôtel Necker, devenu la
" de Slai'l, oci'U|)é plus lard jiai-
de Lyon, ciui lors îles l'emanie-
e iu(! Ne>ive-des-Mathurins, et
LE liOULEVARI) Iii;s CAl'l i :
(A droite de la place di- l'Opéra).
Ili<
ais auiiuel succédèri'nt m
■■;llre du Vaudeville, t'.'i'^
, avec un avant-ciu'ps en botu
ipiidlc est un fuyer éléitanl. La façade
queli|Ufs-uiies — dél.'iil curieux — proviennent
LA M.MSON DE SCRIliE, K t E IMOALLE
rcncy, véiitalilc
l't, en 1868, Ir
\<:\{i |>ar Maiiiie
Ml ici' étaye <le la
larialiilcs dont
la maison juécédenli'. Au 7, était
propriété de Récaniier, puis de .M'
l'administration du choniin de fei
nii'nts du (|uartii'r, fut Irarisfér
enliii, au momi'ul du percement <lu houlevanl llaussmann, dut encore
NEUVIÈME ARRONDISSEMENT
97
éniigrer rue Saint-Lazare, où elle s'est fixée. Au 9, l'iait l'hôtel de la
Guiiiiard; au 11, celui du général Anighi, duc de l'aduue, aui|uel suc-
cédèrent les bureaux de la compagnie du Nord, puis ceux d'Orléans,
chassés à leur tour par les constructicjns nouvelles et transportés rues
de Clichy et de Londres. Au 13 ont été, de 1791 à 18tJ0, les bureaux de-
là bancjue .Mallet.
Le n" 12 a encore la fornu' hizain- t]r r.iiiiirn iiirii'li<'Ti' S.iinl-l'iM.li,
sur lequel il a été con-
slruil. Au 40, se trouve
l'emplacement de l'hôtel
habité à la fin duxvin'^ siè-
cle par M™"^ de Montesson.
épouse morganatique du
duc d'Orléans, grand-père
de Louis-Philippe. Il ap-
partenait à l'ambassade
d'.\utriche lorsqu'un in-
cendie le détruisit en 1810.
A sa place, on créa en 1826
la Cité d'Anlin, dans la-
quelle se trouve le Théâ-
tre-Mondain, qui suc-
céda à... une église, Saint-
André-d'Antin, qui avait
pris elle-même la place
d'une salle de bal.
Au 42, s'élève la maison
où Mirabeau mourut, le
2avril 1791 ; — au 62, l'em-
placement de celle du gé-
néral Foy, mort le 28 no-
vembre 1823 ; deux in-
scriptions les signalent à
l'attention du passant. La
rue de Chàleaudun passe sur
l'emplacement de l'hôtel
Montfermeil, qu'' Xapo-
rlcr de la marine et devenu avant sa démolition le siège des concerts
.Musard ; au 20, a demeuré .M°" Hécamier; au 22, étaient les célèbres
collections de tabatières et de bonbonnières de Lenoir-Joussei-and, qui
furent transférées plus tard au 24 de la rue Caurnartin avant que leur
propriétaire en fit don au musée du Louvre. Plus loin, on rencontrait
le passage Sandrié, allant se terminer à la rue Neuve-des-Malhurins et
'\ iii les niisérabl'-s masures fai.saient un fâcheux contraste avec le
LE BOULEVARD DES CAPUCINES (A gauche de la place de lOpcral
léon avait fait reconstruire pour y loger le cardinal Fesch. Comme on le
voit, les souvenirs historiques ne manquent pas à la Chaussée d'Antin.
Il est bon de dire aussi quelques mots des hôtels presque cente-
naires qui, en 1858, ont disparu pour faire place à l'Opéra. La me
Basse-du-Rempart datait alors d'un siècle environ, et sa physionomie
avait à peine changé. \u 4, s'élevait l'hôtel construit par Bouret de
Vézelay, devenu plus tard la propriété du comte do Sommariva ;
au 6, la maison où mourut, en 1814, M"= Raucourt, à laquelle le curé
de Saint-Roch refusa l'inhumation religieuse ; au 8, riiôtel d'Us-
mond, construit par Brongniart, en 1775, pour M. de Saint-Fuix, Iréso-
PAniS-.\TLAS.
FAÇADE DE L'OPÉR.A.
luxe voisin. Au reste, le sol de la rue était, comme
son nom l'indique, et est encore dans le court frag-
ment qui subsiste, en contre-bas du boulevai-d; c'était
un véritable fossé qu'il a fallu remblayer.
Par derrière s'ouvrait, en retour sur- la rue Boudreau,
la rue Trudon dans laquelle, sur remplacement de la
Cumpagnie générale transatlantique, était l'hôtel de la
grande llachel.
L'Opéra. — Est-ce à l'admirable monument de
Charles Garnier, est-ce à la salle iutîniment plus mo-
deste de la rue Lepeletier que le 1\« arrondissement
doit, depuis 1860, son titre administratif"? Aux deux,
sans doute, car à cette date la construction était déjà
décidée d'un édifice destiné à remplacer la salle Le-
peletier, ouverte « provisoirement » en 1821, et sa
place déjà tixée au point sur lequel il s'élève. Eu 1857,
le second Empire était à l'apogée de sa puissance.
Paris, depuis quelque temps, s'ouvrait à la lumière,
dans le sens propre du mot, — par des percements,
bien conçus pour la plupart, et indispensables. C'est
alors que Napoléon III invita sou ministre il'Elaf,
.M. Fould, à faire étudier un projet de nouvel Opéra.
Ce fut l'architecte ordinaire de l'Opéra, Uohault de Fleury, que l'on eu
chargea. Dans ses Mémoires, le baron Ilaussmann a raconté avec quel-
que mauvaise humeur comment les choses tournèrent :
Après approbation des plans, M. Fould conclut avec la Ville un tiailé qui la
chargeait de l'expropriation des terrains nécessaires à l'emplacement du théâtre
et des bâtiments rciitouraiit de trois cotés; à l'étabiissemeut de la grande place
sur laquelle s'élevait, comme aujourd'hui, la façade principale, et de celles qu'on
voit sur les côtes et sur le derrière du monument, où débouchaient la cour de
lonipcreur, la cour des abonnés et la cour de l'administration: er.lin, à l'ouver-
tuic des rues .\uber, Scribe. Ilalcvy et .Meyerbeer qui, reliant ces diverses places,
98
PARIS -ATLAS
pncadraient les autres parties de
celénonTie ensemble de construc-
lions, affectant la forme octogo-
nale.
Les expropriations ont lieu, les
voies publiques demandées sont
établies; des constructions pri-
vées, le Grand-Hôlel, entre au-
tres, s'élèvent suivant le type
fourni par l'architecte de l'Etat,
type se raccordant avec celui de
ses bâtiments secondaires.
Cependant, une question de
budget retarde la mise à exécu-
tion des plans adoptés. M. Fould
est remplacé; son successeur
\Vale\vslii). sans tenir compte de-
cette approbation, ni des faits ac-
complis, ouvie un concours. Le
projet de M. Charles Garnier,
alors architecte ordinaire de la
Ville, aujourd'hui mon très ai-
mable confrère à l'Institut, l'em-
liorte, et quand son Opéra s'élève
triomphalement au fond de la
place ménagée sur le boulevard
des Capucines, dans l'axe de l'ave
nue Napoléon (aujourd'hui avenue
de l'Opéra), il se trouve médio-
crement en harmonie, pour ne
dire rien de plus, avec le cadre
préparé pour un autre monument,
et l'architecture imposée à toutes
les maisons voisines n'a plus de
raisons d'être.
Ce couplet... académique,
encore que peu aimable pour
un (I très aimable confrère à
l'Institut », méritait d'être
cité pour plusieurs raisons.
l)'abord il nous fait connaître
— au moins sommairement
— l'historique de la fondation
du nouvel Opéra, les rues
projetées dès lors, cl dont le
tracé a été réalisé — puis,
il montre que les hommes
descendus du pouvoir sont trop souvent enclins à l'amertume, « pour
ne dire rien de plus ». En quoi la construction dont Paris a lieu de
s'enorgueillir n'est-elle pas en harmonie avec le cadre environnant, et
quelle physionomie fallait-il donc rêver pour les larges voies dessinées
tout autour'? Les maisons qui les bordent — et qui font honneur à
leurs architectes et à leur époque — ne pouvaient cependant pas avoir
la prétention de rivaliser de luxe avec un édilice que l'on avait raison
de souhaiter sans rival possible. D'autre part, n'élait-il pas équi-
table de désirer que le de.ssin d'un pareil édilice fût mis au concours,
sollicitât l'activité, le talent des cerveaux les plus dignes de le conce-
LE GRAND
l'iiol, .SV.ir.l.-lii
FAÇADK I-ATl':i!Al.i: lil /.OI'ÉICA.
voir'? Napoléon III et son
ministre d'Etat furent donc
bien inspirés en le compre-
nant; notre ville n'a pu qu'y
gagner.
Rappelons maintenant que
c'est en 1863 que le projet
présenté par Charles Garnier
fut accueilli avec enthou-
siasme. Son auteur est mort
dans le courant de l'été de
1898; on est donc à l'aise pour
le louer largement, même
avec quelques réserves.
Ce n'est pas, en effet, une
faible gloire pour un homme
d'avoir élevé le plus beau mo-
nument civil de Paris après
le Louvre, nous dirions même
à l'égal du Louvre, si nos
grands artistes de la Renais-
sance pouvaient avoir des
égaux. Ce que l'on admire
tout d'abord à l'Opéra, c'est
la façade, d'une si riche et
large ordonnance, formée,
après un perron de quelques
marches, d'une galerie voûtée
que surmonte la colonnade
de la loggia, composée de
seize colonnes monolithes,
surmontée elle-même d'un
attique chargé de sculptures
et complété par deux groupes
en bronze doré, la Poésie,
l'Harmonie, sculptés par Gu-
mery. Au premier plan de
cette façade, quatre groupes
de sculptures symbolisant les
arts musicaux : la Danse, de
Carpeaux ( le plus remar-
quable par sa beauté et son
audace) ; la .Musique, par Eug.
Guillaume; la Poésie lyrique,
par Jouffroy; le Drame lyrique, par Perraud.
Les deux autres merveilles de l'Opéra sont le grand escalier et le
foyer. L'escalier aurait à lui seul sufli à la gloire de Garnier. Sa majesté
le rend digne des palais les plus orgueilleux, digne d'un conte dos
Mille et une nuits. Il est seulement regrettable qu'au premier palier
l'accès de l'amphithéâtre soit fait d'une baie un peu étriquée et que la
double révolution qui conduit aux premières loges ne comporte pas
une nouvelle révolution se terminant aux portes mêmes du foyer, qui
parait ainsi séparé et pour ainsi dire indépendant du théâtre. Combien
cependant il mérite d'en être partie intégrante ! Si l'escalier est la gloire
de Garnier, le foyer assure celle de Paul Baudry par les admirables
pi-intures dont il l'a décoré, se traduisant toutes en apothéose de l'art.
La salle est simplement belle, spacieusement disposée, et d'acoustique
' xiellente. Le plafond est l'œuvre de Lenepveu.
On doit convenir ([ue si les façades latérales sont inspirées du même
:.''iùt heureux que la façade principale, celle de l'administr^ilion, sur le
loulevard llaussmann, est vrainsent trop peu en accord avec elles,
i.'.irchilecle l'a négligée, et le mal est irréparable de transmettre aux
-i>''c|es futurs un monument ainsi mamiuant d'iupinogéiiité. De mêtne,
l'Ut en reconnaissant quelles exigences la déi-oralldn imposait pour
i' s proportions de la scène, il faut bien reconnaître (|ue celle toiture
I iMie hauteur démesurée, ces surfaces nues vues du deliors, ne sont
11-- d'un heureux elïet ; elles écrasent l'édilice que l'on voudrait par-
iili'tnent harmonieux dans toutes ses parties. \\\ fond, ce sont là de
Miirices critiques; elles n'iriliiirii'iit pas l'aiIrMirallon ([Ue l'on iloll à ce
Miperbe spéiinien île noire archlleclure nationale.
Commencée en 1863, l'ii'uvre ne fut menée que leiileineiil, tant
r.iicliileclc avait souci de ne réunir ([ue des matériaux rares, de n'im-
l'Mser aucune hâte à ses collaboraliMirs arllsti(|ues. Puis, la guerre sur-
\ Mit, et nos désastres, pour bien îles causes, ralenliieiit le travail a|irès
i ivoir, même, un momeiil, fait cesser i'omplè|e]neiil.
L'iiicendio de la salle Lepeletier, dans la nuit du 28 au 20 oclo-
bie 1873, réveilla l'ardeur, et llnaleuienl la nouvelle salle fut inauLMirée le
iJ janvier \H~'.y. Ce fut une soirée de (,'iand tial.i il lée eu présen lu
maréchal de Mac-Malion, président de la llépublique, et d'illustres lnMes
LIEU DE LOPEKA.
m:uviî;mi; aiuîondissement
99
LE GRAND FOYER DE L'OPERA.
étrangers : le jeune roi d'Espagne et sa mère Isabelle, le lord maire, le
bourgmestre d'Amsterdam. Il va sans dire que tout ce que notre pays
compte de notabilités y était convié. La représentation fut composée
de fragments d'œuvres diverses, ce qu'on appelle un spectacle cuuiié :
deux actes de la Juive, deux actes de Guillaume Tell, la bénédiction
des poignards des Huguenots, etc.
Depuis lors, l'Opéra n'a pas démérité ; il emploie noblement, pour
l'honneur de l'art et le bon renom de la France, la subvention
annuelle de 800,000 francs qui lui est allouée sur le budget de l'Etat.
Rappelons encore que l'Opéra renferme une bibliothèque et un
musée contenant une grande quantité de documents précieux : auto-
graphes de compositeurs, maquettes de décors, portraits d'artistes,
archives administratives, etc.
Le boulevard ZT^iisj-maîm n'appartient que [luur parlii' au IX'' arrondis-
sement, et c'est la partie sacriliée, puisqu'elle se teiniine presque en
impasse sur la rue Taitbout. Des diflicultés, dont on no prévoit pas le
terme, ont empêché ,ius([u'ici l'édilité parisienne de lui donner son
débouché normal et nécessaire, à l'angle du boulevard des Italiens et
de la rue Drouot. Dès 1864, il portait li^ imm du préfet de la Seine ipii
l'avait fait percer. Quelque gratitude (jue la Ville puisse avoir enveis
le baron Ilaussmann, la postérité se rappellera peut-être que deux
hommes seulement ont en l'honneur, eux vivants, de donner leur nom
à une voie pMlili(|ne de Cuis, Vielnr lliii,'n el lui — et la pesli'i ilc''
comprendra.
Les magasins du l'i iuliMnps avaient été l'cuulés en ISUiJ sur l'emplace-
ment qu'ils oei ii|ieMt à l'angle du boulevard Ilaussmann et de la rue du
Havre; ils fmiuit couiplèlenient reconstruits en 1874, el bénis le 5 avril.
Jour de l'àques, par le euré i\r la Madeleine, ee qui ne les enipèih,!
pas, quehiues années .-iiuès. d'iMie d^'liulN l'.ii- un ineiunlie. Ils nul ('■li''
réédiliés aussilùt.
Le lycée Condorcet a deux façades : une moderne sur la rue du
Havre, l'autre auc ienne sur la rue Caumartin. Celle-ci appartenait au
c(]uvent des Capucins, jadis installés rue de la Bourbe boulevard Port-
Uiiyal, hôpital Ricord aujourd'hui) et venus là en 1781. Brongniarl
construisit leur monastère, l'agrémenta d'un vaste cloître el lui donna
la façade conservée, bien qu'elle ne puisse passer pour belle. La
Révolution dispersa les ordres monastiques; à peine les Capucins
avaient-ils pris possession de leurs bâtiments qu'ils durent les quitter.
Ils restèrent sans affectation à la disposition de l'Élat jusqu'à ce que,
en l'an XI, le Consulat ait décidé d'en faire uu lycée. Voici le texte de
l'arrêté pris à cet efTet :
Saint-CIoud, le 23 fructidor an XI. — Le irouvorncnient de la Republique, sur
le rapport du ministre de l'Iiitéricur, arrête ce qui suit :
Article premieb. — Dans le coui-s de l'an XIII, il sera établi à Paris trois
nouveaux lycées i la place des trois écoles centrales actuelles, dont les e.\eivices
coulinucroiit pendant l'an XII. Le premier de ces lycées sera substitué ik l'école
ccnhalc du Panlhéon, le deuxième ù récole centrale de la rue Sainl-Auloiuo el
le troisième sera placé dans le local des Capucins de la Chaussce-d'Anliu.
Art. 2. — Les lycées de la lue Saint-Antoine el de la Chaussée-d'Anlin n'au-
ront provisoirement ((ue des élèves externes.
Art. ;t. — Lc> hni; écoles centrales de Paris seront fermées à dater du
I"'' vendémiaire :in Xlll.
Telle est la charte de fondation du lycée Condorcel. H reçut alors le
nom de Bonaparte, puis, en 1814, celui de collège royal de Bourbon
qu'il garda jusqu'au second Empire, pour reprendre naturellement sou
premier nom, et le reperdre, non moins naturellenieut, après le
4 siqitembrc. On le mit alors sous l'invocation do Kontaues, grand-
maître de l'Université sous Xapoléon l'""", ce qui n"ét<iit pas trop démo-
cratique; il a enlin reçu et gardé le nom do Condorcet: c'est pour tous
deux un honneur.
100
PARIS -ATLAS
LHOTEL DES VE.NTES, RUE DUOUOr.
tait la chapelle Jes Capu-
L' église voisine, Saint-Louis-d'Antin.
cins et en même temps, dès
avant la Révolution, la pa-
roisse du quartier de la
Chaussée d'Antin, qui com-
mençait à se peupler. Après
avoir été sous Louis-Philippe,
et jusqu'en 1860, succursale
de l'église de la Madeleine,
elle est devenue alors l'une
des deux églises curiales du
l.X." arrondissement. Con-
struit par Brongniart, comme
le couvent des Capucins,
c'est un édifice dénué d'in-
térêt artistique.
En face, s'ouvre la rue Jou-
hert, qui changea en 1800 son
nom de rue Neuve-des-Capu-
cins pour celui du général en
chef Joubert qui, l'année pré-
cédente, avait été tué à la ba-
taille de Novi.
Le quadrilatère formé par
cette rue, la rue Saint-Lazare,
la rue Caumartin et la Chaus-
sée d'Antin était jadis occupé
par une sorte de domaine sei-
gneurial connu sous le nom de
c. château duCoq », auxvii'siè-
tle (il reste encore une avenue du Coq que le percement prochain de la
rue de Mogador va faire disparaître), mais (jui existait auparavant sous
le nom de cliiteau des Percherons, situé en partie sur la paroisse de la
Ville-l'Evôque, en partie sur celle de Clichy. La Bibliothèque nationale
possède dans ses portefeuilles si riches de la topographie de la
l'rance quelques vieilles estampes qui le représentent; c'était un ma-
noir datant au plus tôt du commencemonl du xvi= siècle, flanqué d(^
tourelles pointues, précédé d'un porche de la première lienaissancc
l'Iusieurs chartes du xvi' siècle mentionnent le » château des Por-
( hérons ... Son dernier nom, il le devait à la famille des Le Coq. 11 y
a un M. Le Coi] qui figure dans un acte de mariage de la paroisse de
Clichy à la date du 10 janvier 1690; mais le souvenir des Porcherons
y resta toujours accolé, car c'était celui du fief plutôt que du castel.
.laillot affirme qu'au-dessus de la porte, déjà murée, il y a cent vingt
ans, on lisait « Hôtel Cocq, 1320 ». Nous avons peine à croire à la
sincérité de celte inscription. On sait déjà que la rue Saint-La/.aïc
portait d'abord le nom de la rue di'S Porcherons; la rhaiic-lle dis
Porcherons a été l'origine de iNotre-Dame-di-Loiette, que nous allons
rencontrer tout à l'heure; il est regrettable que tout souvenir ail
disparu de celte aimable dénomination, même celui d'un opéra-
cMinique qui eut quelque succès au commencement du siècle.
La rue de la Viriuirc portail, elle aussi, un joli nom, rue Chantereini',
lorsque Bonaparte y devint, par son mariage avec Joséphine de Beau
harnais, propriétaire d'un hôtel que la belle créole avait acheté
100,000 francs à Talma qui, lui-mèine, le tenait de M"" de Condorcet.
On l'appela dès lors hôtel Bonaparte. Les vieux Parisiens ont pu le
voir, car il n'a été démoli qu'en 18137 pour laisser passage à la rue de
Chàteaudun. Les architectes du tweu ne se laissèrent pas arrêter par
cette relique de Yoncle; c'était, d'après les gravures que nous avons
sous les yeux, un petit hôtel haut d'un seul étage, tout enfoui dans la
verdure, portant en dernier lieu le n" 46 de la rue de la Victoire. C'est
là que fut tramé, par Bonaparte et les généraux ses complices, le coup
d'Etat du 18 brumaire (10 novembre 1799), que Barras, l'un des direc-
teurs qui y prêta les mains, mais s'en défend, qualifie lui-même dans
ses Mémoires d" << attentat médité contre la représentation nationale et
le Directoire ». Et Barras ajoute, parlant de la matinée même où
s'accomplit l'acte : « D'après la convention arrêtée, Bonaparte, dès
sept heures du matin, a réuni chez lui, dans sa maison de la rue Chan-
tereine, récemment dénommée rue de la Victoire, à cause de son
illustre habitant, tous les généraux sur lesquels il pouvait compter.
La plupart n'ont pas d'autVe idée que celle de se croire invités à
déjeuner. Bonaparte a fait même invitation à tous les adjudants de la
garde nationale; tous, en grand uniforme, s'y sont rendus. Il attendait
dans son cabinet particulier le décret des Anciens. » Ce décret, rendu la
veille au soir, c'était la convocation à Saint-Cloud du Conseil des Cinq-
Cents, méditée à l'avance pour le coup que l'on n'osait tenter à Paris.
Et en elTel, depuis le retour d'Egypte, la ville de Paris avait donné à
la rue Chanlereine le nom de la Victoire, dans les conditions que nous
fait connaître la lettre suivante (inédite) adressée par le préfet de la
Seine au ministre du Commerce et des Tiavaux publics le 21 oc-
tobre 1^3 :
Monsieur le Ministre,
Lorsque Napoléon était général
en (lier lie l'armée d'Italie, il pos-
sédait, rue Chantereine, un petit
hôtel qu'il habita i l'époque où
il apporta au Diiecloii-e le traité
de Campo-Fonuio. La ville de
Paris voulant rendre un juste
hommage au jeune conquérant,
lit effacer dans la nuit de son
arrivée le nom de rue Chanle-
reine, et y substitua celui de rue
de la Victoire, qui l'ut conservé
jusqu'en ISIG, époque à laquelle
on rendit à la rue son ancien
nom de rue Chanlereine.
Les miilifs ii\ii dclerminèrenl
ce rliani;cmcnt n'cxi>tant plusau-
ji.urdlnii, je viens vous propo-
-i-r. .Miiiisi'nir \i- Ministre, de
rcnihv ,1 1,1 rurChiinlrrrini' le nom
lie lUc de la Vickiirc. Plusieurs
proprirlaires ont manifesté leur
désir à cet égard et je ne doute
pas que ce changement de déno-
mination ne soit reçu avec faveur
par le public de la capitale.
Agréez...
ÉGLISE NOTUl-:-liAMi;-l)i;-LOUKTrE.
Le Conseiller d'Élal, préfet de
la Seine,
COMTK Dr. HAMBLTfAU.
[Arcliires iialioii., V. II. Seine, i;.)
l.c 2d novembre suiv,-inl, le inini-lre déclara « ne pouvoir (lu'ap-
LK I.YCi;!-; CO.NDOUCET, H U lO C.\ U .\I A II T l.N.
NEUVIEME AKUO.NDISSEME.NÏ
101
pl.Miilir ;i la proposition » flu pi('fet do la Sfinr;, et If; même jour la
ilrcision t'tait sigiiT-e.
L'hôlel de la rue de la Vietoire appartint, après Napoléon, au g<;ni5ral
Bertrand, puis au général I.efelnre-lJesnoueKes et à sa veuve. II dis-
parut comme nous venons de le dire.
Toulo la partie du quartier de la Chaussée d'Antin qui avoisinc celui
duFaubourg Montmarlri'
s'est, comme ce dernier,
bâtie dans les vingt der-
nières années de l'aii-
cien régime. Paris c(aii
mal à l'aise dans sa cein-
ture, et la spéculatinn
guettait. A'oici une lellrc,
que nous avons tout lii-u
de croire inédite, du mi-
nistre de la maison du
roi au prévôt des mar-
chands, le 21 novem-
bre 1770 :
Je joins ici, Monsieur, un
mémoire par lequel M. de la
Borde demande d'être auto-
risé à faire ouvrir deux nou-
velles rues sur des terrains
qui lui appartiennent dans
le quartier de la Grange-
Baleliére, dont une vis-à-vis
la rue de Grammont, el
l'autre à prendre de la Chaus-
sée d'Antin jusqu'au fau-
bourg Montmartre, suivant
le plan ci-joint. Vous vou-
drez bien examiner ce pro-
jet et me marquer si vous
n'y trouvés point d'inconvé-
nient, el si vous pensés qu'il
puisse être avantageux à la
commodité publique, afin que je puisse reporter cette alTaire au Conseil de S. M...
{Archives nationales, Qi. 412, p. 797.)
C'est des rues Laf fille et <le Provence qu'il .s'agit. La consultation ne
se fit pas attendre, car le 15 décembre suivant, les lettres patentes
intervenaient, autorisant l'ouverture des deux voies : la première sous
le nom de rue d'Artois. Elle doit sa dénomination actuelle, en 1830,
au célèbre banquier Laffilte qui y avait son hôtel et ses bureaux. Et
puisque nous parlons de banquiers, rappelons que, dans cette même
rue, est située la banque Rothschild, dont le beau jardin s'étend
jusqu'à la rue de La Fayette.
L'église Notre-Dame-de-Lorette, aux confins des quatre quar-
tiers de l'arron-
dissement, est,
administralive-
mcnt, située sur
le territoire du
quartier de la
Chaussée d'An-
tin. 11 faut cher-
cher ses origines
danslachapell''.
humble suciii;-
sale de Saint -
Pierrc-de-Monl-
raartre qui, en
1643, fut ciifi
struite dans i i
rue CoqueiMii
(aujourd'hui ;/'
Lamartine] pnm
épargner aux
rares habilaiiis
de la plaine bi
pénible ascen -
sion de la ninn-
tagne de .Mont-
martre. Erigée
en pamisse par
la loi du 4 lé-
vrier 1791. elle
l'ut fermée pen-
lAc'ADE DU co.Mi'ioui D'ESCOMPTE. ^^"' ''' Terrcur
LES GR.\.>'DS BOULEVARDS A L'ANGLE DE LA RUE DROUOT.
et (inalement démolie en 1796 pour cause de luine; le n'' o4 de la
lue Lamartine représente son emplacement.
Le culte fut transféré alors dans la chapelle du cimetière désaffecté
de Sainl-Euslache, et ce n'est qu'en 1822 que Louis XVIII ordonna
la construction d'une véritable église paroissiale. Hippolyle Le Bas
en fut chargé après concours, et réellement l'on se demande comment
pouvaient être les autres
projets pour que le sien
ait été jugé le meilleur.
H est difficile, en effet,
de rêver un édltice d'a.s-
pect plus disgracieux.
L'intérieur, par contre,
grâce à de belles fres-
ques et à un luxe que
seules admettent nos
églises modernes, fait
oublier la nudité de l'ex-
térieur.
Quartier du Fau-
bourg- Montmartre.
— On a beaucoup dis-
serté sur l'élymologie
de la Grange-Batelière,
vaste fief, avons -nous
dit, auquel le quartier
du Faubourg Montmar-
tre a succédé dans sa
partie orientale. A en
croire certains auleui-s,
ordinairement bien in-
formés, il y aurait eu là,
dès le haut moyen âge,
un champ clos réser%-é
aux joutes, aux batailles,
d'où le nom de Grange
bataillère, que les scri-
bes traduisaient par granckiu prxliata . En dépit de l'autorité de l'abbé
Lebeuf, qui a défendu cette thèse, nous avons peine à y croire, et il
nous paraît plus probable, d'après d'autres textes, que c'était la
grange d'un nommé Batelier ou Gastelier (cette dernière forme se
rencontre déjà en 1308), à moins qu'il se soit simplement agi du bate-
lier même qui faisait passer dans son bac le ruisseau de Ménilmon-
tant, déchu maintenant, et depuis longtemps, au point d'être un égout
que recouvre la rue de Provence dans toute sa longueur. Jusqu'à:;
commencement du xvni" siècle, le fief resta aux mains des marrii-
chers ; alors un financier, nommé Crozat, donna l'exemple d'y bâiii .
et peu après, cela devint une sorte de frénésie. Les fermiers généraux
L lUUKL LU' JOl'l^NAL .LE FIGARO , RUE DROUOT.
Î02
PARIS- ATLAS
LE TEMPLE PROTESTA.NT DE LA RUE CHAUCHA"
LA SYNAGOGUE DE LA K U E DE LA VICXOIUE.
s'en mêlèrent; ils se firent construire des hôtels, entourés de, jardins
que peu après ils convertirent en maisons de rapport; les hôtels particu-
liers disparurent eux-mêmes ; de nombreuses voies furent percées. Sous
Louis XVI un quartier nouveau était né. La rue de la Grange-Batelière
en fut tout d'abord l'accès principal. Dès 1704, des lettres patentes
autorisèrent son prolongement en retour d'équerre jusqu'au rempart
(rue Drouot). De i7'79 à 1786, furent ouvertes les rues Rossini (d'abord
cul-de-sac de la Grange-Batelière, puis rue Pinon), Chauchat, Lepeletier.
Peu de monuments dignes d'intérêt dans cette région; rue Drouot,
l'hôtel des Commissaires-priseurs (Hôtel des Ventes), construit
en I808, est un ty[H' rfm.irqiialiie de la vilaine architecture; il a un
digne pendant <lans le temple protestant, trapu et affreux, qui
s'ouvre sur la rue Chauchat. En revanche, la synagogue de la rue de
la Victoire offre aux regards, même profanes, une faïadi' harmonieuse
et de bon ton. Rue Drouot encore, l'hôtel duFiyitro, (jui date de 1874 et
a été agrandi par l'adjonction de la maison voisine, en 1897, est coquet
et sémillant. 11 a eu pour architecte Aimé Sauffroy ; la statue de Figaro
occupé à aiguiser malicieusement sa plume est due — circonstance
assez rare — à la collaboration de deux sculpteurs. Boisseau et Amy.
La mairie de l'arrondissement occupe un hôtel du siècle dernier, où
elle succéda, en 1849, à Aguado. Dans la cour se voit, sans qu'on en
aperçoive bien la raison, une statue de Vidiaire jeune, par Lambert.
Nous ne parlons que pour mémoire de l'ancien Opéra, rue Le|ie-
COLR DK LA .MAIIUIO DU I .\ ■ A U KON DLS.sE.M IC.NT.
(En avant, la slatuu do Vol lai ru )
letier; il avait, du dehors, l'aspect d'une gare de chemin de fer.
De l'autre côté de la rue du Faubourg-Montmartre s'étendait un autre
lief qui depuis 1261 appartenait à l'Hôtel-Dieu,, pour lui avoir été donné
à cette date par un certain Geoffroy Lesueur et sa femme Marie. Le
fac-similé de la charte de donation existe, dans des conditions tout à
fait spéciales, parmi les estampes de la Bibliothèque nationale (topo-
graphie de la France), car elle est reproduite au dos du prospectus fait
pour l'adjudication, qui eut lieu le 11 février 1840, de ces terrains,
dits alors de la Boule-Rouge. La charte est en latin et le donateur y
est nommé Gaufridm Sulor, ce que le rédacteur du prospectus a na'ive-
ment traduit par Geoffroy, cordonnier, au lieu de Lesueur. Ce qui est
plus regrettable, c'est que dans l'excellent chapitre de son Paris démoli
qu'Edouard Fournier a consacré au fief de la Grange-Batelière cl à ses
environs il a commis la même inadvertance, presque impardonnable
à un érudit. Les autres ont suivi. Donc, tout le terrain de la Boule-
Rouge fut loti en 1840; tout au travers on a tracé la rue Geoffroy-
Marie, dénomination faite avec les deux prénoms de Geoffroy Le-
Kueur et de sa femme. La rue de la Boulc-Rouge existait déjà, formant
angle droit, enti-e les rues Richer et du Faubourg-.Montmartre ; l'un
des deux tronçons a conservé son nom priniilif, dû aune enseigne;
l'auliT pdilc, di'puis 1843, h' 1 1 du oMèlur pliil.ijilliroiic Monlijon.
1.1' Conservatoire de musique et de déclamation est une fon-
ilalinii lie l'ancien ri''giine (1784), reprise par la Con\('Mliiin, le 10 ther-
midor an m ; il a été construit sur le terrain de l'hôtel
des Menus-Plaisirs du roi, au faubourg Poissonnière.
Remaniés en 1842, ses b:ltinients n'en sont pas moins
iiisuftisants aujourd'hui pour l'institution, et au moment
(iù nous écrivons ces lignes, il est grandement ipiestion
(le les désaffecter pour les reconstruire jdus haiil, dans
le faubourg, à la place de la caserne de la Nouvelle-
France, c'est-à-dire dans le X" arrondissement. Ce sont
là projets urgents, si l'on en' croit les délibérations
présentées aux bureaux du l'arlenu^nt, mais est-ce
trop téméraire d'insinuer qu'ils pourraient bien rester
longtemps eiu'ore à l'étal de ]irojet ? On en a il'aulies
ex<'mples.
SiU' ce même Icnaiii drs anciens Ml■nus-I'lai^irs, nu
espace var.int a (■[<■ ulili^é en ISij't |)inir rédiliratiiill de
l'i'gliM' Saint-Eugène, hàlie dans le slyh' ogival jiar
l'aiciiitiMiL' B(dlean. 1! n'y a rii'ii de plus à en dire.
La rue Ricker (A\\ nom it'nn éihevin de l'aiis eu 1780)
continue la rue de Pi hvcmot, cl, picdongi''e ilaiis li' X'' et
le M' arrondissements pai- les rues îles Petites-lOiurii'S,
(In Cliàlcan-d'Eau et .Xmelol, est le clieiiiin normal (|iie
l'on suivait il y a cent vingt ans, |i(iiir aller de la N'ille-
li;v('cpic à la Bastille, (lu y voyait, il y a i|iicl.|ncs
années, le njaLiasiii des décors de l'dpcra; nn imcmlie
I .1 détruit. On y voit encore les F(dics-Beri;èic, lcni|ile
du plaisir, des acrobaties, des exhibitions de jilo'no-
in(''iies plus ou moins attrayants.
(aééc à la même époque ([uc la préccdcnte, la rue
Cadel a succédé au ciiemiu de la N'oirie ; ce premiiîr
nom iiiili(|ue (|u'(dlc conduisait alors à des ter raiiis pas-
sablement abandonnés; elle doit sor 11 achnd au
NEUVIEME ARRONDISSEMENT
J03
prciliric''l;iirc îles leiraiiis sur Icsiiucls elle a cMé ouvi'ile. Le célèbre
conveiU maçonni(|iio du (iiand-Ûricnt y est situi'-.
Quant à la rue Bleue, si tout y nst couleur d'azur, il ne devait pas en
ôtro de même autrefois, alors ((u'elle s'aiipelait rue d'Enfer. Voici, sur
le changement de dénomination, une lettre du ministre de la maison
du roi au prévôt des marchands, qui n'a pas encore été produite :
« 19 février 1789 : J'ai, monsieur, l'honneur <lc vous envoyer l'expé-
dition de l'arrêt du Conseil du 14 di' ce mois qui ordonne (|ue la
rue d'Enfer, près cidie l'oissonniéie, quillera t-t- uoin pnur piendre
celui de rue Bleue. Je vous prie de vnuhdi- hira le fjiiie exécu-
ter... .. (Arch. nat. 0' 508, p. 114.)
La date de cette missive inlirme l'exidicalinn du nom fournie |iar
Ed. l'ournier {Enseignes des rues île Pari') : une labiiqne d'iudii.'n foyidée
en i802 et qui aurait t(Mnt en bleu les ruisseaux de la rue. Acceptons
donc la version de la Nomen-
clature of/icielle qui invoque
un propriétaire, .M. Bleu,
mais (|ui fera bien, dans uni;
prochaine édilion, do chan-
ger la dale de 119H qu'elle
met en avaul.
Des quatre quailiers ([iii
constituent le I.K" anoinlis-
scment, celui de Roche-
chouart,il faut bien l'aveuer,
est le plus déshérité en snu-
venirs historiques autant
qu'en édilices remarqua
Pour le passé, les plans de I
seconde moitié du xvm
n'y montrent que de vastes
enclos, bordés par de rares
rues. 11 n'en est pas tout à
fait de même aujourd'hui;
les rues se sont multipliées,
les clos ont disparu, mais les
monuments n'ont surgi qu'en
bien petit nombre, et sans
attirer l'attention.
Dans ses intéressantes No-
tes sur Montmartre intra, citées
plus haut, M. Lazard s'ex-
prime ainsi :
« Les rues qui sont au-
jourd'hui «Ulii-
prises dans le
périmètre du
quartier Roche-
chouart étaient,
comme on a i
jà eu occasirin
de le dire, peu-
plées d'habi
tants assez peu
connus en gé
néral ; il n'y .i
guère à r-iti-i
que la rue Jlo-
QUARE MONTIIOI.ON.
Phot. GaïUanl.
LKGLI.sii SAIN i-KULlEM;.
ckechouart elle-même, et parmi
ses habitants, un seul porte
un nom aristocratique : le
comte de Moustiers, minisire
plénipolenliaire.
« Par contre, si les artistes, si
les grands seigneurs y étaient
rares, les marchands de vin y
foisonnaient ; quatre-vingt-
quinze contribuables figurent,
pour la rue Rochechouart, au
rôle de 1790: sur ce nombre,
on ne compte pas moins de
dix-huit cabareliers : il nous a
paru curieux d'en donner la
liste, quelques-uns ayant eu
des enseignes assez étranges :
« 1° Simon Hocquet, A la
Fontaine d'Amour;
« 2» Macaire Jacques, Au Ca-
jirice lies Dames;
.1 3° Bimuler, sans enseigne ;
.< 4» Trouvé, sans enseigne ;
<■ S" Frédéric, A la Ville de Strasbourg ;
» 6° Forlier, sans enseigne ;
<( 1" Lombois (François), Au Rui d'Yvelot;
" 8° Mairet, Au Berger galant;
(' 9" i'tàrAm, A l'Image Saint Pierre :
M 10" La veuve Vigé, Au Père Eternel;
" 11" La veuve Bertrand, A Sainte Geneviève;
• ■ 1"2° Legoupil, A la Vache noire;
13" Bollon, sans enseigne;
14" Veuve .Marcelet, Au Grand Suisse;
" lii" Fouquel, A la Ville de Rouen;
« IC" Blancpain, Au Venu gui telle;
1. 17" LadanI, Aux Armes de Madame l'Abbcssc;
■ ' 18" Au Petit Ramponneau du Gagne-Petit. »
Dix-huit taverniers, rue Rochechouart en 17iH), est-ce bien fait
pour nous étonner? Que l'on veuille bien dénombrer ceux qui >"
sont aujourd'hui, nous serions bien surpris si le chiffre n'élai'
pas pour le moins doublé.
La )i(e Roc/iecltouart et la rue de Bellefond étaient alors les deux
principales artères du quartier; elles devaient leur nom ;i deux
abbesses de Montmartre, tout comme la rue de Laval, tout coninv
la rue de la Tour-d'Aurergne, que l'on croit bien il tort ainsi nommé'
eu l'honneur du premier grenadier de France. Dans le cours di.
XIX» siècle, trois grandes voies ont été ouvertes qui travei-seut la
région de l'Ouest au Nord-Est. Ce sont, dans l'ordre chronologique,
104
PARIS- ATLAS
LE BOULEVARD IIAUSSMANN
ET LES MAttA.sl.NS DU PRINTEMPS.
l'avenue Tnulaine
— du nom d'un
prévôt des mar-
thauds, — ou-
verte en 1821,1a
rue La Finjetle et
celle de Muu-
beuge, qui datent
du second Em-
pire.
I.e square
Montholon a
été créé en 18G2,
sur une superfi-
cie de 4,571™, l-^!
1rs plantations
et les œuvres
d'art cjui le dé-
corent ont coûté
nue somme to-
lale de 160,000
trancs. Il coasli-
tue une jolie
oasis de verdure
dans ce cjuar-
tier, où règne la
lièvre de la vie
parisienne. On
l'a éclairé à la
lumière électri-
ijue pour per-
mettre à la population voisine d'y goùlrr ciurluur fraîcheur pendant
les soirs d'été ; c'est une heureuse inn(jva(iùn, qui devrait être appliquée
à tous les jardins publics.
Rue Mnntholon, 28, se lit
une inscription signalant aux
passants la maison où, le
18 octobre 1817, mouruî
Méhul, Fauteur célèbre « de la
musique du Chant, du départ »,
— et, ajouterons -nous, de
Jose/th.
Rue du Faubourg-Poisson-
nière, 121, est situé un lycée
de jeunes lilles, le lycée
Lamartine, dont la fonda-
lion a éié consacrée par un
décret inséré au Journal offi-
ciel An 4 septembre 1893.
Sur l'emplacement d'un
abattoir, l'abattoir dcMoni-
martre,qui avait été construit
en vertu d'un arrêté du mi-
nistre de l'Intérieur, du
l"juillftl80!t, p.ir 15c!angi-r,
arc liitii't'', h- collège mu-
nicipal Rollin a ouvirt ses
portes le X"' octobre 1876,
après avoir quitté les bâti-
ments caducs que, depuis
1791, il occupait dans la rue
des l'osles (rue Lliomon(li,au
riuartier Latin. L'édifice a
très bon air; l'entrée prin-
cipale est sur l'avenue Tru-
daine, avec une façade mo-
numentale sur le bouhîvard
Hochechouarl ; les façades
latérales i)reMnent Jour ù
rOui-st sur la rue FJorliard-
ib-Sarori, à l'Est sur la place
d'Anvers, à laqu(dle radniini^tralion, on ne sail poiiri|uoi, refuse le
nom de square, bien (|u'elle en soit un, au sens de terrain planlé ; on
y remarque : une Paix armée, de Coustan, érigée sur un socle dont Paul
Sédille a fourni le dessin architectural ; Diderot et Sedainc, par l.ccointe.
Le collège Holliii fait honneui' à la ville de Paris; il i oMjpli' parmi ses
ENTRÉE PRINCIPALE DU COLLEGE ROLLIN.
PIOKSPECTIVK DE LA RUE AUBER
élèves des exter-
nes, des internes
et des demi-pen-
sionnaires— qui
y reçoivent Pen-
se i g n e m e n t
classique ou mo-
derne. Matériel-
lement adminis-
tré par la Ville,
le collège Rollin
est, au point
de vue universi-
taire, assimilé
aux lycées pari-
siens.
L'administra-
tion du gaz a ses
bureaux, vastes
comme ceux
d'un ministère,
nie Concordet. —
Au n" 39 de l'ave-
nue Trudaine est
l'Ecole com-
merciale,! réée
enl8()3.l.adarée
des études y est
de quatre années. Siirnalons l'ucore, à l'aniile de la rue des Martyrs et
du boulevard Rochechouart le cirque Medrano ;anciennemont circjue
Fernando, construit en 1873.
De la ligne des boulevards, qui enire la Madeleine et le (iymnase,
forme au Sud la ligne du IX" arrondissement, nous n'avons rien dit en-
core. Comment décrire cette
merveilleuse langue de terre
où réside et palpite la per-
sonnalité même de Paris ! Du
faubourg Poissonnièi'C à la
rue Drouot, le boulevard est
puriMuent parisien ; au delà
et jusqu'à la rue Caumarlin,
il apparlient à l'univers civi-
lisé, ('/est !.i mode, depuis le
Dii-eiioire, de s'y montrer, de
s'y afliclier. Les émigrés, re-
tour de ('.id)lenlz, avaient fait
surniunmer le boulevard des
llaliensboulevarddeCoblenIz
parce qu'ils y venaient, en-
hardis par la licence de l'é-
poque, l'aire croire qu'ils
n'avaient jamais quitté Paris.
Ils y revinrent seize ans après,
le règne de Buonaparle étani
[lassé, et alors ce fut le bou-
levard de (iand. .Vujourd'hui,
c'est le boulevard, tout court,
el il est des Parisiens ijui
n'ont jamais connu d'autre
horizon. Les vieux souvenirs
s'y f(!nt lares cependant; b'S
hôtels d'il y a cent ans ont fait
jdace aux maisons praliiiue-
ment b.lties pour de gros rap-
ports ; les cafés d'antan se
sont transfoi-niés en lirasse-
iies<|ui elles-mêmes se Irans-
formeront suivant (|ue l'exi-
gera le goût lin jour. 'l'orloni
a disparu, ainsi (|ue son i)er-
ron, ipi'il était ipn^slion de
sniquimer en 1812 il y a là-dessiis iiji doM^iei- aux Archives nationah's,
F 2 II, Seine, 14),; les passages de l'dpéra sont devenus mornes el inuti-
les ; le Ihé.ltre des Nouvoauiés a succéilé à l'hôtel de liraneas... Tout ou
pi'es(|ue t(jula changé, et malgré tout le boulevard conMTve sa physio-
nomie immuable ; le jour où il en i han^'erail, l'.n is ne siiait plus Paris.
PARIS-ATLAS
VUE DE LA GARE DE L'EST.
'' Xarvoi^di5jc^i;;(!:ijt. )^
L'ENCLOS SAINT-LAURENT. — 37= quartier : St-VINCENX-DE-PAUL.
38» QUARTiEii : PORTE-St-DENIS. — 39= quartier : PORTE-St-MARTIN. — 40» ouartieu : HOPITAL-St-LOUIS.
ons (lu remaniement de 18a9 qui porta à vingt les
douze arrondissements précédents, les bureaux
de la préfecture de la Seine durent éprouver
quelque embarras à choisir une dénomination
appropriée au territoire du nouveau X'= arrondis-
sement. Peu de monuments; aucun d'eux ne pou-
vant être comparé à ceux qui avaient donné leur
nom aux neuf premiers arrondissements; aucune
situation géographique suffisante ou caractéris-
tique de toute la région. Que faire? On se rabattit sur un vieux
souvenir : la foire Saint-Laurent; mais, comme un pareil vocable eût
manqué de dignité, la difficulté fut tournée, et celui qui trouva le nom
d'Enclos Saint-Laurent et le fit agréer dut, ce jour-là, être content de
lui. Nous eussions mieux aimé : Enclos Saint-Lazare; on verra plus
bas pourquoi.
Comme son voisin le IX^ rarrondissement de l'Enclos Saint-Laurent
constitue une partie importante du vaste faubourg du Nord qui se forma
au delà de l'enceinte de Charles V, renforcée au xvi° siècle par celle
de Henri H, dont le tracé correspond, pour le X" arrondissement, aux
boulevards Saint-Martin, Saint-Denis et Bonne-Nouvelle.
Cette formation ne prit quelque corps que dans la seconde moitié du
wn" siècle et se poursuivi! Imlruirni. L'avant-dernière enceinte qu'ail
eue Paris, celle des fermicis l'.'ik'i ,iiix sous Louis XVI, fit entrer le fau-
bourg dans la ville, mais les e^iiaccs vides, les terrains en culture ou
même tout à fait incultes y restèrent encore nombreux; aussi, les deux
chemins de fer du Nord et de l'Est trouvèrent-ils aisément et à bon
Paris-Atlas.
compte les superficies nécessaires au développement de leur exploita-
tion ; faute de quoi, ils eussent dû installer leui-s terminus plus loiu
du centre, à la Chapelle et à la Villette.
Le X"^ arrondissement occupe une surface de 286 hectares. Les dix
arrondissements qui le suivent dans l'ordre numérique sont tous plus
vastes; en revanche, il est le plus grand des neuf qui le précèdent,
exception faite du VIll".
Ses limites sont faites par l'axe de grandes voies: à TOuesl, la rue
du Faubourg-Poissonnière qui le sépare du IX=; au Nord-Est, les boule-
vards de laChapelle et de la Villette qui le séparent des XVIII' et
X1X<= arrondissements; à l'Est, la rue du Faubourg-du-Temple, qui le
sépare du XI"; au Sud, la ligne des grands boulevards, qui le séparent
des 111° et 11" arrondissements. Antérieurement à cette division, créée
par la loi du 16 juin 1839, son territoire était réparti entre les III' et
V" arrondissements.
La physionomie générale de la région est très diverse suivant ses
quartiers. Celui de" Saint-Vincent-de-Paul, le plus riche et le mieux
bàli, apiiartient au haut commerce et à la bourgeoisie; ceux de h
Pcirle-Saint-Denis et de la Porte-Saint-Marlin à la production et à Tex-
portalion industrielles, en même temps qu'ils abritent un grand nom-
bre d'artisans et petits commerçants. Quant au quartier de î'Uôpital-
Saint-Louis, il est caractérisé par une particularité que nous n'avon-
li;is encore rencontrée : un canal, dont le trafic est fort actif, le tra
verse, donnant ainsi à ce coin de Paris quelque chose de l'aspect d'une
ville des Pays-lias.
Au point de vue historique, on ne nous en voudra pas de ne pas
10
106
PARIS -ATLAS
remonter plus haut que la période quaternaire. Dans un Rapport sur la
mairie du X" arrondissement qui, sous sa forme administrative, est une •
œuvre historique considérable et que nous citerons plusieurs fois,
M. Georges "Villain, conseiller municipal de l'arrondissement, a établi
qu'à l'époque préhistorique la vallée de la Seine comportait, au Nord
du lit actuel du fleuve, un plateau, large d'environ 1,660 mètres, luag
d'une lieue. Au delà de ce plateau,
que M. Villain appelle idéalement
île Saint-Martin « en raison de
l'auc ien prieuré de Saint-Martin-
di's-C.hamps devenu aujourd'hui
!r Ciinservatoire des arts et mé-
tiers », le sol s'abaissait de nou-
veau et dans cette dépression cou-
lait un bras Nord de la Seine qui,
détaché du lit principal à hauteur
du canal Saint-Martin, le rejui-
gnait vers l'emplacement du pont
de l'Aima. A l'époque historique,
la dépression se combla peu à peu
par des alluvions, et, là où passait
un fleuve, des marais, des coutures
comme on disait jadis, se créèrent.
Ajoutons à cette ingénieuse dé-
monstration que le bras Nord ne
disparut pas entièrement; il fut
représenté durant tout le moyen
âge par ce qu'on appelait le
ruisseau de Ménilmontant, plus
tard converti en égout, dont le
tracé correspond exactement à
celui qu'a reconstitué M. Vil-
lain, puisqu'on le retrouve sous
les rues du Chàteau-d'Eau, de Pro-
vence, etc., et qu'il se termine au
jiied de la colline de Chaillot.
Depuis qu'on a établi que la voie
romaine conduisant du Midi vers les provinces du nord franchissait la
Seine sur le grand pont (aujourd'liui pont Notre-Dame) et se prolon-
geait en ligne droite par la rue et le faubourg Saint-Martin jusqu'au
carrefour formé par la rue Philippe-de-Girard, on s'explique comment,
dès le vi" siècle au luoins, une église ait été ju^'ée nécessaire dans le
faubourg auquel elle donna sou nom de Saint Laurent. L'abbé Le-
Phot Neui'di-'ia.
L'ÉGLISE SAINT-LAURENT.
I \i\l)|': ]i\: I.A (lAUli DU NOKD.
beuf, si bien informé des antiquités parisiennes, croyait à
tort que la voie romaine suivait le tracé de la rue et du
faubourg Saint-Denis; c'est pour cela qu'il a été forcé de
supposer que l'édifice primitif de Saint-Laurent s'élevait
mplacement de la maison de Saint-Lazare; il ne
penserait plus aujourd'hui.
Ni de ce premier édifice, ni de
celui qui le remplaça, rien n'est
resté. Celui que nous avons sous
les yeux date, dans sa construc-
tion essentielle, du xv" siècle ; il fut
dédié solennellement le 19 juin
1429, par l'évéque de Paris; le
chœur et l'abside sont, en effet,
de ce temps-là, mais la nef fut
refaite au xvi'= siècle, et les bas-
côtés, au siècle suivant. Dans son
excellent Iliitcraire archéologique de
Paris, Guilliermy attribuait au re-
plie de Louis XV l'édification de la
I liapelle de la Vierge, qui termine
assez disgracieusement l'église sur
la rue du Faubourg-Saiiit-Martin.
Lis documents recueillis par
M. Villain apportent plus de pré-
cision : ils contiennent une dé-
liliération du l"'' mai 1712, relative
à la construction d'une chapelle
neuve de la Vierge au pied du che-
vet du chœur jusqu'au mur de la
rue, « chapelle qui semble fort né-
cessaire, tant pour l'embellisse-
ment de cette église, qui est fort
serrée, que pour l'utilité par son
agrandissement pour les parois-
siens, d'autant plus que l'ancien
plan l'avait désignée ».
Toutes les architectures sont représentées à Saint-Laurent; celle de
notre époque l'est par la façade qui s'ouvre sur le boulevard de Stras-
bourtr, et qu'on voulut mettre en harmonie avec l'importance de la
nouvelle voie. Klle fut construite de 1862 à 1866 et a eu pour arcliitecti'
M. Constant Dufeux. L'exécution de ce travail permit do retrouver
l'inscription c(uislalant que la première pierre du portail aiitéiieur
avait été posée, le 21 Juin 1621,
par (jharlolto-Margueritc de Mont-
morency, la mère du grand Condé.
Pendant la période révolution-
naire, Saint- Laurent, fermé au
culte catlioli(iue, devint « temple
de l'hymen et de la fidélité ».
C'est à cette circonstance que doit
son nom la rue de In Fidélité, ou-
verte en ce temps-là pour relier
obliquement le faubourg Saint-
Denis au faubourg Saint-Martin.
Le buulevard de Slrasbourfj, i^ercé
en 1852, en a .supprimé l'extré-
mité orientale. La cour centrale
(le la gare de l'Kst et la ])artie de
la rue de Strasbourg comprise
entre ce point et le bouli'vard Ma-
genta, recouvrent l'emplaeeiiK'iit
(l'une foire qui, i>endanl (|uali-e
siècles au moins, fut clière aux
Parisiens, la foire Saint-Lauiciil.
Le priiuiré de Saint-Lazare, (pie
MOUS allons retrouver tout à
riieure, avait eu, (l('s son origine,
le privilège d'ouviir, devant si'S
Icilinienls mêmes, une l'oii'e dite
de Saint-Lazare, que Philippe
Auguste lui racheta, pour l'iiistal
1er aux Chaiiipeaiix, où, devei
pel-manente, elle doiiiia iiaissaio c
aux Halles.
Cent cin(|uante ans s'écoulèrent,
et les religieux d(! Saint-Lazare
imi'enl j sans grands scrupules,
troiic périmée la cliart(! juir la
DIXIKME ARRONDIS?EME-\r
107
quflle leurs jui'-di'cpsspurs avaient aliém'' li; droit île tenir une foire
en ces parages. Ils en créèrent donc une nouvelle sous l'invocation
de saint Laurent. Elle ne devait, à l'orii-'ine, durer que le jour mèrnc
de la fête du saint, c'est-à-dire le 10 août, mais peu à peu le délai
s'augmenta de huit, puis de
quinze jours. M. Arthur lleu-
Ihard, qui a écrit un livri'
liés bien renseigné sur l.i
Ftiire Sitiiif - Laurent (Paris,
1878, in-8°), nous apprend
que les bâtiments furent re-
construits en 1663 et que
cette dépense, dont les ar-
chives de Saint- Lazare ont
consei-vé l'état, s'éleva à
•24o,099 livres, 17 sous et 4 de-
niers.
Les grandes foires d'autre-
fois n'étaient pas, comme les
nôtres, foraines et formées
de « baraques » démontables;
elles occupaient des édifices
faits pour elles, des « loges »
appropriées au commerce
qui s'y faisait, desservies par
de véritables rues. A la foire
Saint-Laurent, il y avait la
rue de la Lingerie, celle des
Trois -Pavillons, les rues
Saint-Lazare, Saint-Laurent ,
Princesse, Dauphine, Royale,
qui devenaient plus que mornes, absolument désertes, en deliors de
la tenue de la foire. Mais, pendant cette quinzaine d'août, quelle
animation, quelle foule, que d'éclats de rire! Les guinguettes y étaient
nombreuses, en proportion avec la chaleur de la saison et l'on s'y
pressait, entre deux visites, aux marionnettes du fameux Nicolet, chez
les montreurs d'animaux, dans les loges de danseurs de corde. Mais
la plus grande attraction de la foire, c'étaient les théâtres. L'Opéra-
L ■ É G 1. 1 s E s A I N T - V I N C E N T - D E - P A C L .
dernière de sa splendeur; un grand tr-rrain, vide, comme il l'était trois
siècles avant, en rappela le souvenir; longtemps, on ne sut qu'en fair<^.
Sous le premier Empire, les bronzes de la colonne Vendôme y furent
fondus dans des ateliers construits tout exprès. En 1S26, le terrain
appartenant alors à M"' de
Bellec6te, une rue y fut ou-
verte sous le nom de rue
Xmive-Chahrol, parce qu'elle
continuait celle qui avait
reçu en 1822 le nom du pré-
fet de la Seine, M. de Cha-
brol.
Les choses auraient peut-
être aujourd'hui encore le
même a.spect sans le boule-
versement radical qu'apporta
au quartier, sous le second
Empire, le percement du
boulevard de Slrasboure, puis
la ( i.i)>ii ij'iion de la gare
de Strasbourg', œuvre de
Duque.-îUey, que l'on jucf-ait
alors à bon droit monumen-
tale, mais que les développe-
ments immenses pris par
l'industrie des transports ont
rendue si insuffisante qu'on
en a dû tripler la superficie
en y absorbant les rues de
Metz et de Xancy, du coté du
faubourg Saint -Martin, la
majeure partie de la rue d'Alsace, de l'autre côté.
Quels progrès en un demi-siècle! La première gare de l'Est était
située près de la barrière des Vertus, rue d'Aubcrvilliers ; c'est de là
que, le 10 juillet 1849, partit le premier train pour Meaux; la ligne
n'allait pas encore plus loin, et il n'y avait que trois trains dans
chaque sens. Les constructions énormes qui se sont effectuées, ici
comme dans toutes les autres gares parisiennes, créent entre les
chemins de fer à leur origine et à leur état actuel la même
différence qu'entre les wagons et les diligences ; mais chaque
médaille a son revers. A la gare de l'Est, au moins aujour-
d'hui, les quais d'embarquement des voyageure sont distants
d'environ 300 mètres de l'entrée même de la gare, ce qui ne
va pas sans inconvénients pour les personnes peu valides
et les retardataires.
La rue N'euve-Chabrol, devenue rue de S'.rasboiirg, conduit en
quelques pas au boulevard Magenta, dont nous reparlerons.
De là, cinq minutes suffisent à gagner la gare du Nord, par
le boulevard Denain, que l'euphonie seule a empêché de nommer
correctement boulevard de Denain; il s'agit, en effet, du vil-
lage du Nord où Villars s'illustra, en 1712, par sa ncloire sur
le prince Eugène.
C'est en 1844 que fut décidée la création d'une ligne de
chemin de fer de Paris à la frontière de Belgique. Dès le mois
de février, la municipalité de Saint-Denis eut à délibérer sur
I.A MAISON DUBOIS
Comique, on le sait, y n pris naissance. D'anciens
plans permettent d'identilier son emplacement avec
l'angle Nord-Est de la rue de Strasbourg et du fau-
bourg Saint-Martin. Certes, ce n'était pa's, surtout à
I origine, l'opéra-comiquc tel qu'il se joue aujour-
d'hui place Boïeldieu. Les couplets chanl''s s'énci-
drant dans un texte ordinairement badin le laisai>iU
davantage ressembler à noire vieux vaudeville; il no
faut pas oublier cependant qu'à la foire Saint-Laureiil
lavart et sa femme se lirenl applaudir, lui comme
auteur, elle comme actrice. Dès avant la Révolution,
la vogue de ces spectacles forains était devenue telle
qu'ils devinrent permanents et, se rapprochant de
leur public, se fixèrent sur les boulevards. C'en était
fait de la foire Saint-Laurent; l'année 177o fut la
LUOPITAL LAlUBalSlIiKE.
108
PARIS- ATLAS
la traversée de la -v-ille par la voie ferrée, et, soil dit
en passant, fut loin de s'y montrer favorable.
Au reste, ce fut un sentiment assez général en
France; la province craignait d'être dépossédée de son
commerce local au profit de Paris, et certaines villes
refusèrent net, Orléans et Tours entre autres, de se
laisser pénétrer par le chemin de fer, si bien quelles
en subissent encore maintenant l'ennui.
Pour l'emplacement de la tête de ligne du chemin
de fer du Nord à Paris, les concessionnaires acquirent
les deux tiers environ d'un vaste terrain que l'on nom-
mait l'enclos Saint-Lazare, ancienne prairie cultivée
par les religieux de Saint-Lazare, achetée en 1818 par
C.-VSER.NE DE LX x\0 U VELLE-FR.VNCE.
la ville de Paris qui en avait fait une sorle de voirie. Le plan de Maire,
daté de 1803, nous le représente limité par les rues des faubourgs
Poissonnière et Saint-Denis, le boulevard extérieur, et, au Sud, par une
ligne conforme au tracé de la rue La Fayette. Suivant sa coutume, un
peu naïve, de commenter certaines parties de son plan, Maire a inscrit
cette légende: « Quel enclos immense dans les murs de Paris! 11 est
beaucoup plus grand que le jardin des Tuileries! »
L'inauguration de la ligne eut lieu le 20 juin 1846, entre Paris et
Creil par Pontoise. Les lignes de Paris à Creil par Chantilly, et de Paris
vers la frontière du Nord-Est par Soissons et Laon, ne devaient être
PRISON DE SAIM-LAZARE.
ouvertes que dix ans plus tard. La gare primitive était de proportiims
très modestes, en rapport avec des services dont l'importance a ccntii-
plé depuis. La gare actuelle, construite par -l'architecte Hitlorff, est le
monument majestueux qui convient à ces services. Haussmann en
])arlc dans ses Mémoires, que nous aimons à citer : « J'arrêtai, dit-il,
de concert avec l'architecte, le tracé des trois voies d'accès de cette
i.'are : l'avenue de Denain, qui se dirige de la rue La Fayette vers le
milieu de la place de Roubaix, ménagée devant la façade; la rue de
Cnmpiègne, conduisant à la cour de déjuut, la rue de Saint-Quentin,
iiii'nant à la cour d'arrivée. Je fis ouvrir ci's deux dernières voies seUni
~i s indications, et il me joua le tour de changer ensuite le plan de sa
■ I instruction et de déplacer l'entrée des cours de départ et d'arrivée
qui ne sont plus en face des rues y conduisant. >■ Il nous semble bien
qu'outre de la mauvaise humeur, il y a là une inexaiiitude thigrante,
caries deux rues en question sont bien réellement en face des deux
cours de départ et d'arrivée.
Au mois d'avril 1898, la Compagnie du ilirniin de I'it du Niuil étant
devenue propriétaire des deux immeubles de la rue de Duiikeique, qui
séparaient cette cour d'arrivée de la rue du Faubourg-Saint-Denis, elli'
les a fait abattre pour élever à leur jdace un pavillon d'angle conçu
dans le style général du monument, et qui donne accès aux voies de
ceinture et de banlieue.
En même temps que la Compagnie du N(U(1, rA>sislaiir(' publique
prenait possession d'une iiartic, la partie occidrntalr di- l'i^uclns Saiul-
Lazare pour y faire construire un hôpital modèle, l'hôpital Lariboi-
sière. Dans l'excellente monographie qu'il a écrite de cet établisse-
ment, le D'' Guérard rappelle (|ue Lariboisière est le
premier hù|)ital où le système des |)avill(His isidés ail
été applii|ué, cl il ajoute que ce fui l'appliiation d'études
faites, dès l'année 1788, par l'.Vcadémie des scii'uces.
« La disposition la plus salubre pour les hôpitaux, disait
le mémoire rédigé alors pour ce cqrps savant, serait
celle où chaque salle serait un hôpital particulier; mais
ce qui serait une trop grande dé|>ense (|uanl aux salles
devient praticable pour les bàtinu'Uls. >)
On n'en vint pourtant à l'exécution qu'en 18'io. I.'liô-
pilal, avant d'être conslruil, devait s'appeler lii'qiilnl du
.Noi'd; plus lard on le nomma hôpilal Lcuiis-i'liilippe,
puis hôpilal de la Hépuhlique, et eulin, l.arilioi>ièn',
lorsi|ue, ])ar testament du 15 mai 18'i9, M""' l-:ii>a lioy
de Larihoisière eut légué sa fortune à la ville de l'aiis
pour la fondation d'uni! maison liospilalièri' qui purli--
lait son nom. Cc-lle l'nrinne s'élevait à i iiiillious
(;00,000 francs.
De l'aulre cô!
Juste en l'ace de l.anijoiNière, se h'o
radminisliation se refuse à considéi
pilai et i|ii'<dle dé>igne sons le nom
ci|i,ile cic sanlé. Les Parisii'iis la i
du cl,
lie 1er du Noi,i.
e uu édilice qui'
r comiiie un lu'i-
le maison munl-
niiaissenl mieux
bien
XliEATRE LU OÏ.M.NASE Lii; A.M ATlg LE.
soii> le noni de maison Dubois, ei ils savent
qu'en dépit de reuplii'ini>uie i e n'est pas autre chose
qu'un liôpit.il, mais un lii'qiilal [layant. <• Elle esl. dit le
prospectus officiel que nous avons sous les yeux, par
son installation et son caractèi'c, parlicalièrenient des-
tinée aux personnes malades ou blessées qui, ne [lou-
D 1 X 1 1: M E A H It < ) N D I s s E M E N F
109
vant sn faire traiter clioz ollos, ont Ijesoiri de soins
assidus, do confort et d'indi'-pendanco. »
Beaucoup d'iiomrnes do lettres, d"artisles, de bolio-
mes aussi, vivant un pou au jour le jour et sans foyer,
lirotincnt, quand il le faut, li' clicmin de la maison
IiuIiipIs; il en est (jui n'en l'ovionnent pas, tel Murpor,
iiui y mourut dans la nuit du 27 janvier 1861...
La partie septentrionale du quartier Saint-Vincinl-
de-Paul n'offre pas grand aliment à la curiosité : l.i
rue de l'Aqueduc doit son nom à Taquoduc qui passe
au-dessous d'elle, conduisant les eaux de l'Ourrq aux
lointains quartiers de l'Europe et du Houle.
Sa voisine, la rue de Château- Landon, mérite une
mention, moins pour elle-même que pour sa dénoiui-
Jialion (|ui esl inexacte : il faudrait dire de Cliàteau-
l,;mclnn, M. (IImiIos Sellier a excellemment établi,
d'après les arrliives de la maison de Saint-Lazare, qu'il
existait dans ces parages un domaine — château est bien
ambitieux — auquel son propriétaire du xvii'' siècle,
M. Landon, avait légué son nom. Le joli bourg de Cliâ-
teau-Landon, dans le (jàtinais, doit donc renoncer à
revendiquer toute paternité, elles frères Lazare avaient
assurément la berlue lorsqu'ils ont écrit dans leur Dic-
tionnaire, habituellement si exact : « Cette rue est ainsi
appelée parce qu'elle se dirige vers le village de Clià-
leau-Landon; » ils n'osent pas ajouter que ce village
l'st sur la route d'Italie. La Nomenclature officielle devra,
elle aussi, rectifier sur ce point sa prochaine édition.
Les fureteurs qui s'intéressent aux plus menus détails de la topo-
graphie parisienne apprendront peut-être avec intérêt qu'en 1866 la
partie supérieure du boulevard Magenta s'est confondue avec une rue
dite du I\ord, depuis que, par décision du 22 janvier 1833, le ministre
.lu Commerce et des Travaux publics avait substitué cette dénomination
à celle de rue de la Barrière-Poissonnière qui faisait confusion avec les
rues Poissonnière et du Faubourg-Poissonnière. Il paraît, d'après le
mémoire préfectoral (Archives nationales, F. II, Seine, 6i que les pro-
priétaires auraient préféré le nom d'André Cottier, que l'administra-
lion l'avait repoussé comme étant celui d'une personne existante,
([u'elle avait proposé le nom de rue Clignancourt et que les intéressés
s'en étaient tenus au vocable rue du Nord.
(Ju'était donc André Collier? _ l'iie curieuse
|ilaquelle conservée à la TAj'i^i^' "> y Hibliolhèque
de la Ville (10.539, in-4") : ''VMH^M^^^Sl^ Mémoire pour
la Compagnie du nouveau '^CflBj^^^^HBBl^- 'juartier Puis-
y A (■ A II lo l' H 1 :
U'ALE nE I.A l'OrtTE S.\I.N T- DE MS.
sonnière, 1827, nous apprend formellement qu'il s'agissait de deux
entrepreneurs, « les sieurs André et Cottier », que plusieurs ordon-
nances royales (27 novembre 1822, 6 janvier 182.5, 31 janvier 1827}
avaient autorisés à ouvrir dans cette région un réseau de voips pu-
bliques dont la principale, nommée alors Charles-X, est devenue plus
lard la rue La Fayette, entre les faubourgs Poissonnière et Saint-
Denis. La spéculalion sur les terrains parisiens s'est exercée de tout
temps, et e'.-.( à celle entreprise que se rattache la fondation de
l'église Saint-'Vincent-de-Paul.
Le remaniement des paroisses résultant du Concordat avait motivé,
en 1802, la création d'une paroisse pour le faubourg Poissonnière. On
l'édifia, à titre provisoire, dans la rue Montholon; c'était une simple
chapelle, sous le vocable de Saint-Vincent-de-Paul. Le percement de la
rue Charles-X, le prolongement de la rue d'Hauteville, amenèrent les
entrepreneurs dont nous venons de parler ù ménager, au croisement
de ces deux voies une large place dont ils proposèrent le terrain pour
rhot, NVur.ieiu.
rORXE Eï PERSPECTIVE DU UOULEVAKD S.VI.N t -DE.NIS.
Paris-Atlas.
10.
MO
PARIS -ATLAS
rédificnlion d'une église paroissiale digne du nouveau quartier qui se
créait. L'emplacement, sur une sorte de tertre, avec la perspective
d'une rue bien alignée, ne pouvait être mieux choisi; il fut adopté.
La première pierre de la nouvelle église Saint-Vincenl-de-Paul fut
posée le Va août 1824.
î,es plans avaient été
dressés par Tarchi-
tecte Le Père, qui
mourut peu après ;
c'est son gendre, Hit-
lorff, qui fut chargé
de continuer la direc-
tion des travaux. Ils
durèrent vingt ans,
puisque le monument
ne put être livré au
culte que le 21 octo-
bre 1844.
11 fait Iionneur à ses
architectes, qui ont
voulu faire œuvre ori-
ginale et y ont réussi.
Saint-Vincent-de-Paul
lient plutôt de la ba-
silique grecque que de
l'église chrétienne ;
ses deux tours, un
peu trop grêles peut-
être pour leur hau-
teur, s'élèvent fière-
ment vers le ciel ; la
double circonvolution
des rampes qui facili-
tent l'accès du monu-
ment est d'un elft-t élégant dont a su s'inspirer plus lard l'aiThilecle
de la Trinité. A l'intérieur, on admire la superbe décoration des frises
où Hippolyte Flandrin a figuré les saintes martyres, les saintes vierges,
les saintes femmes, les pénitentes, les saints ménages, les douze
apôtres, les saints docteurs, les saints évêques, les saints confesseurs
— œuvre eiganli'sque m'i le talent do l'artiste avait à se compléter par
une érudition d'un (lii.'ni- Vr\r ilr rEi-'lisr.
Quartier de la Porte-Saint-Denis. — Il a In forme d'un qua-
drilatère que liniiti'nt, au Nord, la rue de Chabrol, à l'Est, le boulevard
de Strasbourg, au Sud, les boulevards Saint-Denis et Bonne-Nouvelle,
à l'Ouest, la rue du Faubourg-Poissonnièi-e. On ne saurait accorder que
son principal monument soit la porlr liionipli.ilr (l,,iu il a reçu son
nom. Historiquement, c'est la maison de Saint-Lazare, qui aurait
dû avoir l'honneur de lui servii- de mari-aine, aussi bien d'ailleurs que
pour tout l'arrondissement, qui, au cours des siècles, se forma presque
entièrement sur ses terres; mais l'édiiité superstitieuse voulut éviter
au quartier la dénomination d'une prison.
Saint-Lazare n'en fut pas toujours une. A l'origine — son nom méim'
l'indique — c'était une léproserie. On sait quels ravages la lè[ue
LE BOULEVARD DE STRASBOURG.
exerça, durant tout le moyen ilge, sur l'Europe occidentale. Pour
soigner les malheureux qui en étaient atteints, et aussi pour les isoler
des personnes saines, la charité publique couvrit notre pays d'hôpi-
taux spéciaux, léproseries ou maladreries, où étaient recueillis les
ladres ou lépreux. Ces
h('ipitaux étaient ad-
ministrés par des moi-
nes; jamais la religion
n'eut plus louable mi-
nistère. La maison du
faubourg Saint-Denis
fut fondée au plus tard
au XM'= siècle; grâce
aux privilèges dont
les rois la dotèrent, et
notamment aux foires
dont nous avons parlé,
elle devint prompte-
nient l'une des plus
importantes de la ré-
gion parisienne.
L'enclos même du
monastère était très
vaste, car il rejoignait
le faubourg Poisson-
nière.
Avec le xvi"= siècle,
la lèpre disparut en-
lin de nos contrées
Comme fléau public ;
les nuiladreries de-
meurèrent sans objet.
Son prieur, André Le
Bon, la céda, en 1632, à
la congrégation de la Mission, que saint Vincent de Paul — « M. Vincent ■>
— avait fondée quelques années auparavant, dans le but de grouper
des ecclésiastiques qui s'appliqueraient au salut du peuple des cam-
pagnes, « allens de villaige en villaige, aux despens de leur bourse
commune, prescher, instruire, exhorter et cathéchiser ces pauvres
gens, et les porter tous à faire une bonne confession générale de
toute leur vie passée, sans en prendre aucune rétribulion en quelque
sorte ou manière que ce soit, afin de distribuer gratuitement les dons
qu'ils auront gratuitement receuz de la main libcralle de Dieu ». Pro-
gramme évangélique et touchant, pour l'accomplissement duquel il
fallait une foi aussi ardente que celle de saint Vincent de Paul, mais
que ses successeurs négligèrent pimr des intérêts plus nialéiiels. Dès
la fin du xvii« siècle, une partie du couvent se transforma en prison.
Le zèle des catéchistes consista dès lors à garder sous les verroux les
jeunes gens dissipés dont les familles avaient obtenu la claustration
par lettre de cachet, jusqu'à ce qu'ils fussent venus à résipiscence.
I.i's exhortations des reli^ii'ux y élaient sans doute moins eflicaces
que le sentiment de la libellé momentanément ]ierdue. Qui no se
rappelle Manon Lescaut? Le procédé qu'enqdoya Drs (ii'ieux pour
LE CO.NCEK 1
L ELDOKAlM)
DIXIEME ARIIO-NDISSEMENT
111
LA PORTE SAINT-MARTIN ET LE BOULEVARD SAINT-DENIS
s'évader prouve que les dévoles remoiilrances n'avaient pas eu crand
effet sur lui. C'est un loniau, dira-t-on ; mais en est-il beaucoup d''
plus vraisemblables?
Le 13 juillet 1789, le peuple de Paris, dans un beau mouvement
d'enthousiasme, délivra les quarante prisonniers qui se trouvaient
alors à Saint-Lazare. Quatre ans après, la Terreur allait en faire l'une
des plus sinistres salles d'attente de la guillotine.
On croit généralement que le tableau de .Muller, l'Appel des
amdumnés, représente une des salles de la Force ; il n'en est rien :
l'artiste, paraît-il, a reproduit, d'après nature, la lugubre geôle,
encore existante, oii tant de victimes vécurent leurs dernières
heures. .\ndré Chénier fut du nombre. C'est là qu'il écrivit La Jeune
Captive, et aussi ces vers admirables qui restent
le dernier frisson de sa lyre :
Comme un dernier rayon, com.me un dernier zéphyre
Animent la fin d'un beau jour,
Au pied de l'échafaud. J'essaye encore ma lyre.
Peut-être est-ce bientôt mon tour.
Peut-être, avant que l'heure en cercle promenée
Ait posé sur l'émail brillant,
Dans les soixante pas où sa roule est bornée.
Son pied sonore et vigilant,
Le sommeil du tombeau pressera ma paupière.
Avant que de ses deux moitiés
Le vers que je commence ait allciul la dernière.
Peut-être en ces murs effrayés
Le messager de mort, noir recruteur des ombres
Escorté d'infâmes soldais,
Emplissant de mon nom ces long corridors sombres.
L'inforluné poète eul le temps d'achever ci-s
'iambes, dont la beauté se double de la solennité de
l'heure à laquelle il les écrivit; ce furent ses drr-
niers vers.
Un de ses compagnons de prison et d'écliafaud,
.\ntoine Roucher, connu surtout par smi p(jèm<-
des Mois, avait, lui aussi, trouvé des accenls tnu-
chants au moment suprême. Au bas du derniiT
portrait fait de lui pour les siens dans sa prisnu
même, il avait inscrit ce quatrain d'une pensée si
délicate :
Ne vous étonnez pas, objets cliarmaiil^ el doux,
Si quelque air de tristesse obsi-urcil mon visage.
Lorsqu'un savant crayon dessinait celle image.
On dressait l'échafaud et je pensais h vous 1
FAÇADE
Depuis la Révolulion, Saint-Lazare est devenu maison de réclusion
pour les femmes malades, les prévenues et les condamnées à des
jieines relativement courtes. Les deux lèpres, physique et morale, se
purgent dans le même lieu où, il y a sept siècles, on ne soignait que
la première.
JNous avons dit que ses jardins s'étendaient jadis jusqu'à la rue du
Faubourg-Poissonnière. Sous Louis XV, on en retrancha une partie
pour y construire une caserne de gardes -françaises qui reçut et a
gardé le nom de la Nouvelle-France. C'était alors l'enseigne d'une
guinguette, installée là sur des terres dépendant de l'abbaye de Mont-
martre. L'église paroissiale, Saint-Pierre, située tout au haut de la
butte, était bien éloignée, souvent inaccessible pour les habitants de
ces parages ; aussi , dès
1637, les avait-on dotés
•d'une chapelle succui'^ale,
dédiée à sainte Anne, nom
qui fut du même coup
donné au faubourg lui-
même. Sur ces mêmes
terrains fut ouverte, en
1783, la rue d'Hiuiteville,
appelée d'abord rue de la
Miclindière, du nom du
prévôt des marchands,
Jean-Baptiste de la Micho-
dière, comte d'Haulevilb^
qui l'avait fait percei .
Celle rue et celle de la .Mi-
chodière au II' arrondis-
sement) sont donc cons;i-
crées à la glorification
d'un seul et même per
sonnage, fort oublié d'ail
leurs; on jugera poui
être que c'est excessif.
Le côté pair de la riie</.
Faubourg-Poissûimière, qii
seul apparlient au X" ar-
rondissement, n'olTre pa>
matière à de longs dévi -
loppomenls. Le n" Sli e^
la maison où mourut Co-
rot, eu 1873. Une inscrip-
Phot. Moreau IrOr
DE LA PORTE SAINT-MARTIN.
112
PARIS- ATLAS
PERSPECTiV
.E> AKD MAGENTA,
lion la rappelle aux méditalions des passants ; mais s'ils sont avisés, ce
n'est pas dans cette rue bruyante, commerciale, sans horizon, qu'ils
évoqueront la mémoire du grand peintre de paysages ; par la pensée,
ils se transporteront au bord de ce charmant étang de Ville-d'Avray
que le maître aimait tant, au bord duquel de pieux amis lui ont élevé
un monument modeste, comme il l'était lui-même.
La maison portant le n» 30 mérite un coup d'œil, car elle est une
des rai'es survivantes, à l'heure actuelle, du type, si en vogue sous le
Directoire et le Consulat, des petits hôtels que les notables se faisaient
construire au delà des boulevards. Celle-là est l'œuvi-e de Ledoux, l'ar-
cliitecte un peu lourd des anciennes barrières, et elle a eu les hon-
neurs de la gravure.
Au n" 8, une grande maison, disposée pour les entreprises comme,4-
ciales, a succédé à l'Alcazar d'Hiver, théàtre-café-concert, qui, lui aussi,
fut très à la mode.
Entre les faubourgs Poissonnière et Saint-Denis existe, depuis une
centaine d'années, tout un réseau de rues, géométriquement parallèles
ou perpendiculaires, comme cela a lieu dans une ville neuve, rues où
LA MAIRIE OU X* ARR0NDIS8EME.NT.
l'activité commerciale règne en maîtresse; c'est le
quartier par excellence des marchands de porcelaine,
des emballeurs, des layetiers, des commissionnaires en
marchandises. La rue de Paradis doit son nom à un jeu
de mots; elle prolonge la rue Bleue, qui, nous l'avons
dit, s'appelait d'abord rue d'Enfer; nos aïeux trou-
vaient plaisant de passer ainsi de l'enfer au paradis,
et réciproquement. La rue des Petites-Ecuries rappelle
le voisinage des petites écuries du roi, situées au coin
du faubourg Saint-Denis. La rue de l'Echiquier fut ou-
verte en 1772, l'année même où naissait le dernier des
ducs d'Enghien, celui qui reçut la mort dans les fossés
de Vincennes; aussi la nomma-t-on d'abord rue d''En-
tjliien ; puis ce nom fut appliqué à la rue qui le porte
actuellement, percée en 1783. La rue Martel, ouverte
en 1778, porte le nom d'un échevin de Paris. De la
rue d'Hauteville nous avons déjà parlé. Quant à la rue
de Mnzagran, son nom seul suffirait à la dater; elle
fut créée, en effet, en vertu d'une ordonnance royale
du 31 décembre 1840, l'année où nos troupes d'Algérie
avaient glorieusement repoussé dans Mazagran l'at-
taque des indigènes. Dans cette rue a longtemps habité,
au n" 9, un des hommes politiques les plus en vue de
ce temps, M. Henri Brisson.
Par le boulevard Bonne-Xouvelle, le X" arrondisse-
ment participe au Paris mondain. Le théâtre du
Gymnase Dramatique y date de 1820. L'examen
des plans du xvni'' siècle, celui de Jaillot, par exemple, permet d'éta-
blir qu'il est construit sur l'emplacement du cimetière de >"otre-
Dame-de-Bonne-Nouvelle; nous ne nous attarderons pas là-dessus à
philosopher. Ce fut d'abord le théâtre de Madame — la duchesse de
Berri ayant bien voulu le mettre sous son patronage.
Ludovico Magno! Ludovico Magnol L'orgueil de Louis XIV, l'adulation
de ses contemporains s'affichent solennellement par ces inscriptions
quatre fois cravi''es en lettres énormes aux portes triomphales des deux
grands faubourgs du Xord.
La porte Saint-Denis est la première en date. Le passage du Uiiiii.
les victoires de Hollande, incitèrent le corps de Ville, en 1672, à faire
élever ce monument à la gloire du roi. Blondel en fut l'arc liitocte,
Girardon et les Anguier le décorèrent de sculptures. Faut-il admirer
sans réserves"? Qu'il nous soit au moins permis de critiquer les deux
affreux guichets pratiqués dans les jambages de l'arc; ils en rapetissent
vraiment la majesté. On ne sait pourquoi la porte Saint-Denis est, de
préférence à sa voisine, l'objet de toutes les malices parisiennes. Aux
illettrés, on persuade que Ludovico Magno doit se traduire ]iar porte
Saint-Denis. Aux maris que ridiculisa Molière, on conscilk- de ne pas
tenter de passer dessous.
11 n'y a rien à dire de la rue du Faubourg-Saint-Denis, sinon c|u'elle
est très vénérable
par sa vieillesse,
que ce fut le che-
min des entrées
royales et aussi
celui des cortèges
funèbres, non
moin s royaux,
qui allaient à
Saint-Denis, et en-
core celui des cri-
minels et autres,
([ue l'on menait
pendre à Montfau-
i(in. N'omettons
pas non plus di;
ciiiisignci' ici que
la inaisiin poi-lant
aujourd'hui le
II" 65, et, il y a
soixante ans le
n" 71, est colle où
naquit, ji' 30 jan-
viei-184l,<run mo-
deste I' fabricant
de fauteuils »,
M. Félix Fa lire,
naguère pii'sldenl
de la Hépubliiiue
française.
Tramways à la
l'Av'ADE \)V. LOl'l, KA l'orULAIKE
DIXIEME ARRONDISSEMENT
113
LA PLACE DE LA RÉPUBLIQUE, LIMITANT LES III', X" ET XI- ARRONDISSEMENTS.
corne incessante, fiacres chargés de bagages et camions de pierres
de taille, trottoirs où circulent des gens affairés et où flânent en
grand nombre des « mentons bleus « et des » m"as-lu-vu », négo-
ciants, titis, trottins, bourgeois, gens de campagne, ce mélange
do contrastes donne au boulevard de Strasbourg une physionomie très
vivante, très spéciale aussi. Et chaque soir, deux cafés-coneerls,
modèles du genre, l'Eldorado et la Scala, y servent à une foule qui
ne s'en lasse jamais des flots de couplets patriotiques, de chansons
égrillardes, de langoureuses romances et même des revues fin de siècle.
Un peu plus haut, se trouve le Théâtre-Antoine, dit
anciennement des Menus-Plaisirs, où Ir ThiVilic-l.ibre,
après diverses étapes, paraît s'être drlinilivenimt iixé.
.\ous n'avons qu'à rappeler ici d'un mol quel rôle nova-
teur il a joué dans l'évolution théâtrale, autant pour les
pièces que pour l'interprétation ; ce fut une révolution.
La rue du Faubourg-Sainl-Marlin d('gagc une impres-
sion de lumière, de gaieté que pourrait lui envier sa
v^l^im■ (lu faubourg Saint-Denis. Cela tient à ce que
cc'llr-ci rsl iiKiins large de près de 4 mètres. La porte
Saint-Martin, elle aussi, contribue à constituer au
faubourg un accès d'une réelle grandeur. Elle con-
sacre, en un hommage à Louis XIV, semblable à celui
qu'avait suggéré la campagne de Hollande, les victoires
rnnp.ulées en 1674 par les armées de Turenne et de
<:"ii(lé. Elle a été conslruile sur les plans de Pierre
Hull''l rt sculptée — assez chichemenl, il faut le dire —
l''ii' quaire artistes tout à fait oubliés : Le Hongre, Le
l.rns, .Marsy, Dcsjardiiis.
l'ne des curiosités du laulmurg Sainl-Martin, c'est la
série de ses vingt-huit bmlaines en fonte, élevées en 1848
au moyen de souscriptions faites volontairement par les
riverains. Empruntons à une source officielle, ïlnveii-
taire des richesses de la ville de Paris, la description minu-
tieuse de ces édicules : « En piédestal à pans coupés en
tonte, posé sur une plinthe en granit. Ce piédestal sup-
porte un groupe de deux figures assises, reliées par des
guirlandes de feuilles d'eau et adossées à un piédouche
UNE DES FONTAINES
DU FAUB5 S'-MARTIN.
orné qui supporte une fausse vasque ovoidale. Ces groupes représentent
alternativement des tritons et des naïades. Un enfant, accroupi au
milieu d'ustensiles de pèche et jouant avec un oiseau aquatique
domine l'ensemble de la fontaine. »
La mairie du X'= arrondissement, située rue du Fauboui'c-Saint-
Marliii, à l'angle de celle du Chàleau-d'Eau, offre cette particularité
tout à fait à son honneur qu'elle est sans conteste la plus belle des
vingt mairies parisiennes. Elle est jusqu'ici la plus neuve, son inau-
guration officielle ayant eu lieu le 28 février 1896.
C'est en 1886 que l'on commença à se préoccuper de
l'état de délabrement de l'hôtel municipal. Plusieui-s
projets de construction, plusieurs emplacements aussi,
furent proposés; il fut question d'élever la mairie sur
l'emplacement de la prison de Saint-Lazare, ou à l'anale
du boulevard Magenta et de la rue du Fauboui-g-Saint-
Martin, ou enfin de la reconstruire sur place, el c'est ce
dernier système qui prévalut. L'ancienne mairie occu-
pait, parait-il, un hôtel dit des Arts, acheté par la ville
de Paris en 1819 pour en faire une caserne, reconstruit
eu 1848, et aménagé alors pour les bureaux adminislra-
lil's. Tous les arcliileeles furent admis à concourir pour
la eoiislruidon du nouvel édilice; ils se présentèreul au
nombre de quarante; c'est le projet de M. Uouyer que le
jury adopta, le 10 mai 1889. H semble qu'il n'y avait plus
qu'à se mettre à l'iruvre, el eepeiulant les difficultés
financières compliquèrent tellement h's choses iiue la
[uemière pierre ne fut posée que le 10 janvier lt>92.
L'inauguration, nous l'avons dit, eut lieu le it^
vrier 1896, jour de triomphe pour M. Rouyer, et
justice, car sou œuvre mérite toutes les louanges, n
celle de ressembler beaucoup à l'Hôtel de ville. ■
dire qu'elle est dans le style de la Renaissance. .,,.
moment où elle s'achevait, M. Villain a pu déclarer jus-
tement qu'elle avait ule double aranlage d'être un mo-
nument d'art dont Paris pourri s'honorer, d'être un
l'aliment pratiquement distribué, où tous les services
seront à l'aise sans exn^èi;iii.in et d'être aussi une
JI4
PARIS- ATLAS
construction qui, au point de ^•ue
financier, ne lui ménagera pas
d'onéreuses désillusions ». Il est
^Tai que les deux millions pri-
niilivement votés ont été à peu
près exactement doublés.
Xous emprunterons encore à
M. Yillain lindication des divers
locaux où avait été successive-
ment installée la mairie de l'ar-
rondissement : ce fut d'abord
dans le presbytère de Sainl-
Laurent; puis, en l'an IX, au
n° 30 de la rue de Bondy; eu
1811, la première maison à droite
de la rue Granges-aux-Belles,
aujourd'hui portant le n' 32 de
la rue de Lancry; 2'), rue Théve-
not en 1824 ; 20, rue de Bondy en
1832, et enfin, à partir de ISiS,
sur son emplacement actutl. Fut-
il jamais mairie plus instable?
La rue du CInHeuu- d'Eau (on
de\Taitdire de l'ancien Château-
d'Eau) a le privilège de posséder
une maison unique à Paris par
son exiguïté, car elle n'a que
1™,10 de façade et un seul étage.
Cette masure porte le n° 39.
La rue Hitlorif d'architecte qui
a bâti tant d'édifices du quar-
tier) longe la façade Nord de la
mairie ; elle nous conduit à la rue
Pierre-BuHet {le constructeur de
la porte .Saint-Martin' ovi se voit,
au n° 6, l'hôtel qu'habita Gou-
ïllli.iTKE DE LWMBIGU-COMIQUE
ENTRÉE DIC i.A iJoUANE.
tlilère, il y a de cela cent
ans. On ne se souvii'nl plus
guère aujourd'hui de (imi-
tliièrcqui, d'ailleurs, mm'H-
rut pauvre et déjù dans
l'iiubli; mais il fut, sous
I is.WLIeciseleui', l'..r-
neiiiaiiiste le plus eu Ui-
veui-. C'est lui i|iii a mii1|i|''
le joli bas-relief qui d- r(in-
la façade de sa inaismi,
occupée maintenant par
l'industrie. Il vaut la peine
qu'on aille le voir dans ce
Coin bi dibcrct uii il se
l.A CAsiiUMi Di cil A l I.
cache, et ov'i, à 50 mètres des
points les plus actifs de la cir-
culation parisienne, l'on se croi-
rait dans la plus tranquille
bourgade de province.
La victoire de nos troupes à
Magenta, le 4 juin 1839, vint à
propos pour le baptême d'une
voie que l'édilité ouvrait alors
entre la place du Chàteau-d'Eau
et la commune de Montmartre,
mais qui ne fut achevée qu'en
1863. Le boulevard Magenta tra-
verse le X' arrondissement dans-
sa plus grande largeur — près
de 2 kilomètres — et constitue
une route éminemment utile,
reliant les quartiers bas de l'Est
et du Sud-Est aux régions éle-
vées de Montmartre, tiràce à la
douceur de sa pente, il fournit
aux voitures lnurdement char-
gées un accès facile vers la col-
line, et, se continuant à travers
le XVIll" arrondissement par les
boulevards Barbes et Ornano,
met en rapports aisés Paris avec
la plaine Saint-Denis. Aussi la
circulation y est-elle intense,
presque à toutes les heures de
la journée. Longtemps, il ne fut
desservi que par une modeste
ligne d'omnibus (se la rappelle-
t-on encore), qui allait de .Mont-
martre à la Bastille. Aujourd'hui
les tramways y abondent, el.
comme pour un concours nun
pas hippiijue, mais mécanique, offrent au public leurs divers procédés
de traction. L'électricité emmagasinée dans des accumulateurs ac-
tionne ceux de Pantin et d'.\ubervilliers; l'air comprimé fournil
l'énergie motrice à ceux qui vont de la Bastille à Clignancourt et au
cimetière de Saint-Ouen.
La place de la République appartient à trois arrondissements; c'est
sur le X" qu'était située la fontaine, le cliàteau d'eau, dont la place
porta le nom jusqu'à l'arrêté préfectoral du 4 mai 1879 qui l'a dédiée
à la République. Ce château d'eau se composait de trois bassins super-
posés, du sommet desquels une gerbe jaillissante rebondissait en
cascades; l'ensemble se complétait par huit lions lançant dans le
dernier bassin des jets d'eau par la gueule. Vn contemporain, La
Tynna, note que « les eaux, fournies par le bassin de la Villette, ont
commencé à jaillir le 11 août 1813 ». L'agrandissement de la place,
(li'cidé en 1813, eut pour
conséquence l'enlève -
ment du château d'eau
qui, depuis 1807, décore
1,1 giaiule CKur du mar-
ché.aux bestiaux de la
Villette. Nous l'y retrou-
viiciiis, .ainsi que, sur la
place Daumesuil, la se-
CHtide fontaine, à la-
quelle a succédé la statue
(le la Itépublique.
Entre le boulevard Ma-
t'eiitJi et le cillai se ren-
I outre tonte nue séiie
d'établisselllelHs pu-
Miis : 1,1 caserne du
Château-d'Eau — j.i-
'li> (lu l'i iiiie- ICiiL'èiie,
- Il Douane. iii>i.illi'e
illll- Il I lie (lu llléllle
,iie|uii^iN'll; lé^liM-
Saint- Martin, bien
lourde, liii'ii insigiii-
li.'IMle, d,'ins 1,1 lue de.s
.Marais i tout ce quartier
n'était, il y a cent ans,
que jardins el culturo
DIXIKME ARIIONDISSEMEXÏ
113
VUE DE 1,'HOPITAL SAINT-LOUIS.
maraîchère). Lo Tivoli Waux-Hall n'est plus qu'une salle de bal et do
rrunions publiques, comme il y en a tant d'autres. Jadis, au temps des
marais, il y avait, dans un passage un peu plus au sud, un Waux-Hall
]ilein d'attraits : « Lieu charmant, distribué avec élégance >>, en dil
encore, en I8I0, Marchant, dans son Conducteur de l'Etranger à Paris.
De l'autre côté du boulevard Magenta, la Bourse du Travail
s'élève, depuis 1892, là où était un café célèbre par la mulliiilicilé de
ses billards. Aux plaisirs ont succédé les préoccupations sérieuses,
sinon le calme.
Sur une longamir moindre d'un demi-kilomètre, le boulevard Sainl-
Marlin n'olTre pas moins de quatre façades de théâtres. Celle de
l'Opéra populaire est la plus simple, car elle ne se distingue pas
d'une maison ordinaire ; la nouvelle entreprise ne s'y est installée
que dans le courant de 1900, succédant aux Folies-Dramatiques qui y
étaient depuis le 30 décembre 1862, et là, que de succès, avec Lccocq
et d'autres, y avait recueillis l'opérette!
L'Ambigu-Comique, ou plus simplement l'Ambigu, date de 1827
et soutient sa réputation; le drame, le mélodrame y font chaque soir
verser des pleurs sans relâche.
Le théâtre de la Porte-Saint-Martin a des parchemins plus
vénérables encore, et, s'ils simt aullu'uliques, plus curieux. On ra-
conte qu'il fut construit par Lenoir, en mnins de trois mois, pendant
l'été de 1781, pour remplacer l'Opéra du Palais-Royal, qui venait de
brûler, à un moment où ni la
cour ni la ville ne pouvaient
se passer de l'opéra. Voilà un
tour de force qui n'a pas été
réalisé pour l'Opéra -Comi-
que ! Hàtons-nous de dire
que ce n'est pas de la salle
artuelle qu'il s'agit, mais de
la précédente, qui fut incen-
diée pendant la semaine san-
glante (de mai 1871), réédiliée
aussitôt après et remaniée en
grande partie pendant l'an-
n.'e 1891. Quant à l'édifice si
hâtivement bâti par u le Hu-
main », après avoir été tcmr
à tour Opéra, « salh' des Jeux
(lyraniques », puis, plus nin-
destement, théâtre de la
Porte-Saint-Martin, une in-
comparable période de gloire
l'attendait, de 1830 à 1840,
avec les drames immortels
(le Victor Hugo. C'est sur celte
scène que furent joués Lu-
crèce Borgia, Marie Tuilor, Her-
nani, Awjclo , liuij Dlas...
D'autres succès lui oui été
réservés après sa reconstruc-
liim; nous n'en rappellerons
qu'un : Cyrano de Bergerac.
Le théâtre de la Renais-
sance pic'-sriilc lies l'Ials de
srrviecs hirn moins longs,
car ils ne renmn le lit qu'à 1873.
Lui aussi donna un fructueux
LE TIIEATUE DE LA U EN A ISS ANCE.
LE THÉÂTRE DE LA PORTE-S AINT-M AKTI N,
asili' à l'opérette, jusqu'au jour où il changea de genre et de direction,
en 1893, avec M"« Sarah Bernhardt, qui, à son tour, l'a abandonné le
21 janvier 1899, pour prendre possession de l'ancien Opéra-Comique
de la place du Chàtelet, où elle est devenue la locataire de la munici-
palité parisienne.
Quartier de l'Hôpital-Saint-Louis. — C'était la pleine cam-
liagne, il y a trois siècles. C'est niéine pour cela qu'une épidémie de
peste s' étant produite à Paris
en 1606, les hôpitaux pari-
siens étant tout à fait insuf-
fisants, et d'ailleurs le danger
de la contagion exigeant que
l'on éloignât les malades,
Henri IV ordonna la construc-
tion d'un asile spécial aux
pestiférés et choisit cet em-
placement, fort écarté. Saint
Louis, mort de la peste à
Tunis, en fut le patron. Tel
qu'il fut construit aloi-s par
Claude Vellefaux, sur les des-
sins de Claude Chaslillon, tel
il se montre encore à nos
yeux, et ce n'est pas un spec-
tacle dénué de curiosité pit-
toresque que celte grande
maison, bàlie comme une
forteresse, avec ses pignons
pointus et un ensemble d'ar-
cliitecture si caractéristique
de son époque, ainsi campée
au milieu d'un faubourg si
moderne, si disparate, à l'ex-
ception du groupe scolaire
contigu à l'hôpital et que l'ar-
chitecte a heureusement
traité dans le même style. L.i
peste est, pour toujours, es-
pérons-le, bannie de nos cli-
mats ; rhonital Saint-Louis a
été spécialisé pour le traite-
ment des maux qui s'en rap-
prochent le plus, à savoir
H6
PARIS-AÏLAS
des maladies de la peau.
Une cért5monie touchante y
a eu lieu le 18 di^cembre
1898 : l'inauguration d'un
monument commémoratif
de la mt^moire du D"' Henri
Feulard, bibliothécaire et
historiographe de l'hôpital,
qui trouva la mort dans l'in-
cendie du Bazar de la Cha-
rité.
La vie industrielle du
quartier se concentre aux
abords dfs deux rives du
canal Saint-Martin et —
nous le disions plus haut
— le fait ressembler à une
ville de Hollande. H fut
créé en vertu de la loi du
29 floréal an X (19 mai 1802)
ordonnant l'ouverture d'un
« canal de navigation qui
partira de la Seine au-des-
sous du bastion de l'Arsenal, se rendra dans les bassins de partage
de la Villette et continuera par Saint-Denis, la vallée de Montmorency
et aboutira à la rivière d'Oise près Pontoise... » Nous aurons occa-
sion de dire que cette dernière partie de l'opération ne fut pas
exécutée et que le canal s'arrêta dans la Seine, au-dessous de Saint-
Denis. Tel qu'il est, il n'en fournit pas moins à la grosse batellerie
l'économie de la traversée de Paris et de la grande boucle que décrit
le fleuve à partir d'.Vuleuil. Le canal Saint-Martin ne fut accessible
aux bateaux qu'à la fin de l'année 1825. Son parcours dans le X" arron-
dissement s'efTectue constamment!! ciel ouvert.
L'hôpital Saint-Martin, succursale du Val-de-Grâce, pour les mili-
taires m.ilad's (lu blessés di- la garnison de Paris, occupe, depuis 1870,
les bâtiments d'un ancien couvent de moines récoUels, fondé au
commencement du xvn° siècle, désaffecté en 1790, et où l'on installa,
en 1802, l'hospice des hommes incurables. Sa façade sur la rue des
RécoUets est restée celle d'un monastère de province, et, de la rue
du Faubourg-Saint-Martin, on ne se doute guère (car les maisons du
côté pair le cachent à la vue) qu'il y a là un vaste asile ouvert à la
souffrance. Il a été plusieurs fois question de démolir cet hôpital et
d'ouvrir un square sur son emplacement.
Au dernier recensement, la population du quartier était de
43,392 habitants, par conséquent supérieure à celle des trois autres
quartiers de l'arrondissement, et nous venons de dire qu'il y a trois
cents ans on y aurait vainement cherché une maison. Cette trans-
formation s'est effectuée au cours du xix= siècle. Dans le travail, déjà
cité, que M. Villain a consacré au X'= arrondissement, se trouvent
d'intéressants renseignements sur l'aspect de la région en 1714,
le nombre de ses maisons
et des lanternes qui l'é-
clairaient la nuit : rue du
Carême-Prenant — actuel-
lement rue Bichat ^
aucune maison , aucune
lanterne ; rue de l'Hôpital-
Saint-Louis, aucune mai-
son, aucune lanterne; de
même pour les rues Saint-
Maur et des Récollets. La
rue du Faubourg-Saint-
.Marlin, dans toute sa
longueur, était bordée de
quatre-vingt-une maisons
et éclairée par dix lan-
ternes; celle du Faubourg-
du-Tcmple (alors rue de
laCourtille) comptait qua-
rante-six maisons et avait
douze lanternes.
Parce simple exposé, il
est facile d'apprécier les
progrès accomplis. 11 va
sans dire que ces rues
n'étaient que de simples
chemins, pourvus de ([uel-
ques bornes servant aux
[liétons à se garer des
voitures. Aujourd'Juii, le
seul quartier de l'Hô-
pital Saint-Louis a 90,400 mètres carrés de chaussées, et 57,800 mètres
di' trottoirs.
Veut-on maintenant se placer au point de vue de l'instruction? Jus-
(ju'à la Révolution, les enfants allaient, suivant le bon vouloir de leurs
parents, à l'école de charité de la paroisse Saint-Laurent, où on leur
ai)prenait tant bien que mal à lire et à signer leur imm. Aujourd'hui
des écoles de garçons existent: rue Claude-Vellefaux, rue (Irange-aux-
Belles et rue de Sambre-et-Meuse; des écoles de filles, rue Vicq-d'Azir,
rue de Sambre-et-Meuse, rue du Terrage, avenue Parmentier. La [dupart
d'entre elles sont pourvues de classes de garde qui fonctionnent : les
jours de classe, de quatre à sept Iumiics du surr, les jouis de congé qui
ne sont pas jours de fête, île huil li'Uirs ilu malin à six heures du soir.
ÉCLUSE ET PASSERELLE AU CANAL S AIM T-M ARTXN.
LE CANAL .SAI.Nr-MARTIN,
PARIS
DIXIEME ARRONDISSEMENT
PA ris-atla:
lu
LA PLACE ^ni. TAIRE ET LA STATUE DE LEDR U - ROLLIN.
POPINCOURT. — il" QUARTIER : LA FOLIE-MÉRICOURT. — 'k2« quartier : SAINT-AMBROISE.
43" quartier : LA ROQUETTE. — 4i^ quartier : SAINTE-MARGUERITE.
ous voici définiHvement entrés dans le Paris
du travail, la ruche ouvrière des laborieuses
abeilles (pourquoi faut-il qu'il s'y mêle-t-il tant
de nuisibles guêpes!), et nous n'en sortirons
plus qu'une fois, désormais, pour décrire l'opu-
lent XVK. Le XI' arrondissement, dit Popincourt,
est aussi le dernier (dans l'ordre numérique)
qui appartienne entièrement au Paris du temps
de Louis XVI, qui soit compris dans l'enceinte
des boulevards auxquels on a laissé le nom d'extérieurs : le XII= che-
vauche sur l'ancien Paris et le territoire annexé en 1800; les huit
derniers sont en presque totalité constitués par ce territoire nouveau.
Au risque de paraître maussade, nous nous déclarons médiocrement
Satisfait de la dénomination choisie pour l'arrondissement. Popin-
court n'était qu'un lieu-dit, sans importance historique. A choisir un
nom emprunté à la topographie, la Hoquette eût été certainement pré-
férable; on eût trouvé sans peine un autre vocable pour désigner le
quarante-troisième quartier.
Le Xl« arrondissement a pour limites le milieu de la place de l,i
République et l'axe de la rue du Faubourg-du-TenipIc, (pii le sr|ian'iit
du X" ; — l'axe des boulevards de Helleville. de Mi'iiilnionlanl, <h'
Charonne et de ravenu(; du Trûne, qui le sé|i,irenl du X\''; — de la
place de la Nation et de la rue du Laubourg-Saint-Auloine, qui le
Paris-Atlas.
séparent du XIP; — de la place de la Bastille, des boulevards Beaumar-
chais, des Filles-du-Calvaire et du Temple, par lesquels il confine
aux IV" et III" arrondissements.
Sa superficie est de 361 hectares, inférieure à celle des neuf arron-
dissements qui le suivent, supérieure à celle des sis premiers, du
IX° et du X'. Sa population, très dense en raison de la surface, était
de 225,325 habitants au recensement de 1896: donc, trois députés.
privilège du nombre et de la députation où seul le XVIII' lui tient tète.
A parcourir ce vaste espace, l'amateur de pittoresque ne trouve à
faire qu'une bien maigre moisson : cène sont que longues, très longues
voies, uniformément" bordées de hautes maisons divisées en petits
logements. De toutes les parties de Paris, celle-ci est certainement la
plus monotone d'aspect. Ç;i et là, largement espacés, quelques mo-
numents, dont l'histoire et l'architecture n'olïrent, eux aussi, qu'un
intérêt secondaire.
Le quartier de la Folie-Méricourt doit son nom h un ancien
chemin, connu a\i moins depuis le xvn" siècle et qui menr.i! ù la Folie,
autrement dit, à la maison de campagne d'un personnage dont le nom
de Moricourt s'est déliguré en Méricourt. Même, si Fou en croit Jaillol,
le nom primitif aurait été Marcaut, ou Moricaut, ou Moricaute. On
eût bien mieux fait de donner à celte région un autre nom, plu<
précis, plus vrai, plus imagé aussi, celui de lu Cûwiilte. Car nou>
sommes là en pb'ine CourtiMe. Il y a cent cinquante ans, pour monter
U
H8
PARIS -ATLAS
à Belleville, on avait deux chemins :
la rue du Faubourg-du-TempIe et celle
de la Fontaine-au-Roi; encore cette
dernière s"arrètait-ello au « chemin de
Saint-Maur », et se prolongeait par un
chemin de terre, fort pittoresque, tan-
dis que la rue de l'Orillon, qui lui a
succédé, ne l'est pas du tout. L'espace
intermédiaire était occupé par des jar-
dins que les bons Parisiens venaient
cultiver ardemment chaque dimanche.
Chacun avait sa
courtille, comme
à Nîmes on a un
îna:c<, à Marseille,
une bastide. Ah 1
la Courtille du
faubourg du Tem-
ple! Quelle jolie
période bucoli-
que elle eut pen-
dant un temps,
digne d'un Vir-
gile pour la chan-
ter. Mais bêcher
la terre, arroser
les fleurs donne
soif; des guin-
guettes se créè-
rent parmi les
courtilles; elles
finirent même
par s'y substi-
tuer, si bien que,
peu avant la Hé'-
volution, on ne
montait plus à
la Courtille que pour gobelotter, danser, fêter Bacchus et Vénus.
Voir Paris sans voir la Courtille,
Où le peuple joyeux fourmille,
cela paraissait impossible au poète Vadé, qui, il faut le dire, ne se
piqua jamais de raffinement
Ce fut bien pis sous l'austère Heslauralion. I,a mode vint, on ne sait
comment, d'aller achever les orgies du mardi gras à la Courtille : la
nuit s'y passait à boire, et au matin du mercredi des Cendres, c'était
pour les bourgeois vertueux un divertissement incomparable que
d'assister à «la descente de la Courtille». On s'y montrait parmi les
L'ÉGLISE SAINT-JOSEPH.
L'EGLISE SAINT- AMBROISE.
LAVE.NUE IJi; LA 1; 1, 1' U U 1.1'^ U E Er LE TRA.MWA'J' DE KO .M A I .N V 1 L LIC
masques titu-
bant, trébuchant,
hoquetant, lord
Seymour, lier de
son surnom de
i< milord l'Ar-
souille », qui ji--
tait des pièces de
monnaie aux ga-
mins et aux ivro-
gnes. Ces réjouis-
sances scanda-
leuses ne dépas-
sèrent pas la Ré-
volution de 1848.
La rue du Fau-
bourg-du-Temple
n'est plus main-
tenant q u ' u n e
des plus popu-
leuses artères de
la périphérie,
sans autre inté-
rêt que de pos-
séder un moyen
de transport jus-
qu'ici unique à
Paris : le funicu-
laire de Belleville,
qui dessert, pour
leur plus grand
profit, quatre ar-
rondissements :
les X°, XI», XI.V
et XX". Il a com-
mencé à trans-
porter des voya-
geurs précisément le 27 mai 1891, après des difficultés inouïes d'essais,
([ui se continuèrent même après l'ouverture de l'exploitation, et se
compliquant de contestations financières, durèrent bien trois ans : do
quoi fournir abondamment sujet ;\ la chansonnette aux petits théâtres,
aux faiseurs de brocards, et même aux revues techniques. Le système
est des plus simples : dans un caniveau souterrain, un câble actionné
par une usine sise à Belleville communique sa force motrice aux voi-
lures, ffui prennent contact avec lui à l'aide d'un grip. Pour obtenir
l'arrêt, il suffit au conducteur d'isoler le grip de ce contact, et de
serrer le frein. La vitesse étant produite par le mouvement incessant
du câlili' est forcément la même à la montée qu'à la descente.
A ce quartier, devenu si peuplé en moins
d'un-demi-siècle, on jugea qu'il fallait une |)a-
roisse, car il ne disposait que d'une chapelle
lie Saint-Joseph, située rue Corbeau (.\° arron-
dissement], près de l'hôpital Saint-Louis. Par
délibération du 17 août 1860, le Conseil nuini-
lipal confia à Théodore Ballu la construction
d'une église <lrvant être également dédiée i\
saint Joseph, sur l'emplacement d'une caserne
située entre les rues Parmentier et Saint-Maur.
L'u'uvre, conçue dans le style roman du xii" siè-
cle est fort Ixdle — nous dirions pres(|ue triq>
belle, en raisim de la ferveur de la population
I)our laquelle elle a été faite, car cetti; ferveur
est des plus tièdes. On a donné à drux nn's
avoisinantes les noms de flnrio.i/.aiclnvêiiuc de
Palis, et Deguerr!/, curé de la Madeleine, lous
deux victimes de la gui'rri' civili' de 1871 ; il eût
été habile de choisir un auti'e ipiartier pour
celte inanifeslalion ex|)iatidre.
\,'nvciiuc l'armrnticr est le boulevard des It.i-
lieiis du (|uarlier. Pi'ojelée sous le second ICiii-
jiiie, elle est l'cruvre de la lti'qiubli(|ue. .Nous
reiriuiveroiis plus loin la maison moitnaire du
|ière illnslie de la | rue ih- lerrv, dont elle
jiiirte le nom. Il \r>\r jhmi de choses à di|-e des
antres voies : la me d' Aniinulèine fut ouverli;
en 1781 sur les terrains du (^rand-l'rieuré de
l'iance (lu Templi^), dont V-. duc d'Angnulêmo
él.iil .ilors grand prieur. L.i rue de Nemours —
hommage à un fils de Louis-Philippe — fut créée
ONZIEME ARRONDISSEMENT
119
en vcrlu d'une ordonnance royale
du 27 juin 1838, autorisant le
sieur Vimont ;i faire ce perce-
ment sur ses terrains. La rue des
Trois-Bornes a un passé plus res-
jifclable; elle date du x\W sii'TJe,
mais ce nV-lait alors qu'un che-
min de terre.
I.f'S deux plus lieriux flruions
du quartier Saint-Ambroise
sonl, de mèiiii' que pour le i|uar-
tier précédent, une église et
une avenue. Parlons d'abord de
l'église, dont il tient son vocable,
l.e 12 août 1636, une commu-
nauté de IVmnics, les Annon-
ciades du Saint-Esprit, quitla
Saint-Man<lé pour venir s'établir
dans une maison de la rue Po-
piniiiur(, et y subsista jusqu'à
ce que la Révolution l'ait sup-
primée en 1790, comme tous les
autres couvents. Seule, sa cha-
pelle fut maintenue et conservée
au culte, en qualité de succur-
sale de la paroisse Sainte-Mar-
L'uerite : elle élail dédiée à Notre-
Daine-de-Pro|rrtioii : on la
nomma Saint-Ambroise. Gi-
rault de Saint-Fargeau en dit,
de visu, que << c'est un édifice
assez vaste et solidement con-
struit, dont le portail pyramidal
produit un effet agréable». Il ne
laissait pas, cependant, que de
gêner le passage du boulevard
Voltaire; aussi décida-t-on de
le démolir pour construire, un
peu en arrière, l'église actuelle,
dont Ballu a été l'habile archi-
tecte. Pendant que son édifica-
tion se poursuivait, l'ancien mo-
nument resta debout : quelques rares gra^nires nous les représentent
ainsi cote à côte. Saint-Ambroise ne fut inaugurée qu'en 1869; c'est
assurément un fort bel édifice, dans le genre roman — que décidé-
ment Ballu prisait fort, puisqu'il avait adopté le même style pour
Saint-Joseph, que nous venons de mentionner — mais il ne coûta pas
moins de 2,217,o3i francs et 58 centimes, sans compter qu'il a eu les
honneurs d'une luxueuse monographie formant un volume in-folio
édité en 1874.
La rue de Popincourt commence là maintenant pour aboutir à la rue
de la Roquette, mais, avant 1868, elle se prolongeait jusqu'à la rue
Oberkampf aux lieu et place de celle de la Folie-Méricourt, que l'on
FAÇADE DU LYCEE VOLTAIRE (scR l'avenue de
jugea sans doute trop fourte.
Les historiens les plus véridiques
nous apprennent que, sous
Charles VI, Nicolas de Popin-
court, président au Parlement,
avait dans celte région une mai-
son de camjiaïïne, une ■• folie >■-
Le chemin qui y menait prit le
nom de son propriétaire. Voilà
donc, pour une rue de faubourg,
des lettres de noblesse assez vé-
nérables. Il parait aussi qu'au
xvi« siècle les cahinistes avaient
là un prêche, ce qui donna lieu
à une émeute durant la nuit da
29 décembre 1361. Les Lettres de
Catherine de Médicvi mentionnent
à ce sujet un certain Bertrand.
seigneur de Popincourt. Ce que
les historiens n'ont pas relevé,
croyons-nous, ce sont trois pas-
sages très curieux du Livre com-
mode des adresses de Pari* — ce
Bottin si précieux d'.\braham de
Pradel pour l'année 1692 — où
il est question de Popincourt :
d'abord, à propos du Jardin mé-
dicinal qui y était situé et où se
trouvait une bibliothèque, •• qui
est ouverte seulement les di-
manches après vêpres, en faveur
des médecins, des chirurgiens
et des apothicaires artistes, qui
confèrent en même temps sur
les nouvelles découvertes qui se
font dans les sciences naturelles
et dans les arts qui en dépen-
dent 11 I tome I", p. 137 de l'édi-
tion de la Bibliothèque Elzévi-
rienne .
Un peu plus loin (p. 178),
l'auteur fait une copieuse ré-
clame à la pension pour les malades sise à « Pincourt » et d'où l'on a,
dit-il, une vue magnifique. Il semble bien que cette maison de santé,
aïeule de toutes les autres, fut une dépendance du jardin médicinal
dont il vient d'être parlé, d'autant plus que, cinq pages plus bas
(p. 183), du Pradel parle avec chaleur encore des « baignoires et étuves
vaporeuses de nouvelle invention qui se tiennent en jardin médecinal
de Pincourt, entre la porte Saint-Louis et la porte Saint-Antoine ».
Du Pradel dit toujours Pincourt et non Popincourt. Au siècle sui-
vant, Jaillot observe aussi que le peuple ne dit pas autrement. Cette
corruption du langage n'a pas persisté à noire époque.
Dans la partie de la rue de Popincourt qu'a absorbée la rue de la
REPUBLIQUE;-
\ LE DE LECOLE bEOMM.
1- Al. .VUE LiL" LYCEE VOLiAiKL , b .
120
PARIS -ATLAS
Folie-Méricourt, avait été construite, au xviii' siècle, une caserne pour
les gardes-françaises, la caserne Popincourt, dont une cité ouvrière et
la rue Paiteur représentent maintenant remplacement. Le marché
Popincourt s'élève un peu au delà, dans un terrain quadrangulaire
où était, il y a soixante ans, une voirie de la Ville.
La me Oberkumpf, que parcourt avec fracas l'umnibus 0, se nommait
jadis rue de Ménilmontant,
et avant, de toute antiiiuili-,
chemin de Ménilmontant. Un
décret du 24 août 186i lui
donna le nom. du célèbre fa-
bricant de toiles peintes
(mort en 18lo); le vocable
primitif a été réservé à la
partie qui traverse le XX^' ar-
rondissement.
En suivant à droite les bou-
levards extérieurs, les vastes
bâtiments du lycée Voltaire
nous avertissent du voisinage
de Yavenue de la Réimbliquit
où s'ouvre la principale fa-
rade. Cette avenue porte bien
son nom. Quoiqu'elle ait été
conçue dans le plan d'Hauss-
mann et amorcée, sous le
nom d'avenue des Amandiers,
entre le Chàteau-d'Eau et la
rue de Malte, le second Em-
pire ne put ou ne voulut rien
faire pour ce quartier de tra-
vailleurs ; c'est l'honneur de
la troisième République d'a-
voir mené à bonne fin, il y
a quelques années, une œuvre
aussi importante. On s'en est
aperçu dès qu'elle fut livi-ée
à la circulation : il paraissait
merveilleux de n'avoir que
Ijô'iO mètres à faire pour aller di^ la place de la lii'publiquc .lU l'ère-
I.achaise; puis, par l'avenue Gambetta, de gagner sans grand eflort les
sommets de Belleville. Quel soulagement pour les chevaux lourdement
chargés! Quelle voie directe pour les convois funèbres! Quelle route
aisée pour le tramway de Rr)niainville, qui en prit possession effective
et exploitante le l"'' juin 1896.
Puisque l'usage s'est introduit de donner aux bitiments scolaires
di's proportions monumentales, on ne s'étonnera pas que b; lycée
Voltaire, le plus jeune des lycées de Paris, n'ait pas d('rogé, au con-
li.iii''. C'est un palais, sinon pour la beauté (non pas qu'il soit laid), du
iiiuins [lùur la grandeur, et son archilecle.M. Train, y a fait entrer toule
une carrière de pierres de taille pendant les cinq ans qu'on a mis à
l'i'lever. La du-
ré(> des travaux
est inscrite à la
façade j)ar les
dates 188i-
1889, gravées
au-dessus des
bustes sculptés
de Voltaire et de
l.avoisier rejiré-
si'utant, l'un li's
bttres, l'autre la
scirnce. En l'éa-
lilé, l'étahlisse-
nu'nl n'a été ou-
viil à son jeune
imlilic qu'à la
i.nlrée de 18'JO.
D'abor.l destiné
à d<mner exclu-
sivi-ment l'en-
seignement mo-
derne, son cadre
s'i-st élargi et
l'enseignennjnl
rlassi(|in' y csl
[professé suivant
ÉGLISli l'LA.MA.NPli (litK l'E cuaiionnk). les programmes
LA MAIRIK DU XI' A K U O M)I S S EM E.N T.
des autres lycées. Les élèves s'y préparent au baccalauréat et à l'accès
de l'École normale ou de l'École polytechnique.
Un peu plus bas dans la même avenue, et du même côté, au n" 79,
se voit rÉcole supérieure de commerce, précédemment rue
Amelot, 102. En changeant d'emplacement, elle n'a donc pas changé
d'arrondissement. L'édilice, d'allure bien plus modeste, mais plus
coquette que le lycée Vol-
taire, a été inauguré le 23 no-
vembre 1898 iiar le président
de la République. Cela aura
été un des derniers actes pu-
blics de Félix Faure qui certes
ne se doutait guère, ce matin-
là, que, trois mois après, jour
pour jour, son cortège fu-
nèbre passerait dans cette
même avenue, devant ces
mêmes bâtiments ! Fondée
en 1820, acquise par la Cham-
bre de commerce en 1869,
l'École est une institution de
l'État, qui y entretient des
boursiers admis après con-
cours, et après examen de
sortie, pourvus d'un diplôme
fort appréciable pour l'entrée
des carrières diplomatique,
consulaire, ou simplement
pour le commerce. Elle ad-
met en outre des élèves in-
ternes (au prix de 2,000 francs
par an) et demi-pensionnaires
(1,000 francs I.
La rue du Clteiniii-Vert — ■
remarquez combien il serait
plus logique de dire le Chemin
vert et la Chaussée d'Antin
— fait la limite des<iuartiers
Saint-.\mbroise et de la Ro-
i|ueiir. Lr li'mps est loin où c'était un tapis de verduva comme son
nom le dit : il faut poin- cela remonter au milieu du xvn' siècle. Jaillot
la trouve, dans un acte de 1067, qualilîée « ruelle qui va à Popin-
court ». Elle ne déjiassail pas, en eflet, cette rue; elle se conlinuail
vers la campagne par la rue des Amandiers. (Vest par des chemins si
aimables que l'on gagnait les jardins de lielleville, les bois de Romain-
ville. Un arrêté d'avril 1868 a réuni les deux voies sous le même vo-
i-able de Cliemin-Viul. Rien d'autre à en dire pour le côté des numéros
impairs. A mi-côte, à droite en descendant, après avoir traversé la rue
Saint -Maur, prenez la rue Cuilliem, (jui en quebjuos mètres vous con-
duira au square Parmenlier. joli rectangle verduyanl, idanlé en 1872
pour remplacer fort avantageusement l'aïuien aliallniide Ménihnon-
tant, désaffecté depuis 1867.
Quartier de la Roquette. — .V lui seul, ci' nom est sinisire; il
éviiipie la ^jnilliiline, 1rs liants murs de prison <u'i des enfanls, incons-
cients peut-être, aiqirennent le vice sous piétexte de correction, où des
VUE DU SyUAHK i' A U.M li.N T 1 1: U.
ONZIEME AliltO-NDlSSEMEXT
121
foirais attcmdent l'Iieure d'ôlre conduits au
bagne; il évoque encore l'un des chemins qui
conduisent le mieux à ce parc du Pcre-Lachaise
qui serait la plus jolie promenade de Paris si li's
morts ne l'iiabitaiiMit pas... Dans dix ans ces
imi)ressioiis, si vives pour les Parisiens de la
lin du xix° siècle, ne seront plus que de fugilil's
souvenirs; le cimetière, si voisin, hier encore,
de la guillotine, ne fera plus songm- qu'à la jiaix
du dernier sommeil, et les étymologistes conli-
nueront à se demander s'il faut idenlilicr in-
quette avec raquette, petite plante jaune qui
croissait jadis fort abondamment dans la région
voisine de la Bastille et a donné son nom à la
rue, d'abord, au i|uartii'r, ensuite.
Le coté diiiil (Ir 1,1 l'iii' du Clieniin-Vrrl ap-
partient, on l'a \ 11, au i|iiartier de la Koquetle.
I.a maison (|ui |iiiih' Ir ii" 68 est celle où Par-
iiientier rendit b' ili-riiier soupir, le 17 décem-
bre 1813, à l'âge âf soixante-seize ans. Il était né le
12 avril 1737, à iMoulilidier. Sur sa maison mor-
tuaire, alors située rue des Amandiers, n" 12, la
LA PLACE DE LA UOQUETTE ET LE PÉNITENCIER.
VNiy" '
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1 . j 1 i . i <jjâ
1
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"V
DEPOT DES CONDAMNES ET LES CINQ DALLES DE LA GUILLOTINE.
Ville de Paris, reconnaissante, a fait mettre une plaque coinmémoralive.
La mairie de l'arrondissement occupe un vaste espace triangulaire,
limité par le boulevard Voltaire, la rue S ed aine (jadis rue Saint-Sabin)
et l'avenue Parmentier. C'est un bon type de l'architecture nninieipab'
du second Empire; elle a eu lîailly pour auteur.
Le boulevard Voltaire (du Prince-Eugène jusqu'en 187U) liaversr bs
quatre quartiers de l'arrondissement, sur une longueur de2,8"J0 mètres.
Il fut ouvert par sections, à commencer par la partie haute, enirr
18.57 et 186o. C'est une belle voie, bien bâtie, très pratique, mais
iiisigniliaiile.
\.i\ place Vo/te(;e s'i'ti'iid devant la mairie, avec un large dévelopiie-
iiii'ul, au croisement formé par le boulevard Voltaire, la rue do la
Uoipiette et l'avenue Parmentier; elle est décorée d'une statue de
l.i-dni-Rollin, par Sieiner. I.e célèbre homme d'État attend là, dans
inir alliludr majestueuse, rachèvemenl de l'avenue ([ui porte son nom;
elb' doit venir aboutir à ce carrefour.
t Uuelques pas dans la direction du Pèro-Lachaise, et l'on est sur la
/ trop fameuse place de la Roquette. Au xv" siècle, déjà, existait sur ces
hauteurs un banit-au dont la maison iiriiuipale était le manoir d'un
certain Ueimaiill lEspicier — nullpini'nt épicier, si ce n'est [lar le nom
— une futic, comme celle de .Méricourt ou Moricourt (voir plus haul),
d'où le nom qui a conservé la rue de laFolie-Rcynaull.
L'espace était vaste, boisé, charmant. Au commenccnieni dr.
xvii° siècle, les Jésuites de la maison professe en acquirent toute la
jiartie orientale. In plus escai-pée, qui devint leur maison de campagni",
et par suite, celle du Père Lachaise. En Ifi:i7, les relii:ieiisi-s hospila-
Belues.
lières de la Charilé-Notrc-Dame, établies à la place Royale,
se firent construire un couvent, entouré d'un large enclos,
dans la partie inférieure, plus voisine de Paris; on s'habitua
vite à les appeler Hospitalières de la Roquette, parce que leur
monastère barrait la rue de la Roquette. C'est alors que fut
juverte la rue des Murs-dela-Roquetle, qui contournait, par un
retour d'équerre, les murs de ce couvent. En 186ij, on a donné
à l'une des branches de l'équerre le nom de la duchesse de
Mercœur dont les libéralités avaient contribué u rinstallalion
des Hospitalières. Sans la Révolution, les choses seraient peut-
être dans le même état; mais 1789 nous a ménagé bien d'autres
surprises. Les religieuses dispersées, leur couvent rasé, la rue
de la Roquette reprenant (en 1818) son tracé normal, une
large place disponible de chaque coté de la place, voilà ce qui
permit au gouvernement d'édifier deux prisons là où de pieuses
tilles avaient prié, et quelles prisons! Maintenant on estime
que les établissements pénitentiaires doivent être relégués hors
(le Paris, témoins Fresnes et Montesson ; autrefois, sous le bon
roi Louis-Philippe, on croyait bon de les ramener de la ban-
lieue dans Paris, témoin la Roquette qui avait remplacé une
des divisions de Bicélre.
Nous signalerons, presque à l'angle du boulevard de Ménil-
montant et de la rue du Chemin-Vert, le haut clocher d'une
cliapelle, dédiée à saint Hippolyle et appartenant à un couvent
dit de Xotre-Dame-de-Peqiétuel-Secoui-s, qui s'est installé là
depuis peu.
A l'autre extrémité du quartier, tout en haul de la rue Je
Ckaronne, se voit la très jolie cj/iVe flamande. Le faubourg Saint-
Antoine et la région environnante comptent beaucoup de
de gens de nos provinces du Xord, experts dans l'induslrie du
l'i: VAL 1. AN-
]22
PARIS-ATLAS
meuble, et qui parlent peu ou mal ou pas du tout le fran-
çais. Dès 1862, Ms'Delebecque prit l'initiative de leur four-
nir une église oii les offices fussent célébrés en flamand,
et fit aménager à cet effet un édifice provisoire dans la
rue des Boulets. La première pierre du monument actuel
a été posée en 1873. Il a eu pour arcbilecte M. Arthur
Verhaegen, qui s'est inspiré du style gothique le plus pur
et a parfaitement réussi. A l'église est annexé un patro-
nage pour les deux sexes, avec salles de lecture,
de jeu, buvette, etc., véritable cercle, au sens propre
du mot. Peut-être même y joue-t-on le haccara, mais,
l'ancien hôtel de Vaucanson, situé rue de Charonne, 47 (sic),
tenant par l'autre extrémité à l'impasse de la Roquette ».
A l'angle des rues de Charonne et du Faubourg-Saint-
Antoine s'élève une fontaine, plus haute que belle, qui date
de 1671, mais fut en partie reconsiruile en 1810. Elle por-
tait, paraît-il, une longue inscriplinn; il n'y en n plus de
traces.
Et puisque nous parlons fontaines, signalons celle de
la rue de la Roquette (n» 68), encastrée dans une ar-
cade élégante et que l'on pourrait pr(>sque croire
ancienne si on n'y lisait la date : MDCCCXLVI.
ST.M'UE DU «ERGENT BOBILLOT.
FO.NTAI.NE DE 1S71 (ruk
a, coiq) sur, si on
l'y joue, c'est en
ihiinand, et bien
innocemment.
La rue de Clia-
lonne fait la li-
mile entre lis
([uarlii/rs dr la
Hoquet t e e t
Sainte -Margue-
rite ; ce fut au-
trefois une rue
aristocratique,
riche en cou-
vents et en hô-
tels, comparable
à l'ancienne rue
Saint-Dominique du faubourg Saint-Germain. Elle n'a plus cet aspect-là
aujourd'hui que l'industrie l'a complètement conquise. Pour n'y plus
revenir, nous décrirons dès maintenant ses deux côtés.
Voici, un peu au-dessous du boulevard Vollaire, au n" 99, la Cité
Bmi-Secours, construite sur les ruines du prieuré de iNotre-Dame-de-
Hon-Secours, qu'avait fondé, en 1648, dame
(Maude de Bouchavannes. Le lieu se nom-
mait depuis longtemps la Croix-Faubin ;
il est regrettable qu'on ait substitué à
cette dénomination historique celle d'im-
passe Delaunay, (|ue porte maintenant le
« cul-de-sac delà Croix-Faubin ».
Presque en face, aux W' 92-96, une
porte majestueuse attire le regard ; (t'est
celle du couvent des Filles-de-la-Croix,
fondé en 1639 et qui a survécu à la Révo-
liilion en ce sens qu'il s'est reconslilui'
dans ses mCmes b;Uiments, le 17 mars 1817.
Au n° 51, l'hôtel de Mortagne a conserv('
quelques vestiges de son passé, deux fois
séculaire; il garde surtout le souvenir
de l'illustre mécanicien Vaucanson, f|ui y
ifiouiut h; 21 novembie 1782, et la gloiri'
d'avoir été le berceau du Conservatoin-
des arts et métiers. C'est dans celte mai-
son, en effet, que Vaucanson avait réuni
li's premiers éléments de la collection ipn'
nous admirons dans l'ancien |)iieuré de
Saint -Marti 11 -des -Champs. L'iiisiripliou
apposée par la Ville di' Paris en riiomii-ur
de Vaucanson aiiiait dû, croyoris-iiuus,
raiipeler ce fait historii|ue.
Il existe aux Archives nationales IV, II.
Seine, 12) un dossier relatif au projid -
qui n'eut pas de suite — " d'ouvrir un
l'I.lN I A IN E DE 184C (Rl'E DE LA ROQUETTE).
passage découvert sur remplacement de
1,A KLE DK.'S l.M.MEUbLES-liNUUfSlKlELS.
Quel est donc
ce Basfrni, jugé
digne de donner
son nom à une
rue de quartier"?
Vraisemblable-
ment, ce ne fut
pas un homme,
mais un lieu dit ;
Jaillot déclare
avoir trouvi'
dans les archivis
de l'archevêcln'.
àladatedulSno-
vembre 1393, le
bail d'une pièce
de vigne « au
lieu dit Baffer, sur le cheniln Saint-Antoine ». Des actes moins anciens
établissent l'identité entre Batfer et Basfroi. iVous n'en siuiinies guère
plus avancés pour cela ; qu'était-ce donc que Batfer ?
Sur II' iMiint d'interrogation, nous passons dans le quartier Sainte-
Marguerite, enserré entre les rues de Charonne et du Fauhourg-Sainl-
Antoine qui, formant à elles di'uxle dessin
, irrégulier des In anches d'une parenthèse,
enferment un gidiipe très dense d'habita-
liiiiis oii le cliôniage n'existe i.'iièr(\
.lus(iu'au règne de Louis Mil. \r i licmin
de Vincennes n'était bnidi' (|iic dv raifs
maisiiiis et dépendait, au puint de vue
ecclésiastiqur, de l'église Saint-Paul. La
p(q)ulatioii augmenta alors et réclama une
paroisse jiour elle. Des alermoiements,
dniil le récit n'olTre plus d'intérêt depuis
liingliMiips. (ircnl ipie ri'i.'Iise smiliaitée,
Sainte -Marguerite, \>r tut livrée au
cultr qu'en 1034 comnir suii'iirsale de
Sainl-Paul, et ne devint luic (|u'rii 1712.
Il paraît qu'il y avait uii,'rn(i' : le <léiret
d'i'TiTliiin en cure explique ainsi la né-
c(s>ilé de ii'tic mesure : I. Les lilierlins
cl 1rs iiniiveaiix réunis [les rK/Héa au ca-
llhilicismi'l, (pli siinl en très grand luinilu'e
(lins le fauliourg, n'étant )ias veillez de
pus, se (lispeiiseiit iiièine du deviiir pas-
cal sans craindre d'être ciiniius, pai'ce
i|n'ay:inl la libellé de satisfaiic à ce de-
viiir à S.iiiil-Paul ou à Sainte-Maigiieiile,
lin ne peut y découvrir ceux (|ui y man-
i|iii'iil. Celle même lilierté d'aller à .Saiiil-
l'.iiil iiii à Sainle-Maruueiile l'ail (|iie les
enlans diulll laiilioiirg ne sont ni à l'une
ni à l'aulre de ces deux églises, et no
reçoivonl aucune instruction. »
ONZIEME ARRONDISSEMENT
123
L'édifice atteste la mauvaise époque artistique qui
l'a vu construire. La iaçade notamment fst d'une nu-
diti; rare. A l"int('i-ii;ur, on leinarque quelques O'uvres
intéressantes : il n'y pas longlenips (février 1809; que
la commission du Vieux Paris a eu à se préoccuper,
pour le faire replacer à une fenêtre du chevet, d'un
petit vitrail du xvii" siècle (|ui se laissait oublier dans
les comljles. Lll(! a signalé en même temps le heau
monument de (iirardon à la mémoire de sa femme et
quelques bas-reliefs sculptés par Jean-Baptiste Goy, le
premier curé de la paroisse, qui fut tour à tour sculp-
teur, prêtre, j)eintre. " Il s'étoil aiipliqué, disent les
Nouvelles hcclésiastii/ues du "22 avril 1738, jusqu'à l'ûge
de vingl-six ans à la sculpture, et avoit jiassé pour cet
eflet plus de dix ans à Home. Plusieurs pièces de sa
façon, qui sont dans les jardins de Versailles, de Meu-
don et de Marly ont été pour lui, depuis que Dieu l'eût
touché, un objet continuel de géraissemens. » C'est
dire que les bas-reliefs qu'il fit pour son église offrent
toute garantie d'orthodoxie.
L'ancien cimetière Sainte-Marguerite, attenant à
l'église du coté du Nord, serait bien oublié aujourd'hui
sans une circonstance qui lui a valu la célébrité. Per-
sonne n'ignore que le petit dauphin Louis XVII mourut
au Temple à l'âge de dix ans et deux mois, et que c'est
ce cimetière qui fut choisi pour le lieu de son inhumation. La terre
accomplit proniptement son œuvre d'assimilation, car les recherches
ordonnées par Louis XVIII, dès le début de la Restauration, pour
retrouver les restes du dauphin et les transférer à Saint-Denis, n'aliou-
tirent à aucun résultat. Le hasard y fit retrouver en 1846 un cercueil
de plomb contenant le squelette d'un enfant : les médecins commis à
son examen n'hésitèrent pas à déclarer qu'on était en présence des
ossements de l'enfant royal. Cependant, divers intérêts, historiques et
autres, n'avaient cessé de se manifester dans le but d'établir que
Louis XVII n'était pas mort au Temple, qu'il avait fait souche : des héri-
tiers se produisirent. De nouvelles fouilles
furent sollicitées et autorisées, dans le cou-
rant de l'été de 1894. Elles amenèrent la
nouvelle exhumation du squelette de 1846 ;
mais cette fois le diagnostic des savants fut
tout autre ; il conclut à l'identification de
ces restes avec ceux d'un sujet qui serait
mort vers l'âge de dix-huit ans, près de
huit ans de plus que n'en avait le dauphin !
Le mystère demeure donc entier, si tou-
tefois on veut absolument qu'il y ait un
mystère. Ce qu'il y a de moins expli-
cable, à nos yeux, c'est que les Comités
de la Convention aient donné leur préfé-
rence à ce cimetière obscur et éloisné.
PERSPEC U\ 1. HL l;
UN DES ASPECTS DE LX FOIRE AUX JAMBONS.
Mieux que la rue de Charonne, la rue du Faubourg-Saint-Anioine est
l'artère importante du quartier Sainte-Marguerite. N'eus réservons
pour le chapitre du Xll'' arrondissement la description de la place de
la Nation, et tout naturellement, des maisons historiques appartenant
au côté pair.
La première rue que l'on rencontre à droite en descendant est
celle des Immeubles-Industriels, précédeuimenime de l'Industrie. Toutes
ses maisons sont bâties uniformément, ce qui se voit assez souvent
dans nos faubourgs, mais elles offrent une bien autre singularité : la
société qui les a fait construire a pourvu chaque logement d'un cou-
rant de force motrice,
1 de telle sorte que tous
les occupants peuvent se
livrer en chambre à leur
industrie.
La rue des Boulets n'est
autre chose que le pro-
longement de l'ancien
chemin de Saint-Maur à
Saint-Denis, et elle se
continue, en effet, dans
l'arrondissement, par la
rue Saint-Maur. Elle doit
son nom à un lieu dit
desBouletsdont mention
existe dès le xvi' siècle.
Les maisons situées
au-dessous de la nie
Roubo [un nom de menui-
sier érudit du siècle der-
nier) prennent vue sur
la rue de Montreuil el
occupent le terrain d< -
jardins de l'hôtel Titci!
situé dans cette dernièi ■
rue. Maximilien Titon,
directeur général di ~
manufactures d'armes, s'était fait consti'uire là un
f<irt belle résidence que l'on appelait, suivant l'usag. .
la Folie-Tilon. Après sa mort, survenue eu 1711, <
maison fut morcelée. Sous Louis XVI, un des pavillon-
était occupé par la fabrique de papiers peints de H. -
viillon. On sait que, le 28 avril 1789, cet élablissemeii
l'ut pillé par le peuple qui accusait Réveillon, à tort oi.
à raison, de montrer des sentiments très peu favv
râbles au mouvement de liberté qui faisait tressaillir 1 .
France entière. Il n'est pas démontré que celte émeute,
prologue de la Révolution à Paris, ne fut pas organisé.-
par le duc d'Orléans, qui voulait susciter des emban-ns
au gouvernement. Ce qui est plus cuiùeux, c'est qu-
Réveillon, pour sauver ses jours, n'imagina pas u<
meilleur refuge que la Bastille, où il vint se conslitui .
prisonnier volontaire. S'il eut tort d'avoir été si peu
Tarai du peuple, il faut lui tenir compte d'avoir été
.MARCHÉ A LA FERRAILLE.
124
PARIS -ATLAS
I.A FAÇADE DU CIRi>iUE D JIIVEÏ
ami de la science ; quel-
ques années auparavant,
il avait rais son jardin oi
son argent à la disposition
de Pilàtre de Rozier pour
ses expériences aéroslu-
tiques.
On demande une plaque
commémorative pour fixer
tous ces souvenirs, bons
ou mauvais. Aux temps de
révolution, d'ailleurs, le
vent a toujours soufflé en
tempête dans le faubourg
Saint - Antoine. N'est - ce
pas de là que partait, avec
sa troupe de sans-culottes,
le terrible brasseur San-
terre, que nous retrouve-
rons au chapitre suivant?
N'est-ce pas cette même
rue qui vit tomber, frappé
d'une balle mortelle, l'ar-
chevêque AfTre.venu en iiacifiraleur pcnulanl les journées de juin 18i8
elle aussi qui fut tériioin de la mort héroïque de Baudin?
En face du carrefour où aboutit la rue Crozalier, la maison nuim'
rotée loi dans le faubourg poric rinscriplion suivante :
DEVANT CETTE MAISON
EST TOMBÉ GLORIEUSEMENT
JEAN-BAPTISTE-ALPHONSE-VICTOR BAUDIN
nEPni;SENTANT du peuple pour le DÉPARTEMENT DE l'aIN
TUÉ LE 3 DÉCEMBRE 18j1 EN DÉFENDANT
LA LOI ET LA RÉPUBLIQUE
Aun^ïo do la rue du Faubourg-Saint- Antoine, une lungu
allée conduit à un bâtiment d'aspect médiocre, mais qui a
le mérite de posséder une rampe d'escalier très curieusement
sculptée sur bois, où les quatre saisons sont représentées jiar
des figures allégoriques. Ce travail
parait remonter au xvii' siècle; il y
a là une indication utile sur l'épo-
que reculée où l'industrie du bois
était déjà en faveur dans le faubourg.
Le boulevard Richard-Lenoir (qui
porte le nom d'un manufacturi(a-
important, mort on 18;i9) doit son
existence au canal Saint-Martin qu'il
recouvre. A l'origine, le canal était à
ciel ouvert; un décreldu29aoùtl8"o7
prescrivit qu'il serait voùlé entre la
place de la Bastille et le faubourg
du Temjjle, sur une longueur di'
1,849 mètres 60 centimètres. Au smi-
terrain, il fallait de l'air cl de la
lumière; on lui en a fourni fort ha-
bilement jiar des ouvertures jirati-
(juées dans la vfjùte, que des mas-
sifs de verdure dissimulimt. Dans la
partie avoisinant la Bastille, le bou-
levard ilonneasili', durant la semaine
(|\ii |ii écèiir l'àques, à la foire aux
jambons, qu'on pourrait aussi ap-
peler foire à la ferraille, car ces
deux marchandises s'y débitent avec
le même succès, et sans concurrence
possible. A l'iiileiseclion îles bou-
levards Bichard-I.enoir et Vollaire,
s'élève la statue de Bo billot, un
jeuneetvaillani l'aiisiin, nioii en hé-
ros pendant lexpéililinii du Tonkin.
[>'ouvertuie du canal Sainl-XIailiu
disparaître la maison de Hi
LA .STATUF: de la IM.ACE DE LA Kf:PUIiLIQUI:
ut [lour consé((uencft de- faii
iuiiiaiiliais, (|ui fut jicndant la llévoliilio
et ie premier Empire l'une des curiosités de Paris. Elle couvrait t(M
l'espace circonscrit aujourd'hui par le boulevard Itichard-I.enoir, I
bniilevaiil Beaumarchais et la run Duvnl 'Urival fut un obscur échevi
di; la lin <le l'ancien régiinej. Iiiiii-. un iiuvi;ii.'e ruiisiienrii-iiseniei
documenté sur Beaumarchais et son
teinps, Louis de Loménie a fourni d'in-
téressants détails sur cette résidence.
L'auteur du Mariage de Figaro en avait
acheté le terrain à la Ville en 178";
son caprice en fit une demeure telle
« qu'elle ne ressemblât pas plus aux
autres maisons que le Mariage de Fi-
garo ne ressemblait aux autres comé-
dies ». De là, une dépense d'un million
six cent soixante-trois mille francs.
C'est le lieu de dire que c'était une
folie, plus somptueuse que les plus
belles du quartier. Les suppliques af-
tluèrent à Beaumarchais, pour avoir
le droit de la visiter. M. de Loménie en
cile une cliarmanle, écrite par une
jeune lille :
Muiisieur,
Je suis choisie dans ce mninenl par tonte
ma famille pour vous présenter une retjnèle.
Une requête, direz-vons! Oh! n'allez pns
vous effrayer. Elle se bornera il >ous de-
mandor à voir votre jardin. On aurait bien pu charger qucli:)u'un qui vous eiU
demandé celle permission avec plus de grâce, mais on m'a rassurée, en me
disant que vous étiez indulgent, que vous aviez trop d'esprit pour laisser votre
censure s'arrêter sur ma lettre, et que vous vous mettiez aisément à la place
d'une jeune personne de seize ans, obligée d'écrire à quelqu'un qui possède ce
(aient au premier degré. Je requiers donc votre indulgence pour me lire, volro
cuniplaisiince pour acquiescer à ma demande, et je suis, pour la vie, votre servanle.
Rose Perrot, rue des Tournelles, n" (i.'i.
A une demande faile d'aussi bonne grâce, Beaumarchais ré-
oiiilit avec son esprit habituel, trouvant seulement la famille
I- M"' Rose «un peu imprudente de ne pas réserver pour des
(jlijeis plus importants l'intervention d'une jeune personne aussi
spii iliielle. (lu iillèie son Crédit en l'usant à des bagatelles ».
Le Cirque d'hiver (autrefois cirque Napoléon) donne au
liiiulevaid îles FillesHlu-Cahaire, le soir, quelque animation.
Il a été construit, sous le second
Empire, sur l'emplacement d'nn
ancien réservoir de la Ville, mis
en vente publiciue en 1781.
lin peu plus loin, boulevard du
Temple, n" 30, était la maison d'où
Fieschi, par l'appareil d'une ma-
cliini' inl'eniale, tenla <rassnssiner
l.oiiis-Philipi.e le 28 juillet 1835.
Ouelqiies pas encore vers la place
de la Hi'publi(|ue, et nous sommes
\ is-à-vis lies maisons construit es sur
riin|ilaeeiiient des fameux lliéàlres
({iii valuii'ut au boulevard du Timu-
|ile le surnom de Imnlevard du
('.lime, cncon> ipie le dciine n'y
si'vit pas oxclusi\cmenl. ('.'('■Inieiit
t'ianconi, b's Eun.imbules, la (iaiti'',
les Eolies^Dramaliques, les Délas-
seinents-Comi(|ues, le théâtre de
.M'"" Sa(|ui. Ajuès avoir joui d'une
grande vogue, tous disparurent, en
18(>2 : un ukase d'Ilaussmann le-.
e\|iiiipiiail pour le percemenl ilii
I Ie\.iril lin l'i'inci>-I';ugèn(' (au-
luiiidliiii l.niilevanl Voltaire) et
I h.iinH.iiJe de la place du Cliâleaii-
h"(. NcurOciii. d l!.nl.
l'il iiniis Miii i revenus .111 piiint de
départ, à l.i pl.iie ili> l.i l(i'|uildi<|iie,
La statue iiiiuiiinn'iil.ile ;'i l.iipiellc
elle cbdl Sun n<iiii y fui éiigi'c en
188.3, «à la gb.ire de l.i lié|.iil.li.|i An-; |iieds de la' sl.iliie, .euvre,
par association des ileiix Irères Mni i. i-, l'iiii scul|di'ur, l'aulre archi-
tecte se dresse un superbe limi di' lunii/c, dû .lu sculpleur lialou. Le
socle est décoré do demi haiilsieliels en Im.n/.e ; chacun d'eux consacre
une des grandes journées des vicloi|-es du |ieii|i|e : celle de 178ÎI, cidle
de 1830, cidic deis'iS, cidie de 1870: ilssonl li.iilésavec un ,iil p.nl.nl.
PARIS
ONZIEME ARRONDISSEMENT
S
-"S î%^^ 1 ^^ ^S*?-? C'du l'alun S >. "SS- = _ ^xi-=|.*
PA RI S-ATUAS
I.A PLACK 1)K 1,A JIASTILLE
Û^JPNPl33EHEnjT. (S)
REUILLY.
43° guAnriRR : BEL-AIR, -- -46" ouautif.r : PICPUS. — 47° quxrtier : BERCY.
48" QUARTIKR : QUINZE-VINGTS.
oici que, poui' la première l'uis, imus avims al-
faire à un arrondissement qui ijarllcipe à la i'dis
ilu Paris de Louis XVI et de celui de Napoléon III.
Aucun de ceux qui le précèdent n'atteignait à
renccinte fortilii'e; tous ceux qui le suivent
soûl, en majeure partie —exclusivement, même,
pour les XVII% XVIII", XIX" et XX" — constitués
par les territoires annexés en 1860, compris
entre les forliflcalions et l'enceinte des fermiers
généraux, celle des anciennes harrièrcs, celle
des boulevards qu'à tort et par routine i.n continue à appeler exti'rieurs.
Le XII° arrondissement, dit Ruun.Lv, couvr(> une surracc de o68lii'c-
tares, supérieure à celle de tous les autres arrondissenu'uts sauf les
XIII=, XV« et XVI».
Sa population, au dén.imhrement de 1890, était de lI3,:j-27 liabitanis.
et on a lieu de s'en étonner, si l'on considère les vastes espaces inha-
bités qu'y occupent l'Entrepôt et les gares du P.-L.-M. 11 est vrai que,
Paiiis-Atlas.
sur Cl' c liiHVo tiital, lr>s doux seuls quartiers de Picpus et des Quinze-
Vinj;ls entrent pour près de 92,000. Population qu'il est d'ailleui-s aisé
de délinir, car elle ne comporte que deux grandes catégories: les ar-
tisans en activité, si on peut ainsi parler, el les artisans en retraite;
les premiers lialiitenl tout naturellement les deux quartiers populeux,
et, les sei'oiuls, les deux autres.
Le quartier de Bel-Air est limité par l'axe du cours de Vincennes,
le rem|)arl (à droite) et l'axe des rue el boulevaixl de Picpus jusqu'à Li
place de la Nation. Si l'on donnait à l'expression Bel-.Vir le sens qu'elle
avait au grand siècle, il faut convenir que la dénomination sérail ici un
peu trop élogieuse, car ce quartier ne saurait piétendre au monopole
de toutes les élégances; il est surtout le quartier du bon air, et c'est
ainsi que nos pères ont entendu désigner l'ancien hameau qui lui
donné son nom.
Ce hameau dépendit d'abord de la paroisse de Sainl-Mandé qui, elle
méuu', ne l'ut jusqu'en 1780 qu'un écart de la paroisse de Charenlon-
Saint-Mauricc (aujourd'hui Saint-Maurice\ 1789 émancipa Saiul-Maudé,
là
126
PARIS-ATLAS
en fit une commune, malgré les protestations de son ancien chef-lieu.
Elle avait un beau et vaste territoire du côté de Paris, mais la loi du
l()juinl839 l'en déposséda en annexant à la capitale tout ce qui en
était compris entre les fortifications d'une part, les boulevards de
Picpus et de Reuilly d'autre part, c'est-à-dire tout le quartier de Bel-
Air et la moitié
environ de celui
de Picpus. Les ha-
bitants de cette
zone se trouvè-
rent, le !'=■' jan-
vier 1860, de Man-
d é e n s qu'ils
étaient, devenus
Parisiens; les uns
s'en montrèrent
mécontents, les
autres flattés, cha-
cun suivant ses in-
térêts. Au reste,
on ne s'était pas
jimusé à les con-
sulter; ils n'é-
laient pas assez
nombreux pour
cela. Ce n'était pas
encore depuis
longtemps le
quartier cher aux
petits rentiers qui
réalisent le rêve
amoureusement
caressé d'achever
leurs jours dans
une villa à eux,
entre cour et jar-
din, les dimen-
sions important
peu. Il y a soixante ans, on y aurait surtout rencontré de larges terrains
livrés au maraîchage et quelques vastes propriétés. Aussi les souvenii's
liistoriques sont-ils plus que rares. L'un des plus anciens peut-être
est ce contrat que nous avons rencontré aux Archives nationales
{L.957) par lequel, le 18 août 1717, Etienne Malappe, marchand, et
Marie Lemaistre, sa femme, acquirent de Jean Garnier, ancien capitaine
général des charrois de l'artillerie du roi, « un arpent de terre situé au
terroir de Saint-Mandé au lieu dit Montanpoivre, sur ta hauteur de Pic-
fiuce,... tenant par bas sur le grand chemin qui conduit aux terres de
M"" l'abbeysse de Saint-Antoine». La rue et la porte Montempoivre —
avec une orthographe un peu différente, appartiennent à notre nomen-
clature ]iarisienne, et voilà pour elle des titres de noblesse, mais nous
aimerions mieux pouvoir expliquer cette dénomination bizarre, véri-
table casse-tête des étymologistes.
C'est aussi pour la première fois que nous rencontrons le chemin
"\ Ji
LA PORTE DOREE.
l-.\ CAbER.NE DE KEUILLV.
de fer de Ceinture, qui ne dessert que les neuf derniers arrondisse-
ments, à parlir du XII". Le moment est donc opportun, avant de décrire
sa route, de dire quelques mots de son origine. Il est exploité, on le
sait, par les six grandes Compagnies de chemins de fer syndiquées à
cet effet. La première section construite fut celle de l'avenue de
Clichy à Orléans-
Ceinture; elle fut
ouverte en 18S4,
mais seulement
pour le transit des
wagons entre les
réseaux d'Orléans
et de Lyon, d'une
part, ceux de l'Est,
du Nord et de
l'tiuest, d'autre
part. Les voya-
geurs n'y furent
admis qu'en 1862.
La deuxième
section, entre Or-
léans-Ceinture et
Auleuil, date de
1867. Elle se con-
fond, en ce der-
nier point, avec la
ligne de Paris-
Saint-Lazare à Au-
leuil, qui, livrée à
la circulation dès
l'année 1854, n'a
pas cessé d'appar-
tenir exclusive-
ment à la Compa-
gnie de l'Ouest.
En 1869, fut établi
le raccordement
de Courcelles à
l'avenue de Clichy, grâce auquel on pouvait désormais faire le tour de
Paris en un circuit continu. Enfin, en 1893, la Cumpagnie du Nord s'est
reliée directement à la Ceinture par un double embrancliement, l'un
vers l'Ouest, l'autre vers l'Est; la bifurcation, dite des deux branches,
s'effectue en souterrain, à la Chapelle, sous les voies principales du
réseau. Seules, les gares Saint-Lazare et du JN'ord reçoivent directement
les trains de la ligne de Ceinture, mais toutes les autres gares pari-
siennes sont reliées au réseau par une correspondance au point de
croisement. Les prix sont de 40 et 20 centimes, suivant la classe pour
un parcours de deux stations, de 53 et 30 centimes pour un trajet
supérieur, quelle qu'en soit la longueur. La ligne comple 32 kilomètres;
28 stations y sont établies, en comptant colle du pont Marcadet qui est
commune à la Ceinture et aux lignes du Nord.
Voyons maintenant quel est le parcours du clieniin de fer dans le
XII" arrondissement. La voie ferrée y demeure constamment paral-
lèle aux fortifications, qu'elle suit de très près. Elle franchit le cours de
\ iucennes et l'avenue de Saint-Mandé sur des ponts métalliques et
I roise, en passage supérieur, la ligne de Paris à Vincennes à la station
lie Bel-Air, traverse l'avenue Daumesnil sur un beau jiont d'où l'on a
iiii jiili eiiup d'(eil sur le linis de Viiu'ennes; jiuis, ajn-ès un arrêta la
li.illi' de la rue Claude-Decaen, ouverte le 5 mai 1900, elle s'engage
dans une tranchée dont la descente est assez rapide, passe sous la rue
de Charenlon, croise, également en passage supérieur, les voies du che-
min de fer de l.ynn et atteint la gare de la Ràpée-Bercy ([ui, de|Miis
trop longtemps, .il lend un bâtiment moins miu.ilile. |':m traversant l.i
Seine surb,' pont National, elle sort de rarroinlisseiiieiil pour entrer
dans le XII1«.
.\ous ne quitterons pas le quartier de lîel-.Vir sans avoir salui' en la
I ne du Rendez-Vous un tiès ancien chemin conduisant à un lendez-vous
di' chasse du bois de Mrieennes, — et signalé dans cette rue l'église de
rimmaculée-Conception, cure modeste cjui, jiar exeeiition, n'appai-
ii''iit pas à la Ville de l'.nis.
A noter enfin que la porte de Pi( pus .ippaitii'ut à ce ciuarliei- et non
• I I elui dont elle jiorle le noni. Mais, dira-t-oii. (|u'est-ce ipie hi )i(irlo
de Picims? A quoi nous lépondrons que c'est la /lorte Durée, celle qui, ,
■ I l'extrémité de l'avenue Daumesnil, ouvre sur les taillis du bois une |
I ivissanle perspective, celle dont les abords sont pourvus de «i salons»
pour noces pacifiques et pour meetings tumultueux. Personne ne
1 oiinaît la porte de Picpus. Qui donc avouerait ignorer la porte Dorée'.'
' Le \<j' (juartier de Paris se nomme Picpus. En réalité, historique-
ment, nous sommes à Reuilly, mais l'administration préfectorale
DOUZIÈME ARRONDISSEMENT
127
de 1860 avait besoin de ce dernier vocable pour bap-
liser son arrondissement, et elle a sacrifié l'iiistoire.
I)(^ Rouiliy, le savant abbé Lobouf disait ceci, il y a cent
cinquante ans : " Je ne me suis point arrôtô à réfuter
ici les modernes qui ont cru que le Rnmiliacum villx,
terre voisine de Paris, où le roi Dagobcrt I'' répudia
(lomatrude, sa première femme, pour prendre .Nan-
tliildc, n'est autre que Romainville. L'analogie du latin
est entièrement pour Heuiily, canton situé à rexlrémité
du faubourg Saint-Antoine, où nos rois avoient alors
une maison. » En dépit de sa science, Lebeuf se trompe.
Nos rois n'avaient pas de maison à Reuilly, et Reuilly
ne vient pas de Romilùicum, mais de Rutiliacum ; c'est
;'i Romilly que Dagobcrt divorça. Cela n'empêche pas
Reuilly, de par son nom même, d'avoir pu être déjà
un hameau voisin de Paris au moment de cette aven-
ture; seulement, les preuves manquent.
Dans un document intitulé : Mémoire curieux... sur
la fondation, le patronage et la nomination à la cure de
l'église paroissiale de Sainte-Marguerite (1738, in-121, on
trouve le te.xte d'un contrat de vente en 1624 par Jean
de Vilry, sieur de Reuilly, à Antoine Fayet, curé de
Saint-Paul « d'une pièce de terre contenant sept quar-
tiers, sept perches ou environ, assis au terroir de Paris,
proche le moulin à vent de l'abbaye de Saint-Antoine-
des-Champs ». Reuilly avait donc pour seigneur Jean
de Vitry; mais il est probable que la majeure partie
de la terre appartenait à l'abbaye de Saint-Antoine-
des-Champs, qui y avait déjà un moulin. ^
Dans le Journal d'un voyage à Paris de deux EoUan-
daisen 1636-1638, il est fait mention, d'une façon incidente, de Reuilly,
en novembre 1657. Ce fut le temps où fut fondée, par Colbert, dans
le hameau, une manufacture de glaces destinée à entrer en concur-
rence avec la fabrication vénitienne qui seule alors pourvoyait aux
besoins de l'Europe civilisée. L'orgueil de Louis XIV lut, en cette
circonstance, servi à souhait par la sagacité du ministre, et les glaces
de Reuilly tirent pendant, avec une gloire moindre, toutefois, aux
tapisseries des Cobelins ou de la Savonnerie. Ces illustrations de nos
faubourgs ne survécurent pas toutes au régime qui les avait créées :
la manufacture de la rue de Reuilly est devenue une caserne d'in-
fanterie.
Juste en face, au n° 1 1 de la rue de Reuilly, une maison basse, sur-
montée d'une lourde et bizarre tourelle, attire l'attention : c'est la bras-
serie de l'Hortensia, aujourd'hui, jadis la brasserie de Santerre, du fameux
Santerre, commandant des gardes nationales en 1793, qui mourut là
en 1809. Des jardins reliaient alors la brasserie à la maison particulière
de Santerre dont l'entrée était au n° 210 du fau'jourg Saint-Antoine.
L'n peu plus haut, au n° 57, est l'Ecole Boule, fondée par la Ville
en 1886 pour for-
mer les ouvriers
de l'ameuble-
ment. Pouvait-on
mieux choisir le
quartier et la pla-
cer sous de plus
favorables auspi-
ces que ceux du
fameux ébéniste
de Louis XIV ?
L'enseignement
professionnel
dure quatre ans et
est gratuit. L'insti-
tution dueauCon-
seil municipal a
eu assez de succès
pour exiger la
construction de
nouveaux bâti-
ments annexes
qui ont été inau-
gurés le 7 avril
1895, par le prési-
dent de la Répu-
blique.
Au delà du bou-
levard Diderot,
voici, au n" 36, la
LA MAISON DE .SA.MEUKIO. 'OUtC modcStC
LA MAIRIE l'I- XII' ARR
église Saint-Eloi, qui ne date que de 1880 et dont la circonscription
compte plus de 40,000 habitants. Non loin, deux rues, déjà existantes
au xvu" siècle, aboutissent dans la rue de Reuilly : la rue Montgallet.
qui a gardé son ancien nom, et la rue des Buttes, aujourd'hui rue
(lu Sergenl-Bauchat en commémoration d'un sergent de pompiers qui,
en 1894, périt victime de son courage dans un incendie, à Reuilly
même. — Plus loin, au n" 101, les bâtiments monastiques des reli-
gieuses de Sainte-Clotilde projettent leur ombre de silence dans ce
quartier populeux.
Au delà des anciens boulevards extérieurs, la rue de Reuilly se
nommait chemin de Reuilly ; depuis 1873, elle a pris le nom du général
Claude Decaen, et c'est sous ce vocable qu'elle se poursuit jusqu'aux
fortifications qui s'entre-baillent là (porte de Reuilly) pour donner aux
habitants de la région l'accès le plus charmant et le plus immédiat sur
un des jolis coins du bois de Vincennes,
L'avenue Daumesnil a été ouverte, sous le second Empire, pour fournir
aux Parisiens une route directe et agréable vers ce bois. Longeant,
pendant une grande partie de son parcours, le remblai du chemin de
fer de Vincennes, elle n'appartient au quartier de Picpus qu'entre la
rue de Rambouillet à l'Ouest et la rue de Picpus à l'Est. Dans cet inter-
valle, au croise-
ment de la rue de
Charenton, s'élève
la fort jolie mai-
rie du XII= ar-
rondissement.
construite de 1874
à 1877 par M. Re-
nard, séparée par
la rue Bignon (di-
plomate du com-
mencement du
siècle, assez ou-
blié maintenant':
d'un groupe sco-
laire important.
L'ancienne mairie
était voisine de l'é-
glise de Bercy. En
face, s'élève la sta-
tion de Reuilly,
ouverte à l'exploi-
tation le 31 mars
1877, et qu'une
récente déviation
de la ligne de
Vincennes a mise
en bordure mémo
de l'avenue. vul i^i: llcolu uou^t;.
d28
PARIS -ATLAS
mais n'indique rien pour l'étymologie. Au fond, nous
inclinerions assez à croire qu'il s'agit là d'un nom de
famille, élrangèrc peut-être, que l'argot populaire aura
dénaturé par un calembour aisé. C'est ainsi que Kerne-
venoy est devenu Carnavalet.
L'aspect de la rue est plus étrange encore que son
nom. Sur la majeure partie de son parcours (qui, au
total, est de 1,835 mètres], on ne rencontre guère que
couvents, maisons de santé, établissements charita-
bles; aussi le calme y est-il profond, et Victor Hugo
ne pouvait mieux choisir la retraite oi'i Jean Valjean
FONTAINE DE LA PLACE DAUMESNIL.
La place Daumesnil occupe le faîte de cette longue
voie. D'un côté, c'est la vallée de la Seine, de l'autre la
vallée de la Marne. Au centre de la place s'élève une
fontaine monumentale; nous en avons déjà parlé : elle
décora la place de la Ilépublique jusqu'au moment où
la statue de la République prenant sa place la força
d'émigrer sur ces hauteurs. Et maintenant, est-il be-
soin de rappeler que Uaumesnil est le nom de l'héroï-
que général, gouverneur de Vincennes, qui, en 1814,
résista si vaillamment aux troupes des alliés et refusa
de rendre la forteresse , malgré offres et menaces ?
Depuis l'année 1877, l'avenue Daumesnil était des-
servie dans toute sa longueur par la ligne de tramways
BastiUe-Charenton. Au mois de novembre 1898, la traction animale y
a été remplacée par la traction mécanique. Il est bon de noter que
cette ligne a été la première oii cette traction se soit faite électrique-
ment par le système du trolley.
Étrange rue que la rue de Pic/jus! Étrange par son nom, par sa phy-
sionomie, par la dissemblance, et parfois la similitude des souvenirs
qui y sont groupés. Le nom, d'abord, l'explique qui pourra. Nos
ancêtres n'étaient pas assez naïfs pour rappeler par le vocable d'un
chemin que la fonction des puces est de piquer, ou pour croire qu'idiis
piquaient là plus véhémentement qu'ailleurs. Il faut donc cherclirr
autre chose, mais quoi"? On a cité avec à-propos ce quatrain du poète
bourguignon Sénecé, qui chantait dans la première moitié du
.wn" siècle :
Ilem. de la salade aussi fraîche, aussi bonne,
Aussi réjouissante en sa variété
(Ju'à Picquepuce en assaisonne
L'ingénieuse pauvreté.
Cela prouve que déjà le terrain se prétait à la culture maraîchère,
iMi. \n: L i:(.Li>i.
LE TIIAMWAY ÉLECTRIQUE DE LAVENCE DAUMESNIL.
et Cosette surent se dérober à la dramatique poursuite de Javert.-*
Parmi ces couvents, il en est un dont les bâtiments sont antérieurs
à la Révolution; c'est celui de l'Adoration per|iéluc!l(> qui, on 1803, a
succédé aux chanoinesses de Saint-.Vugustin dispiisées depuis 1700; il
est situé aux n<"3b-43. Sonnez à la porte enlre-bàillée du 3o el, en mon-
trant patte blanche, demandez à visiter le « cimetière ». La chaîne de
la porte s'abaissera et une concierge un peu sourde va vous conduire
à travers les cours et les jardins du monastère où quelques béguines
velues de llanclle blanche promènent leur éternelle rêverie jusiju'à un
enclos entouré de murs qui semblent l'isoler du reste du couvent.
C'est bien un cimetière. Une centaine de sépultures — chapelles -oxi
simples dalles funéraires, très simples et sans une fleur — y sont
groupées. Les noms qu'elles portent sont parmi les plus illustres des
familles françaises : La Rochefoucauld, Crillon, dc> Maupas, de .Mont-
morency, de Xoailles, Forbin-Janson, Talleyraiid-I'érigord, Lévis de
.Mirepoix, de Rosambo, de .Montalembert, de Vaux, La Fayette... Au
fond, un second enclos, fermé d'une grille qui ne s'ouvre plus, mais
qui laisse voir une verdoyante pelouse occultant presque tout le ter-
rain qui a environ loO mètres de superlicie. Où sommes-nous ilonc
ici el quidl.' est cette mystérieuse nécropole? l'ne inscription va nous
le dire ;
SÉPULTURE DE LA MAISON
DE SALM-KYUBURG
ET DE 1,306 PERSONNES QUI ONT PÉRI
A LA DARIllÈRE DU TRONE DEPUIS LE 20 PRAIRIAL AN II
jusqu'au 9 THERMIDOR SUIVANT.
C'est le cimetière des victimes de la Terreur — de celb^s du moins
qui furent guillotinées sur la <c place du Trnne-Iienversé » lorsiiue
l'i-chafaud y émigra de la id;ice de la Hévoiiilion ( place de la Concorde).
La pelouse verdoyante recouvre la fosse commune où furiMïl apportés
pêle-mêle les 1,306 cadavres. Plus tard, une société s'est constituée
pour racheter le terrain, l'entretenir pieusement et offrir une sépulture
voisine aux descendants de ceux qm dorment là. André Cliénicr,
Antnine Roucher, son ami et confrère en poésie y sont aussi, el c'rsl
pour le rapprocher deipielqu'un des siens ipie l'on y enterra également
I illustre La Fayette iiKut en 1834, après avoir survécu à sa gloire cl
à si's mallii'urs...
.\vant la Hévi)liilii)n, la rue de Piciuis possédait un autre couvent
ci'lèlirc- ; ci'liii di's Péiiileiils réformés des (rois ordres de Saint-Fran-
çnis, nommés tout simplement i' les Picpus ».
On y voyait une salle dite des Ambassadeurs, décorée d'œuvres d'art,
■ où se rendoienl, dit Jaillot, les ambassadeurs îles i>iiissanres catlio-
liqui's, le jour destiné pour leur mirée, et où ils rercvoimt les com-
pliiiicns des piiniis et des princesses de la maison royale '.
jio I .'lié de la rue du Sergeiil-Bauchat est l'hôpital israélilu fondée
I » T) I z 1 1 ; \i I ; A I ; lî ( ) .\ I j I s s i-: m i: .\ i'
129
en 18:32 pnr la nimillc de Holli-
scliilJ et auijinenlô depuis jiar drs
aniH^xos importantes. Plus loin,
la maison iiorlanl le n° 88 a ron-
scrvô sur sa farade qui borde la
rue I.amldardie cette curieuse
inscription :
1727
I)i; UÈGNE DE LOUIS XV
DE PAn LE nOY
DÉFENSES nXl'riKSSES SONT FAITES DE
BATIR DANS CETTE RUE HORS LA PRÉSENTE
DOIINE ET LIMITE, AUX PEINES PORTÉES
PAR LES DÉCLARATIONS DE SA MAJESTÉ
DE 17i'l ET Mili.
KO 2.i.
Ces déclarations avaient pour
objet d'interdire aux Parisiens de
se soustraire par des construc-
tions faites bors des faubourgs
aux taxes de la ferme générale,
l'octroi d'alors. On a plus do li-
berté aujourd'hui.
Jusqu'en 1868, la parlir de la
rue sise entre le boulevard do
Reuilly et les fortifications porta
le nom de chemin de la Crois-
Rouge ; à cette date, une dénomi-
nation unique a été prescrite.
Le boulevard de Picpm, ombreux
et désert comme au temps où il
formait la limite de Paris, pour-
rait nous ramener à la iilaco de
la Nation, où nous avons mainte-
nant affaire ; il vaut mieux reve-
nir sur nos pas pour trouver, au
n" 12 de la rue de Piepus, l'hospice
d'Enghien, que fonda la duchesse
de Bourbon en 1817, et — à l'angle
même de la rue et du faubourg
Saint-Antoine — l'orphelinat de
jeunes ouvrières, qui a succédé à
une maison analogue créée par
l'impératrice Eugénie pour con-
quérir le « faubourg Antoine » à
l'amour de la dynastie impériale.
La place de la Nation évoque bien
des souvenirs. Les vrais Parisiens
âgés de trente ans continuent à
l'appeler place du Trône; ceux qui ont plus de cinquante ans disent
«ncore barrière du Trône. Sa dénomination actuelle ne date, en effet,
que de 1880 et n'est pas heureuse, car la nation n'est représentée là ni
plus ni moins qu'ailleurs, à moins qu'on ne veuille que ce soit par
■deux rois du wn" siècle, tandis que le trône fut une chose réelle et
intéressante. Il avait été élevé, en 1660, pour l'entrée solennelle de
Louis XIV et de Marie-Thérèse, qui eut lieu le 26 août de cette
année-là ; mais sa magnificence n'élait qu'éphémère, car il était en
carton; aussi résolut-on de le remidacer jiar quelque chose de plus
LE MONUMENT DU TRIOM
Pai
durable. Perrault était l'architctce
à la mode ; il dessina un arc de
triomphe monumental, surmonté
de la statue équestre de Louis .\IV.
La première pierre en fut posée
le 6 août 1670 et l'on parut vou-
loir y travailler avec ardeur. Ce-
pendant, l'œuvre fut bientôt inter-
rompue. Le grand roi en avait-il
paru mécontent? Il faut le croire:
on l'acheva par une simple ma-
ipiette en plâtre dont la Biblio-
llièque nationale possède des vues.
Louis XIV mort, le tout fut jeté bas
et la place du Trône redeviot
nette. En 1788, lors de la construc-
tion de l'enceinte des fermiers
généraux, l'architecle Ledoux ima-
gina de faire supporter à chacun
des deux pavillons classique- une
colonne en fer haute de 30 mè-
tres. Les colonnes attendirent à
leur tour jusqu'en 1843 qu'on les
surmontât des statues de Philippe
Auguste et de saint Louis, œuvre
d'Etex et de Oumonl. -^
La décoration de la place a été
augmentée en 1889 par un vaste
bassin ; elle a été complétée par
le monument que Dalou a élevé
au Triomphe de la RrinAlique : un
char auquel sont attelés deux
lii)ns conduits par le Génie de la
Liberté, s'éclairant d'un flam-
beau ; sur le char, les figures allé-
goriques de la République, de la
Loi, du Travail, de la Justice;
derrière, la Paix semant des Heurs.
tandis qu'à ses pieds des génies
versent les fruits contenus dan>
une corne d'abondance. L'inaugu-
ration en a eu lieu le 19 novem-
bre 1899.
La place de la Nation a une sta-
tion du chemin de fer métropo-
litain de la porte de Vincennes
à la porte Maillot. Pour beau-
coup de gens, grands ou petits,
c'est, avant tout, le siège de la foire au pain d'épice. la plus impor-
tante de toutes les foires parisiennes, dont la tenue commence le
jour de Pâques et se poursuit les trois semaines suivantes. Elle eut des
commencements très modestes; simple fête de barrière où on allait
respirer les premières brises du printemps — parfois un peu âpres —
on ne la nommait encore en 1844 que la foire du Petit-Landit. Son
importance s'accrut lentement; en 1862 seulement, la Ville commença
à taxer les emplacements; aujourd'hui, c'est une foire immense, de la
Bastille au cours de Vincennes, avec ramilication sur toutes les
PIIE DE LA REPUBLIQUE,
AL oc.
I.'OUPUKLIN.VT DE KOTlISCIIll.l
130
PARIS -ATLAS
avenues qui aboutissent à la place de la Nation. Certes, on y vend du
pain d'épice, surtout pour justifier son nom; en réalité, c'est Texliibi-
tion la plus curieuse, la plus complète, de l'industrie foraine, au son
d'une musique infernale : ménageries, théâtres, chevaux de bois,
montagnes russes, etc., etc., le tout machiné de façon à faire pâmer
d'aise les enfants... et
leurs parents. Au centre
de ce brouhaha, qui, heu-
reusement pour elle, n'est
pus permanent, l'Ecole
Arago, fondée par la Ville
en 1880, fournit ce qu'on
appelle maintenant d'un
terme assez baroque l'en-
seignement primaire su-
périeur. Elle est la sœur
cadette des écoles Turgot,
Colbert, Lavoisier, Jean-
Baptiste Say.
Quartier de Bercy.
— Pour iiuus aujourJ'lnii.
le nom de Bercy n'éveille
plus que ridée de ton-
neaux rangés en batail-
lons épais, d'un champ
clos immense où la Bour-
gogne et le Bordelais se
jettent un perpétuel défi,
tandis que les robustes
vins du Midi leur propo-
sent, sous le nom de cou-
page, un traité d'alliance
souvent accepté. 11 n'en fut pas toujours ainsi. Avant d'être le port
vinicole le plus important du monde entier, Bercy fut un simple et
paisible hameau qui dépendait de la paroisse de Condans, dont le chef-
lieu, quand les communes furent créées, devint Charenton-le-Pont. Son
nom doit lui venir d'un gentilice romain Bersius, d'où Berciacum, et, en
français, Bercy ; mais les plus anciennes mentions ne remontent pas
au delà du xvn« siècle, et c'est d'une île de Bercy qu'il y est question
pour la première fois en 1134, comme appartenant à l'abbaye de Mont-
martre. En 1172 apparaît la grange de Bercy, ce qui fait supposer à
l'abbé Lebeuf, non sans vraisemblance, que, par corruption, cette
grange de Bercy est devenue Grange aux Merciers, lieu-dit fréquem-
ment nommé dans les chroniques du xiV siècle, lors des guerres qui
désolèrent la banlieue de Paris pendant la minorité de Charles V. A la
même époque, c'était un séjour royal, idusirurs fois cité dans Vltiné-
raire de Philippe le Hardi qu'a publié M. Ernest Petit dans la collection
des Documents inédits de l'histoire de France (voyez la note de la
|)age 279). Quant à l'île, elle n'a été atterrie qu'il y a soixante ans
environ.
La gloire de Bercy commença avec le xvn" siècle, et, pour préciser,
dans la dernière partie de ce siècle, lorsque Mansard, puis François le Vau
édifièrent pour le président de Bercy deux châteaux opulents le grand
et le petit Bercy, avec un parc dessiné par Le Nôtre, dont la sui)erfirie
COLONNES DE PHILIPPE AUGUSTE ET DE LOUIS IX place de l.v nation).
totale correspondait au vaste territoire compris entre la Seine, la rue
de Rambouillet, la rue de Charenton et les dernières maisons de
Conllans, pénétrant donc d'un côté dans le Paris de Louis XV, et, de
l'autre, franchissant celui que limitent maintenant les fortifications.
La famille do Malon-Bercy en jouit jusqu'à la Révolution, qui ne l'en
déposséda pas. En 1891,
l'héritière du nom l'ap-
porta en mariage à M. de
Nicolai, dont le fils mou-
rut en 1839, après avoir
été maire de Bercy de 1821
à 1830. 11 était dans la des-
tinée de ce beau domaine
de disparaître. Ce fut
d'abord la construction de
l'enceinte fortifiée (1842)
qui vint le couper en deux
dans le sens de la lon-
gueur; puis, également
par viiie d'expropriation,
la ligne du chemin de fer
de Lyon, dans le sens de
la largeur (1847). Enfin,
lors de l'annexion de
Bercy à Paris, en 1860, ce
qui restait de la propriété
fut acquis tant par la So-
ciété de l'Entrepôt que par
le chemin de fer de Lyon
qui y épanouit ses voies et
créa une gare de marchan-
dises très considérable.
Avant la Révolution, cependant, Bercy ne se composait pas que
d'un domaine. Le 28 août 1790, les habitants « de la Grande-Pinte de
Bercy, du Ponceau, de la vallée de Fécamp, de la Râpée, de la Grange
aux Merciers, du Petit-Bercy hors murs, et aussi la majeure partie
des habitants du haut de la Grande-Pinte » poursuivirent l'Assemblée
nationale de leurs doléances afin qu'elle les constituât en commune
distincte de Conllans ; ils invoquèrent leur nombre : 1 358, la distance
du chef-lieu et les inconvénients qui en résultaient au point de vue
de la religion, de la police, de l'état civil. Ils oblinnmt assez prunipte-
mentgain de cause, et un décret du 19 octobre 1790 créa hiconimune de
Bercy qui eut donc soixante-dix ans d'existence, car ille fut ri'unie à
Paris à dater du l'i^ janvier 18t)0.
Parmi les localités énumérées ci-dessus, il en est plusieurs dont le
nom ou le souvenir ont subsisté. La (irande-Pinle désignait li> groupe
de maisons que traverse la rue de Charenton an delà du boulevard de
Bercy. Elle tenait son nom de l'enseigne d'un cabaret fameux jadis,
chanté dans une pièce de vers d'Auguste de Châtillon.
Déjà nous avons parlé de la Grange aux .Merciers. La rue Nicolai en
porta le nom jusqu'en 1865 et il est fâcheux (ju'dn ne l'ait |ias [lerpé-
tué. C'est au coin de cette rue et de celle de Charenton qu'était la
résidence de Cartouche en 1720 et le puits célèbre grâce auquel il
savait si bien tromper la vigilance de la maréchaussée; du moins.
I,A l'LACE DIO LA NAIION.
DOUZIÈME ARRONDISSEMENT
1.31
Alfred Sabatier l"a-t-il afliiim; Jans ses
Chroniques de Derci/, parues il y a trente ans.
La vallûe de Fécamp a des origines
aussi mystérieuses que le |)uits de Car-
touclie. Que vient faire on ces parages le
nom de la ville normande ou de son ah-
Daye? On se l'est vainement demandé.
Jaillol, que ces questions d'étymologio
préoccupent toujours, s'en tire par le
silence; il se borne à nous dire que le
lieu existait au xv° siècle sous le nom de
« bas de Fécant ». Nous sera-t-il permis
de rappeler que, cent ans avant, les abbés
de Fécamp possédaient une maison à
Paris, rue Serpente? l'out-èlre de cette
maison dépendait-il un domaine censi-
taire situé à gauche du chemin de Cou-
flans. Cette explication, du moins, n'a
rien d'incroyable.
La Hàpée était le nom d'un commissaire
général des guerres qui, sous Louis XV,
s'était fait bâtir au bord de la Seine, hors
les murs, une jolie maison, joignant par
derrière à la rue de Bercy. Sur son em-
placement se trouvent maintenant l'an-
cien pavillon d'octroi de Ledoux et le
magasin de fourrages militaires.
La population de Bercy a passé par do
singulières phases; nous l'avons vue de
1358 habitants en 1790; elle en comptait
IbUOO en 1860; aujourd'hui elle est tom-
bée à 9 €00, alors que toutes les com-
munes annexées se sont décuplées. Chose
singulière : ici, l'abaissement de popula-
tion est en raison directe de la prospérité
générale, car elle est due à l'extension toujours plus grande que l'En-
trepôt et la Compagnie de Lyon ont prise depuis quarante ans. Si, par
impossible, les grandes entreprises n'avaient pas eu le développement
qu'elles ont atteint, et qui est loin d'être définitif, la propriété bàlie
s'y serait multipliée dans les proportions normales alors qu'au conli aire
elle est de plus en plus absorbée.
L'Entrepôt. — C'est au commencement du siècle qu'un groupe de
négoiiaiils l'ii vins et spiritueux créa, plusieurs années avant l'établis-
sement de la Halle aux Vins du quai Saint-Bernard, un entrepôt hors
des barrières de la Hàpée et de Bercy, afin de soustraire leurs mar-
chandises non encore vendues aux taxes d'octroi. Tout de suite l'idée
fructifia. Dans le savant travail qu'il a écrit surla seigneurie de Bercy
{Mémoires de la Sociclé de l'Histoire de Paris, t. VIII), M. de Boislisie
nous apprend même qu'en 1809 on avait songé à acheter le parc de
M. de ^'icolaï, et
que l'Empereur
s'intéressait à
cette affaire. Si
les pourparlers
avaient réussi, la
Halle aux Vins
n'eût, sans
doute, jamais
existé. La créa-
tion des voies
ferrées de Lyon
et d'Orléans
ilouna naturel-
lement à Bercy
une recrudes-
cence considé-
rable de transit;
c'est alors,
comme n
l'avons vu,
commeni;;!
niorcel leiii
iij: ],A ULK DK CHAR ON N l:
dudiiniailie, par-
celles par par-
celles, jusqu'à sa
dispaiiliuii ciiiu-
plèle. Uuaud fut
pmmulgui'e la
loi d'annexion,
LA MA^^UFACTURE DES TABACS DE REUILLY.
le IC juillet I8o9, l'Entrepôt se trouvait incorporé dans les limites de
l'octroi et les négociants se virent ruinés. La Ville prorogea pour dix
ans leur privilège. Ce régime provisoire est devenu délïuitif. Le terri-
toire de l'Entrepôt est considéré comme en dehors de Paris, dont il
est isolé par un réseau continu de grilles dont les employés d'octroi
gardent les issues. Les pavillons, les caves, toute la distributioa ac-
tuelle, en un mot, ne date que de 1880 et est l'œuvre de la Ville de
Paris qui s'y détermina après la terrible inondation de 187.i) durant
laquelle Bercy eut une déplorable ressemblance avec Venise. Les
travaux coûtèrent vingt-cinq millions. On peut évaluera deux millions
la recette fournie annuellement à l'octroi par l'Entrepôt.
Les autres curiosités du quarii''r sont de bien moindre intérêt.
L'église Notre-Dame-de-la-Nativité date de 1874. M. Ilénard, qui
a aussi construit la mairie, en tut farchilecle. Elle remplaçait un
édifice élevé sur
le même empla-
cement, en 1824,
et détruit pen-
dant la guerre
civile de 1871 —
succédant lui-
même à une cha-
pelle sise rue de
Bercy, près celle
de JNicolaï, dé-
diée à Noire -
Dame de Bon-
Secours, con-
slruite en 16o4
et qui fut la pre-
mière paroisse
de la commune
de Beriy, eu
17'.)0.--Laueieu
cimetière ii<'
reçoit plus (Ir-
puis loiigleuips
que les conces-
sions perpétuel-
les; il est situé
au bout de la
rue de Charen-
lon, tout près
de la barrière.
que
le
eut
MAGASINS n;
132
PARIS -ATLAS
A cnlr. s"rl(vc la Manufacture des ta-
bacs dilo (le UeuiUy. Topogr;ip)iiquemiMil,
ces fleux établissements appartiennent au
quartier do Picpus.
A l'extrémité opposée, la rue de Rambouil-
let h\t la limite des quartiers de Bercy et
des Quinze-Vingts. Elle tient son nom d'un
linancier du xvii'= siècle, Nicolas de Ram-
liouillet, dont la «Folie » était renommée
pour la beauté de ses arbres fruitiers.
Située dans la petite rue de Reuilly, qui,
en 1864, a pris le nom du célèbre facteur de
]iianos Erard, on l'appelait aussi, dit Jaillot,
maison des Quatre-Pavillons. Les ambassa-
(leuis des États non catholiques s'y ren-
daient le jour de leur entrée. Nous avons
dit plus haut que les amliassadeurs catho-
liipics élaii'nl reçus au couvent de Picpus.
Quartier des Quinze-'Vingts. — C'est
b' plus rapproilié du vieux Paris, consé-
■ [uemmenl le plus riclie en souvenirs et en
uionumenls.
L'hôpital Saint-Antoine a succédé, en
vertu duu di-irct de la Convention du
28 nivôse an III (17 janvier 179ji, à l'an-
tique abbaye de femmes, fondée à la fin du xu" siècle. Dans leur état
actuel, les bâtiments les plus anciens ne datent que de 1767, époque
à laquelle M™' de Beauveau-Craon, abbesse, en confia la reconstruc-
tion à Lenoir, dit le Romain ; mais ils sont noyés en quelque sorte
au milieu des pavillons créés de notre temps, et qui en Innl le plus
i;rand hôpital de Paris après Tenon (XX'= arrondissement.
Les rues Crozatler et de Chaligny rappellent la mémoire di.' fondeurs
|iarisiens des siècles passés.
Dans la rue de Charenton (longue de 3,1B0 mètres), voici d'almrd l'an-
cien hôpital Sainte-Eugénie, hôpital Trousseau depuis 1880, di'stiiié
aux enfants malades. Il avait é'Ii'' fiuidr' par b' bureau de rHô[)ital
général, en 1674, pour recueillir les enfants trouvés. Signalons, au
n° 87 bis, une fontaine publique construite en 1846. Elle offre les
plus grandes analogies avec celle du n" 4-5 de la rue de la Roquette,
p récédeminen t
(licriti- i p. 121 >
.Nipii loin de là, de
l'autre côté de 'la
rui', s'ouvre la fa-
c Mib' (b's Quinze-
'Vingts, llnS]lilc
iiatinnal d'aveu-
gles. Nous n'ap-
prendrons à per-
snnne (|Ue cette
fonda lion l'e
luim te à sai n t
l.nuis. En 1260,
b' pieux roi acheta
un liTL'aiii lici--
i\'- la pnile Saiiil-
If.UMr.- el y lil
cnnsiruire un li
pilai pour le'liei-
ger trois i-i'nl>
aveugles <■ de la
cité de Pai'is •■.
L'institution Ira-
^(•rsa les siècles,
l'eu avant la lié-
Vnluli ellea\ail
p iiir adiiiiNJ^Iia
h-in- b' i^rim •■-eai -
dinal dr itnh.il,.
Il' scandalen.v le'-
lus de l'aviMilinr
du collier de 11
leini'. Les iiniiien-
ses besoins d'ai
gent (lu'exigeaieni
SCS passions lui
suggérèrent uni'
idée bien digne île
LA COI.ONM i.i: II ii.i,i;r son caracleie. Les
I/l;f;i.ISE DE BERCY
bâtiments et jardins deriiôpilal des Quinze-
Vingts s'étaient accrus depuis le xui" siècle;
ils occupaient un vaste espace compris entre
la rue de l'Échelle, la rue de Rivoli, la place
du Théâtre-Français. C'est dire quelle va-
leur ils avaient acquise. Le cardinal jeta
les yeux sur une ancienne caserne de mous-
quetaires noirs bâtie en 1699, déserte de-
puis 1775. Il racheta, en 1780, au prix de
430 000 livres et y transféra ses aveugles
ijui n'en pouvaient mais, sous prétexte de
leur procurer un air plus salubre. C'est la
maison actuelle de la rue de Charenton. La
vente des terrains de la rue Saint-Honoré
lui procura six millions, au moins.
.Nous venons de croiser le boulevard Dide-
rot. Il ne porte que depuis 1879 le nom du
grand philosophe; auparavant, c'était, le
boulevard Mazas. La prison de Mazas ne
changea pas de vocable par ce fait; il eut
été piquant de voir Diderot parrain d'une
maison cellulaire. Mazas lui-même n'en
aurait pas été plus satisfait : colonel du
premier Empire, tué à Austcriitz, il n'avait
rien à voir avec les geôles. La fatalité voulut
ijue l'intention louable d'honorer sa mémoire tournât à son préjuiliie ;
la place Mazas donna son nom au boulevard, puis à la prison. En
vain les descendants du colonel protestèrent-ils vi'le'iio'nlenient ; ils
(ditinrent que l'administration inscrivît au fronton de la faeaile :
Maison d'arri:!' cellulaire; le langage courant ne la désigna jamais
que sous le nom de Mazas, pendant un demi-siècle. Quarante-huit ans,
exactement, car évacuée, fermée, démolie dans le courant de l'année
1898, elle avait reçu son premier envoi de détenus (841, provenant di'
la Force), dans la nuit du 19 au 20 mai ISoO. C'était la première pri-
son parisienne consirnile pour le régime cellulaire; on protesta,
d'abord, puis on en leeonnul les avantages. Les protestations oureul
|iour ell'et, cependant, de n'y envoyer en détention que des prévenus.
Les élégantes prisons de Fresnes les hébergent aujourd'hui. Sur les
ruines de Mazas, avant que ne s'y bâtissent des maisons, un Comité
du quartier organisa, du 26 février au 12 mars 1899, une fi'ie ]iopiilaii'e
qui eut beaucoup de succès. Les journaux n'ont pas dit si l'on y avait
remarqué d'anciens hôtes de la maison, buvant el dansant...
A côté, la gare de Lyon montre les iiiai;nilieences à peine ache-
vées de sa façade et de son hall nnninnieniaux. Déjà, on ne se rap-
|ielle plus l'ancienne, qui datait de l'origine et n'i'lail que nn'diocre-
nient d'équerre avec la rue de Lyon : seul, le porche, suiinonlé d'une
grosse horloge, formait la perspective, mais le hall se pri'sentait (ddi-
quement d'une façon fâcheuse pour l'œil, liappelons soniniairemeni
que la ligne dut d'abord, en 1842, êlre exploih'-e pai- l'I'tal. qu'une loi
(lu 16 juillet 1845 la concéda à une Compagnie piivi'e, qu'elle lil i-elonr
à l'Elat en 1848 et (jne l'exploitation commenea enlie l'aiis et 'l'on-
nen-e le 12aoùl I8'i9. Le lO.jnillet ISo'j, la li-ne élail prolongée jus-
i|u'à l'enln'e ib' Lyon. lOnlie temps, pai' IrailT' du !•' niai-s 18j2, l'Etat
VUIC DK I.IIOIMI'AI. TnOU.s.'>i;AU.
DOUZIKME AliRONDlSSEMENT
133
s'était dessaisi entre les mains d'une nouvelle Compagnie. Mais dans
la traversée de Paris, sans même parler de la gare, quelle difîi'-renee,
i|iifls accroissements en moins de ciMf|uanle uns! Au li(m du double
ruban argenté de jadis, c'est un faisceau de voies <]iii s'encbevètrent,
s'enlre-croisent, contournent les bAtiments des gares de Itambouillet
cl de Nicoiaï. Les trains descendants passent à 300 mètres do ceux qui
montent et jusqu'à Villenouve-Saint-Georges, les lignes sont distinctes
dans chaque sens pour les express et les omnibus.
La rnede Lyon, ouverte en 18'i7, élargie en ISoO, longue de 700 métrés,
est la relation directe entre la gare
et l;i place de la Bastille.
Nous voici enfin arrivés sur cette
place fameuse, trait d'union entre
le vieux et le nouveau Paris,
comme elle le fut, le! 'i juillet 1789,
entre le vieux et le nouveau ré-
gime, la place la i)lus populaire
et la plus populeuse de la vilb'.
la place qui, sans avoir été téiiioii]
d'autant de révolutions que cell'-
lie l'Ilôtel-de-Villo, n'en a eu bi-
soin que d'une pour être à jamais-
célèbre. Il est vrai que c'était Ui
Révolution.
Un n'attend pas de nous ici une
histoire, même succinte, de la
Bastille. Quelques traits précis
sufliront à remémorer des fails
déjà bien connus, et à en signaliT
d'autres sur lesquels de récentes
recherches ont fixé dérinitivemenl
l'historien.
Le mot de bastille est sans doute
deux parties de dimensions inégales, la forteresse resta dès lors, jus-
qu'en 1789, ce qu'elle était : un carré long flanqué de huit tours, se
piolongeant par un bastion en forme d'éperon vers le faubourg, el, du
ciUé de la Seine, par un large et profond fossé.
Deux tours regardaient l'Ouest, c'est-à-dire la rue Saint-Anloine ; la
tour de la Liberté et celle de la Berlaudière. .M. Frantz Funck-Brenlano,
à qui l'on doit tant de découvertes intéressantes sur les légenda et
archive! de la liattille — le faux et le vrai — a établi que la lour de la
Liberté avait été afTeciée à la ,.--<„U-i,'.. ,].■< ,.,\^. .,.,....,. ,..,,i--r.,.i H,,
ASPECT DES QUAIS DE BERCY'.
de la même famille que les expressions bastion ou bastide, employées
au moyen âge, signifiant ouvrage de défense militaire. A l'origine, la
iSaslille fut, en effet, sous le nom de porte ou bastide Saint-Antoine,
un élément de la fortification parisienne élevée en halo de 1336 à 1338
[lendant la jirévôté d'Élienne Marcel, et que Charles V transforma de
iaçiin plus résistante, quand il fut lui-même solidement assis sur
son tri'me. La première pierre du monument définitif fut posée, le
22avril 1370, par le prévôt de Paris, Hugues Aubriot. Il est prouvé qu'il
servit d'abord de porte de ville; on le traversait donc, de part en part,
pour passer de la rue dans le faubourg Saint-Antoine. Dès la première
moitié du xv" siècle, cette disposition fut changée; les passages cor-
resiiondant à ces deux voies furent murés ; la porte devint château
fort et l'on n'y pénétra plus, après avoir franchi un pont donnant et
deux ponts- levis, qu'en le contournant du coté du sud. L'entrée se
trouva alors enire les deux tours qui regardaient la Seine. En consé-
quence, l'accès de la ville dans la campagne fut reportée vers le nord
(côté du boulevard Hiihard-Lenoir); une porte pratiquée à cet endroit
dans la muraille prit naturellement le nom de porte Saint-Antoine ;
le château s'appela dès lors tout simplement la Bastille.
A l'exception d'un bàlimiMit transversal (de l'Ouest à l'Est) construit
au xvii" siècle, réédilié en 17G1, et ([ui divisa la cour intérieure en
L'ENTREPOT DE BERCY.
droit de se promener librement dans la forteresse. Le
nom de la Berlaudière vient certainement d'un Berlaut
quelconque.
Du côté du Nord étaient les tour du Coin et du Puits,
dénomination qui s'expliquent d'elles-mêmes.
.\ l'Est, faisant face au faubourg, les toui-s de la Cha-
pelle el du Trésor.
.\u Sud, enfin, les tours de la Comté et de la Bnzi-
nière, entre lesquelles était pratiquée l'entrée du châ-
teau. \is-à-vis, était l'hôtel du gouverneur, séparé de
la forteresse par un ponl-levis ; son emplacement
correspond assez exactement au terre-plein deranl
lequel évoluent maintenant les tramways de Montpar-
nasse et de Charenton.
La Bastille est restée debout un peu plus de quatre siècles. Il fau-
drait bien mal connaître l'évolution historique pour croire que le
légime des détenus y fut le même durant celte longue période. En
réalité, il varia avec l'humeur des rois ou de leurs premiers ministres,
et aussi avec les événements qui fournirent à la prison des prison-
niers plus ou moins dignes d'elle. Car, ce qu'il faut remarquer, c'est
qu'elle fut toujours, pendant ces quatre cenis ans. ;in>on <f^<(J^ Autant
le régime fut rigoureux sous Louis XI et durant une partie du règne
de Louis .\IV, .-lulanl il s'était adouci vers la tin, au point qu'un séjour
à la Bastille pouvait, aux yeux de bien des gens, passer pour une
villégiature. On y apportait sa garde-robe, on y trouvait une bibliothèque
bien garnie, on avait le droit — limité, il est vrai, à deux heures —
de se promener, soit dans la cour, soit sur le bastion. Le service de
la table, fixé par un règlement de 17o0, était aussi des plus paternels.
Voici le tableau pour chaque jour de la semaine, du princii>al plat quo-
tidien :
Dinianclio. — Le malin : Pelil pâté. I-e soir : Langue de Iki'uf on ngoùt ou
foie de vo.iu pliiué on larde.
Lundi. — Le matin : Collet de mouton. Le soir : Ragoût de veau ou de mouton.
Mardi. — Lo malin : Pelil salé. Le soir : HagoiU de mouton ou de veau.
134
PARIS -ATLAS
^[e^Cl•e(li. — Le malin : Tourte. Le soir : Bœuf à la nioJe.
Jeudi. — Le malin : Cullet de veau ou de mouton. Le soir : Poulet, volaille,
gibier, pigeon ou ragoût.
Vendredi. — Le matin: Maigre ordinairement. Le soir: Maigre ordinairement.
Samedi. — Le malin : Quand on fait gras, des saucisses. Le soir : Ragoût de
veau ou de mouton.
Si la liberté n'était pas ce qui paraît être le plus cher aux hommes, la
Bastille, dans ces condi-
tions,eût été un hôtel fort
agréable; mais lorsqu'on
en avait franchi le dernier
pont-levis, on ignorait ab-
solument la durée du sé-
jour, et il faut convenir
qu'une pareille incertitude
est fort désagréable.
Le mystère y était aussi
de règle. On n'est pas forcé
de croire Linguet lorsqu'il
déclare que le gouverneur
avait, sur sa parole d'hon-
neur, nié, devant plusieurs
de ses amis, qu'il l'eût
pour prisonnier. Mais
comment expliquer qu'à
la mère d'un détenu s'in-
formant auprès du lieute-
nant de police où était son
fils, il ait été répondu par
le silence, ainsi que l'at-
teste la note du magistrat :
« Se garder de dire même
si ce prisonnier existe ou
non. »
M. Frantz Funck-Bren-
tano a fait justice de La-
tude ; il a démontré que
■< ses trente-cinq ans de
captivité » étaient pure-
ment volontaires; que Latude, qui, d'ailleurs, se nommait Danry, était,
comme on dit aujourd'hui, un simple fumiste, indigne d'intérêt. Il a
établi aussi, et d'une façon presque irréfutable, que le fameux homme
au masque de fer é{a\l h\tn réellement Mattioli, l'ambassadeur du duc
de Mantoue, perfide à la fois à son maître et à Louis XIV qui l'avait
accrédité. Ainsi se trouvent éclaircis les deux plus grands mystères de
l'histoire de la Bastille; le reste est, en comparaison, assez banal.
Au matin du 14 juillet 1789, la Bastille gardait sept prisonniers ; le
seul sérieux — si on peut ainsi parlrr — était un nommé Tavernier,
complice de Damiens ou prétendu tel, détenu conséquemment depuis
trente ans; un fou, le comte de Mallevillc; un érotomane, M. de Solages,
et quatre faussaires. Peut-on bonnement imaginer que le peuple assié-
gea le chdteau pour délivrer ces sept individus dont l'existence était
certainement ignorée? On croit plut/il qu'il vo\ilut, en s'cmparant de
la Bastille, détruire le symbole du despotisme?
Il faut pourtant que l'on sache que depuis cinq ou six ans au moins
la démolition de la Bastille était projetée par le gouvernement lui-
LE PANORAMA DE LA BASTILLE.
^K^Bê^^Bï^^ f i^^^^mI^a^ ^^d[^HB flBi"''1^H^H
1
i^^iA ^WiSSm^E^JI&jààPH^I
''..al
ne
AsiMJCi iJi: i..v rL.vci: i/ai.ii;iuc.
même et qu'en 1784 un architecte officiel avait fait graver le plan
d'une place à construire sur son emplacement, avec la statue de
Louis XVI au milieu. Nous avons de fermes raisons de croire, que
le sentiment qui anima surtout les assaillants fut de se procurer
des armes, après avoir pris, la veille, toutes celles qui étaient conser-
vées aux Invalides — et ils se figuraient, bien à tort, que la Bastille en
renfermait un grand nombre. Les idées généreuses étaient dans l'air,
les mots de liberté, d'af-
ranchissement, de droits
de l'homme volaient sur
toutes les lèvres; il faut
tenir compte aussi de l'o-
deur de la poudre, de l'a-
mour fiévreux que les
Parisiens ont toujours eu
pour les barricades, les
escalades, la guerre des
rues. Ce n'est que plus
tard qu'on a synthétisé par
la capitulation, puis la dé-
molition de la Bastille, les
débuts de notre glorieuse
Révolution.
On voudrait que cette
première journée eût été
pacifique; malheureuse-
ment il n'en est rien. Des
relatiims qui ne sont pas
pessimistes évaluent à
une centaine de morts, à
60 blessés, à 19 veuves, à
o orphelins ce que coûta,
du côté du peuple, cette
première victoire de la
liberté. Sept officiers de
la Bastille, encore qu'on
leur eût promis la vie
sauve , furent massacrés
pendant qu'on les condui-
sait à l'Hôtel de Ville. La mort du gouverneur, Delauney, fut un véri-
table martyre, car elle fut précédée de mille blessures. On sait que sa
tète et celle de ses compagnons de supplice furent ensuite victorieu-
sement promenées dans la ville au haut de piques : un vent de férocité
avait soufflé sur le peuple.
Dès le 16 juillet, la démolition de la forteresse, aux frais de la
nation, fut déridée. Un bel enthousiasme y employa aussitôt tous les
bras. Une estampe d'alors représente les nobles, les bourgeois, armés
do pioches et confondus dans cette tâche avec les ouvriers. Ce zèle se
ralentit assez vite, car trois ans après, le 10 juin 1792, l'Assemblée
législative ^'étonnait que les tours no fussent pas encore rasées.
L'entrepreneur chargé officiellement de la démolition, Palloy, intri-
gant cl illettré, se ménagea un beau succès en débitant les pierres de
sa Bastille cninme des reliques et en les envoyant pompeusement;! toutes
les nmuicipalités, ce qui ne l'empêcha pas d'être incarcéré, peu avant
le 9 thermidor, comme dilapidateur du trésor public, et d'avoir ensuite
jusqu'à sa mort, en 1833, sollicité de l'Empire, de la Restauration et
du gouvernement de Louis-Philippe un secours
pécuniaire pour lequel il avait linéique peine à
iairc valoir ses titres.
Avant môme que la forteresse eût disparu, on
s'était préoccupé d'élever quelque chose à sa
place et les projets de monuments alh'goriciues
(■u autres avaient surgi en grand munhro. Ils
aboutirent, en 1802, à la créalion d'une place
circulaire qui devait être ornée d'une fontaine
monumentale dont le motif principal serait un
énorme éléphant. La construction s'en jiour-
suivit lentement; l(> modèle en ]>l.llre de l'élé-
phant a fait pendant toute la première moitié
du siècle la joie des badauds, car rien n'était
plus ridicule, paraît-il.
Après les journées do juillet 1830, il futdécidé
qu'un monument serait élevé à la mémoire de
eeux qui y avaient trouvé la mort. C'est la
colonne de Juillet, œuvre d'Alavoine et <le
Dui-, surrnnnli'e du fameux génie do la Liberté,
dr lluninnt. La colnnne est haul(! d(! !J0 nièties;
les MiiMisde ceux (|ui moururent pour la liherté,
au nombre de iJ04, y sont gravés. Le piédestal
DOUZIEME ARRONDISSEMENT
13'
porte, en outre, l'in-
scription suivante :
A LA GLOIRE
DKS
CITOYENS FRANÇAIS
QUI
s'armèrent
ET
COMBATTIRENT
POL-R LA DÉFENSE
DES LIBERTÉS PUBLIQUES
DANS LES
MÉMORABLES JOURNÉES
DES
27, 2f , 29 JUILLET 1830.
On a remarqué et,
avec raison, resiretté
que la coiiuiRMiKira-
tion de la jouriK'r du
1 i juillet n'intorvinl,
à aucun degré, dans
un monument élevé
à la gloire de la li-
berté. Le hasard a
récemment permis de
réparer cet oubli, et
de la façon la plus
inattendue. Dans le
courant de janvier
1899, les travaux du
chemin de fer mé-
tropolitain ont mis
au jour les fonda-
tions d'une des tours
de la Bastille, celle de la Liberté. On a eu le bon goût de respecter ce
vénérable fragment et de le réédifier non loin, sur le terre-plein du
quai des Célestins, à l'extrémité du pont Sully. C'est ainsi qu'à cent
dix ans de distance, la troisième République restaure le souvenir d'un
monument dont la suppression était universellement réclamée, mais
dont la destruction fut, pour l'histoire et l'archéologie parisiennes, une
perte éminemment regrettable.
Il est toujours loisible de faire des hypothèses. Que l'on se figure la
vieille forteresse — vieille maintenant de cinq siècles et demi —
restée debout, ayant résisté aux injures du temps — cela lui était
facile — et, chose moins aisée, à tous les projets de voies nouvelles,
de nivellements, de prétendus embellissements de Paris. Qui donc
aujourd'hui songerait à protester? Qui oserait réclamer sa démolition?
On lui aurait rendu la destination qu'elle avait jadis partiellement,
celle d'un musée d'armes anciennes, ou on en aurait fait un dépôt
d'archives; on l'eût encadrée d'un square; les fossés, les ponts-Ievis
et dormants
auraient été mis
à profit pour
des effets singu-
lièrement pitto-
resques; ce se-
rait un des plus
curieux monu-
ments de la ville,
quelque chose
comme la fa-
meuse Tour de
Londres, et une
inscription au-
rait rappelé aux
passants que le
l>euple de Paris
avait voulu con-
Mrver, au nom
de l'art, rédillce
reconquis par
lui au nom de la
liberté.
Le chemin
de fer métro-
politain de Pa-
I is a une station
sur la place de
la Bastille. Elle
nosi'icE UEs vuiNZE-vi.NGis. appartient à la
LES VOIES FERRÉES DE LA LIGNE DE LYO.N, A BERCY.
première ligne du réseau, inaugurée dans le courant de l'été de 1900,
et même à la première section ouverte à l'exploitation. C'est ici le lieu
de dire quelques mots de ce mode de transport si nouveau pour les
Parisiens et qui doit leur être si utile. Nous ne rappellerons pas les
nombreux projets présentés depuis une vingtaine d'années, ceux des
grandes Compagnies, ceux des inventeurs en chambre, hélas! évincés,
déçus après tant de labeurs et d'espérances. Tous se heurtèrent à l'iné-
branlable volonté du Conseil municipal de créer un métropolitain
municipal, dont les voies ne pussent pas se raccorder avec celles des
lignes de chemins de fer existantes.
C'est en 1898 que les pouvoirs publics ratifièrent les délibéralions
prises à l'Hôtel de Ville et autorisèrent la Ville à contracter un em-
prunt de 163 millions. La construction de six lignes fut décidée et
aussitôt entreprise. Celle qui nous occupe va de la porte de Vincennes
à la porte Maillot, avec embranchements à l'arc de l'Étoile vers le Troca-
déro, d'une part, vers la porte Dauphine (avenue du Bois-de-Boulogne\
d'autre part. Elle est entièrement souterraine, mais on peut en sui^Te
le tracé sur nos plans des Xll", 1V'=, I"', VIII= et XVI= arrondissements,
qu'elle traverse, et y voir les noms des stations desservies.
Dans le XII° arrondissement, sur la place même de la Bastille, son
passage a rendu nécessaire la couverture d'une partie de la « gare de
LÉCLUSE DL' CA.NAL S AI.N T-M ARIl.N AU PO.M MORLAND.
136
PARIS- ATLAS
LE VIADUC DU CHEMIN DE FER DE VINCENNES.
l'Arsenal ». La ligne suit la rue de Lyon jusqu'au boulevarel Diderot,
passe sous la place de la Nation et atteint son terminus par le cours de
Vincennes. Elle a des stations intermédiaires à la gare de Lyon, à
l'intersection de la rue
de Reuilly et à la place
de la Nation.
Les cinq autres lignes
(i.\ées par la délibéra-
tion du Conseil muni-
cipal sont les sui-
vantes :
1" Ligne circulaire
par les anciens boule-
vards de ronde, dits exté-
rieurs ;
2° Ligne de l'avenue de
Villiers au boulevard de
Ménilraontanl jiarlagare
Saint-Lazare, l'Opéra, la
Bourse, la rue Héaumur
et l'avenue de la Répu-
blique ;
3» Ligne de la porte
de Clignancourt à la
porte d'Orléans, par les
gares du Nord et de
l'Est, les boulevards de
Strasbourg et de Sé-
bastopol, les Halles, la
Monnaie (après avoir
traversé la Seine en
souterrain), la place
Saint-Sulpice, la gare
Montparnasse et la place
iJenrerl-Hocliereau;
4° Ligne du boulevard de Strasbourg au pont d'Austi'rlilz ;
5° Ligne du cours de Vincennes à la place d'Italie, par le pont dr
Dercy.
Deux délibérations annexes ajoutèrent à ce réseau un<' ligne- du
de Belforl-
vice des tr
avec une
I.A OAKli DU CHEMIN H
Palais-Royal à la place du Danube, et une autre ligne
reliant l'Opéra à Auteuil, en franchissant deux fois la
Seine souterrainement, à hauteur des ponts de Crénelle
et de la Concorde.
Le chemin de fer électrique de l'Exposition de 1900
a donné aux Parisiens, toutes proportions gardées, un
avant-goiit de leur Métropolitain : vitesse commerciale
de 16 ou 17 kilomètres à l'heure (y compris la durée
des arrêts), modicité du prix des places, confortable
des voitures. Que nous voilà loin du temps où Paris
s'enorgueillissait de ses carrosses à cinq sols qui, pour
la première fois le 18 mars 1662, tirent majestueuse-
ment le trajet entre la Bastille et le Luxembourg!
Le chemin de fer de 'Vincennes fut inauguré le
22 septembre 1839. On admira beaucoup alors son
(' embarcadère » et le viaduc, long d'un kilomètre,
cjui domine l'avenue Daumesnil. Nous sommes blasés
maintenant sur ce genre de merveilles, mais il n'en
faut pas moins reconnaître les services immenses que
cette ligne rend à la population de Paris et de la
banlieue de l'Est.
Construite d'abord entre Paris et La Varenne-Saint-
Maur, elle allait être prolongée au delà de la Marne
quand survint la guerre de 1870, et ce n'est qu'en t87o
([u'elle atteignit Jlrie-Comte-Hobert. Aujourd'hui elle
va jusqu'à Verneuil-l'Élang se souder à la grande ligne
Mulhouse, avec un parcours total de 54 kilomètres. Le ser-
;iins, surtout entre Paris et Joinville-le-Pont, y est organisé
fréquence que l'on souhaiterait voir appliquer à certaines
du nos lignes d'omnibus.
Rien n'est plus amu-
sant que d'assister, un
dimanche d'été, le ma-
lin, au départ; le soir,
au retour de l'un de ces
trains. Tant d'attraits
favorisent de ce côté
l'exode parisien : Vin-
cennes et son bois, le
canotage, la pêche à la
ligne, voire même la
pleine eau à Nogent, à
Joinville, à Champigny,
à La Varenne et Cheii-
lu'vières. Et plus loin,
pour ceux qui fuient lis
gaietés un |)eu bruyantes
de la banlieue trop voi-
sine de Paris, c'est
Buissy-Saint-Légcr et les
liiiis charmants qui l'en-
tourent. Les vingt-quai re
voilures de chaque train
siinl prisi'S d'assaut, par-
liiit com|ih'lcs, revien
n.iit bondées. Celle
Inulc, l'est en grandi'
partie le laborieux fau-
iHiuig Sainl-.Vntdine ipii
1,1 eiini|Mise; la ligne dr
Vincemies.c'esl sa ligm
le la Bastille à la porte Durée, du pont de Bercy à la rue île
, il n'est pas une maison, croyez-le, <u'i l'on ne se demande,
nie la sem.-iiiie, pnur quelle sl.iliiin de celle ligne si chère
iiqili'1,1 \r (lliii,iiii'he Mlivaijl,
1
V
à 1
EU
ni.
DE
■t.
M.
nir
'Uil
An
,111
lo
un
>'r
ni..
VINCENNES.
PARIS DOUZIÈME ARRONDISSEMENT
PARIS -AT LAS
•^'
VUE GKNÉRAI-E DE LA S AL l'ÈTRIÈRE.
Xlll! arrei^c^issen^ei^^t
'i^
-^=ï<
LES GOBELINS. — 49-' ouartilr : la SALPÉTRIÈRE. — 30" QiARTinR : LA GARE.
SI" QUARTIER : LA MAISON-BLANCHE. — 32» quartier : CROULEBARBE.
E XIII'' arrondissement est sous le vocalile des
GocELiNs; le plus pittoresque de Paris par ce ciue
sa physionomie a de personnel, d'introuvable
ailleurs que là, celui aussi qui a le triste privi-
li'-iie d'être le plus pauvre — non — le moins
riche de la ville. Hiehe d'argent, car, pour l'éten-
due, avec ses 62a hectares, il ne se laisse battre
que par les XV' et XVI» arrondissements. Sa
population n'est que <le 115,000 hahilanls, ci'
nciiie heaui-oup
à bâtir par là. Ou s'y emploie,
qui dalaieul d'avaul l'ainiexion,
qui prouve qu'il y a rncnii'
du reste. Nombre tb' vii'iib
ont fait place à des maisons bàlies à cinq élagi'S avec le cioilnrl
qu'exige le progrès. .Aussi de jnui' rn jour pcid-il sou suiiniiu [n'iiililc
de fmibimrg .iiiu/fraiil , qui n'cbiit que Irop vrai il y a (luclcpie (|ua-
rant(! ans. Toute grande ville doit avoir des ([uailiers painics : le
but à alteindre. c'est d'i'U diminuer autant que possible l'as|iect sor-
dide; notre démocratique miniicipalib' a l'ait largement son devoir
à cet égard et elle coiiliuue à ne pas s'en désintéresser. Il n'en était
pas ainsi en 1839 : un fait caractérislique et (leu connu le prouve.
Lorsque l'édililé se préoccupa de [iréparer la loi d'annexion et de
poriiu- à vingt les douze arrondissements existants, elle donna à ces
arrondissements une numérotation, assez mal justifiée, d'ailleurs.
Celui des C.obelins portait le n» 20 et Passy le n" 13. Ce furent de
beaux cris à Passy; ce cbilTre l^î horripilait, épouvantait b's proprié-
■ .\ T I. .
taires de la région; il les empêcherait de vendre leui-s terrains, de
louer leurs immeubles. Des pétitions furent itl-digées, et l'adminis-
tration s'inclina devant des superstitions d'un autre âge. C'est ainsi que
l'ut doté du terrible chiffre 13 notre faubourg souffrant, qui n'eut sans
doute pas la sottise de protester, ayant bien d'autres soucis en têt,-.
Trois éléments sont entrés dans sa constitution: 1" l'anlique fau-
bourg Saint-Marceau, au pied de la montagne Sainte-lleneviève, com-
prenant les Cobolins et la Salpètrière, ancien XII* arrondissement ;
2° les (eirains distraitsdi' la commune d'Ivry. entre le boulevard de la
(iare et les fortilicalious ; 3° les terrains distraits <le la commune de
(ienlilly, entre le boulevard d'Italie et les fortifications.
Ses liiiiiPs sont formées par le milieu du cours de la Seine, du pont
National au pont d".\usterlitz, ipii le sépare du Xll" arrondissement.
l'eiueinte lortiliée, l'axe des rues de l'Amiral-Mouchez et de la Siinlê,
(|ui le sé|)are du XIV arrondissement, l'axe des boulevards de Port-
lloyal, Saint-Marcel et de l'ilêpital. qui le sépare du V«.
Le quartier de la Salpètrière est placé sous les auspices de la
maison si utile, mais si lugubre que l'ailminislration nomme oflicielle-
uunt hospice de la vieillesse (femmes). Cet établissement doit
son luuu à uui> talniqiie de salpêtre qui y existait au xvi* siècle, et sou
origine à ce grand uuuneinent d'lios|iitallsation des malades, des pau-
vres et des mendiants que Henri IV avait conçu génêreTisement.que sPs
successeurs réglementèrent avec rigueur. L'n édit de llioô désigna
.l'abord Iti Pitié pour recevoir les mendiants, mais peu après on lui
13
138
PARIS -ATLAS
préféra remplacement de la Salpètrière et le château de
Bicètre, qui furent tous deux affectés à ce que l'édit appelait
l'Hôpital général des pauvres. La Salpètrière fut réservée aux
femmes. Aussitôt, d'importantes constructions s'y élevèrent
sous la conduite de l'architecte Lihéral Bruant ; elles sont
encore debout, ainsi que la chapelle, dont le dôme attire
l'attention des voyageurs qui entrent à Paris par la ligne
d'Orléans — chapelle circulaire elle-même, d'une disposition
assez ingénieuse.
Au xviii" siècle, la Salpètrière avait perdu son caractère
d'asile ouvert aux femmes pauvres; on y recevait bien encore
les malheureuses inPirmes ou folies, mais c'était surtout
un lieu de correction, une véritable prison
pour les filles du peuple coupables d'un
délit, pour toutes les femmes qui méri-
tant la détention n'avaient pas le moycTi
de la subir dans les couvents placés à cet
effet sous la surveillance du lieutenant de
police.
Aujourd'hui, les 4,410 lits de la maison
sont réservés à des femmes septuagénaires,
indigentes ou aliénées — et aussi aux in-
fortunées de tout âge qui souffrent de celle
maladie bi/.arre et terrible qu'on nomme
l'hystérie. A en décrire merveilleusement
les manifestations, à la combattre et sou-
vent à la vaincre, le D' Charcot avait acquis
une renommée universelle. Son enseigne-
ment de la Salpètrière était suivi par les
savants du monde entier. On ne s'étonnera
donc pas de trouver devant la façade de
l'hospice sa statue, œuvre de Falguière.
Elle y a été inaugurée le 4 décembre 1898
avec la solennité que justifiait une si illustre
mémoire. Plus en avant, sur le terre-plein,
est la statue, sculptée par Ludovic Durand,
de Pinel, le fondateur de la médecine alié-
niste. Signalons enfin, dans l'amphithéâtre de Charcot, la présence
d'un bas-relief, ciselé par M"" Élisa Bloch, en l'honneur des frères
Lionnet, les deux artistes qui avec tant de dévouement prêtaient leur
concours aux concerts organisés pour distraire les pensionnaires de
Ihôpilal.
La gare d'Orléans vient de perdre et de faire perdre au quartier
une bonne part de son importance. Dépossédée par sa fastueuse rivale
du quai d'Orsay du privilège d'être le point de départ de ce grand ré-
seau, elle tombe au rang de gare secondaire, encore que plusieurs
services de l'exploitation y aient été maintenus.
L'édifice que nous avons sous les yeux est de profiortions grandio-
ses; il a été construit en 1867 par l'architecle Urnaull,pour rem]]|,irir
un embarcadère bien plus modeste, datant de la création de la ligne.
<',i-tte création date du mois de septembre 18'i0. On ignore générale-
ment que ce fut d'abord la ligne de Paris à Corbeil ; au mois de mai 1843,
lut ouverte la section de .luvisy à Orléans, mais la Compagnie continua
STATUE DE PHILIPPE PINEL
I.A GAlilO l)(il; l.l-A.NS.
» K SI It L
à desservir Corbeil jusqu'<à l'année 1863, époque où la Com-
pagnie de Paris-Lyon-Méditerranée, ayant construit la voie
entre Villeneuve-Saint-Georges et Juvisy par Draveil, lui ra-
cheta le tracé de Juvisy à. Corbeil.
La place Val/iubert porte le nom d'un général qui, comme
le colonel Mazas, fut tué à la bataille d'Austerlitz. Elle a reçu
cette dénomination en 1806, en même temps que le pont
d'Austerlitz dont la construction venait de s'achever sous le
nom de pont du Jardin-du-Roi. Il était alors en fer; en 18oo
on l'a reconstruit en pierre, et, vingt-deux ans après, il a été
sensiblement élargi sans que — ceci est à la louange des ingé-
nieurs — la circulation dessus ou dessous ait été inter-
rompue un seul jour.
Lorsque, en f/QO, les limites de Paris fu-
rent ronslituées par les boulevards longeant
l'i'nceinte des fermiers généraux et pour
cette raison dénommés boulevards exté-
rieurs, le boulevard de la Gare n'existait
pas encore. La capitale se terminait boule-
vard de l'Hôpital et à l'enclos de la Salpê-
tiière. Là où se réunissent maintenant les
rues Bruant et Jenner — • autrefois rue des
Deux-Moulins, — était la barrière dite des
Deux-Moulins, et sur le quai, vis-cà-vis la rue
Villiot [XII« arrondissement], la barrière de
la Gare. C'est en 1818 que le mur d'enceinte
lut reporté au tracé du boulevard de la Gare,
ijui reçut alors le nom de boulevard d'Ivry
ila dénomination actuelle ne remonte C|u'à
1864), et que, au délriuient de la commune
d'Ivry, Paris s'accrut du triangle compris
entre les deux boulevards et la rue Jenner.
Pauvre acquisilion, d'ailleurs, de quelques
masures constituant le hameau dit d'Aus-
terlitz ou des Deux-Moulins.
Nous avons retrouvé aux Archives le rap-
port inédit du ministre de l'Intérieur,
M. Laine, à Louis XVIII, où est exposée cette opération. Le voici:
« Sire,
(' En ordonnant la conslrudion de jilusieurs aballoirs pour la Ville de
Paris, le gouvernement a voulu qu'ils ne pussent être placés au dehors
di'S barrières, afin de faciliter la perception des droits d'octroi. Celui
de Villejuif est le seul pour lequel on n'a pu trouver d'iMnplacement
intérieur convenable ; il a fallu le jilacer à l'extérieur, sur le leiriloire
de la commune d'Ivry, mais avec linlenlion, maintenant réalisée, de
reculer le mur d'enceinte au delà de cet abattoir. Ce nouveau mur dé-
signé au plan ci-joint par un liseré rouge, part de la barrière d'Italie
et va aboutir au quai de la tîare ; il comprendrait dans l'enceinte de
Paris l'aballoir, le hameau d'.VusIerlilz et tous aulri's bâtimens et ter-
rains qui sont enveloppés par le liseré bleu.
« Le Conseil général de la Seine faisant les fonctions de Cmiscil mu-
nicipal et le Préfet du département ont demandé que partie du li irl-
loire de la commune d'Ivry en fiU déla-
chée, et que la limite entre celte com-
mune et Paris fût fijjée jiar le nouveau
mur.
" Le Conseil muniiipal d'Ivry y con-
sent. En conséiiui'iii-e, j'ai riionneur de
proposer à Voire Majesté l'ordonnance
dont le projet est ci-juinl. •>
(Arch. nal. I'' 11, Seine, I.)
I.i' Conseil niuriici|ial d'Ivry iléelara
nr |ias s'ii|i|iosrr à celle dislivieliiin, et
se lidina .'i dciiiandcr " que le rôle il'ini-
|i,.si|iiin l'I dr .nnliôle des uai'des iialio-
lljjl'S loi llilllilllh'' eu ImImiII llll Jlnllllu'i'
de riliiyeiis (|ui eesseraiiMil par ce l'ail
d'.i|i|iai'lenir à la cuniiiiMiie ». L'iU'don-
riance royale esl du 6 janvier ISI'.t. ,^
Les agrandisseni'iil-, en IMIT. de l.i
gare d'Oi'léans euienl |»mii' ellel di' su|i
|itimi-r la majeui-e parli>' de l,i iiie de |,i
Gai'e et de l'aire disparaîlre un bien
iiiiieux élablissenienl, nommé l'ainiliè-
re Ill l'Ilèlel des llaiicnls el snlenilel-
leiiniil : Mais,, Il d'aiiVI d.' la L'aide n.i-
Imiiale. l'ailiT aiiiuiinriiui ih' la garde
r 15 E I z I !•; M I-: a ni! o nd i s s i: m i; n t
139
creuser en 1769 sur la rive gauche de la Seine,
au delà de la Salpêlrièie. En ce temps, les inon-
dations, les débâcles de glaces étaient bien plus
redoutables qu'aujourd'hui. C'est pour les en
présenerque ce garai-e avait été imaginé. Pour-
quoi le projet fut-il abandonné, nous l'ignorons.
Le plan de Jaillot quartier de la place Maubertj
en porte la trace avec cette mention : « Em-
placement qu'on avoit destiné pour la construc-
tion d'une gare. >. 11 est assez piquant que ce
soit une gare de chemin de fer qui se soit substi-
tuée à celle des bateaux., de façon à faire naître
à la fois la confusion et l'analope.
Au demeurant, triste quartier, encore qu'avec
ses (|iiarante mille habitants, il soit le plus peuplé
de larrondissemenl. Et cependant il n'est pari-
sien que depuis 1860, date où l'annexion en dé-
GARE D'ORLEANS, (façade sur la I'Lack vai. hubebt.)
nationale et de sa prison c'est presque faire de rarchcologie préhisto-
rique. Pourquoi ce nom d'hôtel des Haricots"? C'est toute une histoire.
Sur la place du Panthéon, la bibliothèque Sninte-Ceneviève occupe
maintenant l'emplacement du collège de Monlaigu. Rabelais l'a appelé
collège de pouillcrie ; les écoliers, eux, le surnommaient collège des
haricots en raison de la maigre chère qu'ils y faisaient. Or, après la
Révoluiion, la prison de la garde nationale ayant été installée dans ses
bâtiments, le surnom ne se modifia que légèrement : on l'appela hotL-l
des haricots et ce sobriquet accompagna la prison dans ses résidences
successives, à l'hôtel de Bazancourt, rue des Fossés-Saint-Bernard, puis
rue de la Gare, où elle fut installée en 1837. Ce fut son plus beau
temps. N'était pas garde nalional qui voulait; mais beaucoup l'élaienl
qui n'auraient pas voulu l'être, au moins les jours de corvées ; aussi
les punitions étaient-elles fréquentes et les cellules de l'hôtel des II :i-
ricots toujours occupées. Souvent les prisonniers étaient des artistes:
dessinateurs, peintres, sculpteiirs, poètes, prosateurs, professeurs, et
pour tuer le temps, ils décoraient les murs de leur cachot, chacun
dans le genre qui lui était familier.
Musset y a ébauché la première strophe d une de ses pièces de vers,
bien connue :
On dit : triste comme la porte
D'une prison,
El je crois, le diable m'emporle.
Qu'on a raison.
Voici, en oulrt
Banville :
un joli madrigal en quatrain, signé Théodore de
Phyllis, ne plaignez pas celui qui. clans celle ombre,
Songe à vos yeux d'azur, pleins d'éloiles sans nombre.
Grâce à ces yeux, auteurs de tous les manx soufferts,
Voici déjà longtemps que j'étais dans les fers !
Pour les dessins illustrant les murailles, et dont beaucoup, fort hu-
moristiques, étaient signés de noms célèbres, nous renvoyons au livre
d'.XIbert de Lasalle, UHàlel des Haricots, écvil au moment où la maison
allait être démolie, et qui est une nomenclature complète, très spiri-
luelliMni-nt ronunentée de
toutes ci'S riclii'sses.
Quartier de la Gare.
Dans le livre en questiim,
l'auteur ayant — naturel-
lement — à parler de la
rue de la Gare, dit : i< .1.;
n'ai pas besoin do vous
dire pourquoi elle s'ap-
pelle ainsi. » .\utant vaut
dire que c'est à cause du
voisinage de la gare d'Or-
léans! Eh bien! Albert (b'
Lasalle se trompe et avi r
lui, un très grand nombu
de personnes. La rm .
puis le quartier doivent
leur nom à un port ou
gare qu'on eut dessein de
EGI.I SE NOIRE DAM E-DE-I,A-GARli.
posséda Ivry, qui ne se laissa pas faire sans protester. Il existe une
petite brochure, dans laquelle ces plaintes sont exhalées : c'est la
ruine de la commune d'Ivry si la mesure projetée s'accomplit. Elle
s'est pourtant accomplie et Ivry n'est pas ruiné, car l'annexion a eu
précisément pour effet de décupler sa population.
Le centre du quartier paraît avoir été voué à la mémoire de la
Pucelle et de ses vaillants frères d'armes. Outre la rue Jeanne-d' Arc,
qui en est l'artère principale, voici les rues de Palay, de Domrémi/,
Xainlriiillcs. Tulhut, Lnhire. La paroisse est sous l'invocation de Notre-
Dame-de-la-Gare. Elle a été construite en l8Uo, aux frais de la com-
uium- d'l\iy. dans le style ro-
man, par l'arcbilecte Naissant.
-Nous sommes peu à l'aise
pour expliquer le nom de la
rae du Dessous-des-Berges, silut'-e
à quelque vingt mètres au-
VUE DU l'O.NT D ALSTERI.I rz.
140
PARIS -ATLAS
LE PONT DK LA RUE DE TOLBIAC.
dessus des berges de la Seine, — el aussi .relui de la rue du Clt.Ucaa-
des-Rmliers, car on ne voit guère ici ni cliùleau ni icnders. Ces déno-
minations seraient-elles simplement employées par antiphrase? Ce
serait à l'honneur de la gaieté et de la philosophie de ceux qui les
ont choisies.
La rue de Tolbiac est do construction récente. Elle forme un tronçon
de ce réseau si utile dont la troisième République a doté les faubourgs
de la rive gauche et qui, entre les ponts de Tolbiac et Mirabeau, reïie
la Seine à elle-même par une large voie intermédiaire entre les bou-
levards des anciennes barrières et le chemin de ronde dos fortifica-
tions. Rue de Tolbiac dans le XIII» arrondissement, elle devient rue
d'Alésia dans le XIV», rues de Vouillé et de la Convention dans le XV=;
au fond, c'est la même. Les anciens du quartier se rappellent-ils la rue
et le pont Picard, par où on communiquait avec la rue du Chevaleret
en passant au-dessus des voies de l'Orléans? Le passage s'effectue
aujourd'hui par la rue de Tolbiac, à l'aide d'un très beau pont, fait
comme les ingénieurs les construisent maintenant; l'armature mé-
tallique s'élève au-dessus du pont, parallèlement au sens de sa
longueur.
Le rivage de la Seine est presque entièrement bordé par linimense
gare aux marchandises du chemin de fer d'Orléans. Cela lui donne un
caractère de solitude et de mélancolie très particulier. Dès qu'on a
dépassé les grilles par où entrent et sortent incessamment les lourds
c-aniions, le quai devient désert et triste. La Seine coule majestueuse-
ment, et relativement linijiide à son entrée dans Paris; en face, les
chais de Bercy s'élèvent orgueilleux; ici, de vastes terrains à peu près
incultes, faisant pressentir la misère voisine, avec
laquelle la richesse n'a pas voulu se coudoyer.
Ce quai est pourtant une route nationale, cl au
temps des messageries royales, ce fut une voie très
fréquentée, car elle formait le prolongement des deux
loutes de Hell'orl et de Onève qui se bifurquent à
AllorI, devant l'Kcole vétérinaire.
Quatre ponts relient le XII" cl Ir Mil' aridudisse-
ment; nous avons parlé dé-jà de celui d'Aiislerlitz. I.r
von', de Bercy, précédemment dit pont de la Gare, ne
date que de lS6i. Le pont de Tolbiac est bien plus récent
encore : aux cartouches de pierre sculptés sur ses
piliers d'entrée on lit : 1879-1882. Le pont Naliomd,
enlln, a été construit en 1852 à la fois pour le passage
du chemin de fer de Ceinture et pour continuer le bou-
levard de ronde qui accompagne l'enceinte forliliée.
11 doit son nom... au 4 septembre 1870, car auparavant,
il s'appelait pont Napoléon.
Reprenons ici notre excursion en chemin de fi>r île
Ceinture dans le XIII' arrondissement. Ici, c'esl-à-diri'
au milieu même du pont National. Après avoir franchi
un double raccordement (dont un seul est utilisé) avec
le chemin de ler d'Orlé'ans, et passé sur un pont mé-
tallique au-drssus des Vdies de cette ligne, on arrive
à la station dOrléans-Ceinture. La voie occupe là un
remblai élevé, d'où pendant quelques instants on aper-
çoit à droite plusieurs monuments de la rive gauche,
et, de l'autre côté, les ondulations de terrain que domine
le fort d'Ivry. Elle s'engage ensuite dans un souterrain
de 348 mètres et atteint en tranchée la station de la
Maison-Blanche. Au delà, le paysage se découvre de nouveau, fori
pillores(iue ; c'est la vallée de la Bièvre que nous traversons : dans le
lointain, voici les dômes du Panthéon et du Val-de-Gràce; sur la
gauche, le sommet du clocher de l'église de Genlilly qui, vu de là,
parait au niveau du sol ; voici la poterne des Peupliers, que nous
reverrons tout à l'heure de plus près; puis, du côté de Paris, de
vastes garages et ateliers de la Compagnie, et dans une nouvelle
tranchée la station du Parc-Montsouris, établie à l'extrémité même
de l'arrondissement. C'est là (lue b's voyageurs correspondent, a[uès
avoir traversé un angle du parc, avec les lignes de Sceaux et Liniours.
Ce qui nous reste à dire du quartier de la (iare sera vite fait. Le
boulevard de ta Gare, qui le limite du côté du Nord-Ouest, olfre lasiiect
d'une large avenue, ouverte en pleine région de travail; les million-
naires n'en font pas leur promenade coutumière; le peu[tle laborieux,
y est, en revanche, comme chez lui. A signaler les immenses bâtisses de
la raflïnerie Say, abi'itant plusieurs milliers d'ouvriers et d'ouvrières.
Quant aux avenues de Choisy et d'Ivry, elles demeurent mornes. La
]n'emière est le chemin de la grande nécropole du Sud-Est, le cimetière
d'Ivry — le champ de navets, comme on le nouime couramment.
L'auti(f est plus calme encore, en dépit du teuf-tcuf bruyant dont le
tramway des Halles la fait retentir. L'industrie ne s'est pas encore
décidée à occuper complètement ces espaces lointains qui, pourtant,
lui sont offerts à bon compte. Le temps n'est pas proche où cette région
se sera véritablement parisianisée. En veut-on une dernière preuve?
Il s'y trouve une rue des Terres-au-Curé, c|u'on appelait, avant 1877, rue
de la Coupe-des-Terres-au-Curé. On aurait du lui niainleuir lette der-
\ L !■; DU ro.N 1 lilO lULlilAC.
LE l'O.Ni .NAllu.NAL,
nièie ili'iiniiiiualiiin : elli- l'Iail plus rur.de. plus
villageiiise, mieux' en liaiiiKinie a\ec loiil ce
que la localité a de chanipélre.
I.es nuuié|-os impairs di' l'avenue de Clmisy
a|>p.irlienni'Ml au quartier de la Maison-
Blanche, (|ui par bien îles côtés semblalih; au
priM-i'ilerit n'en a pas innius un cachet Ifès
personnel ; ( esl à la Hié\ re (piil le doit. Qui
expliquera puinqucii il esl îles rivières ori.'Uell-
jeuses, linnoiii>, et il'aulres modc'sles, mépri-
sées? La Ilièvie «si jiaiMji ces dernièrc'S, el
c'est la l'aille di' riiiininie. car la iialuie l'avait
l'aile cmiuelle, é|i'j;anle, p(Uiniie il.' Iciut ce
TREIZIEME A II I! d M) I S S K M KN T
141
LA PORTli D IVliY Eï I.ICS FO U T I F IC A T 10 N .-
qu'il faut pour plaire. Celte indignité lui a valu bien dos opprobres,
mais aussi quelque compassion; aux sarcasmes de Rabelais, le pauvre
ruisseau peut, non sans fierté, opposer l'éloge qu'Alfred De'vau a fait
de lui, les pages émues qu'il a inspirées à Huysmans. Celui-ci la com-
pare à une fraîche et belle campagnarde que la grande ville corrompt
et souille après l'avoir exploitée sans pitié ni reconnaissance. I.a com-
paraison n'est pas seulement poétique, elle est tout à fait juste. Oui,
la Bièvre sort pure et limpide de son berceau, qui est l'étang de Saint-
Quentin, à Trappes, au Sud de Versailles. Laissant à sa gauche le pla-
teau de Satory, elle descend dans une vallée charmante où ces ingrats
Parisiens qui, chez eux, lui font si mauvais accueil, viennent la
contempler avec gi'and plaisir. Qu'il suffise de rappeler les noms des
localités qu'elle travei-se : Bue, Jouy-en-Josas, Bièvres, Igny, Amblain-
villiers, et les coteaux boisés de Vélizy, de Chaville, de Verrières, qui
la surplnnibonl. .V Antony, son cours, dirigé jusque-là de l'Ouest à
I.A niKVKi: l'Ki ~ ; 1- u o u t: 1. 1 .n s.
l'Est, change tout à coup de direction vers le Nord. II semble qu'il y
ail là une falalité qui l'allire vei-s Paris, et qu'elle y cède par une réso-
lution brusque, au lieu de continuer tout droit vers la Seine, à traver>
les jolis villages de Fresnes, de Hungis, de Tliiais; mais le plateau d-
Villejuif lui barre la roule. La souillure va commencer pour elle : An-
tony, Arcueil, Genlilly lui envoient, comme à un égout. les impurel' -
de leurs blanchisseries, les résidus de leurs usines, et quand elle s--
présente timidement à Paris, près de la poterne des Peupliers, elle est
déjà si malpropre qu'on ne la laisse entrer qu'en filtrant à travers une
grille, sous un long tunnel voûté, d'aspect sinistre, hanté des rats.
La poterne des Peupliers! Dans l'insupportable monotonie de paysage
que fournit le pourtour des fortifications parisiennes, c'est une oasis
rare où le pittoresque trouve son compte. >'e croyez pas que le décor
soit merveilleux; il est simplement inattendu. L'entrée de Paris y est
pratiquée dans le rempart même, par un passage formant voûte, au-
dessus duquel est établi le chemin de ronde. Cette ouverture est
hérissée de grilles que l'intensité de la circulation ne paraît pas tout à
fait justifier. La date 4S90, sculptée au-dessus de la façade qui regarde
(ientilly, indique que cet ouvrage n'appartient pas au plan primitif, et,
en effet, des vues antérieures nous le montrent avec un aspect moins
rébarbatif. C'est à cent mètres plus loin, à l'Est, que la Bièvre fait
l'entrée honteuse que nous venons de dire.
Dès lors, le pauvre cours d'eau vase déshonorant toujours davantage.
Par des méandres impréNTis il semble chercher à mettre fin à son igno-
minie, à éviter la Bulle-aux-Cailles, qui a l'air de vouloir s'effondrer
sur lui, à se soustraire à ces mégisseries qui l'attendent aupassage.il y a
([uolqiies années
encore, ses rives
bordées de saules
iiffraient çà et là,
pendant de courts
espaces, un joli
' iiinde nature; on
ne retrouve plus
I lia aujourd'hui.
Chaque année, la
ville, consciente
enfin de son œu-
vre malfaisante,
couvre d'un sé-
pulcre de pierre
un morceau de
liièvre ; la rivière
deviendra bientôt
un égout et per-
sonne n'y songera
plus.
Rabelais a ex-
]iliqué l'originede
la Bièvre d'une
laçon fort plai-
sante, mais trop
scabreuse pour
i|u'il nous soit
possible do la
l.li PUITS AKTÉSIEN
DE LA BUTTE-AUX-CAlLLIiS.
142
PARIS -ATLAS
dii'p. On no croirait, pas aujourd'lnii i|ue ce ruisseau ait pu jadis se
déchaîner comme un lleuve, et causer des ennuis ;i ses riverains.
Écoutez pourtant ce que raconte un religieux de Saint- Victor, h la date
du 15 mai 1527 : « Le mercrody quinziesme jour dudict moys, environ
onze heures du matin, la rivière de Biefvre, laquelle passe par l'hostel
de céans [c'est-à-dire Tabbaye de Saint-Victor], lut sy trcs grosse et sy
très impétueuse qu'elle
rompit plusieurs édifices
à Saincl-Marcel et estoit
grosse pitié de la veoir,
car elle venoit jusques
devant l'église Sainct-Mé-
dard, et guasta plusieurs
marchandises, et falloit
(pie les gens estans dans
les maisons se saulvassenl
par les fenestres dedans
des bateaulx qu'on avoit
pris sur la rivière de Seine,
et portez audict lieu, qui
estoit grosse pitié à veoir.
« L'eau couvrit tout le
pré de céans et fut l'erbe
l'nrt dommagée avec les
plus beaux bleds qu'or
pust veoir, que nous avions
sui- la rivière de Seine, les-
(liii-ls pareillement furent
aussi en partie guastez,
t'I ladicte rivière de Bief-
vre, le lendemain, dimi-
niiil fort jusques à ce que
la grande rivière de Seine fust plaine, lai[urllr l,i list regorger et alors
lut plus grosse que auparavant, l'espace di' huit ou dix jours, avant
que de decroistre, dont vint et fut la cause du doinmaige. »
Le quartier de la Maison-Blanche a été tout entier détaché de la com-
mune deGentilly, en 1860. C'était ce que l'on nouimait le l'i-tit-tlerililly.
Il se compose aujourd'hui de deux parlii's, la liulle-,iiix-r„iillcs et la
(.lacière et, en outre, d'une artère très ini|i(irlarile, Varenup d'Ilalir (mi
roule de Fontainebleau, c'est-à-dire la roule nationale m" 7 de Paris à
Antibes. A elle seule d'abord, elle enuipusa tout h- ipiaiiier. Sur le
jiassage des diligences, des convois de mai'aichers cireidani sans cesse
entre Paris et la région du Sud, en dépit de la rude céte de Villejuif qui
l(>s guette, une lieue plus loin, on bâtit des guinguettes, de i)elites
hôtelleries à l'usage des rouliers peu fortunés, des ouvriers qui, faisant
leur tour de France, venaient, à pied, conquérir Paris en sabots. Peu
à peu, les maisons se tassèrent, se surélevèrent, si bien (lu'entre l'an-
cienne et la nouvelle barrière, il n'y eut plus de place, et l'avenue
devint ce que nous la voyons.
Le 25 juin 1848, elle fut h' lln-àlre irun drame sanglaiil. celui du
KNTRÉE DE l..\ MANUF.VCTUHE DES GOBELINS
meurtre du général Bréa et de quéliiues ofticiers qui l'accompagnaient.
Sur l'emplacement du corps de garde (n" 7tj actuel) dans lequel fut
assassiné le général, s'élevait naguère une église, mais on n'avait pas
eu souci, croyons-nous, en la construisant, d'en faire une chapelle
expiatoire; c'était la paroisse du quartier, Saint-Marcel-de-la-Maison-
Blanche; devenue très insuffisante en raison de l'accroissement de la
]iopulallou, elle fut démo-
lie en 1897, l'I remplacée
pail'i'glise Sainte- Anne,
située 500 mètres plus bas,
à l'angle des rues de Tol-
biac e't Bobillot. M. Bobin,
architecte, en afaitunédi-
lice de style romano-by-
zantin. A l'heure actuelle,
l'abside seule n'est pas
achi'vée.
Unelli's merveilles au-
rait pu faire le gi'nie d'un
Alphand, de la Butte-aux-
Cailles, si on lui avait
donné libre carrière pour
la transformer! Soit qu'on
installât sur ses pentes, de
moins en moins escarpées
aujourd'hui, les verdures
d'un parc, soit qu'on abat-
tît les masures qui la cou-
ronnent pour percer des
rues montant en lacet,
bordées de maisons mo-
destes, mais coquettes,
ombragées d'un jardinet, ce serait faire œuvre saine et utile, produc-
tive même, que de conquérir ce fief de la misère. Ces victoires-là sont
toujours inscrites au programme de la municipalité; on a déjà fait
beaucoup de ce côté-là, en comblant le val, rue du Moulin-des-Prés, en
(■■levant le hardi remblai de la rue de T(dbiac, en créant tout le nouveau
(|uarlier Ii(diill(il, en érigeant même, à petites jourui^'cs, l'église de
Saiiile-Annc; il n'y a plus qu'à achever l'œuvre. Iltdier jiar une Irau-
silidu pr((i.'ressive celle pauvrc valh'e de la Ul(''vre aux fraiches grâces
(lu paie de .Monisduris, voilà le but à pnuisuiv re; l((rs(|u'il se
l'ancien l'aulidurg soulfi-ant n'existera pins.
.Iules Bohilhd, l'un des héros du Toiikin, est limoré en \>y>
le W" arrondissement; ici, sou nom a|ipartient à la rue la plus impor-
tante de la Butto-aux-C.ailles, au moins dans l'avenic, rue longue de
1,100 mètres, qui s'étend entre la place d'Italie et celle d(^ Bungis, à la
Olacièrc. Vers le milieu, un toit (;oui(|ue, échafaudé en bois, semblable
à celui d'une gigantes(|ue cheminée de chanipigU(iuuii''ic, allire le
regard; il abrite les inslrunienls avec les(piels on fore le puits arté-
sien de la Butte-aux-Cailles. Ce n'est pas d'hier ([ue le travail
atteint.
dan
1'A(;ade de L'école I'koi l.^.,u;.n.m.i,li, 1.3 i ii..x.% i..
1 1 { ]■: I z I !•: M I-: a a u o s u i s s k m i : .\ r
143
fn est c<iinnienc('; : le prcmifr coup do sonile fut ilonnc: K;
28 août 18ti6. On ét<iit à o32 mùlrfs en novembre 1872, lori|ue
le nianijiK' irargent nc'cessita une inleiru))(ion <)ui ilura jus-
(|u'i-n 1893. A cette date, l'entreprise fut conliée à l'ingénieur
Paulin Arrault, dont la réputation en pareille matière est soli-
dement établie (c'est lui qui a foré b- puits aitésien de la rafli-
nerie Say dans le même arrondissement;. Les ajipareils em-
ployés sont tels qu'on a pu descendre.
à b71 mètres de profondeur, une co-
lonne de fonte haute de 39 mètres et
pesant 60,000 kilogrammes. I.a prcr-
mière nappe d'eau a été i-encontrée à
5~1 mètres.
Ombreux, spacieux, silencieux, le
boulevard d'Italie est une des plus belles
promenades des faubourgs de Paris.
Par une pente douce et majestueuse, il
franchit la vallée de la Bièvre, qu'au-
trefois on apercevait encore, serpen-
tant parmi les peupliers. Ce joli décor
a été récemment rempl.ué p;ir nm- ru^
banale.
Juste *n face, l'École Estienne
montre son éléganle façade. Fondée
par la Ville de Paris en 1889 et installée
provisoirement dans les anciens bâti-
ments du collège Rollin, rue Lhomond,
elle fut tranférée, le i"'' juillet 1896, au
boulevard d'Italie; l'inauguration se fit
solennellement, en présence du prési-
dent de la République. C'est une des
meilleures écoles professionnelles de
la Ville. Comme son nom l'indique, elle
a pour but de former ses élèves dans
la science du livre et de tout ce qui
s'y rattache. L'enseignement est gra-
tuit, mais les enfants ne sont admis qu'après examen; ils doivent
être Français, fils de parents habitant Paris; on les reçoit de douze à
quinze ans. Les cours sont de deux sortes : pratiques, c'est-à-dire que
les élèves travaillent dans des ateliers de typographie, de reliure, de
gravure, de lithographie, de photographie ; théoriques, par des leçons
professées d'histoire, de littérature, de dessin, etc.
Plus bas, du même côté, au n" 68, une maison construite vers le
temps du Directoire dresse ses ruines et son délabrement avec orgueil ;
elle .sent qu'elle n'a pas de rivales alentour; ce fut certainement une
Folie, mais qui nous dira son premier possesseur et les suivants"? Le
bruit court dans le quartier que Napoléon y signa son divorce avec José-
phine; rien n'est moins sûr. Actuellement, ce vieux logis sert d'atelier,
ou pour mieux dire de dépôt de sculptures, au maître artiste Rodin.
Quartier Croulebarbe. — Il sera beaucoup pardonné à l'étrangeté
de son nom, à r.uise .le son anfiquilé res|iectali|e. puisqu'elle remonte
ËOLISE .ÇATNT-MARCKI,
au moins au commencement du xiii* siècle. 1^ rue Croulebarbe
aboutissait alors â un moulin mentionné sous le nom de C'rot-
leharbe dans des titres de 1214 et qui, au dire des frères l.azare,
ne disparut qu'en 1840. Jaillot n'a j*a.s tort de dire que, dans
quelques anciens titres, il est nommé moulin de >'olre-Uame;
c'est en effet le Chapitre de la cathédrale qui en était proprié-
taire, et ceux que cela intéresse pourraienlconsullerauxArchives
nationales, dans le carton 0 i,tik~ un
do.ssier, avec plan, relatif à sa recon-
struction en 1773. Nous regrettons que
le moulin de Croulebarbe n'existe plus;
il aurait complété la physionomie pit-
toresque du quartier.
A côté est la me CorcUarl, qui a ab-
sorbé partie des rues Croulebarbe et
du Cliamp - (le - rA/ouelle, et pris leurs
noms charmants, comme si, pour con-
server la mémoire de ce praticien, on
avait besoin de rogner sur les vieux
souvenirs. Le Champ de l'Alouette en
est un. Jaillot l'a connu — et Victor
ilugo aussi, dans les Mùérables. C'est
là qu'il a placé les rêveries attristées
de .Marins, pris par l'amour de Cosette
et devenu incapable d'autre chose que
d'y songer : o Et il allait au Champ de
r.Âlouelle... Il habitait le champ de
r.-Vlouette plus que le logis de Cour-
feyrac. Sa véritable adresse était celle-
ci : boulevard de la Santé, au septième
arbre après la rue Croulebarbe. Ce
matin-là, il avait quitté ce septième
arbre et s'était assis sur le parapet de
la rivière des Gobelins. Un gai soleil
pénétrait les feuilles fraîches épa-
nouies et toutes lumineuses... Il enten-
dait derrière lui, au-dessous de lui, sur les deux bords de la rivière,
les laveuses des Gobelins battre leur linge, et au-dessus de sa tète, les
oiseaux jaser et chanter dans les ormes. D'un côté, le bruit de la liberté,
de l'insouciance heureuse, du loisir qui a des ailes, de l'autre, le bruit
du travail... •>
La rue Broca a débaptisé en 1890 la rue de Lourcine; or, ce nom de
Lourcine, un des plus anciens à coup sûr de la topographie parisienne,
perpétué à travers les siècles par une foule de faits ou de fondations
dignes d'intérêt, méritait bien d'être maintenu à la voie qui le portait
depuis le temps de saint Louis, au moins. A vrai dire — mais ce ne sau-
rait être une raison valable — on ne l'avait pas expliqué de science
certaine, et son orthographe restait douteuse. Était-ce le lieu des
cendres, locus cinerum , ou Laorcines, ou l'rsines. forme qui a été
conservée pour
désigner une fon-
ICLEVARD DC l'hÔPITA
UN COIN lu MAKllll-; AUX CIIEVAU.Y
PAVILLON DE JULlENNIi. SCELLE dks gobelins
144
PARIS- ATLAS
L\ MAIRIE DU XIU' Al;rvl>NIiISSICMENT.
laine dans les hois de ChaviUe, là où s'élevait jadis le villace de
Vrdizy? Sauvai, Jaillot, Lebeiif avaient lieauioup discouru sur eelte
élymnlottie ; de nouvelles leclierelies, ou le liasanl. auraient pu. ((uelque
Jnur, l'aire Jaillir la véritr. Du même coup, Fliôpilal dr l.oiucini' est
ilevenii l'hôpital Broca, par la même roulini' ([ui cdrisis e à tout
unilier. Cette maison représente de bien vieux souvenirs; elle a sucei'dé
à l'abbaye des Cordelières de Lourrine, Iniidée par Marguerile de l'ro-
veiu-e, (|ui y mourut en 1295. L'abbaye. sui)priniée en 1790, devint bien
natiimal, l'ut en partie démolie, en jiailii' ruiiservée et passa i)ar di's
allei-nalives très diverses. On
eu fit d'abord une usine, qui ■
si^rvit suceessivement à un
tanneur, à un lilaniliisseiir,
à un l'abiicant de laini'. i;ili'
devint, en 1829, « maison de
rid'u^e et de travail pioir l'fx-
linelion de la nicndiciti'' •', el
reçut, en 1832, les or[ilii-lins
si nombreux qu'avait l'ail la
li'rrible épidémie de choléra.
V.n 1836, enfin, y fut fondé
riiopital de l.ourcine, spi''iial
aux maladies des b'nnues.
Avant de visiter la Mianii-
facture des (jobelins, il l'aul
.■idinirer, 17, rue des Guhrlins.
1.1 maison dite, à tor-t, de la
iîeini'-Blanclie, occupée par
une tannerie. C'est un bien
iiirieux manoir du xv" siècli',
l.i plus aniienne consiruclion
livile, peut-èlre, qui soit res-
tée deliimt à l'aris; aussi, dans
sa séance du 2 mars 1899, la
(;omrnission du vieux l'aris
a-l-elle émis le VU-ll que ce bàliliieill lui
lall.lliotl il'une éc(de.
.Nous voici enlin aux Gobelins. Ou en s.iil l'orii-'ini-. m
fières (;rd)elin él.nient uni' famille de tapissiers de b.iul
lommencenient du xvi" sièile, vinrent s'irislalier, eux el
i,F. r.AssiN HIC i.A l'i.Ai !■: h ipami
,nii> p.M'
la Vi
ur lin
sali ipii' b's
li-.-.!' ipii, ,in
III' indiislrie,
SMI- les boids di' la Uièvi-e. l'eiil-élre iunn.iil-on moins ces diiix men-
tions les conceiliailt, que nous .IVOIIS décioiverlesd.ins l.'l polls>.ièri' des
.ircbivi'S. Le ij juillet iîjiiC, fut si^né un aile par lequcd fiiiillaumc Ciiy-
iion, commandeur de Saint-.lean île Lalran et c lionorables hommes
l'Iiillebert Coin-lin, le jeune, l'ierre (bilndin et .l;icques Cobelin. fn'ri's,
maiilians li'inliirii'rs en escarl.illi', i\r ir.ins à S.iinl-Maiccl le/, l'a-
ris» échangent des pièces
de terre situées derrière
les Cordelières (Arch. nat.
S. ol22). Et dans le par-
tage des biens de l'abbaye
de Saint-Victor en 1o4o
( liibl. nat., ms. latin 14,678,
fol. 97 v»), est menlionné
" un terrain sis à Saint-
Marceau, tenant à Pierre
Cidirlin. et d'aulre boni
sur le 1 lii'iniu df la (!iMi-
dn''e ". \'nus y axez l'e-
cnniiu la rue de Lmir-
cilie.
Lu 1007, une manufac-
fuie royale de tapissei'ies
était installée dans leuis
bâtiments, dirigée par
.Marc de Coonians et Ha-
]iliaél de la Planche, mais
c'rsl de r.dil de 1007 que
date i.ellrinent la l'onda-
linii (le la niaisnii. d.oil
('...ll.ril ,(,nli.i In diiTclidi
t;'''nérale au célèbre pein-
tre Charles Le Brun. De-
|iuis, sa fortune a été tou-
jours croissante. En 1825,
on réunit à la manufac-
ture des Cobelins celle de la Savonnerie, sise à Chaillot, et dont ies
luilimenls dr la iiiiiiiulniliioi iiiilil.iiiv. ,iiial llrjiilly (XVl" aiTondis-
senienti, ociiipeiil aiijiMiid'Iiiii la place. Aux (iidielins, le public est
admis à visiter le musée, où sont groupés les chefs-d'œuvre île l'ait
si délicat de la tapisserie, et les ateliers, où s'en perpétiu' la tradilion.
11 est à noter que la plupart des aiiiiiiits de l,i maisipii y occupent
nn logement, avec jaidiiiel, dans la partie la plus pilloresque de la
vallée de la liièvre. '
Les bûulevaids de Poii-liuijal et Saint-Marcel, qui séparent le XlIPar-
rondissement du \', ont été
jiercés sous le second Empire,
sur l'emplacenu'nt de mes
sinueuses (\\\\ ne sont nulle-
ment regrettables : les rues
des liourguignons, Cochin,
des Francs -liourgeois, du
Cendrier. .Vu boulevard de
Piut-Uoyal appartient une ca-
serne de sapeurs-iiompiers
dont l'étahlissenient fut volé
en ISSIi, et aussi une caserne
d'infanlerie. Le boulevaiil
Sailli-Marcel est orné d'une
sl.ilue de Jeanne d'Arc, p.ir
Chalrousse ; elle s'i'dèvi' à
l'angle du bnulrv.ird el de l,i
lue .IrùUiU'-d'Al c piiiliinL'i''e.
Le marché aux chevaux
11(1 iipr un \asle iiiiplacciiicnl
.1 rinlerscclicll (le ce bcule-
v.'il'd el (le ( ('lui (le l'Ib'ipil.'ll.
|l(''ià, .111 x\ III' si(''(le. il él.'iil
dans ce (pi.iilicr, iii.iis eu
l'.ice, c'esl-à-(lirc d.iii- le
\'' ;irnindisseiiiciil .k lud.
lue inscriplimi recueillie par (iiiilhcnny rappelle (|u'en 17ii-> M. de
S.irline, lieiilen,-inl ^l'iiéial de pidice, y .ivail l.iil ('lever un paMlbui
(' pour y leiiir l.a police ilu marché aux clie\.Mix -.
In peu plus h.iul, à dnule sur le boiilev.iid de lllépilal, se Vdil
l'i-glise Saint-Marcel-de-la-Salpêtrière, (.ui-inilie en is.'O p.ir
l'.'iirhilecle Itlol aux frais did'abbé Morisid (|ui, en siqdeiiibre ISti:',. la
céda à 1,1 Ville de Paris nioyeiin.inl 27:;,28;'> francs.
Sur la /iliire irilulir. qui esl le pl.ileau culiiiiii.iiil el la liiiiie de l'aile
des v;ill(''es de la Seine el (le la lll('\re, un s(pi.iic ibdil l.'i pauvrelé
n'est que iKpp léidie pri'iède l.i mairie du XIU arrondissement,
ciuislruile de 187;i,'i 1877, dans le >l y le uni inaire à ces p.il.iis iiiuni( ip.iiix.
PARIS - TREIZIÈME ARRONDISSEMENT
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1?
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VUE DU PAKC DE WOINXSOURIS.
'^ XlV.!'a'PFOi2d|g§ep2^i^t^^
L'OBSERVATOIRE. — 53» QUAmiEn : Montparnasse. — si» quartier : la santé.
53» QUAUTiER : DU PETIT-MONTROUGE. — 56» (iuartii-r : PLAISANCE.
ARCE que en 1860 l'administration préfectorale
donna au XIV" arrondissement le nom d'un mo-
nument, et non celui d'une localité, il n'en est
pas moins vrai que nous sommes ici en plein
Montroiige. Encore que le vrai Monirouge, le
(jrand-Montrouge, constitue une commune indé-
pendante, sise en dehors de Paris, il n'en est
jias moins vrai que la tradition et l'usage attri-
liuent son nom à toute cette région qui d'ail-
leurs n'e.st qu'un démembrement, au profit de
la cipilale, de raiicionne paroisse de Montrougo.
C'est, avec Montmartre, qui lui fait exactement pendant au .Nord, ],•
plus ancien faubourg de Paris, aussi ancien que Paris lui-nu'iiir. I.rs
antiquités gauloises fournies par le sol l'attestent, ainsi (pièces sépul-
tures gallo-romaines qui bordaient la voie antique conduisant de Lu-
tèce vers le sud de la (!aule, représentée aujourd'hui par les rues du
Faubourg-Saint-Jacques et de la Tombe-lssoire.
Le nom même de Montrouge, mon^ riibcus, sent le romain. .Nous m:
nous expliquons pas que l'abbé Lebeuf, d'ordinaire si bon juge et cri-
tique, se soit refusé à le traduire littéralement. Il n'y a pas là de
montagne, dit-il, et la terre n'y est pas plus rouge ([u'ailleurs. Houblo
erreur : toutes les voies qui conduisent de Paris vers Montrouge
montent sensiblement (boulevard Saint-Michel, rue de Uennes, avenue
(lu Maine) et, d'autie paît, personne n'ignore que dans toute la li.in-
lieue S\ul de Paris la terre est de nature argileuse et, coUM-ipirui-
meut, de couleur rouge.
Pahis-Ati.as.
Les limites de l'arrondissement dit de L'OusERVATomE sont : a l'Esl,
les rues de la Santé et de r.Vmiral-Mouche/., (pii le séparent du Xlil"^;
au Sud, les fortilîcations ; à l'Ouest, le chemin de fer de Versailles qui le
sépare du XV=, et au Nord, les boulevards Montparnasse el de Port-Royal
jusqu'à la rue de la Santé, (jui le séparent des V« et YP arrondissements.
Quartier Montparnasse. — Il a sufli de la cr(''alion d'un cinic-
li('Te p(Uir transformer en iin|iression funèbre l'idée aimable et poétique
(pii s'allachaità son nom. Depuis Louis XV, le mont Parnasse n'existe
plus; c'était une colline — naturelle? (Ui artiliciellenient ciuisliluée
|)ar des amoncellements de gravats et d'immondices comme la bulle
('.(qieau, la Villeneuve, le Moutfaucon? on l'ignore — que le percement
(In b(udevard M(mlparnasse, vers 172;), lit disparaître jus(prau niveau
du sol. Itès le xvn" siècle, les écoliers des nombreux collèges voisins
venaient s'y récréer. Leurs divertissements étaient-ils seuls inspirés
par le culte des Muses, nous avons quelque peine à le croire. Le lieu
fut sans doute baptisé par un lettré, plul('it en raison des futurs poètes
(pu y fréquentaient qu'à cause des rimes (jui s'y élaboraient. Toujoui-
est-il (pie la dénomination se rencontre dans les textes pour la pi'
mière fois eu llîS7, mais que la colline était bien plus ancienne: ell
est d(''jà mentionnée en Io29, et, lors des travaux de forliticaliou de 1
villi- sous Henri II, parait avoir été utilisée comme bastion.
De la rue de la Santé aux ponts du chemin de fer de Uretague, b-
boulevards Saint-Jacques, llaspail et Edgar-Quinet représentent les
limites de Paris en 179lL Tout ce qui érait au delà appartenait aux
(omiiiunes de Centilly, Monirouge, Vanves et Vaugiraid. C'étaient les
boulevards extérieurs, cl ils portaient le nom de ces communes dans
11
! '.G
PARIS -ATLAS
la partie qu'ils bordaient :
boulevard de Montrouge,
boulevard de Vanves, etc.
La rue de la Santé porte
depuis longtemps son nom :
depuis le commencement
du xviii^ siècle, parce qu'elle
conduisait à l'hôpital de la
Santé — aujourd'hui Sainte-
Anne — dont il sera ques-
tion plus bas. Le privilège
a été réservé à la prison
de la Santé, sise dans
cette rue, entre le boule-
vard Arago et la rue Huni-
boldt, de demeurer le sjié-
cimen unique à Paris du
genre prison.
Elle ne date que de 1867.
Elle comptait alors 300 cel-
lules, mais la suppression
des autres prisons pari-
siennes y a nécessité des
travaux considérables d'a-
grandissement ; le « quar-
tier commun » a été trans-
formé en quartier cellulaire
où sont aménagées 1 300
nouvelles cellules.
Dans la partie du boule-
vard Arngo qui appartient
au WX" arrondissement ,
derrière les beaux ombrages qui rendent le chemin si agréalile entre
la rue de la Santé et la place Denl'ert-Rochereau, la clinique géné-
rale de chirurgie s'est fondée en 1900.
[,(• linukrard de Poil-Royal, dans le court trajet qui s'étend entre la rue
de la Santé et l'avenue de l'Observatoire, n'a pas remplacé (en 1868)
moins de trois rues : celle des Capucins, du Champ et de la Bourbe.
Les deux premières — leur nom l'indique assez — avoisinaient le
couvent des Capucins, fondé en 1613, transféré en 1779 h la Chaussée
d'Anlin, et dont les bâtiments furent en 1792 transformés en hôpital
spécial aux maladies vénériennes, sous le nom d'hôpital du Midi.
On le nomme depuis quelques années hôpital Ricord, pour honorer
la mémoire du grand praticien qui silUislra dans le traitement de
ces maladies. Sa statue, œuvre de Barrias, est placée devant la façade
de l'établissement.
La troisième rue qu'a absorbée le boulevard de Port-Royal est la
rue de la Bourbe. Il n'y a à en regretter ni son nom, ni son élégance,
LA STATUE DE F. ARAGO.
LA STATUE DE RASPAIL.
LA PRISON DE LA SA.NTÉ.
qui était nulle. Le nom da-
tait au moins du xvn= siè-
cle — Jaillot l'atteste ; il
devait être synonyme de
voirie, de dépôt de boues,
mais ce n'est pas sûr. C'est
en 1626 que l'important mo-
nastère de Port-Royal, fondé
dès le xiii" siècle à Porrois,
en pleine campagne, entre
Versailles et Chevreuse, vint
s'y réfugier par crainte des
dangers auxquels la soli-
tude exposait, en temps de
guerre, des femmes sans
défense.
La Révolution ferma l'ab-
baye en 1790, et trois ans
plus tard en fit, sous le nom
de Port-Libre — une prison.
Entre le nom et la chose,
l'ironie n'était pas absolue,
car la prison n'était affectée
qu'aux suspects. Florian fut
l'un d'eux, Florian que les
habitants de Sceaux avaient
élu commandant de leur
garde nationale et qu'il ne
tardèrent pas à trouver trop
tiède. Le doux poète passa
là vingt-cinq jours en cellule ; son ami Boissy d'Anglas eut assez, de
crédit pour lui faire rendre la liberté, mais pas assez pour le guérir
d'une mauvaise pleurésie que lui avait value sa geôle. 11 ne revint
à Sceaux que pour y mourir, un mois après, à l'âge de trente-neuf
ans. Ses ingrats compatriotes ont depuis, par de multiples hom-
mages à sa mémoire, réussi à faire oublier leur coupable conduite du
26 messidor an IL
Après la tourmente, Port-Libre, redevenu Port-Royal, fut successi-
vement destiné à recevoir divers services hospitaliers. Ce fut d'abord
l'hospice des enfants trouvés — ce que l'on nommait maismi d'allaite-
ment — puis, h dater de 1814, il est devenu l'hospice de la Maternité.
Il fut, dès lors, drridi'' qu'une école de sages-feniuies y serait annexée;
cil.' a plis, i\i' nus jours, de grands développements, sous le nom de
clinique Baudelocque.
La i-ue du Faubouig-Saint-Jacques qui borde à l'Ouest la Mairrnilé va
nous conduire devant un autre établissement d'assistance, l'hôpital
Cochin. Il fut fondé, dans les derniers temps de l'ancien légirue, \t;n-
Jean-Denis Cochin, curé de Saint-Jacques-du-IIaut-Pas, pcmr servir
d'hospice aux pauvres
et aux malades de la
paroisse, et construit
par l'architecte VicI,
— •■ natif de ladite pa-
roisse », d'après une
estampe qui repré-
sente l'édilice. \ peine
ti'W ]iouvait recevoir
aliiis ^lO malades. In-
(■(U|iiiréà l'Assistance
puliliqui', il compte
aiiiomiriiiii près de
liliH lils. Iii décret ilu
•i.'ianul Lsit'ia déclaré
(riilillt('' puMique son
auraudissrrro'iit par
raïquisilidii d'un irii-
iiiculdc voisin, d'une
siipcilicii'df'i,7()0niè-
Irrs. La dépense |iré-
vui' a élé évaluée à
liii'i.OOO francs.
La ruf Mirtiain à
L'auilii', la ruf Cassini
h driuti- du fauliourg
Saint-Jai'ques, sont
sili'nricusi'sel graves
( iiMiMii' le furent les
ili'ux aslidnciniesdciiit
elles poi'lenl le nom.
E.NTKEE DE LllOl'ITAL COCJIII.N.
QUATORZIÈME ARRONDISSEMENT
i 47
En 1783, le ministrfi de la Maison du Roi
proposait à Louis XVI la nomination comme
(< concierge de l'Observatoire » du sieur
Mécliain, do rAcadi''niie royale des sciences,
astronome hydrographe de la maiine, et la
même année, en fixant son Iraitenient à
5U0 livres, il le déclai-ait être « un jeuiir
astronome!, jilein d'ardeur i^t de savoii' >.
Les Cassini, eux, iHaient astronomes ilr
pcre en fils, et si c'est à l'aïeul, fondalcin
do l'Observatoire, que revient l'IionniMii-
d'avoir baptisé la rue, ses fils et petils-lils
pourraient le revendiquer aussi. A ccllr
famille, italienne d'origine, nous devons,
outre l'organisation de l'Observatoire et la
découverte de nombreux satellites, l'établis-
sement du méridien et celui de la gramie
carte de France, si consultée encore aujour-
d'hui par les érudits.
Depuis deux siècles et demi, ce coin si
tranquille et cliarmanl, en pleine campagne jadis, est,
dans notre Paris moderne, un des asiles le plus lidè-
lement constants de la science.
Les terrains où devait s'élever l'Observatoire fu-
rent acquis pour le roi le 7 mars 1667 et la construction
del'êdilîce achevée en 1672.
Et de fait, l'édifice que nous avons sous les yeux
est, sans parler des adjonctions que les progrès de la
science ont rendues nécessaires, le même que celui
dont Colbert avait oi'donné la construction au médecin
Perrault, décidément meilleur architecte que médecin,
puisqu'on lui doit aussi la colonnade du Louvre.
Lue vingtaine desavants, tout au plus, assure le ser-
vice des observations astronomiques et météorologiques
et l'étude des infinis problèmes qu'elles font naître.
Devant la façade méridionale du monument se voit
la statue d'Arago, oeuvre d'Oliva, et dans la cour
d'honneur (façade du Nord), le beau groupe sculpté
par Chapu en l'honneur de Le Verrier.
A gauche de la première, au carrefour formé parla rue
du Faubourg-Saint-Jacques et du boulevard Arago, d'où
la |irrs|iL-(livc usl si ai-'ié-alilc sur b's jaidius df l'Obser-
vatnirr, s'.'lévcut l^^ Ih'lt lUHli ts |V'( ruts ib' la Faculté
de théologie protestante. Ils sruililfnt être le pinlon-
gement de la prison de la Santé. Singulier voisinage
pour eux que celui du lugubre dépôt des condamnés!
Entre l'ombreuse avenue de rObsrrvatuire et la rue Dcnfeii-Rnclicrenit
est un vaste enclos, celui de la maison du Bon-Pasteur, nfii^i'
plutôt que couvent, où la religion donne un asile aux jrunes pi'-chc-
resses. Dans la partie de son tracé sur le XIV° arrondissement, la rue
De^nfert-Rochereau ne montre guère ainsi que des façades de couvents
ou d'hospices. C'est, nous l'avons dit plus haut, une des plus anciennes
rues de l'ancien Paris; via infera, rue d'en bas par rapport à
la rue Saint-Jacques, plus rapprochée de la montagne Sainte-Gene-
viève. Un calembour, qui sera difficilemc'nt |iardoiiué à nos édiles
de 1879, en a fait la rue Dcnfert-Rochereau.
On se rappelle peut-être encore le temps
où l'omnibus de Montrouge en débouchait
pour s'engager sous les hauts Diarronniere
de l'avenue de lObsenatoire? C'était, à ce
point, un boyau peu avenant, resserré
qu'il était entre les maisons, et quand, à
lomnibus, succéda le li-amway, l'incom-
modité n'en fut que plus grand. On y re-
média en 1885 en portant sa largeur à
31 mètres, ce qui en fait une fort belle
voie où les tramways et le chemin de fer
d'Arpajon circulent à l'aise.
Voici d'abord, à l'angle même de l'ave-
nue de l'Observatoire, l'austère couvent
de la Visitation; puis, lui faisant suite.
VUE DE 1/OUSEli V ATOIKE ET DE SES J A i; D 1 N S.
M A T E R N I T E.
l'hospice des Enfants assistés. C'est une construction élégante
cl d'aspi'ct riant, mais dont la façade ne saurait cacher ou faire oublier
au passant la misère de riiuuianité! Le plus ancien asile parisien
offert à la pauvreté ou au vice pour recueillir de malheureux enfants
qui n'avaient pas demandé à naître est sans contredit ce grand béni-
tier de bois placé au parvis Notre-Dame, où de bonnes âmes trou-
vèrent celui dont Victor Hugo a fait l'un des héros de son admirable
Ndtir-Dame de Paris, sous le nom de Q\iasimodo. C'était, en effet, la
coutume, pieuse et naïve à la fois, du temps passé, de déposer au
seuil des églises un berceau de ce genre, et il parait
qu'il ne chômait pas. Dès le xvi» siècle, une « maison
de la couche » était fondée; elle eut plusieurs empla-
cements, jusqu'à ce que, en 1814, elle ait trouvé, par
permutation avec la Maternité, son installation définitive
dans les locaux du noviciat des Oratorieus, fermés p;u-
la Révolution.
Donc, c'est la tutélaire Assistance publique qui tient
lieu de père et de mère — de mère surtout — aux mal-
heureux petits êtres qui n'en ont pas moralement. Elle
les reçoit tous, les yeux fermés, on peut dire, bien que
depuis 1860 le tour ait été supprimé. Il faut quelqu'un
[iiiur apporter l'enfant et son bulletin de naissance.
A ce i|uel(in"un, quel ((u'il soit, l'on ne demande rien s'il
ne veut rien dire : l'immalriculalion s'accomplit avec
l'(U-dinaire banalité administrative, et la société comjde
un piq)ille île plus à sa charge. Certes, ils sont à plain-
dre, ceux à qui les caresses, l'alTeclion d'une mère sont
à jamais interdites; mais aussi, ils ignorent les mauvais
traitements, l'abandon, la faim, tous ces mauvais con-
seillers du vice. Nourris, éduqués, mis en état de gagner
leur vie par la connaissance d'un métier ou comme
soldats, il ne tient qu'à eux de mener à bien une exis-
tence dont la première étape aura été la vue d'Enfer.
H8
PARIS- ATLAS
A côté des Enfants assistés,
vivent d'autres enfants déshé-
rités par rimplacable nature : les
jeunes filles aveugles, institution
particulière dirigée par des reli-
gieuses. Elle avait auparavant son
siège à Bourg-!a-Reine. — Puis,
à coté des enfants, des vieillards :
rinlirmerie Marie-Thérèse a été
fondée par la comtesse de Cha-
teaubriand pour donner asile à
des prêtres âgés ou impotents.
Réservons pour le quartier du
Petit-Montrouge ce qui a trait à
la place Denfert-Rochereau, et
gagnons la rue Daguerre, qui
limite au Sud le quartier Mont-
parnasse, pour en dire que jus-
qu'à 1867 elle se nomma rue de
la Pépinière, ce qui, il faut bien
en convenir, n'est pas d'un in-
térêt palpitant; mais c'est là sa
seule particularité.
Parallèlement à elle s'étend la
rue Froidevaux i colonel de pompiers, mort au feu), jadis rue du Champ-
d'Asile, un joli nom jnélancolique qui lui seyait bien, car elle borde
au Sud, le cimetière Montparnasse, le premier des grands cime-
tières parisiens que nous ayons encore rencontrés.
Depuis un siècle, ceux qui ont mission d'administrer Paris se sont
toujours préoccupés d'éloigner du centre de la ville le lieu d'inhuma-
tion de ses morts, et d'en'doter les communes ^uburbaines. Jusqu'en
1860, ils furent hors les mure; lorsque plus tard, ils devinrent insuffi-
sants, le même sentiment égoïste fit créer de nouvelles nécropoles
dans la banlieue, et c'est ainsi qu'existent les cimetières parme/is de
Pantin, de Bagneux, de Saint-Ouen. Tant pis pour la banlieue. En 1804,
Inochot, le premier préfet de la Seine, fit rendre un décret instituant
pour Paris quatre cimetières situés hors de
ses barrières : le Père-Lachaise, au Nord-Esl;
Montmartre, au Nord-Ouest; Sainte-Catherine,
au Sud-Est; et Vaugirard, au Sud-Ouest. Les
deux derniers furent supprimés et remplacés,
en 1824, parle cimetière Montparnasse, nommé
administrativement cimetière du Sud.
On y voit la colonne bizarre sous laquelle
est inhumé Dumont d'L'rville, brûlé si miséra-
blement, après tant d'exploits maritimes, dans
un wagon du train de Vereailles; le fastueux
tombeau de M°"= Boucicaut, celui de Santerre,
celui d'Ilégésippe Moreau, que la commission
CENTRE DE L'.\SII.E-CLI MQ f E S A I.N TE- AN NE.
très sobre , dit monument de
souvenir, a été élevé pour ceux
qui n'ont plus de sépulture; non
loin, les monuments des sapeurs-
pompiers et des victimes du De-
voir, construits par les soins de
la Ville de Paris. Voici encore,
çà et là, les sépultures de Prou-
dlion, de Montalembert, de Pierre
Larousse, de Sainte-Beuve, de
M™« Agar, de G uy de Maupassant .. .
Dans un endroit isolé, sur une
petite éminence, une pierre sur-
montée d'un fût de colonne bri-
sée, recouvre les corps des quatre
sergents de la Rochelle, exhumés
en 1830 du cimetière des suppli-
ciés où ils avaient été « enfouis »„
et transportés là par de pieuses,
mains.
Mais ces quelques sépultures
glorieuses sont noyées, en quel-
que sorte, parmi les innombra-
bles tombes où des noms, des
dates sont simplement inscrits; noms obscurs, tombes chères à ceux
qui, au fond de leur cœur, entretiennent le souvenir des parents
aimés, inoubliables...
Le cimetière Montparnasse renferme un monument d'un genre tout
à fait inattendu en pareil lieu : c'est la tour d'un ancien moulin, dit
de la Charité, parce qu'il appartint aux religieux de Saint-Jean-de-Dieu
ou de la Charité, qui administraient l'hôpital de ce nom, dans la rue
Jacob. C'était, au moins autant qu'un moulin, un cabaret, prédécesseur
ou contemporain du célèbre moulin de la Galette, à Montmartre.
Annexé au périmètre du cimetière, il perdit naturellement sa destina-
tion... et ses ailes, à partir de 1824, et servit de logement au gardien.
Plus tard, lorsque l'administration a fait construire vers l'entrée prin-
cipale de la nécropole, de vastes bâtiments
]H)ur le personnel, il fut tout à fait abandonné,
mais la tour est restée debout, jnttoresque et
charmante, toute tapissée de lierre.
Pciur les amateurs de spectacles, le théâtre
Montparnasse est là, fiéciuenté surtout par
les gens du quartier.
En remontant le boulevird Eilgir-Quinet
nous rejoignons le boulevard Raspail. La
statue do Raspail, ipuvre des frères Morice,
que l'on voyait, il y a quelques années, à
l'angle de la rue Gassendi, décore maintenant,
depuis 1897, le square occidental de la ])lace
VIEUX MOULIN DU CIM" MONTPARNASSE
i.Miii:Ar Di:s pom l'iKits mokis au 1''Eu
ilii viiux Paris vinit
(le laiii- ri'stauriT,
iidui du général lliil-
liii, l'un des vain-
(jueursdi' la Bastille,
puis l(! président du
iiinsi'il dc'guerriM|ui
lit fusilli-r le duc,
d'Liigliieii dans b's
fossés de Vincennes.
An rond-point ci-ri-
tral, un moMiuiiriit
Dcnr.rt-Rnclu'icau;
( !• dc'placi'iiieiil a été
ri'udu nécessaire par
le relranchemenl
d'un tiers de lai-
grur que l'on a fait
subir au boulevard
Raspail [ancii-n bou-
levard d'Enfer et
boulevard de Mont-
rouge), po>irlui don-
nc'i- le mènie nli-
, i; SERVICE.
QUATORZIÈME ARRONDISSEMENT
149
TOMBEAU
DES 4 SERGENTS DE LA ROCHELLE.
T O .\I n E A U
[ERRE LAROUSSE.
DU NAVIGATEUR DUMONT DURVILLE.
gnement qu'aux parties de cette voie, traversant les VI" et VU' arron-
dissements.
La rue Léopold-Robert, ouverte en 1896, a reçu le nom d'un poinlre
que l'on apprécia pendant la Hestauration. Pour des étymologistes
d'occasion, la rue Campnyne-Premii're évoque l'idée des champs voisins,
que l'on est heureux de trouver au sortir de la ville; la vérité est
tout autre : il s'agit du souvenir de la première campagne — militaire
— du général Taponnier qui, après Wissembourg, s'était fait bàlir
un logis dans cette solitude.
Le boulevard Saint-Jacques, au Nord, les rues di- la Santé et de
rArainil-Mdurlii'z à l'Est, les forlillcations au Sud, la rue de la Tombi>-
Issoire à riliicsl, limilent le .54° quartier, qui se nomme administrati-
vement quartier de la Santé. Celte appellation est d'origine ancienne :
elle date des premières années du xvii° siècle. La peste taisait alors de
grands ravages à Paris; le gouvernement estima que l'hôpital Saint-
Louis ne suffirait pas à recueillir
tous les malades, et il en créa un
autre, au Midi, que l'on appela le
Sanitut ou la Santé, et qui fut placé
sous l'invocation de sainte Anne,
pour rendre hommage à la reine,
Anne d'Autriche. Disons tout de
suite qu'il ne s'agit pas de la prison
de la Santé, déjà rencontrée dans
le quartier précédent : la prison
doit son nom à la rue qui, elle-
même, le lenait de l'iKJspice, auquel
elle conduisait. Jusqu'à la Un di;
l'ancien régime, Sainte-Anne conli-
nua de recevoir des contagieux.
Puis, on en lit une annexe de l!i-
cètre pour les l'uus inoileiisirs (inHn
y employa à cultiver la terre. C'i'l.iil
un acheminement vers son alTi'cta-
tion actuelle qui, depuis 1866, est
oriieicllemeiit lelle de clinique des
aliénés. Du ehi'min de fer <li'
Seraux-, enti'e les slalioiis de Denfert
etdeSceaux-Ceinlure, l'ieil rnibrasse
l'ensemble des hàlimeiils, m |iierre
blanche, séparés par de vastes par-
terres de nuiraîchage (|ue les ma-
lades mêmes l'ont prospérer. Plus de
cinq cents aliénés des deux sexes
peuvent y être hospitalisés i-ES PETITES CAscahes
Très près de Sainte-.^^nne, entre l'avenue de Monisouris et la rue
de la Tombe-Issoire, une sorte de haute forteresse, aux talus gazonnés,
attire le regard. Est-ce une poudrière? est-ce un bastion? est-ce un
fort? Non. L'éditiee en question a un but éminemment pacitique : il
constitue les réservoirs de la 'Vanne. Le projet de capter les eaux de
la Vanne (petite rivière de la Champagne bourguignonne, née aux envi-
rons de Sens), pour alimenter en eau de source les quartiers de la rive
gauche, fut conçu en 1863 et reçut dès lors un commencement d'exécu-
tion; mais les travaux d'adduction, très considérables [>ar eux-mêmes,
furent retardés par la funeste guerre do 1870, et finalement le réservoir
n'a fonctionné qu'à partir de 1874. Il en a coûté environ cinquante mil-
lions pour recevoir 100,000 mètres cubes d'eau. Et à cet approvision-
nement vient de s'ajouter le produit de la captation du Lunain, un autre
coui's d'eau, frère de la Vanne, soit encore 50,000 mètres cubes.
i: avenue Rnlle porte le nom du maréchal de France, mort en 1860.
Elle sépare les réseiToirs d'un vaste
rectangle en partie planté d'arbres,
en partie disposé comme un ma-
nège; c'est l'école de dressage
pour la remonte de l'année: là s.mt
cantonnés les jeunes chevaux pour
l'apprentissage de leur futur métier.
Ce coin de Paris dépendait, avant
1860, de la commune de Centilly :
on l'appelait le .Monisouris ou .Mo-
que-souris, noms restés sans expli-
cation. Celte désignation esl restée
populaire, grâce au parc de Mont-
souris, une des plus jolies prome-
nades dont le second Empire ait doté
nos quartiers de la périphérie.
La dépense alteignil 1 million
".■j0,00l) francs. Depuis 1876, un ob-
servatoire astronouiiiiue, fondé jiai
la Ville, s'est ajouté à l'observatoire
météorologiiiue dit du Bardo, repri-
duction du palais du bey de Tuni<
cjui avait ligure à l'Exposition de IS67.
Il fut d'abord dirigé par \'irmir<i
Mouche:, d'où le nom donné à la rui
voisine.
Le sifflet strident du chemin de
fer de Sceaux vient à chaque
instant corriger la mélancolie que
malgré lui semble dégager ce joli
u l'AKC DE MONTSOURIS.
loO
PARIS- ATLAS
parc, et les enfants ne se lassent pas de voir
filer les trains sous leurs yeux ébahis. La ligne
coupe en deux parties à peu près égales le
quartier de la Santé dans toute sa longueur;
elle lui appartient donc bien en propre. Con-
struite pour desservir la charmante vallée que
couronnent Fontenay et Sceaux, elle fut inau-
gurée en 1846.
La rue de la Tombe-Issnire, la seule du quar-
tier qui ait quelque animation, nous est véné-
rable à plusieurs égards : c'est l'ancienne
grande roule d'Orléans, disons mieux, l'an-
cienne voie romaine qui conduisait de Luièce
aux provinces du Sud de la Loire; elle eut ce
privilège de voir passer diligences et chaises
de poste jusqu'au milieu du xviu'= siècle,
époque à laquelle l'avenue d'Orléans l'en dé-
posséda. Son nom aussi a quelque chose
d'étrange et demeure encore mystérieux. On
a cherché dans les légendes du moyen âge
l'histoire d'un géant qui aurait été enterré dans
ces parages, le géant Ysoré; mais Jaillot,
moins crédule, a retrouvé la preuve de l'existence, au xvi" siècle,
dune famille parisienne du nom d'Isoire, possédant une maison sur
la place Maubert; de Là à lui attribuer aussi la possession d'un fief
dans la plaine de Montrouge, il n'y a pas loin, mais ce n'est tou-
jours qu'une hypothèse, d'autant plus que le nom existait dès le
siècle précédent.' Par acte du 27 avril 1466, le commandeur de Saint-
Jean-de-Latran, à Paris, donne à bail à Germain Amanbry, laboureur
de Chàtenay, la " maison, hostel et métairie de la Tombe Ysorc »
que possédait la Commanderie, <i ledit hostel, fermé de murs, situé
près du moulin à vent ». (Archives nationales, S. o 122, original sur
parchemin).
La me d'Alésia est la grande voie qui, continuant la rue de Tolbiac
(XIII" arrondissement) et continuée par la rue de la Convention iXV'-'ar-
l'ondissement), établit une relation directe entre Auteuil et Bercy. Le
chemin de fer de Sceaux passe au-dessus d'elle sur un beau pont dc'
LE LION DE BELFORT
y fonctionna, tant que Bicètre servit de dépôt
des condamnés à mort.
La jtlace Bcnferl-Rochereau, elle, est pliino de
gaieté et de soleil. Au centre, le Lion de
Belfort, chef-d'œuvre de Bartholdi, symbole
de la défense nationale, repose majestueux
et superbe, dans la tranquillité que donne la
force. A gauche, s'élève la gare, dénommée
avec un rare mauvais goût, Paris-Denfert. Ce
fut longtemps la tète de ligne; elle ne l'est
plus que pour les messageries, depuis le
!"■ avril 1895, jour où a été livré à l'cxploila-
lion le prolongment souterrain du chemin de
fer jusqu'au Luxembourg.
Dans un square minuscule planté du même
côté, se voit le monument de Cliaiiet, sculpté
par Charpentier : le motif principal en est un
beau grenadier de l'Empire, montant la garde
devant le médaillon où est reproduite l'efligie
du populaire dessinateur de nos gloires mi-
litaires.
De l'autre côté de la place, dans un square
moins exigu, la statue de Raspail, dont nous avons déjà parlé.
L'entrée de l'avenue d'Orléans est commandée par deux paviUnns qui
se font vis-à-vis. Bien que tout à fait dépourvus de grâce, ils n'en sont
pas moins intéressants à regarder, car ce sont maintenant les deux spé-
cimens le mieux conservés des anciennes barrières de Paris; nous
sommes à la barrière d'Enfer. La Ville de Paris les utilise pour le ser-
vice administratif des carrières et, de fait, à côté de celui de droite,
est l'entrée des catacombes, la grande curiosité de l'arrondissement.
En 1786, ontransféia dans li's carrières qui s'étendent sous la plaine
de Montrouge, les innomluables ossi'uients provenant du cimetière
des Innocents, supprimé pour cause de salubrité publique. Ces osse-
ments furent disposés avec art le long des parois; la collection s'en-
richit à plusieurs reprises par suite de la suppression d'autres cime-
tières, et elle constitue le plus bel ossuaire du monde. On le visite à
jours fixes, muni dune carte que l'administration luércctorale ne
^.4h\
#'^ i'^-. i^.
!■ luili*::»!!!!
-^^.fcuS^^j
FAÇADE DE LA GARE DU CllE.Ml.N DE FER DE SCEALX.
LV. l'A \ 1L1.(
l'L ULV DE 1 L■.^l^
>UI1IS).
pierre qui porte la date
de 1861S.
I.e quartier du Petit-
Montrouge ("iim- !■■
iiMvau autoui' diiqni-l lai-
roiidissemenl s'est déve-
lojipé et peuplé. La rue
de la Tombe-lssoire, d'un
côté, celle des Plantes, de
l'autre, la rue Daguerre
it \i: boulevard Sainl-.lac-
ques, au .Nord, les fortifi-
cations, au .Midi, en consti-
tuent les limites; c'est un
carré long. Parcourons-le
en commençant, à l'Est,
par la ylace Saint-Jacques.
Spacieuse et déserte, elle
a un sombre passé, car, de
1832 à 18bl, la guillotine
LE LAC DU l'AltC HK MONI
refuse jamais — et armé
d'uni! bougie. Celte pro-
menade» macabre com-
iR(> à l'ancienne bar-
rière d'Enler, pour se
terminer ÎJtIO mèties plus
loin, vers le Midi, rue Dn-
ii'iiu, jadis voie creuse et
ei-de\ant rui! des Cata-
cniiilies. c'est un maii'e
lie Mi>iili'iiuge ipii a fmirni
il d^'iiniiiiiialliin actuelle.
[.iirrnuc d'Oili'aiis, lon-
gue d'environ l,2tlO niè-
tiis, est l'artère princi-
|iale du i|iiarlie|-. (l'est,
(III le sait, le plnliiiige-
iiieiil dans l'aris de la
mule nalionale n" 20, dt;
Palis à rniiliiiise; eu ci'lle
QUATORZIEME ARRONDISSEMENT
iol
qualité, ollc est
Iil.int(';c d'arbifset
poui-vuc, tous les
îjÛO mètres, d'une
de ces bornes en
l'oiito qui indi-
quent les distan-
ces kib)inétiji|u('s,
calculées depuis
II' parvis Notre-
Dame.
Au ri" i:; i-sl 1,1
maison de re-
traite de Laro-
che foucauld,
IniKli'c il y a cent
ans. Elle (iiq)iMiil
maintenant d i;
l'Assistance pu-
blique (In y .--1
reçu à iiarlir il-
soixante ans ou
lorsque d'incura-
bles in fi r m i 1 1' s
irmlrnt tout tra-
vail impossible.
Le prix de la pen-
sion est, pour la
première catégo-
rie, de 2o0 francs
paran,de312fr..jO
pour la seconde,
hommes et femmes. L'institution est donc très libérale et maternelle,
car elle offre un asile indemne de tout souci à ces nobles retraités du
travail dont le re[ios est si légitime après soixante ans de labeur
et de privations.
.\u carrefour que l'on appelait jadis de la Croix-d'Arcuril et qui est
auiduid'liiii sans dénomination, s'élève l'église Saint-Pierre -de-
Montroug-e, la première que nous ayons encore renciiiitii'c dans l'ar-
rondissement. Encore n'esl-elle pas très ancienne, ayant été construite
de 1863 à 1870, par Vaudremer. C'est un monument sobre, de propor-
tions harmonieuses, qui fait honneur à son architecte.
A deux pas en deçà de la porte d'Orléans, l'avenue franchit sur un
pont de pierre le chemin de fer de Ceinture qui a là sa station de
Montrouge. Le parcours de la ligne est uniformé-
ment en di''blai, entre les stations d'Ouest-Ceinture et
de la Glacière, qui sont situées aux limites respectives
des XIII" et X'^" arrondissements. Entre Montrouge
et la Glacière, la tranchée est voûtée et forme un
tunnel long de 900 inèires, au sortir duquel on passe
sous le chemin de fer de Sceaux, à une profondeur
de 30 mètres.
La région qui s'étend à l'ouest de l'avenue d'Orléans
est restée la moins peuplée de l'arrondissement: Paris
L'EGLISU ,SAINT-PIERUE-DE-MON'TROUGE.
U.N mes PAVILLONS LE LA l;Al;l;ILKL h LNEEn.
ne l'a pas encore envahie et le maraîchage n'y est pas trop à l'étroit.
],'iwenue de Châlillon la traverse, pour devenir hors des remparts, la
route départementale n» 29, de Paris à Chevreuse. Nous regrettons
pour la rue Frianl qu'elle ait perdu, depuis lï64, son aimable nom de
rue du Pot-au-Lait.
En revanche, la rue des Plantera, tout gagné à ne plus s'appeler chemin
des Gors; malheureusement la grâce de son nom ne l'empêche pas
d'être l'itinéraire habituel et trop fréquenté des convois funèbres qui
vont au cimetière parisien de Bagneux. Cette dénomination de Gors
élait bien ancienne; nous la trouvons déjà usitée en lotiô, dans des
titres de propriété de la Commanderie de Sainl-Jean-de-Lalran (Arcli.
nat., S. B.122), parmi d'autres noms de lieux-dits qui en étaient voi-
sins : le chemin des Charbonniers, les Marjolaines, les Joncs marins
ou Jommarins (dès 1489). Voilà de vieux titres de noblesse pour des
quartiers qui paraissent nés d'hier!
La rue des Plantes vient déboucher dans l'avenue du Maine, en face
d'un vaste espace ombragé et bordé d'édifices municipaux dont la
mairie du XI'V" arrondissement est le principal. La date 1886,
i;iavi''i' à son IVniiton, rsl la preuve qu'elle n'est pas contemporaine de
la cnnsliluliou de l'arroudissement; toutefois le monument que nous
VUE DE LA l'OliïE D'OKLÉANï
LE PETIT CHEMIN DE FER D AliPAJON.
avons sous les veux fut bien la pi-eiuière mairie de
Montrouge, mais il a été agrandi, remanié si com-
plèlenicnl diquiis. au point de devenir méconnaissable.
La rue Moiiloii-Duveniel (c'est le nom d'un général du
premier Empire) la relie commodément à l'avenue
d'Orléans.
X.'itrcnuc tlii Maine est men'.ionnée sur d'anciens plans
comme roule du Maine. Depuis, nous l'avions connue
sous le nom de chaussée du Maine; sa dénomination
actuelle date de \S~~. Il ne faut pas croire pour cela
que ce fût le chemin suivi pour se rendre dans la pro-
vince du Maine. La rue du Château nous fournira l'expli-
ir,2
PARIS -ATLAS
LE DISPENSAIRE FU RTADO-HEINE.
L'EGLISE KOTKE- DAME-DE-PL AISANCE.
cation de ce mystère, et c'est une nouvelle occasion de pester contre
les maladroits réformateurs des noms de rues : elle s'appela en etTet,
jusqu'à 1873, rue du Chàteau-du-Maine, parce qu'elle conduisait à une
sorte de château, disons, plus modestement, de pavillon, où le duc du
Maine, enfant, aimait à jouer. Cette habitation a disparu : elle por-
tait le n" 142 de la rue du Château et les arbres de son parc, peut-
être contemporains de
Louis XIV, étaient loin
d'être inutiles à donner à
ce coin reculé de Paris un
agrément dont il a be-
soin. Mise en vente le
28 mai 1898, cette pro-
priété a été achetée par
une compagnie de tram-
ways qui a remplacé ces
beaux ombrages par les
constructions de son dépôt.
Celte explication étymo-
logique nous a conduits
dans le 56" quartier, qui
est celui de Plaisance.
Vers 1840, un nuinriM'
Ciiauv('lot,f'nrirlii parj'cx-
|dnilalion d'une rntisscric^
de la rue l)aui)liint', y vint
acheter des terrains et bâ-
tir des maisons. A ce quar-
tier nouveau, il donna le
nom de Plaisance, que le
temps a maintenant con-
sacré. iNous retrouverons
Chauvelot à Vaugirard,
où son humeur indus-
trielle s'exerça par la création d'un autre quartier, celui de Malaknff.
Le succès (le ces créations l'ut dû en grande partie à ce qu'elles se
tirent hors de l'enceinte de Paris. Plaisance l'ut bâtie sur les territoires
des communes de Vanves et de Vaugirard : le quadrilatère limité par
les rues lies Plantes, d'Alésia, le chemin de fer et les fortilications, dé-
pendait de Vanves; U: reste du quartier, c'est-à-dire la partie la plus
liahitée, relevait adminislralivemenl di; Vaugiranl. On y cherclierail en
vain de plus anciens souvenirs que celui du château i\n .Maine II y
avait aussi un vieu.v nniulin, le moulin de beurre, dont le nom a été main-
liiiu à une i ne.
L'église Notre-Dame-de-Plaisance est en voie de reconstruction.
LA .MAIRIE DU XIV" ARRONDISSEMENT.
c'est-à-dire qu'une souscription est ouverte pour permetln' la ré.'dili-
calion d'un édifice moins modeste que la chapelle actuelle, dcuit le
cinquantenaire a pourtant été célébré le 9 avril 1899. La nouvelle
église doit être sous l'invocation de Notre-Dame-du-Travail; elle s'éten-
dra entre les rues Vercingétorix et Guilleminot.
Nombreux sont à Plaisance les établissements d'assistance, d'in-
struction et les couvents.
L'asile Notre-Dame-de-Bon-
Secours, située rue des
Plantes, n" 66, a été in-
stitué pour recueillir des
vieillards ou des malades,
jiayant pensi<ui ou traités
à l'aide de fondations dues
à la charité privée.
Hue Delbet, se trouve le
>ioin\f\\\i'uxilisj>enS(iireFur-
/(jr/./-i/cwe, fondé en 1884;
les enfants âgés de moins
de quinze ans, y reçoivent
les consultations médi-
cales et les médicaments
nécessaires à leur rétablis-
sement. De jilus. M""-' Fur-
ladii-lb'ini' a fondé, rue
.Licquicr, n° 1, une crèche
i|ui piule aussi son nom,
inaugurée au mois de juin
1896. Cet él.iblissiMnent a
coùlr l.linO.UlKI flancs.
L'hôpital Broussais,
à l'extréniité de la nw
Didol, dominant la tran-
cher du ilniniii t\r fer île
(Ml V Iriiili' l'xiliisivi ijiciil
Ceinture, date de 1884. 11 contient 260 II!
les maladies ayant un caractère épidémiqur.
Son voisin, ['hô/nlal Suint-Juseph , rue Pierre-Laiousse, n" 1, isl ,
comme l'asile de Hon-Socours, une œuvre de la charité privi'i'.
liue d'.Mésia, enfin, à l'interseclinn iN' la rue Villeiiiaiii, s'oii\ iviit à
rriifance abamlonnée, à la vieillesse iii.illM'iirfii-ir. bs in.rh's dr ilnix
élablisseiiiriils rliarilables : l'asile temporaire d'enfants il la
maison de retraite Tisserand. Au ibrlin ne au seuil de
rrxisli'iici^ riiniiiiiir hepi'iil se priitc'grr mmi I . Il ii'.^l pas de qiiarl ier à
Paris où celti; prntrrliiui tutidaire ne lui suit plus largi'ment iill'erte
qu'à Plaisance.
PARIS QUATORZIÈME ARRONDISSEMENT
r A Hl s- Al LAS
PhoL XcaiJda.
LA Slil.NE KNXRE LES XV' ET XVI' ARHO.N DISSEMENTS (Vue prise en 18
VAUGIRARD. — 37= ou.vuTiicn : SAINT LAMBERT. - .-,8' oL-AUiii^n : NECKER.
59" yUARiiER : GRENELLE. — GU" gLArinini : JAVEL.
I l'I.iit ii]]|iossiliIc lie choisir pour le XV'' airon-
ilisseiui'ul , Jit (le Val'Giiîaiid, une (U''iioiniii;ilinu
plus exacte que celle qu'il a reçue : Vauiîir.ml.
Dans toute la région, nul monument mar(pianl,
hélas! tandis que s'imposait le souvenir lii^ln-
riqne d'un très ancien village dont h' Irnil.iin',
annexé en 1860, a constitué les sept liuiliémcs dr
lairondissenient. Seule une parlie du qiiailicr
Xcckor provient de l'ancien Paris de Louis W,
lO de niiiiihiM- pins loin coninuMlt (irenelle ne lui
I di' la coin muni' de Vangirard.
esl de 721 liirlares, lui vaut, dans cet nrdie
ilic sur les dix-neuf autres arrondissements,
s avec 709 hectares et le Xll" ensuite avec62o;
nlalion n'est pas tout à t'ait en proportion avec
lernier recensement, il était, en idiiffres ronds,
L cidui des X», Xl«, XVII'\
et nuu> .1111 nii> ii.i .oiiii
qu'un démeinhreiricnl
Sa snperliiie , qui e
d'idées, la su|)rémal
le XVI' le suivant de pr
mais le chilTre de la iio
cette vaste étendue : ai
de 133,000 haliitants, c'esl-à-dire infér
XVI1I^ X[X« et XXiî arrondissements.
Les limites sont des plus nettes: à l'KsI, la liu'oi- du
de l'Uui'st le sépare du XIV" arrondissemeni ; au Sud, :
Paius-Ati.as.
uin .].• IVr
les lurlili-
calicnis; à l'Oui'sl, la Seine, au delà de laquelle s'étend le XVI«; au
Nnrd. la limile est faite avi'c le Vil» arrondissement par l'axe de
l'avenue de Suffren, de la rue Pérignon, de l'avenue de Saxe et de la
rue de Sèvres; avec le Vl", par l'axe du boulevard Montparnasse jusqu'à
la place île Rennes.
Si haut i|ue l'on remonte dans l'histoire, on ne trouve rien de cer-
laiii sur Vangirard avant le xni' siècle. Il parait qu'on nommait cette
plaine Va! Buitron — dénomination incertaine et inexpliquée — loi-sque,
en 12.J8, elle attira l'attenlion de l'abbé de Saint-liermain-dos-Prés,
(diard de Moret; il en Ut une cohuiie de son abbaye et y bâtit une
maison de convalescence pour ses religieux: d'où son nom donné au
liiu: Val tiirard et linalement Vangirard. Les successeurs de Cirard de
Moret continuèrent au jeune village In faveur qu'il lui avait lénioignée;
Jean de Précy, notamment, au siècle suivant, le dota d'une clôtui-e,
puis d'une chapelle qui, en 13'i"2, fut érigée eu une cure distincte de
c(dle d'Issy. Celte date est, à proprement parler, celle de ia fondation
de Vangirard, car, au moyen âge surtout, un groupe d"h;dntants u'arail
d'existence [uopro qu'à condition de former une paroisse.
Nous avons sous les yeux un « plan de la terre et seigneurie d'fssy,
Vangirard et leurs dépendances «daté de 1667 e! ,-"-■'>■• "iv \i.i>!v.>s
#v
loi
PARIS -ATLAS
(le la Seine. L'agglomération du bourg esl figuré le long Je la
grande rue, vers le u" 240, c'est-à-dire près de l'extrémité
de !a rue Cambronne, laquelle y figure aussi sous le nom de
chemin de Yaugirard à Grenelle. Sur la gauche de la grande
rue. plus près de Paris, se voit un vaste enclos qui était la
maison seigneuriale de Saint-Germain-des-Prés, et derrière
lui le lieu dit les Fourneaux; puis, allant vers Plaisance : le
Pressoir, les Bruyères, les Morillons, les Carrières. Du côté
de l'Ouest, la rue Lecourbe s'appelle chemin de Sèvres; la
rue Croix-Nivert, chemin d'en bas de Paris à Issy ; à leur point
de rencontre est marquée la croix Aivert. On n'y distingue pas
la maison fameuse située, tout au bout du pays, vers Issy, où,
en 1G42, l'abbé Olier fonda le séminaire d'où est sortie la con-
grégation des prêtres de Saint-Sulpice. Cette maison s'élevait
sur le côté droit de la route]; mais, peu après, l'abbé Olier
acheta en face un grand clos, relia les deux
propriétés par un souterrain, et fit construire
de nouveaux bâtiments où il installa ses
jeunes séminaristes. Le collège actuel des
jésuites en occupe l'emplacement, nous di-
rons plus loin après quelles phases.
En 1790, la paroisse de Yaugirard devint
une commune du district de Sceaux et du
canton d'Issy : ce ne fut pas sans quelque
difficulté; il était question de la réunir
simplement à Issy, sous prétexte qu'elle
n'en était qu'un démembrement, mais les
habitants protestèrent jusque devant l'As-
semblée nationale, et leur plainte fut en-
tendue. En 1830, Grenelle devint à son tour
autonome, et, trente ans après, les deux
communes étaient définitivement absorbées
par la métropole, mère trop avide de serrer
ses enfants dans ses bras.
Quartier Saint-Lambert. — C'est le
cœur même de l'am ien Yaugirard. Le nom
qu'il porte est celui du saint, évêque assez
obscur de Maëstricht, que l'église parois-
siale reconnaît pour son patron. Cette
église, on l'a vu, avait été fondée en 13'52.
Seuls, les anciens du lieu pourraient se la rappeler : elle s'élevait au
carrefour des rues Saint-Lambert et Desnouettes, c'est-à-dire à l'ex-
trémité Ouest du village, et dans son livre sur Y'augirard, écrit
en 1842, l'abbé Gaudrenu, qui en était curé, se plaint amèrement
de cet emplacement et de l'abandon dans lequel on la laisse. Six
ans après, on lui donnait satisfaction, par le vote du conseil muni-
cipal de Yaugirard qui confiait à Naissant, architecte de l'arrondis-
sement de Sceaux, la construction de l'église actuelle sur un terrain
donné à la commune par l'abbé Groult. Disons on passant que telle
est l'origine du nom de la rue voisine, appelée antérieurement rue
du Transit.
' Donc, l'église Saint-Lambert, commencée en 1848, fut inaugurée
le 19 juinl85ti. Située rue Gerbert, c'est un édifice correct, sans grandes
FAÇADE DE LÉGLISE S AINT-L AM BE KT
prétentions arcliileclurales. La déclivité du terrain a été uti-
lisée, comme on l'a fait plus tard à l'église d'Auteuil, pour
construire une église inférieure, mais avec cette particularité
assez rare que celle-ci est de proportions plus grandes que la
partie supérieure. Ce n'est donc pas une crypte.
A errer dans les rues peu intéressantes du quartier Saint-
Lambert, on éprouve une sorte de malaise vague d'abord, qui
se précise ensuite : cela manque de verduue. Seul, un square
étriqué, constituant la place de Yaugirard, offre ses cent cin-
quante mètres d'ombrage aux ébats d'innombrables enfants;
c'est beaucoup trop peu. Encore ne date-t-il que du mois de
septembre 1896; il occupe le terrain de l'ancienne mairie,
des écoles et de la justice de paix, bâtiments ruineux qui se
démolissaient d'eux-mêmes.
Entre les rues Lecourbe et lil.uml. s'élève la mairie du
X'V'^ arrondissement, dans le style habi-
tuel depuis vingt-cinq ans à ce genre d'édi-
fices. Celui-ci a eu pour architecte M. De-
vrey et a été achevé en 1876.
En suivant l'ancien chemin de Sèvres qui
porte, depuis 1865, le nom du général Le-
courbe, on arrive au carrefour où nous avons
dit que dès le xvii° siècle se dressait la
croix Nivert. La rue de ce nom, très an-
cienne aussi, y aboutissait; elle n'a été pro-
longée qu'en 187o, jusqu'à la rue de Yaugi-
rard. Elle débouche en face du collège de
rimraaculée-Conception, plus connu sous
le nom de maison des jésuites de Yaugirard,
qui occupe l'emplacement du primitif sémi-
naire de Saint-Sulpice fondé par Olier
en 1652. Yendu comme bien national en
1790, cet établissement eut ]>Iusieurs pos-
sesseurs jusqu'à ce qu'en 1829 il eût été
acquis par l'abbé Poiloup pour redevenir un
collège. 11 l'est resté, mais, depuis 1843,
sous la direction des pères jésuites.
A cet endroit, la rue de Yaugirard s'est
élargie. La barrière est proche, c'est-à-dire
le terminus de son parcours qui est de
4,350 mètres exactement. Déjà s'aperçoivent les premières maisons
d'Issy, et, par delà, les coteaux boisés de Meudon; c'est la route de
Yersaillesqui commence, route nationale 189, l'ancien pavé des gardes.
Ainsi s'explique le nom de porte de Versailles, que beaucoup con-
fondent avec la [lorle sise au Point du Jour, au bout de l'avenue de
Versailles, pour laquelle l'Administration a réservé le nom de porte de
Sainl-Cloud.
Soit par le boulevard Lefebvre (il s'auit du célèbre maréchal Lefebvre),
soit par les rues Lericlie vl des Morillons, on allejul en quelques
minutes les nouveaux abattoirs de la rive gauche.
Seules, les villes de qudqui' ii7ipiu-lanre ont (bs alialloirs. Cela
jiaraitrait un édifice somptueux dans les simples communes, où bou-
chers et charcutiers tuent les animaux dans la cour de leur maison
1.1. .?ivUAKii i>K v AU CHU A un.
l.A .MAIIUE DU .\\' AUKO.NDl.S.'iE.ME.Nr.
Q U L\ Z I !•] M !•: A R R 0 .\ D I S S I- M E N T
è. i
^.^__
HlSPWnll!^
hé
mm
KNTHKK DES ABATTOIHS DE VAniIHAI!!»,
PONT DE LAVE.NUE DU MAINE.
érigf^e en « tuerie ". Il on fut (railleurs ainsi à Paris même Jusqu'au
rèiine de NajKjlédn ]■'•. l'n décret impi'rial de 1810 décréta la cons-
truction de cinq alialloirs dans les fanbouri;s : trois sni' la rive droite:
le Houle, Monlniarlre et Ménilmontant ; doux sur la rive gauche : Ville-
juif et Grenelle. En 18'i8, un abattoir spécial pour les porcs fut cons-
truit à la barrière des Fourneaux. La commune de Vaugirard était donc
bic)i — ou plutôt mal parlai;i'o à cet égard puisqu'elle avait deux sur
trois des abattoirs delà rivi' i;aurlie. Le grand abattoir de la rive droite,
que nous retrouverons à la \illotto, absorba les trois autres, situés au
nord du lleuve. liion n'était changé jjour Vaugirard.
Dans sa séance du 14 février 1887, le Conseil municipal s'en préoccupa
enlin; il décida l'acquisition d'un vaste terrain vague, de 10 hectares,
situé dans l'anciiMi lieu dit les Jlorillons (déjà existant sur le plan
de 1667), bordé au Sud par le chemin de fer de Ceinture, c'est-à-dire
dans une condition favorable à l'adduction des bestiaux. Les n(5gncr>
tions, puis les travaux durèrent longtemps ; il s'agissait de 10 millions
à dépenser, dont on trouvait compensation, il' est vrai, pour la plus
grosse part, dans l'aliénalion des terrains des abattoirs des Fourneaux
et de Grenelle. L'édilice n'était pas achevé le 13 juillet 1897, lorsqu'il
fut visité par le président de la République à son retour de l'inau-
guration du pont Mirabeau; il n'y avait en activité, depuis le 20 no-
vembre 1896, que l'abattoir de la charcuterie. Tout est fini aujourd'hui :
un arrêté préfectoral du 9 février 1898 a fixé au 6 mars l'ouverture
des « échaudoirs " pour la boucherie, l'abattoir de Villejuif restant
ouvert à la boucherie hippophagique. L'ensemble des bâtiments est de
bonne mine; on voit que l'espace n'a pas été ménagé. Les architectes
ont tenu à réaliser les desiderata des hygiénistes. L'entrée prinei|iale
sur la rue des Morillons est décorée de deux ruminants de bronze, à
l'allure fringante, placés là sans doute par ironie, car ils semblent dire
à leurs lamentables compagnons : Lascinte ogni speranza...
Non loin sont le boulevard et la rue Chauvelot, une seule voie ne suffi-
sant pas à perpétuer la
mémoire du fondateur
de Plaisance et du ha-
meau de l'Avenir dont
la nie deVillafranca était
une des artères princi-
pales. C'est dire que ce
groupe d'habitations
date de 1859. Là s'.'de-
vait, rivale de la lnur
voisine de MalakolT, la
tour de Villafranca, qui
n'a pas résisté au siège
de 1870.
La rue Labrouste porto
le nom de rarchitect(^
de la bibliothèque
Sainte-Geneviève. Elle
aboutit au rond-point des
Fourneaux, un gentil
coin de province, qui
traverse la vénérable
rue de la Procession, pri-
vée depuis bien long-
temps des reposoirs et
des pieuses bannières.
Quant à la place et à
la rue d'A Ueruij, tdles
transnii'lleul à l.i poslé-
rité le unui d\i dernier
VrlO DE LA (1AK1-: MdNri'AKNAf
soigneur do Vaueirard, " messire fJonis-François-.^naran d'Alleray.
seigneur de Pazochos, Condé, Saiiit-Libière et autres lieux, seigneur-
jiatron de Vaugirard-loz-Paris », lioulonanl civil de la prévôté de
Paris, qui inouiut sans seigneurie en 179'j.
Quartier Necker. — Il participe de l'ancien Paris et du Paris annexé,
élaiil à cheval sur l'ancien boulevard de ronde; d'où deux pliysiono-
luios bien distiuelos qui se confondront avec le temps, à niesureque la
IiériplK'rio se |>arisianise, si l'on peut ainsi parler.
Si la place de lionnes est commune aux VI", XIV« et XV« arrondisse-
ments, la gare Montparnasse et la ligne de chemin de fer qu'elb-
commande ap|iarliounoiit tout entières à ce dernier arrondisseuieiit.
Pour une fois, la loi des axes n'a pas été observée.
De moins on moins nombreux sont les hommes qui avaient vingt ans
en 1840, ceux qui eurent la surprise, l'émotion, après avoir été en clie-
min de fer à Saint-Germain — ce qui passait pour un acte de suprèm--
courage — de se rendre à Versailles par le même procédé. Ils nou>
diraient les sentiments qu'ils éprouvaient, le 10 septembre 1840.
liirsquo fut inaugurée cotte ligne qui avait à franchir une valb'-.- à
45 mètres de hauteur, et qui montait, montait toujours pendant
!j lieues. Vaugirard dut être en fête, ce jour-là, d'autant mieux que
les trains circulèrent sans encombre. La gare primitive était située
hors barrière, à l'angle de l'avenue du Maine et du boulevard des
Fourneaux (aujourd'hui boulevard de Vaugirard), construction modeste
(en 1842, dans son Histoire de Vaugirard, l'abbé Gaudreau la qualLHe de
magnifique embarcadère), offrant une seule façade sur le coté droit
de la ligne et que la Compagnie a conservé pour y placer des bureaux.
Peu d'années après, les nécessités du trafic exigèrent autre chose.
Il fallut joler deux viaducs, l'un sur l'avenue du Maine, l'autre sur le
bdulevard t[v Montrouge (Edgar-Quinet', puis, à leur hauteur, élever un
énorme mole de terre, sur lequel fut construite la gare actuelle par
l'architecte Lenoir. Ces divers travaux étaient achevés en 18b2, et de la
plus petite gare de Pa-
ris, on faisait la plus
monumentale.
Pendant près de cin-
quante ans, la gare
Montparnasse n"a pas
changé d'aspect. Les
Parisiens — ceux sur-
tout de la rive g;>uche
— en ont gravi sans
sourciller l'escalier un
peu ardu, pour prendre
le train ^combien om-
nibus!) qui mène aux
jolis bois de Meudon et
deChaville.Toutàcouii,
elle aussi s'cst trouvée
comprise dans les plans
de transformation que
toutes les Compagnies,
à la veille de l'Exposi
tion de 1900, adopté
rent à l'envi pour leui>
gares terminus. Les an-
nées 1898, 18W et 1900
ont été cons.'.créos à c
grand œuvre. Xotre gar-
est retournét", comme
on l'a dit piltoresque-
uient. Les deux rampes
15R
PARIS -ATLAS
de départ et d'arrivée,
par lesquelles on accé-
dait aux quais des gran-
d( s lignes, ont leur ori-
gine sur le boulevard
Edgar-Quinet, au lieu de
l'avoir, comme jadis, à
la place de Rennes, l.es
voilures circulent de
l'embarcadère au débar-
cadère par une loggia
couverte, placée au-des-
sous de l'horloge qui dé-
core la façade centrale,
dont l'ordonnance a été
respectée, mais que flan-
quent deux larges ailes
métalliques, d'une élé-
gance contestable, aux-
quelles aboutissent les
nouvelles rampes. L'ac-
cès des lignes de ban-
lieue est ménagé par
deux escaliers à double
révolution, sous lesquels
en passe un autre, au
centre des bâtiments,
pour la sortie des voya-
geurs.
Cette disposition nou-
velle, plus pratique assurément, a pour avantage d'éviter le retour d'ac-
cidents comme celui du 22 octobre 1895, où le train express 56, ve-
nant de Granville, ne put être arrêté à temps par son mécanicien; la
locomotive défonça la grande baie du premier étage de la gare et
vint s'abattre sur le pavé de la place. Si le conducteur d'arrière, voyant
l'entrée en gare s'effectuer avec une allure désordonnée n'avait pas
fait jouer le frein Westinghouse qui bloqua les derniers wagons, tout
le train passait sur la place!
En même temps que les travaux de réfection de la gare Montparnasse,
ont été poursuivis ceux, plus utiles encore, qui avaient pour but de
faciliter et de multiplier les communications entre le XIV" elle XV" ar-
rondissement par la suppression des passages à niveau des rues du
(;iiàteau et de la Procession, par la création d'une passerelle au droit
lie la rue Durand-Claye. Enfin, les voies sont doublées entre Paris et
Clamart.
A en croire les très rares historiens de Paris qui ont daigné s'occu-
\>ci de la rue des Fourneaux, elle tirerait son nom de fabriques de four-
VUE DE L'INSTITUT P.\STErR
I I', I K II A ;
I. A ( UVIMli.
neaux ayant existé là au
siècle dernier, Uien n'est
moins probable. Hemar-
quez que le lieu dit les
Fourneaux figure déjà
sur le plan de 1667;
c'était alors la pleine
campagne ; on n'ima-
gine guère que les com-
merçants y aient pu faire
des affaires, Non : ces
fourneaux étaient tout
simplement des fours à
chaux,, à moins que ce
n'aient été des chemi-
nées d'appel au-dessus
de champignonnières,
comme on en voit tant
aujourd'hui encore au
Sud de Paris, L'anti(]uité
de cette voie est son seul
mérite, car elle est mor-
tellement triste. ,\u
11° 21, se voit une statue
de la Vierge dans une
niche dont la grille, as-
sez bien ouvragée, porte
la date 1778, l)u même
côté, à l'angle intérieur
du boulevard Pasteur,
de grandes maisons toutes neuves occupent l'emplacement de l'abat-
toir des Fourneaux, Là était la barrière que franchit l'infortuné
Condorcet pour trouver, ou se diuiner, la mort, après mille angoisses,
dans la sinistre geôle de Bourg-la-Heine.
Avant de porter le nom de l'illustre chimiste, le boulevard Pasteur
s'était appelé boulevard d'issy, puis boulevard de Vaugirard. II n'y
aurait rien d'excessif à ce (|u'on donnât le même nom à la nie Duloi,
ainsi baptisée par le très obscur propriétaire des terrains au travers
desquels elle fut percée en 1878 — car enfin la rue Kutol est avant
tout la rue de l'Institut Pasteur.
Cet établisseuirnl, utile entre tous, a été fondé en 1888. Pasieur
venait de découvrir le microbe de la rage — le mal qui répand la ter-
reur — et en même temps, le moyen de la coniballre ellicaeenient. L'en-
thousiasme officiel et privé livaiisèrent pour faire les fonds de la
construction d'un hôpital s|)écial au traitement de la rage : tout l'uni-
vers civilisé y était intéressé. Pasteur est mort en 189b, après avoir
sauvé d'une mort horrible plus de quatre mille personnes. Par une
dérogation à l'usage, bien nainrelle dans l'es-
pèce, son corps repose à l'inslilul même, dans
une chapelle que l'afl'ection affligée des siens a
faite à la fois très sim[)le et très belle.
L'inscription suivante s'y lit:
(E MONU.MENT FUT ÉL12VÈ EN MDCCC.VCVI
A LA MliUolUE DE l'ASTEUR
PAU LA rn'ri; de sa veuve et de ses eniants
CHARLES-LOUIS OIHAULT
composa L'ARCinTEC.TUHE ET LA DÉCORATION
IL DUllGEA LES TRAVAUX
LUC-OLIVIER MERSON
DESSINA LES 1 lOURES DE LA COUPOLE
AUGUSrE-UUILUERT MARTIN EXÉCUTA LES MOSAÏQUES
L'œuvre de Pasteur s'est, d'aulri- part, coni-
plélée, dével.q.pée, grâce à uni' libéralité telle
(|Ui' bien peu de privilégiés de la fortune pour-
raient l'accomplir. M""' la baiornie lliisch a légué
plus (le deux millions poni- la irêalioii d'un
Institut de chimie biologique, annexe m'M-es-
saire, sinon indispen>.ililc, i\v la fondation pri-
milive, cl don! les bâlimeiits siluês de l'autre
rôle (II- la ine Diilol, et s'étendani à travers des
jardins jnsi|ii'à la rue de VaiiLiirard, viennent
de s'achi'Ver, Le nom de la Kénérelise donalriee
s'ajoute, en iielle pi
de riinmaiiilé.
Par une aniilhès
rue dei Volontaires
n soldiits de l'ail ileiixl (t ^-lierres I Epopées I
est celle d'un hô|iiial, l'hôpital Saint-Jac-
e, à la lisli- di'S bieiil'aileiirs
eeilaiiii'iiiinl imprévue, la
QUINZIÈME ARRONDISSEMENT
157
LE LABORATOIRE DU D' ROUX, A L'INSTITUT PASTEUR.
ques, dispensaire homœopatliique où se donnent des consultations
gratuites et des soins payants. Il était autrefois situé dans le faubouri;
Saint-Jacques, d'où son nom.
De l'autre côté de la rue de Vaugirard, le lycée BufFon, fondé
en 1889, fournit l'enseignement moderne aux jeunes gens du quartier;
il ne reçoit que des externes.
Un peu plus bas, jusqu'à l'angle de la rue de Sèvres et du boulevanl
Garibakli (avant 1885, boulevard de Grenelle, après avoir été boulevard
de Sèvres), un grand terrain vague, dont l'emploi futur est encon;
indécis, représente l'emplacement des abattoirs de Grenelle, sup-
primés et remplacés, comme nous l'avons dit, en 1898, par ceux do la
rue des Morillons. Le quartier n'a eu qu'à gagner à la disparition de
ces constructions, d'une lourdeur peu commune. Leur dénominaliiui
administrative était, au surplus, inexacte, ce territoire ayant loujouis
fait partie de Vaugirard.
Au delà, le puits artésien de la place di' Brcteuil se révèle par son
élégante colonne de fonte, haute de 4l'",7o — une tour Eiffel en réduc-
tion, et par cela même plus gracieuse. Le puits proprement dit avait
été percé, sur les indications d'Arago, dans l'enclos de l'abattoir; il ne
fallut pas moins de huit ans — de 1833 à 18'il — pour atteindre à près
de COU mètres la nappe d'eau devinée par la science. La colonne,
sévèrement interdite au public, n'a pour objet que d'épuiser la force
ascensionnelle de l'eau qui projette ses derniers bouiibinnemcnts dans
le bassin supérieur. Elle est si riche en soufre (|uun verre déposé dans
ce bassin y prend en quelques heures une colnralion Idi'uiée inile>-
tructible.
La rue Péiignon, qui, de ce côté, sépare le XV" arrondissement du
VU", rappelle le souvenir d'un membre du conseil général du déparle-
ment, qui, sous Louis XVlll, eut quelque renom : il n'était pas inutile
de le diie.
L'hôpital Necker est un des meilleurs legs que nous ail yn faire
l'ancien régime. C'est un lieu commun de dire ((u'avant la liévolulion.
et même pas mal de temps après, le régime hospitalier laissa fort à
désirer. Non pas que les hôpitaux manquassent, mais ils étaient déplo-
rablement administrés. Pour y porter remède, la vigilance éclairée di;
Necker conçut le projet de créer dans les nuMlleures conditions pos-
sibles, une succursale à l'Hôtel-Dieu, pour les paroisses de la Charité
et du Gros-Caillou.
Il n'est pas tout à fait juste de dire, comme l'ont fait les frères
Lazare, que M™"Xecker a été la fondati-ice du nouvel hôpital; elle eut
simplement la haute direction — la direction d'honneur de rétablis-
sement pour lequel son mari avait obtenu du roi une subvention
annuelle de 42,000 livres. Installé dans les bâtiments des religieuses
de Notre-Dame de Liesse, il fut ouvert aux malades en 1778 sous le
nom d'hospice de charité. 11 ne s'y trouvait alors que soixante lits
pour les hommes, autant pour les femmes. En 1792, on le nommait
hospice de l'Ouest; en 1802 il reçut sa dénomination actuelle. On y
compte près de cinq cents lits.
Son voisin, 1 hôpital des Enfants malades, demeure connu sous
- BU ^ onl,-*» > ce ^ » nr «• > H- m-' ^T m
Ai COLLKiil.; DE LlM-MACULÉK-CO.NCErTION.
158
PARIS -ATLAS
le nom de maison de l'Enfanl-Jésus qifil reçut lors de sa fondation,
au commencement du xviii= siècle. C'était, depuis 1751, une maison
d'éducation pour des jeunes filles pauvres, appartenant à des familles
dont la noblesse authentique remontât à iSSO. 11 fut. en 1802, con-
verti en hospice pour les enfants; grâce h des agrandissements suc-
cessifs, dont les derniers sont tout
récents, il atteint le chiffre de six
cents lils.
Quartier de Grenelle. — Ce
qu'il y a moins de cent ans encore
on nommait la plaine de Grenelle
avait commencé par être une vaste
garenne (guraneila, d'où Grenelle)
que dès le xin" siècle les deux ab-
bayes parisiennes de Sainte-Gene-
viève et de Saint-Gerraain-des-Prés
possédaient à peu près par moitié.
On n'y chassait pas le lapin, mais
les moines, d'esprit pratique, y
avaient de riches fermes où paissait
le bétail. Un caslel, sur lequel les
renseignements manquent, malheu-
reusement, montrait ses tourelles
gothiques à peu près à l'endroit où
les rues Cambronne et Croix-Nivert
aboutissent à la place Cambronne ;
il figure sur le plan de 1667 et on
sait encore de lui qu'en 17S1 il fut
annexé à l'Ecole militaire.
Sous Henri III, ce territoire pa-
•raissait assez désert et lointain pour
qu'on y ail construit, en 1580, un
hnpital de pestiférés, qui, la peste
ayant passé, servit un moment,
en 1587, dit Pierre de l'Estoile, à
abriter deux mille mendiants, « pour
y être logés et nourris par le Roy,
qui leur faisoit distribuer tous les jours à chacun cinq sols; mais pour
ce que, se derobbant de là, ils ne laissoient encores à venir mendier
par la ville, on les remist en Testât auquel ils étoient auparavant ».
Le passé de Grenelle est des plus tragiques. Sous la Révolution, une
poudrière y avait été installée ; le 31 août 1794, elle fit explosion sans
i|ut' l'on ait su pour ciuelle cause ; il y eut beaucoup de morts et de
blessés. On parla d'un complot royaliste, mais l'enquête ouverte par la
Convention n'aboutit à rien.
Puis la plaine servit aux exécutions mililaircs, et elle en vit beau-
rriup ; les plus frimeuses sont celles du général Malet, en 1812, de l.a
Hédoyère, en 1815.
l'ne période moins sombre allait s'ouvrir. En 1823, quehiues capi-
talistes et entrepreneurs de travaux publics se groupèrent en compa-
gnie d'actionnaires et résolurent de transformer la plaine en ville.
Servis par l'argent et par l'énergie, ils y réussirent, grâce aux efforts
de MM. Violet et Letellier. En quatre ans, < la Ferme de Grenelle »
— c'est .ainsi qu'on ap[)elait le nouveau quartier pour le distinguer de
LE PUITS ARTESIEN DR GRENEI.r.E
« l'ancien Vaugirard » — était sillonnée de rues parallèles ou perpen-
diculaires comme il convient à une ville neuve: une église, un marché,
mi port, un pont sur la Seine et, mieux encore, un théâtre, s'étaient
bâtis comme par enchantement; quinze cents habitants y vivaient déjà.
Il ne lui manquait plus que de constituerune commune indépendante,
se détacher de Vaugirard, qui voyait
d'un mauvais œil cette jeune rivale
si audacieuse dans sa prospérité.
Ce ne fut pas une petite afîaire. 11
faudrait, pour l'exposer en détail,
donner le texte des délibérations
du Conseil municipal de 1826 à 1828,
conservées aux archives de la Seine.
Les hostilités, après avoir duré
plus de deux ans encore, se termi-
nèrent par une ordonnance royale
du 23 octobre 1830 qui érigeait enfin
(ùenelle en commune distincte.
En même temps, les limites des
deux communes furent réglées de
la façon suivante (nous les avons
relevées sur le plan de Lefèvre) : à
partir de la barrière de l'Ecole
(place Cambronne), une ligne en
haches à travers les propriétés bâ-
ties, entre les rues Cambronne et
Croix-Xivert, jusqu'à la rue Qui-
uault, alors avenue du Théâtre ;
puis l'axe des rues Mademoiselle,
Croix-Nivert, de Javel et de Lour-
mel, alors chemin des Vaches, jus-
qu'à la limite du territoire d'Issy.
Telle fut la situation topogra-
phique de Grenelle, par rapport à
Vaugirard, pondant trente années.
Elle a été modifiée par la loi d'an-
nexion de 1859, qui englobait les
t, d(! celle de Grenelle, faisait deux
quartiers administratifs. Le quartier de Javel fut alors constitué par la
partie de Grenelle située au Sud des rues des Entrepreneurs et Linois.
La rue, la place et la caserne Uupleix constituent une assez singu-
lière oasis dans les solitudes qui séparent le Champ-de-Mars du bou-
levard de (irenelle : la caserne surtout, avec son porche d'un autre
âge, du temps où il donnait accès aux chariots à fourrages de l'abbaye
de Sainte-tieneviève, car c'était alors la ferme de Grenelle.
jVu bout du boulevard de Grenelle se terminait le Paris des fermiers
généraux, par la barrière de la Cunette ; on en a retrouvé les fonda-
tions en juillet 1896. Elle olfrait cette particularité d'être construite
sur la berge même ; d'ailleurs elle ne servait guère qu'à l'enlrée des
marchandises appoi'tées par la route lluviale.
C'est bien à tort que l'on persiste à désigner sous le nom d'allée dt^s
Cygnes ou d'île des Cygnes la jetée longue de 850 mètres qui coupe
la Seine en deux bras, entre la jiasserello de Passy (construite en 1878)
et le pont de Grenelle. L'île des Cygnes, jadis noiuméi> île Maquerelle,
deux
dan.'^
E.NiKKi-: M-: i.iioiMiM, m:ikkr.
i.iini'rrM. iii;s i: m-ants-m ai,a ihcs.
QUINZIÈME ARRONDISSEMENT
lo9
éti'iit bien plus ni ;iiiioiil, .■lu-dcssiis du |i(imI iJi' lAlrua. Allfi
rie coiii|ilMcnii'ul «u 1820, elle |Miih\ uons l'avons
haut, la nianul'ailui'e des laliai s ililc ilii (iros-(;aillou. Quant
i'i la Jetée, (jue quelques docuiiuiils adjiiinistralil's nomment
exaetement digue du Grciwlle, c'est une œuvre purement arti-
ficielle. Elle date do 182tj et a <''lé construite ]iar les entre-
preneurs d(: (iiTiiclli- |Hiui- ciiiisliliicr un port. I.e n'ccut
chemin de IVi- d.- (;(iu]i rllrs au ( ;li.uiip-di'-.\lars l'jFaulc sur
ses lianes soji double viaduc.
Du même temps date b; pont de Grenelle, sinon d.nis
son état actuel, au moins connue passa^^e enUr (ii-riudlr ri
Aulouil. Il était en bois... <■! à [iéai;r. il, •lait (duipb'huMiil
et pourvu d'un tablic-r iuélalli(|iir eu IKT.'i, il i-sl, di puis 18M'.i,
orné de la statue de la Liberté éclairant le monde,
de Bartlioldi, réduction de l'œuvri' colossale qui est à iNew-
"York. Il serait plus nornuil qu'elle fît face à U vivière,
éclairant de son phare symbolique ceux i|ui,
par cette voie, |)énètrent dans la ville et leur
souhaitant la bienvenue; mais dans ces con-
ditions, la cérémonie d'inauguration, que
présida Sadi Carnot, eût ressemblé à une l'été
de régates; c'est ce que l'on voulait éviter.
Sur le socle se lit cette inscription :
1776-1789
LA COLONIE l'AriISIENNE
DES ÉTATS-UNIS d'aMÉRIQL'E
A LA VILLE DE PARIS
1889
et une belle parole du consul d'Amérique
Non exercilus neijue thesawi prxsidin rcgni
sunl, veruin ainici (Ce ne sont ni les armées ni
les trésors, mais les amis qui sont les sou-
tiens d'un État).
Une piomenade au cœur même de Grenelle
est d'un médiocre attrait : les rues sont
tirées au cordeau, mais sans relief, les mo-
numents rares.
L'église, sous le vocabb' de Sainl-Jean-
Baptiste, date de la fondation du village. La première pierre en fut (Arch.
ST.\TUE DE LA LIBERTE, par Bartholu
Le centre de l'ancienne commune «•tait la place de la
.Mairie, aujourd'hui place du Commerce, décorée de deux
squares maigrichons; l'ancienne mairie, slyle 1830, y est
toujours; elle a été convertie en Bureau de bienfaisance.
Parmi les noms des rues, beaucoup sont ceux des fon-
dalouis du village : Violet, Fréraicourl, (jinoux, Letellier,
'l'ifdiaitie, Linois, amiral ; Fondary fut maire de Vaugirard
(!(■ 1821 à 1830; Juge, maire de Cren- Ile de 1831 à 184o.
i.ourmid était général; Houelb-, chimiste. Ajoutons qu'il
y a deux rues du Théiltre à l'aiis : l'une à Grenelle, l'autre
ms le XVII" arrondissement, celle dernière infiniment
11 impoilaiile, d'ailleurs.
Quartier de Javel. — Il n'est pas un Parisien qu'em-
II lassi'rait létymologie du nom de Javel, car il n'en est
ne connaisse, au moins de réputation, Feau
s blanchisseurs font un si copieux usage, et que
le dictionnaire de Lillré orthographie Javelle.
-Mais l'eau a-t-elle |)ris le nom du lieu, ou le
lieu celui de l'eau? La question est plus dé-
licate : en interrogeant le passé, on la résout
aisément. Vers Moi, l'abbé Lebeuf s'expri-
mait ainsi : « On voit aussi par les anciens
titres de .Sainte-Geneviève que dans le
xin"= siècle elle (la paroisse Sainl-Elienne-du-"^
Mont) eut de ces côtés-là des prés dans un
canton ajq)elé Javet, qui peul-èlre a donné
le nom au moulin de Javel, qui est un moulin
à vent, peu éloigné de la rivière, et dont le
nom a été corrompu en celui de Javelle. »
Le « peut-être » de Lebeuf se change en cer-
lilude, grâce à des documents moins an-
ciens, l.'n plan d'.Xuteuil, d'août 1658 (.\rch.
nat., >'., 1" cl., n" 12 , montre •■ le moulin de
Javel », et à côté « la maison pour loger le
meunié ». Par acte du 20 mars 1676, Chris-
tine de Heurles, dame de Passy, cédait à
l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés le droil
de passage pour un bac établi à •< Javetz, vis-
à-vis .\uteuil », moyennant 300 livres de rente
Q' 1071). Eulin notre plan de Vaugirard, en 1667, porte
très visiblement Javel, et le chemin de
Javel aboutissant à la rivière, qui est la
lue de Javel actuelle.
Maraîchers, chiffonniers et usiniers
s'en partagent maintenant le sol. Dans la
partie voisine de Vaugirard, les poules
picorent tranquillement dans les rues
ilésertes; par-dessus les murs bas s'aper-
loiveut des montagnes de fumier à l'odeur
forte , destiné à recouvrir les couches
de choux-fleurs et autres denrées légu- ■
mineuses!
Le centre de l'agglomération est
connu sous le nom d'île des cliifTonniei-s
cl Juslilie bien cette dénomination; le
bord de la Seine appartient à l'industrie
LE NOUVEAU 1>0M DU CHEMIN DE FER DE L'OUEST.
posée par la duchesse d'Augoidéiui', le '2 srplfuilire 1827.
Achevée au bout de cinq ans, rlb' fui rruiisc à la commune
par le comité des enlrepicuriirs, le l'i |iiillet 1.S32.
C'est lin édifice bien iiisiguiliaiit, coiislruil en style de basi-
lique. Il s'y trouve, paraîl-il, un aulel du temps de Louis Xl\',
que 1.1 l'aliriiiue de Nidre-Daïue avait mis au rancart riuuiiic
liii|i modeste, en 18(Î5. l'ii brocanteur l'aclicl,!, le remit eu
état et le vendit en 1809 au cm-é de Ci-i'iicdli'. A la ei'Ti''uioiiie
de la iiremière pierre assistait .Madi'uioiselle, tille du duc de
Berry, d'où le nom de rue MadciiKiisi'lle, donné à raucien clieuiin
qui, sur le plan de 1667, passe entre « la Preire recoquillière »
et (I la Noue ». Par un hommage analogue rendu à Charles X,
fut bajitisée la nie Suint-Clifiiùs.
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VLK UENEUALE DU LYCEli DUFiON.
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Paris -ATLAS
trie. Là s"élèvent, entre autres, la fabrique municipale des pavés en
bois, et d'importantes annexes des Entrepôts et magasins généraux de
la Viiiette.
La rue de lu Convention traverse dans toute sa largeur cette région
un peu déshéritée: elle s'y est aisément
frayé un passage sans ruiner la Ville en
expropriations. L'entreprise, commencée!
en 1888, s'est achevée en 1897, époque à
laquelle, le 13 juillet, elle a été honorée
dune inauguration présidentielle. Prolongée
par la rue de Vouillé, à travers le XIV= arron-
dissement par la rue d'Alésia et dans le
XIU" par la rue de Tolbiac, elle met en rap-
port direct deux points extrêmes de Paris :
Auteuil et Bercy. Sa longueur est de 2 kilo-
mètres un quart.
Vers le milieu s'élève l'hôpital Bouci-
caut. inauguré le 1'^'' décrmlirr 1897 par !•■
président Félix Faurc. A sa mort, b- 8 J'--
cemhre 1887, M"'° Boucicaul, directrice et
fondatrice des magasins du Bon Marché,
laissait une fortune de 41 millions. Son
testament, d"une admirable prévoyance,
disposait de la majeure partie de cette
somme en faveur d'oeuvres de bienfaisance
et confiait à l'.Assistance publique le soin
d'affecter le surplus à la consti'uction d'un
hôpital à Paris. Plusieurs années s'écou-
lèrent en négociations. C'est seulement à
la tin de 1892 que le jury du concours ou-
vert pour cette construction entre tous les architectes français adopin
les plans de MM. Legros père et fils. Les travaux ont duré quatre ans
et ont coûté plus de 3 millions. L'hôpital contient cent cinquante-deux
lits seulement.
Le pont Mirabeau, par lequel la rue de la Conveution se prolonge
vers .\uliMiil, a été con-
struit, de 1893 à 1896, par
M. Résal, ingénieur en cluf
des ponts et chaussées.
On lui a appliqué — c'était
la première fois à Paris —
le procédé des caissons à
air cniii[iiinié pour la fon-
ilalinn di's piles.
La chapelle Saint-
Alexandre, située rui'
l.i'online, iiresque en bor-
dure de la rue de la Con-
vention, mérite à peine
d'être citée, tant elle est
humble. Annexe de la pa-
roisse de Grenelle, elle
remplace, depuis 1898,
une autre chapelle du
môme nom, que le perce-
ment de la rue de la Con-
vention avait fait disjia-
raitre en 1890.
Le quartier de Javid
contient les deux anciens
cimetières communaux di-
Vaugirard et de Greindle.
Le premier est situé pres-
que àrexlrémilé delà rue
l.ecourbe. Une tradilion,
qui n'est pas sûre, veut cpie la Clairon et le crilique L.iliarpe y aii'ut
l'Ié inhumés. L'abbé flaudreau (ouvrage riléi n'en fait pas menlion.
Il signale Fspril Itousset, secrétaire de l'Académie <les Inscriptions,
le Cduile de lîeaufori, capitaine de cavalerie, Eléonor Monlanier de
Iti'Ib'iiiont, évè((ue de Sainl-Flour, et (juelques familles de Vaugiiard.
ijiiant à l'ancien cimetière di' (Jn-iielb-, il s'ouvre sur la iiii- Sainl-
Chaib^s, le long de la iiic Cauchy. Il ni' rcnfirini' aucune sépulluie
remarquable.
De graruls travaux de voirie soni, cb puis pru, pinjctés pnur ce cpiar-
LE TIIIÏATRE DE GRlîNELLE
l'AfADE DE l.llLPl'llAI, liOL'ClCAUT.
lier: deux larges voies doivent relier la station de Grenelle, l'une au
pout Mirabeau, l'autre à l'église de Grenelle par le ijrolongement de la
rue du Commerce. Ces opérations seraient fort utiles, mais il est dou-
teux qu'elles s'accomplissent prochainement.
Le chemin de fer de Ceinture dessert
h> W- nrriindissriuent par trois stations :
Ouest-Ceinture — où il ciurcspond avec la
lii:iic ib- Virs;nlli-s — Vaugirard et Gre-
nelle. Entre Ouest-Ceinture et Vaugirard, la
ligne courant en tranchée passe au pied des
abattoirs de la rive gauche, puis elle s'en-
:.M^r dans un tunnel long de 330 mètres,
d'i'ii ri le al Ici lit en remblai la station de Vau-
giiaid. Le remblai se prolonge au delà et
per)net au voyageur de se faire une idée
exacte des maraîchages de Javel. De l'autre
côlé, on a une jolie vue sur Issy et le nou-
veau champ de Mars. La station de Grenelle
construite sur pilotis est d'un aspect pitlo-
rescjue. Quand on l'a dépassée, on aperçoit
à gauche dans un joli fouillis de verdure
le gentil sijiuiie Victor, la seule promenadi'
dont jouissent les rares habitants du quar
lier. Le remblai se transforme peu après,
et devient le viaduc du Point-du-Jour. La
voie ferrée franchit la Seine sur le pont à
deux étages si justement célèbre et pénètre
dans le Wl" arrondissement.
l'n autre chemin de fer traverse les quar-
tiers de Javel et de Grenelle : c'est la ligne
dite comniuui'Uicnl des .Moulineaux, qui appartient à la Compagnie de
l'Ouest. Créée en 181)7 [tour desservir l'Exposition universelle, elle ne
s'étendait alors qu'entre Grenelle et le Champ-de-Mars. Lors de l'Expo-
silion de 1878, elle fut reliée par un embranchement à Grenelle aux
voies de la Ceinture île façon que les voyageurs puissent sans trans-
bordenu'nl elfectuer le
Irajet direct de Saint-La-
zare ou d'une gare de la
i'.cinture au Champ-de-
Mars. Nouvelles améliora-
tions en 1889, la Compa-
iiuie de l'Ouest ayant créé
sur la ligne de Paris à
\ ersailles un embranche-
uient qui se détache à
l'uleaux, et par les sta-
linns de Suresnes-Long-
( lianqis. le iiont de Sainl-
Cloud, le pont de Sèvres,
Hellevue-Funiculaire , le
lîas-.Meudon, les Mouli-
neaux et Javel. rejoinl la
ligne déjà existante à Gre-
Kiilin, dernière Iraus-
riM-iualiou, celle-là gran-
diose, enlnqirise en 1897
111 vue de l'Exposition
(le 1900. La lij;ne est pro-
longée jusi|u'à l'esplanadi"
des Invalides avec des hal-
les nnuvelles créées au
pimt Miraliean el au pont
lie (Irem Ib'. D'autre pari,
liciis Paris, l'Ib' se dé-
la liuue des MiMilineanx,
laclir', à I kibouèlre des l'tirlilicaliulis, di
et par un nouveau (racé passant en souterrain sous le bni
rejoint à Virollay la ligne de Chartres.
IJn(! dernière ligui' apparlieni pour parlii' au XV'' arn
c'est celle de (U>iirc(dles au Champ-de-Mais, i|ui, délaihée
cjuléro el Passy de celle de Paris à Auleiiil. traverse la S
rhissanl, cnninie uiois l'a^iMis vu, la ili::iie de Greuell
soudi-r an clieniiu de b'C ib's Mmilineauv, un peu m a\.i
Serelle de l'assv.
d.' Meuil
udisscuienl ;
•nirele Tm-
iiie en fran-
el vient se
I lie la [las-
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PARIS - QUINZIÈME ARRONDISSEMENT
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PARIS-ATLAS
15
PANORAMA Dr XVI AKRONDISSEME.NT ET DU BOIS DE BOULOGNE
^
CL
PAS s Y. — Gl"- oiARTiF.n : AUTEUR.
G2° QUARTIER : LA MUETTE. — 03= quartier : LA PORTE- DAUPHIN E.
(>\' QUARTIER : CHAILLOT.
' iNS de 300 mrires de rivière à francliir, et
le décor a cliangé complètement. D'une rive
à l'autre, la physionomie des deux arrondisse-
ments est aussi différente que s'ils étaient chacun
h une extriMuité de la ville. Leur seule resseni-
lil.mrc» csl d élre tous deux les plus grands de
l'aris ; le X\ " airondissement a 7-21 hectares, le
XV1«, dit Passy, en a 709, alors (juc le plus pelil,
<|ui est le 11°, n'en a que 97.
Aux clicminres (les usines ont succédé les massifs d'arbres; aux
pauvres masures, de cociuettes villas ou de hautes maisons, déiioncani,
parleur luxe extérieur, celui du dedans; aux rues populeuses, des
voies tranquilles, onde somptueuses avenues sillonni'es d'éqnipni;is.
Si l'on classait les arrondissements de Paris dans l'ordre île leur
P aius-Atlas.
richesse foncière, le VIII" aurait sans conteste la première place, le
XVI" disputerait la seconde au faubourg Saint-tiermain, et l'emporterait
bien probablement.
On ne s'étonnera pas qu'il soit parmi les moins peuplés: pour la
première fois en 1890. il a dépassé le cliitTre de 100,000 habitants, qui
lui donne droit à deux députés. Il est formé par les deux anciennes
ciimmunes d'Auleuil et de Passy et la majeure partie de l'ancien fau-
bourg dit de la Conférence ou de Chaillol; mais, depuis trente ans, les
Parisiens du centre viennent de plus en plus s'y lixer, suivant la loi
générale d'attraction vers l'Ouest. Molière et Boileau eu dounaien'.
l'exemple il y a deux cent cinquante ans, et l'exemple a été bien
suivi.
Quartier d'AuteuiL — Une longue rue de province, allautde la gar^^
à rii;llse en passant par le marché, et toute bordée de boutiques
16
162
PARIS -ATLAS
alentour, de nombreuses avenues, les unes droites, les autres
serpentantes, avec des villas et de la verdure partout; quel-
ques vastes domaines bien clos et dont les bâtiments se
dissimulent derrière une muraille d'arbres ; à l'horizon, par
quelques échappées, la Seine, le bois de Boulogne, les coteaux
de Saint-Gloud, de Meudon, et plus près, celui de Passy : voilà
Auteuil.
jS'étaient la corne du tramway, le chapeau ciré des cochers
de fiacre, on s'y croirait très loin de Paris, dans quelqu'une
de ces grosses sous-préfectures où l'industrie est inconnue et
dont le tranquille charme retient les commerçants qui « se
sont retirés », les officiers qui ont fait leur temps. La colonie
parisienne d'Auteuil est ainsi composée de gens paisibles par
profession ou par goût, écrivains, artistes, rentiers, familles
riches qui peuvent ne pas mesurer à leurs enfants le terrain
des joyeux ébats.
L'étymologie du nom d'Auteuil demeure indécise ; cependant
les formes AUogilum, Allolium, où l'on retrouve sans peine le
mot latin aUus permettent de proposer cette traduction : loca-
lité sise sur une hauteur ; et l'état du sol aux abords de l'église,
où fut l'origine de l'agglomération, n'y contredit pas. Com-
ment, au commencement du xn' siècle, l'abbaye normande du
Bec possédait-elle des terres en ce lieu, c'est ce qu'il serait
difficile d'expliquer; mais il est certain qu'en 1110, l'abbaye
très parisienne de Sainte-Geneviève les lui acheta et que,
jusqu'à la Révolution, elle y exerça tous les privilèges de la
seigneurie et de la haute, moyenne et basse justice. Vers le
même temps fut fondée la paroisse, dont les bâtiments de style roman
n'ont disparu qu'il y a vingt ans, au grand regret des archéologues,
pour faire place à l'édifice actuel.
11 n'est pas très difficile de reconstituer le plan de l'ancien Auteuil,
au temps de François \", par exemple. Des bords de la Seine, à hauteur
du pont Mirabeau, un chemin s'élevait à travers les terres jusqu'à l'église
située là où elle est encore maintenant; devant cet édifice, le cime-
tière ; à gauche, l'hôtel seigneurial de Sainte-Geneviève, que la maison
Chardon-Lagache représente aujourd'hui ; de l'église à la porte du Dois,
une rue tortueuse, la seule alors habitée, la grande rue, actuellement
rue d'Auteuil. La vigne, les champs, la culture maraîchère occupaient
tout le reste du territoire.
Les pièces d'archives fournissent la plupart des vieux noms que por-
taient ces terres : c'étaient, du côté des rues Mozart et Raffet, les
Nérottes, les Fontis, la Cure ; plus à droite, les Fontaines, la Tuilerie,
les Glizières, le Pré aux Chevaux; au contre même, les Perchamps ;
verslePoiiit-du-Jour, les Calibres, les Guêtres, Sous les Clos. Plusieurs
de ces lieux-dits se sont transmis jusqu'à nous sous forme de noms de
rues: les rues des Perchamps, de la Cure, des Fontis ont donc pour
ùiii;iiie une diMiumination terriluriale qui date au nmins du w' siècle.
i.ii vi.ujli; m; J'oi.m uu julu
LE CHEMIN DE FER DE CEINTURE. A AUTEUIL.
A l'intersection des rues d'Auteuil et La Fontaine (place du Marché',
se trouvait une fontaine ; aussi, l'une des deux voies qui y conduisaient
s'appelait-elle rue de la Fontaine; un calembour administratif l'a
débaptisée en l'honneur de l'illustre fabuliste, et c'est pour cela que
les plaques émaillées portent aujourd'hui : rue La Fontaine.
Ces vastes espaces ne se sont bâtis ([ue lentemenl, comme à regret.
11 y a vingt ans, sauf les agglomérations qui bordent les rues d'.Xuteuil,
La Fontaine et Boileau, c'était la camjiagne encore; aujourd'hvii, la
fièvre de construire y sévit comme ailleurs; demain, le dernier champ
d'Auteuil ne sera plus qu'un souvenir...
Bien plus considérable jadis ([ue maintenant, puisqu'elle s'étendait
jusqu'en face d'issy, absorbant Billancourt parmi ses écarts, la paroisse
d'Auteuil fut érigée en municipalité par la Révolution, à la fin de
l'année 1789 ; avec Passy cl Boulogne, elle constitua un canton dont le
chef-lieu était Passy. En l'an VIII, lorsque les cantons furent riMnaniés
elles sous-préfectures créées, .\uleuil fit partie de rarrnndissenient de
Saint-Denis et du canton de Xeuilly. Ce fut une commune heureuse,
vivant de ses propres ressources et faisant peu de bruit dans le monde.
On peut en juger par la lecture de ses annales, que feu .Vdolphe de
Fcuardent a eu le loisir de rédiger, encore qu'il fût le si>ul inslituleur
pulilic de la commune.
Vers 1840, Auteuil n'avail pas vu
sans ennui s'élever au travers de
son territoire les fortifications ima-
ginées par M. Tliiers : la simplicité
des champs s'accommode mal de
l'appareil militaire. Celait le pré-
lude de l'annexion qui devait se
consommer sous l'Empire.
Au reste, lorsque les officiers mu-
nicipaux furent Cdusullés, jinur la
l'nrme, en 1859, sur l'ulilili' d'iiKor-
pun r Auli'Uil à Paris, ils s'em|)res-
m'i'i'iiI d'élrc de l'avis du pi'éfet
ll;Mi>Niii,iini, et, le l'^r janvier 18l)U,
se réveillèrent l'arisiens, eux et
leurs administrés de la veille. De
t(Uiles les comiiiunes annexées à
Paris, Auteuil était la seule diuil le
lerritiiire ne vînt pas afileurer les
anciennes barrières, dimt le tracé
est représenté par les Imulevards
extérieurs; jusqu'alors, l'assy \'v\\
séparait, semblant vouloir la pro-
|éi.'er contie les ennuis d'un viii>i-
nage iiop bruyanl.
Les limites ailmini>lralives du
nouveau (juartier sont (b-meurées
ee (|u'elles éljiient il y a vingl-ciiiq
ans : le milieu de la Si'ine, depuis
le puni (le (ii'etielli' jusipià liailli'Ur
des l'orlillcalions; |i;s loililicallons
SEIZIEME AUJiO.NDISSE.MEN 1
163
jusqu'à la portft do Passy ; unn ligne idc'ale joignant cftlo porti;
à la rue de rAssoniplion ; les rues de l'Assomption et de Bou-
lainvilliers jusqu'au milieu du pont de Grenelle. Si donc l'on
vient do Paris parles quais de la rive droite, c'est en l'ace de
ce pont que l'on pénitro dans Auteuil, à 0 kilomètres de Xotre-
Danie. L'avenue de Versailles s'offre à nous ; c'est la roule
nationale n" 10 do Paris à Hayonne, par Versailles, Chartres et
Bordeaux. En dépit des tramways qui la sillonnent sans cesse,
elle n'a plus l'animation de jadis, alors
que la ciiur était à Versailles et que d'in-
nombrables carrosses y menaient des
visiteurs plus innombrables encore.
Cinq cents mètres au delà d'une série
de chantiers et d'usines qui n'ont rii'U
de réjouissant pour l'œil, on renconlir
à droite de vastes bdtimcnts à la facidr
desquels se lit celte inscription : a dii;u
DANS SES PAUVRES. — UOSPITALriÉ DU TRAVAIL
POUR LES femmes; cl, au-dessus de la porte
voisine : fondation i.aublspjn.
C'est, pour les ouvrières et ouvriers
sans emploi, l'asile de quelques jours
que leur offre la charité; chaque pen-
sionnaire est réparti dans l'atelier que
désignent ses aptitudes; en échange du
travail qu'il a produit, un salaire lui est
donné, sur lequel les dépenses très mi-
nimes de la nourriture, taxées au meil-
leur compte possible, lui laissent quel-
que bénéfice; beaucoup ont appris là un
métier.
Quelques pas plus loin, un carrefour
verdoyant forme l'entrée des rues Mira- ^q
beau et de Rémusat et le débouché du
pont Mirabeau. La chaussée de ce pont
porte le nom de Benjamin- Godard. Nous aurions préféré qu
laissât celui de la Galiole, en souvenir des bateaux
ainsi nommés qui avaient là leur débarcadère.
En continuant de suivre l'avenue de Versailles, après
avoir côtoyé à droite le magnifique parc de Sainte-
Périne, on arrive au Point-du-Jour. Une historiette ré-
pétée partout expliquerait ainsi cette dénomination :
en 1748, deux courtisans, le prince de Bombes et le
comte de Coigny, s'étant pris de querelle à la cour,
devant le roi lui-même, auraient décidé de se battre sur
le chemin de Versailles, le lendemain matin, au point du
jour. Il est parfaitement réel que le comte de Coignv
trouva la mort dans celte rencontre; mais le lieu s'appe-
lait depuis longtemps déjà le Point-du-Jour; il est ainsi
dénommé sur le plan de Roussel qui date de 173U;
avant, c'était « le Petit Versailles» ou « Sous les Clos ■■.
Il ne se réclame de l'histoire, après le duel de 1748,
LISE DAUTEUIL
que pour rappeler les tristes souvenirs de 1870-1871. Durant le
siège de Paris, une pluie d'obus s'y abattit, metL-inl on fuite les
habitants, détruisant les maisons; il en fut de nièiue pendant la
Commune, mais celte fois, hélas! c'étaient des obus français. — La
délivrance vinlaux Parisiens par ce c6té-là. Oé» le 18 mai, Tarmé'-
de Versailles s'était approchée très près des remparts ; ses canons,
postés au parc des Princes, allaient battre en brèche le mur d'en-
ceinte; plusieurs sorties sanglantes avaient eu lieu entre la porto
d'Autouil et celle de Saint-Cloud, L-
21 mai, vers la fin de lajournée — c'élaitun
dimanche — Ducatel, piqueur des travaux
de la Ville, se rendit compte que la porte
du bord de l'eau était à peine défendue; il
fit un signe aux avant-postes versaillais, f-i
peu après, tout un corps d'armée pénétrai i .
traversait les ruines du Point-du-Jour ■••
s'avançait jusqu'au pied du Trocadéro
sans rencontrer de résistance.
Le viaduc du Point-du-Jour est un
des [dus remarquables monuments de
Paris. Les Romains ne l'auraient pas re-
nié. Construit en 186-^1866, sur les plans
de l'ingénieur de Bassompierre, il n'a pa~
coûté moins de sept millions, entre .\ii
leuil el Crénelle. L'œuvre est grandios.
surtout au-dessus de la Seine, où le viadii
se transforme en pont-viaduc, sur uu-
longueur de 175 mètres; cinq arches lais-
sent passage au (leuve; quarante et xitr
arches s'y superposent, sur lesquelles Os'
établie la voie du chemin de fer; uir
chaussée, large de 31 mètres, sert d-
route aux voilures et aux piétons.
De là, vei-s quelque point de l'horizon
que l'on se tourne, lu vue est admi-
rable, si bien que le monument procure aux yeux un double plaisir.
l.A rVRAiMII'K IIIO nAOUESSEAU.
maison de SAI.NTE-PÉUINE.
La rur Builcau n'a guère changé do physionomie depuis
le Ifuips où l'aulour thi Lutrin l'habilail; c'est la plus
paisible voie de province que l'on puisse imaginer. Des
documents indubitables perrnollent d'affirmer que la
maison de Boileau correspond au n^SG actuel. Il l'avait
payée 8,000 livres en 1683: un do ses familiers, l'abbé
Legendre, qui y vint en 1092, dit qu'elle n'était ni
belle ni laido. .. Le jardin, sans élre soigné, ne laissoit
pas d'élro agréable; la vue on osl charmante. L'appar-
tement du poêle éloil d'un négligé cynique; lu salle à
recevoir le monde éloil un pou arrangée. 11 y avoit sur
la cheminée un portrait vivant do Chiisliue de Suèdi .
.A.u-dossus d'une vieille borgame dont coite salle éto
tapissée, éloient dos portraits d'imagination, repi-ésen-
tant Timon le misanthrope, Ménippe, Lucilius, Horace,
Perso, Juvénal, Régnier, chanoine deCharlies, et auli-es
aïeux satiriques du maître de la maison. '>
164
PARTS -ATLAS
On ne sait pourquoi Boileau se défit de ce logis en 1709, deux ans
avant sa mort; l'âge, sans doute, lui rendait peu agréable le si\jour de
la campagne; il le vendit 6,000 livres, plus 2,000 livres pour les
meubles et tableaux, à un sieur Pierre Le Verrier. Par la suite, la
maison appartint à un médecin fort célèbre vers 1740, Gendron. Voltaire
étant venu le voir, com-
posa, en l'honneur des
deux plus illustres habi-
tants de la propriété,
cet aimable quatrain :
C'est ici le vrai Parnasso
Des vrais enl'aiits d'Apollon.
Sous le nom de Boileau, ces
[lieux viient Horace.
Esculape y parait sous celui
[de Gendron.
Il s'en faut, du reste,
que Voltaire ait été émer-
veillé de son pèlerinage.
Revenu, peu après, à ses
chères Délices, il écri-
vait à l'un de ses amis,
le 1(5 mai 1757 : «... Vous
savez, d'ailleurs, qu'on
n'est pas oisif pour être
campagnard ; il vaut bien
autant ])lantcr des arbres
que faire des vers. Je
n'adresse pas d'épîlres
à mon jardin ier.\ntoine,
mais j'ai assurément une
plus jolie campagne que
Boileau, et ce n'est point
la fermière qui ordonne
nos soupers. J'ai eu la curiosité aulrefuis de voir celle maison de Boi-
leau : cela avait l'uir d'un fort vilain petit cabaret borgne; aussi Des-
préaux s'en délîl, et je me llatte que je garderai toujours mes Délices. »
A Auteuil, les habitations de Molière et de Boileau furent voisines,
mais eux ne voisinèrent pas, car Boileau ne vint babil er notre village
que douze ans après la mort de l'auteur à\i Malade imaginaire. Où était
située la maison de Molière'? On se l'est longtemps demandé, et il a fallu
de patientes investigations à travers les archives i)our rencontrer une
cerliludeà peu près incontestable. Ce n'est donc ni au " Coin Molière »,
enseigne de cabaret sur la route de Versailles, à la (ialiote, ni devant
le c( Pavillon Molière »,écriteau annonçant des terrains à vendre dans
la rue Rémusat, qu'il vous faut chercher l'emplacement de la maison
qu'liabila Molière, mais bien sur la place de l'église, à droite, où une
grande bâtisse très neuve, sise au n° 2 de la rue d'.Vuteuii, à l'angle
de la rue Théophile-Gautier, porte l'inscription oflicielle de la Mlle :
ICI s'ixiiVArr une maiso.\ de campagne
HABITÉE l'Ali MOLIÈRE VERS 1667.
Ce lieu s'appelait alors le fief Baudoin, et les religieux de Sainte-
UN COIN DE LA VILLA MONTMORENCY.
Geneviève l'avaient, en 1635, acheté à damoiselle Marie de Rechechouard
de Chandenier. Ils n'étaient pourtant qu'indirectement les proprié-
taires de Molière, car les actes retrouvés attestent que ce dernier eut
afiaire, pour la location, à un certain sieur de Beaufort. Voici l'état de
l'habitation, telle que l'indique le bail : « Un grand corps de logis qui
a vue sur le jardin dudit
bailleur, et consistant en
une cuisine et office à
eosté sous terre, une
salle au-dessus de la cui-
sine — une salle, une
chambre, cabinet et an-
tichambre au premier
estage — e t sur la montée
un cabinet entre le pre-
mier et le deuxiesme
estage — et au deuxies-
me estage deux cham-
bres — une escurye à
mettre six chevaux —
une remise de carrosse
dans la grange du bail-
leur pour le preneur et
madame sa femme, et
une moyenne chambre
basse, et le grenier au-
dessus, attenant à l'es-
curye. » 11 paraît que
Molière renonça au bé-
néfice de l'écurie et de
la remise; aussi ne
payait- il, au lieu de
550 livres, qu'un loyer
de 400 livres par an,
à 4 000 francs au moins,
anecdote du fameux
ASl'ECT DE LA COLI,IMC DE l'A.S.SV, VUE DE LA lUVE OAUCIl
somme élevée, car elle correspond pciur m
Aux séjours de Molière à Auteuil se rattache
souper, thème de narration sur lequel ont pâli tous nos lycéens.
N'est-ce qu'un motif à dissertation, ou le faita-t-il réellement eu lieu?
La dernière hypothèse est à peu près prouvée, dit-on. .Vcceptons donc
pour vrai qu'après avoir festoyé plus que de raison chez .Midière, ses
convives, au nombre desquels était le grave Boileau, fiuinèrent le
projet d'en finir avec la vie et d'aller sur l'heure se jeter dans la rivière.
Le vin inspirc-t-il d'habitude des résolutions aussi sombres"? C'est par
là que l'historiette nous semble un peu suspecte. La santé fragile de
Molière lui commandait la sobriété; avec tout son sang-froid il parut
partager les sentiments de ses amis et vouloir faire comme eux; mais
il leur exposa que le mérite d'une telle action serait bien plus éclatant
si elle se ])roduisail au grand jour; aussi leur conseilla-t-il d'attendre
au lendemain. Le sommeil ramena le bons sens et la Gazelle n'eut pas
à enregistrer un lamentable fait divers.
L'église. — tju'on n'attende pas de nous l'expression d'un enthou-
siasnuî iniinodéré en présence de ce monument bizaire. l'ne masse
énorme de pierres de taille couronnée par un clocher de pagode, cela
ne saurait être pris pour l'idéal du bi'au,
el M. \aiidremer a été souvent bien
mieux inspiré, ne fût-ce qu'à Sainl-
l'ierre-de-Montrouge. .\u reste, en ma-
tière d'églises, Alcesle aurait tr<qi de
raisons de dir(! aujourd'hui ce i|u'il pen-
sait des chanscms de son Irnips :
Le médianlsfoùl (lu siècle eu cela uie l'ait peur;
Nos pères, tout grossière, l'avaieut beaucoup
[uieilh'ur.
('.Duiliirii leur église du xii" siècle, avec
s Imlici- tiiul simple, ipii ne dépassait
^ui're le haut des ai'bres dalentulir, était
plus aimable à voir que ci'tle grande et
froide InrliuTsse! Malliciireusemenl elle
ln]ul>.iil rii rulni'. r'I il l'allut la démniir.
l,i-> arclM-iilnuucs avaii'ul demaiulé gr.lee,
mais l'ii vain, p<uir li' rhiiher muian.
La premièri' pierre du nnu\el édilire a
été pn>ée eu juillet 1877.
lui l'ai-e de l'église, une pyramide m-
rupe le milieu i\v la place; (■e^l ce qui
nsle du nidliument des d'Agues>eau,
painissiiMis d'Auleuil avant la Ri'VDluliim
el iidiuuiés d,iii> le eimetièic' ipii. suivant
l'Ii.ilutude il.iulivtnis, était atli-naut à
SEIZIEME ARRO.NDISSEMENT
165
l'église. En 1793, la pyraiiiiih; fut renversée adminislrativeinent; ell.- .1
été relevée en l'an IX, non moins administrativemenl, el les auloril' -
locales prononcèrent alors de belles paroles qui ont été recueillies.
Sur la môme place encore, àTangle des rues Wilhem et du Point-dn-
Jour, s'ouvre une vaste propriété oii était jadis l'hôtel seigneurial des
abbés de Sainte-fienevièvo et le siège de leur haute justice. C'est
aujourd'hui — depuis 1803, — la maison de retraite Chardon-La-
gàche, maison de retraite ouverte aux viinliards des deux sexes jiar la
libéralité de deux riches habitants d'Auteuil, .M. et M-"" Chardon-La-
gache, qui confièrent à l'Assistance publique le soin de l'adminis-
trer. N'y entre pas qui veut, et les conditions d'admission sont
passablement rigoureuses. Outre les garanties nécessaires de probité,
la question d'àgf'
(60 ans au moins),
l'absence justifiée di'
toute maladie incu-
rable — autre que
la vieillesse, les « ad-
ministrés >i célilia-
taires doivent paym
une pension a n -
nuelle de 300 francs
et verser en entrant ,
une fois pour toutes,
200 francs; ils sont
logés en dortoirs et
nourris au réfec-
toire. Pour les mé-
nages, qui occupent
des chambres parti-
culières, le prix de
la pension est de
1,300 francs à la
condition de fournir
un mobilier dont le
minimum est réglé
par l'administration.
11 est vrai qu'ils re-
çoivent des <i presta-
tions » ; l'énuméra-
tion en est curieuse :
5 francs en argent
tous les dix jours ; 33 décagrammes de pain par jour pour les
hommes, 50 pour les femmes; 30 centilitres de vin par jour; 30 déca-
grammes de viande crue chaque samedi; 2 stères de bois et 4 hecto-
litres de charbon de bois par an et par époux...
Et pour tous les retraités du travail, petits employés ou petits
ouvriers, assez économes pour avoir su « mettre de côté » quelques
centaines de francs de rente, quel beau jour que celui de l'entrée à
« Chardon! ».
La maison de Sainte-Périne a eu de très curieuses vicissitudes.
Au xvu' siècle, existait à Compiègne une abbaye de femmes sous le
vocable de Sainte-Périne. Sous Louis XIV, elle fut trans-
férée à Paris, à la Villette, et, sous Louis XV, dans la rue
de Chaillot. C'est là que la Révolution l'expropria et
que dans ses bâtiments inoccupés fut fondé, en 1806,
un asile pour la vieillesse. Le percement de l'avenue
Marceau nécessita une nouvelle expropriation; c'est
aloi's, en 1838, que fut acquis le beau domaine d'Auteuil.
Tout avait changé à travers les siècles, le but de l'in-
stitution et son siège; seul, le nom lui est resté fidèle.
Ici, comme à Chardon-Lagache, les pensionnaires
doivent être âgés d'au moins soixante ans; mais pour
eux, ce mot malsonnant d' « administrés » n'est pas en
usage; quand les formalités d'admission ont été rem-
plies, qu'ils ont justifié de pouvoir acquitter une pen-
sion annuelle de 1,300 francs et de posséder, en outre,
une rente de 600 francs devant faire face aux dépenses
d'habillement, de chauflage et d'éclairage, ce sont
réellement des voyageurs fixés dans quelque bel hôtel,
■où chacun agit à sa fantaisie et retrouve à l'heure des
repas ses voisins de table d'hôte.
C'est là, pour des vieillards restés seuls dans la \\i:
à l'âge où la solitude est si triste, une existence en-
viable, heureuse entre toutes. A ceux qui voudraient
la mieux connaître, nous nous garderons de recom-
mander le roman de Champlloury, Les Amoureux de
Sainle-Pétine : on ne saurait imaginer rien de plus
fade ni de plus médiocre.
Pauis-Atla=.
LA M.\ISON DES CONCOURT.
i:rc,i.:-: 1 1: \ n -baptisti-;-.sa v.
Dans l'enclos même de Sainle-Péi ine. av.i «nlrée sur la rue Mira-
beau, sont les bâtiments de la Fondation Rossini, maison de retraite
créée, comme son nom l'indique, par le testament de Hossini pour les
chanteurs italiens et français vieillis, pauvres, ou atteints de maladies
incurables — noble pensée du grand artiste de mettre une part de sa
fortune au profit de ceux qui avaient servi sa gloire.
Non loin de là, rue Molitor, est située l'École normale d'institu-
teurs pour le département de la Seine. Un mur mitoyen la sé[iare de
l'École Jean-Baptiste-Say, dont l'entrée principale est rue d'.\uleuil,
au fond d'une toute petite place à l'allure provinciale. C'est une école
primaire supérieure de la Ville de Paris, fondée en 1873 pour les
jeunes gens qui se destinent aux carrières du commerce ou de l'indus-
trie. En 1900, y ont été inaugurées d'importantes constructions en
façade sur la rue Chardon-Lagache.
La rue d'Auteuil appartient aujourd'hui aux boutiquiers. Il faut
arriver à la place que l'on appelait jadis le carrefour de la Fontaine,
pour y retrouver des vestiges du passé. Au n" 43, vous remarquerez
une jolie maison du siècle dernier, dont les trois façades, corps de
logis et deux pavillons latéraux, montrent de délicates sculptures; ce
fut la demeure des demoiselles de Verrières, deux sœurs amies des
Muses, chez qui fréquentaient Collé, Colardeau el autres beaux esprits
du temps de Louis XV.
Au delà de la rue Michel-Ange, la maison qui porte le n° 59 a une
bien autre histoire, où se mêlent les souvenirs aimables et les événe-
ments tragiques. On en connaît les propriétaires, presque tous illus-
tres par quelque côté, depuis 1770. Ce fut d'abord le peintre célèbi'
ÉCOLE NORMALE DIN SÏITUTEU RS DE LA SEINE.
16.
Î66
PARIS -ATLAS
Quentin de La Tour, pastelliste ordinaire du roi, qui, deux ans après,
la vendit 30,000 livres à M""» Helvétius, déjà veuve alors du philosophe
encvclopédiste et économiste, l'ami de tous les hommes illustres
du dernier siècle. M. A. Guillois, dans son livre sur le Salon de
M"" Helvéliits, nous transporte dans ce milieu charmant : « La
propriété était située tout près de la Croix-Boissière, en face de la
fontaine dont Teau était si
salubre que le roi, dans ses
voyages à la Muette, ne vou-
lait pas en boire d'autre; elle
portait alors le n° 24 de la
Grande-Rue du village. A gau-
che, elle tenait au jardin du
roi, à droite à M. Chomel,
notaire à Paris; par derrière,
elle avait, sur la ruelle des
Processions, une sortie qui
permettait de gagner directe-
ment le Point-du-Jour et la
campagne. » C'est là que vécut
désormais cette femme aima-
ble et bonne, que l'on appela
dès lors i< la Notre-Dame
d'Auteuil », entourée jusqu'à
sa mort, qui eut lieu en 1800,
des amis les plus fidèles, des
esprits les plus brillants :
Condorcet, Chamfort, Bouf-
flers, Morellet, Turgot, Caba-
nis et tant d'autres.
On l'enterra, suivant sa
volonté formelle, dans le jar-
din de sa maison ; mais, plus
tard, ses successeurs dans la
propriété la firent exhumer
et transporter au cimetière
de la rue Michel-.\nge, où elle se retrouve voisine encore de plusieurs
des grands hommes qui l'avaient connue et aimée.
Durant le second empire, la maison de M""" Helvétius fut acquise par
le prince Pierre Bonaparte, cousin germain de Napoléon III. Elle allait
devenir le théâtre d'un événement fort dramatique, en lui-même et par
les conséquences morales qu'il eut. Le prince était constamment mêlé à
des polémiques de presse, dont la violence sans cesse croissante devait
fatalement aboutir à quelque rencontre sérieuse. Le 10 janvier 18"0,
MM. Victor Noir et Ulric de Fonvielle venaient à la villa d'Auteuil
demander raison, au nom de .M. Paschal Grousset, de l'épithète « ma-
nœuvre » que le prince avait employée pour le qualilier. Quelques
minutes après, Victor Noir venait s'affaisser expirant sur le trottoir,
frappé d'une balle en pleine poitrine, et presque en même temps.
ENTRÉE DU CHATEAU DE LA MUETTE.
LES JAUIlINS UV CHATEAU IiE LA MUETTE.
son co-témoin sortait do la maison, un revolver à la main, en criant :
A l'assassin !
On ne saura jamais exactement les circonstances de ce drame si
rapide. Il est certain que des propos très vifs furent échangés : le
prince attendait les témoins de M. Rochefort et non d'un autre ; il a
affirmé que Victor Noir l'avait frappé au visage. M. de Fonvielle a
déclaré, au contraire, que ni
la victime ni lui n'avaient eu
à aucun degré une attitude
provocatrice ; la Haute Cour
de justice, convoquée à Tours
au mois de mars suivant, fit
voir, en prononçant un ac-
quittement et une simple
condamnation à des domma-
ges-intérêts, qu'elle admet-
tait lajustilication du prince.
Ln an après, l'habitation
que la politique venait de
mettre en évidence d'une fa-
çon si inattendue était ruinée
par les obus et les incendies
de la guerre civile : recon-
struite depuis, elle est au-
jourd'hui le siège de l'École
normale Israélite.
Le cimetière d'Auteuil ,
dont l'entrée est rue Claude-
Lorrain , s'étend parallèle-
ment à la rue Michel-Ange,
dont il n'est séparé que par
un mur et une haie de hauts
peupliers. On ne peut imagi-
ner une situation plus calme,
mieux appropriée à un champ
de repos. Depuis longtemps,
il ne s'ouvre plus que pour les concessions perpétuelles. Des noms
illustres s'y lisent çà et là sur les dalles tumulaires : Legendre, Helvé-
tius, Gavarni, Goupil, Palikao, Dalioz, Tarbé des Sablons, Alpliand,
Gounod, etc., etc.
La région située au Nord de la rue d'.Xutcuil offre moins de souvenirs ;
il y a quelque trente ans, on n'y trouvait encore que vignes et champs
lies Fontis, les Nérottes, la Cure, les Glizières) et pour les cultiver, de
vrais paysans dont plusieurs, peut-être, n'allaient jamais à Paris. Il n'en
va plus ainsi maintenant : les enclos sont restés vastes, mais de co-
quettes maisons s'y sont bâties où le téléphone est installé, ce i]ui
aurait bien surpris leurs possesseurs du temps de Louis-Pliilippi'... La
honte du lotissement sera épargnée, nous l'espérons, à la villa Mont-
morency, qui représente l'ancien parc de la marquise de Bouftlers,
maréchale de Montmorency, morte en 1787. En
dépit d'une consigne un peu sévère, les hon-
nêtes promineurs peuvent y pénétrer et en
1,'oùler les charmes avec les yeux de l'envie; il
n'est pas dans la capitale de plus charmante
retraite. Dans l'avenue des sycomores, habitaient
les frères de Concourt; leur maison, où tous les
ijens de lettres ont fréciuenlé, ouvre sur le bou-
levard Montmorency; elle y porte le n° 53; on
l.i reconnaît au médaillon de bronze représen-
tant les traits de Jules de Concourt, ([ue la piété
traterni'lle du survivant avait phicé à la façade.
Kdni 1 (le Concourt est mort lui-même le
11) juillet 1896 à Chauiprosay, où il était venu en
villégiature chez son ami .Vlplionse Daudet. Son
corps fut ramené le 18 à la maison d'Auteuil,
rintcrrcment eut li.'u \r 20.
Quilqui's nuits maiiiliMiant sur les uniiis dis
lues : la plupart rappellent des personnages l'iut
lonnus; des peintres d'abord : Mii'iiel-.Vnge,
Irlande Lorrain, Jouvenel, Isabey, Poussin, Hi-
liéra, Teniers, François dérard, François .Millet,
(ii'os, Cériiaull ; le scul|ileur Itosio; le dessi-
iiati-iir MalTet ; des musiciens: .Mozart, i»onizelti,
l-'élicien David, Williem, fondateur îles orpliénns;
des écrivains ou des hommes politiques : Dan-
L'i MU, La Fontaine, Boileau, .Mirabeau, Héniusal,
Aiiloine Boucher, (ieorge Saiid, Musset, Tliéo-
phile Gautier; des militaires: .Mural, Molitoi-,
Clianez, Exelmans. Les familles Boudou et Per-
SEIZli:.ME ARRONDISSEMENT
167
richont ont attaché li'urs noms à des voies ouvertes suc
leurs terrains, et non encore classées; les eaux pures
d'une petite rivière, l'Yvette, ont servi à baptiser l'une
des plus paisibles rui's du pins paisible des quartiers.
Le quartier de la Muette correspond u l'ancienne
aiit-'liiniération de la commune de Passy, qui a donné son
nnni à l'arrondissement tout entier. Il n'y a pas à douter
que ce nom : l'assy, en latin Paciacum, vienne d'un de
ses premiers possesseurs, un Gallo- Romain nommé
Paxius, dont nous serions bien en peine de dire autre
chose. On aimerait à proposer une autre étymologie,
justiliée dans le passé et le présent par la réalité des
faits : Passy, séjour de la paix; mais les lois de la phi-
lologie sont inéluctables.
Ce ne fut longtemps qu'un hameau de ((uelques ma-
sures de vignerons, perchées sur une colline presque
inaccessible, et relevant do la paroisse d'Auteuil.
Au temps de Henri IV, des maisons commencèrent à
s'y bâtir, puis, peu après, une modeste église. Claude de
Chahu, (jui était seigneur de Passy en 1660, et sa femme,
Chrestienne de Heurles, s'employèrent de tous leurs
efforts à convertir cette église en paroisse : le chapitre
de Saint-Germain-r.\uxerrois, dont la cure d'Auteuil re-
levait, s'y opposait énergiquement; les difficultés ne
furent aplanies que par la transaction de mai 1672, dans
laquelle Chrestienne de Heurles, devenue veuve, fit de
grands sacrifices d'argent. Ses arguments n'étaient pour-
tant pas sans force, et toutes les lenteurs eussent pu être
évitées: « ... les demandeurs voyant les peines qu'ils
avoient d'aller aux fêtes principales en l'église d'.\uteuil
à cause du mauvois chemin et du débordement des eaux qui s'y ren-
contrent quelquefois, les querelles et les inimitiés que les habitans
d'Auteuil et leur dit curé exerçoient contre eux... et l'assujettissement
qu'ils avoient d'aller prendre ledit curé à Auteuil pour les mariages,
baptêmes et enterremens à faire audit Passy, pour lui demander s'il
en vouloit venir faire les fonctions; à quoi ne satisfaisant pas assez
ponctuellement, les conviés s'en retournoient sans en rien faire, en
sorte que les enfans étaient en danger de mourir sans baptême, et
les autres sans être administrés des sacremens. » Que nous sommes
donc loin de ce temps-là!
De ITJO à l'an VIII, Passy fut chef-lieu de canton ; les communes d'.\u-
teuil et de Boulogne en dépendaient. Simple commune de 1800 à 1860,
elle mit à profit ces soixante années pour embellir sa parure et deve-
nir si tentante que M. Haussmann n'hésita pas à l'annexer à Paris.
Passy devait former le XIII'' arrondissement. Ce numéro ne disait rien
de bon aux oreilles superstitieuses de ses habitants; ils étaient in-
fluents, ils firent remanier l'ordre des arrondissements, et c'est ainsi
que le chiffre fatal échut, nous l'avons dit, au faubourg Saint-.Marceau.
Sa population
était alors de
17,b94 habitants,
c'est-à-dire décu-
plée depuis le
(iimmencement
du siècle.
Ses rues offrent
presque toutes
l'aimable mono-
tonie du silence.
Seules, la grande
rue et celle de la
Pompe préseii -
tent quelque ani-
111 a t i o n , p a r c e
que des tramways
cl omnibus les
parcourent et
que tout le com-
merce y est cen-
tral isé. Nous
avons dit que l'ac-
cès de Passy lui
liingtemps Tnii
dil'ticile à ceux
qui venaient Ar
Paris; il fallail
gravir « la mon-
tagne » par une
LE P.\SS.\GE DES EAUX, A PASSY. rue dc cc nom,
FAÇADE DU LYCÉE .1 A N SON - D E-S AI LL Y.
représentée maintenant à son extrémité d'en bas par la rue Beethoven;
le percement du boulevard Delessert a donc été une opération de
voirie des plus utiles. Le carrefour où il se termine s'appelait la
Croix-Vineuse, et la rue Vineuse garde le souvenir des anciens vigno-
bles de la colline. Sa voisine, la rue de La Tour porte, si on vcTit. le nom
du pastelliste fameux; mais en réalité elle doit sa dénomination à la
tour d'un ancien moulin. La rue Franklin est un ancien chemin de
terre allant à Chaillot; le nom d'Alboni a été donné à la voie formant
escalier entre les quatre nouveaux « hôtels du Trocadéron, en raison
des libéralités que fit la grande cantatrice à la Ville de Paris. Jus-
qu'à 1867, la nie Raynouard (nom d'un érudit qui fut aussi l'auteur des
Templiers) s'appelait rue Basse. C'est une des rues les plus anciennes
de Passy; ses maisons du côté impair prennent vue sur la Seine et la
plaine de Grenelle par-dessus les beaux jardins que la famille Deles-
sert a toujours voulu conserver intacts et ceux de la maison du
D'' Blanche ; leur entrée sur la rue est à la hauteur du troisième étage,
de l'autre côté. La Tour d".\uvergne y a demeuré quelque temps, et
Balzac aussi. Franklin, lui, habita de 1777 à 1785 dans un pavillon
situé à l'angle de la rue Singer (côté pair), où il fit disposer le premier
paratonnerre qui ait été construit en France. L'ne plaque commémo-
rative de ce fait y a été apposée en 1896 par la Société historique d'Au-
teuil et de Passy.
L'église paroissiale, sous le vocable do l'-^^nnonciation. paraît vou-
MAISO.N .Ml
168
PARIS-ATLAS
loir se dissimuler dans le groupe de mai-
sons qui se pressent entre la rue Ray-
nouard et larue dePassy; c'est d'ailleurs
un édilice insignifiant, remis complète-
ment à neuf à la fin du règne de Louis-
Pliilippe.
A ceux qui aiment les chemins de
chèvres, nous recommanderons, pour
descendre de la rue Raynouard à la
Seine, la nie Guiilou (nom de proprié-
taire), la rue Berlon (nom de musicien)
ou, mieux encore, le si pittoresque pas-
sage des Eaux. Il l'appelle l'emplacement
d'un établissement d'eaux minérales qui
eut beaucoup de vogue sous la Régence
et valut à Passy de nombreux visiteurs.
«Ces eaux — dit un contemporain, l'abbé
Lebeuf — en sortant du réservoir s'écou-
lent dessous terre dans des canaux qui
se rendent dans la Seine. Le jardin où
elles sont est ombragé en partie par un
bois de haute futaie qui donne des om-
brages charmants aux buveurs, et qui
est dominé par quatre terrasses élevées
les unes sur les autres, sous lesquelles
il y a des galeries pour les mêmes bu-
veurs quand il pleut. Il n'est point de la
compétence de cet ouvrage de juger de
ces eaux, sur lesquelles il paraît que les
sentiments ont varié... »
Le quai de Passy est resté charmant
avec ses jardins en terrasses, restés pres-
ijue les mêmes qu'au xvni= siècle. Il
commence à la rue Beethoven. Là était
le couvent des Minimes ou Bonshommes de Aigeon
(c'était le nom du clos), fondé par Jean Morbier en 1493,
enrichi, peu après, par de nombreux dons d'Anne de
Bretagne, dispersé en 1190. Plus loin, au delà de la rue
Alboni et du passage des Eaux, commencent les ma-
gnifiques jardins étages de la propriété Delessert. La
rue Berton les sépare de l'ancien château de Lauzun,
qui appartint ensuite à la princesse de Lamballe, et
devint en 1846 la célèbre maison de santé du D"' Blanche.
Que d'hommes connus y sont venus demander, la plu-
part en vain, la guérison d'un cerveau trop suinioné
par la recherche et la conquête du talent : Cn'dès,
André Gill, Guy de Maupassant, pour ne parler que de
ceux qui n'en sont pas sortis vivants! Le D"' Blanche
lui-même y a fini ses jours au mois d'août 1893.
Un peu au delà, le quai passe sous la ligne de Cour-
celles aux Invalides, qui émerge du sein de la colline
par un souterrain construit sous la vaste maison d'en-
seignement dite des Frères de Passy. Au rond-point
SQUARE LAMARTINE Eï STATUE DU POETE.
du pont de Grenelle, où commence l'ave-
nue de Versailles (Auteuil), il faut tour-
ner à droite pour remonter à Passy par
la rue de Buidainvilliers, ouverte à tra-
vers le domaine seigneurial de Passy,
dont le dernier seigneur fut Anne-Ga-
briel de Rieux, marquis de Boulainvil-
liers. ÎSous retrouvons la ligne de che-
min de fer des Invalides à hauteur de la
rue des Vignes, où est iusiallée la sta-
tion dite de Boulainvilliers dans une
tranchée ouverte dont l'cllel est des plus
l)ittoresques.
Au delà de la rue de Boulainvilliers,
la rue de Passy s'élargit et, sous le nom
de chaussée de la Muette, prend une allure
plus noble. Elle aboutit à l'ancien châ-
teau royal de la Muette, dont le nom a
été donné au quartier. Ce fut d'abord,
sous Charles IX, un simple pavillon de
chasse, presque un chenil, et c'est ce
qui explique sa dénomination, car par
Muette, il faut entendre meute. Le Ré-
gent en fit un palais pour sa fille, la
duchesse de Berry. Louis XV y prit goût
aussi, et l'embellit de toutes sortes d'oeu-
vres d'art. La belle perspective qui
s'ouvre en face de l'entrée du bois de
Boulogne fut de même ordonnée par lui
]Mjur que, de ses fenêtres, il pût voir le
cliàteau de Bellevue où régnait M™" de
Pompadour. Le vent de la RévolutioQ
MAISON MOKTUAIUE 1>E VICTOU IIUOO.
FAÇADE DE I.A FONDATION THIERS,
balaya tcml ce hixi', auiiiiel sr niélaicnt ]ias mal d'ini[)uretés. Domaine
national, olIVrl en vente à l'encan, le cliàleau ne trouva ([u'eu 1815
un acquéreur, et, heureusement, un acquéi-eur digne de lui, Sébas-
tien Erard, facteur de pianos, dont les héritiers indirects le possè-
dent encore maintenant.
Devant la Muette s'étend la gracieuse luonirnadi' du Ranelagh,
vestibule du bois de Boulogne. Il paraît que, vers 1780, lord Ranelagh
avait ]iatronné sur ses terres de Cheisca, i)rès de Londies, un bal
I liampètre (jui eut tout de suite beaucoup de succès. Cela donna
I idée au sieur Moiisan d'en créer un analogue sur les pelouses de
la Muette. L'autorisation lui en fui donnée par le maréchal de Sou-
liise, gouverneur du château, et la vogue ne lui manqua pas davan-
tage, grâce à la ri'ine, toujours avide de iireudre pari aux fêles |iopu-
laires. C'est de là aussi ijue, |>our la |ireniière fois, Pihllre de Ro/.ier
partit en ballon, en 1783. Après la Révolution, après l'invasion de 18iS
qui saccagea le bois de Boulogne, les bals du Ranelagh furent
oiiM'its di' nouveau, mais exclusiveiuenl à l'aristocratie. Il y a liien
lou^lciiips qu'ils se sont fermés pour toujours. Le Manclagh n'est
plus iju'un élégant parc sillonné d'avenues ombreuses dont (|uel-
ijues-unf^s sont bordées de villas. Au n° 2 de l'avenue Ingres,
est la maison où iiumi-ut Ilossini le 13 novembre 18C8. On ne |iouvait
trouver meilleui' cuiplaci'uient poui honour par un moniiiui'nl la
mémoire cb- La l'onlaine.
SEIZIEME AIIRO.NDISSEMENT
169
Enfin, le I{anol.it;li a eu la gloire, non médiocre, d'èlre clioisi, on
raison de son cliarnic même, comme lieu d'arrivée de Tcmpereur et
de rimpéralrice de Hussie, lors de leur visite solennelle à Paris, dans
la matinée du 6 octobre 1896.
Ce fut, pour les privilégiés à ([iii il fut dunné d'y assister, une
inoubliable solennité. Depuis tant de mois ijne l'aris, que la l'rance
entière vivaient dans
l'attente fiévreuse de
cette visite, féconde en
espérances, il n'est pas
excessif de dire (jui: ce
matin-là, toutes les pen-
sées convergèrent sur le
Ilanelagh. A l'heure fixée
— dix heures du malin
— le train impérial s'ar-
rêta n queli(ues mètres
en avant de la gaie de
Passy. Venant de Clu'i-
bourg, il avait éti' lon-
duit directement par
Versailles et l'embran-
chement d'Ouest -Cein-
ture. Un débarcadère
d'une 'rare élégance s'é-
levait en bordure de la
voie; les souverains des-
cendirent. Le président
de la République, les
ministres, tous les hauts
fonctionnaires de l'État
et de la Ville étaient là.
Après les présentations
prévues par un cérémo-
nial rigoureux, le cor-
tège se mit en marche, gagnant Paris par le bois de Boulogne et les
Champs-Elysées. L'enthousiasme de la foule immense qui avait passé
la nuit à l'attendre, était indescriptible... On devrait bien marquer
par un monument commémoratif — il en a été question — cette
minute de gloire, sans précédent et probablement sans retour, dans
les annales du Ilanelagh.
Au Nord du domaine de la Muette, la translation du Fleuriste de la
Ville au parc dss Princes (Boulogne), décidée en 1894, consommée
en 1898, a dijterminé la création d'un nouveau quartier sur les deux
rives du chemin de fer de Ceinture, entre les gares de Passy et de
l'avenue Henri-Martin. Il est à peine sorti de terre et sa prospérité
est déjà assurée. On a eu l'heureuse idée de donner aux voies nou-
velles des noms d'hommes de lettres contemporains que la postérité
devait retenir : Emile Augier, Jules San-
deau, Eugène Labiehe, Octave Feuillet,
Guy deMaupassanl, Edmond About, Cus-
tave Nadaud. Ils sont bien placés dans le
voisinage d'un point où convergent les
avenues Victor-Hugo et Henri-Martin.
Cette dernière, (|ui limite au Nord le
quartier de la Muette, le séparant de
celui de la Porte-Dauphine, a reçu sa
dénomination en 1883 (l'éminent histo-
rien est mort iiie Vital, 38, le 14 ilé-
cembre 1883). Elle s'appela à l'origine
avenue de l'Empereur, puis avenue du
Trocadéro. Lamartine aurait eu, si sa
gloire n'avait pas été déjà pourvue, des
droits de priorité à en être le [larrain,
car il l'habita longtemps, dans un ch.ilrl
que lui avait donné la Ville et où il num-
rut en 181)9. Sa statue, œuvre de Mai-
quet de Vasselot, s'élève depuis 1886
dans le square Lamartine, tout voisin,
coquet en dépit de ses cyprès, qui lui
donnent quelque peu l'air funèbre.
Construite de 187b à 1877 |iar M. tlo-
debœuf, architecte municipal, la mairie
fait très bonne figure à l'angle de l'ave-
nue Henri-Martin et de la rue de la
Pompe; elle a remplacé l'ancienne mai-
rie de Passy sise sur la place du même
nom, où stationnent les omnibus de la
Bourse.
PONT DIÉ.NA. ET PAL.^IS DU TROCADÉRO.
Le lotissement du parc Guiciiard, en 183^, donna lieu à l'ouverture
d'une série de rues qui rayonnent autour de la place Puisoz (M. Po.ssoz
était maire de Passy lorsque fut faite cette opération). Elles onlUmtes
une largeur uniforme de 10 mètres. Ce sont les mes Cortambert 'alors
rue Saint-llippolylei, Fiiwtin-Hélw rue .Sainte-Claire), Delaroche fnie
Saint-tJeoiges), Nkulo (rue Saint-Pierre'. La dévotion n'avait pas été
étrangère, on le voit, au
choix de ces dénoiuina-
lions.
Depuis 18'i2 exislail la
rue Vital, oITerle à la
commune de Passy par
un de ses conseillers
municipaux, M. Vital,
pour « mettre en ra()-
|iort la partie excentri-
que de la commune avec
le centre». De nos Jours
ont été percées, s'ou-
vrant sur la rue de Passy,
les rues Gavarni et
Claudc-Chiihu. Le choix
de celte dernière déno-
mination demeure fâ-
cheux, même pour ceux
qui savent qu'il s'agit du
personnage auquel
Passy dut sa création
en paroisse.
Depuis 188:?, Passy
possède un lycée de Jeu-
ms filles, le lycée
Molière, dont renel".-
s'étend de la rue du li.i-
nelagh à la rue de l'As-
somplion, avec une façade sur chacune de ces voies.
Le haut mur de soutkicment qui forme l'encoignure de l'avenue
Henri-Martin et de la place du Trocadéro dissimule aux yeux le
cimetière, dont l'entrée est rue Vineuse et rue des Béservoii-s — ci-
metière coquet, aristocratiipie comme l'ensemble du quartier, tant il
est viai que l'égalité devant la mort n'est qu'un vain mol.
Quartier de la Porte-Dauphine. — Sous le règne de Louis XVIII.
toute la région qui s'i'leml au nord de l'avenue Henri-Martin était
encore absolument inhabitée ; on l'appelait la plaine de Passy, plusieurs
chemins vicinaux la traversaient. Des spéculateurs y jetèrent les yeux
en 1825 ; l'avenir a prouvé qu'ils n'avaient pas tort.
Le nouveau quartier reçut un nom assez singulier : l'Elysée-Charles
(toujours la flatterie au pouvoir». Il fut tout d'abord doté de deux
LA I-O.NTAI.NE DU PALAIS DU TROCADERO.
170
PARIS -ATLAS
LE MUSÉE GUIMET.
larges avenues se cou-
pant à angle droit :
« l'avenue de Sain t-
Cloud, allant de TArc de
Triomphe à Saint-Cloud
par le bois de Boulogne,
et l'avenue de Saint-
Denis, allant de la Car-
rière Sainte-Marie ou du
Trocadéro au chemin de
la Révolte ». C'est ainsi
que les désigne, au cours
de sa session de 1828,
le conseil d'arrondisse-
ment de Saint-Denis, qui
émet le vœu que la pre-
mière soit classée, des
l'année suivante, comme
route départementale, et
que la seconde le soit
également « dès qu'elle
aura été cailloutée par
laCompagniedelaplainc
de Passy ». (Arch. de
la Seine, procès-verbal
manuscrit). Le lecteur y
aura reconnu les (iveiians
Vidor-IIugo et MaUdo/jf.
11 semblerait que leur
p o i n t d ' i n t e r s e c t i 0 n
(place Victor-Hugo) ait dû
être choisi comme centre géométrique de l'Elysée-Cliarles. Non,
ce fut le rond-point de Longchamp, où se coupent les rues de
Longchamp et des Sablons. C'est là qu'en avril 1829 — les délibé-
rations du conseil municipal de Passy l'attestent — fut érigé un
aie de triomphe sous lequel passa le roi à son rclnur de
l.unéville. Le coût de cette éphémère eonsiruclion fut de
/iG8 fr. 6fJ.
Après Charles X, l'Elysée-Charles perdit MatuiidliMncnt son
surnfim cl même son nom. Cela n'cnÈpèclia pas qu'on y hàlit.
I.e 10 novemhre 18bl, la muiiicifialité de Passy fut autorisée
par son conseil à acipiérir la (|uantité de teirain nécessaire, à
raison de la fr. 151e mètre, pour la construction d'une chapelle.
Le 2o novembre \S'6o furent approuvés les devis de la ronstrue-
liiiM <le irllf (hapr'jie et d(-s bàlimciits scolaires annexes :
"ti.fira fï. T.id inir part, 1(1,272 Ir. 72daulre (larl. C'est l'église
Saint-Honoré-d'EyIau, deviriue jiaroi.sse en 1802.
lin vain rberclierait-on dans l'ancii-nne plaine de Passy des
moiiumciils plus anciens; d'iii longlemps encore, nos aichéo-
logues n'y Irouvemnl... que des logis pour lux - au lunrala
di' leur lorlune.
Le lycée Janson-de-Sailly — du nom di: son principal
fondateur avec l'État — occupe un très vaste cmplacinniil
I..\ PL.VCE DES ETATS-UNIS.
entre les rues de la Pompe, Decamps, de Longchamp et l'avenue
Henri-Martin. Sa prospérité a été très rapide, car il occupe
maintenant le premier rang pour la population scolaire, et
aussi pour la vigueur physique des élèves, qui y excellent dans
tous les exercices du corps. La sortie des classes est amusante
à voir : il n'est guère d'externe qui, le cartable sous le bras, et
souvent la cigarette aux lèvres, ne s'élance sur sa bicyclette
pour de là aller faire un tour au Bois ; et sur la chaussée
asphaltée de la rue de la Pompe, ce sont des départs homé-
riques !
Une plaque commémorative que porte la façade d'un petit
hôtel fort simple, 124, avenue Victor-Hugo, arrête le passant
dans une respectueuse émotion : c'est là que, le 22 mai 1885,
s'élêignit le Maître chargé de gloire et d'années, mais que l'on
s'haliKuail à croire immortel. Dès l'année 1881, la Ville de Paris
avait par un hommage spécial donné le nom de Victor-Hugo à
la partie de l'avenue d'Eylau qu'il habitait, entre la place Saint-
Ilonoré et l'avenue Henri-Martin. Au lendemain de la mort, le
conseil délibérait que toute l'avenue jusqu'à l'Arc de Triomphe
recevrait le nom du poète. On transféra le nom d'avenue
d'Ei/lau à une voie ouverte, la même année, entre le Trocadéro
et le rond-point de Longchamp.
Que dire, qui n'ait pas été dit mainles fois déjà, des
splendeurs de Vavenue du Buis-dc-Boulogne, de celle pro-
menade princière, plus majestueuse encore que les Champs-
Elysées qu'elle continue, préface exquise du bois de Bou-
logne dont elle est la
seule route suivie par
quiconque se respecte
à Paris. Ce fut d'abord
l'avenue de l'Impéra-
trice. Pendant la guerre
de 1870, on lui donna
le nom du général
Lîhrich, le vaillant dé-
fenseur de Strasbourg.
Sa dénomination ac-
tuelle date de 1 875. Parmi
tant d'hôtels magnili-
quesqui la bordent, nous
ilevons une mention spé-
ciale à celui qui occupe
le triangle formé par l'in-
lerseclion avec l'avenue
de la rue de la Pompe
et de l'avenue MalakolT;
ancienne demeure du
I)"' Evans, il a élé acheté
par le gouvernement
pour abriter les souve-
lains étrangers venus
visiter l'Exposition de
l'JOO; c'est l'Hôtellerie
des rois, comme on l'a
déjàsurnommé. Son pre-
i,E musi;e (i.\i,i.ii;uA.
SEIZIÈME AP.l{ONni?SEMENT
m
Phol, NeurJeio.
LE XVI« ARRONDISSEMENT ENTRE L'AVENUE DIÉNA ET L'AVENUE KLEBER.
m'wv liùte a été le roi <le Suéde, qui y a passé une partio ilu mois do juin.
Ombreuse et poétique, comme le dit son nom, la rue dex Belles-
Feuilles aboutit à l'hôtel où, pour honorer la mémoire de Tillustre
homme d'Étal. Adolphe Tliiers, sa veuve a créé ce que l'on nomme la
Fondation Thiers. Ce n'est pas une école de hautes études, ni un
iiiNlilul, c'est un asile de science, où quelques jeunes gens, s'étant
déjà révélés par leurs dispositions pour les travaux savants, passent
trois années, exemptes de tout souci matériel, à se perfectionner dans
la carrière de l'érudition, avec toute liberté dans le choix de leurs
études. La conception est des plus heureuses, mais elle ne peut être
utile qu'à ceux (jue la fortune n'a pas favorisés (de quoi servirait-elle
aux autres?) et il est à craindre qu'après cette période purement spé-
culative les difficultés matérielles de la vie ne leur apparaissent plus
graves encore, car elles sont plus soudaines.
Quartier de Chaillot. — C'est ce nom qu'un décret du
20 aviil 189G a substitué à celui de c[uartier des Bassins, porté
jusf|ue-là par le 64" quartier administratif de Paris: «Le chan-
gciuent do nom demandé par le Conseil municipal paraît justilié,
aujourd'hui surtout que les bassins qui existaient autrefois sur
remplacement occupé aujourd'hui jiar la place des États-Unis
n'existent plus. La nouvelle dénomination de Chaillot aurait même
l'avanlaÊte de rappeler le souvenir d'une localité importante des envi-
rons d>' l'aniieii Paris.» Tout cela est vrai, mais il n'y a pas (|ue cela.
Les habitants du i|uartier se plaignaient de lette dénomination de
"Bassins» qui jnétait à des plaisanteries; ils n'ont pas pris garde que
le nom de Chaillot a, lui aussi, été chansonné et ridiculisé aussi peu
spii'ituidlemenl ; il était de lion goût, jadis, de dire à tout venant : « A
Chaillot, ni(Ui bnnliomnie! » D'ailleurs, si les bassins de la place des
Etats-Unis ont disparu, ceux de la rue de Yillejust (toujours dans le
même quartier) n'ont fait i]ue s'accroître. Un avis publié au Bulletin
municipal du 25 octobre 1897 annonce la construction d'un nouveau
compartiment aux grands réservoirs de Passy — et une malencon-
treuse parenthèse ajoute : XVI« arrondissement, quartier... des Ba.s-
sins! Le décret cité plus haut devait pourtant avoir force de loi, dix-huit
mois plus tard !
Il est très intéressant à connaître, le quartier de Chaillot, et aussi
très complexe. Dans sa partie orientale, il participe du luxedu VlII'ar-
rondissement, aucjuel il confine ; au centre, ont survécu quelques ves-
tiges du vieux village; à l'Ouest et au Nord, il se confond avec son
voisin la Porte-Dauphinc, dont il est le contemporain.
Le nom de Chaillot apparaît pour la première fois dans les chartes
en 1096 sous la fiuine Culeiuin, puis assez frequenuuenl.au cours du
xii" siècle, dans des documents qui ont pour objet de confirmer au
prieuré de Saint-Marlin-des-Champs la haute main sur la paroisse de
Chaillot. Plus lard, on trouve Cliallnel, Clidilloel. D'où vient ce nom'.'
I.'abbé Lebeuf le tirait du celtique et affirmait qu'il sigiiiliail lieu
iléfriché; d'autres érudits y ont cherché une origine latine. qu"il>
rattachent à celle do notre mot caillou. Ici, comme en tant dautre>
cas, la science idiilogique n'a pas dit son dernier mot.
Sur le sommet du plateau, là où le palais du TrocaJéro offre
aujourd'hui aux maigreurs de la Unir Eiffel le contraste de sa panse
énorme et de ses bras démesurément ouverts, était jadis la vraie
maison seigneuriale de Chaillot. L'illustre maréchal do Bassempierre
s'en rendit un jour acquéreur — en 1630 — et cela nous a valu un»
bien jolie anecdote de ïalleniant des Uéaux : "Quand il achepla Chal-
liot, ia Heyne mère lui dit : -- Hé! poiirquoy avez-vous acheplé cette
maison".' C'est une maison de bouteille. — Madame, dit-il. je suis Alle-
mand. — Mais ce n'est pas estre à la campagne ; c'est le fauxbourg de
i72
PARIS -ATLAS
rF.KSPKfTI VK DE I/AVENTE DV B O I S - D E - B O U LO(i N E
Paris. — Madame, .j'aime tant Paris, que je n'en voiidrois jamais
sortir. — Mais cela n'est bon qu'à mener des.... filles (il y a un autre
mot dans Tallemant)! — Madame, j'y en mènerai.»
Vingt et un ans plus tard, cette maison si peu vertueuse devenait un
couvent de femmes; les dames de la'Visitation l'achetèrent sous le patro-
nage de Henriette de France, fille de Henri IV, l'infortunée reine d'Angle-
terre, dont la gloire dépasse les mallicurs puisque Hossuet les a célébrés
dansl'églisemémedesVisitandines. La gloire en rejaillil aussi sur Chail-
lot d'avoir été le lieu où furent entendues ces paroles magnifiques : " Celui
qui règne dans les cieux, et de
qui relèvent tous les empires... ><
La Révolution vint disperser
les religieuses, qui étaient alors
au nombre de vingl-deux, jjIus
neuf sœursconverses, deux srrurs
touriircs, une demoiselle agré-
gée et une fille de service. Leur
couvent, bientôt jeté bas, laissa
pendant longtemps inculte et
charmante la montagne qu'un
fort espagnol conquis en 182.'} lit
appeler le Trocadéro. Puis, on y
mil des marches, larges chacum'
comme un trottoir de nos bou-
levards; enfin, pimr l'Exposition
universelle di' l«7H. MM. Daviond
et iîiHirdais y lia tire ni le bran
palais du Trocadéro,
grande- salh- dr télés n';
vice, mais rédliiliitoire
acouslifiiie déplorable.
A mi-c(Ue, s'élèvent I
iMf la
in'nn
sées Guimet et Galliera; li-
premier, coiisaiié aux monu-
ments des religions et de l'an-
tiquité orientales, a été drinné
h l'État par son fondaleur,
M. fluimel. M'"" do (iallicra a
donné à la Ville un holel charmant [lour lui permeUi'e d'y exposer di's
œuvres d'art — nolarnnient des lapisseries — qui n'auraient |ioinl b'ur
place au musée Carnavalet. Au didà de la rue l'ierre-Chai-ron serpenle
la vénérable rue de Cliaillol, aussi luxueuse vers les Cliam|)s-Klyséi's
qu'elle l'est peu dans sa parfie occidentale,
où se trouve l'église Saint-Pierre, monument
sans caractère, de la fin du xvn'' siècle.
Nous avons dit plus haut l'origine de la place
des Eliils-Unis; elle date de 1883 et est devenue le
centre de la colonie américaine. Le i"^ décem-
bre 1893 y a été inauguré le groupe en bronze :
Wiis/iiiu/l'in et La Faycltc, offert à la Ville par le
journal' r/ic World.
Un décret du 3 mai 19GÛ a approuvé « l'érec-
tion à Paris d'une statue de Washington ». C'est
la place d'Iéna qui a été choisie pour la rece-
voir, et l'inauguration a eu lieu le 3 juillet sui-
vant. Cette statue équestre est ofl'erte à la Fiance
par un groupe de dames américaines.
Sur la même place, se voit l'hôtel construit
pour l'ancien président de la République, Jules
Crévy.
Vin has, sur le quai, là où est mainlenant la
iiKinutention militaire, Louis XIII avait fondé la
Savonnerie, manufacture de tapis orientaux,
d'où sortirent d'admirables produits, dignes des
(iobelins, jusqu'au moment où elle fut réunie à
sa sœur aînée du faubourg Saint-Marceau, c'est-à-
dire en 1824. A côté, en remontant vers Paris,
c'était la marbrerie, dépôt des marbres du roi
— et plus près encore de la barrière, sur l'em-
placement actuel de la pompe à feu, les frères
Périer avaient, en 1778, construit la première
grande machine élévatoire de Paris, refoulant
l'eau de la Seine jusqu'aux réservoirs de la
montagne de Chaillot. Ce n'était que de l'eau de
Seine, mais il fallait savoir s'en contenter :
après la disparition des réservoirs, la pompe à
feu est elle-même appelée à une destruction prochaine.
L'avenue Kléber reprvsenle le tracé du mur des fermiers généraux;
elle s'est appelée longtemiis avenue du Roi-de-Rome. Ce serait une
erreur do croire que la rue de Longrhnmp doit son nom à l'aMiaye
célèbre du bois de Boulogne; les textes permettent d'affirmer qu'il
y avait au xvii*' siècle à Chaillot un lief de Longchamp. De lautre
côli'' de l'avenue Kléber, le terrain est très inouveineiilé, malgré
d'énormes travaux de nivellement, surtout du côté des rues Copernic
et de Lauriston, où il domine l'avenue Victor-Iliigo.
(Jiiel(|iies mots en lenniiiant
sur le parcours du chemin de
fer de Ceinture dans le XVI'" ar-
rondissement. Après la station
de la Porte Maillot-Neuilly, (pii
appartient au XVII" arrondisse-
ineiit, il se ]ioiirsuil en tranchées
sur quatre voies, l't dessert les
stations de l'Avenue du Bois-
de Boulogne et di^ l'Avenue
Henri Martin. Au delà de cette
dernière station, se détachent, à
ih'oile et à gauche des V(des
d'Auteuil, celles de la ligiii' du
t^hauip-dc-Mars-inv.ilidi's (jue
nous avons déjà i-enconlri'e dans
Passy. Les trains d'Aiileiiil e( d(>
la Ceintiire suivent siirdeux voies
une tranchée (|iie siirpjoiiihe à
gauche le i.uiilev.iid Kiiiil.'-
Aiigiei-, à droite le |iaic di' la
Miielle. Après la slalicni de
Passy, une perspective des plus
riantes s'ouvre sur le Itanelauli ;
lUVlEI. l)V. JUMOS GHfjVy, IM.ACI', DII'CNA.
pill
jiis(|u'aux
d'Auteuil,
reiiildai. I.<
Si-lll celle L
une il
liani'lii'
ds dt
<ôlé
1
viailur du Poiiit-dil-toiir, d'où la '
le la ligne et atleii;iieMl la station
r le viaduc niènie, au delà de Lopndle,
nt dipul nous avons pai h', ils pi'neiiciil
la gare
elle déhoucheen
trains qui di'pas-
■ s'c'ngagent alors
ne est eliarniaiile des deux
lu Point-du-Jour, inslalli''e
l'rauchissant la Seine sur le
dans le XV" arrondisseiueiit.
PARIS - SEIZIÈME ARRONDISSEMENT
LLp: AVENUE i"""-:""""" GRAfiar" ARfs^c >'^^'*"j p^ ^ ï /^^
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PABIS-AT LAS
Pbot. NéorUeia.
ARC DE TRIOMPHE DE L'ETOILE.
BATIGNOLLES-MONCEAU. — cv .vxmi^n -. les ternes. - 66- quartier la plaine-monceau.
07'^ (aARTiicR : BATIGNOLLES. — (18= oiartif.r : LES ÉPINETTES.
IMITROPRE des opulenls VIII'^ et XVI'=, contigu
à ri'li'gant Neuilly, au populeux l.evallois, alié-
nant à Montmartre qui lui donna la vie, le
XVII" arrondissement, dit Batignolles-Monceal',
ofTre un rellet exact de voisinages si divers :
opulent et élégant dans la Plaine-Monceau, la-
boiieux et populeux aux Ternes et à BatignoUes,
industriel et ouvrier aux Épinettes.
1, 'avenue de la (irande-Armée le sépare du XV!';
l'avenue df WaL'iam, Irs boulevards de Courcelles et des Batignolles
II" séparent des Vlir= et IX= arrondissements; l'avenue de Saint-Ouen,
du XVIl"; enlin, les fortifications lui sont une limite naturelle.
Il est d'une grandeur moyenne : 4'ii3 hectares. C'est même le jilus
petit des arrondissements formés par l'annexion de 18G0; en revanche,
il comiite plus de 185,000 habitants; et, parmi ces arrondissements,
le XVllI" seul a une population supérieure. Si l'on veut poursuivre les
coinjiaraisons, il faut dire encore iju'il n'y a pas à Paris de quartier de
création plus récente que ceux qui composent le XVll-' arrondissc-
P ahis-Ati.as.
ment. A part l'agglomération des Ternes qui peut prétendre à quelque
notoriété historique, tout le reste du territoire était encore eu culture
il y a un siècle.
be même (]ue les trois arrondissements qui le suivent dans Tordi'e
numérique, celui-ci a été formé en 1860 aux dépens de communes
surhurbaijies : Xeuilly a fourni les Ternes, jusqu'à la rue de Cour-
celles, et Clichy (l.evallois-Perret n'existait pas encore en tant que
commune^ les trois autres quartiers qui, nous le verrous plus loin,
avaient éié. dès l!<30, constitués en commune distincte.
Quartier des Ternes. — N'en déplaise aux habitants des Ternes,
ils ne sauraient se prévaloir de l'origine romaine que des sa>-ants
avaient proposée pour expliquer le nom de leur localité. On avait dit
quelle était située tenio milliario. au troisième mille de P;uis. 11 faut
renoncer à cette étymologie lointaine, depuis que des chartes latines
du xiv° siècle ont "été retrouvées, où le lieu est dit eiV/a eslerna ou
cïterna, domaine extérieur, dépendant des terres que l'évèché de Paris
possédait au Houle et ù la Ville-l'Évèque. C'éUit, tout simplement,
une ferme. "
17
PARIS- ATLAS
Urne m.''mo îles Ternes, une e;il;islroplie
déplorable. Los chevaux de la voilure qui
cùnduisait, le 13 juillet 18'i2. au château
de Neuilly le fils aiiié de I.ouis-Philippe,
Ferdinand, duc d'Orléans, prirent peur et
s'emballèrent non loin de la porte Mail-
lot. Le prince effrayé crut échapper au
danger en sautant en bas de sa voiture
le lit si malheureusement qu'il y trouva
"a mort. Les habitants des Ternes mirent,
en signe de deuil, leur nouvelle église
sous le vocable de Saint-Ferdinand,
Devant cette ferme passait un grand chemin qui a
du exister de toute antiquité : la route de Saint-Ger-
main. L'avenue des Ternes n'en est, en effet, qu'une
section, prolongée vers Paris par le chemin du Roule
et la « grant rue Saint-Honoré ».
Au XVI' siècle, à côté de la ferme s'éleva un château,
construit par une famille berrichonne, les Habert, qui
se le transmirent jusqu'en 1663. Ils avaient obtenu par
lettres patentes de 1634, bien que leur maison ne fût
point un fief, « le droit d'avoir colombier à pied et
pont-levis en ladite maison des Ternes», mais sans que
le propriétaire « puisse néantmoins prétendre aucun
droit de seigneur autant plus grand que ceux dont il
jouissoit avant... » En 1713, le château fut acheté par
Mirey de Pomponne, conseiller du roi, qui le fit rebâtir et y mourut. Les
registres paroissiaux de Villiers-la-Garenne mentionnent n le décès de
messire Poraponne-Mirey, en sa maison des Ternes », le 21 avril 1740, à
l'âge de soixante-cinq ans ou environ. Divers possesseurs lui succédèrent
jusqu'à la Révolution : René Masse, conseiller du roi, mort en 1766;
M. de La Live, le marquis de Galiffet, prince de Martigues. Depuis, le
percement de plusieurs rues, la création du chemin de fer de Ceinture,
des aliénations de terrain, ont réduit le domaine à n'être plus qu'une
simple maison bourgeoise ; mais ce qu'on a pu conserver de la construc-
tion de Pomponne lui donne encore grand air, et c'est pour le prome-
neur une charmante surprise que de se trouver tout d'un cou|) en face
de l'arcade recouverte de lierre sous laquelle passe la rue Bayen.
Après la Révolution, !c hameau des Ternes se peupla rapideuicut. Le
mur d'enceinte des fermiers généraux l'avait isolé de Paris;
il dépendait de Neuilly qui, lui-même, bien dill'érent alors de
ce qu'il est devenu, avait toute son agglomération et ses édi-
fices municipaux — église et mairie — non loin de la Seine.
Les Ternes tirent cause commune avec le qiiarliei neuf de
Sablonville et déclarèrent tout net que se trouvant trop éloi-
gnés du centre de la commune, ils allaient
demander au gouvernement la création en
leur faveur d'une municipalité. Cela se pas-
sait aux environs de 1830. Neuilly s'en émut,
ainsi que l'atteste le procès-verbal d'une
séance du conseil municipal tenu le 8 août
1833, où une compensation fut promise aux
Ternes.
Et, en effet, l'année suivante, était entre-
prise la coDstructiûu de la mairie à Sa-
blonville.
La « section » des Ternes avait quelques
droits à se montrer exigeante; elle comp-
tait alors 8,000 habitants. Une sorte de
hangar servait de chapelle. L'impasse dite
iiiijourd'hui avenue de la Chapelle, tout
près de la barrière, en rappelle l'emplace-
jnent. La commune de Neuilly vota les
fonds nécessaires jiour la remidacer par
une véritable église. L'n terrain fut acheté
au marquis d'Armaillé en 1842; les plans
dressés par l'architecte Lequeux furent
agréés : une église s'éleva. Elle élail à peine
commencée lorsque survint, sur le terri-
1
ftr.T.i
PERSPECTIVE DE I/AVENVE DE WAGKAM.
saint fort obscur, mais patron du malheureux duc d'Orléans.
Cet édifice, ni beau ni laid, a été considérablement agrandi, de 1875
à 1877, par les soins des architectes Vaudremer et Rray. Disons, en
passant, que ce dernier était adjoint au maire de Neuilly et qu'une rue
du quartier des Ternes porte son nom, mal orthographié, Brey. De
pareilles erreurs seraient à peine excusables s'il ne s'agissait pas d'un
homme qui vivait encore il y a vingt-cinq ans.
Une plaque de marbre, à droite de la porte de l'église, porte une
inscription relatant que ces travaux d'agrandissement furent solen-
nellement bénis, le 7 novembre 1878, par l'archevêque de Paris.
La ville des Ternes, si avide d'autonomie en 1833, n'avait plus du
tout les mêmes sentiments en 1859, lorsqu'elle fut consultée — pour
la forme — sur son annexion à Paris. Sa commission syndicale,
composée de sept propriétaires, émit un vœu très favorable
et alla même jusqu'à regretter que la totalité du territoire de
Neuilly ne fût pas compris dans cette mesure. Voici les rai-
sons qu'elle en donnait :
Celle extension,! laquelle on s'élail généralement allondn, j;aranlirait
1 I seclion des Ternes contre le toit rpr<lle csl menacée d'éprouver en
ce que le peu d'espace qu'elle offre fi parcourir
pour passer la nouvelle enceinte pourra provoquer
lemigralion d'un certain nombre d'habitants clicr-
thanl à se soustraire aux nouveaux droits U'ociroi.
elle auiail, d'aillcuis, ravanlaj;o de conserver le
splenilide oiisemblc de promenades établies ou à
élablir depuis les boulevards de Paris jusqu'au
bois de Boulogne, lequel s'y liouveiait dolinili-
vcmcid compris : liarmonie qui peut être délruile
si la nouve/l.e enceinte vient séparer irrévocable-
ment deux sections qui semblent avoir beaucoup
à gagner à ce projet en restant réunies...
(Arcb. nat. V. sTOOl.)
Pour valables que fussent ces arguments,
ils ne prévalurent pas. Les Ternes seuls
furent incorporés à Paris.
Nous avons dit ailleiiis ([uelles furent les
origines de l'avenue des Champs-Elysées
el de la place de l'Etoile. Lor.s(|ue celle-ci
fui formée, en 1070, il s'en fallait qu'elle
I fil son as|ie(l d'aujouririiui. C'était une
bulle pointue irrégulièremeiil, el i|ui bar-
rait désagn'ablement la perspective des
Tuileries. On nf songea guère à » rapi)ro-
SAlN 1 -l'EHDINANn. fiMidir •, c'esl-à-dire à l'aplanii.que lors dit
D 1 x-s !•: 1' 1 1 !■: M J-: a u i*. o > d i s .< !■: .m i:; .n t
- 17."
nouveau remaniement des Cliamps-
Élysî'es et de la place de la Concorde,
l'dur faire pendant à la statue de
I.iiuis XV' qui décorait celle dernière,
du nombreux projets furent mis en
avant par les inventeurs. L'un des
plus bizarres est celui qu'en 1738 pro-
posa l'ingénieur HibarL de Cliamoust
sous ce titre : Uéléphant trimnjtiud ;
(jrand kiosque n la gloire du roi. Il s'agis-
sait d'un éléphant monumental, sinon
triomphal, surmonté de la statue du
roi. Mais laissons parler l'inventeur :
« Tout y paroit vivant, et l'animal ne
semble arrêté que pour se di'>saltérer
à une fontaine qui fait avec lui la tète
<rune riche cascade. 11 scroit posé sur
une terrasse percée de toutes parts
par des galeries qui donneroient accès
à des escaliers menant, dans l'inté-
rieur, à de vastes appartemens. »
Vers le poitrail, des salles de bain; à
l'extrémité opposée, une salle à man-
ger merveilleuse. Puis, entre les
épaules, une vaste salle se terminant
dans la tète en amphithéâtre, avec un
trône. « Cet endroit, ajoute Ribart,
conviendroit on ne peut mieux pour
l'administration de la justice, pour
tenir des assemblées, donner des con-
certs et des fêtes. On y entendroit les
concerts d'oiseaux invisibles comme
dans les lieux enchantés que décrit la
Fable, et par des trous ménagés dans
les oreilles et garnis de cornets acous-
tiques et de porte-voix les harmonies d(_'s inslruniens se répandroient
au loin dans la campagne, tandis que des renommées, grâce aux plis
savamment ménagés dans leurs vètemens, où l'air s'engouffreroit,
augmenteroient l'intensité des sons. »
La réalisation de cette drôlerie architecturale nous a été heureu-
sement épargnée. Sur ces entrefaites, un autre ingénieur, homme de
talent celui-Uà, Perronet, fut chargé de la construction d'un pont en
pierre sur la Seine à Neuilly. Il avait été décidé qu'on le mettrait dans
l'axe de l'Étoile et de la place de la Concorde par l'ouverture de l'ave-
nue actuelle de la Grande-Armée et de celle de Xeuilly. Perronet et
.Soufflet, l'architecte du Panthéon, furent invités à étudier de nouveau
les moyens d'aplanir la butte de l'Étoile: leur travail aboutit au nivel-
lement actuel, qui est des plus harmonieux. 11 dura de 1768 à 1774.
On y employa les « pauvres valides » de Paris, qui ne gagnaient que
quinze sous par jour. Le ministre de la maison du roi dut écrire, en
juillet 1772, à l'entrepreneur chargé du travail, de relever un peu les
salaires «afin de ne point faire crier» (Arch. nat., 0' lu91). Les textes
ne disent pas si ledit entrepreneur trouva de son goût ce procédé pré-
LE CHANT
Par RcDE (Arc de
ventif contre les grèves, mais il esl
certain qu'il y obtempéja.
Le motif de décoration du centre de
la place n'était toujours pas trouvé. Le
ministère de l'Intérieur le mit au con-
cours le 22 octobre 1798, et iM-ize pro-
jets furent déposés le 20 janvier sui-
vant. Dans le nombre devait se trouver
celui que son auteur a décrit de la façon
suivante dans le Journal de PnrU du
7 germinal an VIll :
Aux rcdaclears du journal.
(!;iloyens, lorsqu'il est aujourd'hui 5i fort
qiie.slion de colonnes, il me sera sans doute
permis de parler de celle (jue depuis dix ans
j'ai projeté sur le-planade de l'Ëloile et
dont le tableau est dt-posé dans les bureaux
du ministre de l'Inlérieur.
Celle colonne, aperçue à plusieurs lieues
â la ronde, offriroit en face de la (n-ande
allée du jardin des Tuileries un point de
vue d'autaut plus agiéable que de sa base,
par les eaux de la pompe de Chaillot, je
trouve le moyen de former une cascade de
20 pieds de largeur sur autant de hauteur.
Celle eau renlreroit dans les tuyaux du ser-
vice ordinaire de la pompe, mais j'en cm-
pnuite une portion pour former l'île des
i Peupliers, projetée dans les Champs-Elysées
pour y recevoir la statue de J.-J. Rous-
seau el pour servir aussi d'école de natation.
J Sur le sommet de ma colonne, je place
une horloge dont le cadran à jour éclairé
en dedans indiquera l'heure de la nuit el
serviroit d'une espèce de fanal, tandis que,
le jour, l'ombre porlée de la colonne sur le
pavé feroit les fonctions d'un méridien. On
y placeroit eiir/ore un point télèyrapliique.
Tant d'utilité joinl à ragiémeiit de la perspective sur le fond de l'horizon me
paioit devoir méiiter ratleiition du gouvernement, comme ces deux projets ont
déjà obtenu le suffrage de beaucoup de gens de goùl qui en ont eu connaissance.
DU DÊPAnT
triomplio de l'Étoile).
Salut et aniilié
L H. E.
11 ne fut pas plus agréé que les douze autres. C'est Napoléon qui
parla d'un arc de triomphe. Ses désirs étaient des ordres. L'archi-
tecte Chalgrin fit le plan et entreprit la construction, dont la première
pierre fut posée le 15 août 1806. L'œuvre devait durer trente ans. puis-
qu'elle ne fut inaugurée que le 30 juillet 1836, après une dépense
tolale de 9.303..o07 l'r. 79.
L'Arc de triomphe de l'Étoile est un des monuments qui font le plus
d'honneur à Paris, par l'ensemble et par le détail. Les sculptui-es dont
il est décoré sont très heureusement traitées. On s'accorde à y admirer
surtout le haut relief de Rude, Le Départ. Si les pierres pai'laient, celles-là
sans doute diraient quelle fut leur tristesse lorsque par trois fois
s'arrêta devant elles l'humiliant défilé des troupes de l'invasion —
LE CIIATE.\U DES TERNES, RUE BAYEN.
LL lIIATEAU M;s IKU.N]
176
PARIS -ATLAS
VUE DE I.A PEACE PEREIRE-
quelle fut leur fierlé à abriter de leur ombre le catafalque de notre
crand Victor Hugo.
I/avenue de la Grande-Armée, dont nous venons d'indiquer l'origine,
ne porte cette dénomination que depuis 1864; avant, c'était l'avenue de
la Porte-Maillot, puis de Neuilly et route nationale 13, de Paris à
Cherbourg. Oa y remarque une église protestinte; on y remarque
encore, et surtout aux beaux jours, une incroyable profusion de bicycles,
tricycles, motocycles, automobiles de tout genre, dévalant vertigineu-
sement vers la porte Maillot, à la grande frayeur des piétons, malgré
le « chemin cyclable ".
Trois autres avenues descendent du rond-point de l'Etoile vers les
Ternes; les deux premières portent les noms de Carnot el de Mac-
Mahon, qui sont ceux de deux présidents de la République, mais il est
à noter que l'avenue Carnot a été ainsi dénommée ,en 1880) en l'hon-
neur du premier des Carnot, celui de la Révolution. Les mémoires de
l'aii'ul et du petit-fils sont maintenant confondues dans un hommage
(lareil. L'avenue de Wagriim, jusqu'au rond-point des Ternes, fut à
l'origine le boulevard de l'Étoile, et, dans cette courte section, séparait
Paris de Neuilly. Elle a donné son nom à une salle célèbre dans le
monde des réunions publiques et de la chorégraphie populaire, la salle
Wagram ou bal Dourlans. Quelle n'a pas été la stupeur des membres
de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres lorsqu'ils apprirent, le
3 novembre 1899, que feu Dourlans venait de leur léguer son immeuble
en toute propriété! Et nous devons ajouter que le legs fut accepté.
LIIOTEI. flAILLAnn, PI-ACE M A LES II EU DES.
Il semble que l'on ail débaptisé, pour le plaisir de le faire, les noms
que portaient les rues qui vont du boulevard de Courcelles au boule-
vard Pereire, et cela sans grand avantage : la rue de l'Arcade est
devenue rue Bayen; la rue de la Chaumière, rue Laugier; la rue Lom-
bard, rue Rennequin; la rue de Vjlliers, rue Guersanl.^t, entre le chemin
de fer et les remparts, la rue de Louvain, rue Guillaume-Tell ; la rue
.Saint-Claude, rwe Galvani, la rue de la Fontaine-des-Ternes, rue (THclio-
polis. N'ous regrettons parliculièrement ce dernier vocable, dû à une
source, aujourd'hui tarie, dont tout le canton avait pris le nom.
L'ouverture, en 1834, du chemin de fer d'Auteuil, comme on disait
alors, donna un renouveau de vie à cette région. Le boulevard Pereire,
la idace Pereire, que seule la Compagnie des omnibus s'obstine à nom-
mer encore place Courcelles, se bâtirent de jolies maisons et reçurent
le nom de la riche famille qui avait compris quel avenir le quartier
présageait. Ses espérances ont été certainement bien dépassées, et
cependant, encore aujourd'hui, les voyageurs du chemin de fer bénéfi-
cient, pour la station de Courcelles-Levallois, d'une légère réduction de
tarifs imposée lors de la création de la ligne, pour attirer la foule. Il
était charmant, ce boulevard Pereire, dans la traversée des Ternes,
grâce aux talus ombragés du chemin de fer, qui faisaient là une lon-
gue allée de verdure. La hache impie de l'industrie l'a détruite à
l'automne de 1897, afin de permettre l'établissement des deux voies de
la ligne de Courcelles au Champ-de-Mars. Les riverains protestèrent
énergiquemeut, ofl'rirent de contribuer de leurs deniers à la couver-
ture de la tranchée, comme on l'a fait si heureusement
pour le canal .Sainl-Marlin au boulevard Uichard-Le-
noir : ia Compagnie de l'Uuest, plus positive qu'éprise
d'esthétique, se boucha les oieilles et ne voulut riei:
entendre.
Le boulevard Gouvuin-Sainl-Cijr a toute une histoire,
qui n'est pas celle du maréchal dont il porte le nom
depuis 180'i. Une sédition avait éclaté à Paris en 1750;
Louis XV, furieux contre sa capitale, décida de la
mellre en (|iiarantaine et d'éviter d'y passer pour aller
de Versailles à Conipiègne. C'est alors qu'il fit faire la
roule qui, de Neuilly à Saint-Denis, recul, en souvenir
de c:ette origine, le nom de route de la Révolte. Le
tiacé des forlilicalions fil entrer dans l'enceinte la
section représentée aujourd'hui par le boulevard
Gouvion-Saint-Cyr, que l'on nommait aloi's rue Mili-
taire. Depuis la guerre de 1870, le rempart a été muié
aux deux extrémités de cette vole, qui est devenue
ainsi exclusivement parisienne et on a ouvert, de
l'autre côté du glacis, une section de la route de la
Révolte correspondant à l'ancienne rue Militaire; c'est
celle i|ue suit h' Iramway de la Madeleine à .Neuilly.
(Jui connaît maintenant le n<ijn de Bclidur, donné
en 1867 à l'ancienne rue [des Monlagni's, |uoche de la
porte des Ternes, et pourquoi avoir aboli la précé-
denli' dénomination"? Rididur, d'après la Numenctature
des voies j>ubliijues, fui un ingi'liieiii' hydrographe (1607-
1761). yuant aux montagnes, elles élaient .simph'inenl
lusses el faisaient merveille dans ces lointains pa-
rages, vers l'année 1816. Encore un souvenir pitto-
re>que (|u'on a eu tort d'ell'acer; il y avait bien
D I X - s E l' T I !•: M i: A I! I', T) N DISSE .ME N J
177
d'nutrcs luos à olîrii' on pairainase
•1 lirli.l.i]'.
Quartier de la Plaine Mon-
ceau. — l'^ii coriMjllaiil, l'Al/'is da
//('jiarteiiicnl de la Seine, gravô par l,o-
lï'vre en 18u0, on se rend compte
(|uc tout le réseau de voies l'-lé-
t,'antes qui sillonnent la plaine
Monceau n'existait pas alors, nir-nie
en projet. C'était bi<'n récllciiirnt
une jjlaine en culture lorniant deux
cantons de terre, nommés les Cou-
tures-Sainte-Catherinc et les I.oii-
gues-lîaies. La seule partie habili':'
était la rue de Lévis, formant uiir
partie de la route de Paris à Ar-
genteuil. Tout le quartier a donc
pris naissance sous le second Em-
pire. Au cours des dernières an-
nées, il s'est créé un groupe d^'
constructions neuves sur l'empla-
cement de l'ancienne usine à gaz,
à gauclie de la rue de Courcelles, et
cette rue même, entre le boulevard
de Courcelles et la place Pereire,
s'est bordée de riches maisons.
Dès le moyen âge, le hameau de
Monceau était composé dos habita-
lions des laboureurs de la plaine.
Son nom , qui , dans les chartes
latines, eut Monlicellam, signifie évi-
demment petite hauteur, un dimi-
nutif de montagne, et en fait, la
seigneurie, dont le dernier vestige
subsiste par le parc Monceau, était bien située sur la colline qui do-
mine le nord-ouest de Paris. Par une corruption assez singulière, on
l'appela communément Mousseaux, et c'est ce qui a fait croire au
savant abbé Lebouf qu'il devait cotte appellation ;i l'abondance de la
mousse. Il n'en est rien. Jeanne d'Arc lit à Monceau l'honneur d'une
visite. C'est Martial d'Auvergne, un chroniqueur-poète contemporain,
qui le relate dans ses Vigiles de Cliarles Vil :
Le lendemain, grand compagnie
De l'os des François à Monceaux
S'en vindrent l'aire une saMlie
Jusques au marché aux pourceaux.
Le marclié aux pourceaux était, comme on sait, près de la porte
Saint-Honoré du temps de Charles V, c'est-à-dire vers l'endroit où
l'avenue de l'Opéra prend naissance sur la place du Théâtre-Français.
La rue de Lévis a gardé le nom d'une famille qui possédait la sei-
gneurie de Monceau au xviu" siècle; elle a conservé aussi un aspect
faubourien qui jure
avec les élégances
voisines.
Dans la rue de Toc-
queville se trouve la
maison principale
de l'Hospitalité de
nuit. .V rani;le im-
mé par cotte rue ot
la rue Lcon-Cosnard
est un petit square
orné d'une statue
en bronzr d'Alain
Chartier, qui porte
la signature de
M. Mancel et la date
de 1892.
Rien de curieux
comme le contraste
fourni par ce quar-
tier où le luxe aris-
tooralique et la...
nu''diocrité dos logo-
uiiMils modestes se
coudoient. La rue de
la Terrasse en est uu
exemple frappant :
longue soulomoiit
LE LYCÉE CARNOT. de 2V6 mètres, elle
ST.\TUE D ALE.\.\NDRE DUMAS.
otfre des loyers de 200 francs à
l'une de ses exlrémiU'-s el de 4,000
à l'autre. 11 en est de rnéme pour
la rue Legendre : faubourienne du
cW: de Haligfiolles, elle devient
somptueuse après avoir croisé la
rue de Lévis. On y voit l'hôtel de la
Konciature; on y admirait encore
en 1894 le charmant hôtel que Mels-
sonier s'était construit au coin du
boulevard Malesherbes, et où il
mourut le 31 janvier 1891.
Le point de croisement du bou-
levard Malesherbes et de l'avenue
de V'illiers constitue l'un des plus
charmants carrefours de Paris, la
place MaUilicrhes. Entouiée d'hôtels
de styles variés, dont le plus fas-
tueux est l'hôtel Gaillard qui rap-
pelle un peu la façade Louis XII du
château de Blois. elle possède lasta-
tue d'Alexandre Dumas père.
la doMiièro il tiès b>-ll'- o-uvro de
(iusiavo Doré. inau;:ur'-o le 3 no-
vembre 1883. Elle attend pncore un
autre monument que la France let-
trée ne tardera pas à élever à l'au-
teur de La Datne aux Camélia.! et de
L'Etrangère. Il ne sera que juste de
placer le (ils en face du père, d'au-
tant plus juste qu'.-Vlexandre Dumas
avait pour ce quartier une alTeclion
fidèle; il occupa longtemps l'hôtel
qui porte le n" 98 de l'avenue de
Villiors, puis se choisit un logis moins vaste, rue Ampère, n» 11 :
Marly l'attirait, et c'est là que la mort vint le frapper.
Dans une de ses comédies, L'Ami des femmes, Dumas a fait jouer à
son cher quartier un rôle d'utilité. Au quatrième acte, .M. de Montègre,
qui a eu le mauvais goût de suivre M™^ de Simerose, en fait la confidence
à Mm» Laverdet : « Elle a pris le chemin de fer. J'ai monté dans un autre
compartiment qu'elle. Arrivée à Paris, elle a pris une voiture de place
et s'est fait conduire à l'avenue de NVagram.
M™<^ Laverdet. — Dans les nouveaux quartiers?
De Montègre. — Oui. Elle s'est fait arrêter devant un hôtel portant
le n» 67... ■> Et il ajoute que, renseignements pris, <i cette dame n'avait
fait que traverser la cour et elle était sortie par l'autre porte don-
nant sur la rue des Dames... ■■ Notez que cette rue des Dames est la
rue Poncelet d'au-
jourd'hui, et que
L'A mi des femmes
date de 1864; d'où
loxclamation do
M"« Laverdet :
« Dans les nouveaux
quartiers ? »
Il ne nous appar-
tient pas d'énumé-
rer les maîtres écri-
vain s , peintres,
sculpteurs qui ont
fixé leurs pénates
dans la Plaine-Mon-
ceau : c'est l'affaire
du Tout-Paris. Cer-
taines rues meril o n 1
une observation
liiruede Monlchaniii.
bordée do coquello.s
demeures, n'évoque
guère l'idée du con-
tre minier ot usi-
nier dont elle porto
lo nom.- La rue du
Priutenijis doit sa
fondation à la so-
ciété qui a créé lo
magasin do nou-
veautés du mémo
nom : l'avenue des
478
PARIS -ATLAS
C/tasscars nippelle le temps où les lapins couraient en toute
liberté à travers la plaine. Des artistes : Philibert Delorme,
Daubif/mj, Mcissonier, de Neuville, Furtuny, Léon Cogniet, Baryc,
Delnille ; des savants : Ampère, Legemlre, Jou/froij, Flachat,
Brêmonlier, de Prony ; un poète, Tli. de Banville, des musi-
eiens, Gounod, Lalo ; un maréchal, Bertkier ; un général,
Gourgaud, y voisinent en parfait accord; — Verniquet, moins
connu, fut fauteur du grand plan de Paris, dit des artistes,
si précieux pour l'élude de la topographie parisienne à la
lin du xviii» siècle ; J ulielle-Lamber est, comme chacun sait,
le pseudonyme littéraire de M™° Edmond Adam. Les rues de
Lugelbacli et de Thann portant les noms de deux villes d'Al-
sace, noms choisis par le propriétaire des terrains, M. Hert-
zog, qui était Alsacien. MM. Cardinel, Guyoi et d'Offémont,
propriétaires également, passeront par
leurs rues îi la postérité. - — Vavcnue de
Villiers, elle, perpétue le souvenir de
l'ancienne paroisse de Villiers-la-Ga-
renne, confondue depuis cent cinquante
ans avecNeuilly qui l'absorha.
Au centre dr la [ilace Wagram, s'élève
la statue d'Alphonse de Neuville,
ceuvre du statuaire Saint-\idal, inau-
gurée le 17 novembre 1880; au carrefour
l'orme par les rues Verniquet, riailinl
et Alphonse-de-Xeuville, se voit le buste
de l'ingénieur Flachat.
Le quartier contient plusieurs étnlilis-
sements d'enseignement : l'Ecole des
Hautes Etudes commerciales, Imu-
levard MalesluTbes : Ir lycée Carnot,
également boulevard Malesherbes, créé
par décret du 28 décembre 1894, dans
les bâtiments qu'avait inaugurés l'École
Monge en 1874; — l'Institut commer-
cial, avenue de Wagram, fondée par des
liarticuliers en 188'i, reconnu par lElat
en 1892.
L'église Saint- François 'de-Sales
suffit comme paroisse à ce vaste espace.
Créée en 1873, elle a été érigée en cure
le !''■ juilleH87o.
C'est sous le pont du carrefour Verni-
quet que les voies du chemin de fer de Ceinture se soudent avec celles
de la ligne d'Auteuil qui, ù partir de ce point, est doublée jusqu'au
delà de la station de l'avenue du Trocadéro, d'où se détache la ligne
du Champ-de-Mars. Le raccordement de l'avenue de Clichy à Cour-
ccUes, permettant d'effectuer le tour complet de Paris sans transbor-
dement, a été inauguré le 2o mars 1869.
Quartier des Batignolles. — On s'est beaucoup creusé la tète à
rerlierrhir Toiigiiir des Itatignolles et à en expliquer le nom. De
i-Tosses sottises ont été dites, que nous aimons mieux taire. La vérité
est qu'il n'existe pas de mention plus ancienne des BatignoUes que
STATUE DU MARÉCHAL MONCEY.
CHEMIN DE FER DE CEI.NTURE (de la place l'crcire !i la porte Maillot).
dans une cliaite de 1414 où le lieu est appelé BatilloUes.
C'était alors un canton de vignes, contigu à un autre lieu,
nommé dans des actes du même temps, Montmoyen. Tous
deux appartenaient aux dames de Montmartre (la rue des
l)ames en est un souvenir), mais faisaient partie, comme
Monceau, du territoire de la paroisse de Clichy. Jusqu'à
la lin de l'ancien régime, on y cultiva la terre, on y
chassa le gibier de plaine. La « remise des BatignoUes »,
la « Hutte au Garde » figurent sur certains plans du
wiii"^ siècle. A partir de 1790, la nouvelle enceinte de
iris provoqua dans le voisinage des barrières l'établis-
sement de guinguettes où les Parisiens allaient boire
bouteille au nez du fisc; elle détermina aussi, pour la
même raison, la construction de quelques maisonnettes,
dont chaque année augmenta le nom-
bre. Ce n'était encore qu'un hameau
en 1807, mais assez tentant pour que la
commune de Montmartre le revendiquât:
'^^^â^^^. t;iichy protesta, mit en avant des docu-
\* ! ^Hw^ \^ ments probants, allégua la possession
I ' ^^HB à^W constante et eut gain de cause.
Les BatignoUes ont une page glo-
rieuse dans les annales parisiennes. Le
30 mars 1814, un corps d'armée des al-
liés commandé par Langeron — un
Français passé au service de la Russie
contre sa patrie! — avait contourné la
liulte Montmartre et cherchait à péné-
1 1er dans Paris par la bari-ière de Clichy.
I 11 combat très meurtrier s'y engagea.
II fut aussi très glorieux pour les Pari-
siens, qui avaient à leur tète le maréchal
Moncey, Le cabaret du père Lathuile lui
servait de quartier général, et les bou-
lets y pleuvaient. Il fallut battre en re-
traite. Le cabarelier patriote s'empressa
alors de distribuer aux défenseurs vin,
liqueurs et comestibles pour que l'en-
iiemi ne put pas en profiter. L héroïque
défense de la barrière de Clichy a été
popularisée par la gravure d'après le
tableau d'Horace Vernet.
Le Journal de Paris, organe royaliste,
et par suite fort méconlent de la résistance de Paris, a passé sous
silence cet héroïque combat de la barrière de Clichy, Dans son numéro
du 1"' avril, il publie la note suivanle :
L'année alliée s'est approchée de Paris pai' la roule de Moau.x, dans la .■^o-
rée du 29 mars. Les hauteurs de Belleville, de Chauiiiont et MontinarUe
avaient été garnies d'ai-tlllerie; ces hauteurs ont été allaquées mercredi HU, à di.\
heures et demie; les posiliuns ayant élé alors tournées et enlevées, le corps
d'armée qui avait
été engagé aelTeelué
sa rclraite et les bar-
rières ont été e.vclii-
slvcment occupées
par la garde natio-
nale; une suspension
il'anncs fut conclue
:i cinq heures et d(^-
niie; les alliés gardè-
rent leui's positions
et aucun niililaire
éli-anger ne pénétra
dans la ville.
Ce n'est ipi'en
18tjy (|ue la sta-
tue de Moncey
par Doubleniaid
lut érigée sur la
place Clichy : le
Miaréi'lial élail
Moiil depuis I8'l-.
Après 18i;;, 1.1
fortune des Bati-
gnoUes s'accrut
rapidement. Le
lianieau de 18U7
était devenu villi'.
Ses habitants soii-
gèreiil à s'admi-
l.!'! m i:a 1 i;
\ rin.Mil,l,l>
dix-sei'tm;mi-: au I'.o.ndissemkxt
179
nislrer f>ux-mt'mes et à sftcouer le Joug de Clicliy. I.es pourparlers
l'ini'iil lonijs. Le prologue en est fourni par une p(Hition adressi'-e au
I)ri'ft't Je la Seine, le 17 juillet 1827.
Les habitants des fiatignolles et de Monceau exposaient que sur
5,453 âmes dont se composait la commune de Clicliy, ils figuraient
pour 3,303, que « déjà les lîa-
lignolles sont le siège d'un
commissariat de police, d'un
liurcau de poste aux lettres,
d'un bureau de papier timbre
et de deux débils de tabac »I
Ils demandaient comme li-
mites : aTi Sud, les boulevards
exicrieurs de Paris; auXord,
le chemin de la Révolte.
Il va sans dire que la mu-
nicipalité de Clichy s'opposa
de toutes ses forces à une
disjonction qui lui faisait per-
dre, du moins, elle le croyait,
le meilleur de son avoir et
l'éloignait des portes de Paris.
Après deux ans et demi de
négociations, après avoir
épuisé toutes les enquêtes et
toutes les juridictions, elb-
finit par succomber dans la
lutte.
Lordonnance royale éri-
geant Batignolles- Monceau
en commune distincte fut si-
gnée le 10 février 1830. Unis
pour le combat, les deux an-
nexes ne tardèrent pas à se
diviser après la victoire. C'est
même une des rares gaités
de l'histoire administrative. Le conflit était, déjà en 1834, devenu aigu.
C'est à propos du nom de la commune qu'il éclata. Il paraît que l'on
continua de dire Batignolles ou Monceau, suivant qu'il s'agissait de
parler de l'un ou de l'autre groupe, mais jamais Batignolles-Monceau :
i< et cette scission dans les noms en produisit une dans les choses.
Une rivalité fâcheuse pour l'administration et pour les administrés se
glissa dans l'esprit des deux populations... » La délibération munici-
pale à laquelle nous empruntons ce passage, concluait en proposant de
débaptiser la commune et de la nommer Antinville!
L'idée était réellement bouffonne d'espérer qu'un changement de
nom produirait instantanément un changement d'humeur, et surtout
de choisir le nom Antinville, qui ne se justifiait que par le voisinage —
relatif — de la Chaussée-d'Antin. Nous avons sous les yeux la lettre par
laquelle le préfet, M. de Rambuteau, re-
poussa cette étrange proposition. « ...Si
les dissenssions qui troublent cette com-
mune, disait-il, prennent leur sourci'
dans la contrariété des intérêts, l'auto-
rité locale se fait une étrange illusion en
s'imaginant qu'une nouvelle dénomina-
tion éteindra ces conflits... "
Batignolles-Monceau garda donc son
nom jusqu'à l'annexion de 1860, qui en
lit pour les trois quarts un arrondisse-
ment de Paris.
Vers I8.3O, la population des Batignolles
était composée de petits rentiers, de
commerçants ayant fait leurs affaires.
Ils y vivaient heureux, toujours en com-
mérage avec les voisins, et ne prenaient
([ue rarement la Batignullaise, c'est-à-dire
l'omnibus de Paris, qui, alors, n'allait pas
jusqu'à l'Odéon. Aujourd'hui, il n'en va
idus de même; l'élément primitif de la
population est noyé dans la foule de
gens occupés qui, le soir vers sept lieii-
res, remontent à grands pas la rue d■.\m^-
terdam ou la rue de Clichy, faute de
trouver place dans les Batignollaises ac-
tuelles, si nombreuses pourtant, mais
toujours insulTisanles.
Deux ans avant l'annexion, le rédar-
leur de l'Annuaire de la ville de Balignolies-
EGLISE .S.\I.ME-M.\R1E DES B .\T1G.N OLLES.
Monceau s'écriait: " Que dis-je! les Balii.'nolles feraient parti'- de la
Chaussée-d'Antin si le mur de Paris venait à être supprimé. Ce fau-
bourg extérieur est plus près du centre de Paris que la plus grande
partie des quartiers internés par le mur de l'octroi... Le paysage n'y
est pas pittoresquf, accidenté, comme aux environs de Berne, mais
le boulevard extérieur y est
ombragé de beaux arbres...
Batignolles est élevé, l'air
qu'on y respire est pur et le.s
émanations de Paris, qui se
trouve au Midi, n'en altèrent
'■n ri'-n les prin'ijif? vivi-
fiants. Garanti par la bulle
Montmartre du veni du Nord,
c'estun berceau..." Comparer
Batignolles, même de loin,
aux environs de Bf-rne. puis
à un berceau, dénote assuré-
ment une imagination fé-
conde.
Aux habitants des Bati-
gnolles échul le privilège
d'être aux premières loges
pour les débuts du premier
chemin de fer parisien, ce-
lui de Saint-Germain, qui
eurent lieu le 20 août 1837
— débuts assez accidentés
d'ailleurs, car la locomotive
alla buter contre un mur.
Peu importe : le premier pas
était fait. Les lignes de Ver-
sailles, de Mantes, d".\rgen-
teuil. d'.Vuteuil, vinrent suc-
cessivement s'ajouter à la
première. La Compagnie de
l'Ouest dut acquérir de très vastes terrains pour son exploitation :
dépôts de machines, hangars pour le matériel, ateliers, gare et entrepôt
de marchandises — qui occupent une grande partie des quartiers des
Batignolles et des Épinettes. Il va sans dire que le très nombreux per-
sonnel employé à ces services habite aussi pour la majeure part ces
deux quartiers. Sur le territoire du XVII« arrondissement, la ligne du
chemin de fer comprend un tunnel à trois voûtes, long de 329 mètres, et
une tranchée ouverte au-dessus de laquelle sont jetés les ponts Legendre
et Cardinet. Depuis longtemps, on réclame la suppression du tunnel.
dont les inconvénients sont mal compensés par un éclairage partiel
(depuis 1899 seulement . Une tranchée continue serait bien préférable;
les intérêts de la Compagnie lui ont cependant jusqu'ici dicté le s/(i(uj«o.
Le boulevard des BaliijnoUes reste toujours planté d'arbres, mais
PERSPECTIVF. DR I. AVENUE DE
180
PARIS- ATLAS
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I,E 8QUARE DES BATIG.NOLLES
qui n'offrent plus les ombrages que nous voyions célébrer plus haut.
En revanche, il a conservé son théâtre, créé en 1838, plusieurs fois
restauré depuis, sans prétention d'ailleurs.
Les édifices municipaux datent du temps où les Batianollos étaient
encore une villi'. l.'liMtel (b' ville, devenu
mairie du X'VII' arrondissement, fui
construit par I.eqneux. an-liitecte de l'ar-
rondissement d'' Saiiil-henis, de 1847à 184^.
— L'église Sainte-Marie est plus an-
cienne encore : commencée en 1829, elle
fut bientôt reconnue trop petite : trois Ba-
tignollais, MM. Magny, Xavard et Giel, don-
nèrent, en 1831, le terrain nécessaire à son
agrandissement. Molinos en fut l'architecte.
Le square des Batignolles. i]ui date
de 18G2, a été i)our le quarli'-r un vérilabb'
bienfait. La place de l'Église, à laquelle il a
succédé, n'était réellement pas une prome-
nade aimable, et il n'y en avait pas d autre.
Il est planté de beaux arbres, bien di'ssiné,
et, par surcroît, ofire aux enfants d'iné-
puisables sujets de distraction : la vue de
cascades, pièces d'eau et grottes. Les trains
de Ceinture stoppent toutes les cinq minutes
à la gare des Batignolles.
Nous n'avons jias à parler iri du cime-
tière que l'ancienne commune lie iJati-
gnolles-Monceau s'était créé sur la route
de la llévolte : il est maintenant au delà
des limiles île Paris.
Ln groupe scolaire a été iiiauL'uré rue
Jouffroy, h" 20, le 12. juin 1S98.
Si l'on suit la rue à laquelle le savant,
Saussurea donné son nom, et que l'on tourne
ensuite à droite sur le boulevard Berlhier,
on aperçoit, après avoir passé sous le pont-
tunnel du chemin de fer de l'Ouest, deux
groupes de constructions coquettes, adossées au rempart. Dans cette
région absolument déserte, elles sont pourtant éminemment pari-
siennes, car ce sontb's magasins des décors di- l'flpéra et de l'Opéra-
Coiiii(|ue. Les anciens li.]|piiiii'> dii rlninin di' |it di^ (Peinture, se ra|p-
pellenl avoir aperçu à ci.ti'' |l i' ■ il.ii.i poitatil pour enseigne :
i; G L I .s E .s .\ I .N T - .MI C 1 1 E L
■< \ la Halte du Juif errant », sans
doute parce qu'il était prudent de
ne pas s'y aventurer avec plus de
' i'iq sous...
Quartier des Epinettes. —
l.c 68'-' quartier de Paris, tout
romrae les peuples heureux, n'a
jias d'histoire. Il y a cinquante
ans, il consistait principalement
i-u terres labourables. La route
de Saint-Ouen, se bifurquant avec
I elle de C.lichy au lieu dit la
Fourche, traversait ce canton qui.
di's le xvu" siècle, s'appelait les
Epinettes. Peu cà peu les champs
nnt dispai'u; d'importantes usines,
des maisons de rapport s'y sont
élevées : 53,802 habitants y ont
été recensés en 189C. Nous aime-
rions à dire qu'ils sont tous riches
ri heureux, nous ne le pouvons
pas. Il y en a beaucoup, il y en a
trop, qui gagnent rudement leur
vie, condamnés au triste régime
des privations, ne connaissant
d'autre voyage de vacances que la
promenade dominicale sur l'herbe
sale des fortilîcalions.
On b'ur en a cependant donné
une antre, le square des Epi-
nettes, ouvert le 10 juin lS9'i.
Deux monuments s'y dressent : le
premier est celui de Jean Le-
claire, industriel philantliriqic
qui, vers 1840, associait ses ouvriers à la iiarticipalion des bénélices :
inauguré le 1"' novembre 1896, il est l'u'uvre de M. Delon pour la
sculpture, et de M. Formigé pour l'arcliileclure. 1,'aulre esl la statue
(pie Barrias a élevée à la mémoire de Maria Deraismes, la vaillante
a|iolri' drs droits di' la l'einnie.
fri's Miii|de, riiuime il convient, l'église
Saint-Michel est la paroisse du quartier.
Il en est de plus fréquentées. Elle est située
un peu en retrait de l'avenue de Saint-Ouen,
vers la partie supérieure de celle voie.
Ln décret en date du 1"' juillet 189" a nr-
dnnné rétablissement d'un groupe sco-
laire « pour le service du quartier des
Epinettes ».
.\u Miidsd'avril 1900, on a inauijurr au n''2o
de la rue L'Kiuii. un abri de l'enfance.
Le chemin de fer de Ceinture dessn i
cette région depuis 1802. De la gare de Cour-
celles, il se dirige vers l'Est, parallèleinenl
aux f(U-tilications, passe sous les voiis du
elieminde ferde l'Ouest et s'élève suivant une
forte rampe jusqu'à l'avenue de Clichy,
è" !• ""^Ssdrf station établie en remblai au croisement tb-
{|T '^'fâ^^rt' ce\.\.Q avenue avec la ligne. Puis, une pente
di fc^ji !i|,î assez accentuée l'amène en déblai jusqu'à
^AAll ■ilijil yijp tranchée où vient aboulirla voie, inuti-
lisée aujourd'hui, des Docks de Sainl-Ouen.
En franchissant l'avenue de Saint-(.)uen, la
ligne pénètre dans le XVIll" arnuulisse nient.
Ce parcours a été ainsi établi à la suili'
d'une dilibération du conseil municipal, en
date du 16 juillet 1886, nrdonnant la sup-
pression des passages à niveau. lîntrc le
point de croisement avec la ligne de l'Ouest
et la poterne des Poissonniers, la ligne de
Ceinture l'ut installée provisoirement, de-
puis le 7 niai I8S8, le biiig des fortilications.
alln que l'on pût procéder aux renianiemcnls exigés, qui durèrent piès
d'un an. C'est de celle révolulii>n pacifique et utile que date rempla-
cement actuel de la station de l'avenue de Sainl-Onen. Jusque-là, l'em-
barradère, situé à gauche de l'avenue, «pie le clieniin de fercoupaità
niveau, appartenait au teiritoiie du \ VIP arroudissemenl.
u'
0 ^ ^^ : ^
'UJ ^ os %
dW X ^^^K ^lii ^<^^^ \ .^ ^
, / t> "^ S I ^^o % ^ -^ y\ ^v A *^> /v '*
z-«-
PABIS-AT L AS
I.A BASILIQUE DU SACRÉ-CŒUR, VUE DU MOUMN DE LA GALETTE.
LA BUTTE-MONTMARTRE. - go» .kartier : les grandes-carrières.
:0« QUARTir-R : CLIGNANCOURT. — 71" QUAUTiiiR ; LA GOUTTE DOR. — 72<= quartier : LA CHAPELLE.
>f se souvient de l'iilée spiriluellement comiiiue
de feu lîodolphc Salis, le cubaretier du « Cliat
Xoir», réclamant la séparation de Montmartre
et de rÉtat. Avec plus d'exactitude, il est permis
de dire que, de jour en jour, Montmartre est
devenu inséparable de Paris; à ce point que si,
par impossible, une nouvelle loi venait défaire
ce qua fait la loi d'anne.xion de 1839 et rendre à
Montmartre son autonomie, Paris y perdrait un
des jolis fleurons de sa couronne, car Montmartre fabrique en grande
abondance cette denrée précieuse, bien qu'impalpable, qui s'appelle
l'esprit parisien.
LeXVlll'arrondissementi'sl formé de deux 1res anricMines paroisses
de la banlieue parisienne, devenues communes en 179L) : Montmartre
et l.a Chapelle. Sa superficie est de 519 hectares, alors que le plus
polit arrondissement — le 11" — n'eu a que 97 et que le plus grand
— le XV« — en compte 721. .\u dernier recensement, le chiffre de sa
population était de 228,428 habitants; à cet égard, aucun autre arron-
dissement ne lui dispute le premier rang.
Cette population est éminemment et exclusivement laborieuse, mais
de façons différentes; les artistes y sont parfois des ouvriers, comme
les ouvriers y sont souvent des artistes. Ouvriers de l'art et artisans de
l'industrie y fraternisent dans l'ardeur commune qu'impose le combat
de la vie; c'est en chaulant ([u'ils le livrent : la bonne humeur est de
règle à Montmartre.
N'eus avions raison de dii-e tout à l'heure (jue M.inhuai Ire élait
indivisible de Paris; il en fut peut-être même le berceau. On a luut
Paris-Atlas
lieu de croire qu'à l'époque gauloise les divinités païennes étaient
honorées sur le sommet de la butte. Moût de .Mercure, mont de Mars,
mont des Martyrs, les trois étyraologies ont été proposées et sont
également acceptables. Si même on accepte la dernière — et c'est
assez notre sentiment — elle n'exclurait pas les Jeux autres. Le lieu
du supplice des apôtres du Christ, saint Denis, Rustique et Éleulhère,
dut être choisi à dessein là où. précisément, s'élevait le temple
d'autres dieux. D'ailleurs, diverses fouilles en ont fourni la preuve.
Donc, les Parisiens de Lutèce se rendaient à Montmartre pour y
pratiquer les rites de leur religion; certains s'y fixèrent; il a été re-
tro\ivé des sépultures qui datent de l'époque mérovingienne; on est
assuré qu'une église y existait au même temps, ce qui implique un
groupement d'habitants déjà assez important.
C'est encore vers Montmartre que les Parisiens tournaient désos-
pérémentles yeux dans le cours de l'année 88tî. lorsque assiégés par
les Normands ils attendaient de Charles le Gros le secours qu'il leui-
avait promis. L'n jour enfin, après de longs mois, l'empereur, accom-
pagné d'une nombreuse armée, apparut sur le sommet de la bulle.
Déjà les Normands se préparaient à fuir, mais le faible monarque
préféra traiter à combattre: Paris, humilié, capitula.
Il faut arriver à la première moitié du xii' siècle pour reucoulrerde
nouveau .Montmartre dans l'histoire. Vei-s l'année 1130, deux faits
décisifs s'y produisirent; la fondation de la célèbre abbaye de reli-
gieuses qui devait, jusqu'à la Révolution, posséder la seigneurie, et
la reconstruction de l'église paroissiale dédiée à saiut Pierre, que
nous décrivons plus bas. Couronnée par ces deux édifices, ôventi-ée çà
et là par des carrières, portant, accrochés à ses flaucs, de nombreux
18
182
PARI S -ATLAS
moulins à vcnl, la butle commenra alors à prendre l'aspect pittoresque
qui ri'jouissait les yeux de RegnarJ et qu'elle avait encore, il y a moins
lie cent ans.
De plus en plus, Montmartre devint populaire dans les habitudes
parisiennes. Gravir la colline était une excursion que le Club alpin,
s'il avait existé, n'eût certes pas dédaignée, car il n'y avait pas alors
d'escaliers ni de rues en lacet: l'assaut n'en était que plus amusanl.
Et une preuve non douteuse de cette popularité, ce sont les proverbes
plus ou moins facétieux dont le lieu était l'objet:
C'est du vin de Monlmai-li'e :
(Jui en boit pinte en pisse quatre.
îlb
— C'esl un devin di' Muntmartre qui devine les fêtes quant!
sont venues.
— Je t'envoyerai paître à Montmartre et boire au Marais.
— Il y a plus de Montmartre à Paris que de Paris à Montmartre —
dicton qui, à première vue, révoltait le sens commun, mais que l'on
interprétait en expliquant que Paris avait été bâti avec le plâtre des
carrières de Montmartre (Sauvai, Antiquités de Paris, l. !•=", p. 350).
Au mois d'octobre 1779 se produisit une aventure qui égaya fort les
beaux esprits de la capitale. En fouillant une carrière abandonnée df
la butte, des ouvriers rencontrèrent une sorte de table de pierre por-
tant des vestiges d'inscription. Ou la nettoya avec d'infinies précau-
tions, et le grimoire suivant apparut :
1 G
I
L
E
G 11
N
Laissons parler Bachaumont : « Mais quand il a fallu rechercher
dans quelle langue étaient écrits ces caractères et ce qu'ils signifioient,
ils se sont inutilement cassé la tète. Ils ont consulté M. Court de Gebe-
lin, le savant auteur du ^l/yni/e/iî'imiVî/" et l'homme le plus versé dans
la connaissance des hiéroglyphes; il s'est avoué incapable d'y rien
comprendre.
« Le bedeau de Montmartre, entendant parler du fait et de l'embar-
ras des académiciens, a prié qu'on lui fit voir la pierre, et sans doute
instruit de son existence antérieure, il en a donné sans difliculté la
solution en assemblant simplement les lettres qui forment ces mots
français : Ici le chemin des unes. Il y avoit dans ce canton des carrières
EiNTKKIi DIO I.'IIII'l'OLiHO.ME.
FAÇADE DE LIIOPITAL lilCllAÏ.
à plâtre, et c'étoit une indication aux plâtriers qui venoient en
charger des sacs sur leurs ânes, dont ils se servent pour cette expé-
dition.
K Si l'en trouvoit une pareille anecdote dans quelque ana, on la
prendroit pour une plaisanterie : on ne peut contester l'authenticité
de celle-ci. »
Quand la Révolution éclata, une circonstance fortuite contribua à
faire germer dans l'esprit des Montmartrois les sentiments d'ardeur
pour l'indépendance qu'ils eurent, depuis, plusieurs fois l'occasion de
manifester; pour faire gagner quelque argent aux innombrables pau-
vres dont la capitale ne savait comment se débarrasser, on les em-
ploya à exploiter les carrières do la butte; ils y vinrent au nombre de
quinze mille; mais ces ateliers de charité — c'était leur nom — ne
donnèrent pas les bons résultats qu'on en espérait; il fallut les fermer
avant trois mois, de peur de graves émeutes; les habitants de Mont-
martre ne virent dans cette mesure qu'un manque d'humanité et s'en
indignèrent. Peu après, ils modifièrent le nom seize fois séculaire de
leur commune et l'appelèrent Mont-Marat.
Depuis 1790, les limites de l'ancienne paroisse, devenue munici-
palité, avaient été restreintes au mur des fermiers
généraux, c'est-à-dire aux boulevards d(! Ciicliy et
de liochfchouart. Les officiers municipaux de
Montmartre extra murus protestèrent véliémenle-
nK'ut devant l'Assemblée nationale contre cette
diminution de leur territoire; de leur côté, les
habitants Ai^ Montmartre intra muros, c'est-à-dire
d'environ les deux tiers du IX." arrondissement
actuel, réclamèrent non moins vivement contre
leur annexion à Paris. Eux aussi voulaient avoir
une municipalité; ils élurent même un maire et,
pendant quelques semaines, il y eut une com-
mune de Cl .Montmartre extra » et une autre de
i< Montmartre intra». Le comité de constitution
imposa sa volonté ; le faubourg Montmartre rentra
dans le rang jiarisien; seul <> Muntmartre hors les
murs » fut admis au bénélice de s'administrer
lui-même. 11 s'en ac(iuitta fort bien durant
soixanle-dix ans; après quoi, la loi de 18j'J l'en-
globa lui aussi dans l'eiu-einte de Paris. A ce
moment, ses limites du côté de liatignolles-.Mon-
ceau étaient fixées par une ligne paitaiil du coude
du boulevard de Clichy [rue (.^aulaincourll, suivant
l'axe du passage de Clichy, conlonrnant les murs
du cimetièie iMonfmartre, suivant vois l'Ouest la
rue Ganneiou, et, vers l'Est, la riK! Elex, puis l'axe
(le 1,1 rup- lies (irarides-Carrières jiisiju'à l'inler-
Miiidh des rues Chanipionnet et Ordener. Au-
jdurd luii, la liniilc; des XVIl" et XVIII" arrcjndis-
siMueiits, bien plus nidimeiitiiire, est formée par
rax<: des avenues de Clichy et de Sainl-Oueii. Du
coté oriental, le leiiitoire de Moulmarire était
s'paré de celui de La Chapelle par la rue des Pois-
boiiniers, y inuipiis la pai lie niériilinnale de celte
D I X - Il U m K M I-: A I! 15 0 X DI s > K M F. N T
183
LE POM CAULAINCOURT, SUR LE CIMETIERE
voie qufi le boulevaid liaibès a ab-
sorbt'-e.
Rf'IJronons le rapide exposé de
l'bisloire de Montinaitre. En 1814, ses
habitants se trouvaient au premier
rang des défenseurs à la barrière de
Clicliy, s'efforçant de repousser l'ar-
mée étrangère, qui, elle, voulait con-
tourner la butte pour y installer ses
canons. Leur patriotisme était des
plus ardents. Ils le prouvèrent l'année
.suivante lorsque, quinze jours avant
Waterloo, ils prévoyaient déjà le re-
tour offensif do l'ennemi devant Pa-
ris, et sollicitaient du préfet l'honneur
d'être encore au premier rang pour
défendre Paris. Ils n'en eurent mal-
heureusement pas l'occasion.
Quartier des Grandes -Car-
rières. — Hormis des cariières, il
y a un peu de tout dans le quartier
des Grandes- Carrières : un hippo-
drome, deux cimetières, dont un do-
miné par un pont; trois hôpitau.x,
dont un néerlandais, plusieurs grou-
pes scolaires, divers établissements
où les " quatre-z'arts » et la choré-
graphie sont fort en honneur, des
sites extrêmement pittoresques, plu-
sieurs moulins, dont un rouge, des
points de vue superbes sur la ville cl la campagne, etc. Parcourons-le
avec quelque méthode.
A l'angle que le boulevard de Clichy forme brusquement un peu
au-dessus de la place Clichy pour prendre la direction de l'Ouest à l'Est
s'élève la statue de Fourier, l'économiste célèbre jadis, assez oublié
aujourd'hui du grand public. Elle a été inaugurée le 4 juin 1899. Sur
l'une des faces du socle, se lit l'inscription suivante :
CE MONUMENT A ÉTÉ ÉRIGÉ
PAR
l'École sociétaire piialanstérienne
AVEC
le concours DES ASSOCIATIONS
COOPÉRATIVES DE PRODUCTION
ET DE CONSOMMATION
4 JUIN 1899
Vis-à-vis de ce grave penseur, un hippodrome s'est bâti. L'empla-
cement en pourra paraître élraugo, car il a pour voisin immédiat un
cimetière, mais à
.Montmartre il faut
ne s'étonner de
rien. Sans cela,
n'aurait -on pas,
en s'engageantsur
le pont Caulain-
court, quelque
surprise, une im-
pression inatten-
due à passer au-
dessus d'un par-
terre de tombes ?
Cette nouvelle
voie Appienue a
été livrée à la cir-
culation le 16 dé-
cembre 1888. Sa
Construction avait
été ordonnée i)ar
un décret du
U août 1807.
Ce cimetière
que les Parisiens
ne sauraient ap-
(leler autrement
(HIC cimetière
Montmartre se
iiiiiiiiiie adiiiiiiis-
n.ol. Atget. , . . .
,.\ KUE sAi.NT-M.NCENT. tial iveiuent Cime-
tière du Nord. Il fut créé en vertu
du décret du 23 prairial an XII
(12 juin 1804) qui dotait Paris de
quatre champs de repos pour rem-
placer ceux qui, en trop grand nom-
bre, existaient autour des églises. Un
plan manuscrit de 1807 le désigne
comme « champ de repos des cinq
premiers arrondissements ». L'ave-
nue, longue de 104 mètres, qui lui
donne accès sur le boulevard de
Clichy, a reçu très récemment le
nom de la grande tragédienne Racltel.
Le nom d' « avenue de Goncourt »
avait d'abord été proposé au conseil
municipal.
Il contient beaucoup d'illustres
sépultures, que l'on ne saurait énu-
mérer toutes. Citons du moins celles
de Godefroy Cavaignac favec la belle
statue de Rude), d'Halé\7. l'auteur de
la Juive, de Victor Massé, de Méry,
Fourier, Murger, Théophile Gautier,
Gozlan, SchefTer et Renan, Troyon,
Paul Delaroche, Horace Vernet... et
dans un tout autre genre de célébrité,
d'Alphonsine Plessis, la Dame aux
Camélias.
Les rues Caulaincourt et Danremont
(deux noms de généraux projetées
sous le second Empire, n'ont commencé à se bâtir, de hautes et com-
modes maisons, qu'il y a quelques années. X petite cause, grands
effets: les constructeurs n'y sont venus que lorsqu'un omnibus, celui
de Montmartre à Saint-Germain-des-Prés, a fait son apparition dans ces
quartiers jusque-là déserts, et qu'il a été question — projet enfin
réalisé le 11 juillet 1900 — de les pourvoir de tramways à traction
mécanique. L'avantage étuil grand d'ouvrir ces voies qui, en rejoignant
la rue à laquelle le naturalisfe Lamarck a donné son nom, fournissaient
aux voitures un accès plus aisé pour atteindre le sommet de la butte
par le versant septentrional que celui du versant méridional parla
rue de l'Empereur, devenue en 1864 rue Lepic.
On ne legrettera pas d'errer un peu à l'aventure et à la découverte
dans la région qui s'étend derrière le cimetière Montmartre. Suivons
la rue de Maislre : voici le nouvel hôpital d'enfants, destiné à rem-
placer Trousseau, du faubourg Saint-.\ntoine. Par la rue Vauienargves,
on atteint les confins de l'arrondissement et de Paris même, c'est-
à-dire la porte de Saint-Ouen, près de laquelle le poste-caserne 39 est
devenu, depuis 1879, l'hôpital Bichat.
En remontant vers Paris par la rue Murcadel (l'ancien chemin des
Bœufsqui,enI836 '
a pris le nom du
fief de la Mercade,
sis à La Chapelle i,
il faut s'arrêter au
carrefour qu'elle
forme avec les
rues du Ruisseau
et de la FouLaine-
du-But. Ces noms
évoquent un ga-
zouillement de
cascades qui n'est
pas trompeur. Du
haut de la butte,
en effet, dégrin-
gole en un cou-
rant rapide le
trop-plein de la
fontaine du But
ou du Bue, qui se
réunissait, non
loin de là, à celui
de la fontaine
Saint- Denis, au-
jourd'hui tarie.
Un appelait aussi
cette dernière :
l'onlaine aux Mar-
tyrs, parce que la la ii-:H DLS
18i
PARIS- ATLAS
LE MOULIN DE LA GALETTi:. V L
tradition affirmait que lu sniiif Denis el ses compagnons avaient
reçu la mort.
Un poème du xiv^ siècle, Florent et Ortnvien, le déclare en ces
termes :
Seignciii', décolo fut le corps de
[saint Denis
Droit il une fontaine, si nous dit
[li escris.
Qui est entre Monlniai-lre et le cil
[de Paris.
Encore l'appellc-l-on la fontaine
aux Martirs.
Là a\oit un yrand bois qui fu for-
[inent feuillis.
Il n'y a plus, depuis bien
longtemps, de grands bois,
et cependant l'endroit en a
gardé le charme étrange. Là
était le cabaret des Assas-
sins, là, encore le château
des Brouillards, cher à Gé-
rard de Nerval et à Monselet.
Et n'est-ce pas un crime
d'avoir, en 1867, débaptisé la
lue des Brouillards pour lui
donner le nom de (lirunlon?
Le cimetière Saint -'Vin-
cent, iuslalli'' à Mii-cole, sur-
plombe ce paysage. Il doit
bon existence à une ordon-
nance royale du 4 mars 1830,
obtenue grâce aux instances
du maire de Montmartre j
Jacques Bazin, qui y fut in-
liumé trois ans plus tard. Sur
sa tombe, on eu a rappelé le
souvenir : <> Fondateur de ce
cimetière. ■>
Il faut monter, monter en-
core i)ar la rue des Saules poui'
atteindre le point culminant de la butte. La maison qui porte le n° 22
de la rue Norvins (l'un des historiens de Napoléon I"') attire l'atlenlion
par un certain air majestueux. On pourrait l'appeler sans calembour la
Maison-Blanche, car c'est celle où, en 1821, le D"' Blanche fonda sa
célèbre clinique pour le traitement des aliénés.
A deux pas de là s'élève un château d'eau. C'est le réservoir
de la Fontaine du But, dont les habitants de la bulle durent long-
temps se contenter. Il porte l'inscription suivanlo :
Lan mil liuil cent Irenle-cinq, cette fontaine fut érigée par une sociélc d'ac-
tionnaires en verlu
dnne concession de
i>'.) ans l'aile par le
Conseil municipal .
sanctionnée par or-
donnance du S juin
1S34. MM. Vcron,
maire; Picard et
Lécuyer, adjoints.
En suivant la
lue Norvins, on
atteint prompte -
ment la rue Girar-
don sur laquelle
s'ouvre celle des
Deux -Frères, qui
en bonne justice
n'aurait droit
(pi'aii tilic d'im-
passe. Ces deux
frères se nom-
maient Uebray el
étaient meunieis
de tiois moulins
dont la vénérable
exisli'iiee remonte
à la lin duxiu"siè-
( le. Le."* moulins
furent réunis suus
la di'nornin.ilion
unique de .Mnullii
Phot. A(gLt.
DE LA RUE LEPIC
Li: (Il A 1 i: AU \i i:a '■
de la Galette et leur destination a bien cliangé' : on y danse, on y
chante avec un entrain qui parait parfois excessif aux gardes
municipaux de service, mais qu'une paternelle admonestation
suffit à réprimer.
Au bout de celle impasse,
ne craignez pas de vous en-
gager dans le dernier corri-
dor de gauche ; vous y verrez
les anciennes meules des
nioulius et surtout la mire
du Nord. C'est un tout petit
obélisque, de style fort sim-
ple. En le badigeonnant pour
le restaurer, on a eu la ma-
ladresse de faire disparaître
l'inscription qui expliquait sa
raison d'être. La voici :
Lan MDCCXXXYI, cet obé-
lisque a été élevé par ordre du
Roy pour servir d'alignement à la
méridienne de Paris, du côté du
Nord. Son a.xe csl à 2,9;il toises,
2 pieds de la face méridionale de
l'Observatoire.
On peut, pour descendre
de ces hauteurs, suivre plu-
sieurs chemins : la pente est
un peu rude par la rue d'Or-
chiim/it (nom de propriétaire) ;
elle l'est moins par les si-
nuosités de la rue Lepic, ou
celles de la rue des Abbesses
(abbesses de Montmartre,
quand il y en avait encore),
jusqu'à la rue Iloudon qui
forme la limite du quartier.
Sur la place des .\bbesses
dont l'axe sert également
de limite, s'élevait l'ancienne
mairie — l'une des aucieunes
mairies — de Montmartre, celle qui fut inaugurée le 3 mai l&il el a
été démolie eu 1893. En face, un édifice se construit lentement, brique
à brique; c'est la future église paroissiale de la butte, conçue pour
remplacer Saint-Pierre.
Le passuije de i'Eli/sée-des-Beauz-Arls consacre par son nom le souvenir
d'un bal public, l'Élysée-Monlmarlre, qui a disparu en 1894 après cin-
quante ans d'une vogue soutenue. Les fervents du théâtre réaliste n'ou-
blieront pas non plus, que dans ce passage, le 30 mars 1887, un jeune
employé de la
compagnie du gaz,
nommé Antoine,
eut l'audace, que
le succès a cou-
ronnée depuis, de
ré vol ut i on n cr
l'art dramatique,
dans sa formule
aussi bien que
dans son inteii)ré-
lalion.
Tout à côté, Tmi-
pa ssc G uel m a
s'enorgueillit à
juste lilre d'avoir
p o s s é il é la se-
conde mairie de
M o II I m a r t rc ,
avant celle di; la
place des Abbes-
ses, après C(dle de
la plaee du 'relire.
Quartier de
Clig'nancourt.
— Le nom île Cli-
gnancourl re-
llionte à l'époque
gallo-romaine r't
sigiiilie encins de
Cleniiius. Il est
DIX-HUITIEME A H li ON DISSE M E NT
ISo
ÉULTSE DE CLUi.NANCOUUT.
LA IlUli DU MONT-CEMS.
plus difficile Je din; ce qu"élait ce Cleninus : pcut-èlre le possesseur de
la bàlisse rùinaine dont on a retrouvé des restes, peut-être un tout autre
propriétaire. Le quartier actuel occupe les deux versants de la butte ; cela
ne correspond pas à la vérité historique, car le fief de Clignancourt ne
s'étendait que sur le versant qui est au Nord, et même au delà de la
rue Marcadet. Il y avait d'autres lieux- dits encore : le Poteau, les
Grandes-Friches, les Hauts-Malassis, les Rapines, et, en allant vers l'Est,
la Chardonnière,les ïorlettes.la Groix-Moreau, où sont aujourd'hui les
vastes ateliers de la compagnie des omnibus. Les rues pour s'y rendre
n'étaient pas nombreuses : c'étaient la chaussée de Clignancourt, la rue
des Poissonniers, dirigées du Sud au Nord, la rue Marcadet (ancien
chemin des Bœufs) de l'Ouest à l'Est, et partant du sommet delà butte,
la rue du Mont-Cenis, jadis nommée rue Saint-Denis et aussi chemin de
la Procession, parce que c'était la route suivie par les processions qui
allaient de l'abbaye de Montmartre à celle de Saint-Denis, et récipro-
quement. Au moment de l'annexion, en 1860, la butte seule était ha-
bitée ; tout le reste du sol appartenait à la culture marairlière. On
commença par y construire une église : Notre-Dame-de-Clignan-
court, qui fut inaugurée le 20 octobre 1803. Elle e^t l'œuvn' de l'ar-
chitecte Lequeux; il la bàlit dans le style roman, qui lui élail cher;
c'est un édifice d'une grande simplicité et bien approprié
à sa destination.
Il n'est pas inutile de dire que M. Hermel, le parrain
de la rue qui longe la face orientale de l'église, ne pas-
sera à la postérité que comme propriétaire du terrain.
Au n° 28 ter de cette rue, se voit la Maison du peuple
français, fondée en 1894 par l'abbé Garnier pour faire
pièce à la Maison du peuple, créée en 1891 par les adhé-
rents aux divers groupements socialistes qui la construi-
sirent eux-mêmes, au fond de l'impasse Pers, dans le
même quartier (l'impasse Pers s'ouvre sur la rue Hamey).
L'opposition des tendances se retrouve dans le style
de C3S deu,x temples de la politique sociale : le premier
a de vagues ressemblances avec une église ; le second,
bâti bien plus rudimeutairement, dissimule peu ses affi-
nités très démocratiques; il a l'air modeste d un hangar.
Entre eux deux s'interpose l'élégante mairie de l'ar-
rondissement, la quatrième qu'ait vue Mnntniarlre. La
première pierre en a été posée le 16 décembre 1888;
l'inauguration a eu lieu le 17 juillet 1892. L'occasion est
bonne pour mentionner qu'elle est le siège d'une société
fort active, fort bien composée, qui, sous le nom de
Vieux Montinarlre, publie les plus utiles dissertations sur
l'histoire de l'archéologie du XVllb' arrondissement.
Par la rue du Mnnt-Cenis, on gravit les 100 iiirlii's
dallitude df 1,1 bulle et l'on ariive enfin à la basilique
du Sacré-Cœur, dite du Vuni nalinnal. Sa cnuslrucliun
l'ut décidée par une loi du 23 juillet 1873, obtenue non
sans de vifs débats.
L'n concours fut ouvert cnire lou--~ li's anhileiics pciur
la construction de l'édifice; c'esl le plan de Paul Abadie
qu'adopta le jury. L'émineut archilecle n'a pu voir son
ujuvro achevée, car il est mort en 1884 et il a éii' pnur
le moins autant à la lutte qu'à l'iionneur. Certes, le projet était or-
gueilleux de mettre Paris aux pieds du Sacré-Cœur, de même que
Fourvières domine Lyon, de même que NoIre-Dame-de-la-Garde
domine Marseille; mais on n'avait pas songé que la colline de Mont-
martre était devenue creuse à force de livrer de la pierre et du plaire.
Lorsqu'il s'agit de faire les fondations, on s'aperçut que l'édifice
n'offrirait aucune stabilité et qu'il s'affaisserait infailliblement avec la
butte sur la place Saint-Pierre; on dut creuser à plus de 30 mètres
de profondeur 83 puits, en retirer la glaise et lui substituer des maté-
riaux résistants. C'est à ce prix que l'on put asseoir les fondations, deux
ans après la pose de la première pierre, qui avait eu lieu le 16 juin IbTo.
Un quart de siècle s'est écoulé et l'œuvre s'achève à peine.
La basilique est construite dans le style roman byzantin du xii' siè-
cle. Elle ne brille pas par la légèreté, mais bien par la masse, et c'est,
pour beaucoup, une vraie déception que de se trouver en présence
d'une forteresse aussi trapue. L'intérieur n'offre pas pareille impres-
sion ; les coupoles qui l'éclairent ont de la grâce dans la noblesse ; le
vaisseau est spacieux, sans excès, la crypte a le caractère mystique
qui convient.
L'une des curiosilés du monument est la Savoyarde, cloche de
1. \ MAIKIK M Wlll. AKKONDISSE.VEXT.
186
PARIS- ATLAS
26,213 kilogrammes offerte par les fidèles du diocèse de Chambéry.
Le jour de son arrivée au sommet de la butte, 16 octobre 1893, ce fut
un événement très parisien, et son premier tintement vibra aussi bien
dans les cœurs profanes que dans les autres.
Combien modeste et délaissée paraît être, à côté de rallière basilique,
l'église Saint-Pierre. C'est pourtant un édifice très digne de res-
pect, et les archéologues parisiens lui ont témoigné le leur lorsque, en
1897, ses protecteurs naturels, le curé et le conseil de fabrique, ne
parlaient de rien moins que de le laisser tomber en ruine. La protes-
tation avait été unanime de la part de tous ceux qui s'intéressent à
l'art; le conseil municipal s'y associa; Saint-Pierre échappa à la destruc-
tion et une habile restauration lui rend maintenant même sa jeunesse
d'antan,une jeunesse près de huit fois séculaire. L'édifice date en effet
du commencement du xii' siècle, et possède, de plus, des piliers plus
anciens provenant d'un autre monument. Il était à la fois la paroisse
de Montmartre et la chapelle de l'abbaye avec laquelle il communi-
quait par la partie de l'abside dite le chœur des dames. Au-dessus se
dressait le télégraphe aérien de Chappe; il y resta jusque vers 1850.
A gauche du portail de Saint-Pierre — façade affreuse du xvii= siècle
— s'ouvre le cimetière dit du Calvaire, qui fut, de 1797 à 1830, le
cimetière communal de Montmartre. Plusieurs noms illustres s'y lisent
sur les tombes: Fitz-James, Bougainville, Vaudreuil, la princesse Ga-
litzin, le comte de Maillé, etc.
Au delà du Calvaire, ont été construits à 136 mètres d'altitude les
réservoirs. L'œuvre a été faite en trois ans, de 1887 à 1889; l'archi-
tecte a cru devoir lui donner le même style byzantin qu'au Sacré-Cœur,
dont elle parait ainsi être une annexe. Les bassins ont une capacité de
11,000 mètres cubes dont 6,200 pour l'eau de source et 4,800 pour celle
de rivière ; ces deux catégories de liquide y sont amenées par une
pompe élévaloire située à l'extrémité du pont d'Austerlitz (r. d.] et une
usine de relai, installée place Saint-Pierre, au pied même de la butte.
Depuis le 12 juillet 191)0, un chemin de fer funiculaire à crémaillère
a été mis en exploitation entre la place Saint-Pierre et les réservoirs
de Montmartre. Il est à peine besoin de dire quelles fatigues il épargne
aux touristes qui ne se croient pas obligés à gravir pédestrement la
butte, comme il conviendrait liturgiquement à des pèlerins de le faire.
La ;j/«ce du Tertre, paisible comme un coin de village, a conservé, au
PORTAIL l'K 1, A ];Asll,lyLK VV SACRK-CŒUR.
LES CLOCHETONS DE LA BASILIQUE DU SACRÉ-CŒUR.
n" 3, la première mairie de la comniune, inslallée en 1790; une in-
scription en fait foi.
A l'extrémité orientale du plateau, la rue de ta Bonne rappelle le
souvenir d'une des fontaines de la butte, la fontaine de la Bonne eau.
Nous avons retrouvé aux archives de la Seine la preuve que Scribe y
posséda une maison; le 24 juin 1839, le conseil municipal vola « pour
le sieur Eugène Scribe, propriétaire, demeurantàParis,ruePigalle,10 »,
le payement d'une somme de 1,300 francs principal et intérêts, corres-
pondant à la valeur d'un terrain retranché de sa propriété pour le
redressement do la rue.
La ri<e de la Barre représente le tracé de deux anciennes voies dont
les noms étaient charmants, les rues des Rosiers et de la Fonlenelle,
tandis que le nom du chevalier de la Barre évoque un drame de l'in-
justice. Il est vrai que la rue des Rosiers avait été le théâtre de la
mort tragique des généraux Lecomte et Clément 'l'Iiomas, le 18 mars
de l'année lei-rible...
En dévalant par la iiie de la Barre, on atteint assez vile la rue de
Clignancourt. Les maisons 42-34 de celle rue, 7-13 bis de la rue Custine
représentent l'emplacement du ChAteau-Rouge. La tradition veut que
(iabrielle d'Estrées y ait eu un manoir, qui sciait au moins le dixième
possédé par elle autour de Paris, mais il faudrait le prouver. C'était, h
la fin du xvin'' siècle, au dire d'un Guide, <( une charmante maison siluée
dans une position très heureuse dont les jardins ont environ Irenli'
ai pents d'enclos ». En 1814, lors de l'attaque de Paris par les alliés, le
iMJ Joseph en fit, pendant quelques heures, son ((uartier général.
Mil 1843, un bal public y fut étalui qui eut une grande vogue tant pai-
iMi-mèmc que i)ar les banquets politiques qui eurent lieu en |S47
dans la salle de danse. Cette vogue ne déjiassa pas l'année 1871.
La place dit Chillean-Houge se charge d'en perpétuer le souMuii.
l'.lle marque le cenlre, ou à peu près, du boulevard liarbès, la vnie l.i
plus importante du (|uailier, continuée par le boulevard Uniaiio qui
P'u |o le nom d'un maréchal de l'iance. Ouverts sous h; second Empire,
les deux boulevards n'en faisaient ([u'un ; en 1882, le nom de l'i'iui-
nenl publirisle Barhès fut donné à la section comprise entre le hou-
h'vard de la Chapi;lle et la ru(! Onli'iier.
Presque à l'extrémité de la rue de Clignancourt s'ouvrir la me d'Orsel.
Elle traverse un quartier ijU'' cié.i >\<- toutes pièces, en 1802, un spécu-
ijix-uuh"Ii:mi: Ai'.ito.\i)issi:.Mi:M
187
lateur de terrains nommi^
M. d'Orsel. On l'appelait en-
core le village Orsel en 1838
(10 février), lorsque le con-
seil municipal de Montmartre
se chargea, moyennant
250 francs par an, de pourvoir
à son nettoiement et à son
éclairage.
Non loin, voici la/7/aceSfl'^>i^
Pierre qni, au temps où Mont-
martre était commune, n'était
jamais autrement désignée
que sous le nom de « place
publique ». Le square
Saint-Pierre a une super-
ficie (le 7,300 mètres carrés;
les frais de premier établisse-
ment ont été de 26,500 francs.
En remontant la butte par
la place Dancourt, qui n'a
changé son ancien nom de
place du Théâtre que pour
prendre celui d'un auteur
dramatique ( le théâtre y
subsiste toujours), on atteint
la eue A)i(o!np/<e (prénom d'une
femme de propriétaire) où un
couvent de femmes, sis au
n° 9, a été fondé sur l'empla-
cement présumé du martyre
de saint Denis, qu'occupa en
1622 un prieuré dépendant
de l'abbaye de Saint-Denis.
Si l'on redescend par la
rue des Martyrs, on rencontre
la TMeAndré-Gill, qui constitue une sorte de cité au centre de laquelle
a été inauguré, le 21 aviil 1895, le buste du spirituel et malheureux
auteur de la Muse à Bibi.
Nous n'avons plus guère à signaler, dans le même ordre d'idées, que
le n" 84 du boulevard Rochechouart, où Salis, en 1881, créa son premier
cabaret du « Chat Noir », qu'il transporta quatre ans plus tard dans
le I.X." arrondissement, rue Victor-Masse, alors rue de Laval.
Quartiers de la Goutte-d'Or et de La Chapelle. — A eus deux,
ils correspiindent exacleineut aux limites de l'ancienne commune de la
Chapelle, commune de l'arrondissement et du canton de Saint-Denis
depuis 1790, après avoir été, depuis plusieurs siècles, paroisse de la
banlieue de Paris, finalement annexée à Paris en 1860.
Son histoire, pour remonter haut, sera brièvement exposée. A
l'époque romaine, une des voies les plus importantes de la Gaule tra-
versait ce territoire; dans Paris, c'était la rue Saint-Martin; au delà, le
faubourg Saint-Martin, la rue du Chàteau-Landon, celle de Philippe-de-
Girard et une route sensiblement parallèle à la rue de la Chapelle et à
LE CALVAIRE DE S AINT-PIERRE-DE- MONTMARTRE
la roule nationale n° 1 jus-
qu'à Saint-Denis, où la voie
romaine se bifurquait en
deux branches comme au-
jourd'hui, l'une allant vers
l'Ouest (roule du Havre), l'au-
tre vers le .Nord (roule de
Calais;. .Vu moyen âge, un
autre chemin fui créé pour
relier Paris à Saint-Denis;
il partait de la maison de
Seine dans celte dernière
ville, elaboulissaitaux Halles.
Suivi surtout par les mar-
chands de poisson, il leur dut
son nom : rue Poissonnière,
du Faubourg-Poissonnière,
rue des Poissonniers, chemin
des Poissonniers, formant
une seule et même voie.
La légende prétend que
sainte Geneviève allant, cha-
que semaine, prier sur le
tombeau de saint Denis, s'ar-
rêtait à La Chapelle devant un
oratoire construit par ses
soins, d'où l'origine du lieu,
mais comme la Vie de cette
sainte, presque contempo-
raine de son existence, n'en
dit rien, nous observerons le
même silence. Il est infini-
ment croyable que La Cha-
pelle-Saint-Denis (tel était
son nom officiel) date du
temps où les moines de Saint-
Denis, qui en possédaient toutes les terres, y installèrent une colonie
de laboureurs et vignerons et transformèrent en paroisse la chapelle
primitive du lieu. Le territoire était presque en entier couvert de
vignes; maintenant, il est, pour les deux tiers, envahi par l'industrie
des transports : voies et ateliers du chemin de fer du Nord, voies et
ateliers du chemin de fer de l'Est, voies de raccordement de ces deux
réseaux entre eux et avec le chemin de fer de Ceinture.
Le quartier de la Goutte-d'Or s'est créé, après 1830, rur les dernières
ondulations du versant oriental de la butte Montmartre, au lieu dit
la Goutte-d'Or, dénomination provenant probablement d'une enseigne
de cabaret. Il a gardé sa physionomie de faubourg, si pittoresquement,
si admirablement décrite dans L'Assommoir d'Emile Zola. La lue de la
Charbonnière rappelle aussi un ancien lieu-dit; celle de Jessaiut porte
le nom d'un ancien préfet de la Seine; la rue Polonceau. celui d'un
ingénieur de la Compagnie du chemin de fer du Nord; la nie Jean-
François- Lépine consacre la mémoire d'un philanthrope qui fil. au
ciuniiieucement du siècle, de grandes libéralités à la commune de
LES RÉSERVOIRS DE MONTMARTRE.
LA RUE JEAN-FRANCOIS-LÉPINE ET L'ÉGLISE S Al N T-BER N A RD.
188
PARIS -ATLAS
VUE DE I.'KGI.ISE SAINT-BERNARD.
La Clinpplle. Nous aurions aimé a retrouver l'origine du nom de
Saint-Ange, que porte le pont du chemin de fer du Nord sur lequel
passe le boulevard de La Chapelle; cela ne nous a pas été possible.
On n'explique pas plus aisément celui
de la rue de Chartres.
Une église ne fut nécessaire aux ha-
bitants du quartier qu'en 1858. Jusque-
là, ils étaient paroissiens de Sainl-
Denis-de- I.a -Chnprlle. La première
pierre de Saint-Bernard fut posée,
le 15 août 18b8, par le baron Lepic,
sous-préfet de Saint-Denis, et l'église
fut livrée au culte le 29 octobre 1861.
Elle est construite, sur les plans d' .Au-
guste Magne, dans le slyle flamboyant
du XV' siècle, qui lui donne un aspect
fort coquet.
La partie de la rue du Faubourg-
Saint-Denis comprise entre Saint-La-
zare et La Chapelle se nommait, au
xvin' siècle, sans que l'on sache trop
pourquoi, faubourg de Gloire, et cette
dénomination s'appliquait aussi à l'ex-
trémité septentrionale de la rue de La
Chapelle. Le document suivant eu
donne la preuve :
Dcciel di' r.Asseiiibléc nationale,
du 30 juin 1790 :
L'Assemblée nationale décrtle : lo que la
partie du taubourg Saint-Denis connue sons
le nom de faubourg de Gloire avec ses dé-
pendances el qui se trouve bors des murs
(le Paris, est réunie à la municipalilé de la
Chapelle; 2° que les habilans de celle partie du faubourt; et dépendances réunis-
sant les qualllcs prescrites par la loi seront éli^j^ibles aux fonctions municipales
el mililaires de celte paroisse (.^rcli. X'" D'*.;!, liasse li7u).
La (' grande rue de La Chapelle » no rornmenrail (|u'à la rue Orde-
ner. Aujourd'hui, depuis 1867, la rue de La Chnjiellc, longue de l,''i80 mè-
LA STATION D L" PONT- .M A HC A DET.
très, traverse dans toute son étendue le territoire de
l'ancienne commune dont elle fut toujours l'artère
principale.
C'est une large voie, très commerçante, où la cir-
culation, celle surtout du gros camionnage, est très
active. La rue Jean-François-Lépine, dont nous par-
lions tout à l'heure, s'en détache à gauche et franchit
sur un pont du même nom, les voies multiples du
chemin de fer du Nord pour aboutir à Saint-Bernard.
Ce pont a fourni aux ingénieurs municipaux l'occa-
sion d'un lourde force; il a été construit au cours de
l'année 1897 sans interrompre la circulation des
trains et sou tablier a été lancé en une seule journée.
Une inauauration solennelle en fut faite le 20 fé-
vrier 1898'.
A l'angle des rues Dowtcauvilte et de La Chapelle
avait été construite en 1840 une nouvelle mairie de
La Chapelle — M. de la Rochefoucaukl-Doudeauville
étant sous-préfet de Saint-Denis — d'où le nom de la
rue. N'ayant plus d'objet, à dater de 1880, elle a été
alfectée à la justice de paix, à une bibliothèque pu-
blique, et par suite d'agrandissements à un groupe
scolaire.
La me Onlener (nom d'un général du premier Em-
pire), conduit à la halte si fréquentée du pont Mar-
cadet, où s'arrêtent les trains de Ceinture partant
c'.e la gare du Nord et les trains-tramways de Saint-
Ouen et Saint-Denis.
Un peu au delà, de l'autre côté de la rue de la
Chapelle, s'élève la modeste église Saint-Denis-de-
La-Chapslle, modeste surtout par sa façade de mau-
vais style et de peu d'apparence, car elle a éié, il y a
(|uelques années, enrichie d'une nouvelle abside
donnant sur la place Torcy.
Plus on avance vers la barrière, plus la circulation augmente. Voici
des troupeaux de bœufs et de moulons se dirigeant vers les abattoirs
de la Villette; un cortège de fardiers chargés de pierres de taille,
d'innombrables voitures de charbon
venues s'approvisionner à la gare spé-
ciale qui s'ouvre sur le rond-i)oint de
La Chapelle.
A l'angle mémo du boulevaiil Ney,
est située la station du clieiiiiii de 1er
de Ceinture, dite de La Chapelle-
Saint-Denis. Il nous reste à ilécrire
|r p,iri'"ui's (le la ligne dans le XVIl|o ar-
ronilissenienl. Elh' y entie à la station
de l'Avenue de Saint-Ouen, au sor-
tir de laquelle un soulcirain long de
700 mètres conduit à la station du
Boulevard Ornano. Au delà de celte
gare, la vuie reste encore en tranchée.
Avant d'arriver au pont sous lequel elle
franchit la ligne du Nord, un enibian-
chement, venant de la direction île
Courcelles s'ouvre à droite, pour les
trains de Ceinture qui rentrent à la
gare du Nord. Cet embranchement con-
siste en un souterrain, (pii vers le mi-
lieu de sa longueur, olïie une bifurca-
tion, allant rejoindre à la station de La
Chapelle la ligne circulaire de Ceinture
et servant aux trains qui partent de la
gare du Nord et elfectueiit le tour de
Paris par la Villette et Hercy. Ce gigaii-
lesciue ouvrage, iju'ipu a|qiclle biriir-
calion des di'tix branclies, elTcilui'
sous les voies princii>ales du chemin de fei- du .Nord, a été livré à la
circulation le 1" août 1893.
Au delà de la gare de La Chapelle, la ligne de Ceinture longe à droit.'
les magasins de la Compaunie du .\0r4l, cl soit de l'arrondisscnieMl
sous le pont qui supporte la rue d'.Vubervilliers.
LU PARC DES BUTTES-CHAUMONT.
LES BUTTES-CHAUMONT.
- 73» QUAnTiER : LA VILLETTE.
L'AMÉRIQUE. — 76» quartieu
7 Je QiAiniicn ; LE PONT-DE-FLANDRE.
LE COMBAT.
PROPREMENT parler, le XIX° arrondissement
c'est La Villetle, et à notre avis, radministration
municipale fut bien mal avisée, en 1859, de
constituer comme elle le fit les deux derniers
arrondissements du Paris de 18G0. Elle devait
former le XIX" par les deux communes de La Cha-
pelle et de LaVillelte; le XX° parcelles de Belle-
ville et de Cliaronne. Or, elle a coupé en deux, au
mépris de tout souvenir historique, le territoire
de liclleville, jilaçant son église dans un arrondissement, sa mairie et
son cimetière dans l'autre. 11 y avait pourtant alors des hommes bien
informés de l'histoire du nouveau Paris, et qui eussent été de bon
conseil; mais à quoi bon récriminer, surtout lorsqu'il s'agit de régions
comme celles-ci, dont le territoire administratif ne sera probablement
pas modifié d'ici longtemps?
Pour se représenter les limites de La'Villelte et de BcUeville ([naiid
ces deux localités jouissaient de leur aulonomie, il faut figurer uiuî
ligne qui, partant de f intersection du boulevard de La Villetle et de la
rue de Menux, suivrait l'axe do cette rue jusqu'à la rue Secrétaii, puis
l'axe do celle-ci jusqu'aux lîulles-Chaumonl, ciuiporait le parc pour
alteindi-e l'axe de la, rue d'Ilaulpoul et de la rue des Carrières-d'Amé-
riqur Jusqu'aux l'orlilicalions.
Paius-Atlas.
Du côlé de La Chapelle, la liinile de La Villette a toujours été formée
par la rue d'Aubervilliers, jadis chemin des Vertus.
Le XIX' arrondissement, dit des Bu ites-Chaumont, a une superficie
de 566 hectares et une population de i3o,28o habitants. Seuls, les XII',
XllI", XV° et XVI" arrondissements ont un territoire plus vaste que le
sien. Sa population est moyenne parmi celle des fauboui-gs; elle est,
eu immense majcnité, composée par la classe des travailleurs.
Dans la seconde moitié du xii' siècle, la léproserie de Saiut-Lnzare
(voy. p. 110), fondée au commencement du même siècle, possédait un
important canlnn de vignes dans celte région; le groupe de vignerons
qui y vivaient constitua un petit village, une villelle. Le nom lui en resta
dans les documents et dans le langage; jusqu'à la Révolution, on disait
La Villelte-Saint-Lazare.
La récolte de la vigne implique un pressoir; celui de Saint-Lazare est
souvent nientionué par des textes précis qui permettent de User son
iiii(ilaceiuent me de Nantef, alors rue Saint-Jacques, ainsi nommée
parce que l'église paroissiale qui fut fondée au xiv= siècle était sous le
vocable de Saint-Jacques-et-Saint-Chrislophe. Cette église occupait
l'angle de la rue Saint-Jacques et du grand chemin du Bourgef, aujour-
d'hui nie de Flandre.
Les liabitauls de La Villetle ne firent pas beaucoup parler d'eux.
A noter cependant qu'en 1374, Charles V leur lit remise, contre une
19
190
PARIS -ATLAS
ASPECT DU CANAL DE LOURCC
somme d'argent, des prélèvements en blés, fourrages, charrois, etc.,
que les fourriers royaux faisaient sur les corvéables.
Au xva' siècle — en 164G, pour préciser — une abbaye de femmes
vint s'établir à La Villette, l'abbaye de Sainte-Périne, fondée à Compiègne
au xni= siècle (Emile de La BédoUière, ordinairement mieux informé, a
cru qu'elle datait, à La Villette même, du xiv« siècle). Elle y demeura
quatre-vingt-seize ans, après quoi elle fut transférée à Chaillot. Nous
avons dit plus haut par suite de quelles vicissitudes, transportant tou-
jours son vocable avec elle, elle est devenue une maison de retraite
à Autouil. Sou emplacement, à La Villette, était celui des trois maisons
61-65 de la rue de Flandre, avec l'etour d'équerre sur la rue Riquel.
Pendant les deux années terribles, 1814 et 1813, de l'invasion étran-
gère, La Villette et Belleville souffrirent beaucoup, mais se comportèrent
héroïquement dans la résistance que Paris opposa à ses envahisseurs.
Dans le courant du xix"^ siècle, plusieurs circonstances ont contribué
à donner à La Villette une énorme activité industrielle : d'abord
le percement des trois canaux, puis l'ouverture du chemin de fer de
l'Est, enfin la translation qui a été effectuée dans cette région du
marché de Sceaux deux fois séculaire et la création du plus impor-
tant de nos abattoirs parisiens. Tout cela n'aurait pas suffi à faire de
l'arrondissement un lieu de délices si, par une heureuse compensa-
tion, le second Empire ne lui avait accordé une promenade charmante
en transformant en parc les carrières par trop sauvages des Buttes-
Chaumont. Et la troisième République, à son tour, l'a doté de larges
voies, d'établissements municipaux et scolaires confortables, de moyens
de transport aisés et abondants.
Pour en Unir avec les généralités, disons encore qu'en 18"jy, La Vil-
lette fut une des rares communes qui ne considé-
rèrent pas comme un bienfait leur annexion à Paris.
Des protestations, nombreuses autant que véhé-
mentes, constituèrent le dossier de l'enquête de
commodo que le gouvernement avait ordonnée, pour
la forme. Les arrivages par wagons ou bateaux, y
était-il dit, font de La Villette le véritable entrepôt
de Paris; l'annexion sera une calamité, une ruine
pour les négociants; la vie devenant plus coûteuse,
les salaires devront être augmentés, etc. A quarante
années de distance, on se rend compte que ces
craintes étaient purement chimériques.
Séparé du quartier du Pont-de-Flandre par la rue
de rOurcq, el de celui du Combat par les rues d'Al-
lemagne et de Meaux, le quartier de La 'Villette
représente bien l'ancienne aggloni' ration histo-
rique. Plusieurs grandes voies le sillonnent dans
sa longueur : les rues d'Aubervilliers, Curial, de
Flandre et d'Allemagne ; dans sa largeur, les rues du
Maroc, Riquet, de Crimée et de l'Ourcq ; mais au-
cune d'elles n'est fréquentée d'une façon aussi im-
portante que le bassin de La 'Villette, continué
par le canal de l'Ourcq, et les quais qui les bor-
dent, auxquels on a donné avec à-propos les noms
des rivières que le canal met en communication :
la Seine, la Jlarne, l'Oise, la Loire.
Ce n'est pas d'hier que date l'idée sinon du canal
de l'Ourcq même, du moins de la navigabilité de
l'Ourcq; on la réalisa au xvi« siècle, et par cette ri-
vière et celle de Marne, des bateaux chargés de bois
coupé dans la forêt de Villers-Cotterets purent arriver ù Paris, au port
de la Grève, le 9 juillet 1564. Ce fut une véritable solennité, à laquelle
assista le corps municipal; les mariniers étaient vêtus de pourpoints et
chausses rouges, coilfés de chapeaux bleus, aux couleurs de la Ville ;
les tambourins et trompettes faisaient retentir l'air d'un gai vacarme,
•i dont le peuple, ce voyant, se réjouissoit, espérant que si après, il en
viendra grande quantité par ladite rivière d'Ourcq ■>.
11 fallut bien se contenter, pendant plus de deux siècles, de cet état
de choses. Le canal actuel n'a été entrepris qu'en 1802 pour se ter-
miner vingt ans plus tard. Le bassin de La Villette, compris entre le
rond-point de La Villette et la rue de Crimée a aujourd'hui un tralic île
plus de deux millions de tonnes. Bordé sur ses deux rives par de hauts
bâtiments d'entrepôts, il a un peu l'aspect de Venise, moins la grâce.
Lue passerelle le surplombe à hauteur de la rue de la Moselle; la rue
de Crimée le franchit sur un pont qui, grâce à un mécanisme fort
ingénieux, s'élève en quelques minutes pour livrer passage aux bateaux
et se rabaisse aussitôt. D'ailleurs, une passerelle lui est accolée pour
enlever l'occasion d'un murmure aux piétons affairés ([ui, blasés sur
l'intérêt de la manœuvre, désirent traverser sans retard.
Cette rue de Crimée, faite, en [dus de vingt ans, de pièces et de mor-
ceaux pour ainsi dire, est une des plus longues de nos faubourgs
parisiens; elle n'a pas moins de 2kilom., 520. C'est aussi, pour la circu-
lation des voitures, une artère fort importante, car elle met en rela-
tions les communes de la banlieue >"ord, Saint-Denis, Aubervillicrs,
rO.M' DE LA liUE DE till.MEE .ïLli Li.
bL L L'-iLlsE SAI.N r-J ACiJI.E'5-.SAl.NT-Clli;l>irulMlE.
DIX-NE i: VI KM i: Altno.MJlSSKMhNT
191
I ■ ^^ M 1 -
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.jMhIWJH
VUE INTÉRIEURE DU MARCHÉ AUX BESTIAUX.
avec celles de la banlieue Est qui — sans parler de Bellcville — occu-
pent les hauteurs des Lilas et de Romainville. Dans la traversée de La
Villette, elle s'appelait précédemment rue de Bordeaux. Là se borne
son intérêt. Tout près du pont du canal, nous avons lu sur la porte
d'un de ces établissements de bienfaisance où l'on donne de la nour-
riture aux pauvres gens en échange de bons, celte inscription amusante
par son laconisme : Entrée du fourneau.
Plusieurs rues de La Villette évoquent des souvenirs aussi belli(iueux
que celui de la campagne de Crimée, mais sous un climat bien difl'é-
rent, car les rues du Maroc, de Tanger, de Kahylie nous transportent
en Algérie.
La rue Riquci, voisine du canal, rappelle la mémoire du construc-
teur du canal du Languedoc, Riquet, dont la statue est à Toulouse.
Cariai fut un général de division du premier Empire. La rue de Joiii-
ville révèle par son nom qu'elle fut ouverte sous Louis-Philippe, et cela
nous fait songer qu'en 1830, lorsque la jolie ville de Joinville-le-Pont,
lasse de se nommer la Branche-du-Pont de Saint-Maur, obtint son nom
actuel, sa voisine Saint-Maur demanda, sans succès d'ailleurs, à s'ap-
peler Aumale! 11 n'y a pas de rue d'Aumale non plus à La Villette,
mais il y a une rue de Chartres à La Chapelle.
Peu d'édifices dignes de remarque dans ce vaste espace; rue Curial,
Celle même place de liitclie, qui ne porte que depuis 1881 le nom
de la vaillante cité lorraine (c'était, avant, la place de rÉglise) est
occupée par un groupe scolaire et une maison municipale de secours.
A l'angle de la rue de Crimée, un bâtiment d'aspect vieillot représente
l'ancienne mairie de la commune, achetée moyennant 83.000 francs,
à la suite d'une délibération du 24 juin 1852.
La rue d'Allemagne, longue de 1,820nièlres, large de 31. plantée
d'arbres auxquels on saurait gré d'être moins rabougris, date de 1708.
Auparavant, la route royale de Strasbourg (aujourd'hui roule natio-
nale n" 3) était fournie par la rue de Meaux, prolongée dans Paris par
la rue do la Crange-aux-Belles. Le xvm' siècle nous a légué la rotonde
Saint-Martin, massif bâtiment, trop solennel pour son objet, qui
était di- relirr les deux barrières : de La Villette, à l'entrée de la rue de
Flandre, de Pantin, à l'entrée de la rue d'Allemagne. Cette dernière
n'était encore que provisoirement construite lorsque, dans la nuit du
20 au 21 juin 1791, deux calèches s'y arrêtèrent mystérieusement. Bien
que le jour commençât à poindre, les commis de l'octroi ne remar-
quèrent pas qu'un homme, deux femmes, deux fillettes en descen-
daient afin de monler, avec l'empressement de personnes qui se cachent
pour fuir, dans une vaste berline de voyage, propre à faire un long
irnjet. Ces voyageurs inconnus n'étaient autres que Louis XVI, Marie-
Antoinette, Madame Elisabeth, Madame Royale et le
jeune Dauphin, habillé en petite fille. On sait ce
qu'il advint de cette fuite : la famille royale arrêtée
à Varennes, ramenée, prisonnière de la Nation, à
Paris. La berline, qu'on surnommait déjà le corbil-
lard de la monarchie, ne franchit plus, au retour,
la barrière de Pantin; on lui fit suivre, une fois
arrivée là, les boulevards extérieurs et elle revint
aux Tuileries par les Champs-Elysées.
Elle était vouée, cette barrière, aux spectacles tra-
giques. C'est tout proche d'elle, dans un cabaret à
l'enseigne du Petit Jardinet, que, le 30 mars 1814, fut
signée la capitulation douloureuse qui consacrait
l'évacuation de Paris par nos troupes et sou occupa-
L'ABATTOIR DE LA VILLETTE.
sont installés, depuis 1874, les services divers, bu-
reaux, ateliers et remises des Puiii|»'s riniMiics, nù ils
voisinent avec les ateliers de conslrurl ii.n i\r la (jiiu-
pagnie générale des voilures. L'église Saint-Jacques-
Saint-Christophe, construite par Lequeux dans le
style grec, s'élève sur la place de Bilchc. Une ordmi-
nance royale du 17 novembre 1837 avait autorisé la
niunicipalilé de La Villulte à acquérir au prix de
64, 3U0 francs le terrain nécessaire; les travaux com-
mencés en 1841 furent achevés en 1844; l'édifice fut
consacré le 27 octobre par l'archevêque de Paris. Il
ne nous charme que médiocrement, avec sa haute tour
hors œuvre, qui a l'air d'un phare. La façade un peu
trop resserrée a le mérite d'être ornée des statues
des deux (., lirons de l'église, signées Daiitan aîné.
l'ERSPECTlVE DE LA RUE D' A LLE.\! Au > E.
192
PARIS -ATLAS
VUE DU CANAL SAINT-DENIS.
lion par celles des peuples alliés contre >'apoléon. A ceux qui aiment
philosopher sur les rapprochements de l'histoire, il est loisible d'éta-
blir un lien entre cette fuite de Varennes, cause de la déchéance de
Louis XVI et ce pacte de 1814 par lequel Louis XVIII recevait des
Russes, Anglais et Allemands le trône de ses aïeux.
Quartier du Pont-de-Flàndre. — Il n'y a pas si longtemps
encore qu'une ligne d'omnibus dénommée Petite-Villelte — Champs-
Elysées suivait la rue d'Allemagne, franchissait le chemin de fer de
Ceinture et venait stationner dans la rue du Hainaut. Depuis, la tète
de ligne fut reportée aux Buttes-Chaumont; on en a fait enfin la
ligne Gare du Nord-Place de l'Aima, mais La Petite-Villette n'y a rien
perdu, car les deux services rivaux des tramways de Pantin la des-
servent suffisamment. Ce n'est pas la Compagnie des omnibus qui
avait pris l'initiative de ce vocable, Petite-Villette, pour désigner la
partie orientale de la commune de La Villetle; on le trouve employé
dès le commencement du siècle, concurremment avec celui de La
Villette-Saint-Denis, parce que l'abbaye de Sainl-Deiiis y avait possédé
des terres.
Aujourd'hui, le quartier a reçu le nom du pont-viaduc sur le(|Mil
passe la ligne de Ceinture et de la station qui dessert la rue de Flandre.
Il aurait tout aussi bien pu s'appeler le quartier des Abattoirs ou du
Marché aux bestiaux, car ces deux établissements en occupent la
moitié. C'est en 1859 que leur construction fut décidée. Le canal de
rOurcq et le canal Saint-Denis, plusieurs lignes de chemin de fer,
la proximité des barrières fournissaient toutes les commodités dési-
rables. Les abattoirs s'élevèrent sur l'emplacement des anciens lieux-
dits Grimprel et le Bon -Jour; le marché, sur celui de liouvray. Huit
années furent nécessaires à leur édification; en 1867, on les inaugura
sans grande solennité.
Le marché aux bestiaux a sa principale entrée sur la rue d'Alle-
magne. Li's jouis ou il est ouvert, La Pclitc-Villelte jirend la physio-
^
^^
fBÊÊ^^^^ .- --K-j^Ai^a
^^^H^^
.r^'~^. '.VrfhSRHHHl
ABSIDE DE LÉ';I.I<I
nomie la plus pittoresque :
cabarets et restaurants
sont débordants de la
clientèle toute spéciale
que lui font les marchands
et conducteurs d'animaux,
mêlés aux bouchers, avec
qui ils concluent affaire
le verre en main. Les lon-
gues blouses bleues des
premiers font apparaître
plus blancs les tabliers de
ceux-ci. Parfois les piles
d'écus s'empilent et dis-
paraissent dans la cein-
ture des vendeurs, mais
le plus souvent, le chiffre
d'affaires est trop éjevé,
et se règle commerciale-
ment en écritures.
Un pont sur le canal de
rOurcq relie le marché
aux abattoirs. Du
royaume de l'argent, on passe dans le royaume du sang. Le spectacle
n'en serait pas réjouissant si les bâtiments n'étaient tenus très propres,
aérés, disposés avec symétrie. Les étables où les malheureux animaux
attendent le coup de massue ou le coup de couteau final y alternent
avec les échaudoirs, nom bizarre donné aux salles où se donne la
mort. On y tue pendant la nuit, on y prépare et débite les viandes
dans la journée. Les ouvriers employés à ce dernier travail sont, non
moins étrangement, nommés chevillards, parce qu'ils disposent les
bétes dépecées sur des crocs en fer nommés chevilles. Il parait que
ce rude métier, qui exige beaucoup de force et d'adresse, ne porte pas
à la mélancolie: les bouchers de La Villette sont d'humeur joyeuse, de
santé robuste comme il convient à des gens qui, par métier, font des
cures de sang ordonnées aux personnes débiles. Il leur arrive, pour
se distraire, de s'occuper de politique. Un procès célèbre nous les a
présentés, qui l'aurait cru! sous le jour de conspirateurs soucieux du
rétablissement de la royauté, et un poète facétieux, s'adressaut à
leur leader, lui disait :
Oui. vous pi'éscnterez les boucliers à la i-ciiie...
N'oublions pas de rappeler que le marché aux bestiaux a hérité du
premier château d'eau de la place de la Uépubliquc.
L'impasse du Dépotoir a au moins le mérite d'avoir un nom précis, et
n'est-ce pas dans l'ordre que l'intestin de Paris soit contigu à son
estomac? Chaque nuit, trois ou quatre cents voitures de vidanges —
administrativement, on les appelle des tonnes — viennent là déverser
leur lamentable cargaison dans des réservoirs d'où elle est entraînée
par une pompe aspirante, à 8 kilomètres, à l'usine sise entre Bondy
et Auluay pour y
subir les pré[)ara-
tions chimiques
qui la rendent
propre à féconder
le sol.
Tout lires lie là,
prend nais>anrr
le canal Saint-
Denis qui se
girifr sur le canal
de l'Uurcq et li-
mite au Sud-Ouest
les abattoirs. Il
doit son existence
à la loi du 29 n..-
réal an X, qui
pre se riva il eu
même lemiis I ou-
verture du canal
Saint-Martin. L'u-
tilité était évi-
(l(Mitc' d'épargner
à la navigation
ruai rhande la tra-
vi'rsée de Paris i-l
la binyue boucle
(|ue l'ait l(^ (leMVe
en aval d'.Vutruil. I, KULlSli DE UELLEVILLE.
DIX- N 1 : l V I K M i: A 15 11 0 N D I s s E M E N T
193
L'entrrpriso ne fut achevée quV-n 1820.
i.'- 7") .|iiarticr est le quartier
d'Amérique. Ce nom serait inex-
plicable si Ton n'y sous-en tendait le
mot carrières. Encore est-on réduit à
se demander en quoi ces carrières-là
sont plus américaines que d'autres.
Ce qui est certain, c'est que, malgré
les nombreux travaux qu'y a faits
l'édilité, la région demeure encore
passablement sauvage. Le centre de
Paris s'est déplacé, il se déplacera
encore : on peut affirmer qu'il ne
serajamais là. Historiquement, c'est
un peu La Villette et beaucoup Bel-
leville. La Villette y a, depuis 1829,
son cimetière, situé rue d'IIautpoul ;
Belleville, le meilleur de son agglo-
mération, et la presque totalité des
carrières d'Amérique proprement
dites. Celles-ci servaient principale-
ment d'asile Je nuit aux malandrins
et pauvres hères. Eux seuls osaient
s'y risquer au commencement du
siècle. Elles eurent une journée de
gloire et de sang, le 30 mars 1814,
lors de l'attaque de Paris par les al-
liés. Sous le commandement des
généraux Michel et de Rebeval, la
garde nationale y prit position en face d'une brigade de l'armée russe.
L'offensive, venue de notre côté, donna d'abord les meilleures espé-
rances, et l'ennemi fut plusieurs fois forcé de battre en retraite sur
Pantin; mais, en 1814 comme en 1870, des renforts lui arrivè-
rent chaque fois que la victoire allait se déclarer en faveur des assié-
gés; c'est par la capitulation, hélas! que se termina ce beau fait
d'armes.
Et cependant, il nous sera permis de regretter que sur ces plateaux
n'ait pas été élevé un monument commémoratif de la bataille du
30 mars 1814. Le parc des Buttes-Chaumont semble tout désigné à cet
effet. Une pyramide ou tout autre édicule créé par l'ingéniosité de
TERMINUS DU FUNICULAIRE DE BELLEVILLE.
lier a commencé de se bâtir depuis
un quart de siècle. De larges voies
le sillonnent : les rues du Général-
Branet, DaviJ-J'Angers, (TAUace-Lc/r-
raine. Quand la ligne projetée. du
Métropolitain y aura son accès, la po-
pulation s'y décuplera promptement.
En attendant mieux on lui a donné
l'hôpital Herold, de proportions
encoie modestes. C'est en souvenir
de l'ancien préfet de la Seine que ce
nom lui a été attribué.
Avant le percement de la rue de
Crimée, les relations entre La Vil-
lette et Belleville s'efTectuaient soit
par la rue de La Villette. soit par la rue
Compans (anciennement nie Saint-
Denis et la rue des Fêtes 'ancienne-
ment rue de Beauneî, aboutissant
toutes deux à la grande rue de Paris,
qui n'a pris qu'en 1868 le nom de
rue de Belleville, et qu'au delà de la
rue Compans, vers Romaiuville, on
appelait rue du Parc, en souvenir de
l'ancien parc attenant au domaine
des Lepeletier de Sainl-Fargeau. Le
. XIX' arrondissement — nous l'avons
dit et déploré — n'a de cette longue
ai tère que les numéros impairs. Du
moins, il y possède un fort beau monument que Paris peut envier à
Belleville, l'église Saint-Jean-Baptiste. Elle a remplacé, sur le
même terrain, un édifice bien plus modeste, dont la première pierre,
retrouvée en creusant les fondations de la nouvelle éelise, avait été
posée, le 3 juillet 163o, par le curé de Saint-Merri, dont dépendait
Belleville. Par délibération du o mars 1833, le conseil municipal de
la commune avait décidé la démolition et la reconstruction totale de
cet édifice, et agréé les plans présentés par Jean-Baptiste-Antoine
Lassus. La première pierre fut posée le 24 juin 1834 en grande solen-
nité (une relation de cette fête en a été imprimée). Lassus continua à
diriger son œuvre jusqu'à sa mort, qui survint en 18o7. C'est un de
ses élèves qui l'acheva en 1839, année où, le 11 août, la pa-
ri dsse fut consacrée par l'archevêque.
Le monument est conçu dans le style d'architecture go-
thique, sobre et majestueux, qui caractérise le règne de saint
Louis. Par ses dimensions, la hauteur de ses voûtes, les deux
llèches de près de 60 mètres qui flanquent son portail, il
rassemble plus à une cathédrale qu'à l'église dune commune
de la banlieue de Paris ^il est vi-ai que Belleville s'enorgueil-
lissait alors d'être, grâce au chiffre de sa population, la pre-
mière ville du département après Paris). Les façades sont
ornées de nombreuses statues, dues au ciseau de Perrey;
ilivers peintres ont coopéré à la décoration murale de l'in-
térieur.
La partie de Belleville sise à gauche de la grande rue fut
longtemps, comme Batignolles-Monceau, le séjour pi-éféré des
petits commerçants retirés des affaires, des rentiers aux goût-
modestes. Il faut lire, et ce n'est pas une ennuyeuse lectun.
certains romans de Paul de Kock, qui aimait beaucoup Cu
L.\ PLACE DES FETES.
nos artistes pourrait porter une inscription
conçue à peu près dans ces termes :
SUR CES HAUTEURS, ALORS ABRUPTES,
LES PARISIENS COMBATTIRENT VAILLAMMENT
POUR DÉFENDRE LEUR VILLE
CONTRE l'invasion DES ARMÉES ALLIÉES
LE 30 .MARS 1814
et lesTarisiens du xx« siècle la liraient avec un
légitime orgueil.
Tout autour de la place du Danube (un nom
de montagne aurait mieux convenu, le quar-
PORTE DU PRÉ-S.VINT-GERVAIS.
10^
PARIS- ATLAS
ASPECT DE LA COURBE DE LA RUE BOLIVAR.
coin de pays (où il vint mourir en 1871), pour se rendre compte des
mœurs bourgeoises et même patriarcales du lieu. Si les tendances n'ont
pas beaucoup changé depuis, tout autour de la place des Fêtes, les
iiabitants y mènent maintenant une vie plus active : pour la plupart,
ce sont des artisans, des travailleurs manuels; Tannexiona fait reculer
les rentiers dans la banlieue ; les maisons avec jardin, qui étaient de
règle, se font de plus en plus rares. Même avant 1860, la municipalité
bellevilloise assistait à cette évolution avec une mélancolie des moins
démocratiques; les « propriétaires» qui la composaient constatent
dans une délibération du 4 août 1832 que, « depuis la transformation
splendide » des quartiers industriels et populeux de la capitale, Bel-
Icville est devenu le refuge d'une foule de gens qui ne savent où habiter
dans Paris et y viennent ainsi ci avec la pensée secrète de ne pas payer
leurs loyers ». El le conseil demandait la simplification des formalités
en usagi' poui- l'expulsion de ces gens-là. On voit que M. Vautour a de
qui tenir.
La place des Fêtes, dont il vient d'être parlé, est, depuis 1881, pourvue
d'un vaste square, de 12,000 mètres carrés ou environ ; si l'on en croil
les documents officiels, il n'en a pas coûté plus de 200,000 francs pour
la revêtir ainsi d'une aimable robe de verdure. Elle est bordée à l'Est par
la rue du Pré-Saint-Gcrvais qui conduit à la commune du même nom. Il
nous souvient qu'un petit omnibus jaune et fermé,
comme il n'en existe plus maintenant à Paris, la
parcourait, venant de l'ancienne barrière de Bel-
leville et descendant ainsi au Pré-Saint-Gervais
après l'ascension la plus rude que l'on puisse con-
cevoir. Le trajet était aussi pénible aux chevaux
qu'aux voyageurs; aujourd'hui, pour se rendre au
Pré, l'on a des tramways électriques qui partent
de la porte de Pantin, c'est-à-dire de la plaine vers
la colline, ce qui est infiniment plus logique.
Et maintenant, de la place des Fêtes, que l'on se
dirige, par la rue des Solitaires ou celle des Anne-
lels, vers la rue à laquelle Botzaris, un héros de
la guerre de l'indépendance grecque , a donné
son nom, que l'on fasse le tour, au contraire, par
les rues desLilas et de Bellevue (un nom bien porté),
on est assuré d'une excursion fort pittoresque, à
travers un Paris très inédit, pourrait-on dire, car
il a dans ces régions un aspect tout particulier,
qui ne se retrouve pas ailleurs.
Quartier du Combat. — Le boulevard de La
Villette, au point d'intersection des rues de la
Grange-aux-Belles (X= arrondissement) et de Meaux,
a une légère inflexion du Nord vers l'Est, et dans
cette concavité forme une place dont on a fait une
sorte de square. Là s'élevait une des barrières du
Paris d'autrefois, dénommée barrière du Combat.
11 s'agit du combat d'animaux, d'un spectacle forain
dont nos a'ieux étaient, parait-il, très avides et qui,
espérons-le pour l'honneur de l'humanité, n'inspi-
rerait que de l'horreur aujourd'hui. 11 consistait à
faire battre entre eux des animaux, chiens ou coqs,
ou de mettre aux prises contre un vieux cheval,
ou un ours, ou parfois un taureau étique, une meute de chiens qui finis-
sait par avoir raison de la malheureuse bête, non sans avoir reçu
maints horions. Dès le 9 juin 1T92, le procureur général du départe-
ment, indigné de ces atrocités, avait écrit la lettre suivante au Direc-
toire du district de Saint-Denis :
« On vient de me dénoncer, messieurs, un spectacle déchirant qui
se donne à Belleville à certains jours de l'année, et où l'on fait périr
un taureau dans les tourments les plus cruels. Je ne doute pas que la
lecture de cette lettre, dont copie est ci-jointe, ne vous déleriiiine à
prendre des mesures pour que ce spectacle n'ait plus lieu. »
Si cette injonction fut obéie, ce ne fut que pour un temps. Le Con-
ducteur dus étrangers à Paris, à la date de 1815, signale le <' coinbat des
animaux » en le réprouvant, il est vrai. D'autre juirl, le conseil muni-
cipal de Belleville avait, par délibération du l" février 18'iO, autorisé
le bureau de bienfaisance de la commune à peicevoir un droit iiour les
pauvres. Une nouvelle délibération du 23 mai 1833, en nous apprenant
que le spectacle du Combat avait été définilivement abuli, témoigne
d'un état d'esprit du conseil tout autre que celui dont il faisait preuve
en 1840, car elle a pour objet de demander le changemenl du imin do
la barrière du Combal, qui rappelle « un spectacle sanguinaire qui
^lU.N.NKLLE DIDEROT.
VUE DE L'ÉOLISE SAlNT-llEOHOE.S.
DIX-N K L V 1 KM i: A II li O.N DISSKMENT
19."
LE PAKC DES B U TÏE S- C II A U M O N T.
avait lieu audit endroit, lequel n'est plus ni dans nos mœurs ni dans
les idées actuelles de l'état social français ». Voilà qui est bien dit : la
dénomination n'en demeura pas moins en vigueur jusqu'à 1860, date
de la suppression des barrières.
La nie de Meaux était au xvin» siècle, on l'a vu plus haut, lu route d'Al-
lemagne. A sa sortie de Paris, elle traversait un territoire dont le nom
seul évoque des souvenirs bien plus tragiques que ceux du Combat :
Monlfaucon. Le sinistre gibet a eu deux emplacements difTérents, quoi-
que voisins l'un de l'autre, au Nord-Est de Paris: le plus ancien dans le
X.° arrondissement, non loin de la rue Vicq-d'Azyr; le second transféré
en 1761 sur les confins de La Villette et de Belleville, où l'impasse de
Monlfaucon rappelle son existence. Ce dernier fut surtout une voirie,
et les fourches patibulaires ne s'y dressaient plus guère que comme
l'emblème de la haute justice; cependant, au mois de novembre 1898,
des fouilles pratiquées entre les rues Secrétan et Bolivar ont mis au
jour, en même temps que des objets ménagers de tout genre, plusieurs
crânes humains. Avec le temps, la voirie devint le dépotoir municipal,
puis, lorsque celui-ci eut été transféré près du marché aux bestiaux,
elle s'est convertie en fabrique d'engrais chimiques et en dépôt Ai-
pavés. La physionomie du quartier a perdu l'empreinte de ces lugubrrs
origines; un marché, un groupe scolaire, l'élargissement de la rui'
Secrétan où le tramway de Saint-Auguslin au Cours de Vincennes ap-
porte son incessante animation, tout cela a donné la vie à ce lieu il''
mort et de misère.
Veut-on conauilre l'état civil de la ;i(e Boiiret ? L'no délibération du
conseil municipal de La Villette, à la date du 7 décembre 1841, porli'
« acceptation du don fait à la commune par les héritiers Bourct de l.i
nouvelle rue, longue de 215 mètres et large de 12, connue sous le nom
de rue Bouret ».
Avant de con.sacrer le souvenir d'un illuslre CMUibattant imur l'in-
dépendance de l'Amériiiue du Sud, la rue Bolivar s'appela jusqu'en
1880 rue de Puebla. Elle fournil aux hauteurs de Belleville un accès ai>'
et côtoie des buttes où la nature est restée abandonnée à elle-nièmr;
on les nommait jadis les Grands-Chaumont et la Pattc-d'Oie.
La modeste église Saint-Georges, i|iii date d'un quart de sièi h .
s'y adosse. Toujours nupnlanl, la lur II. ilivar domine, à hauteur du
passage Stemler, la belle école Diderot dont l'entrée prinripab'
s'ouvre sur le boulevard de La Vlllelle. Eondée en 1^!"2 pai' la \ ille de
Paris, elle est le prototype des écoles municipales où s'enseignent les
professions manuelles. Ici, ce sont les industries du bois et du fer qui
sont en honneur.
Nous voici enfin devant une des principales entrées du parc des
Buttes-Chaumont, dont nous dirions bien que c'est le clou de l'ar-
rondissement, si la métaphore n'était pas quelque peu hardie.
ic En 1861, dit Haussmann dans ses Mémoires it. IIF, p. 234', lors de
l'annexion des communes de Belleville et de La Villette à Paris, des
ateliers d'équarrissage et un dépotoir de vidanges occupaient seuls et
rendaient infects ces parages inhabités et peu sûrs.
« Je conçus l'idée, bizarre au premier aspect, d'en faire, après les
avoir débarrassés de ces établissements insalubres, un lieu d'atlrail
pour les populations des XIX' et XX" arrondissements nouveaux, par la
conversion en promenade publique de 23 hectares de terrain: il com-
^HKV^^^Hm'ï'
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JÊK^^^k
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PONT DU PARC DES BUTTES-CU A f MON T.
iP6
PARIS -ATLAS
FAÇADE DE LA MAIRIE DU XIX' ARRONDISSEMENT.
prendrait tout le massif des buttes que la société dite des Carrières du
Centre possédait entre les rues de Crimée et de Puebla, dans un sens,
et les rues de Vera-Cruz et de Mexico, dans l'autre. Je soumis à l'empe-
reur mon plan, qu'il comprit et qu'il accepta de suite. »
Il y a peut-être quelque vantardise à se donner comme le seul au-
teur, même avec la collaboration de
Napoléon III, de la conception du
parc. Peu s'en faut que Haussmann
n'ajoute qu'il l'a aussi creusé, des-
siné, planté, toujours avec l'aide de
l'empereur. En réalité, il y avait
alors à l'Hôtel de Ville des ingé-
nieurs, dont le premier à citer est
.\lphand, auxquels le mérite de
l'idée revient à bien plus juste tilre.
Haussmann est plus exact lorsqu'il
ajoute que le projet d'acquisition
des terrains fut approuvé par décret
du 22 juillet 1862, que les travaux
durèrent de 1864 à 1867 et que la
dépense totale s'éleva à près de
6 millions.
On ne perd pas son temps à feuil-
leter les vieilles revues : la Revue
de Paris du 20 novembre 1864 con-
sacrait quelques réflexions (p. 190)
à la nouvelle promenade : c( T)e ce
roc pelé où il n'y avait qu'une so-
litude désolante, sans un arbre,
sans un brin d'herbe, de ce mont
chauve, les ingénieurs, les jardiniers,
les hydrographes et les terrassiers
sont en train de faire une oasis qui
dépassera en beauté celle de la sul-
tane Fatime, la lille chérie du Pro-
phète... Comment clôlurcra-t-on la
nouvelle promenade, les Tuileries du
peuple, comme on l'appelle déjà? Par
une grille en fer se terminant par
des (lèches dorées, sans doute. C'est ce qu'il y a partout, c'est ce qu'on
faisait aulrefois, c'est ce qu'on fait aujourd'hui, c'est ce qu'on fera
demain. .Mais ne serait-il pas bon d'y joindre une annexe, utile, en
temps de pluie, pour 1rs enfants, pour jes femmes et finur les prome-
neurs, c'esl-à-dire au moins une rangée d'arcades, sinon coninn' à
la place des Vosges, du moins comme à la rue de Rivoli?...
STATION DU CHEMIN DE FER DE CEINTURE
(Belle ville-Villette).
esthétique fâcheuse. Les Buttes-Chaumont sont, en
outre, difficilement comparables au jardin des Tuile
ries, à tous égards, mais avec ou sans arcades, elles
sont, à coup sûr, une des plus belles promenades de
Paris. Le Nôtre et tous les jardiniers royaux avec lui
conviendraient que leur art a fait des progrès depuis
les boulingrins de Versailles et les coquetteries de
Marly. La nature, il est vrai, y fut une puissante colla-
boratrice ; dans beaucoup de cas, il a suffi de cou-
vrir de terre végétale les collines, de les gazonner
et d'y planter des arbres pour donner l'illusion d'un
paysage suisse ; ailleurs, les déblais nécessaires pour
former le lac fournirent en partie les matériaux du
promontoire que domine le temple de la Sibylle de
Tivoli, reproduite d'après les dessins de Davioud. On
accède à ce joli édifice par deux ponts, dont l'un en
briques, jeté à cinquante mètres de hauteur, a une
sinistre célébrité; c'est de là que les désespérés de
la vie viennent s'abattre, déjà asphyxiés sans doute,
sur le sol de la route; on l'appelle le pont des suicidés.
Le lac, d'une superficie de 2 hectares, se prête complai-
samment aux rêveries d'une navigation sans danger.
L'hiver, il s'offre au patinage, à la glissade surtout;
les fourrures y sont rares, mais on est sur qu'aucun
des enfants du quartier ne manque à l'appel.
Dans une ancienne carrière a été ménagée la grotte
où une cascade bouillonnant avec fracas vient tomber
d'une hauteur de 32 mètres; les Buttes-Chauniont ont
leur réservoir spécial situé rue Botzaris, alimenté d'eau
de rOurcq par une machine élévatoire.
Bâtie de pierres et de briques dans le style Louis XllI, la mairie do
l'arrondissement s'élève sur la place Armand-Carrel. Elle a été con-
struite par Davioud.
Sur celte place a été inauguré, le 13 juillet 1900, le beau monument
élevé à la mémoire de Jean Macé et à la gloire de l'enseignement
populaire.
Le chemin de fer de Ceinture en-
tre dans l'arrondissement au point
où il croise la rue d'Aubervilliers.
Resserré, presque emprisonné entre
les bâtiments du gaz à droite, les
magasins généraux et les voies
de la ligne de l'Est à gauche, il
s'arrête successivement aux deux
stations d'Est -Ceinture et du
Pont-de-Flandre. Au ilelà de cette
dernière, une iorle courbe vers le
Sud-Est l'amène à franchir le canal
de rOurcq surjun pont métallique;
puis, se rapprochant de la rue de
l'Ourcq, il passe au-dessus de la
rue d'.Mlemagne, et att(Mnt la sta-
tion de Belleville-'Villette, établie
au niviaii tlu soi df la rue de Cri-
mée. De celte station se détache un
embranchement en triangle, que
l'harmonieuse langue des cliemins
de fer nomme « embranihcineiit de
Paris-Bestiaux», parce qu'il dessert
le marché aux bestiaux et les abat-
toirs. En quittant la station de Bel-
leville-Villette, le chemin de fer
passe sous un pont en étoile et s'en-
gage , sous les Buttes-Chaumont,
dans un tunnel de 1 ,082 mètres par
lequel il iiéiiètro dans le XX° arron-
dissement, précisément au-dessous
du iioiiit où la rue ilc la Villelle
iilioutil dans la rue de Itelleville.
Le chemin de fer de l'Est emprunte une partie ilu territoire du
XI.X"^ arrondissement. Il y entre en croisant la rue d'Aubervilliers, à
partir de lai|uelle il passe de la direction Sud-Nord à la direction Est,
franchit la ligne de Ceinture et rencontre la gare d'Est-Ceiiituii', ù la-
quelle on accède par la rue Curial. ,\piès avoir passé au-dessus du
mal Saint-Denis et de la rue de Flandre, il sort (les forlilicati
Le conseil ne fut pas suivi; au reste, sa réalisation eût été dum- 200 mèiresdc; la j^rte de La Villette, entre les bastions 27 et 28.
PARIS - DIX-NEUVIÈME ARRONDISSEMENT
^3) Quartier de la flUeUe
1 «^^ 1 duF'deFhndre
'Amérique
u Combat
PAniS-AT L AS
ALLÉE PRINCIPALE DU CIMETIÈRE DU PL R E - LAC II AISE.
Wâvronâiz^cmmi éÈ-
MEN ILMONTANT. — 77° quartier : BELLEVILLE. - 78o ouARTiER : SAINT-FARGEAU.
79° QUARTiEU : LE PÈRE-LACH AISE. — 80° quartier : CHARONNE.
'\^^^-\
ES regrets que nous exprimions au Jébut du
chapitre précédent, sur le fâcheux choix de la
dénomination du XIX° arrondissement, nous
les répétons avec plus de raisons encore et de
fiirce à propos de celui-ci. Couper en deux Bel-
Itville, y réunir Charonne, pour composer un
arrondissement avec ces deux localités vieilles
de huit siècles, puis donner à cet ensemble hété-
rogène le nom du hameau, longtemps infime,
qui dépendait de l'une d'elles, tel a été le ré-
sultat des méditations de Haussmann et de ses collaborateurs. Il n'y
a pas même d'excuse à cette hérésie topographique : lorsqu'elle l'ut
commise, la mairie chef-lieu était sur le territoire de Belleville ;
aujourd'hui, elle se trouve — nous le prouverons — sur celui de l'an-
cien Charonne.
Le XX'^ arrondissement, dit Miînh.montant, a im.' superficie de
521 hectares et une population de lB3,'3'i7 habitants, inlièrement com-
merciale, industrielle et ouvrière. II dispute à Montmartre le mérite
des sites pittoresques. A cet égard, la rue des Pyrénées, qui le ti'averse
dans toute sa longueur (3,315 métros) est bien nommée : les hautes
Pyrénées s'étendent de la rue de licllcville à la jilace Gambetta; les
basses Pyrénées commencent à la place Gambetta et viennent, par
dégradations successives, se lerniincr dans la plaine, au cours de
Vincennes. En poursuivant cette comparaison, les Pyrénées occirfcH^ate
P A lus -Atlas.
seraient représentées, dans le XIX" arrondissement, par la rue Boli\"ar
et ses abords.
Quartier de Belleville. — Il faut remonter aux temps mérovingiens
pour constater l'exislenco d'êtres humains habitant sur ces hauteurs,
que l'on nommait alors Savies — saw signifiant, parait-il, dans la
langue des Celtes, gazon. Plusieurs établissements religieux s'en parta-
geaient la possession : les abbayes de Saint-.Maur et de Saint-Magloire,
d'abord ; plus tard, l'église Saint-Merri, le prieuré de Saint-Martin-ties-
Champs, celui de Saint-Lazare, la maison du Temple. Us y avaient un
autre intérêt que d'agrandir leur domaine; l'eau a toujoui-s été rare à
Paris (elle l'est encore aujourd'hui^ et la colline de Savies offrait
l'avantagé de contenir plusieurs sources; elles furent captées de bonne
heure ; nous les retrouverons tout à l'heure.
Pourquoi, dès la lin du xm» siècle, le nom de Savies tendit-il à
disparaître pour faire place à celui de Poitronvillo, c'est ce que nous
ne pouvons expliquer que par hypothèse. Sans doute Poitron était !■
nom — fort roturier — d'un propriétaire du lieu. Au xvi" siècle, com-
mence à apparaître la dénomination actuelle : Belleville, toujoui-
accompagnée alors du qualificatif : sur sablon, pour la distinguer de>
vingt-cinq ou trente localités qui se décernaient un pareil brevet do
beauté. Belleville — tout court — devient le nom usuel à dater du
xvui' siècle.
Pendant dix ans, de 1790 à 1800. Belleville eut l'honneur d'être
chef-lieu do canton, puis redevint simple commune du canton dr
-20
198
PARIS -ATLAS
rantin jusqu'à l'annexion de 1860, contre laquelle elle ne mur-
mura pas. Nous avons dit, en traitant du XI.V arrondissement,
comment cette mesure eut pour effet de diviser par la moitié
cette populeuse agglomération. Administralivement, le quartier
de Belleville est Hinité aujourd'hui par l'axe des rues de Belle-
ville, Pixérécourt, de Ménilmontant et du boulevard de Belle-
ville. C'est un quadrilatère allongé où les maisons s'entassent
comme si on avait fait une gageure d'y en mettre le plus possible.
Sur toute sa longueur, qui n'est que de 104 mètres, le boule-
ranl de Belleville n'offre rien qui retienne l'attention. Trois
barrières s'y ouvraient dans le mur d'enceinte qui tomba en 1860 :
la barrière de Belleville. à l'entrée de la rue du même nom; 1 i
barrière de l'Orillon, devant la rue qui reçut en 1867 le nom de
Ramponneau, le fameux cabaretier de la
Courtille; enfin, la barrière des Trois-
Couronnes, du nom que portait alors la
section supérieure de la rue d'Angou-
lème.
La me de Belleville (rue de Paris jus-
qu'en 1868), dont nous n'avons ici à re-
garder que le côté pair, s'élève en une
pente fort rude que le funiculaire gravit
sans peine, en narguant les infortunés
chevaux de l'omnibus Louvre -Saint -
Fargeau. Dans une sorte de place , à
hauteur du n° 46, apparaît le théâtre,
courageux survivant des édifices de l'an-
cienne commune. Il avait été fondé, sous
Charles X, par les frères Seveste, fameux
dans les exploitations de ce genre. Nous
n'avons trouvé, dans les registres de dé-
libéi-ations de Belleville, qu'une seule
mention le concernant : le 7 décem-
bre 1831, le conseil consentit à remplacer
par une représentation donnée au profit
des pau\Tes la redevance de 1,500 francs
qui était due à la caisse municipale par
MM. Seveste. Cela semble prouver que
les recettes n'étaient pas brillantes. De-
puis soixante-dix ans, elles ont passé
par bien des fluctuations de succès et de
revers; le drame et l'opérette y demeurent toujours le plus en faveur.
Tout de suite, vient la rue Julien-Lacroix, portant le nom d'un pro-
priétaire fort inconnu — laquelle sert de trait d'union entre Belleville
et Ménilmontant, et où est situé un temple protestant; on dépasse la
rue Piot i .M. Piot fut notaire à Belleville j ; on atli-inl, i-n montant encore,
la rue des Pyrénées, et enfin, sur le plateau, le carrefour de la rue du
Jourdain. Sur cet emplacement, juste en face de l'église, se trouvait
jadis un cabaret avec des jardins et une pièce d'eau factice qui lui
ÉGLISE NOTRE-DAME-DE-LA-CROIX
1,E LAC .SAINT-FAKGEAU.
avait valu l'enseigne d'Ile d'amour. Les amateurs de parties fines
en connaissaient bien la roule, et les romans de Paul de Kock
en parlent souvent. Ce lieu de plaisir devait avoir une fin sé-
rieuse. La vogue l'avait abandonné, quand en 1843, une ordon-
nance royale autorisa la commune de Belleville à l'acquérir
pour y édifier une mairie, ce qui fut fait, et de 1860 à 187.5, l'an-
cienne mairie de Belleville demeura sans changement celle du
XX« arrondissement. Nous rencontrerons plus loin l'édifice qui
lui a succédé, place Gambetta, dans le quartier du Père-Lachaise.
Au delà de la rue du Jourdain, en suivant toujours la rue de
Belleville, on atteint promptement l'impasse Frédérick-Lemaitre
et la rue du Soleil — deux trop grands noms pour de si modestes
voies — et enfin la rue Pircrccourt qui forme la limite du quar-
tier. Jusqu'en 187o, elle s'appela — on
ne sait trop pourquoi — rue de Calais;
c'est pour éviter les confusions avec la
rue dénommée de même fnçon dans le
IX" arrondissement qu'on l'a vouée à la
mémoire de Guilbert de Pixérécourt, un
dramaturge bien oublié aujourd'hui, mais
dont les œuvres firent pourtant mer-
veilles au boulevard du Crime, et qui
mourut en 1844. Un vers est resté de
lui, souvent cité avec extase :
Un livre est un ami qui ne trompe jamais.
Cela est-il bien vrai? N'existe-il donc
pas de livres erronés ou pervers ?
Rien à signaler, au surplus, sur le
demi-kilomètre de parcours qu'occupe
la rue en question dans le réseau de la
voirie urbaine.
Nous rencontrons la rue de Ménilmon-
tant, qui sépare les quartiers de Belleville,
de Saint-Fargeau et du Père-Lachaise.
Elle doit son nom à ini hameau qui a eu
l'honneur — immérité, avons-nous dit,
— de sei'vir à l'arrondissement tout
entier. Pour être tout à fait juste cepen-
dant, il faut déclarer que Madan, Madam,
Maudan i)euvent se recommander de
parchemins très anciens, puisqu'ils datent du ix'= siècle. Plus tard, au
xu" siècle, c'était « leMesnil Mau-temps » — c'est-à-dire le hameau du
mauvais temps — forme déjà corrompue, d'où est sorti le vocable
actuel, d'une explication encore assez difficile, à moins que l'on n'ad-
mette, comme très waisemblable qu'il s'agit d'un lieu « montant, sa-
blonneux, malaisé », eût dit le bon La Fontaine. Les rares mentions
qu'on en a durant le moyen âge et jusqu'à la Uévolution suffisent à
prouver que Ménilmontant était surtout riche en carrières et en ver-
gers. Ilousseau aimait à y venir herboriser, ce qui se
rait difficile aujourd'hui; il y fut même renversé par
un gros chien, un jour d'octobre 1776, et fort meurtri.
C'était presque encore la camiiagne au comnn'ucemenl
du règne de Louis-Philippe, puisque les saint-simo-
niens vinrent y installer le siège de leur culte. La rue
de Ménilmontant était alors bordée de beaux arbres;
les promeneurs la suivaient pour se rendre au bois de
Romainville, s'arrétant parfois en roule sous les bos-
quets de guinguettes dont quelques-unes avaient du
renom : les Barreaux verts, les Marronniers, le Galant
Jardinier.
Cependant, on avait commencé à bâtir. Dès 1823,
la commune de Belleville avait doté ce hameau — qui
dé|)endait d'elle — d'une chapelle construite en bois
{elle existe encore aujourd'hui au n" 6 de la rue de la
Mare, transformée en école nialerneili"). La population
augmentant toujours, réclamait à la commune une
église comparable en beauté à celle que Lassus édi-
fiait pour Belleville; elle ne l'.dilinl .pir di> l.i Vilh' de
Paris, a[irès l'annexion : Notre-Dame-de-la-Croix
a été construite en neuf ans, d'' 1863 à 187:;, Mir Ifs
pians de Ilérct, dans le slyle roman, en face de l'aii-
1 ii^nne chapelle, et coula plus de 2 millions et demi.
Bien que le Ici-rain choisi |iour son emplacement soit
m contre-bas île la chaussée de Mi'-nilmonlant, la
haute llèclu,' qui suinionle la faea<le de l'édiliie s'aper-
çoit de loin et est d'un heureux elfel.
A «et endroit, d'ailleurs, le sol oll're une singulière
déjiression, qui corresponil à que], pie lae ay.inl existé
V I X G T 1 !•; .M E A r. I{ 0 M ) I S S J : M I : .\ I
i99
ARRIVÉE DES EAUX DE LA DHUIS, A PARIS.
L ENCLOS DIT DES OTAGES, RUE HAXO.
là jadis, comme cela se rencontre fréquemment dans les montagnes.
Le nom même de la rue de la Mare en est une preuve. Si l'on s'engage
dans cette rue pour prendre, à droite, 200 mètres plus loin, la rue de
Savies, on ne regrettera pas cette petite excursion. La rue de Savies
aboutit à celle des Cascades (un nom très significatif aussi), juste en face
il'un édicule fort curieux par son objet, par sa rareté. C'est un regard
des eaux de Belleville, ces eaux que les Parisiens du moyen âge avaient
été si heureux de trouver et que, par des cascades ou rigoles à ciel
ouvert, par des pierrées souterraines, ils amenaient jusqu'au cœur
même de la ville. Celui-ci peut dater du xiV' ou du xv» siècle; une
inscription latine, gravée au-dessus de la porte, fait connaître qu'en 1633
les Templiers et les moines de Saint-Martin-des-Champs unirent leurs
efforts pour rechercher les sources, qu'on avait négligées depuis trente
ans, et que ces efforts fuient couronnés de succès. L'inscription ajoute
que les mêmes travaux durent être recommencés en 1722. De chaque
côté, deux écussons contenaient les armes de Saint-Martin-des-Champs
et de la maison du Temple; le premier seul est encore à peu près
visible.
C'est l'égout de Belleville qui recueille maintenant avec indifférence
tous ces pleurs de la colline, si recherchés jadis.
Quartier Saint-Fargeau. — 11 y a dans le Marais un hôtel Saint-
Fargeau que les amis de Paris connaissent bien puisque la Bibliothèque
historique de la Ville y est installée. Ce sont ses
propriétaires qui ont donné leur nom au 78" quar-
tier de Paris : les Lepeletier de Saint-Fargeau
avaient voulu avoir, comme tout seigneur qui
se respectait, maison de ville et maison des
champs; pour cette dernière, ils firent choix
des hauteurs de Ménilmontant, où ils achetèrent
un domaine que l'on prit coutume de nommer
le château de Saint-Fargeau.
La fin du dernier des Lepeletier fut tragique.
Conventionnel, il avait cru devoir voter la mort
de Louis XYL Le môme jour, tandis qu'il dînait
<lans un restaurant du Palais-Égalité (Palais-
Hoyal), un garde du corps, nommé Paris, le
poignarda. Dans l'état où étaient alors les es-
prits, la victime de ce guet-apens devint plus
qu'un martyr, presque un dieu; son corps fut
inhumé au Panthéon ; dans toutes les fêtes po-
pulaires, son buste était promené avec celui de
Marat. La réaction suivit de près. Retiré du Pan-
théon en 1795, le cercueil de Lepeletier fut,
presque en cachette, inhumé dans le parc de
Saint-Fargeau. On est en peine maintenant de
retrouver l'endroit précis de sa sépulture.
Le quartier a l'avantage, au moins au point
de vue de la salubrité et des perspectives, d'oc-
cuper le point culminant de Paris. Il est limité
par les fortifications entre les portes de Bagnolet
et de Romainville, les rues de Bagnolet, Pelleport,
de Ménilmontant, Pixérécourt et de Belleville.
Cette dernière, dans la partie où elle borne le
quartier Saint-Fargeau, présente encore des on-
dulations de terrain peu favorables à la circulation des voitures. Voici,
un peu avant la barrière, l'hôtel-restaurant du lac Saint-Fargeau,
rendez-vous bruyant des noces démocratiques, des banquets et des
clubs politiques, plus bruyants encore. 11 fut fondé en 1860 ou à peu
près, sur une partie de l'ancien parc de Saint-Fargeau; la pièce d'eau
— très factice — dont il est le filleul, était une attraction détermi-
nante, aussi bien qu'un petit pavillon, disparu depuis, mais dont les
tourelles servirent à baptiser une rue voisine et l'importante cciserne
d'infanterie des Tourelles, située sur le boulevard Mortier, entre les
bastions 17 et 18.
Autant les portes de Paris sont, à l'ordinaire, d'aspect maussade et peu
avenant, autant de ce côté elles ouvrent sur la campagne des horizons
agréables. De la porte de Romainville, en regardant vers la gauche, on
aperçoit l'immense plaine de Pantin, les trains de l'Est lancés à toute
vitesse, la haie de peupliers qui ombrage le canal de l'Ourcq, et, tout à
fait au fond, le peu de bois qui reste de la forêt de Bondy et les riantes
hauteurs du Raincy. De la porte de .Ménilmontant, bien peu connue des
touristes, on découvre un paysage verdoyant, des sentiers fleuris des-
cendant vers Bagnolet. A la porte de Bagnolet, le cadre s'élareit :
on domine les espaliers charmants de .Montreuil, et dans le lointain,
sur la droite, le donjon de Vincennes dresse sa masse vénérable.
Le quartier Saint-Fargeau a besoin de ces charmes, un peu exté-
INTÉKIEUR DE LE.NCLOS DES OTAGES, 70, RUE UAXO.
200
PARIS -ATLAS
rieurs, il est vrai, mais auxquels l'avenue (lambetta et la rue des
Pyrénées donnent de faciles accès — pour faire oublier ce qui
lui manque encore de bien parisien — nous n'en sommes pas
encore à dire de boulevardier; — et pourtant, dans son Paris,
Maxime du Camp l'a calomnié en disant que c'est « une colline
affreuse, couverte de masures, mal percée de chemins bordés de
haies, d'aspect misérable et déplaisant ».
Quelques curiosités s'y présentent, très dii,'nes d'èlre signa-
lées. Au premier rang, les réservoirs de Ménilmontant.
Pour les visiter, il faut quitter l'avenue
Gambetta à son point de croisement
avec la rue Saint-Fargeau et prendre à
droite la rue Darcy. Là, une grille fai-
sant face à une jolie maisonnette enca-
drée de verdure défend l'entrée d'un
jardin moins rigoureusement gardé que
celui des Hespérides. Il vaut mieux ce-
pendant s'être pourvu d'une carte, que
le service des eaux à la préfecture de la
Seine ne refuse jamais. Après avoir
contourné la coquette maison, on se
trouve à l'extrémité d'une prairie de
plus de 2 hectares, qui n'évoque aucune
idée d'hydrologie, mais bien ])lutôt celle
d'une immense arène pour joueurs de
foot-ball. Un gazon, soigneusement en-
tretenu, recouvre deux immenses réser-
voirs, superposés — là est le tour de force
de Belgrand qui les a conçus : le réser-
voir supérieur reçoit l'eau de la Dhuis,
le réservoir inférieur celle de la Marne,
prise à Saint-Maur. Cet admirable ou-
vrage d'utilité pratique a été exécuté
(le 1863 à IStio; il a coiité un peu plus
de 3 millions.
Le général Haxo a donné son nom à
une rue voisine et ce nom seul donne
un frisson. Les plans de Paris figurent
au n" 79 un enclos désigné sous le nom
de villa des otages. Cette appellation est on ne peut plus maladroite.
Dans la langue courante, une villa est une propriété de plaisance située
dans un lieu champêtre. Or, voici l'histoire de la villa de la rue Haxo :
le 26 mai 1871, pendant la sanglante bataille de Paris, une troupe de
cinquante-deux hommes conduite par des gardes nationaux, escortée
jiar un flot de populace hostile montait rapidement les pentes de la
rue de Belleville. Arrivée à la rue Haxo, elle tourna à droite, et, peu
après, encore à droite pour entrer dans le terrain vague numéroté 79, où
une sorte de café-concert avait été installé, puis abandonné pendant
la guerre. Ces cinquante-deux hommes étaient vingt et un gardes de
Paris, vingt et un gardiens de la paix, dix ecclésiastiques, détenus
comme otages à la Roquette. Il se passa alors une chose horrible, que
la férocité même des représailles les plus sanglantes ne saurait jus-
tilier. Poussés jusqu'au mur du fond, les mallKnireux furent fusillés
TOMBEAU DE C
AU PÈKE-
pêle-mêle, les morts tombant sur 1rs mourants, jusqu'à ce (|ue
ce monceau d'hommes ne fit plus le moindre mouvement. Quel-
ques jours après, quand la pacification fut enfin accomplie, les
corps furent reconnus, les uns rendus à leurs familles, les autres
inhumés au cimetière de Belleville. Plus tard, une u société civile >>
a acheté le lugubre enclos, y a placé une inscription commémo-
ralive, a fait élever une modeste chapelle. Telle est la villa des
otages. N'eùl-on pas mieux fait d'abolir pour toujours cet
affreux souvenir, d'ouvrir une rue sur ce terrain, de laisser
ignorer aux générations de l'avenir ce
qui se passa là un certain jour, au lieu
d'y attirer les pèlerins et les étrangers'.'
Le nom de la rue du Télégraphe apporte
un renseignement à l'histoire. C'est dans
les terrains où elle fut ouverte que
Chappe fit les expériences décisives de
la télégraphie aérienne, qu'il avait ima-
ginée; là était le premier de ces dis-
gracieux, mais utiles sémaphores qui
permettaient de correspondre jusqu'à
Strasbourg. L'électricité a détrôné l'in-
vention de Chappe, mais pas complète-
ment, toutefois. Voici que l'on revient à
la télégraphie optique sous forme de mâts
pourvus de verres lumineux, de phares
terrestres dont les indications peuvent
être aperçues à de très grandes distances.
Le cimetière de Belleville-Ménilmon-
tant, réservé aujourd'hui aux conces-
sions perpétuelles, est situé dans la rue
du Télégraphe ; on y chercherait en vain
sur les dalles funéraires un nom célèbri'.
C'est par erreur que l'on a dit que Paul
de Kock, mort rue de Belleville en 1871,
y était inhumé ; le joyeux romancier
dort son dernier sommeil au cimetière
voisin, mais hors barrière, des Lilas.
A côté du cimetière est le réservoir
de Belleville, construit tout à l'ait au
sommet de la montagne ; le réservoir de la Dhuis l'alimente d'eau
qu'il distribue à son tour aux maisons du quartier. C'est une
construction robuste, d'aspect rocailleux, qui ressemble à une
forteresse.
La rue Pelleport, qui est la principale artère transversale du (luarlier,
porte, comme la rue Haxo, le nom d'un géiîéral du premier Empire.
Elle était route départementale avant l'annexion et reliait les com-
munes do Cliaroniii' et de liclleville.
Quartier du Père-Lachaise. - Bi.n (|ue le ]ii)int central de ce
(Hiarliei- snii lu ciMU'Iièri' dont il licul siui nom, ou la place Gambella,
.sur huiuelle est située la mairie dite de Ménilmontant, nous ne sommes
plus ici ni à Belleville, ni à Ménilmontani, mais bien à Charonne. .\u
temps où les deux communes étaient aulonoiiii'S, elles avaicnl pour
limite la rue des J'nrlniits, ipii ne dnil pas si.ii ii , c me on l'a ciu^
.\SIMIR PERIER
LACIIAISE.
TO.MUEAU.X MO I
A IIIJ.AUI).
VINGTIEME AIIUONDISSEMENT
201
au di''f)art Ji;s volontaires tlo 1792, [luisque le lieu ainsi
noninii'- ligure ilans des docuineiits du xvii'= si^îcle.
Au coniuiencement du xii' siècle, toute la partie septen-
trionale de la paroisse de Charonne, à gauche de la graiid"-
rue (rue de Bagnolet) consistait en champs et vignes, jios-
sédés par le chapitre de la cathédrale de Paris et par ((uelqui'S
particuliers. Ces cantons de terre s'ajipelaieiit la Folie Me-
cnault, les Montibœufs, Dives, les Houzeaux, les Partants,
les Noues. En 1626, la maison professe
des jésuites, rue Saint-Antoine (aujour-
d'hui le lycée Charlemagne et l'église
.Saint-Paul-Saint-Louis) en acheta la ma-
jeure partie : Comme aussi, disent
les lettres patentes confirmant ces acqui-
sitions, comme aussi les Pères Jésuites
nous ont faict remontrer qu'estant obli-
gez à l'estude continuelle pour satisfaire
à leurs fonctions ordinaires et utiles à
nos subjets, il leur a été nécessaire d'un
lieu hors la ville pour y prendre l'air;
pourquoy ils auroient acquis la maison
qu'ils y possèdent, hors la porte Saint-
Antoine,'appelée .Montlouis, au lieu dict la
Folye Regnault...» Le Montlouis existait
donc sous ce nom au temps de Louis XllI,
en l'honneur duquel, sans doute, il
avait été baptisé, bien que nous l'ayons
rencontré une fois dénommé mont
Saint-Louis. En tous cas, il ne faudra
plus répéter qu'on l'appela ainsi après
que Louis XIV y fut venu, en 16.52, suivre,
de loin, les péripéties du combat du
faubourg Saint-Antoine.
Ainsi devenus propriétaires à Cha-
ronne, les jésuites firent, plus tard, re-
construire la maison du Montlouis pour
qu'elle devint la maison de campagne d'un de leurs confrères les plus
célèbres, le P. Lachaise, confesseur de Louis XIV. Le roi contribua
beaucoup aux dépenses de cette réfection et de la création de vastes
jardins environnant la propriété. Désormais, pour le peuple, le Mont-
Louis s'appela le Père-Lachaise, même après la suppression de l'ordre
des jésuites, même pendant la Révolution. 11 semble que la fatalité de
l'histoire ait voulu garder en réserve le nom de cet implacable pros-
cripteur de protestants pour désigner un futur cimetière!
C'est en l'an XI qu'il fut créé. Une loi du 17 floréal (7 mai 1803) ordon-
nait l'acquisition de « l'enclos Montlouis » au prix Je 160,000 francs pour
en faire, sous le nom de « cimetière de l'Est », l'un des trois uniques
champs de sépulture publique destinés à la capitale; mais cette déno-
mination officielle de cimetière de l'Est prévaut à peine dans les docu-
ments administratifs; pour tout le monde, c'est toujours le Père-La-
chaise. Brongniart, l'architecte de la Bourse, dessina les plans de la
nouvelle nécropole, et au mois de mai 1804, elle fut solennellement
inaugurée par le transfert des sépultures de Molière et de La Fontaine,
LE MO.NUMENT DES VICTIMES DE JUIN 18 4 8.
enlevées du cimetière Saint-Joseph; pour celle aussi de
Beaumarchais, inhumé dans son jardin de la Bastille, et
que le percement de la rue Amelot venait d'exproprier.
L'n homme présidait à l'organisation de ces pompes fu-
néraires : Alexandre Lenoir, qui en fondant le Mus<*e des
monuments français sauva de la destruction tant d'ouvrages
précieux pour l'art. Il avait recueilli au Paradet et trans-
porté dans son musée des Pelits-.\ugustins, le tombeau
d'HéloIse et d'Abélard, celui du moins
que la tradition disait renfermer les
corps de ces deux personnages. Quand
le musée fut fermé et désagrégé, en 1816,
Lenoir fit installer ce monument au
Père-Lachaise; il y reste comme un des
principaux éléments de curiosité. On le
'découvre facilement en entrant par la
petite porte de la rue du Hepos; il se
trouve quelques pas plus haut, à droite
de l'avenue Casimir-Perier.
Il avait été question autrefois de bor-
der l'avenue des Champs-Elysées de
statues ou autres monuments consacrés
à la mémoire de nos hommes illustres :
le projet n'est-il pas tout réalisé au Père-
Lachaise '? Est-il au monde un endroit
où soient groupées autant de célébrités ?
Qu'on en juge par quelques noms :
Hommes politiques : Manuel, général
Foy, Casimir Perier, .Marrast, Garnier-
Pagès, Thiers, Raspail, Edmond Adam,
Anatole de la Forge, Blanqui, F'élix
F'aure.
LiHéralears : Racine, Molière, La Fon-
taine, Beaumarchais, Laharpe, Bernar-
din de Saint-Pierre, Casimir Delavigne,
Désaugiers, .Nodier, Béranger, Scribe,
Balzac, Alfred de .Musse!, Edmond About, Michelet, André Gill, Paul
de Saint-Victor.
Militaires : Ney, Labédoyère, Lefebvre, Masséna, Suchet, Mortier,
Gouvion Saint-Cyr, Lobau, Davout, Macdonald, Lauristoa, Decrès,
Gûbert.
Artistes : Pradier, Talma, Ingres, Delacroix, Boieldieu, Rossini,
Clierubiui, Chopin, David d'Angers, Dantan, Visconti, Déjazet, Racbel
(dans le cimetière Israélite), Clairon, Raucouil, Auber, Habeueck,
Bellini, Couture, Baudry.
Savants : Lavoisier, Arago, Monge, Geoffroy Sainl-Hilaire, Hippolyle
Le Bas, Gay-Lussnc.
A quoi servirait de décrire par le menu cet amas de monuments,
où les meilleures œuvres des meilleure statuaires voisinent avec des
édifices dont le mauvais goût est flagrant, où la vanité humaine éclate
si haulainement dans le sanctuaire de l'égalité? Qu'il nous soit permis,
pour égayer ce chapitre funèbre, de décrire un tombeau que l'on trouvera
aisément sur les hauteurs de droite, tout près de l'avenue GrelTulhe. Il
TOMBEAU DE LA FAMILLE KELLER.M A N .V.
LE MUK DES FEDERES.
202
PARIS -ATLAS
LE COLOMBAIMIM lir ri. K i: l.ACII AISE.
LE FOUR CRIM ATOIHE DU PE R E- L A C H A I S K
consiste en une statue d'homme de taille médiocre, campé sans
modestie, une main dans la poche du pantalon, l'autre chargée d'in-
struments d'un caractère assez mal défini. En arrière, un décor de
marbre porte cette inscription dont nous respectons la disposition :
je suis né en 1808.
ma bonne tante,
d'une pauvreté extrême,
m'éleva
jusqu'à sa mort en 1823.
ombre chère,
DU haut de l'éternelle
LUMIÈRE, CROIS-MOI TON
NEVEU RECONNAISSANT
1884. MÛRIS amé.
On sourit — et l'on ne devrait jamais sourire dans uo cimetière. Qui
donc encore a imaginé cette épitaphe qui se peut lire non loin du rond-
point Casimir-Perier, et qui débute ainsi, comme une enseigne :
AU BON PÈRE DE FAMILLE.
En revanciio, comme l'on s'arrête respectueusement dans la grande
allée centrale, devant le saule qui abrite la si modeste tombe d'Alfred
de Musset, où se lisent
Jes beaux vers du poète :
Mes chers amis, quand je
[mourrai.
Plantez un saule au cime-
[tiére ;
J'aime son feuillage éploré;
La pâleur m'en est douce et
[chère.
Et son ombre sera légère
A la terre où je dormirai !
Le mur des fédérés, si-
tué à l'extrême angle
Est-Nord-Est du cime-
tière, est, dans l'arron-
dissement, la lugubre
réponse au mur de l'en-
clos de la rue Haxo. C'est
au Père-Lachaise que se
termina dans le sang la
résistance désespérée
des troufies de la Com-
mune. Qui dira jamais
combien d'hommes
moururent li pour la
défense d'une idée qu'ils
croyaient juste! Pris b's
armes à la main, IcMir
procès n'avait pas besoin
d'être instruit, le mur
fatal les guettait pour la le .mosimust mx m ours.
fusillade. Il n'est pas de lieu plus tragique : et cependant, de là, on
entend le gai tintement de la cloche du tramway de Saint-Augustin ;
on entend, à l'heure des récréations, les cris joyeux des enfants
du groupe scolaire voisin, rue de Bagnolet; mais, quand revient
l'anniversaire de la semaine sanglante, ce coin du cimetière se
remplit des manifestants du souvenir, porteurs de bannières et de
couronnes rouges, et la police a parfois quelque peine à en régler le
cortège farouche.
En 1887, la Ville de Paris a fait élever, un peu au-dessus de l'entrée
de la rue do la Réunion, une sépulture peut-être bien humble, aux
" Victimes non reconnues de l'incendie de l'Opéra-Comique —
23 mai 1887. »
Depuis 1889, le Père-Lachaise est pourvu d'un four crématoire, situé
dans la partie supérieure, non loin do la porto de l'avenue du cime-
tière qui aboutit sur la place Gambetla. Le goût de l'incinéiation ne
s'est pas encore beaucoup développé chez les Parisiens, bien que,
chaque année, ce procédé de destruction de l'être humain soit plus en
faveur. L'appareil ne reste cependant pas inactif ; on y brûle les
cadavres des hôpitaux, les débris provenant des salles de dissection,
les enfants mort-nés, que personne n'a réclamés pour les faire inhu-
mer. En 1894, un columbarium définitif a été construit où 10,000 cases
peuvent recueillir les cendres humaines.
La chapelle du cimetière occupe l'emplacement de l'ancienne de-
meure du confesseur de
Louis .\|V. Elle n'offre
pas d'autre intérêt. Au
bas des rampes qui y
donnent accès, est in-
stallé, depuis le l"'' no-
vembre 1899, un monu-
ment très digne do
reniar(Hio. Oi^uvre du
seulpleur Bartliiilomé, il
est consacré « aux nmrls
qui n'ont point de Imn-
be;iu ». Le symbolisme
en est saisissant : les
ligures que représente
le motif princi|pal simt
celles lie l'Iiunianilé,
riioiiiine, la femme, l'en-
lanl , traversant la vie,
non sans lassitude, puis
arrivés au leime, gisant
dans le lotnbeau, d'où
l'Kspoir. la Tni les alti-
l'iil, en soulevant la
il.ille, vei's la lumière de
réleiiiilé. C'est l'iiléali-
s.ilion du spirilualisnie.
.\vant de (juitter cet
empire îles morts, il
loMvient, jiour n'en pas
siijiir ti(i|i attristé, du
D A 11 T II 0 1. 0 M A,
VINGTIEME ARRO.NDIS<i:.MENT
203
se remémorer ce couplet
aimable d'un por-te, lui
aussi mort aujourd'hui,
Eugèue Inibcrt :
(jeiis de travail, gens de loisir.
Que la terre soit blanche ou
[verte,
Il vous accueille avec plaisir.
Et pour tous sa porte cstou-
[verte.
II abrite sous ses tilleuls
L'enfance aux bonheurs 6ph6-
[mères,
Et les soupirs des grands aïeuls
Repondent aux sanglots des
[mères,
Mais, sitôt qu'un gai soleil luit,
Comme il berce, comme il
[apaise
Ceux qui viennent dormir chez
[lui.
Mon voisin le père Lachaise !
Par la porte voisine de la
rue des Rondeaux — un sin-
gulier nom pour un tel voi-
sinage — on atteint tout
de suite le spacieux car-
refour qui s'est appelé suc-
cessivement place de Pue-
bla, place des Pyrénées, et
depuis I89i, place Gambetta. La mairie do l'arrondissement y fut com-
mencée en 1868 pour ne s'achever ijue dix ans plus tard. Son archi-
tecte a été M. Salleron. Elle est conçue dans le style ordinaire de ce
genre d'édifices municipaux — type Renaissance avec couronnement
obligatoire de campanile — ce qui, d'ailleurs, n'a rien de déplaisant.
La rue du Japon la sépare d'un gentil square que la rue de la Cliine
sépare à son tour de l'hôpital Tenon. Pourquoi ces dénominations
asiatiques? La première date de 1867 et est due au voisinage de la
seconde, qui existait déjà, il y a cent ans; c'est là ce qui intrigue
fort nos étymologistes parisiens. De la rue de Ménilmontant à celle
des Partants, elle était sur le territoire de Belleville. Une délibération
du conseil municipal de cette commune, à la date du o avril 1836,
prescrivit qu'elle fût pavée. Les frères Lazare disent qu'elle tenait son
nom d'un pavillon chinois sis à l'angle de la rue de Ménilmontant.
D'autres pensent que les chineurs, les chiffonniers du quartier ne
furent pas étrangers à son baptême. Adhuc sub juJice...
L'hôpital Tenon porte le nom d'un chirurgien célèbre, mort
en 1816. 11 a été ouvert en 1878, en même temps que la mairie, sa voi-
sine. Ici, nous empruntons quelques lignes au discours que M. Peyron,
directeur de l'Assistance publique, prononçait le l"'' décembre 1897,
lors de l'inauguration de l'hôpital Boucicaut: " ... Il suffit de compa-
rer l'hôpital Boucicaut à l'hôpital Tenon, le dernier construit de nos
grands hôpitaux parisiens, et dnnt l'ouverture remonte à vingt ans.
LA MAIRIE DU XX' ARRONDISSEMENT.
Destiné à recevoir 619 ma-
lades, Tenon a coûté 8 mil-
lions. A Tenon, les salles
n'ont d'autre dépendance
qu'une office commune à
deux salles ; à l'hôpital
Boucicaut, les salles ont
des annexes d'une surface
presque égale à la leur.
A Tenon, le service de la
consultation mesure 210
mètres superficiels ; à l'hô-
pital Boucicaut, il en
compte 1,100... ,.
La comparaison est donc
toute en faveur du XV* ar-
rondissement et des pro-
grès de l'architecture,
puisque l'hôpital Bouci-
caut n'a coûté que 3 mil-
lions.
De la place Gambetta,
pour gagner le centre de
l'ancien Charonne, la rue
des Pyrénées est le plus
court chemin. Ici, mieux
que partout ailleurs, elle
Justifie son nom; de cha-
que côté, ce sont des mon-
tagnes, et les habitations
s'y trouvent clairsemées. A consulter un plan ou un répertoire, la men-
tion du passage Stendhal n'a rien qui attire plus spécialement l'atten-
tion ; c'est bien cependant le passage le plus invraisemblablement
pittoresque de Paris : il consiste en un escalier de bois, d'une bonne
soixantaine de marches, accroché au flanc de la colline; l'auteur du
Rouge et le Noir aurait fait une singulièie grimace à se voir ainsi
honoré ; il est vrai qu'à côté, il y a une rue Stendhal, d'aspect plus
naturel. — Et une promenade dans la rue des Montibœufs, dans la rue des
Hauls-Montibœufs, dans le sentier Bua ou celui des Falaises, qui rap-
pellent tous d'anciens lieux dits, ne sera pas non plus sans agrément pour
des boulevardiers qui ont juré de ne jamais franchir les fortifications.
Charonne. — En 998 ou 999, le roi Robert le Pieux donnait à une
abbaye de Paris, Saint-Magloire, quelques terres situés dans le lieu que
la charte royale nomme Cndorona : on n'a rien trouvé de plus ancien
concernant Charonne, et l'explication de ce nom, unique en France,
reste encore un problème. Xous avons déjà dit qu'au xii° siècle le cha-
pitre de la cathédrale de Paris acquit la seigneurie du village qu'avait
constitué un groupe de cultivateurs, où les vignerons étaient en ma-
jorité. Une église paroissiale, mise sous le vocable de Saint-Cermain-
d'Auxerre s'y construisit peu après; c'est celle qui est encore debout.
Les siècles passèrent, longs et monotones, sur cette colonie de travail-
leurs. Quand la Révolution en fit enfin des citoyens, ils s'en montrèrent
tout surpris, et pour témoigner leur reconnaissance, demandèrent, le
i^^^^g^^J^I^^HfaUflUfl^H
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■^
HiHAi.'ii
ENTRÉE DE I, IIOIMTAL TENON.
LE SvJLAKE DE L A V E N L' E ».; A.M UE r T A.
20i
PARIS -ATLAS
VUE DE L'HOPITAI, DEBROUSSE.
io avril 1789, trois mois avant la journée du M juillet, que la Bastille fût
démolie et qu'une statue de Louis XVI s'élevât sur son emplacement.
Entin , la loi d'annexion de
1839 incorpora la commune à
Paris; le conseil municipal et les
plus imposés s'étaient déclarés
très favorables à cette mesure.
Charonne se composait alors
de deux parties distinctes, sépa-
rées par des champs auxquels
des maisons ont succédé : le
Grand et le Petit-Charonne, re-
liés par la rue de la Réunion. Le
premier — de beaucoup le plus
ancien — bordait la rue de Ba-
gnolet, alors rue de Paris; le
second consistait surtout en ca-
barets s'alignant le long de la
rue d'Avron, qu'on aurait bien
dû continuer d'appeler rue de
Montreuil. La vie administrative
et commerciale était tout entière
au Grand-Charonno : elle y est
restée; le Petit-Cliaronne n'est
devenuhabilé qu'à parlirde 1830.
L'église Saint-Germain na
conservé du xui" siècle que la
base de sa tour; le reste de l'édi-
lîce est du commencement du
xvn" siècle. Elle est, dans Paris, le
seul type survivant — par cela-
mêmc curieux — d'une église de
village. Quelques inscriptions
.sans intérêt s'y voient, ainsi que
la litre de François Thoré, se-
crétaire du roi, qui, en 17oo,
devint seigiieiir de Clinronne.
Le caractère villaginls de l'église s'accentue encore par le voisinage
du cimetière communal (jui l'entoure sur trois côtés. Une seule
tombe y est digne de remarque : elle est surmontée d'une statue en
bronze qui représente, dit-on, un secrétaire de Hobesi>ierrc, Franrois-
Éloi Bègue, enterré civilement.
LÉGLISE DE CllAKO.N.NE El SON CI.METIERI'
Par la longue et monacale rue Snint-Blaise, on atteint
assez vite la rue Vitruve. Au n" 58 habitait un latiniste
qui fit graver au-dessus de sa porte le vers si connu :
0 Melibœe, Deus noiis hsc olia fecit.
Deux maisons plus loin, au n" 62, la tradition veut
que la princesse de Lamballe y ait habité; mais rien
n'est moins sûr. Rue Florian, n" 4, on montre quelques
vestiges de la maison de Fouquier-Tinville. La rue des
Orleaux était autrefois rue des Orties et non rue des
Jardins, comme l'afllrment quelques étymologistes qui
croient à tort que le mot latin hortus a passé dans la
langue française.
Charonne a eu jadis deux châteaux : l'un dont
l'entrée était assez proche de l'ancienne barrière de
Fontarabie, vers le passage Ligner, et s'étendait sur
la gauche de la rue de Bagnolet jusque près de
l'église; l'autre, dit château de Bagnolet, était situé,
pour la majeure partie, au delà des fortifications, sur
le territoire de Bagnolet, mais ses dépendances étaient
intra-muros. Après avoir appartenu à la famille d'Or-
léans qui s'y plaisait fort, après avoir été morcelé et
détruit pendant la Révolution, il est représenté aujour-
d'hui , pour la partie parisienne, par l'hôpital De-
brousse créé en 1892 grâce aux libéralités de la ba-
ronne Alquier, née Debrousse. Un pavillon Louis XV,
heureusement conservé, contribue à donner plus de
grâce encore à ce joli coin.
Mous venons de parler de la barrière de Fontarabie;
elle se dressait à l'extrémité de la rue de Charonne et
à l'entrée de la rue de Bagnolet; dès la fin du xvu» siècle, un hameau
s'était créé là, qui avait pris le nom du village espagnol où Mazarin
négocia en 1660 le traité entre
la France et l'Espagne. Ce n'est
pas d'hier, on le voit, que date
l'usage de donner aux agglomé-
rations naissantes des noms de
lieu étrangers, célèbres au mo-
ment où on leur cherchait des
parrains : tels, depuis, MalakolT
et le Kremlin.
Dans le XX° arrondissement,
le chemin de fer de Ceinture
a un parcours forcément acci-
denté. Quand il y pénètre, du coté
de La Villelte, c'est vers le milieu
du souterrain de 1,100 mètres
qui relie la gare de lirlli'ville-
Villette à celle de Ménilmon-
tant. Celte station occupe l'em-
[dacement de l'ancien lac ijue la
rue de la .Mare rapi)elle dédai-
gneusement. La ligne ne resie
pas longtemps à ciel ouvert.
-Vprès avoir passé sous la rue de
iMénilmontant et suivi pendant
200 mètres en tranchée la rue
Sorbier, elle entre à nouveau sous
terre dans le tunnel, dit du Père-
Lachaise bien que la voie ne
passe que sous l'angle extrême
iNord du cimetière, et rn sort,
après un paicours de 1 UiloMièlre
à la station de Charonne, s'nu-
vrant sur la rue de Bagnolel,
presque à l'angle de celle ib's
l'yrénées. De là, par un remblai
dont la pente est assez accentuée, les trains alleigiient la slatinn dr
la rue d'Avron — créée si'uleiuent eu janvier WJ6, i)uis. à [leu di'
distance, celle de l'avenue de Vincennes. La ligne (|uitli' alors
l'arrondissement pour entr>'r dans le .\ll", où nous l'avons rencontrée
pour la iireniière fois et ilécrite.
PARIS VINGTIÈME ARRONDISSEMENT
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PAniS- ATLAS
• laé*'* ...ublii^e, COUB« I W W ^
^^i*^ _'_-' .i"!' ^-o-f» — --^T«^/^r^^— ^^-^s
Pbot. Nenrdeia.
I.E PARC DE VIORSAILI.ES ET LE BASSTN" DE LATONE.
ENVIRONS de fARIS
LE BOIS DE BOULOGNE - MEUDON - SÈVRES - SAINT-CLOUD - VILLE-DAVRAY - CHAVILLE
VIROFLAY — VERSAILLES ET LES TRIANONS — SAINT-CYR
A RIS est une ville incomparnblo, non seulo-
niint par elle-même, mais encore par ses envi-
rnns.
Dans une région où ne sauraient se trouver
ni montagnes abruptes, ni torrents impétueux,
ni forêts épaisses, il semble que la nature se
>"il plu à fournir, autour de la capitale, un
,i|iercu en raccourci et en diminutif, pour ainsi
iliie," do toutes ses beautés. Le génie des
hommes a fait le reste.
Le bois de Boulogne — le Bois, tout court, comme on a
l'habituili' (11' dire — prolonge le xvi* arrondissement, si coquet déjà,
en une promenade superbe"^ Bien que son territoire appartienne
aux deux communes de Boulogne et de Neuilly, il est compris dans
les limites do l'octroi de Paris, c'est-à-dire que la perception des
droits s'acquitte aux points où l'on y entre pour venir de la banlieue
vers Paris.
Ce fut jadis la forêt de Rouvray, qui, aux temps où Paris n'était encore
que Lutèce, couvrait toute la iive droite de la Seine, s'étendanl jus-
qu'au Louvre, occupant la majeure partie de la plaine à laquelle Saint-
PAni = -ATLAS.
Denis a donné son nom, rejoignant, par dolà les circuits de la Seine,
la forêt, plus vaste encore, de Lave, dont la dénomination s'est trans-
mise à travers les âges, accolée au nom de Saint-Germain.
Les dimensions de la forêt de Rouvray étaient déjà bien restreintes
au XIV" siècle. Dès le xii'', des chartes en font foi, elle s'appelait
forêt de Boulogne, bien que ce ne soit qu'en 1320 qu'ait été fondée la
paroisse do Boulogne et construite la jolie église dont les promeueui-s
du Bois aperçoivent la flèche, du haut do la butle de Mortemarl.
En se faisant bâtir le château de Madrid, dont la démolition est
si regrettable, car c'était un bijou, François V attira l'atteulion de la
Cour sur le bois de Boulogne, qu'il fallait traverser de part en pari
pour se rendre à la résidence royale. C'est aussi vers le mémo temps
que fut construit, du côté de Passy, un pavillon de chasse dont le nom
justitie l'objet : la Meute, devenu par corruption la Muette, et qui.
transformé en château, eut. au xviii' siècle, l'honneur de fréquentes
visites de Louis XV, de Louis XVt et de Marie-Anloinotte.
L'abbaye de Longchamp (nous gardons l'orlhographe historique)
occupait, du côté de l'Ouest, l'autre extrémité du triangle. Elle datait
de saint Louis, et les pieuses llUes qui viraient à son ombre ne faisaient
alors guère parler d'elles. II n'en fut question qu'au xvT siècle, préci-
21
206
PARIS-ATLAS
sèment lorsqu'elles n'étaient plus pieuses et que la rigueur des cloî-
tres avait connu un singulier relâchement.
C'est au xviii= siècle que s'introduisit l'usage mondain d'aller aux
offices de l'abbaye de Longchamp du-
rant la semaine sainte. C'était la prome-
nade à la mode.
Saccagé pendant les invasions des
alliés en 1814 et 1815, à peu près dé-
laissé des promeneurs, le Bois s'était
refait une végétation de forêt vierge,
quand la loi du 8 juillet 1832 en transféra
la propriété domaniale de l'État ;'i la Ville
de Paris, à la charge pour celle-ci d'afTec-
ter deux millions à l'embellisssement, à
la transformation de la promenade.
Alphand en fut chargé; le bois de Bou-
logne, tel que nous le voyons aujourd'hui,
est son œuvre; on ne saurait trop en louer
sa mémoire. Ce n'est pas deux millions,
c'est quatorze, dit Haussmann, que la
Ville consacra à cet embellissement. Il
est vrai que dans ce chiffre il faut tenir
compte de l'acquisition faite, en dehors
du traité de cession, de la zone voisine
de la Seine, oii fut inauguré, au mois
de mai 1867, l'hippodrome de Long-
champ, avec sa pelouse d'entraînement.
I,e reste passa surtout en dépenses
d'adduction d'eau; l'ancien bois, exclu-
sivement planté de chênes, était aride;
le nouveau fut doté des deux lacs, de la
grande cascade et d'une foule de cours d'eau qui circulent en gazouillant
lorsqu'ils rencontrent sur leur route des roches artificielles, formant
de minuscules cascades. La mare d'Auteuil et la mare aux Biches,
héritage du passé, furent également arrangées au goût d'alors, qui était
avant tout celui des jardins anglais.
On est surpris, à consulter des plans du bois de Boulogne au xvn' siècle,
de voir combien d'anciens noms
se sont conservés dans le nou-
veau. Déjà l'on y trouve et l'allée
de la Reine-Marguerite, et le c rond
de Mortemart », et la croix des
Sablons, voire même la porte
Mnyot ou Maliiau, dont nous avons
fait la porte Maillot, et qui, avant
d'être une grille, était bel et bien
une porte en bois, alors que la forêt
était entièrement close de murs.
La porte de Madrid s'ouvrait
devant le château du même nom.
— Fleuriau d'Armenonville, qui
mourut en 1728, était capitaine
du bois de Boulogne, et son nom
n'ttsl pas non plus inconnu aux
M.\ISON DIC GARDE, A LONGCHAMP
habitués de la promenade. — Bagatelle, ce nid charmant caché dans
la Verdure, fut reconstruit eu 1777 par le comte d'Artois qui avait
parié 100,000 francs à Marie-.\ntoinette qu'il n'y faudrait pas plus de
deux mois. — Saint-James date du même
temps; c'était un château bâti par l'ar-
chitecte Bellanger pour Claude Baudard,
baron de Saint-James.
De l'extrémité Sud-Ouest du Bois la
plus voisine de Saint-Cloud, les mar-
cheurs intrépides peuvent, en deux
heures, gagner Versailles. La route est
fort belle par le parc de Saint-Cloud et le
bois des Fausses-Reposes, mais elle est
surtout rerommandable en voiture, au-
quel cas il faut passer par le pont de Su-
resnes, atteindre le haut de Saint-Cloud
par le boulevard de Versailles et suivre
la belle voie qui traverse Ville-d'Avray.
11 n'est pas de bicycliste qui n'ait suivi
maintes fois ce trajet, agréable entre tous.
Il est bien d'autres chemins pour se
rendre chins la ville du Roi-Soleil : deux
routes de terre (sans parler de la précé-
dente) et trois chemins de fer.
L'une des deux roules de terre — la
route nationale n° 189 — est fort peu sui-
vie maintenant. Dans Paris, c'est la rue de
Vaugirard ; au delà de la porte de Versail-
les, elle traverse les communes d'Issy-les-
Moulineaux et du Bas-Meudon, et s'élève
à travers Bellevue pour entrer dans les
bois de Meudon où elle prend le nom de pavé des Gardes; elle n'en sort
qu'au delà de Chaville et se soude à l'autre route, un peu avant Viroflay.
Celle-ci, la route nationale n" 10, de Paris à Bordeaux et à Bayonne,
a, au contraire, la gloire d'avoir, pendant près d'un siècle et demi,
été parcourue incessamment par tout ce ([ue la France comptait de
personnages illustres. Que de carrosses royaux et princiers l'ont suivie
l'IlO.ME.N ALiE UliS tl,i;i>IIA.NTS AU JAUUIN I) A C CI. I M A l' A 1 lO .>i.
<lMi;nil ee lempsIOnede cnrtèges triom|iliaiix ius(|ii'aux
joui > timbres où la royaulé y passa pour la dernière fuis,
1,1101 iM'e |)resi|ue captive à P;iris par le peu pie déihaiiié!
l'iiis, ce fut le calme que, de temps en leiiips, Iniuldail
!.• Iraïas d'une diligence i m d'une chaise de poste p.irt.iiil
viis le Sud-diiesl MU giaiid galiip de ses six chevaux,
el .lujnnrd'lnii, t"Ules 'e- ilenii-lienii^s, le passaui' i
iimiiis liiiivaiil ilii lianmay iiiù par l'.iir e prlim'-, ipii
va du Lnlivie à \ersail|e> en une heure el demie.
BeaiKiMlp de tiiUlistes emploient l'e mode de loro-
iimlion. au mnjns piuir un Irajel, l't ils n'ont |ias loil.
An soilirde Paris par le i'ciiiit-du-Jour, la mule Ira-
versi' Billancourt. inipcMlante annexe de Boulogne,
laissant à sa droite l'avenue di' la Heine, (pii mène à
EiWlllO-NS DE l'AUlS
207
Saint-CliiuJ. La tiavursiV;
de la SeiiK^ sur If [loiit de
Sèvres oH're à l'œil un des
|)lus beaux panoramas des
environs de Paris: à droite,
le parc et les maisons si
ccjqueltement étagécs de
Saint-CIoud; à gauche, les
hauteurs de Bellevue et de
Meudon.
Dès qu'on a passé li,'
|iniil, on entre dans le di'-
p.iiiiiuent de Seine-et-
oisr cl dans le bourg di'
Sèvres. Le tramway s'ar-
M-ic devant la manufac-
ture de porcelaine, à
I.Hluelle une visite est in-
dispensable, car on y voit
exposés les plus beaux
produits de notre céra-
mique nationale, et l'on
peut y assister aussi aux
opérations de la fabrica-
tion. La route s'élève; au
delà de l'avenue de Belle-
vue, à gauche, se voient les
bâtiments de l'ancienne
manufacture, occupés de-
puis 1876 par l'Ecole nor-
male supérieure dos filles.
L'église de Sèvres, ii
gauche également, est on
contre-bas de la route;
elle n'offre aucun intérêt.
On monte toujours; un
kilomètre plus loin, on
sort de Sèvres pour entrer dans Chaville, qui borde la route de ses
maisons, la plupart habitées par des blanchisseurs, et que séparent, çà
et là, quelques belles propriétés de plaisance. Le charme de Chaville
n'est pas dans cette rue insignifiante; il réside dans les bois charmants
qui dominent la route à gauche et à droite.
La même observation peut s'appliquer àViroflay.que l'on trouvera
ensuite. Le viaduc sous lequel passe le tramway est celui de la ligne de
raccordement pour les trains de Paris-Saint-La/.are à Versailles-Chan-
tiers et au delà vers Rennes ou Granville.
A un large carrefour, que décore médiocrement le buste du sénateur
Maze, la route prend des proportions plus solennelles; elle est plantée
de plusieurs rangs d'arbres. Déjà l'on est à Versailles, et c'est par
cette majestueuse avenue, longue de 2 kilomètres, que l'on atteint
la place d'Armes, après avoir passé devant le lycée de jeunes filles, la
préfecture, l'hôtel de ville et plusieurs casernes.
De Paris à Versailles, par la rive droite (gare Saint-Lazare), la ligne
du chemin de fer se détache à Asnières des lignes de
Saint-Germain, d'Argenteuil et de Normandie; elle
décrit une coui'be de court rayon vers FtJucst, et suil
la colline qui borde la rive gauche de la Seine. Au
delà de Courbevoie, la vue est magnifique à gauche,
sur la vallée. Dans le lointain se montrent l'an- dr
triomphe de l'Étoile, le Trocadéro, la tour Eillil;
plus près, la masse do verdure du bois de ISoulngur.
C'est dans ce décor que l'on passe aux stations i\r
Puteaux et de Suresnes. Lorsque le train s'arrête à
cette di'rnière, il faut regarder à droite pour voir le
mont 'Valérien, forteresse aujourd'hui, jadis lieu ilr
pèlerinage lialiité' par des ermites et dont les " sln-
tions » ou cliemins de croix atlii'aient un grand nnni-
bre de lidèles.
La gare de Saint-Cloud est située tout imi li.nil de
la ville, dont l'aggloméralion est constituée |iai' un
réseau de riu-s étLdiles et d'une ascension fort [léniMr.
Le seul nuhile de Saint-Cloud, depuis qw son château,
si riche en souvenirs historiques, a été détruit par la
guerre de 18"0-I871, est son parc, merveilleuse prome-
nade qu'envahissent les Parisiens durant la bidie sai-
son, mais (|ui, grâce à son iHendue, cnnlient toujours
des parties solitaires, inliniment agréables aux promc-
neuis (|ui fuient la foule. Kn traversant la partie haulf
du parc, on arrive en moins d'une heure de marche à
LA CASCADE UU BOIS DE BOULOli.NE.
■Ville-d'Avray, aimable localité toute entourée de verdure, où se
voit le monument élevé à la mémoire de Gambetta dans sa maisoa
des Jardies, où il mourut le 31 décembre 1882; — dans l'église, plu-
sieurs tableaux de Corot, et, auprès de l'étang des Fausses-Reposes, le
buste de ce célèbre paysagiste, au seuil des bois mêmes qu'il aimait
tant.
De Saint-Cloud à la gare de Sèvres-Ville-d'Avray, la voie ferrée tra-
verse ou côtoie le parc de Saint-Cloud, tantôt à niveau, tantôt en
passage souterrain. Au delà de cette gare, la ligne court sur la
colline qui surplombe, au Nord-Ouest, Chaville et Viroflay, où elle a
des stations. Après avoir dépassé le raccordement de Virollay dont il
vient d'être question, elle entre en tranchée et aboutit à la gare de
Versailles dite de la rive droite, située rue Duplessis, près du boule-
vard de la Heine.
La ligne de la rive gauche gare Montparnasse) traverse des régions
plus pillorcsciues et plus champêtres encore. Entre Paris et les fortili-
\L' .lAKDl.N D ACCl.l.MA TATIO.N.
208
PARIS -ATLAS
cations, ollc sépare, nous Tavons dit, le X1V« et le XV« arrondisse-
ment ; puis, elle entre sur le territoire mitoyen des communes de
Vanves et de Malakoff où elle a sa première station extra muros. Peu
après, l'horizon s'élargit, et Ton aperçoit à gauche, dans le lointain, le
charmant village de CÏamarf, célèbre par ses petits puis et surtout par
les bois dits de Meudon
qui commencent der-
rière ses dernières mai-
sons et, par des chemins
ravissants, nous condui-
raient (8 kilomètres en-
viron) aux portes mêmes
de Versailles. Surle beau
viaduc du Val-Fleury, la
ligne franchit une pro-
fonde vallée séparant
Clamart de Meudon, le
département de la Seine
de celui de Seine-et-
Oise; au delà de la sta-
tion de Meudon et de
celle de Bellevue, établie
au pied de la belle avenue
qui mène au château de
Meudon, elle se rappro-
che de plus en plus des
bois et y entre complè-
tement au delà de la
station de Sèvres. Elle
les quitte après la char-
mante station de Cha-
ville pour s'infléchir un
peu vers l'Ouest et des-
servirViroflay. On atteint
la gare de Versailles (rive
gauche), qui s'ouvre sur
l'avenue Thiers, près de
l'hôtel de ville et de l'ave-
nue de Sceaux, par un embranchement spécial qui se détache de la
grande ligne de Bretagne, dont les trains, ainsi que ceux des chemins
de fer de l'État et de la Grande Ceinture, ont une gare particulière,
dite des Chantiers, à l'extrémité de la rue du même nom.
Une troisième ligne, enfin, inaugurée pendantl'été de 1900, conduit de
l'esplanade des Invalides à Versailles; à l kilomètre au delà des fortifica-
lions, elle laisse à gauche la ligne des Moulineaux, traverse Issy, passe
sous le viaduc du Val-Fleury et, par consé(iuent,sous les voies de la gare
Montparnasse, et remonte la vallée que surmonte à gauche le hameau do
Fleury. Elle s'engage alors dans un tunnel de 'i kilomètres, creusé sous
lu ville et le bois'de Meudon, a une station à Vélizy, en pbjn bois, it
vient se souder à la ligne précédente à hauteur de la station de Vijull.iy.
VERSAILLES
Le château. — Il serait ici de peu d'intérêt de remonter haut dans
l'histiiire pour y rochercher le passé de Versailles. Dès le xu" siècle,
avant sans doute, c'était un hameau dans les bois; Clagny,Trianonsont
connus à la même épr
LES GUANDE.S EAUX DE .S Al .N T- C I.O U D.
VUE ue.m,i;ai,i. iii: > a i .n i -ci.cil ii,
que. — Louis XIII aimait
la chasse, les forêts pro-
fondes où se plaisait sa
mélancolie; il acheta,
sans doule à très bon
compte, ces terres, et y
lit construire un pavillon
de chasse. C'était un cas-
tel carré, de proportions
modiques, dont rien ne
subsista plus tard, rien
qu'un petit escalier de
pierre en vis, dont la
rusticité même atteste
tout à la fois qu'il n'est
pas l'œuvre des architec-
tes du palais actuel, et
que Louis XIV, on le sait
d'ailleurs d'autre part,
avait tenu à conserver
quelque chose du pa-
villon primitif, à « l'en-
velopper », fout simple
qu'il était, dans sa fas-
tueuse résidence. '< Le
roi, dit Perrault, voulut
toujours conserverie pe-
tit château. On prétexta
i|u'il luenaçoit ruine et
qu'il boudoit en plu-
sieurs endroits; il se
douta du complot et dit
d'nn tcm fut et où il paraissoil de colère : Faites ce ([u'il vous plaira,
mais si vous l'abattez, je le ferai rebâtir tel qu'il est. Ces paroles raffer-
mirent tout le château et rendirent ses fondements inébranlables. »
Les travaux furent commencés en ^G61 sous la conduite de Levau.
Mansard ne vint qu'après les achever par la construclion de la cha-
pelle, qui ne fut terminée qu'en 1710; mais, pendant cette période de
près de cinquante ans, on peut dire que le roi tint à en rester l'archi-
tecte en chef. Les preuves en abondent dans sa correspondance, dans
celle de Colbert, dans les uu'unoires de Perrault que nous venons de
citer, dans Saint-Simon, etc. Dans une des salles du musée, on a mis
sous verre un autographe de Louis XIV critiipianl ce qui se fait, mar-
quant e.' ipi'il x.iuiliail \(iir: ■ Il me p.iniil. écril-il imi marge d'un
piiiji't de Mansard, ipi'il y a i|Uelque chose à
iliaiiger, (pie les snji'ls S(inl lri'|i si'iieux et i\\\'\\
faut (in'il y ait de la ji'unessc 'Iim' dans ce (pie
Inl, tria, 'n
.\\aiif de décrire le palais, ipii est (Uiveit au
piildic fiiiis les jours saut le lundi, dismis tout de
suite qu'il fut Iransformé sons Luiiis-Pliilippe en
iiiuséo i< à toutes l(>s gloires de la Franc 1
iiiaiigur('' en 1887.
I.i' plan de l'édifice, si vaste qu'il suit, a le
iie'iile d'élre très simple : un liàliiuent ceiilial
encadré de deux ailes formant avant-corps, et,
perpendiculairement à ces deux ailes, deux iin-
iio'iisi'S galeries, un iieu trop biiigiies, peiil-èire,
pour i''ire en harnnuiie avec le curps de logis du
rentre, s'i'leiiilanl l'une vers le Midi, l'antre vers
le Xoid.
On traverse la vaste plaie d'Ai mes. nu rraiiihil
la giilli' siirinonlée d'un écussoii aux aiini'S <le
l'raiiee iiecosté, iKius lie sauriiuis dire poiir-
quoi. lie deux II loiiionnés - et l'on est dans la
eoiir dlMiiiueiir. Le criilii' en est oi l'iipc'' par une
slatuii'q oestre de l,..llls \ | V, pal l'el ilnl ■. les roi es
sont liiiril's de sei^i- hantes statues port^-es Mir
des piédestaux liLIssils, et qui i c'pri''seillent , à
gauciie : SiiL'er, Du Ciii'sclin, Sully, Laniies, .Mor-
tier, SiifTi-eii, 1)11 Uuesne et Coi'iil.-, ;i droit.' :
Hicliidieu, Itayard. Colbert. Joiirdaii, Masséiia,
Tourville, DiiL'ii.iv 'l'ioiiiii, Tnnino'. I.c's i li-
ENVIRONS DE PARIS
209
lions dans lps(nielles ces scizo
œuvres sculpturales se voient
main tenant à Versailles sont [liai -
santés, uniques à coup sûr dans
l'histoire de l'art. Douze d'entre
elles ornaient ou avaient la pré-
tention d'orner le pont de la
Concorde; c'étaient : Coudé, par
David; Du:/u(nj-Tiouin, par l)u-
pasquier; Du Gucsclin, pai- Bridan;
Turenne, par (iois; Salti/, par
Ksperci<'ux; Colhcrt, par Mille-
liomnie; Su/fren, par Lesueur;
Jlicheticu, par Itanicy père;
Boyard, par Mcjutonny ; Du
Qaesne, par Hoguier; Siigcr, par
Stouf; TuurviÙe, par Morin.
Quant aux quatre autres, celles
des maréchaux I.annes, Mortier,
Massénaet Jourdan, elles avaient
été faites à la suite d'un décret
de 1810, ordonnant, pour la déco-
ration de ce même pont de la
Concorde, la commande de douze
statues de généraux de l'Empire. Seules, celles des généi'aux d'Espagne,
Colbert, Roussel et Walhubert étaient achevées quand survint la
Restauration. Reléguées dans quelque dépôt, elles furent choisies en
1835 pour représenter les maréchaux en question dans la cour de
Versailles. A cet effet, elles furent décapitées, et le sculpteur Laitié
fut chargé de figurer la télé de Lannes sur le corps de d'Espagne,
celle de Mortier sur les épaules de Colbert, celle de Masséna sur Roussel
et celle de Jourdan sur \Valhubert. Cette mesquine supercherie fut
accomplie; elle méritait d'être rappelée.
Par la cour de marbre, qui s'ouvre en arrière de la cour d'honneur,
on pénètre à gauche dans le palais. C'est par là déjà qu'y entrait
Louis XIV. Faisons comme lui, sans imiter la plupart des visiteurs, qui
préfèrent l'entrée placée dans l'aile droite. Au pied de l'escalier de
marbre, si beau, si majestueux, et qui prépare si bien l'oeil aux merveilles
prochaines, on a placé le buste de LouisXIV par Warin. Les salles voisines
du rez-de-chaussée, connues sous le nom
d'appartements du dauphin, ont été récem-
ment restaurées et décorées d'oeuvres d'art
par les soins de M. de Xolhac, conservateur
dumusée. Defortbellesœuvresysontexpo-
sées : voici la statue de >îapoléon I"'', l'une
desstatues, pour mieux dire, qui surmontè-
rent la colonne Vendôme ; puis les salles
dites des résidences royales, dont les murs
sont couverts de toiles du xvii= et du
xvni" siècle représentant les châteaux
royaux; l'attention est retenue devant le
tableau n" 763 : le château de Versailles
en 1668, c'est-à-dire tout à fait à l'origine
des grands travaux. Plus loin, des salles dé-
corées dans le meilleur si yle contiennent les
admirables portraits des filles de Louis XV
par Nattier, le beau portrait de Dangeau
par Rigaud, la superbe tapisserie des
Gobelins représentant les traits de Louis XV
d'après Van Loo, les bustes en marbre
de Diderot par Iloudon, de Voltaire par
Pigalle, d'autres portraits encore, signés
Largillière et Michel Van Loo. Ces salles
LA MAISON DES JAKDIES, A VIL I.Ii-D' AV R A Y.
étaient autrefois garnies de por-
traits médiocres, et d'une .authen-
licit« nulle, de maréchaux des
siècles passés, qui cachaient des
boiseries charmantes, exécutées
en 174". On les a relégués dans
les résen-es que consliluent les
attiques du palais; ils ne les
quitteront sans doute plus.
L'escalier de marbre conduit
aux appartements de LouisXIV;
ils ocrijpent tout le premier
étage de la partie centrale du pa-
lais ; c'est là, et là seulement dans
l'édilice, qu'il faut évoquer les
souvenirs du siècle de Louis XIV.
L'ne suite de salons les entoure,
les encadre. Ce sont : à gauche,
la salle du sacre, la salle des gar-
des, l'antichambre. le salon et la
chambre de la reine, le salon de
la paix; à droite, les salons de
Diane, de Mars, de Mercure,
d",\pollon et de la Guerre. Il faut
renoncer à énumérer les tableaux qui les ornent, et dont beaucoup ont
une notoriété universelle : Nojioléon distribnatU les aigles à rarinée. par
David ; la Bataille de Reic/nlio/fen, d'Aimé Morot ; la Bataille de CUampigny,
d'Alphonse deXeuville; la Fête du Centenaire des Étals généraax à Versailles
en 1SS9, de Roll, toile maintes fois reproduite, où les personnages
ligures aux premiers plans sont des portraits d'hommes politiques,
de littérateurs, d'artistes.
Le salon de rijivil-de-bœuf (il doit ce nom à une ouverture ovale qui
y est pratiquée) précède la chambre du roi. Il faudrait la plume de
Saint-Simon pour décrire ce qu'il vit d'intrigues, de flatteries, de
bassesses, d'émotions joyeuses ou poignantes, tant qu'il fut l'anti-
chambre royale. Et cette chambre à coucher de Louis XIV'. Les plus
sceptiques ne peuvent se défendre d'un sentiment où la curiosité prend
la forme du respect, lorsqu'ils se trouvent en présence du lit même,
heureusement retrouvé dans nous ne savons quel garde-meuble.
,^. iH •
VUE GE.NKliALE DU l'ALAlS DE VEKSAILLE
DE XIAKBRE.
où le roi coucha, où il mourut!
Le salon suivant est le salon d .
Conseil, par lequel on accède dan-
la galerie des glaces, qui règne sui
toute la longueur du bâtiment cen-
tral, en façade sur les jardins, splen-
dide dans sa simplicité même.
Tels sont, rapidement décrits, les
210
PARIS- ATLAS
ijrands appartements royaux qu'habi-
tèrent Louis XIV et sa cour. Ils ne leur
survécurent pas, c'est-à-dire qu'après
cette période de splendeurs éblouis-
santes, la royauté parut se sentir im-
puissante à en ouvrir une autre qui pût
lui être égale, et elle se retira dans ce
que l'on nomme « les petits apparte-
ments ». l'ne porte s'ouvrant dans le
salon du Conseil donne accès à ceux de
Louis XV; ils se composent d'une série
de salons bordant à droite la cour de
marbre. Dans le premier, un panneau
vitré cache un judas secret que Louis XV
avait fait pratiquer et d'où, sans être
vu, il pouvait voir qui entrait dans le
clu'iteau ou en sortait. C'est de là qu'il
vit, d'un oeil sec, partir le cortège fu-
nèbre de M"° de Pompadour. Puis,
viennent les appartements, plus mo-
destes, mais décorés d'exquises boise-
ries, oii demeura M'"'= Adéla'ide.
Au-dessus sont ceux de M™^ du Barry,
qui servirent, lorsque l'Assemblée na-
tionale siégeait à Versailles, à l'habita
tion du colonel commandant la garni-
son spéciale du château. L'un d'eux,
peu soucieux des souvenirs du passé,
auxquels on devrait toujours avoir
égard, même quand il s'agit d'une du Barry, fit percer des murs,
installer des sonnettes, en un mot transforma, en le modernisant bour-
geoisement, le logis où un roi avait parfois été cacher son prestige.
Quelques marches encore, et l'on se trouve dans de petites pièces
dénudées et pauvres, des «mansardes» au sens propre du mot. L'une
d'elles n'a pour tout ameublement qu'un fourneau, mais c'est un
meuble éminemment historique ; c'est la forge de Louis XVI. La passion
du roi pour la serrurerie faisait un peu sourire les courtisans et
hausser les épaules à Marie-Antoinette; aussi avait-il cherché le coin le
plus modeste et le plus retiré du château pour s'y livrer. Ajoutons que
ce n'est pas à cette forge-là que se rattache l'épisode du serrurier Gamain
et de la tentative d'empoisonnement dont il aurait été l'objet pour l'em-
pêcherde révéler par la suite les secrets d'État; si le fait a eu lieu, ce à
PARC DU PETIT TUIA.NON
en A.MliKli
quoi l'on ne croit plus guèreaujourd'hui,
c'est aux Tuileries qu'il se serait passé.
Les petits appartements de Marie-
Antoinette occupent dans l'aile gauche
des bâtiments qui bordent la cour de
marbre le même emplacement que
ceux que nous venons de parcourir
dans l'aile droite. On y accède soit par
la galerie des glaces, soit par la salle de
l'CKil-de-bœuf. C'est une série de bou-
doirs, décorés de façon exquise, la
chambre, le petit salon, le cabinet de
Marie-Antoinette, tout remplis de mé-
lancolie, et où, malgré leur charme, on
comprend que la reine s'ennuyât, car
la vue qu'ils ont sur une cour intérieure
est singulièrement triste et maussade.
Aussi avec quelle joie les quittait-elle
le plus souvent possible pour son cher
Trianon, baigné de lumière, enveloppé
de verdure! Et quelle épouvante elle
dut y avoir, dans la sinistre matinée
du 6 octobre 1789 : le palais envahi par
une foule furieuse, le cri retentissant :
Où est la reine? Sauvez la reine 1 L'in-
fortunée se réfugia auprès du roi. La pre-
mière heure du martyre avait sonné.
Nous avons visité toute la partie cen-
trale du palais. La promenade pour-
tant est loin d'être achevée. Deux ailes, longues chacune de plus de
lOO mètres, s'en détachent, parallèles à la façade, et constituent la
majeure partie du musée. L'aile gauche contient les tableaux repré-
sentant les événements militaires du pays , dans l'ordre chronolo-
gique. Ils sont signés de noms illustres : Fragonard , Heim, baron
Gérard, Horace Vernet, Devéria, Philippoteaux. L'aile droite comprend
d'abord la chapelle, isolée entre deux cours; elle ne se rattache au
château que par la tribune supérieure opposée au chœur. C'est, nous
l'avons dit, l'œuvre de Mansard, et c'est en même temps un chef-
d'œuvre de proportions et de décoration. Au delà, s'étendent deux
galeries parallèles consacrées à l'histoire de France, l'une de peinture,
l'autre de sculpture; elles aboutissent à l'ancienne salle de spectacle,
construite sous Louis XV par Gabriel, et qui, en I8~l, di-vinl la salle
des séances de l'Assemblée
nationale, puis du Sénat jus-
qu'i-n 1880 (pour la visiter il faut
sortir du château et y rentrer par
la rue des Réservoirs). Au centre
de la grande galerie, perpendicu-
lairemenlà elle, s'ouvrentlessalles
des combats d'Afrique, de Crimée
et d'Italie. C'est là que se trouve
l'immense el fameux tableau d'Ilo-
r.ii-c Vernet : la Prisr de lu smalah
iCAbd-el-Kiidcrni 18i;i.
Symétrii|ueraent à la salle des
séances du Sénat, s'ouvre, dans la
lue Ganibilla, au-dessous de la
glande aile des batailles, la salle
di' la Chambre des députés, dont
la Constitution de 1875 reiulail la
consiruclion nécessaire. Depuis
que les deux Chambres .sont ren-
Irées à Paris, elle sert poui- leurs
réunions en Congrès; c'esl là (|ue
les représentants de la nalion éli-
sent le président de la Hépubli-
<pie. On la nomme salle du
Congrès.
Par son l'Iiinlue, par l'harnnmii;
cb- se> piopurlions, |iar les beautés
n.ihirelles e| artistiques qu'il ren-
lerme, le parc <'st digne du clià-
le.iu. iNous (lirons mè |n'on in^
peut pas se l'imaginer aulrenient
.pii' je Nêiire l'a conç\i avec un
g.piil (onsommé, un sentiment par-
lail de l'har lie. Sous l'amieu
régime, on en faisait plus de cas
que du cluUeau lui-même; tout
Al.Als HK V1:k>A11.1,1'..-
ENVIRONS DE PARIS
211
étranger de marque rmi
vi'nait à Versailles ('•lait
invité à le visiter dans tous
ses détails; c'est ce qu'on
appelait la promenade des
ambassadeurs, qui durait
quatre heures et compor-
tait un parcours de 8 kilo-
mètres.
En avant de la façade
centrale, s'étend une large
terrasse que six marches
séparent des premiers par-
ternes. Dans une poésie
célèbre, Musset avait mal
compté, lorsqu'il parle de
trois marches de marbre rose.
Devant cette terrasse,
sont les deux bassins qui
constituent le parterre
d'eau; au delà, est le bas-
sin de Latone, qui exis-
tait déjà au temps de
Louis XIII, et fut creusé à
nouveau en 170o. Du bas-
sin de Latone, on se rend
à celui d'Apollon par le
fameux Tapis vert, long
de 335 mètres, et, au delà
du bassin d'Apollon, com-
mence le grand canal, long
de 1,550 mètres, coupé en
forme de croix par deux
bras, le bras de la Ména-
gerie à gauche, le bras de
Trianon à droite. Des fe-
nêtres de la galerie des glaces, Louis XIV aimait à y voir évoluer des
gondoles vénitiennes; elles étaient au nombre de quatorze, manœuvrées
parde véritables Vénitiens, pour lesquels on construisit, à droite et nu
delà du bassin d'Apollon, les bâtiments de la petite Venise.
Celte merveilleuse perspective, se développant sur 3 kilomètres de
longueur, ne correspond qu'à la façade principale du palais; aux
deux ailes latérales, et en proportion avec elles, correspond la série
des bosquets et parterres qui donnent au parc le charme de la
rêverie et de la solitude. Du côté gauche, il faut citer la salle des
Marronniers, l'île Hoyale, les quinconces de la Girandole, la salle de
bal, et ce trop fameux bosquet de la Reine, témoin de la scandaleuse
et toujours mystérieuse afi'aire du Collier; enfin, l'Orangerie, qu'il
vaut mieux voir d'en bas, pour admirer le majestueux développement
de ses doubles rampes, dites des 104 marches. Au delà de l'Orangerie,
et en réalité hors du parc, est la pièce d'eau des Suisses,
creusée en 1687 par les soldais d'un régiment suisse.
Du côté droit, se voient le bosquet des Dômes, les bassins
de l'Encelade, de l'Obélisque et de la montagne d'Eau, les
quinconces du Dauphin, le bassin d'Apollon, la fontaine de
Diane, le bosquet de l'Arc de Triomphe et le bassin de Neptune,
auquel les grands arbres et les bosquets voisins font un cadre
si merveilleux.
Un système très ingénieux d'alimentalion hyilr.iulique rclii'
entre eux ces innombrables bassins, et, pendant la belle sai-
son, les grandes eaux jouent un dimanche sur deux. C'est un
spectacle féerique.
Les Trianons. — Lue ligne de tramways électriques
conduit aux Trianons par une route |)leine d'ombrages, longeant
l'enceinte septentrionale du parc. Le grand Trianon s'élève
précisément à hauteur du bras du canal qui porte son nom.
Au moyen âge, il y avait là, nous l'avons dit, une jiaroisse,
mais elle ne se composait plus que de rares maisons quand
Louis XIV eut la fantaisie de s'y faire construire une maison de
campagne où il se délasserait des solennités de Versailles. Il
fut donc aisé d'indemniser les habitants et de faire lihue nette.
Une année — l'année 1670 — suflit à édifier le premier
Trianon, qui, au dire de Saint-Simon, était « une maison de
porcelaine à aller faire des collations ». Maison de porcelaine
est pris ici au jiropre et ne signifie pas maison de verre, mais
bien un castel dont toute la décoration est faite de porcelaine
et de panneaux en stuc blanc. Elle devait être charmante ainsi,
cette maison que les courtisans appelaient aussi le palais do
Flore, la maison du Soleil. Cela n'empêche qu'en 1687, le
'^^r^ffi^'-^tiifcStoi
LES BAIN. S D'APOLLO.N.
monarque en eut assez, qu'il appela Mansard,et lui ordonna de rebâtir
à la même place un palais dont il lui indiqua lui-même l'aspect et les
proportions.
C'est le grand Trianon actuel, mais nous n'avons pas gagné au
change, car les lignes sévères et compassées de celui-ci ne saui-aient
valoir la grâce mignarde et inattendue du premier.
Quant au Petit Trianon, il eut pour architecte Gabriel, en 176G. Il
était donc encore tout neuf quand, en 1774, Louis XVI l'oflrit à la
reine. Voici comment les Mcnioires dits de Bachaumont racontent
le fait : ic La reine étant dauphine avait témoigné son désir d'avoir
une maison de campagne à elle, où elle pût faire ce qu'elle vou-
drait. Sa Majesté, qui en était instruite, lui a dit, il y a quelques
jours: «Madame, je suis en état de satisfaire à présent votre goût. Je
« vous prie d'accepter pour votre usage particulier le grand et le
rti, a>- M, J.'--s
i.A ii:kmi-: ve tkianon.
212
PARIS- ATLAS
PALAIS DU GRAND TRIANO
« petit Trianon. Ces beaux lieux ent toujours été le S(''jour des
« favorites des rois; conséquemment ce doit être le vôtre.» La reine
a été très sensible à ce cadeau et surtout au compliment galant par où
roffre en a été terminée. Elle a répondu au roi, en riant, ([u'elle acceptait
le petit, à condition qu'il n'y viendrait rpie lorsqu'il y serait invilé. >.
Les deux palais sont ouverts au public, ainsi que leurs jardins.
On y a réuni des meuldes, des por-
traits, des souvenirs de tout genre
se rapportant à Louis XVI et à Marie-
Anloinette. On y visite le théâtre,
une chapelle que fit bâtir Louis-
Plii lippe, une salle oiisont groupées
des voitures de gala ayant servi dans
des cérémonies solennelles. L'ex-
ciirsion est des plus recommandn-
bles; disons même qu'elle est le i-oni-
plêmeut indispi'usahle du voyai;r dr
Versailli's.
La ville, elle, oITre ])eu d'ali-
ment à la curiosité. Versailles,
qu'on ne l'oublie pas, n'existait pas
avant le château. 11 est vrai que,
dès que Louis XIV eut décidé dru
faire sa résidence ordinaire et h'
siège môme de la royauté, hôtels
particuliei's et maisons de tout giMu i-
sortirent de terre comme par en-
chantement. Il en fut là de même que
dans toutes les villes neuves; les
rues, bien alignées, s'entre-croisè-
rent géométriquement, à angles
droits, ou observèrent entre elles les
lois du parallélisme. Trois avenues
fort larges et plantées d'arbres vin-
rent converger sur la place du châ-
teau : les avenues de' Paris, de Saint-
Cloud et de Sceaux {(■cA.lc dernière
perd de sa majesté dans Versailles
môme, où elle se termine en im-
passe). Les voieslesplus importantes sont, du côté du Nord (gare de la rive
droite): le boulevard île la Heine, les rues Duplessis, d'Angivilliei-,
de la Paroisse, la rue et la place lloche, la rue des Uéseivoirs; du
côté du Midi (gares des Chantiers et de la rive gauche), les rues des
Chantiers, Saint-Martin, de Saloi-y, de l'Orangerie, Gambetta, l'ave-
nue Tliiers.
H y a, tout proche di- la rue de Satory et de l'avenue de Sceaux,
une rue dite du Vieux-Versailles. C'est, en effet, dans ces pa-
rages que la poi)ulation versaillaise avait commencé ;i si' grouper.
I.IO l'KTIT TUIANON.
au temps de Louis XIll;
là encore, que, dans une
rue modeste, la rue du
Jeu-de-Paume, une mo-
deste salle de jeu de paume
eut l'honneur de servir de
lieu de réunion, le 20 juin
1789, aux députés du tiers
i''tat, qui y prêtèrent l'inou-
Idiable serment que l'on
sait. Le public est admis
à la visiter. Ce quartier est
aussi celui du trop fa-
meux Parc-aux-Cerfs, que
Louis XIV avait voulu assai-
nir matériellement en fai-
sant creuser la pièce d'eau
des Suisses, mais auquel
l.ouis XV a laissé le plus fâ-
cheux rencun de coi'ruptiiui
morale.
11 y avait pourtant posé, le
17 juin 1743, la première
pi.Ti'e de l'église Saint-
Louis (cathédrale deiuiis la
création de l'évêché de Ver-
sailles), église destinée à remplacer l'ancienne chapelle de Saint-Julien.
Le monument fut livré au culte le 24 août 1754. Il est d'une déplorable
architecture.
L'église Notre-Dame, de l'autre côté de la ville, dans la perspec-
tive dr la place Horlie, lui l'Iait antérieure de trois quarts de siècle,
liien que construite par MansanI, son style n'en est pas plus heureux;
c'est un édifice lourd et trapu
comme l'église Saint-Louis. A des-
sein, bien prohahlement, Louis .\IV
n'eût pas toléré dans la ville des
monuments d'allure altière, pou-
vant dominer son château. Tous
h's édifices puhlics de Versailles
paiaissenl d'ailleurs s'inspirer de
ei'tle altitude d'Iiumililé; il faut.
cepeuilant, faire exception pour
le nouvel hôtel de ville, recon-
shuit di' 1898 à 1900, et cette
eX(eption n'est pas en sa faveur.
l.e eanqianile trop élevé qui le sur-
monte fait le plus mauvais efl'et au
niiliiai du cadre de verdure <|ue
les arbres des avenues font au châ-
teau ; il semble placé là !oul exprès
|Hiur montrer conihien, enarchitec-
lure, l'art de jilaire aux yeux esl
délicat et quel tact il exige.
Nous signali'i-ons eiilin à Ver-
sailles la statue de Hoche, univre
<le Lemaire, érigée en 1830 dans
le S(|uare de la place Mo, lie. Klli^
porte celte inscri|>tion : " lloche,
né à Versailles le 24 juin 1768,
soldat à seize ans, général en chef à
vinL't-i'inq, inoi-l à vingl-neul', paci-
Ih .iinir (le 1,1 \.ihl.'i-.'"
Saint-Cyr-l'École. A 1 Uilo-
mèlic de rextrémili'' du jiarc île
Versailles est situé Sainl-Cyr, fini
sérail sans doute resté un simple village, si, en 1G85. M'"" di' iMain-
tenoii n'y avait installé la lélélui' maison où deux ei^nl cini|uanti'
jeunes filles nobles, mais pauvres, étaient élevées, et (|ue Itaeine
aurait sulli à rendre célèhre en y faisant icprésenter Enthcr et Alhalw.
La communauté fut supprimée en 1772; la Révolution déiruisit <'n
partie les bâtiments. Kn 1808, Napidéon ('■'y installa l'Kcide spéiiale
mililaiii^ qui, depuis six ans, avait son siège à l'onlainehleau. V.Wr y
est resiée diqiuis. Sainl-Cyr a été la pé|iinière de nombreux (dliciers
(|iii ont pmti' vaiU.ininienl le drapeau de la f'ranee.
VERSAILLES
'.<.P
kNV^>
''K:
CaJfJJU^ âeJ>ia7ic - - -
..2d ctaJ^ant du Jour
Ivn£MJJi£ dfJA Pt'^'I '^^^
La CABCAde - ,' -
. :d - . .C's-^a , . -
1/1 , Sa^dPOJ- - - -
I
A ! f ,:
D
BrcLy de' la^ Ménagerie.
u
*^lâ
Bras de Tr^iajton
m:
-^^^ — n'".'"""'™"~
"A"^
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— StaJid-iJlu — JLaJ-l
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Fitce d eau des Smsses
, 1. ■■B9bS»" GfTWtm\'i.\ i \ i ', f'
y /4-/Jftf *>&■'■ /
E9"*|«ll£î-^
if^Jïi-
PARIS- ATLAS
LA FOKÉl DE S Al.N T-GERM AIN , VUE DU PARC.
COURBEVOIE. - NANTERRE - RUEIL. - LA MALMAISON. - BOUGIVAL.
SAINT-GERMAIN. — MAISONS-LAFFITTE.
ACHÈRES. - POISSY. - MANTES. - GARCHES. - VAUCRESSON. - MARLY. - ARGENTEUIL.
A légion qui s'i'toiul au Nord Je Versailles et à
l'Ouest de Pari.s n'est pas moins pittoresque et
i'ilie que celle qui vient d"être décrite. On y
nncontre, de même, des sites enchanteurs, de
vMStes surfaces boisées, et un charme de plus,
celui des courbes si gracieuses que forme la
Siinc entre Saint-Denis et Poissy.
Saint-Germain peut être considéré comme li'
centre, ou, si Ton préfère, le point de dépaii
d'excursions qui, de toutes façons et de tons
côtés, sollicitent le promeneur, suivant qu'il préfère les monuments et.
les souvenirs du passi', ou la paix des grands bois silencieux, ouïes rives
animées du lleuve, ou les magniti([ues j)anoramas dont l'œil ne se
détache qu'à regret.
Plusieurs routes mènent de Paris à Saint-liiMinain. .V ceux que le
temps ne presse pas, nous recommanderons eelh' tlu tramway qui part
de la place de l'Étoile. C'est d'ailleurs la route hisloriiiue; nous
l'avons trouvée déjti dans le VIII^ arrondissement sous le nom de rue
du Faubourg-dii-lloule (aujourd'hui du Faubourg-Saint-Honoré^ ; elle
traversait Neuilly (avenue du Roule) avant (pie l'avenue de Neuilly
n'ait été ouverte ilans l'axe du pont de Neuilly, que Perronet acheva de
construire en 1772.
Le pont franchi, on entre sur le territoire de Courbevoie, à droite,
de Puteaux à gauche; la route s'élève en pente douce jusqu'au som-
met du [il.ileau et aboutit à un rond-point oii se dresse le beau monu-
ment de Barrias, le groupe de la Défense tk- Paris. De là, en tournant
à gauche, d'abord, i>uis à droite, on passe au |ii.'d du versant oriental
du mont Valérien et l'on arrive peu après à Nanterre. gros bourg vil-
lageois, où les cultivateurs sont les plus nombreux, mais où les bour-
geois de Paris ont pris l'habiliulc de villégiaturer; Nanterre est une
localité très anciennement habitée; son nom d'origine gauloise suffit
à l'attester. Sainte (Jeneviève y naquit en 'i22; les habitants montrent
avec orgueil sa maison natale et un puits où la tradition veut qu'elle
Paius-Ati.as.
ait été souvent puiser, d'où les principes miraculeux attribués à son
eau. .Vu surplus, cet aimable pays a hérité de toutes sortes de traditions
qui ont rendu son nom célèbre ": les rosières de Nanterre, les pompiers
de Nanterre, les gâteaux de Nanterre. Qui sait si, quelque jour, la
légende ne s'attachera pas aussi au nom de Francisque Sarcey, qui fut
bourgeois et citoven de Nanterre jusqu'à sa mort?
Un kilomètre plus loin se trouve la limite des deux déparlemenls de
la Seine et de Seine-et-Oise. On entre sur le territoire de Rueil. C'est
une jolie ville, de près de dix mille habitants, située sur la rive gaucli.-
di> la Seine, manufacturière et militaire (Rueil possède une casern
d'artillerie) du côté de Paris, rustique dans sa partie centrale, aristo-
cratique et fort élégante par les villas qui bordent la roule de baini-
Cermain. L'église, dont la première pierre fut posée en lo8i, merii
d'être visitée • on v voit les tombeaux en marbre de Joséphine Taschei
de La Paierie et de sa tille Hortense de Reauharnais. l ne impératrice
de France, une reine de Hollande dormant leur dernier sommeil dans
cette calme bourgade, n'est-ce pas là une des fantaisies que le hasard
fournit volontiers à l'histoire ? Ces sépultures sont belles; elles sont
l'.euvre, la première, du sculpteur français Cartellier, la seconde, d un
artiste tlorentin, Rartolini. Sous le second Empire, des messes solen-
nelles étaient dites dans l'église de Rueil les jours anniversaires Je la
mort des deux souveraines; aujourd'hui, ces dates passent inaperçues.
La roule s'.-nfonce sous la verdure; elle passe, à gauche, devant
l'ancien parc de Bois-Préau, et atteint un carrefour auquel la station
du iramwav donne son nom : la Malmaison. C'est la qu il faiil
.initier le cranJ chemin pour prendre, à gauche, une jolie allée J.>
vieux platanes. Dix minutes à peine suftisent pour arriver devant . .
-rille du château, fameux pour avoir été le témoin de la grandeur, pu
de la lin de l'épopée napoléonienne. .Vu moyen âge, c était un mauoi!
asse? sinistre, d'où son nom. mnla Jomu^, apparlenast à I abbaye .!■
Saint-Denis, qui le louait quand elle pouvait. Le site était plus pilb;-
re^que encore qu'aujourd'hui, mais la maréchaussée ne prolegeaK
qu'insullisamment les habitants. Sous Louis XIIF, le voisinage de la
214
PARIS- ATLAS
maison de campagne que le cardinal de Richelieu avait à Rueil
fit que le séjour de la Malmaison fut ti-fs recherché. Des magis-
trats, des financiers roccupèrent. La terre appartenait à la
famille Le Couteulx du Moley quand éclata la Révolution.
En 1798, Joséphine de Beauharnais, M™* Bonaparte, la leur
acheta et la transforma par maints embellissements. Elle voulait
en faire une résidence de repos, où Bonaparte aimerait à se dé-
lasser des fatigues de la campagne d'Egypte. Pouvait-elle se
douter alors que la Malmaison allait devenir le château d"été du
premier consul, de l'empereur! Car Napoléon aima tout de suite
cette demeure et continua à l'aimer lorsqu'il se fut
enivré de toutes les gloires, et ce fut aussi le temps
de la gloire pour la Malmaison. Par les soins de
Joséphine, le parc, alors très vaste,
fut orné des arbres les plus beaux;
des serres s'y élevèrent, renfermant
des plantes, rares entre toutes, à ce
point que leur description occupe
deux gros volumes in-folio, fort rares
aussi, les Jardins de la Malmaison, pu-
bliés en 1803 et 1804.
Il semble qu'il y ait un lien entre
les hommes et les choses, entre la
fortune de l'Empire, celle de José-
phine et celle du domaine dont nous
parlons. Après le divorce, l'étoile de
N'apoléon commença à pâlir. José-
phine, outragée et abandonnée, se
confina dans la solitude, et la Malmai-
6on rentra dans le silence. Napoléon
n'y i-evint plus qu'une fois, et quelles
pensées durent l'assaillir en revoyant
ces lieux où il avait connu tous les
bonheurs! C'était le 29 juin 1815 :
Joséphine morte depuis un an, l'ab-
dication qu'il venait de signer, les
alliés se rapprochant de Paris, la
(limleur du présent, l'incertitude de
l'avenir. C'est de là que, confiant
dans la générosité anglaise, il partit
pour Sainte-Hélène. La guerre de
1870, désastreuse aussi pour toute
cette région, a fait disparaître du
])arc une dalle en pierre sur la-
quelle était gravée cette inscription, touchante dans sa concision :
DERNIER PAS DE NAPOI.KOX
PARTANT POUR ROCHEFOUT
LE 2'l JUIN 181.0
A QUATRE HEURES APRÈS-MUjI.
Depuis lors, la Malniaison passa par beaucoui) di- |iro|iriélairi'S,
illustres ou obscurs. Son beau parc était morcelé, mais le château resté
diboutlors(|ue, en 1896, un amateuriicbe autant ([u'éclairé, M. Osiris, l'a
acheté pour le reconstituerainsi qu'il devait être il y acent ans, et cette
ij
LE HJIÏS DE SAIISTE-GENKVIÉVK, A KANTEKKE,
noble œuvre accomplie, oITrir ainsi à l'Étal un incomparable
musée du premier Empire. La donation a eu lieu, en effet, au
cours de l'année 1900.
Au delà du carrefour de la Malmaison, la route se rapproche
de la Seine, qu'elle côtoyé un peu avant les premières maisons
de Bougival. Bougival ! Il y a quinze ans, ce nom évoquait
mille images gracieuses de yachts, yoles, périssoires et autres
bateaux, de gais canotiers, de baignades en pleine eau à la Gre-
nouillère. La bicyclette et l'automobilisme ont fait tort aux
ébals nautiques, mais l'aimable bourg n'y perd rien, car le nou-
veau sport y attire tout autant de promeneurs.
L'église, sur la hauteur, a un beau clocher roman
du xu' siècle, et l'intérieur, malgré bien des res-
taurations, atteste encore qu'il date
du siècle de saint Louis.
Marly-Ia-Machine, que l'on ren-
contre au bout de quelques minutes,
est un hameau de la commune de
Bougival, en dépit de son nom. Quant
à son surnom, il s'explique de lui-
même : là, en effet, s'élève la ma-
chine créée pour fournir l'eau à Vei'-
sailles et à Marly. C'est dans les
dernières années du xvii= siècle qu'elle
lut construite, grâce à l'ingéniosité
d'un ouvrier charpentier de Liège,
Rennequin Sualein. Voici quel en était
le principe : une chute d'eau de
3 mètres mettait en mouvement qua-
torze grandes roues installées dans
la rivière, comme celles d'un moulin ;
ce mécanisme actionnait toute une
série de pompes, près de trois cents,
qui aspiraient l'eau et l'attiraient jus-
qu'au point culminant, la tour de
l'aqueduc de Marly, d'où, par l'im-
pulsion ac((uise et la pente naturelle
du sol, elle était conduite par une
canalisation souterraine à Versailles.
Cet aqueduc, bâti à la romaine, s'aper-
çoit de tous les points environnants;
à demi caché au milieu des arbres,
il produit le plus heureux eiïet.
Sous le premier Empire, la ma-
chine de Marly fut transformée : on y applicpia la vapeur; mais,
depuis, en 18b4, la force hydraulique a été de nouveau utilisée. Cin((
roues pourraient fonctionner sans interruption et produin; chacune
un débit moyen de 16,000 mètres cubes d'eau par vingt-quatre heures,
mais deux ou trois seulement sont en service régulier. Ajoutons que
l'eau n'est pas celle — fort peu tentanic — de la Seine; elle iirovient
d'une nappe située au-dessous du lit de la rivière et est exemiite de
toute souillure.
La machine est sihiée à ini-i lieinin entre Bougival et Port-Marly.
Voilà un nom qui peut paraître bien ambitieux : un peut sur ce bras
,l;OJIE hli bAI.ME-UE.M.N il.\ J;, A .NAMLKia;.
VLI-; iJE i.A l'uMi')': A ii:l' iij; maim.v.
ENVIRONS DE PARIS
215
de laSciiiiî, on ;i ruirlii-ue peine à le Irouver riiijoiiiiriini ; rn;iis jadis, sous
Louis XIV, quand il s'at^'il de construire le cluUeau de Marly, il fut vrai-
ment nécessaiie iiour li' (li'ljarquement des matiC-riaux, et [ilus tard pour
recevoir les a[)[>rovi>;ioiinenients que la pri'^sencc du roi remlait néces-
TOMBEAU nu LA REINE HORTENSE. A RUEIL.
saires. Port-Marly doit à son heureuse situation de s'être développé,
non sur la rivière, mais du côté de Marly. C'est là, en effet, que la route
de Marly rencontre celle de Saint-Germain; là, par suite, qu'est la Lil'ur-
cation des deux lignes de tramways.
ÎNous monterons tout à l'heure à Marly ; continuons notre chemin
vers Saint-Germain. De plus en plus, le trajet demeure agréable; bien-
tôt la route s'élève, commence à dominer la vallée de la Seine qui
décrit une large courbe vers le Nord. Ce charmant château que l'on
voit à gauche, accroché pour ainsi dire au liane de la colline, c'est
Monte-Cristo, une « folie » d'Alexandre Dumas, folie dans les deux
sens, car elle absorba, dit-on, les 230,000 francs que lui avait rap-
portés son fameux roman, et il fallut, plus tard, la revendre, sans
bénélice.
Déjà, on atteint, toujours en montant, les lucniièrrs maisons do
Saint-Germain : voici des casernes, le pavillon Henri IV, des maisons
bourgeoises, la statue de M. Thiers, œuvre de Mercié, élevée en 1880.
devant la façade Sud du château, le château, enfin, lui-même, dont la
façade principale s'ouvre sur la grande place, vis-à-vis de l'église.
Saint-Germain-en-Laye. — Parmi les forèls qui, au temps les
plus anciens, couvraient presque entièrement le sol ih's environs i\<-
Paris, celle de Laye était une des plus importantes. Son nom, Liihi.
figure pour la première fois au ix" sièrle dans un inventaire des posses-
sions de l'abbaye parisienne de Snint-Germain-des-Prés ; il y est dit
que l'abbaye possède environ trois lieues de circonférence dans celte
forêt.
Le roi Robert fit élever .sur le sommet de la colline une église que
l'on dédia à saint Vincent et à saint Germain, église dont les parois-
siens furent, à l'origine, des vignerons de la côte et des bûcherons de
la forêt. Telle est l'origine de Saint-Germain-en-l,aye.
La position était militairement trop avantageuse pour que les pre-
miers Capéliens, toujours menacés par leurs barons, n'aient pas songé
à l'occuper en y construisant un château fort. Il existait déjà sous
Louis ]i- Gros, qui en a daté des actes. Rien n'est resté de cet édifice,
qualifié palais, si ce n'est peut-être les foss'-s et les substructions. La
partie la plus ancienne du château actuel est la Sainte-<Jhapelle, qui
date de saint Louis. On la voit du dehors, sur la face méridionale; elle
a été habilement restaurée et est très agréable à voir.
La façade de l'Ouest, où est l'entrée, avait été déshonorée par la
construction, sous Louis XIV, d'un bâtiment massif, qui disparaît en
ce moment, de façon à rendre au monument l'unité d'aspect qu'il
avait au xvi' siècle, car, dans son ensemble, il esirœu%Tede François I",
it n'est pas l'un des moins intéressants parmi ceux dont ce roi, ami
de l'architecture, a doté notre pays.
C'est par la façade septentrionale prenant jour sur les quinconces de
la terrasse qu'il faut juger et goûter cette architecture. Larl de bâtir,
sous François I"", était si souple, avait tant de variété, que le château
de Saint-Germain ne ressemble ni à Blois ni à Fontainebleau, ni à
Chambord, ni aux autres du même temps, et c'est peut-être aussi
celui dont le style est le plus français. Le mélange, jjresque toujours
heureux, de la brique et de la pierre en estune cause; nous envoyons
une autre dans le maintien des procédés qu'avait employés l'archi-
tecture précédente, celle du xv» siècle, où l'ogive régnait en maî-
tresse.
L'œuvre ne parait pas complète. Henri H ordonna la construction
d'un châleau sur le bord extrême de la colline; c'est ce qu'on appelle
II- château neuf, que Henri IV devait achever. Il n'en reste plus aujour-
d'hui qu'un pavillon, classé d'ailleurs comme monument historique.
mais encastré dans les bâtiments de l'hôtel qui a retenu le nom de
pavillon Henri IV, et où mourut M. Thiers. Ce pavillon, où se donnent
aujourd'hui d'opulents festins, n'était, dit-on, autre chose que la
chapelle du château neuf, et c'est là que Louis XIV aurait été baptisé.
La ville de Saint-Germain revendique, en effet, l'honneur d'avoir
vu naître le grand roi. Elle obtint de Louis .\VIU des armoiries
représentant un berceau accompagné de la date de naissance : 3 sep-
TOMBEAU DE L'IMPÉRATRICE JOSÉPHINE, A RUEIL.
lembre 1638. C'est dire qu'elle ne gardait pas rancune au roi q^ui a\-ai
délaissé si complètement son pays natal pour lui préférer Versailb-s.
On a dit et redit à ce sujet que Louis XIV avait pris le chiitean d--
Saint-Germain en haine parce que de ses fenêtres il pouvait voir les
llèches de la basilique de Saint-Denis, qui évoquaient en lui la pensée
de la future .sépulture. Est-il bien vrai qu'il pût les voir? Et à l'âg.- où
MT.
PARIS -ATLAS
VUE DE LA SEINE AU PECQ.
il conimonça à faire bâtir Versailles — environ vingt-
cinq ans — songe-t-on déjà tant à la mort?
Lé motif est douteux, mais le fait est certain. Le
château abandonné devint en 1682 l'asile du roi d'An-
gleterre, Jacques II, qui y mourut en 1701. Ensuite,
il devint le siège de la capitainerie des chasses ; puis,
après 1789, successivement prison, école de cavalerie,
caserne, pénitencier militaire. On peut juger par là à
quelles dégradations le malheureux édifice se trouva
exposé.
Enfin, un décret du 8 novembre 1862 prescrivit qu'il
serait affecté à un musée gallo-romain. Il a conservi'
cette destination ; en même temps, la restauration du
château était confiée à l'habile direction de M. Millet,
qui entreprit de le restituer tel qu'il était au temps de
sa s])lendeur. Depuis la mort de M. Millet, suivenuc
en 1879, ses successeurs ont poursuivi ruMivr<; com-
mencée ; c'est maintenant, pour l'achever, l'alfaire de
quelques années à peine.
Officiellement, le musée de Saint-Germain se nomme
musée des antiquités nationales. Il reçoit tous les ob-
jets qu'on a pu recueillir depuis l'époque la plus
reculée jusqu'au règne de Charlemagne. Le ]iulilic y
est admis : 1° le dimanche, de dix heures et demie à quatre heures;
2" le mardi et le jeudi, de onze heures et demie à cinq heures, en été,
à quatre heures en hiver. Seuls, les travailleurs autorisés y ont accès
le mercredi, le vendredi et le samedi.
Les collections sont disposées dans six salles du rez-de-chaussée et
vingt-six de l'entresol, du premier et du deuxième étage. Un catalogue
analytique en a été dressé avec une grande érudition par M. Salomon
Reinach, membre de l'Institut et conservateur adjoint. Nous lui em-
prunterons la plupart des indications qui vont suivre sur les richesses
que l'archéologii! ('t l'anlbropologii' cniiiiilcnt h Saint-tiiMiuain.
M .NI tiUli.M AIN.
Après avoir franchi le vestibule où se voient des moulages
de bas-reliefs de la colonne Trajane et de l'arc de triomphe de
Constantin, on pénètre dans la cour du château, où s'accuse
mieux qu'à l'extérieur la disposition inattendue des cinq
façades. L'entrée du musée est à gauche. Voici encore, dans
les deux premières salles, des moulages empruntés aux deux
monuments que nous venons de nommer, consacrés à la gloire
de ïrajan ; le centre de la seconde est occupé par une iiirogue
yaubiise trouvée dans le lit de la Seine, à Paris. Dans les
salles suivantes sont, notam-
ment, des moulages de l'arc de
triomphe d'Orange.
L' entresol comporte huit
salles. On y voit des reproduc-
tions de colonnes milliaires ro-
maines, c'est-à-dire marquanlla
(lis tance d'un mille (soi tl,481™,o0)
le long des routes; ce sont les
aïeules vénérables de nos bornes
kilométriques; puis, de nom-
breux documents épigraphiques
iilatifs aux légions romaines et
à leur stationn<'ment sur les
frontières de la (iaule ; des tom-
beaux gallo-romains, urnes dft
métal ou de verre, destinées à
(nntenirles cendres des morts,
(lu bien tombes de plomb, de
brique, de pierre; puis des mou-
liges d'enseignes gauloises, re-
présentant des artisans, des voi-
turiers, des chasseurs, etc.
Il y a, de même, huit salles
au premier étage. Les trois pre-
mières sont consacrées à l'âge
(11- pierre, au temps où l'homme
ignorait l'usage des instruments
(Il métal. <i t'.o qu'on ne savait
|MS il y a cinquanle ans, dit
M. S. li'riiiach, cl rr qui a été
déliiiilivriuciil éliilili M'i's 181)0
par les travaux de lioucher de
Pertbes et de l.artet..., c'est qu'à
l'époque où le mammoulh et le
rhinocéros buvaient dans la
Seine, un grand nombre de dizaines de siècles avant J.-C, l'homme
vivait et se multipliait à côté de ces redoutables voisins. La salle I est,
comme la démonstration de cette vérité, une des plus belles conquêtes
scientifiques du xix= siècle. On y voit les outils en pierre, en os et en
corne dont se servait riiomnie primitif..., les traces qu'il a laissées
tantôt à la surface du sol, tantôt dans les sables des rivières et dans
les cavernes où il cherchait un refuge ; les rares ossements de l'homme
qu'on peut attribuer à cette période éloignée, à côté de ceux des
animaux, ses coïileinpoiaius ; enfin, les jiremiers essais d'un art naïf
qui se complaisait à gravcu- sur l'os ou sur Li corne des dessins au trait,
parfois d'une exactiluib^ surprenante. »
Dans les salles suivantes se voient, très nombreux encore, les instru-
ments de pierre employés parles Gaulois: haches, llèches, pics, objets
de poterie, etc., et des réductions ou des dessins de dolmens et do men-
hirs. Les premiers, on b: sait, ayant la forme d'allées couvertes, étaient
alfectés aux sépultures; les menhirs étaient des redonnes man|uanl
remplacciiieiil d'un loiiilieau, ou élevées en (diiimi'iiioriilioii d'un fait
inqioi'tant.
l'uis vient (salle ,\lll) l'exiiosilion di'S objets gaulois Irouvis dans les
fouilles d'Alise-Sainte-lîeine (Côte-d'Oi), la fameuse Alcsin, dont l'em-
placement a été tant controversé mais est maintenant certain, et où
Viucingétorix 's'immortalisa par sa résistance aux légions romaines.
Les salles XIV-XVII conliennent des spécimens de la céramiipie, de la
veirerie et des bronzes de l'épixpu! romaint\ Les salb^s du ileuxiènie
étage ne son! pas moins inléi'essanles. On y a réuni di' iiombii'UX ves-
tiges jirovenant d'habilalions lacusli'cs, c'est-à-dire établies sur des
lacs, qui ont fourni d(!S ossemiMits d'hommes et d'animaux domes-
tiques, des fruits, des outils de ])ierre, idc. Les vitrines des salles sui-
vantes conlienn('nt des arnn'S gauloises en bronze, di'S jioteries, des
bijoux ]ii'ovenanl de; sépultures sous lutinili el des néciopoles de la
Marne; enfin, toule ime série d'ainics, de monnaies et de bijoux de
l'éiioipie mérovingienne.
D(!vant le château s'élève l'église^ paroissiale. j'Iii^i'iirs l'ois leiou-
struite di'pnis Louis \1V v[ ado-véi' sciilriiinil -oiis Cliailrs \. idie est
Phot. l'iinl liol
FACE EST DU CHATEAU DE SAINT-GERMA
ENVIRONS DE PARIS
217
LA TERRASSE DE S A I.\ T-(J ER M AIN - E \ - 1- A YE.
un triste échantillon d'architecture religieuse, encore qu" elle ait coûté
plus Je 500,0CU francs. Saint-Germain n'offre pas, d'ailleurs, d'édilices
intéressants, à l'exception du château; celui-ci vu, le charme, la répu-
tation de la ville résident tout entiers dans la terrasse et la forêt qui
la continue.
I.a terrasse est la plus belle promenade des environs de Paris. ElLî
fut construite en 1076 par LeXôtre, ce qui prouve, soit dit en passant,
que les gens du xvii= siècle n'étaient pas aussi indifférents qu'on l'a
prétendu aux beautés de la nature. Longue de 3 kilomètres, elle com-
mence au pavillon Henri IV pour se terminer à la grille royale, et l'on
peut affirmer que nulle part on ne rencontrerait, suivant le mot de
l'énelon, spectacle fait plus à souhait pour le plaisir des yeux. Le pano-
rama est aussi étendu que varié. A droite, l'horizon est fermé par les
hauteurs de Marly et de Bougival, couronnées de bois ; aux pieds du
promeneur, le large ruban argenté de la Seine, coulant vers la gauche
et enveloppant la forêt, qu'après une longue évolution vers le Nord
elle va retrouver à Poissy, après avoir passé par Maisons, Andrésy et
Contlans-Sainte-Honorine, où elle reçoit l'Oise. Sur la pente même de
la colline s'étayent les maisons du Pecq, relié à la terrasse par un
ascenseur, et, de
l'autre côté de la
rivière, le parc co-
quet que traverse
la ligne du chemin
de fer, et où se
cachent dans la ver-
dure les innombra-
bles villas du Vési-
net ; plus à gauche,
on dislingue le pont
do Maisons, Fran-
conville, Sannois.
La vénérable forêt
de Laye, aujour-
d'hui dite de Saint-
Germain, est une de
celles que la civili-
sation envahissante
a le plus respectées
aux environs de
Paris. Sa superficie
isl de plus de
i,OCO heclares, que
n'interrompt presque aucun défrichement. Aux temps passés, elle s'éten-
dait, sous le nom de forêt d'Iveline, jusqu'aux frontièrt-s du pays char-
train, en se confondant avec les forêts de Marly et de Rambouillet.
Aujourd'hui, elle couvre la rive gauche de la Seine sur une longueur
de 2 lieues, entre Saint-Germain et Maisons, puis sur une distance
égale jusqu'à Poissy, en y comprenant la région voisine d".\chères, où
les déboisements se sont malheureusement multipliés. Sa profondeur est
moindre ; elle n'est que de 4 kilomètres, de l'Est ù l'Ouest, entr-
Saint-Germain et Poissy. La route qui relie ces deux villes (c'est tou-
jours celle de Paris à Cherbourg) est desservie par un tramway à vnpeu!
qui, traversant toute la forêt, permet d'y faire sans fatigue une fort
agréable excursion. Ceux qui aiment à errer à l'aventure <' sous le>
grands bois sourds » préféreront s'y engager pédestrement, et, suivant
leur fantaisie, gagner Maisons, .\chères ou Poissy. A chaque carrefour
— il n'y en a pas moins de cent quarante — se trouvent des poteaux
indicateurs fort précis.
A peu de distance de la grille royale, où se termine la terrasse, s'élève
le cliàteau du Val. C'étaiU au xvi» siècle, un rendez-vous de chasse:
Louis \1V en fit un joli manoir; depuis la Uévolulion, il est devenu
propriété parlicu -
Si l'on prend l.i
route de Pontoise.
on rencontre, à
3 kilomètres d'
Saint-Germain, la
célèbre maison de>
Loges, isolée en
pleine forêt. Sou
origine remonte an
moyen âge. l'n roi.
on ne sait lequel,
avait eu l'idée d'
se faire bâtir dan>
celte solitude un
petit castel, ù côlr
luquel était un..
l'hapelle dite d-
Saiut-Fiacn;, but de
processions et de
pèlerinages. Ces
bâtiments tom-
baient en ruine à
2i8
PARÎS- ATLAS
la lin du xvr siècle: c'est alors que ([iiel-
ques ermiles appartenant à Tordie de
Saint-Augustin obtinrent de Henri IV la
permission de les occuper et de les res-
taurer. Favorisés parla dévotion d'Anne
d'Autriche, ils y prospérèrent jusqu'à la
Kévolution. C'est en 1811 que Napo-
léon I"'' âlîecta la maison des Loges à
l'établissement d'une maison d'éduca-
tion où seraient instruites les filles des
membres de l'oràre de la Légion d'hon-
neur, et en fit une succursale de celles
de Saint-Denis et.d'Ecouen.
La tradition du pèlerinage de Saint-
Fiacre ne s'est pas perdue; elle s'est
transformée. Chaque année, le premier
dimanche de septembre et les trois jours
qui suivent, a lieu la fête champètie des
Loges, très assidûment fréquentée par
les Parisiens, encore qu'elle ne se dis-
tingue que par le cadre de la banalité
habituelle aux divertissements forains.
Cette oasis de verdure, de calme, d'étude,
de pureté virginale est alors étrange-
ment envahie; il est fort heureux, di-
sons-le bien vite, que ce soit, pour les
jeunes pensionnaires, le tenqis des
vacances.
Maisons-Lafïitte se nomme officiel-
lement iMaisons-sur-Seine, mais l'admi-
nistration est restée impuissante à faire
adopter ce vocable par le public. On ne
s'explique pas, d'ailleurs, puisqu'il y a
à Paris une Tue Laffitte, pourquoi elle
ne voudrait pas reconnaître le célèbre
financier de Louis-Philippe comme par-
rain do l'aimable colonie de Parisiens
qu'il a bien réellement créée. Le chemin
de fer de Paris à Mantes par Poissy y a une station, ce qui a beaucoup
contribué à l'accroissement de la population de Maisons, dont l'iiistal-
latiun d'un hippodrome a légèrement modifié le caractère et les habi-
tudes. Le château, construit par Mansard, a une belle ordonnance, qui
s'admire surtout de la rive droite de la Seine.
Achères est la station suivante du chemin de fer de Normandie,
station Iles importante : car les lignes de Pontoise, d'une part, et de
Cr.iiiilf Ci'inture, d'autre part, y rejoignent la ligne piincipale. Le vil-
lai;.' n'aurait (|ue très peu fait parler de lui sans les démêlés qu'il a
eus, de|)uis 1889, avec la Ville de Paris pour la question d'épandage
des eaux d'égout. Et il est assez plaisant, en eftet, que la capitale
veuille enricliii' malgré eux des villageois (|ui n'ont cessé de protester
conlr(^ l'empoisonnement dont ils se disent victimes. L'expérience a
été faili', puurtanl. h CriinevillicM's, et de façon viiioriense, que les
ti'rres ainsi fécondées ont un riMidenii-nt bien iiii'illi-ur, sans que
ASCENSEUR DE
l'étal sanitaire des habitants en soit le
moins du monde compromis.
Les travaux ont été achevés, et l'irri-
gation des champs a commencé le 7 juil-
let 1893. La dépense n'a pas été moindre
de 10 millions et demi pour construire
une usine et le siphon par lequel l'aque-
duc passe sous la Seine entre Clichy et
Asnières ; — pour l'usine de Colombes cl
lepont-aqueducqui traverse une seconde
fois la Seine, cette fois au-dessus du
fleuve, à Argenleuil; — pour le siplion qui
la lui fait traverser une troisième fois à
llerblay; — et enfin, pour franchir le
ravin de la Frette sur un pont en arcades,
long de 80 mètres.
Poissy partage maintenant avec Saint-
Germain une importance que jadis il était
seul à avoir dans la région. C'était le
chef-lieu du Pincerais. Parce que les
pêcheurs à la ligne s'y sont de tout
temps montrés nombreux, certains éty-
mologistes en ont conclu que son nom
avait une affinité directe avec le mot
poisson. Il n'en est rien: de très an-
liens textes, oii le lieu est mentionné
en latin, donnent la preuve que ce fut,
à l'origine, le domaine d'ini personnage
gallo-romain nommé Passius ou Pexius.
Aucun vestige n'est resté du château
que les rois de France y avaient au
moyen âge et où naquit saint Louis. Sa
construction devait dater du ■ même
temps que l'église, qui, elle, nous a été
heureusement conservée; ses deux clo-
chers, de style roman du xn° siècle, lui
donnent l'air d'une cathédrale; le chœur
est du même style, particulièrement
intéressant ici, car il marque la transition entre les procédés d(^ cons-
liuction romani; et ogivale. La nef et ses bas-côtés apparliendraient à
la même épociue s'ils n'avaient pas subi, postérieurement aux xV et
xvi«siècles, d'importantes modifications, et notamment l'adjonclionde
chapelles latérales. Cette belle église a conservé comme une i'elit[ue
linéiques fragments dos fonts baptismaux où fut apporté' saint l.nuis à
sa naissance.
Les touristes archéologues ont enrr.re à voir à Poissy le vieux p'Uit,
si pittoresque avec ses vingt-quatre arches inégales, quelques vestiges
des anciennes fortifications de la ville, et la maison de campagne de
Meissonier. Le ])eintre célèbre de la liixr y passai! l'i^'lé deimis près ilo
trente ans quand la mort. le frappa au ciiiiiineiiceiiuiil de rauui''e 1891.
On lui doit plusieui's vues charmantes de Poissy. li n'y a\ait que
l'embarras du choix, car les rives de la Seine, sont rarenu'nt plus
jolies qu'en aval du pont de Poissy.
IS'ous ne iiarlerons iir.e pour nn'moire de la maison eenlrale île ,|é.
Hiot. iliclii
.S.\I.NT-GERMAI.\.
U.N VESTIlil.l.K DU CII.MEAL DE .M A 1 SU .N s- 1. A !• I- 1 1 1 E. 1- A i; A 1/ E i'OMI. 1{ 1 E U U E DU CHATEAU DE M A ISON S-E A KI'IT'r E
ENVIRONS DE PARIS
219
tentiun, instulh;e dans un ancien cou-
vent (Je femmes. Pour indispensables,
luMas! que soient des établissements de
ce genre, les localités dont ils prennent
le nom n'en considèrent jamais le voi-
sinage comme agréable ni enviable.
A Poissy commence, pour finir h Man-
tes, la grande banlieue de la région de
rOuest. Un moyen aisé d'en goûter tout
le charme est de se rendre à Mantes par
la ligne de la rive gauche de la Seine et
d'en revenir par celle de la rive droile
ligne d'Argenteuil); il est dinicile de
déterminer de quel côté sont les points
de vna les plus aimables. Si l'on trouve
l'excursion un peu longue, nous recom-
manderons Celle de Poissy à Villcnnes
par le bord de l'eau (4 kilomètres) ou
encore celle de Poissy à Orgeval, un
village situé dans une condition si pitto-
resque qu'elle lui avalu d'être surnommé
« la petite Suisse ». Orgeval est à 6 kilo-
mètres de Poissy et à 10 de Saint-Ger-
main par la route nationale de Paris à
Mantes, par les Mureaux, que personnr
dans le pays n'appelle aulrement que
« route de quarante sous », un sobriquet
d'origine encore incertaine, dont les
érudits n'ont pas dédaigné de se préoc-
cuper. Par la variété de leurs explica-
tions, ils ont du moins prouvé l.i
richesse de leur inspiration : un mar-
chand assassiné sur la roule, et dont la
bourse ne contenait que quarante sous;
— Louis-Philippe passant par là et lais-
sant échapper de son escarcelle une
pièce de deux francs qu'il aurait fait
rechercher par ses gens pendant plu-
sieurs heures ; — les terrassiers qui
construisaient la route, payés quarante
sous par jour; — les propriétaires riverains taxés à quarante sous pour
l'accomplissement de la même corvée : voilà quelques-unes des solu-
tions niisos on avant. Au lecteur de choisir ou de trouver mieux.
Mantes-la-Jolie vaut, certes, une visite, sur la foi même de son
sui'nom, qui n'est pas menteur. Les Gaulois s'étaient fixés sur ce point
des rives de la Seine, où l'on retrouve à chaque instant des traces
de leur séjour :
armes, objets
d'usage courant,
ou sépultures;
mais l'histoire
écrite de Mantes
ne remonte guère
qu'au temps des
Normands. La
ville était devenue
prospère quand
Guillaume le
Conquérant, mar-
chant sur Paris
pour se venger
d'un sarcasme ([ue
le roi de France
avait formulé à
l'adresse de son
emlionpoint, s'y
arréla et la sac-
cagea en I0S7.
Mais en tombant
di! cheval parmi
les dé'combres en
l'eu, il y fui blessé
mortellement;
pris de remords,
il ordonna, au mo-
ment de mourir,
de donner de
grosses sommes
d'argent pour la
!•; N 1 K K !•;
DU C1IATE.\U DE M AlSOiNS-L.VFriT T E.
L'EGLISE NOTRE-DAME, A MA.MEi.
peu nombreux étaient 1
de ces plateaux si
beaux dont les
bois dominent la
rive gauche de la
Seine. La prc;-
mière station,
Garches, est éta-
blie à la lisière
même de la partie
du parc de Saint-
Cloud qu'on ap-
pelle Villeneuve-
l'Etang. La gare de
■Vaucresson, où
Ion s'anvie en-
suite, esl installée
entre deux tun-
nels. Là, on fran-
cliit la colline des
Bu tards où .
Louis XIV avait
un pavillon de
cliasse; non loin,
sur la gauche, est
le village de
Marnes qui,
sans modestie,
mais en toute vé-
rilé, s'est fait at-
Iribuer le surnom
de «laCoquelle..;
non loin égale-
ment, le château
et le parc de la
Marche, célè-
bres par leurs
courses d'obsta-
cles.
reconstruction de l'église. Ce n'est, tou-
tefois, que dans la secomle moitié du
XII' siècle que fut réédifiée l'église ac-
tuelle, que les Maatais, dans leur en-
thousiasme, appellent volontiers cathé-
drale, encore qu'elle n'ait jamais été le
siège d'un évèclié. Elle n'en est [»as moins
un très bel édifice, class<; parmi les mo-
numents historiques.
On remarque encore à Manies l'ancien
auditoire du bailliage, aujourd'hui le tri-
bunal, dont la reconstruction remonte
(les armes de France et de Milan l'alles-
tenly au commencement du xv« siècle:
— la tour Saint-Maclou, qui est du
xiV siècle ; — une jolie fontaine du temps
de la Renaissance, et le pont biti par
Perronet en ITOo, reconstruit sur les
mêmes plans après la guerre de 1870;
qui relie la rive gauche de la Seine où
s'élève Mantes, à l'Ile qui la sépare de
Limay.
De Paris à Marly. — C'est en 1883
seulem.Hiit ()m- fui achevée la construc-
tion de la lii;ne ib; Paris à Saint-Germain
par Marly ou, pour parler plus exacte-
ment, du tronçon, long de 13 kilomètres,
qui se détache, au delà de Saint-Cloud,
de la ligne de Versailles pour se souder à
celle de Grande Ceinture, au point que l'on
nommait alors le Joué d'eau et qui s'ap-
pelle maintenant Saint-Nom-La- Bre-
têche. Jusque-là, Marly n'était desservi
que par un omnibus américain parlant
de Rueil, transformé en tramway à va-
peur le 14 avril 1878.
Ce fut un émerveillement que de par-
courir la nouvelle ligne; c'en est encore
un aujourd'hui, même pour ceux qui y
circulent souvent; mais alors combien
Parisiens qui se fussent égarés sur les pentes
PORTE PKINCIl>ALE
DE I. Édl.ISE NOTRE-DAME, A ilANTE-
220
PARIS -ATLAS
De Vaucresson ou de la
station suivante, la Celle-
Saint-Cloud, qui dessert
le haut Bougival, on peut
faire des excursions char-
mantes à travers les bois
de Saint-Cucupha, con-
tourner le gracieux étang
(|ui s'y dissimule et re-
joindre la Malmaison.
Voici maintenant, à
droite, une échappée ma-
gnifique sur la vallée de
la Seine, avec Saint-Ger-
main dans le fond, comme
perspective; puis, le vil-
lage de Louveciennes.
dont le nom seul rappelle
le souvenir de la Du barry.
On passe à côté de l'aque-
duc de Marly, du hameau
de ^■oisins, du Cœur-Vo-
lant; au sortir du tunnel,
le train s'engage sur un
talus, puis sur un superbe
viaduc haut de 43 mètres,
long de 380, et, SOO métrés
plus loin, s'arrête à
Marly-le-Roi. Il ne fau-
drait pas croire, sur la foi de son surnom, que Marly date de Louis XIV.
Au moyen âge, et dès le xi' siècle, le bourg était déjà assez important
pour constituer deux paroisses, alors qu'au xvi« siècle et depuis lors,
une seule a semblé suftisanle. I.a puissante famille des Montmorency
s'y était construit un château fort ; elle y fit souche et forma la branche
des Thibaud, des Mathieu et des Bouchard de Marly. 11 est vrai, cepen-
dant, de dire que la fortune de Marly est due à Louis XIV. Saint-Simon
a écrit là-dessus une page âpre, in-
juste même — il est coutumier du
fait — • mais savoureuse à plaisir :
i< A la fin, le roi, lassé du beau et de
la foule, se persuada qu'il vouloit
quelquefois du petit et de la solitude.
11 chercha autour de Versailles de
quoi satisfaire ce nouveau goût. Il
visita plusieurs endroits, il parcourut
les coteaux qui découvrent Saint-
Germain et cette vaste plaine qui est
au bas, où la Seine serpente et ar-
rose tant de gros lieux et de riches-
ses en (juittant Paris. On le pressa
de s'arrêter à Luciennes (Louvecien-
nes), oiiCavoyc cutdepuisune maison
où la vue est enchantée; mais il n'-
pondit que cette heureuse situalion
le ruinerciil, et que, comme il vouluit
un rien, il v(juloit aussi une situatinn
qui ne lui permît pas do songer à
rien faire. Il trouva derrière Lu-
ciennes un vallon étroit, jjrofond, à
bcjrds escarpés, inaccessihie i)ar ses
marécages, sans aucune vue, enfermé
de collines de toutes parts, extrême-
ment à l'étroit, avec un méchant village sur le [icnchani d'une de ces
collines, (|ui s'appeloit Marly. Cette clôture sans vue ni ninycii din
avoir lit tout son mérite.
« L'étioitdii vallon, où on ne se pnuvoil élmdre, en ajoula lii',niiiMi|i.
Il crut choisi)- un niinislre, un favori, un général d'année, i'.r fut un
grand travail que de dessécher ce cloaque de tous les onviruris, qui y
jetoicnt toutes leurs voiries, et d'y apporter des terres. L'erniilage lut
fait. Ce n'éloiti|ue pour y coucher trois nuits, du mercredi au samedi,
deux ou trois fuis l'année, avec une duuzainç au plus de courlisanscn
charges, les plus indipensables...
« C'est peu de diie que Versailles, lid qu'un l'a vu. ii'.i pas ( uiih-
Marly. Que si on y ajoule les dé|)enses di: ci'S (nnlinuels vuyages, ipii
devinrent enfin au nmins éganx aux séjours di' Versailles, siiuviMit
presque aussi nombreux, et, tout à la liii de la vii; du rui, le séjour le
VUE DE L'ÉGLISE DE M .VK EIL-M AR L Y.
VIEUX MOL'LI.N
plus iiiilinaire, on ne dira
point trop sur Marly vn
comptant par milliards.
Telle fut la fortune d'un
repaire de serpents et de
charognes, de crapauds et
de grenouilles, unique-
ment choisi pour n'y pou-
voir dépenser. Tel l'ut le
mauvois goût du roi en
toutes choses, et ce plaisir
superbe do forcer la na-
ture, que ni la guerre la
plus pesante, ni la dévo-
tion ne purent émousser. »
Tout cela n'empêche
qu'au témoignage couiiilet
des contemporains Man-
sard n'ait fait des mer-
veilles avec ce <• repaire».
Hélas! nous ne les con-
naissons plus ([ue par la
gravure. Abandonné après
1715, livré à lui-même et
à l'injure du temps, le
château serait sans doute
encore debout aujour-
d'hui si un homme de
goût l'avait acheté lors-
qu'on le mit en vente comme bien national, en 1796. Ce fut un sot qui
l'acheta, un drapier nommé Saniel, qui le fit démolir pièce à pièce,
pour y installer plus commodément ses machines à tendre les élolTes.
Tout au bas du bourg, à l'extrémité de la route où s'arrête le Irani-
way, un bassin qui a encore grand air est le dernier vestige du .Marly
de Louis XIV. C'est l'abreuvoir, qui fut construit en 1098, décon''
d'abord des chevaux de Coysevox, puis de ceux de Cousiou. Les deux
groupes, nous l'avons dit ailleurs
coniribuent inaintenanl à l'ornenieiit
de la place de la Concorde.
L'église, dédiée à saint Vitior, no
remonte, dans son état aiinel, qu'à
1689. Kilo ne présente aucun intérêt
architectural. Sur la place où elle
s'élève, et qui est au sommet du pla-
teau, sont situées di'iix propriétés
fort belles; celle du fionl s'appelle
« Mes délices»; elle eut l'iKunu'ur de
servir de résidence, pendant l'été
de 1893, au lu-ésideni ('..mioiI; celle
de droite, précédée d iine grille
nionuuienlale au delà di' laquelle
iliiuzo s|diiux de gianil Inrnient la
hiie, appailicnt à Victorien Sai'doii.
Aulrelni-i séjour de la myaulé, Marly
es! (IcM'iiu il' --ièi^c de l.i répuliliquc
(1rs Irllrrs. Andir Th.Miili'l y rsl né
en 1833; Sainlim-, Sandiau y nnl
viMu; Gecirge Sand y IViMiumla ;
Alexandre Dumas Mis v niouiul.
, A SANNOIS. I)elaplacederLglisV,n„.ll,Mnlen
quelilues Ulinules 1 eulri r de la Iniil
<le Marly, l'une des plus v.isles et des
niniiis IVéquenii'es des eiivicdiis de Paris. Silloiuu'e de rouli'S de voilures
el lie senliiM-ssous bois, elle (dVre les buts de prcmn'nadi's lesplus varii's:
à l'Ouest, vers Saint-Jammesou Saint-.Xuni-La-Hrelêche ; au .Xord, vers
ri;iang-la-Ville, Mareil-Marly, Im.uiciui'ux, les Fonds-Sainl-Léger.
Argenteuil est la ilernière Incalité iiuporlanle de la hanliiio' de
l'Oursl. C'est aussi l'une drs plus anciennes. Les arcliéidngiics \ ..ni
li<iuvé plusieurs vesligi's inléressanis de la ii\ ilisalinii autériruir au
clirislianisnie : un linodièic gaulnis, uio' all>r ciuiverle, des menhirs.
i:i ciiMMue si la Iradilion avait vuulu s'einliaim r. sun église es jalniisi!
de posséder la fameuse luniqui' sans cuulure de .li'sus-CInisI, dmil l.i
r-alln-dr.ile de Tivves lui cmilesle, d'ailleurs, éni-igiqui-no'Ul laullien-
licilé. Disons encore qu'Jlrlnïsi', la célèluv iiél.uNe d'Ahélard, everca
la ilignilé ib' prieure d'un mon.isiéiv fondé à Aigmleuil au vn' .--iècle
avant de devenir abhesse du Paiac lit.
ENVIRONS DE PARIS
Iji.:'' ''''- 'J'.ii:-:' hmJicijJ !'-■ -'-oc ^strécaS'Denis ^ ^r
^qyvjUers Vènett-
^%co-.mtinu. -.jf-,:lfci'
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Oa.refonlame ° oSormf!,^., ,, Leumtlro 5;-cij^r CORBEI
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V CorèrelLse
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ENVIRONS DE PARIS
Ci&f/i heiîx de départ' O Chemins de fer.. . . ■ ■ ■
darrond' . .® Canaizs —
de canton . o Cotes d'alUlades... t94
Commîmes jwpori^-' o lunites de dèpsrt^. ^^^—
Aqueducs ■ ■ -
Êrliello
PARIS-ATLAS
lolcChâlelpl
R N E
<o^r*zjr'i-/ï %nere
}:!Pbni
PhoL NeuMein.
LE CHATEAU DE PIERR EFONDS, VU DU LAC.
SAINT-DENIS. - ENGHIEN ET LA VALLEE DE MONTMORENCY. — PONTOISE. — CHANTILLY.
COMPIÈGNE. - PIERREFONDS. — ERMENONVILLE.
r Nord Je Paris le paysage prend un aspect
tout différent, et — il faut bien le reconnaître
— moins aimable que celui des régions Sud-
Ouest et de rOuest. Aux collines où s'étageait
la verdure succède une plaine très vaste, n'ayant
que l'ombre très insut'lisante des hautes che-
minées d'usines dont elle est hérissée. C'est la
plaine Saint-Denis, banlieue industrielle de la
capitale. Au delà, le sol commence à se relever
par une pente trop longue pour être escarpée.
Le plateau, dont on atteint le faite vers Survilliers, à 30 kilomètres de
Paris, constitue la ligne de démarcation entre la vallée de la Seine et
de l'Oise. Le paysage redevient gracieux et verdoyant; on pas^e non
loin des bois d'Orry-la-Ville et de Mortefontaine, et c'est encore après
avoir traversé une Ijelle forêt que l'on arrive à Chantilly. Puis, la ligne
du chemin de fer descend dans la vallée de l'Oise par une tranchée
abrupte, ouverte à travers des carrières de pierre; elle passe à Creil
et, jusqu'à Compiègne, remonte le cours de l'Oise presque parallèle-
ment à la rive droite de cette rivière.
Une visite à Saint-Denis est obligatoire. Quiconque aime l'art
français, ipiiiiinqui' s'inlé'rcssi' à l'iiisloire de notre pays voudra consa-
crer quelques heures à aller admirer la célèbre basilique qui fut le
tombeau des rois de France. Le voyage est des plus aisés. On peut
prendre l'un des deux tramways qui partent de la Madeleine ou de
l'Opéra, ou préférer Ir chemin ili' fer du ÎV'ord, procédé plus rapide,
mais qui force à traverser la ville pour se rendre à la c( cathédrale "
comme l'appellent coniniunénieut les Dionysieus, tandis que les
tramways en passent à 100 mètres envinui (croisement des rues de
Paris et de la llépiihllque).
Parle chemin de fer, le trajet
La gare est établie entre la riviï
Denis, à l'extrémité occidentale
s'effeclui' en dix ou (piiuze minutes,
droite de la Seine et le canal Sainl-
de la ville. Oiiand cet emplacement
Pauis-Ati-as.
fut choisi, en 1846, c'était le temps où l'établissement des chemins de
fer était vu d'un œil peu favorable par les municipalités; elles redou-
taient leur concurrence au commerce local et ne les laissaient pas
pénétrer au centre des agglomérations. On a eu à le regretter depuis.
Deux cents mètres après le pont du canal, une église s'offre aux
yeux : c'est la paroisse Saint-Denis-de-l'Ëtrée, dite encore aujourd'hui
église neuve, bien qu'elle date de 1864-1867. Construite dans le style
gothique, elle a eu pour architecte le célèbre Viollet-le-Duc ; c'est
dire qu'elle mérite l'attention. A cette place, voisine de l'endroit où
passait l'ancienne route romaine de Pontoise, s'élevait autrefois une
église également consacrée à saint Denis de l'Éli-ée (c'est-;i-dire saint
Denis de la route, Etrée venant de stratum).
La tradition veut qu'elle ait été édiliée pour recevoir la sépultm-e
du saint, transportée là on ne sait trop pourquoi, et que, plus tai\l,
en 622, Dagobert ait fondé l'abbaye, à l'autre extrémité de la ville, pour
donner à cette sépulture un abri plus digne de l'illustre martyr.
La rue de la République (naguère rue Compoise) s'ouvre dans l'axe
des deux églises dionysiennes. C'est, avec la rue de Pai-is, la seule
voie animée et commerçante de la ville. Le bàlimentdes postes et un
orphelinat municipal de jeunes lilles s'y voient àdi-oile; ils occupent
les bàlinienls de l'ancienne sous-préfecture. Du même coté, au del'i
de la rue de Paris, un édilice bas, d'aspect rébarbatif, frappe le regard ;
c'est l'ancienne geôle des religieux. Vin pace où les baillis des moines
envoyaient sans marchander les malheureux vassaux méditer sur un
délit souvent insignifiant ; c'est encore aujourd'hui la prison de passag
où la gendarmerie amène les vagabonds qu'elle a recueillis; les mur<
sont si épais, les portes si solides, que toute velléité de vagabondage
leur y est interdite.
L'hôtel de ville est un beau monument du style de la Renaissance,
inauguré en 1883. Il a été remanié dans sa distribution intériem-e
en 1898.
La basilique ferme la place par son portail d'une siuiplicilé majes-
23
222
PARIS -ATLAS
PORTAIL CENTRAL DE L
tueuse, encore qu'il ait été' dépossédé
de la haute flèche que supportait la
tour du Nord ; un orage lavait détruile
en 1837 ; réédifiée aussitôt, elle fut de
nouveau renversée en 1847, et cette
fois on ne la releva plus. Cette belle
façade, dont le style même dit Tàge —
le XII' siècle — fut construite par ordre
do l'abbé Suger, un des plus fameux
parmi les abbés de Saint-Denis, t]ui,
vere 1140, avait entrepris une réfection
complète de la vieille église de Dago-
bert. Elle est un des plus précieux
monuments de l'art romain; on exami-
nera le détail des sculptures qui la
décorent, traitées non sans quelcjuc
naïveté. Du temps de Suger nous sont
restés aussi quelques superbes vitraux
en grisaille, ornant les chapelles absi-
dales, et la crypte construite sous le
chœur. Il est même à peu près certain
que Suger y utilisa les piliers de la
basilique antérieure, qui paraissent
bien dater du vn' siècle.
11 suffit de pénétrer dans l'intérieur
de l'édifice pour se persuader qu'on
n'est plus en présence de l'œuvre de
Suger. Un style nouveau, l'art gothique,
est intervenu, substituant au vaisseau,
un peu étroit et lourd, des construc-
teurs romans, une triple nef spacieuse,
élevée, recevant largement la lumière,
avec un sanctuaire en harmonie avec
ces proportions, justifiant bien ainsi ce
nom de cathédrale que l'admiration
donna, et, nous le disions tout à l'heure, a conservé à « l'insigne
basilique ». La transformation se fit sous saint Louis et sous Philippe
le Hardi ; l'abbaye atteignit alors un degré de prospérité ([ui en
faisait l'une des plus puissantes du royaume ; aussi lui fallait-il une
église en rapport avec cette puissance. Les chapelles latérales y furent
ajoutées, comme dans toutes les églises au xiV siècle, et dès lors la
basilique fut complètement achevée. Nous ne parlons que pour mémoire
d'une chapelle de forme circulaire, dite des Valois ou encore Nofre-
Dame-la-Rotonde, que Catherine de Médicis avait fait construire en
dehors de la basilique, se reliant avec le transept Nord, et qui était
destinée à rece-
voir les tombeaux
des Valois. A
cause de son état
de ruine, en 1719
on dut la démolir
et nous en avons
signalé (page 91)
(luelques frag-
ments décorant
aujourd'hui le
parc Monceau.
Leprincipal mé-
riti; de l'édifice
est moins encore
dans sa beauté,
très réelle pour-
tant, que dans
toutes les riches-
ses ai-fistiques
qu'il renferme.
On les peut visiter
tous les jours
(surfout l'après-
midi) depuis que
l'église a été éri-
gée en pai'oisse
(l)ar déciet du
■M avril !89o). La
visite se l'ail sous
la con<luitc des
sacristains, par
groupes de dix à
cinq u a n t e [> e r-
v^'
Phut. Neurdeiu.
ABBAYE DE SAINT-DENIS
Éa t.l S E SAIN T-.M ]■; I) A K 1) ,
A CKEIL.
sonnes environ, suivant les heures et
l'affiuence. Avec la voix monotone qui
est l'apanage des cicérones officiels, ils
décrivent les différentes œuvres d'arf,
conformément à un itinéraire im-
muable, qui a son point de départ dans
le bas côté gauche.
L'admirable tombeau de Louis XII 1
et d'Aune de Bretagne frappe d'abord |
le regard. CEuvre d'un sculpteur de
Tours, Jean Justo, il représente le roi
et la reine couchés dans l'attitude de
la mort sous un dais dont les douze
arcatures contiennent chacune la statue
d'un des douze apôtres. Au-dessus de
ce dais, Louis XII et Anne de Bretagne
sont de nouveau figurés, mais, cette
fois, agenouillés en prière.
Un peu plus haut, vers le sanctuaire,
c'est le tombeau de Henri II et de Ca- —
therine de Médicis, devant lequel on
ne peut manquer de s'arrêter longue-
ment. C'est une des plus remarquables
compositions de Germain Pilon ; son
seul défaut, si l'ensemble n'en était
aussi harmonieux, si les statues n'y
étaient aussi délicatement sculptées,
serait de manquer d'originalité, car il
est une imitation évidente du monu-
ment précédent : même disposition en
arcades, même reproduction du roi et
de la reine défunts dans les deux atti-
tiludes que Justo avait données à
Louis XII et à Anne de Bretagne; ici,
seulement, les apôtres sont remplacés
par des vierges et des saintes, s'alternanl.
Déjànous avons dit un mot des magnifiques vitraux datant de Suger
que conserve la basilique, hélas! en trop petit nombre; ils décorent
la chapelle absidale déiliée à saint Pérégrin; ceux des chapelles voi-
sines datent les uns du xvi« siècle, les autres de notre époque ; ils n'en
sont pas moins fort remarquables.
La grande sacristie des bénédictins, dans laquelle on passe ensuite,
n'a son aspect actuel que depuis Napoléon l"', lors de la création,
en 1806, d'un chapitre de chanoines pour desservir l'abbaye que la
Révolution avait fermée. Elle est ornée de tableaux formant panneaux,
signés des peintres en renom sous le premii'r Empire : Ileim, le baron
Gros, Meynier, etc., mais qu'un éclairage (li'pli>ralile empêche de voir.
Dans une salle annexe est groupé le peu qui reste du magnifique trésor
dont l'abbaye était
si justement fière
avant 1793 et qui,
à cette date, fut
malheureusement
dispersé et en jiar-
tie détruit. Des
vitrines protègent
les châsses conte-
nant quelques le-
liques de saint
Denis et de ses
deux compagnons
de supplice, saint
Rustique et saint
Eliutlière, châsses
données à l'église
par Louis XVIII;
— un beau cruci-
fix du xvi° siècle,
uni; crosse abba-
tiale, quelques
pièces émailléc's.
I)ans un angle de
la salle est la re-
(iroduction du fa-
meux siège de Da-
gobcrt.
La visite de la ,,„„, j^^„„.,,^,^„
(.•ry|ite, à laquelle- ni::- i:r {iidciu
dn^HC^i^de par un de l aiihave de saint-DENIs.
ENVIRONS DE PARIS.
223
TOMBEAU
DE LOUIS XII ET D'ANNE DE BRETAGNE.
escalier placé à ilroite du chœur, donne une
impression tout ù fait saisissante. Les guides
allument des flambeaux, et expliquent, au
milieu d'un silence que personne ne songe à
rompre, les destinées de ce lieu funèbre. Au
centre est un vaste caveau, complètement
muré ; c'est le caveau des Bourbons. Par les
soupiraux pratiqués dans le mur, de distance
en distance, on distingue vaguement, posés
sur des tréteaux, les cercueils qui renferment
les restes de Louis XVI, de Marie-Antoinette,
de Louis XVIII, du duc de Berry, de quel-
ques membres encore de la famille royale.
Tout autour, des chapelles absidales corres-
pondent à celles de l'église supérieure. On
y voit quelques belles statues, parmi les-
quelles celle de Marie-Antoinette, qui sur-
[irend par une attitude trop décolletée et
mondaine; les quatre statues, de proportions
colossales, qui étaient destinées au tombeau
du duc de Berry; d'autres tombes royales,
celles de Henri IV et de ses successeurs, etc.
Au sortir de la crypte, on admire, dans je_ rbrenr, quelques sépul-
tures remarquables par leur ancienneté ou leur valeur artistique : les
tombes de Frédégonde (xii'^ siècle) et de Dagobert, le monument con-
tenant le cœur de Henri III, et enfin, daiii'le bas-côté méridional,
le superbe tombeau de François \"' et de Claude de France, où
Germain Pilon s'est surpassé.
Gontigus à la façade Sud de la basilique s'élèvent les importaiils
bâtiments de la maison de la Légion d'honneur. Ils ne sont autres qui-
ceux de l'abbaye même de Saint-Denis, qui, au cours du xvni= siècle,
avait été complètement reconstruite. C'est en 1809 q>ie Napoléon I"
les [affecta à l'institution qu'il venait de fonder. La maison de Saint-
Denis est la plus importante des trois établissements où sont élevées
les tilles de légionnaires : les deux autres sont situi'-s aux Loges et à
Écouen.
Sur la place aux Gueidres, à l'extrémité d'un square de modestes
proportions, un monument qui ressemble vaguement à une réduction
du Panthéon attire l'attention : c'est la justice do paix, mais elle n'y a
été installée qu'en 1896; auparavant, on l'appelait la petite paroisse,
parce que, pendant longtemps, Saint-Denis n'eut pas d'autre église
paroissale; à l'origine, cet édifice était la chapelle d'un couvent de
Carmélites; il avait été construit non sans goût, vers 1773, parUichard
Mique, aux frais de Marie de Fiance, tille de Louis XV, qui venait de
prendre le voile de carmélite à Saint-Denis.
A quelques mètres au delà de la gare de Saint-Denis, la ligne du
chemin de fer se bifurque; la voie de droite, se dirigeant vers le Xord-
Est. conduit à Creil par Chantilly; celle de gauche, s'inlléchissaiit sur
l'Ouest, mène également à Creil jiar Enghicn, Pontoise et la vallée
de l'Oise; c'est la route la plus longue; ce fut cependant la première
construite — en 1846 — parce qu'elle offrait un tracé beaucoup plus
aisé pour l'exploitation de la compagnie des chemins de fei
ilu .Nord.
Eng-hien en est la deuxième slalion. Cette aimable loca-
lité, qui n'est une commune (du déparlement de Seine-el-
Oise) que depuis 18o0, fournit aux Parisiens tous le.s cliarrae.-
d'une ville d'eaux lointaine située à leui-s portes. Ils y trou-
vent un casino, des élablissements thermaux, des hôtels, de
charmantes [iromenades et surtout un lac qui est véritable-
ment d'un charme exquis. La vogue n'est guère venue à
Enghien que depuis le second Empire, en partie grâce à la
résidence célèbre de la princesse Mathilde à Saint-Gralien.
de l'autre côlé du
lac, mais celte vo-
gue a toujours él-
croissante et d-
mieux en mieu.ï;
justifiée.
Et cependant .
quelles modeste-
origines! Duxin'ai:
XIX' siècle, unique-
ment un moulin
voisin du lac, qu'on
appelait alors sim-
plement étang, et
dont on avait dé-
tourné le trop-plein
pour faire tourner
ce moulin. Ce coin
de terre ignoré et
sauvage et sans dé-
signation ne béné-
licia pas alors de la
gloire que le vain-
iiueur de Rocroy
attacha au nom
d'Enghien : c'est la
terre de Montmo-
rency, érigée en
duché -pairie que
les actes officiels
baptisèrent En-
ghien, du nom d'un
lii;f modeste que la
famille de Condé
possédait en Bel-
gique; il est vrai
que les habitants
et le public conti-
nuèrent toujours à
dire Monlmori'ucy, que pendant la Révolution on imagina d'appeler
Emile. Donc, le moulin tournait, le ruisseau coulait et pei-sonne n'y
prenait garde, lorsque, vers 1766, le P. Cotte, curé de .Montmorency,
s'avisa d'analyser cette eau dont l'odeur rappelait si exactement celle
FAÇADE DE I/ABBAYE DE SAINT-DENIS.
224
PARIS -ATLAS
des œufs pourris; il la trouva extrêmement riche
en soufre, lui découvrit des vertus curatives très
réelles, surtout pour les maladies de la gorge, et
informa l'Académie des Sciences de sa décou-
verte. Telle fut Torigine scientifique de la fortune
d'Enghien.
Montmorency est relié à Enghien par une ligne
de chemin de fer spéciale, dont l'origine est à la
gare même d'Enghien et l'extrémité au sommet du
plateau sur lequel est bâtie cette charmante ville.
Les lettrés y évoquent le souvenir de rillustrc
famille qui lui a donné son nom et dont la puis-
sance, aux temps féodaux, égala celle des rois; puis
ils songent à ses successeurs, aux Coudés non
moins illustres, et plus voisins encore, par le sani;
des Bourbons, de la royauté; enfin, dans un rappro-
chement d'idées qui est en même temps un con-
traste, ils font revivre la mémoire du fils de ce
modeste horloger de Genève dont le nom devait
plus tard être célèbre à l'égal de celui des Montmo-
rencys et des Coudés, et ils vont faire une visite
à l'ermitage où Jean-Jacques Rousseau vécut dix-
huit mois, d'avril 17.56 à décembre 1757.
Les archéologues vont tout droit à l'église Saint-
Martin, paroisse de la ville, une des plus intéres-
santes constructions du xvii^ siècle, décorée de vitraux, les jilus beaux
parmi ceux qu'a produits l'art de la Renaissance.
Les simples touristes viennent à Montmorency pour jouir du ma-
gnifique panorama de sa terrasse, pour monter à âne, pour goûter aux
fameuses cerises, pour se promener dans la forêt avoisinante, remplie
de sites délicieux : les Champeaux, le bouquet de la Vallée, le château
de la Chasse, Montlignon, les hauteurs de Saint-Prix et de Doniont.
STATUE DU GJIA.XD CONDE
Par Frkmiet
(Château de Chantilly).
ment lorsqu'ils rentrèrent à Paris après l'exil que
Louis XV leur avait infligé en 1720 d'abord, puis
en 1753. Quoi qu'il en soit, elle est fâcheuse et in-
juste. Quiconque a été voirPontoise en revient, au
contraire, avec l'air heureux ou du moins satisfait
d'avoir vu une ville fort intéressante.
Elle est située de très pittoresque façon sur le
(lanc du coteau qui domine la rive droite de l'Oise.
Son nom s'explique tout naturellement par le fait
qu'un pont jeté sur la rivière y existait dès l'époque
lellique. Cette situation devait naturellement en
faire un point stratégique d'autant plus important
que là, de tout temps, a passé la route conduisant
vers Rouen et la haute Normandie. Capitale d'un
idiiili' sous les Mérovingiens, chef-lieu du Vexin
liMiii .lis vers la fin de la dynastie carolingienne,
l'iintdisi', on le voit, a le droit de s'enorgueillir de
son passé. Au xu^ siècle, Louis VI y fit construire
un château fort, qui fut rasé par ordre du pouvoir
en 1742; il n'en reste que quelques vestiges dont
le style accuse le xvi" siècle.
Un escalier d'allure monumentale s'offre à la vue
;\ l'extrémité de la longue place qui précède la gare.
Il mène à la partie haute de la ville. A son extré-
mité supérieure a été érigée, en 1869, la statue du
général Leclerc, né à Pontoise le 17 mars 1772, beau-frère de Napo-
léon I'^'' par son mariage avec Pauline Bonaparte, mort le !"■ no-
vembre 1802 à Saint-Domingue où il avait été envoyé comme général
en chef pour mettre fin à l'insurrection soulevée par Toussaint-
Louverture. Cette statue est l'œuvre de Lemot.
L'église Saint-Maclou en est tout proche. Fondé vers 1150, ce beau
monument ne conserve plus de cette époque que la galerie {deambula-
torium) qui sépare le sanctuaire des chapelles absidales et ces
chapelles elles-mêmes. C'était un procédé habituel aux archi-
tectes de la période de transition entre le roman et le gothique,
de commencer la construction non par la façade, mais par
l'extrémité opposée. Nous n'avons pas à le regretter ici, car
cette partie de l'église Saint-Maclou est extrêmement intéres-
sante, et par son âge vénérable et par la pureté de son style.
Le reste date de la fin du xv" siècle et de la Renaissance;
tout ne fut achevé que sous Henri III. C'est aussi de ce temps-
là que date le beau tombeau du Christ, formanl un groupe
de huit personnages, qu'il faut aller admirer dans la chapelle
de la Passion, remarquable aussi par ses vitraux. On signale
encore à Saint-Maclou une Descente de Croix de Jean Jouvenet.
En montant encore, on arrive à la sous-préfecture et au
jardin puldic qui l'entoure. La sous-prélecture [lossède de '
remar(juables lapisseri(!s qui.> les étrangers siml admis de très
CIIAPKLLE ET PORTE DIIONNEUR
DU CHATEAU DE CHANTILLY.
La station d'Ermont qui suit celle d'En-
ghien est le centre d'un enibrancheincrit
fort important. Là se bifnrqui'nt les lignes
de Paris-Saint-Lazare i)ar Argenteuil, de
Paris-Nord par Enghir^n, de Creil par
Saint-Lcu-Taverny et Valmondois (rivi'
gauche de l'Oise) et d<^ Creil par Ponloisr
et Anvers (rive droite de l'Oise).
Pontoise. — Il y a un dicton, transinis
d'âge en âge, qui veut que c avoir l'air ilr
revenir de Pontoise » signifie qu'onal'aii
quelque peu ahuri. L'origine de cette si-
gnification est indécise; peut-être s'appli-
"•a-t-elle d'abord aux membres du Parle-
CAl'llAI.NEKIE ET C 11 A l'KI-l,E DU CIIATKAU lUO Cil A .N 11 I, I, V.
ENVIRONS DE PARIS.
225
ENTRÉE DU CHATEAU DE CHANTILLY; LE FOSSÉ AUX CARPES.
bonne grâce à contempler. Cette rapide visite de Pontoise une fois
faite, il faut redescendre la colline et franchir le pont qui a donné son
nom à la ville. On est alors à Saint-Ouen-rAnnione, d"où l'on a un fort
aun^alilr panorama de Pontoise.
Chantilly. — C"est à Saint-Denis, nous lavons dit, que la ligne do
Clianlilly bifurque avec celle de Pontoise. Elle ne fut pas ouverte
avant 1836. Aujourd'hui, grâce aux trains express qui vont vers le
Nord, il ne faut pas plus de quarante minutes pour parcourir les
'il kilomètres, dont une vingtaine en rampe, qui séparent Paris de
Chantilly. La gare est située à l'entrée de la ville, à 3 kilomètres
environ du château, et c'est le château que l'on vient voir. En
prenant, à droite, une belle allée constamment sous bois, ce trajet
s'effectue d'une façon fort agréable, et fout à coup le grandiose édifice
apparaît, précédé de la cour d'honneur où fièrement se dresse la statue
équestre du connétable Anne de Montmorency.
Ce que l'on sait des origines de Chantilly, c'est qu'au \\' siècle, au
x= peut-être, un château existait à cet endroit, créé sans doute par la
fantaisie d'un chasseur passionné, car do tous côtés ce n'étaient que
bois profonds. Il faut arriver à la seconde moitié du xiv= siècle pour y
trouver un châtelain dont le nom soit connu, Pierre d'Orgemont, qui
lit bâtir une véritable forteresse, dont les fondations au moins n'ont
jamais été renversées. Un siècle plus tard, le domaine devenait la
possession de la famille de Montmorency, et, en 132'i, Anne de Mont-
morency, maréchal, puis connétable de France, entreprenait de rema-
nier complètement le château féodal et di^ le débarrasser de son
aspect rébarbatif, à l'intérieur comme à l'extérieur, car ce n'était plus
du tout le goût du jour. Celte œuvre fut confiée à Pierre Chambiges,
un « maître des œuvres de maçonnerie » (c'est ainsi qu'on appelait les
architectes), très expert en son art et très en renom à Paris. Le conné-
table ne voulut pas se borner à une reslauralion; à côté du grand
château, il en fit construire un de proportions moindres et qu'on appela
le châtelet ou petit château : les deux édifices ont été reliés l'un à
l'autre dans le cours du xix° siècle. On pense que le châtelet de Chan-
tilly est l'œuvre de Jean Bullant, occupé alors à bâtir le château
d'Écouen.
Des Montmorencys, Chantilly passa, par une alliance des deux familles,
à la maison de Condé. Il fut l'objet de ses préférences. Le grand Condé
fit faire des travaux considérables— dont quelques-uns malheureux —
au grand château, où Mansard apporta de fâcheux rajeunissements. On
se rappelle les fêtes qui y furent dunnées au roi par le vainqueur de
Rocroy, la mort de Vatel si dramatiquement narrée par M"" de Sévigné.
Les descendants du grand Condé ne négligèrent pas davantage Chan-
tilly ; c'est l'un deux, Henri de Bourbon, qui, sous la Régence, fil cons-
truire les fameuses écuries, de 1710 à 1735.
Après bien des vicissitudes, dues aux changements de régime poli-
tique, le domaine de Chantilly, tour à tour enlevé, puis rendu à ses
propriétaires, appartint définitivement en 1872 au duc d'Aumale, qui,
dès 1832, l'avait reçu par legs du dernier prince de Condé. On sait ce
qu'il en a fait: au dehors, un monument homogène, reconstruit dans le
style de la Renais-
sance avec un
rare bonheur par
M. Daumet; au
dedans, un musée •
admirable d'œu-
vres d'art, de sou-
venirs précieux
des Condés, de
uianuscrils et de
livres. Ce prince,
si éclairé, si noble
de sentiments que
tous les partis po-
litiques ont élé
unanimes à le res-
pecter, voulut que
son œuvre fût
dans l'avenir pro-
tégée contre tout
hasard, et, dès le
o juin 188^4, il pre-
nait des disposi-
tions Icstamen-
laires ayant pour
l'Ut de léguer le
, liâteauet ses tré-
soi-s, en s'en ré-
servant toutefois
PORTE PRINCIPALE l'usufruit, à l'ius-
DU CHATEAr PE CIIVNTIII.Y. titut , auquel il
226
PARIS -ATLAS
appartenait à trois titres : comme membre de l'Académie française, de
l'Académie des Sciences morales et politiques et de celle des Beaux-
Arts : « Voulant conserver à la France le domaine de Chantilly dans
son intégrité avec ses bois, ses pelouses, ses eaux, ses édilices et ce
qu'ils contiennent : trophées, tableaux, livres, archives, objets d'art.
drait pas croire que « le cabinet des livres », qui ne contient qu en-
viron 13,000 volumes, fût l'unique bibliothèque du duc d'Aumale; il
ne constituait, à ses yeux, qu'un choix des plus belles pièces; ses livres
de travail, en très grand nombre, sont installés dans plusieurs salles
du rez-de-chaussée du grand chùteau ; les membres de l'Institut y sont
Phol. Neurdei
LE TEMPLE DE DIANE Parc de Chantilly).
Phot. Nfui-aein.
LE CHATEAU DE LA REINE BLANCHE (Enviions de Chantilly).
tout cet ensemble qui forme comme un monument complet et varié
de l'art français dans toutes ses branches et de l'histoire de ma patrie
à des époques de gloire, j'ai résolu d'en confier le dépùt à un corps
illustre qui m'a fait l'honneur de m'appeler dans ses rangs, et qui, sans
se soustraire aux transformations inévitables des sociétés, échappe à
l'esprit de faction comme aux secousses trop brusques, conservant
son indépendance au milieu des fluctuations politiques. »
Cette volonté eut son accomplissement quand la mort allcigiiit le
duc d'Aumale, le 7 mai 1897. L'Institut fut aussitôt investi du dépc'il
magnilique que lui donnait l'historien des princes de Condé, mais i! eut
le libéralisme de ne pas le garder pour lui seul. Les collections con-
servées à Chantilly, sous le nom de musée Condé, sont publiques le
dimanche, le jeudi et le samedi de chaque semaine, du 15 avril au
lo octobre. On n'attend pas iiue nous en donnions une descii|)liou
complète; il faut renvoyer ;'i l'excellent guide-itinéraire qu'a [lublié
M. G. Maçon ; grâce à lui, on peut visiter le château méthodiquement,
s'arrêter devant les œuvres les plus rares (il n'en est guère qui soient
médiocres), admirer les Raphaëls, les Clouets, les Michels-Anges, et
ces fameuses miniatures provenant d'un livre d'heures du duc de
Berry, examiner les armures, les é[)ées, les diamants, les manuscrits,
les incunables et les plus beaux produits de la typographie. Il ne fau-
chez eux; quelques privilégiés, jwurvus d'une autorisation spéciale,
sont également admis à y travailler.
Tels sont, bien sommairement exposés, le passé et le présent de
Chantilly. Il semble qu'on ait tout lieu d'être rassuré sur son avenir.
L'Institut, pacifique et immuable, est son gardien et sa sauvegarde;
que si une guerre venait le menacer ; — quod oinen di avtrtant —
l'ombre du grand Condé planerait sur ses défenseurs et le protégerait
de la ilr^liurlinn.
Compiègne. — Si l'on a pris soin de visiter Chantilly dans la ma-
tinée, il est loisible de consacrer l'après-midi à Crnupiègne, (|ui n'en
est distant que de onze lieues (vingt et une de Paris). Suivant les trains,
le voyage s'effectue en un peu plus ou un peu moins d'une heure.
Ville, ch.ileau, forêt méritent à tous égards une visite; mais est-ce
un(> illusion, ou bien est-ce que réellement l'on est déjà dans la région
du Nord"? Uuoi qu'il en soit, la physionomie de la ville, une fuis dépas-
sées les rives ensoleillées de l'Oise et la jolie place de riIêtel-dc-Ville,
est froide, un peu morte, du moins à certains jours, comme quel(]ues
villes flamandes.
Le passé de Compiègne est pauvre en événements historiciues. Le
plus important constitue une triste page de nos annales; c'est devant
les murs de la ville ijuc, le i-i mai l')30, Jeanne d'.Vrc tomba prison-
i,ii cnAiEAU DE co.mpieom;, coTi'; Di: pakc.
ENVir.O.NS l)i; l'AI;l:
227
^^^^^^^^^^^^^^^^^u?i
■
LE PAUC DU CHATEAU DE C0.\1 l'lE(J N E (Avenuu de Beaumou.)-
iiiri'i' cnli-e les mains di's l'ourcuigiidiis. l.a v.iillanir ln-i'oïni', qui .ill.iil
toujours de l'avant, avait organisi' une sortie contre l'ennemi; on n.^
s'explique pas comment, au moment où elle voulait rentrer dans la ville,
elle en trouva les portes closes. La slatue de Jeanne d'Arc, inaugurée
en 1880 sur la place de riI'"ili|-di>-Ville, est en quelque sorte un mo-
nument exi)iatoire dr la ci liiiiurlli' maladresse des Compiégnois
de 1430.
^- Il est bien joli, cet hôtel de ville, et en le voyant, on ne peut nier
l'inlluence flamande qui a présidé à sa construction. Il date des pre-
mières années du xvi" siècle et n'est haut cjuo d'un étage, surmonté
d'un beffroi; mais quel goût exquis dans cette architecture sobre et
élégante ! Le beffroi est pourvu d'une vieille cloche fondue en 1303 et
provenant d'une église de la ville. On la nomme bonclocke, ce qui, eu
picard, signifie toscin. En avant du beffroi, se voient trois jacquemart':,
guerriers du xvi" siècle qui sonnent les heures. Au-dessous est une
statue moderne de Louis XII.
Mais la véritable gloire de Compiègne, gloire un pou éphémère, à la
vérité, et probablement sans lendemain, c'est son château. Dès les
premiers temps de la monarchie, les rois aimèrent à résider à Com-
piègne, où leur demeure était désignée sous le terme ambitieux de
palaliam, palais. C.harlemagne, Charles le Chauve s'y plurent beaucoup.
Charles V fit reconstruire ce palais, qui, désormais, s'appela plus
modestement château, quoiqu'il fût certaine-
ment plus important. Ses successeurs s'en con-
tentèrent juscju'à Louis XV, qui avait la mauii'
de la bâtisse. A la date du 14 juillet 1746. d'Ar-
genson s'exprime ainsi dans son journal :
"... A Compiègne, on va bâtir un château dans
(ouïes les formes. On attribue ceci à M""" dePom-
]iadour, mais on a tort.: ce n'est point par giu'it
personnel, c'est pour plaire et pour amuser le mi
qu'elle le jette dans ces entre|u-ises dont l'exé-
cution est confiée à son oncir. ■.
Gabriel en fut l'architecte. Les ira vaux ne s'ache-
vèrent que sous Louis XVI, qui, lui aussi, vint
volontiers à Compiègne. Marie-Antoinette, lors-
([u'elle l'y accompagnait, devait se souvenir que
la forêt de Compiègne avait été témoin, en 177(1,
de sa première entrevue avec sou l'uiui- i'|»uix.
Nous avons hâte d'en venir à la période vrai-
ment brillante du château, au règne de Na|io-
h'on III. C'est une justice à rendre à l'empereur,
qu'aimant Compiègne, il lui fut lidèle el ne
uLanqua pas d'y venir passer plusieurs mois ilu-
lanl cha([ue année de soii règne. Il faut aussi
lui savoir gré d'avoir tenu à mèlei' aux jdaisirs
mondains et vicieux de la cour impériale les
di-liactions littéraires et artistiques; d'avoii'
clierclié à honorer les écrivains les plus eu vue
de son temps en les inscrivant sur la liste dt^
ses invités de Compiègne. Leurs noms sont bien
connus : parmi les familiei's, c'étaient .Mi'rimi'e,
VioUet-le-Duc, (Iclavc Feuillet, Emile Augier,
Vigny, Camille Doucet, Jules Sandeau, et bien
d'autres encore.
La granile dislraclion du soir était le théâtre. M. A. Leveaux a publié
tout uu v(jlume sur ce sujet. Voici comment il décrit le cérémonial des
représentations : « Les invitations étaient faites pour huit heures elle
spectacle commençait à huit heures et diMuie, quelquefois à neuf
heures, aussitôt que l'empereur et l'impératrice prenaient place sur
les deux fauteuils occupant le devant de la loge impériale. Cette loge,
remplissant le fond de la salle dans toute sa largeur, était précédée
d'une première galerie où étaient admises exclusivement des dames
en toilette de bal. Les invités du pjalais avaient place dans la loge
impériale, ainsi que les grands officiers de la maison de l'empereur,
au nombre d'à peu près soixante-dix. Au-dessus de la loge impériale
et de la première galerie, étaient les premières loges, remplies pai" les
invités de la ville et des environs. Il y avait de plus un rang de
secondes loges, occupées en grande partie par des gens de senice. Le
rez-de-chaussée se composait d'un orchestre, d'un parterre pour les
ofticiers jusqu'au grade de capitaine inclusivement, et d'un amphi-
théâtre placé entre le parterre et la loge impériale, à 2 mètres en
dessous, et réservé aux magistrats, aux officiers supérieurs, aux
conseillers généraux, maires, adjoints et autres fonctionnaires civils,
chefs de service, tous en uniforme.
" A l'entrée de l'empereur et de l'impératrice, toute la salle se
levait, et, quelijues minutes après, le spectacle commençait. Pendant
11 AMI
OUclliaj I>E NAl'Ol.EO.N
\ COMl'lEC, m;.
228
PARIS -ATLAS
les entractes, les personnes placées à l'amphithéâtre
et au partene se levaient et, tournant le dos à la
scène, faisaient face à la loge impériale; des valets
de pied, en grande livrée à poudre, présentaient
des rafraîchissements, punch, glaces, gâteaux, etc.
D'ordinaire, l'empereur et l'impératrice quittaient
la salle pendant un quart d'heure pour se retirer
dans un petit salon placé près de l'entrée de la loge
impériale. Les comédiens du Théâtre-Français sont
venus là plus d'une fois recevoir des compliments
de leurs Majestés. Le spectacle finissait à onze
heures et demie, rarement plus tard. L'empereur
et limpératrice saluaient en se retirant. "
Épargné par l'invasion étrangère, le château est
devenu un musée. Le public est admis tous les
jours à en visiter les galeries et les appartements
réservés. C'est, en partie, un musée d'ameublement.
A part quelques belles toiles signées Coypel, Gros,
Girodet, Hubert Fleury, Robert Fleury, Joseph Ver-
net, et un certain nombre de tapisseries des Gobe-
lins et de Beauvais, on y montre surtout des objets
mobiliers : l'échiquier de Napoléon I''^ de char-
mantes pendules, des vases, des consoles, etc.
Aux portes mêmes de Compiègne, s'ouvre une
séculaire et magnifique forêt, la forêt de Com-
piègne, vaste d'environ 16,000 hectares, abondante
en hautes futaies, riche en cours d'eau et en fon-
taines, sillonnée par d'excellentes routes. Les ex-
cursions y sont variées à l'infini, mais il en est une
qu'on ne saurait négliger, c'est celle de Pierre-
fonds. Deux modes de locomotion s'offrent au tou-
riste, entre lesquels il choisira : la ligne du chemin
de fer (17 kilomètres de Compiègne à Pierrefonds,
six trains par jour) ou la route de terre (13 kilo-
mètres).
Perdu au milieu de ces bois, un castel féodal
s'élevait à Pierrefonds, au xu^ siècle, succédant,
pense-t-on, à une construction, plus ancienne encore
que mentionnent les documents de l'époque caro-
lingienne. Au commencement du xv= siècle, Louis d'Orléans — la vic-
time du duc de Bourgogne — fit édifier sur cet emplacement un château
fort pourvu de l'ap-
pareil militaire le
plus redoutable.
Nombreux furent
les assauts aux-
quels Pierrefonds
résista victorieuse-
ment jusqu'à
Louis XIII, qui le
fit démanteler. Lis
ruines seraient en-
core restées pour
longtemps sans
doute dans cet état,
si Pierrefonds n'a-
vait pas bénéficié
de la faveur que
Napoléon III accor-
dait à Compiègne.
Sa restauration fut
confiée en 18o8 à
Viollet-le-Duc ; elle
n'a été achevée
qu'après ia guerre.
C'est ici le lieu de
dire, avec tous ceux
qui ont écrit sur
Pierrefonds ou qui
l'ont visité, i|ue l'é-
minent architecle a
été mal ins()iré. Kn-
traîné par sa pas-
sion de l'archéologie, par sa science du délail, il a fait un Pierrefonds
tout ni.'uf, beaucoup Iroj) neuf. Là, cuMiiiie dans sa reslilulion des
remparts de Carcassonne, il ne nous donne pas l'illusion d'un luo-
IlOTEL DE VILLE DE COMPIÈGNE.
nument du passé, mais
plutôt celle d'une ma-
quette gigantesque, des-
tinée à un musée. Pour
savant et étudié qu'il est,
son rajeunissement, de
nouveau vieilli par le
temps, n'aura toute sa
valeur que dans cinq ou
six siècles.
Il n'y a pas que les ar-
chéologues qui soient at-
tirés à Pierrefonds. Ce
bourg aimable possède un
établissement thermal où
se traitent particuliè-
rement les maladies des
voies respiratoires, comme
à Enghien, et les hautes
tours du château se mirent
dans les eaux d'un lac
charmant.
Plusieurs autres excur-
sions peuvent être faites
dans la forêt de Com-
piègne. Nous recomman-
derons tout spécialement
celle de Champlieu, à
l'extrémité Sud de la forêt.
Champlieu n'est plus
qu'un hameau de quelques
habitants; ce fut, à l'épo-
que gallo-romaine, une
ville importante; un théâ-
tre romain, des bains, les
ruines d'un leinple, attes-
tent le degré de civilisation
qu'avaient ainsi atteint, il
y a dix-huit cents ans.
VUE DU CIIATICAU DE l'IE K U lOl'O.N D.S,
certaines localités aujourd'hui réduites à une simple colonie agricole.
Non loin de là, l'église de Morienval est un spécimen fort intéres-
sant de l'architecture du xi« siècle.
La l'égion Nord-Est des environs de
Paris est de beaucoup moins riante
que toutes les autres. La banlieue im-
médiate de Paris y constitue d'abord
une plaine envahie par l'industrie,
puis des plateaux occupés par la grande
agriculture. A peine, çà et là, un bou-
quet d'arbres pour reposer la vue d'un
paysage aussi monotone. Sur la ligne de
Crépy-en-Valois, si l'on veut faire une
excursion agréable, il faut aller jusqu'à
Plessis-Belleville {A'.i kilomètres), et
priMiclre unevuiluic de correspondance
qui conduit à Ermenonville. lAjirès ^
tant (11! pérégrinations, d'asiles accejités
et abandonnés tour à tour, l'auteur
des Confessions avait, au printemps
de 1"78, acceiité l'hospitalité cliez le
marquis dt^ Girardin, jiossesseur du
château d'Ermenoiivilb'. Un ]>avillon
isolé au milieu d'un parc n'élail-ce pas
le bonheur assuré pour la lin d'une
existence si mouvementée? Housseau
ne (levait en jouir i|ue moins de deux
mois; il mourut pres(|ue suliiteiiieiil le
:) juillcl {l'H. tlii sait «lu'il fut enlerré
dans mil' ilr du parc même, file des
l'euplif r--, il qu en iT.t'i ses restes
fureiil i-xlniuns et Iransporlés, avec
une pompe lunèliie des ])lus solen-
nelles, au Piinlhéon; le tombeau est
leslé, œuvre de P. Ilobii t, et, (luoique vide, il inspire aux vislleurs h'
même sellliment de respi'clueuse mélancolie qur .si la di'puuille
illustre qu'il renfermait n'en avait pas été enlevée.
FONTAINEBLEAU
B^d^ ■ F» Ternje • Fabrique
CourtilleWs S lS:,rt hvlpjity
desMoineS B!des Joies lr^>i^irnrfiux s'iScsmo
*-- lîonuhen „ \ *™5« MELUN
B()îssiseA> yfoz'«J"'« f leALé*^
Monte-Lièvre
dsrTHQe
hkW".8l3Îr«te Uoissclles
leBleu
, . B OIS sise iaJ?f/<ra/irf b„
■'î^ç Ch^desVïTCiEanjw- DaBqnxarie-Jfsij^s
Mares
OrsomviUe f .faGlandèe
z^" MlJicrs-CTi-Bière jo^^^^u 3 "^^^
,T!fa/-c Carref.iutÈ^^au Chien '^--...^ Çhartrette
v-»^ .' iûPefl^^'^*^ „X far.nnp Plaine t!,i.e^.ede
^- ,*SÏ^ -..«S^àBeaagé . rf^?i^^^leiPo""^'^ H« # ' ^"'^ ^- Bois de
'v' '*'IP' M-.^T? Croix dé Vitry'"Vv Ejiis^
■^=^ Beccassière VgBoiS le-R«^
Chaillv- nrÇanoa-.^ g V'^ ^Z;,-.
- BelieVue '*^<?/i 1 1
iuae à la F? *fe, ^^
^;' \
PHoi, X j«»-<ri!VierdeChâtiilan S'.t.'.,X.'
Charhonniepa, v*^ •'te-'-^vs §" / = "
M°"f^ B.Sarheau
/ Courbnisson -z ,
.y a ■ • BChïcfTard
(KrlaBoissiare
Croix d'AHqas~"~*=ïï F^S.-mn
\ PP^SiSL Denecourt / Bs^-f
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.Fericy \
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Bjissy F
K*5*^Martin-
Machéiàit. <?-r
. -Caverne iB Belle C^-oix ch de »« ^~- -^^/
PBTnjajr losi^S ,. ^/feuteur |j/iee(fe courses*- - -- ^ ^-
Pln:^°^fs JJéfliers
Plainej
Macherih
de
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Chaudri
Widss,. ^ TO'.f"'^ l^^'eet/e courses s6-,p^TJj|i laMadelfeuKT,,, „,7^, '^, ^
--t.. «"r'""'/ Veneur •%. ^ M'Chsi/veê ■ ., gl^^Gua J ** J^^«e»l
iïW4e Croix- du Grand Veneur\ ^rf^^,,. / '^%- ^'fieqcs T ^'-^.^^^z^^'»
B.desBultes Chaudron TaRache bruîé r~/ .--^ -.Wt- '''""^^
des - qui pleure "u3 C idieireirFësss»
xwiaCuetiteduPressciy ^
laBfTière Ch.«?
^ ^ Vente des (-^J * %ONTAI]VEBLEAl'"'f'^'^à)leVLie î,^oî
^^ Chén^ Charmer. ^^^^^ C^duMVPerrew fore/ . f-V"
faisand^raelafourdie i'il/ojiceaû \ _ Vr^-- r-i^
Parc \ ....^ . CdesForts inomcr\- <P^^e „ L.1.
^^...e "^"--^^e -^^-i^"^^. Polygone ^S |rd.Ô^.lo'c?ogone C^des ^^>-f-llons
^BpisRond- . Ch^.eL^e^^Jeum.rdi -jj^^W 7 1 ^.'S^'^* '^''^'^"'
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^ °^Se aux ArcUers ^ Qdsi7...:„__^_ ^^- .,■<,?> '?'
HaredEpisy
Vitaux •^
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H'.'^Borne Buisson M.FJ'.^ M-deG''^CÎ(
CdesG'
ds •auxCornailles
kr i^^f i^^^^^r'v.^^^î&rte
.râeuF •"'"■'.■ "-_.Cfîï..< de. scuvray- r>7 -;:. ^cl"' """"^"^e' Cpottdu^^aitre \^rT"''\
^sBeoriau_ Cpoix de Souvray ^/^- ^^^7, ^c^^*_^^ ^S^'^^" ■"^^j;:„ïrd "^^Ç^et
»B'
^^'- Plattière^.. . feSds^^itS^
Croix dé Souvri_j luf^m «^ ïv-^ -- -^^-^sw»
rc v^
Çh*" M°."deGarde.
5>-^auCbipon -:,,^.>J,, yf.'àGalène- Soute ^^^^ -j^to ^^^p.
Cdu Bois .
*■ pourris Mare-aux^
de3Se,gneu-rs «os " f™&i„ot >?^vèrl'I!'^''^C^Î^'f-^fifr&(^ 1
»/ —■ V Aclieres a- fferon •S»"^™'"'- mmeveres^ deMariotiè- (.."f^
îsmerem^,-»^"»?'™ Ventes" ■^"c:-- c-i
soute :Cdei3..^?^p5 Héron , j^ _ ^ „, -^
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F«.ràchaux Temps Kcclosca\ jS''^
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PARIS-AT LAS
24
LA MARK DE FRANCHARD. ^Korêt de Foalainebleau. )
VINCENNES. — CHOISY-LE-ROI. — JUVISY. — FONTAINEBLEAU. — CORBEIL. - ÉTAMPES. — MONTLHÉRY.
CHEVREUSE. - DAMPIERRE. — LES VAUX-DE-CERNAY. — RAMBOUILLET.
[
^^
1
NE fois franchie la zone fertile, mais mono-
tone, des plateaux du Xord-Est, le paysage
redevient aimable dans la région orientale des
environs de Paris. 11 doit son charme, en
grande partie, au cours de la Marne, rivière
coquette et sinueuse entre toutes, s'attai-danl
en route, charmée qu'elle est de relléter les
sommets boisés des coteaux qui, sans cesse,
lui barrent le chemin et qu'elle est bien forci'e
de contourner, peu soucieuse, en réalité, de
voir mêler ses eaux à celles de sa grande sœur, la Seine.
Aux portes mêmes de la capitale viennent aboutir les avenues du
bois de Vincennes, ce bois de Boulogne des arrondissements de
l'Kst. Créées et aménagées à la même époque pour le plaisir de la
pnpulalion parisienne, les deux promenades diffèrent cependant beau-
coup d'aspect, moins par elles-mêmes que par leurs habituels visi-
teurs. Tel préférera l'une à l'autre; chacune a ses agréments, et c'est
là une question de sentiment.
Si haut que l'on remonte dans l'histoire, on trouve des mentions de
la forêt de Vincennes. Couvrant les deux rives de la Marne, elle se
confondait, au .\ord avec la forêt de Bondy, au Sud-Est avec celle de
Sênart. Les rois de France la réduisirent aux proportions d'un vaste
parc qu'ils firent, dès le xn" siècle, entourer de murs pour y chasser
plus commoilément, et ils se plurent à y venir souvent. L'anecdote si
connue qui nous montre saint Louis rendant la justice sous un chêne
du bois de Vincennes ne saurait être mise en doute, car elle est
rapportée par Joinville lui-même, contemporain très digne de foi :
« Maintes fois avint que, en esté, il se alloil seoir ou bois de Vincennes
Paris-.Vtlas
après sa messe, et se acostoient à un chesne, et nous fesoit seoir au-
tour de lui. Et tout cil qui avoient afaire venoient parler à li sang des-
tourbir (empêchement^ d'huissier ne d'autre.» Justice expédilive. qui,
sans doute, valait bien la nôtre, sans en avoir les ruineux inconvénients!
Jusqu'à la Révolution le jiarc resta clos. Les « gens de pied » étaient
admis à y passer — à leurs risques et périls pendant les chasses —
mais les voitures en étaient exclues. Nous avons sous les yeux une
dépêche du ministre de la maison du roi, prescrivant, à la date du
1^ février 1703, au gouverneur du château, Bernaville, d'empêcher
i< à l'avenir les chariots, charrettes, fourgons et autres voitures publi-
ques de passer dans le parc, par quelques portes que ce soit, ainsy
que cela se pratique dans celuy de Vei-sailles ».
Cette rigueur disparut avec l'ancien régime. Le bois de Vincennes
redevint ouvert à tous; les routes qui le travei"s;iienl passaient même
pour n'être pas toujours très sûres ; ceux qui ont écrit sur les envi-
rons de Paris il y a une centaine d'années s'accordent à dii-e qu'il
oITrail des promenades solitaires et délicieuses.
11 en fut ainsi jusqu'au second Empire. Le bois de Boulogne venait
d'être transformé. Soucieux de plaire aux populations des faubourgs
populeux, plus encore qu'à celles des quartiers riclies. Napoléi.n lU.
sur les conseils d'Haussmann, décida de faire pour le bois de Vincennes
ce qui avait été fait pour celui de Boulogne. L"ne loi du i\ juillet 1S60
le (létacha du domaine de l'État pour le céder à la Ville de Paris;
celle-ci s'engageait à en faire, dans le délai de quatre ans, une pro-
menade publique. La surface concédée fut de i,CM.iO hectares, sans
compter les terrains enclavés et retenus par le ministre de la Guerre,
ou concédés à une société de coui-ses de chevaux. Les jardiniers d'Al-
phand se mirent à l'œuvre et tirent du bois de Vincennes ce qu'il est
i4
230
PARIS- ATLAS
aujourd'hui : un très vaste jardin anglais, qu'encadrent des massifs
de bois donnant l'illusion, çà et là, d'une véritable forêt. On peut s'y
engager sans crainte de s'y perdre : les plus épais fourrés sont vite
interrompus par une route carrossable et un chemin
de piétons. L'eau manquait : on la prit dans la Marne,
à Saint-Maur, et dès lors, ruisseaux, cascades et lacs
répandirent dans presque toutes les parties de la pro-
menade leur charme et leur fraîcheur.
Les points les plus agréables du bois deVincennes
sont : les lacs Daumesnil (où l'on ca-
note) et de Saint-Mandé, très pitto-
resquement encaissés au milieu de
la verdure (les tramways de la Bastille
à Charenton et du Louvre à Vincennes
y conduisent) ; le lac des Minimes,
situé dans la plus belle partie de
l'ancienne forêt, desservi par le
tramway de Xogent et à proximité de
la gare de Fontenay; le plateau de
Gravelle, dominant la vallée de la
Marne, et, au delà, celle de la Seine;
les pelouses de Saint-Mandé, où de
nombreux joueur-s de boules, consti-
tués en société, rivalisent de coup
d'œil et d'adresse à se disputer le
voisinage du « cochonnet ».
Malheureusement, le bois est par-
tagé en deux par un vaste espace
dénudé, le polygone, affecté aux
manœuvres militaires, et dont la tra-
versée, pour les promeneurs, est fort
désagréable en toute saison. A l'une
des extrémités de ce Sahara s'élève
une pyramide consacrant — n'est-ce
pas maintenant une ironie? — le re-
boisement qu'avait ordonné Louis XV
en 1731 de cette partie de la forêt.
Le château de 'Vincennes est
un des plus rurirux monuments de
l'architecture militaire duxiv'' siècle.
Il est resté debout pour consoler les archéologues de la disparition de
la Bastille, dont il était à peu près le contemporain. Il ne s'en est guère
fallu, d'ailleurs, qu'il n'ait disparu avant elle. Le 19 novembre 1787,
l'Assemblée provinciale de l'Ile-de-France eut à statuer sur la réclama-
tion présentée par les habitants de Vincennes et autres lieux voisins,
au sujet des impôts que leur valait la garde et l'entretien du château.
Elle y répondit en ces termes : « Les dépenses ne doivent plus avoir
lieu à compter du mois dUctobre dernier, d'après te ordres donnés par
te rui pour ta vente ou ta dcmohtion de ce cMteau. » On croit rêver à lire
une pareille déclaration, et il faut se rappeler que, nous avons eu occa-
sion de le dire (p. 134), la démolition do la Bastille était une chose
décidée en 178'i. Quelle stupéfiante indifférence professait Louis XVI
en face de ces édifices, imposants par eux-mêmes, par leur âge, par les
souvenirs qu'à un roi de France plus qu'à tout autre, ils devaient rap-
peler! celui de Vincennes, surtout, que le chêne de saint Louis et cin(i
siècles de fidèles services semblaient devoir défendre contre toute
LE DONJON DE VINCENNES,
idée de destruction administrative. On connaît la date
exacte — 1337 — à laquelle Philippe de Valois entreprit
de substituer au manoir délabré de ses prédécesseurs un
château à toute épreuve. Ce n'est pas lui qui en
acheva l'œuvre : c'est son petit-fils, Charles V, qui
y était né, précisément en cette année 1337, et,
L'rand bâtisseur de châteaux, conserva toujours une
alïectiou spéciale à celui-là. Tel était Vincennes
3S0, tel il serait encore aujourd'hui si, dans
les cinquante premières années du
xix" siècle, on n'avait jugé bon de
le découronner de ses huit tours, et
si, dans les cinquante dernières, on
n'avait dénaturé son plan primitif
par l'adjonction de bâtiments an-
nexes, désignés sous le nom de nou-
veau fort.
L'accès n'en est pas aisé ; il faut
solliciter de l'autorité militaire une
permission que la simple curiosité
ne suffit pas toujours à justifier. Du
dehors, au moins, on peut admirer
le portail d'entrée, précédé de son
pont dormant et de son pont-levis,
et, sur la face Ouest, le magnifique
donjcm, haut de plus de bO mètres,
du Sommet duquel la vue est si
belle; maisil est impossible d'aperce-
voir la chapelle, bijou d'architecture
commencé en 1379 dans le style
flamboyant, achevé seulement sous
François L'', décoré de remarquables
vitraux de la Renaissance signés Jean
Cousin.
Depuis Louis XI, le château de Vin-
cennes fut une prison d'État, succur-
sale de la Bastille, qui reçutsesprison-
niers lorsqu'il fut di'salVecté, en 178''i.
Il eut encore à jouer ce sombre rôle
en 1804 ; c'est là, en elfet, que le duc
(l'Enghien, arrêté le lu mars 1804 à Ettenheim, non loin do Bade, fut
amené dans la soirée du 20, et comparut devant un conseil de
guerre convoqué en quelques heures, qui le condamna, ajirès un
interrogatoire sommaire, à être passé par les armes. La sentence
fut exécutée la nuit même par un peloton de la garnison, dans
les fossés du château. On ne saura sans doute jamais si la colère
dr Napoléon était feinte ou sincère lorsciu'il apprit, le lendemain, à la
Malmaisoii, l'iniquité (|ui venait d'être cummise. L;i Iti'slauratinn éleva
au petit-lils du grand Condé un monument commémoralif à l'endroit
même où il avait été fusillé; sa sépulture a été plus tard transférée
dans la chapelle du château. Déjà, il faut le dire, la tache de
sang dont les murs de Vincennes étaient ainsi souillés avait été en
quelque sorte elTacée par la résistance hémique que le général l)au-
mesnil, gouverneur du fni-t, opposa aux armées allii'cs en 181'! et
en 181.5.
.\ l'Est et au Sud, le bois de Vincennes dominf la valli''e de la
Maine, (]ui, avant do se joindre à la Seine, en face ih- (".liarenlon
l'xacli'nii'ul à Conflans, svnonvme do coniluent), décrit une courbe
l'AVILLON Dli« J'OItÈT.S AU bol.'i Dli Vl.NCli.SMi:.
ii.NlUKK l'Iil.NcU'AI.I'; l'L' i'UUT DE V 1 .N C E .N N h.S.
ExN VIRONS DE PARIS
2.31
PONT DES BEI, LES-FONTAINES,
(Vue prise de la rivière.)
Jes plus pra-
ciouscs, pi-hiiant
naissance à Joiii-
vilIci-Ie-Pont, et
formant une boii-
cli! si complète
(lu'après un cir-
ruit ili; 3 lii'UfS,
elle revient
presque au point
de dt-part, en face
deJoinvillemèmc.
C'est ce qu<; l'on
appelle le tour
de Marne. Il y a
viiiiit MHS encoi'e,
avant i|ue le sport
de la locomotion
sur route eût dé-
trôné le canotage,
on n'aurait pas
rencontré, de
Gournay à Man-
tes, de Compiègne
à la Fin-d'Oisc,
une yole, un
yacht, une norvé-
gienne, un bateau
à voile, une pé-
rissoire qui n'eût
accompli, et bien
des fois, son tour
de Marne. Où
trouver plus riants paysages, promenade plus facile, malgré les deux
écluses de Joinville et de Créteil, puisqu'il suffit de se laisser glisser
au fil de l'eau, parmi des îles pleines d'ombre, au pied des coteaux
boisés de Cbampigny, de Chennevières, de Bonneuil, de Créteil, sur la
rive gauche, tandis qu'à sa droite on longe la presqu'île dont Saint-
Maur est le chef-lieu, avec ses annexes : Champignolles, La Varenne,
Adamville, localités chères entre toutes aux amoureux de la villégia-
ture, de la natation, de la pèche et aux derniers fervents de l'aviron.
Quelque agréable que soit le tour de Marne aux promeneurs, il consti-
tuerait pour la navigation un fâcheux retard — les péniches sont
insensibles aux beautés de la nature — si l'on n'y avait pourvu, dès le
premier empire, en reliant les deux bras de la rivière par un canal,
en partie souterrain (600 mètres), en partie à ciel ouvert (518 mètres),
(pii a son origine à 200 mètres en aval du pont de Joinville, et son
embouchure au hameau de Gravelle, où il aboutit à un autre canal
latéral à la Marne qui conduit les bateaux jusqu'aux eaux mêmes de la
Seine. Parallèlement au canal de Joinville, en a été
creusé un autre, aux frais de la Ville de Paris, en 18ti4
et 1865, pour alimenter les usines de Saint-Maur, d'où
un jeu de turbines élève la .Marne et la refoule jus-
qu'aux réservoirs de Ménilmontant, en fournissant au
bois de Vincennes, comme nous l'avons dit, ce qui est
nécessaire à son alimentation.
Au delà de la Marne, la banlieue Sud-Est constitue
une vaste plaine jusqu'à Choisy-le-Roi, petite ville
plus célèbre dans le passé, par les souvenirs qu'y
ont laissés la Grande Mademoiselle et plus tard
Louis XV, qu'intéressante dans le présent, par-
tagée qu'elle est entre l'industrie et la bourgeoisie
jiarisiennes.
Il faut remonter la Seine jiis(iu','i Ablon rt Athis-
Mons, deux cli.irnianls villages île la rive gauchi', Jns-
qn'à Villeneuvi'-Sainl-Ceiiree^, au confluent do la jolie
rivière d'Yerres, dnininé' par les coteaux de Grosbois,
pour retrouver des sites agréables.
Plus en amont encore, voici Juvisy, où \in bras de
l'Orge se réunit à la Seine après avoir passi'' sous le
piint des Bellea-Fontaincs. Les amis de l'art connaissent
trop peu ce bel édilice, qui n'a pas d'équivalent. Jus-
qu'en 1728, la grande route de Fontainebleau rencon-
liait, dans la traversée de Juvisy, une penle escar[)éc,
parfois inaccessible, formée par le lit de la Seine et
de l'Orge. On y remédia i>ar la construction, au-dessus
di! la vallée, du pont en i|ueslion. Il dut son appellation
aux deux fontaines élégantes, sculptées par Coustou,
alimentées d'eau de l'Orge, qu'on baptisa plaisamment
du nom d'orgeat de Juvisy. Mais là n'est pas le vrai mérite du pont :
c'est d'en bas, du bord de la rivière qu'il doit être vu. Au-dessous de
la baie cintrée sur laquelle passe la roule, l'architecte, trop modeste
pour signer son œuvre — on suppose que ce fui Gabriel — a imaginé
d'opposer à la poussée des terres une série de sept arcades successives,
d'une structure très ferme et très légère à la fois, donnant à l'œil
une sensation tout à fait inattendue.
L'une des fontaines du pont porte une inscription ainsi conçue :
" Ce monument a été restauré sous le règne de .Napoléon le Grand,
en 181."?. .> L'année suivante, le 30 mars, dans la soirée, l'empereur
pa.ssait sur le pont des Belle.s-Fontaines, marchant sur Paris que les
Alliés bloquaient. Deux kilomètres plus loin, au hameau de la Cour-
de-France, entre Juvisy et Athis, il s'arrêta et n'alla pas plus avant :
on venait de lui apprendre la capitulation de la capitale...
C'est à Juvisy que se termine, dans une molle inflexion vers la
plaine, le haut plateau de Longboyau, qui, du coté de Paris, com-
mence à Villejuif et sépare la vallée de la Seine de celle de la Biè»Te.
La grande culture y est seule en honneur; déjà l'on s'y croirait dans
la Beauce; çà et là, quelques clochers de villages crjupent l'uniformité
de l'horizon : Orly, Rungis, Fresnes, Wissous, Parav. En descendant la
vallée de la Bièvre par la belle route nationale de Choisy-le-Roi à Ver-
sailles, au bord même du tranquille cours d'eau, un groupe de bâti-
ments attire l'attention.
Ce n'est pas un château, comme on s'attendrait pourtant à en voir
dans ces aimables campagnes, où le nom de Berny évoque à l'esprit
tant de gracieuses images : les fêtes qu'y donnait le comte de Cler-
mont, sous l'ancien régime, les courses au clocher, à une époque
moins lointaine. A les regarder de plus près, ces constructions ont
Tair peu engageant et, en effet, ce sont des prisons, les prisons de
Fresnes, que le département de la Seine a fait ériger dans ce joli cadre
de verdure pour remplacer celles de Mazas et de Sainte-Pélat'ie, dont
Paris ne voulait plus.
Perpendiculairement à celle de la Bièvre, une vallée aimable entre
toutes s'ouvre en face de Bourg-la-Reine; elle est dessen-ie par le che-
min de fer de Sceaux qui la gravit en serpentant. Nulle part, la banlieue
de Paris n'est plus charmante ; c'est le pays des roses, des fruits, des ar-
bustes vivaces. Sceaux en est la capitale ; les félibres du Midi y riennent
chaque été communier littérairement avec les félibres du Xord, devant
la tombe de Florian, devant les bustes d'Aubanel et de Paul Arène.
Moins éthérées, sans doute, sont les aspirations des bandes joyeuses
qui viennent prendre leurs ébats non loin de là, à Robinson : les gais
repas au sommet des arbres, les promenades à cheval ou à âne sur la
route montante et ensoleillée qui mène aux bois de Verrières, la ba-
lançoire lancée à toute volée, voilà les plaisirs qu'elles y viennent
prendre, et même ils sont le petit nombre ceux qui songent à des-
cendre dans les profondeurs de l'adorable vallée aux Loups pour cher-
cher à y retrouver le souvenir de l'hôte illustre qui longtemps y
vécut : François-René de Chateaubriand.
Il faut cependant dépasser de quelques lieues la zone immédiate de
l'ONT DES BELLIi.S-FONTAINES, A JL'VISV, ;Vu,
Piu t. .ic M. Paul Robtrt.
prise de la route. ^
232
PARIS -ATLAS
ESCALIER nu FER A CHEVAL ET COUR DES AIIIEUX, A FONTAINEBLEAU
]a banlieue parisienne pour trouver, dans la région du Sud-Est et du
Sud, matière à des excursions tout à fait intéressantes. Dans l'ordre
géographique, elles se présentent de la façon suivante : Fontainebleau,
Corbeil, Étampes, Montlhéry, Chevreuse, Dampierre, les Vaux-de-
Cernay, Rambouillet.
FONTAINEBLEAU
Le château. — Lorsque le territoire de la (iaule était à peu près
exclusivement occupé par des forets, il y en avait une très vaste, pre-
nant naissance sur les rives de la Seine, non loin de l'endroit où cette
rivière reçoit les eaux de l'Yonne, et qui reçut le nom énigmatique de
forêt de Bière. Au xii» siècle, elle s'appelait déjà forêt de Fontaine-
bleau, dénomination dont la seconde partie n'a pas été mieux expli-
quée, car l'histoire d'un lévrier nommé lilaud, découvrant une source
jusque-là inconnue, nous paraît à peine bonne pour masquer aux
enfants un aveu d'ignorance. — Partout où il y avait une grande foret,
on peut être assuré de rencontrer une résidence royale : nos rois
étaient passionnés pour la chasse". C'est Louis VII qui créa celle de
Fontainebleau; il existe des chartes expédiées par lui de cette rési-
dence, dont il fit un véritable ciiàteau fort, avec une chapelle dédiée à
saint Saturnin, que consacra Thomas Becket, le célèbre archevêque de
Cantorbéry, chapelle encore aujourd'hui conservée, ainsi que les sub-
structions d'un donjon élevé à la même époiiue. Saint Louis se jdut à
Fontainebleau, bien qu'un jour il ait été attaqué dans la forêt par une
bande de malandrins et ait failli n'en pas revenir vivant. l'hilippo \o
Bel y naquit et tint à V(-nir y niouiir. Chailes V y installa une de ses
i< librairies » ; car il aimait d'un amour égal les
œuvres de la pensée et celles de l'architecture.
Avec François I" allait commencer la gloire
de Fontainebleau. Comme à Saint-Germain, il
transforma le vieux château féodal en un palais
étincelant de toutes les grâces de la Renaissance.
Henri H continua son œuvre et Henri IV y ap-
porta aussi une importante contribution. Ce
séjour lui plaisait fort; il l'embellit de plusieurs
constructions que nous noterons au passage et
créa le parc qui s'étend vers l'Est jusqu'à Avon.
Il s'y trouvait en 1603, au mois de mai, et si
gravement malade qu'il adressa le billet suivant
à son fidèle Sully :
« Mon amy, je me sens si mal qu'il y a appa-
rence que Dieu veut disposer de moy. Or, estant
obligé, après le soin de mon salut, de penser
aux arrangemens nécessaires pour asseurer ma
succession à mes enfans, et les faire régner
heureusement, à l'avantage de ma femme, de
mon Estât, de mes bons serviteurs et de mon
pauvre peuple, que j'aime comme mes chers
enfans, je désire conférer avec vous sur toutes
ces choses. Venez donc me trouver en diligence,
sans en rien dire à personne. Faites semblant
de venir au prêche à Ablon, et, y ayant secrè-
tement fait trouver des chevaux de poste, rendez-
vous ici dès aujourd'huy. » Sully accourut :
ce n'était qu'une fausse alerte.
Deux ans avant, le 27 septembre 1601, Louis XIII était né à Fontai-
bleau. Il lui en témoigna sa reconnaissance en faisant construire pour
la ville une église que Louis XIV transforma en paroisse en 1C61.
Jusque-là, les habitants de Fontainebleau étaient paroissiens d'.Vvon.
Louis XIV montra moins de tendresse pour ce séjour : Saint-Crr-
main, Versailles, Marly le retenaient impérieusement; aussi l'abaii-
donna-t-il à la malheureuse Henriette de France, puis à la sinistre
Christine de Suède. Sous Louis XV, les arts y furent quelque temps en
honneur : c'est dans la salle de spectacle du château (pii' fut repré-
senté pour la première fois le Devin de village, de J.-J. Rousseau,
en 17.54, Tancréde, de Voltaire, en 1760. Napoléon I"'^ est le dernier
souverain qui ait résidé à Fontainebleau; sous son règne, le château
fut le théâtre de plusieurs événements qui a|ipartienneiit à l'histoire :
les deux séjours du pape Pie VII — entouré d'honneurs en 1805,
lorsqu'il vint sacrer l'empereur; captif et maltraité en 1812 — enfin
l'abdication et les adieux aux troupes. Au cours de sa magistrature, si
tragiquement interrompue, le président Carnot séjourna pendant deux
étés au château.
La richesse du monument est en rapport avec celle de ses souvenirs
historiques; elle leur doit aussi sa variété et le cachet de styles d'ar-
chitecture très divers, pour ne pas dire disparates. Le plan du château
est tout à fait dépourvu d'homogénéité ; c'est là un défaut évident, intei--
disant toute description d'ensemble et ne laissant pas au visiteur la
faculté de reconstituer par la pensée le plan des bâtiments successifs
qu'il a parcourus. Il faut donc procéder jiar di'lail.
On entre dans le palais par la cour du Cheval-Blanc, que l'on nomme
VUE UU l'AltlEltlUO ET DU l'AKC DE Ko .M A 1 N EU Lli A U.
ENVIRONS DE PARIS
233
LA PIÈCE D'1;AU des carpes, au palais de FONTAINEBLEAU.
Phot Ne
LA TOUR DENECOURT, ANCIEN FORT DE L'EMPEREUR.
cour des Adieux depuis
que Napoléon I"', le
20 avril 1814, avant de
partir pour lile dElbe, y
prit congé des généraux
qui l'avaient tant de fois
accompagné à la victoire,
de sa vieille garde, du
drapeau qu'il embrassa
en pleurant. Elle devait
Sun premier nom au mou-
lage en plâtre du cheval
de lu statue de Marc-Au-
rèle, moulage qui fut dé-
moli en 1626. Au fond de
la cour, un escalier en fer
à cheval, construit sous
Louis XIII par Le Mercier,
dont c'est une des meil-
leures œuvres, donne
accès à la belle galerie
François I", longue de
64 mètres, magnifique
construction de la Re -
naissance, ornée de fresques remarquables.
A gauche est la chapelle de la Sainte-Triniti-,
qui date également de François I" et fut décorée
sous Henri IV de peintures de Fréminet. Au delà,
les appartements de Napoléon I"'', parmi lesquels
le cabinet avec la console sur laquelle l'empe-
reur signa son abdication. Ces liàliments pren-
nent jour sur le jardia de l'Orangerie ou de
Diane.
A droite sont les appartements dits du pape
et, dans le pavillon d'angle, ceux des reines
mères. La cour de la Fontaine, sur laquelle ils
ouvrent, se termine par le bassin fameux où
s'ébattent des carpes centenaires, dit-on, (buit
les ouïes sont traversées d'anneaux d'or.
Par l'élégante Porte dorée, on passe dans la
cour Ovale, dite aussi du donjon. Son périmètre
représente l'ancien château, antérieur à Fran-
çois I". On nomme appartement de saint Louis
les bâtiments qui s'adossent à la cour de la
Fontaine et à la galerie de François l", mais ce
n'est là qu'une fiction, car ils datent seulement
du xvi' siècle.
L'aile de droite contient la partie la plus re-
marquable du château : l'admirable galerie
Henri H, appelée encore salle des fêles, dont l'exquise
décoration n'est qu'un long poème d'amour adressé
par Henri II à la triomplianle maîtresse, Diane de Poi-
tiers. Tout proche est la chapelle primitive du château,
la chapelle Saiiil-.Saturniii, dont nous parlions tout a
l'heure, aujourd'hui fermée. Enfin la porte Dauphin--
relie la cour Ovale à celle des Oflices; elle est sur-
montée d'un diSme assez étrange, sous lequel Louis .XIII
reçut le baptême. Celle cour des Offices, qui coiTespond
elle-même à la place d'Armes, date de Henri IV ; les
bâtiments considérables qui l'environnent abrilèrent
pendant quelque temps l'Ecole spéciale militaire avant
.sa translation à Sainl-Cyr, puis l'École d'ap[dication
d'artillerie, pourvue maintenant de bâtiments particu-
liers, en dehors du ehâteau.
Le côté de la cour Ovale faisant face à la galeri-f
Henri II n'est pas moins digne d'une visite; entre la
cour des Princes et le jardin de l'Orangerie, on verrai
la galerie de Diane, et, non loin, la galerie des Cerfs où
la reine Christine fit, le 10 novembre lOii", assiissiner
avec une sauvagerie féroce son écuyer, son conseiller,
son amant inlidèle, Monaldeschi. Un tableau et une
inscription marquent l'endroit où le malheureux,
percé de coups d'épéc qui lui donnaient une mort
trop lente, eut une agonie de près d'une heure. Tra-
gédie épouvantable, qui aurait dû valoir à la reine
de Suède une expulsion immédiate, devant laquelle
Louis XIV eut la faiblesse d'hésiter.
Le château est entouré
de parterres, de jardins
anglais et d'un parc où le
grand canal et un joli
étang entretiennent une
fraîcheur fort agréable ;
mais, après la visite du
château, les touristes ont
hâte de pénétrer dans la
forêt et d'en connaître au
moins lesprincipaussitts.
La forêt. — Sa super-
tirii' n'est pas moindre de
lùO kilomètres carrés, ce
qui laisse, même à ceux de
sis visileui-s qui se flat-
tent de la connaître le
mieux, la certitude à peu
près complète de n'en
jamais connaître toutes
les parties. Deux hommes,
cependant, méritent la
renommée, et, de la part
des touristes, une infinie
ri. t. I>c:.;siiTin(.
\ li: DU PALAIS DE FONTAINEBLEAU.
234
PARIS-ATLAS
LA SALLE DU TRONE, AU PALAIS DE FONTAINEBLEAU.
reconnaissance pour avoir consacré leur existence à y faciliter les
excursions, à ouvrir des sentiers dans le dédale des fourrés, à élever
des poteaux indicateurs, à écrire des guides et à dresser des plans, à
marquer sur les rochers, par des sij,'nes bleus et rouges, le sens du
chemin qu"il faut suivre pour ne pas s'y égarer pendant des heures;
ils se nomment Denecourt et Colinet, surnommés avec juste raison les
sylvains de Fontainebleau.
Le tracé du chemin de fer de Lyon contribue heureusement à rendre
accessibles, sans trop de fatigues, les différents cantons de ce vaste ter-
ritoire, ceux qui sollicitent le plus la curiosité des promeneurs. Lagrande
ligne de Lyon, côtoie la lisière orientale de la forêt, entre Bois-le-Roi et
Moret, et la ligne du Bourbonnais, se détachant de la précédente à
Moret, en dessert la limite méridionale jusqu'à
la station de Bourron.
De cette façon, il est possible de diviser les
excursions principales en trois groupes ayant
leur point de départ à l'une des trois gares de
.\Iclun, de Fontainebleau, de Montigny-Marlotte.
De la gare de Melun, un tramway mécanique
conduit, en trois quarts d'heurt; (12 kilomètres
di; Melun, 57 de Paris) à Harbizon, simple ha-
meau de la commune de Chailly-en-Bicre, mais
dont le nom seul évocjue l'idée des hautes futaies,
des gorges et des roches, en môme temps que le
souvenirde maîtres paysagistes tels que Th. Ruus-
srau, Fiançois Millet, Daubigny. Arrivé là, on
l'st dans la région occidentale de la forêt, la
plus belle peut-être, au dire des connaisseurs,
(/est le centre des excursions au cam[) de Chailly
(vers le Nord-Est), aux futaies du Bas-Bréau et
h la caverne des Brigands (vers le Sud-Est), aux
gorges d'Apremont et à celles de Franchard (à
IDuest).
Si l'on descend à la gare même de Fontaine-
bleau, l'on n'a jilus que l'embarias du choix.
l'ascinés bien naturellement par le château, la
plupart des touristes s'orientent vers la ville où
un tramway commode les conduit; mais à ceux
ipii sont venus [lour la forêt nous iccommande-
rdus iMslamiiii'iil de si- mainirnjr sur la lmucIic
du chemin de fer; ils trouveront des parties de
tiirêts superbes entre la ligne et lu Seine, «fiilre
Saniois et Thomery, en passant par Valvins. Ici
les deux charmes sont réunis : l'eau et le bois;
le juste reproche que l'on a souvent fait à la forêt
de Fontainebleau d'être trop aiide et rocheuse
ne saurait être justifié ici. Les excursions abon-
dent, d'ailleurs, avec Fontainebleau pour centre :
à l'Est, Avon, le mont Andart, le rocher Brûlé :
au Nord, le mont Chamet, la vallée de la SoUe,
le rocher Cassepot : à l'Ouest, le mont Aigu, les
gorges du Houx, le Long-boyau : au Sud, le mont
Morillon, le rocher des Demoiselles, etc.
Par la ligne du Bourbonnais, il faut s'arrêter à
la station de Montigny-Marlolte. A Monligny, que
(luy de Maupassant célébra dans un de ses der-
niers romans, Notre Cœur, une rivière encore, le
Loing, baigne la lisière de la forêt; Marlotte
partage avec Barbizon le droit d'héberger les
hôtes de ces bois. De là, les promenades les plus
recherchées sont la mare aux Fées, la gorge aux
Loups, et pour ceux, enfin, qui veulent reculer
les limites du pittoresque jusqu'au point où il
confine à la sauvagerie, les grandioses solitudes
du Long-Rocher.
Corbeil, l'un des chefs-lieux d'arrondisse-
niint du département de Seine-et-Oise, est une
aimable petite ville située sur la Seine, à son
confluent avec l'Essonne, à la fois très manufac-
turière (les moulins Darblay sont célèbres) et
très bourgeoise. La Seine s'est chargée de sé-
parer ces deux éléments, en gardant le premier
pour sa rive gauche. L'autre l'ive, celle du quar-
tier tranquille, a conservé le nom de Vieux-
Corbeil; sur le coteau qui la domine s'élève
l'ancienne église de Saint-Germain-du-Vieux-
Corbeil, restaurée et maintenant transformée
en musée d'antiquités locales. Ce que la ville
olfre de plus curieux, c'est son église Saint-
Spire, monument historique dont la construction remonte aux xti" et
xni' siècles et dont le portail hors œuvre donnait jadis accès au
cloître de l'église. Les portes en ont été détruites pendant la Révolu-
tion, mais l'arcade gothique est restée intacte et très belle, encastrée
tout simplement au milieu de maisons dont la banalité met mieux en
relief l'élégance de son ogive et des deux échauguettes pointues dunt
elle est accostée.
Il fallait jadis une bonne journée pour aller de Paris à Corbeil par
le coche d'eau; on l'appelait le Corbeillard et sa lenteur lu'overbiale
lui a valu de donner son nom, devenu corbillard, à nos chars funèbres.
Aujourd'hui, c'est un jeu pour les trains directs de faire ce trajet en
trois quarts d'heure, et la route est aussi jolie que par l'antique cor-
CIIA.MUl{t: A COUCHER DE M\Kli: ANIOI.NETTE, A KO N T A I N E U I. E A U.
ENVIRONS DE PARIS
billard, car die romonto comiur; lui la Scino et traverse ces localllfis
charmantes qui ont nom : Vill<fneuve-Saint-(;éoiges,Juvisy,Ris-Ûrangis,
Évry-Petit-Bourt;. Depuis cpielques années, la ligne a été prolongée sur
la rive gauche de la Seine entre Corbeil et Melun, d'où elle se pro-
longe par la rive droite jusqu'à Montereau, tandis que l'ancienne
ligne, celle de Lyon, dessert la rive gauche du lleuve, entre ces deux
dernières villes.
Étampes, si coquette soit-elle, ne justifierait peut-être pas suffi-
sammi-nt l'Iionneur d'une excursion spéciale, mais ceux qui, y passant,
pourront s'arrêter quel-
ques heures ne le re-
f;retteroiit pas. Malheu-
reusement, le chemin de
fer d'Orléans semble mal
disposé à les encourager.
.\utrefois les trains ra-
pides s'arrêtaient à
Élampes; tous, mainte-
nant, <i brûlent» dédai-
gneusement sa gare, et
la perspective d'aller de
là à Orléans par un train
omnibus n'a rien d'en-
courageant; nulle part,
les plaines de la Beauce
n'offrent une monotonie
plus fastidieuse. Il n'en
ust pas de même, à vrai
dire, entre Étampes et
Paris; la campagne y
offre toutes les variétés
de ses attraits : vallons,
bois, cours d'eau dis-
crets, et, à chaque pas, de
riants et riches villages,
des propriétés magnifi-
ques entourées de murs
à perte de vue, ou de gen-
tils chalets, montrant les
dentelures de leurs fa-
çades à demi cachées
derrière quelque vieil
arbre.
Étampes même est
fort bien située au pied
d'une colline d'où des-
cend la Juine, grossie —
oh! bien peu — des eaux de l'Œuf. Le sommet de la colline est cou-
ronné par un vénérable donjon, nommé la tour Guinette,qui est tout
ce qui reste d'un château fort du xu" siècle. Dans le centre de la ville
se trouvent quelques maisons de l'époque de la Renaissance : celles
de Diane de Poitiers, d'.Vnne de Pisseleu, duchesse d'Étampes.
Du côté de l'Est, les environs oiTrent de nombreuses promenades,
dont la plus attrayante consiste à rejoindre la forêt de Fontainebleau,
tout au travers du canton de Milly, qu'arrose l'Essonne.
Montihéry. — Pendant des siècles, Montlhéry n'eut
de relations avec Paris que celles que lui procuraient
les lourdes pataches parcourant la route d'Orléans.
Quand la voie ferrée fut ouverte, en 1844, jusqu'à Or-
léans, on eut la ressource de s'arrêter à la station de
Saint-Michel, qui n'est distante de Montlhéry que d'une
lieue, et de là, soit pédestrement, soit en carriole, soit
en voiture publique lorsque le service fut créé, arriver
à destination. C'était tout un voyage; il fallait presque
y être forcé pour le faire; les touristes regardaient à
deux fois avant de l'entreprendre. Et pourtant, ils sa-
vaient trouver au terme de leur pérégrination de quoi
les récompenser de leur peine. Ils n'ont plus hésité de-
puis qu'en 1S94 leur a été livré le chemin de fer sur
route de Paris à .Vrpajon, qui part de l'Odéon, et, en
une heure et demie, les conduit au pieil de la tour
fameuse. Sans compter que dès que l'on a franchi les
quelques kilomètres qui, au sortir même de Paris,
n'ont rien de séduisant, la route ne paraît pas longue,
tant les panoramas qui se succèdent sont d'un agréable
aspect : le parc de Sceaux, que l'on côtoie de Bourg-la-
Reine à la Croix-de-Berny, les hauteurs et la belle
plaine de Wissous, jusqu'à Chilly-Mazarin, l'aimable
Longjumeau, les magnifiques coteaux boisés qui do-
LA TOUR DE MONTI.H K R V.
minent Saulx-
les-Chailreux, la
roule d'Orléans
que l'on retrouve
à Ballainvilliers ,
toute bordée de
vergers opulents
avec des échap-
pées à perte de
vue sur les prai-
ries qu'elle tra-
verse. Déjà, dans
le lointain, la
tour se dresse à
l'horizon. Boileau
a été injuste pour
elle dans Le Lu-
trin. Nous som-
mes moinssévères
aujourd'hui pour
les monuments
du passé, surtout
lorsqu'ils ont,
comme celui-ci,
huit cents ans
d'existence, des
brèches vénéra-
bles, que la brique
a mal à propos et
tant bien que mal
cimentées, et une
histoire glorieuse
dans les annales
de la féodalité, car, jusqu'à Louis XI, ce fut le rempart le plus redou-
table derrière lequel s'abritèrent les vassaux en rébellion contre la
royauté. 11 suffit, d'ailleurs, d'en gravir non pas même la plate-forme
supérieure, mais la «motte» sur laquelle elle est a.ssise et de reconsti-
tuer par la pensée les différentes enceintes du château fort dont elle
était le dernier refuge, pour comprendre quelle résistance des hommes
résolus pouvaient opposer là à toute une armée.
Le bourg ne se réveille de sa torpeur habituelle que les joui-s de
foire et de marché, quand les fermiers des villes voisines s'y donnent
rendez-vous d'affaires. Si souvent troublé jadis par les aventures
belliqueuses, il donne asile maintenant à de nombreuses maisons
d'éducation aux programmes éminemment pacifiques. Il a toutefois
conservé quelques curieux vestiges du passé : une porte de ville très
pittoresque, et la façade, malheureusement trop restaurée, d'un hôpital
fondé par Louis VIL
Au Nord-Ouest de Montlhéry régnent de fertiles plateaux, mont, val
ou plaine, ou bois encore, qui s'élèvent jusqu'à la vallée de l'Yvelle.
Quand on les a parcourus, l'on arrive au milieu d'un des sites les plus
délicieux des environs de Paris. Nous disions plus haut que la région
voisine d'Orgeval a été surnommée la petite Suisse; ici, le surnom
s'applique au moins aussi bien ; depuis longtemps, les paysagistes le
CHATEAU DE LA MADELEINE, A CHEVREUSE
I. Tuur de l'Ouest. )
VUE GÉNÉRALE DU CHATEAU DE DAMPIERRE.
236
PARIS-ATLAS
savent et le nombre, sinon la valeur, est incalculable des tableaux,
pocliailes, études, qui retracent les points de vue fournis par
Chevreuse, Dampierre, les Vaux-de-Cernay et la profonde vallée de
Port-Royal.
Le chemin de fer de Paris à Limeurs y conduit. Il faut descendre à
la station de Saint-Remy-lès-Clievreuse, distante de 33 kilomètres.
Chevreuse n'en est qu'à une demi-lieue. Construite sur les bords de
l'Yvette, c'est une jolie petite ville, très bourgeoise et même un peu
paysanne, en dépit de la couronne ducale qu'elle a droit à mettre dans
ses armoiries. Elle est vite parcourue, mais l'on doit une visite aux
ruines de son château, de la Madeleine comme on l'appelle du nom
de la chapelle, aujourd'hui détruite, où allaient jadis prier les châte-
lains. Les ruines en sont vénérables, car elles consistent princi-
palement en un donjon datant du xu= siècle ; la vue que l'on décou-
vre sur la campagne environnante mérite l'ascension, car elle est
admirable.
En face, au delà de l'hospice, dont les pierres ont une blancheur
éblouissante, s'allonge en serpentant, au pied de la colline qui domine
la rive gauche de l'Yvette, la route de Dampierre. C'est elle que l'on
suivra. Au bout de 2 kilomètres, elle traverse la commune de Saint-
Forget; mais, avant d'y arriver, on a laissé sur la gauche, de l'autre
côté de la rivière, un hameau dé-
pendant de celte commune, nommé
Sous-Forêt, et dont l'histoire est cu-
rieuse. Au XVI' siècle, on l'appelait
Bergerac, et c'est précisément de là
que Savinien de Cyrano, né à Paris,
paroisse Saint-Sauveur, le G mars1619,
prit son nom de Cyrano de Ber-
gerac. Les documents produits là-
dessus sont irréfutables. Que les
cadets de Gascogne en fassent leur
deuil.
Dampierre est aussi un village,
mais c'est surtout un château, resté,
depuis que Mansard l'a construit,
dans la famille de Luynes, héritière
des ducs de Chevreuse, un château
dont la porte s'ouvre, le vendredi
seulement, aux personnes qui en ont
sollicité l'autorisjition. Le cadre est
aussi joli que le tableau, et beau-
coup de promeneurs s'estiment sa-
tisfaits en se disant qu'il y a der-
rière ces grilles une belle statue
en argent de Louis XIII enfant par
Simart.
Encore une lieue de plaine et voici
le vallon charmant qui, depuis le
RUINES DE L'ABBAYE DES VAUX-DE-CERNAY,
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VUE DU CHATEAU DE RAMBOUILLET. 'Façade sur les jardins.)
XII' siècle, s'appelle les Vaux-de-Cernay. Dans celte soliludi'
s'était fondée une abbaye d'hominr.^ qu'- la itévululion dispersa, m.iis
VUE D U C H A r EAU DE K A M B O U II, L E T.
dont quelques bâtiments, de plus
en plus minés par le temps, ont
subsisté. Le site est sauvage et pitto-
resque à souhait pour mettre en
relief ces vestiges du passé. On n'y
accède d'ailleurs qu'après avoir suivi
des sentiers qui longent un ruis-
seau, le rû des Vaux-de-Cernay,
courant et cascadant sur des rochers,
côtoyant un coteau très boisé, le
bois des Maréchaux, au sein duquel
la Ville de Paris exploite sa plus
féconde carrière de pavés de grès.
Ou revient de cet Éden par Cernay-
la-Ville, d'où une bonne route de voi-
tures conduit à Boullay-Ies-Trous,
station de la ligne de Limours.
Sans avoir été jamais à propre-
ment parler un séjour royal, Ram-
bouillet n'a pas porté bonheur aux
souverains. François I"" y mourut
en io47; Henri 111, menacé, pour ne
pas dire plus,p.ir son bon peuple de
Paris, lors de la journée des Barri-
cades, y arriva bride abattue, le soir
même du 2i mai 1o88 : ■> Il alla, dit
l'Estoili', passer à Trappes, de là faire
collation et coucher tout botté à
Hambouillet, et le lendemain disner
à (^liartres, ou il lui liien reçu par les habitans, et y séjourna jusques
au dernier jour de may. »
Le 29 mars 181'i, à trois heures de l'après-midi, Rambouillet assistait à
la fuite d'une autre dynastie : le roi de Rome, le pauvre « aiglon »,
emporté dans les bras de sa mère, Marie-Louise, y passait, quittant
l'aris, où les Alliés entraient, gagnant, peu après, les rives de la Loire,
Iflois, autre étape de l'exil suprême.
Enfin, le 30 juillet 1830, les carrosses de la cnur — mais cette fols
l'aigle impériale avait été remplacée par les lleurs de lis — amenèrent
encore à Rambouillet un souverain déchu, Charles X, conduisant aussi
un enfant avec lui, le duc do Hordeaux, autre liéritier présomi)tif il'une
Couronne (jui ne devait jamais lui appartenir.
l^e château, témoin d'événenienls si dramatiques, s'il offic de l'in-
lé'rètiiar son liisloire, en a 1res p(ni par lui-même. On lient le vi.-^iler
<ii temps ordinaire, mais il est pi-esque inutile d'y pénétrer. Des
bàliments anciens, seule est resiée debout mie grosse tour du
xiv sièitle (c'(!st là (|ue mourut François I'"') encastrée dans des
edustructions dc's deux derniers siècles. En revanche, les janlins
très vastes qui dépen<lent du domaine présentent les plus agréables
piomenades. Par certains côtés, ils rappellent ceux de Versailles el.
ciinime à Trianon, l'on y retrouve le souvenir de Marie-Antuinette,
s(jus forme d'unie laiterie (|ue Louis XVI avait fait édilier iioui' elle.
Et il y a encme là un contraste quel(|ue peu niél,in(olii|ue à l'ialdii'
entre ces ]iuérili's niignanlises, qui ont subsisté' et ces trônes,
([u'un coup de vent a jetés bas.
INDEX ALPHABÉTIQUE
PARIS
Abattoirs de la rive gauche, i.j5.
de la Valette, 192.
Abbaye do Saint-Victor, 4 j-o.
de Sainte-Geneviève, 55.
Académie de médecine, G7.
Ambassade d'.\llemagne, 71.
d'.\ngleterre, 01.
d'.\utriche-Hongrie, 72.
de Kussie, 71.
Arc de Triomphe du Carrousel, 1.
de lÉtoile, 17G.
Archevêché (hotcl de 1), 71-5.
Archives nationales, 31-2.
de la Seine, 41.
Arènes (les) de larue Monge, 4S.
Asile N.-D.-dc-Bon-Secours, 152.
temporaire d'enfants, 152.
Avenue du B.-de-Boulogne, l7o.
Carnot, 176.
des Chasseur j, 177-8.
deChâtiUon, 151.
do Choisy, 140.
de Clichy, 180.
du Coq, 100.
Daumesnil, 127.
de Friedland, 86.
de la Grande-Armée. 175-6.
Hoche, 86.
dltalie, 142.
Kléber, 172.
Mac-Mahon, 176.
du Maine, 151.
Malakolf, 170.
Marceau, 85.
Matignon, 87.
de Messine, 92.
Montaigne, 85.
Nicolas II, 84.
de l'Opéra, 6,
d'Orléans, 150-1.
Parmentier, 118.
de la République, 120.
de Saint-Ouen, 188.
Trudaine, 104.
Velazquez, 92.
de Versailles, 163.
Victor-Hugo, 170.
Victoria, 15, 35.
de Vitry, 140.
de Wagram, 176.
Banque de France, 9-10.
Bassin do la ViUette, 190.
Bastille (la), 133-5.
Belleville, 193, 2uo.
Bièvre (la), 46, 140-2.
Bibliothèque de l'.irsenal, 41.
Nationale, 22-3.
Sainte-Geneviève, 55-6.
Saint-Fargeau, 31.
Boulangerie centrale, 50-1.
Boulevard Barbes, 186.
des Uatiguolles, 179.
Beaumarchais, 29, 42.
de Belleville, 198.
Chauvelot, 155.
Bonne-Nouvelle, 2.
Deuain, 107.
Diderot, 132.
Edgar-Quinet, 148.
de la Gare, 140.
Garibaldi, 157.
GouvioD-Saint-Cyr, 176.
Henri IV, 40.
d'Italie, 143.
des Italiens. 21.
Lefcbvre, l.'il.
Magetita, 114.
Morland, 41.
Ney, 188.
Ornano, 186.
Pasteur, 156.
de Picpus, 129.
Boulevard Poissonnière, 2o.
Hichard-Lenoir, 121.
Rochechouart, 187.
Saint-Michel, 63.
Sébastopol, 24, 31.
de Strasbourg, 106, 113.
Voltaire, 121.
Bourse (la), 23.
du Commerce, 2, 8-9.
.lu Travail, 115.
Buttes-Chaumont, 193, 195
Caisse des dépôts et consign
tiens, 69.
Canal de rOiir,i|, 190.
116
Carrières 1 .Vinérique, 193.
Caserne des Célcstins, 40.
do BcUecha«se, 72.
«les Bernardins, 46.
du Chàtuau-d'Eau, 114.
de la Cité, 43.
do la Nouvelle-France, 111.
do la Pépinière, 92.
Casino de Paris, 'JG.
Catacombes, i'".
Cercle d.' la hl. raine, 64.
iinlilairr. .•.>.
Chambre l's d. -pûtes. 74.
Champ-de-Mars, 77-80.
Champs-Élysé3s (les), 84.
Chapelle (In . iS7-8.
Chapelle expiatoire, 8S.
Charonne, 200-1.
Château Je la Muette, 168.
Chàteau-Rouge, 186.
Chaussée de la Muette, les.
Chemin de fer deCeiniure, 126,
140, 151, 160, 172, 180, 188,
196, 201.
de Courcelles au Champ-dc-
Mars, 160, 162.
des Moulineaux, 160.
du Nord, 107-8.
do l'Ouest (S'-Lazare), 179.
do Sceaux, 149-50.
do Vincennes, 136.
Cimetière d'Auteuil, 166.
des Batignolles, 180.
de Belleville, 200.
du Calvaire, 186.
do Charonne, 204.
de Grenelle, 160.
dej Innocents, 11-2.
Montmartre, 183.
du Montparnasse, 148.
de Passy, 169.
du Père-Lachaise, 201-3.
Saint-Vincent, 184.
de Vaugirard, 160.
Cirque d'hiver, 124.
Cité d'Antin, 97.
Bon-Secours, 122.
Clamart (amphithéâtre d'aua-
tomio, dit do), 50.
Clinique d'accouchement, 65.
do
119.
de chirurgie. 146.
Collège Cliaptal, 91.
do France, 56.
RoUin, 101.
Sainte-Barbe, 55.
Stanislas, 65.
Combat (le), 194-5.
Colonne de Juillet, 134-5.
do la Bourse de Commerce,».
Vendôme, 5-6.
Conseil de guerre, 66.
Conservatoire des arts ot mé-
tiers, 20-7.
de musique et de déclama-
Cour dos Comptes, 5.
des Miracles, 18.
Cours la Reine, 84.
Courtille (la), 118.
Crédit foncier, 22.
lyonnais, 21.
Dépotoir, 192.
Dispensaire Furiado Hein ■,
15-.'.
Douane la, 114.
Dragon cour du), 68.
École Arago, 130.
dos beaux-arts, 66.
Boule, 127.
centrale des irts et manu-
factures, 27.
des chartes, 56.
coloniale, 65.
commerciale, 104.
Diderot, 195.
de droit, 55.
de dressage (cavalerie), 149.
Estienne, 143.
des hautes études commer-
ciales, 178.
J.-B.-Say, 165.
de médecine, 63-4.
militaire, 75-6.
des mines, 63.
municipale de physique, 54.
normale d'instituteurs, 165.
normale supérieure, 53.
de pharmacie, 65.
polytechnique, 47-8.
dos ponts et chaussées. 72.
supérieure de commerce, 120
Turgot. 28.
Église de l'Assomption, 5.
des Blancs-Manteaux, 37-40.
Flamande, 121.
de l'Immaculée-Conception,
126.
do la Madeleine, 88.
Notre-Dame, 43-4.
N. - D. - de - l'Annonciation,
167-8.
N.-D.-d'Auteuil, 164.
N.-D.-de-Bonne-NouvelIe. 19.
N.-D.-des-Champs, 65.
N.-D.-de-Clignancourt, 185.
N.-D.-de-la-Croix, 198.
N.-D.-dc-la-Gare, 139-40.
N.-D.-deda-Nativito, 131.
N.-D.-do-PIaisance, 152.
N.-D.-dos-Victoires, 24.
Russe, 86.
Sacré-Cœur, 185-6.
Saiut-.\ugustin, 92.
Saint-.\mbroise, 119.
Saint- Bernard - de - la-Cha-
pelle, ISS.
Saint-Denis-de-la- Chapelle,
188.
Saiut-Denis-du-Saint-.Sacrc-
ment, 30.
Sainte-.\nne, 142.
Sainte-CIotilde, 75.
Sainte- Elisabeth.
Saint-Eloi, 137.
Sainte-Marguerite, 122-3.
Sainte-Maric-des - Batignol-
les, 180.
Saint-Étienne-du-Mont. 56.
Saint-Eugèno, 102.
Saiut-Eustache, 10.
Saint-Ferdinauddes-Ternes.
174.
Saint François-de-Sales, 1 7S.
Saint- François-Xavier, :<'..
Saint-Georges, 195.
Saint - (îerniain-l'Auxerrois.
1-2, 15-16.
Eglise Saint-Gcrmain-dc-Cha-
ronnc, 203-4.
Saint-Germain-dcs-Prés, 67.
SaiDt-Gervais, 37.
Saint-Honoré-d'Eylau, 170
Saint-Jacq..da-Haut-Pas,53.
.Saint -Jacqucs-.Saint-Chris-
tophe-de-la-ViUette, 191.
.Saint-Jean-Baptistc-dc-Bel-
leville. 193.
Saint-Jean-Baptistc-de-Ore-
nelle, 159.
Saint-Joseph, 118.
.Saint-Julien-lc-Pauvrc, 51.
Saint-Lambert, 154.
Saint-Laurent, 106.
Saint-Louis-d'Aniin, 100.
Saint-Louis-en-1 Ile, 44.
Saint- Marcel-dc-la- Salpâ-
irière, 144.
Saint-Martin, 114.
.Saint-Médard, 51.
.Saint-Merri, 34.
Saint-Michel, 180.
•St-Nicolas-des-Champs, 32
Saint - Nicolas-du-Chardon -
net, 47.
Saint-Paul-Saint-Louis, '39.
Saint - Philippe - du - Roule .
85-6.
.Saint-Pierre-de-Chaillot,172.
.Saint - Pierre - du-Gros-Cail-
lou, 77.
Saint - Pierre - de - Montmar-
tre, 186.
Saint-Pierre-dc-Montrougc,
151.
Saini-Roch, 6.
Saint-Sauveur, 17.
.Samt-Séverin, 54.
Saint-Sulpice, 64.
.Saint-Thomas-d'.\quin, 70.
Saint-Vincent-de-Paul, 109.
de la Trinité, 95.
Elysée I palais de 1), 89-90.
Exposition universelle de
1900, 79-80.
Entrepôt de Bercy, 13I.
Saint-Bernard, 46.
Faculté de théologie protes-
tante, 147.
Faubourg de Gloire, iss.
Fécamp (vallée de), 131.
Foire aux jambons, 124.
au pain d'épice, 129-30.
.Saint-Laurent. 107.
Fondation Rossiji, 165.
Thiors, 171.
Fontaine Cuvior, 49.
dos Innocents, 11-12.
Molière, 7.
du Palmier, 12.
Saint-Michel, 61.
Fourrière ,la\ 46-7.
Galerie des machines, 78-9.
Funiculaire do Belleville, lis.
do Montmartre, 186.
Gare de l'Est, 107.
des Invalides, 73.
do Lyon, 133.
du Luxembourg,
Montparnasse, 155-6.
du Nord, 107.
d'Orléans iquai d'Orsay), 70.
(place Valhuberl), 13S.
Saini-I..azare, 90.
Grande-Pinte ila', 130.
Halle au blé. 9.
aux cuirs, 51.
conlrales. 10-1.
Hai40vre jiaviUon de). 21.
Hippodrome. Monimartre, 183.
Hôpital Bichat, lu.
Boucicant, 100.
Broca, 14t.
Bcaujoo, 86.
Broussais. 152.
de la Charité, 07.
Cochin, 146.
Ricord, 146.
Debroasse, S04.
d'enfants, r. de Maistre, m.
des Enfants malades, IS7-S.
Hérold, 193.
l.acoDec, 73.
I^riboisière, 108.
Necker. 157.
de la Pitié, 50.
Rothschild, 138-9.
Saint-Antoine, 132.
Saiot-Jaoqnes. 156-7.
Saint-Louis. I15-«.
Saint-Martin. 116.
Tenon. 203.
de la Trinité. 17-1».
Trousseau, 132.
du Val-de-Gràce 5!.
Hôpitaux militaires (magasin
central des . 77.
Hospice Enfants assistés, UT.
de la Maternité. 146.
des Quinze-Vingts. 133.
de la Salpétricrc, 137-g.
Hospitalité de nuit. 177.
Hôtel Barbette. 3t.
de Beauvais, 38.
Carnavalet, 30-1.
de Cluny, 56.
Fieubet, 40.
Gaillard, 177.
Lambert. 44.
Lamoigoon, 39.
de Lauzun. 44.
de Ncsic, 58.
des Postes, 9.
de Rothschild, s.
Saint-Paul, 40.
Salé, 31.
Sardini, 51.
de Sens, 38.
Thiers, 94.
de Thorigny, 31.
des Ventes, 103.
Hôtel de -ville, 3S-«.
Ile des Cygnes. 158-9.
Saint-Louis. 44.
Impasse du Déi>otoir, 193.
Frederick -Lemaiire, 19S.
Guclma. ISI.
do Monifauoon. 195.
Imprimerie nationale, 31.
Institut agronomique, 54.
commercial. 178.
de France. 58-9.
Pasteur. 156.
Institution nationale des jco-
nes aveugles. 76.
des sourds-muets. 52-3.
Invalides hôtel des . 73 3.
Jardin des Plantes. 4» 50.
Lac Saint-Fargeau, 199.
Larousse Oibrairie'. 63.
Légation du s-iim-sioge, 73.
Légion d'honneur palais), 74.
Lion de Belfori. 150.
Lycée Butfou. 157.
Carnot, I7S.
Charlemafne, SS-9.
Condorcel, 99.
Fcnelon. 61.
Janson-de-Sailly, 170.
Lamartine, 10t.
I.ouis-le-Graud, S«,
MoUore. 169.
233
PARIS -ATLAS
I<ycè3 Montaigne, 65.
Racine, 90-1.
Saint-Louis, 63.
Victor-Hugo, 30.
Voltaire, 120.
Mairie du I" arr., ic.
dn 11^ arr., 24.
duIII< arr., 29.
du IV' arr., 38.
du V' arr., 55.
du VI< arr., 64
du VII' arr., 74.
du VIII' arr., 89.
du IX' arr., 102.
du X« arr., 113-1.
du XI' arr., 121.
du XII' arr., 127.
du XIII' arr., 144.
du XXV' arr., 151.
du XV' arr, 154.
duXVI' arr., 169.
du XVII' arr., 180.
du XVIII' arr., 1S5.
du XIX' arr., 196.
du XX' arr., 203.
Maison de retraits Chardon-
Lagaclie, 165.
La Roclioloucauld, 151.
lie Saint-Périne, 165.
Tisseran-I. 152.
Dubois, 108.
Manufacture <Ies GoljcliDs, 14 1.
des tabacs iGros-Caillou,, 77.
des tabacs iReuillvj, 132.
Marbres de l'Ktat (dépôt des), 77.
Marché aux bestiaux, 192.
des Blancs-Manteaux, 40.
des Carmes, 55.
aux chevaux, 144.
des Patriarches, 51.
Saint-Germain, 64.
Saint-Honoré, 6.
Sainte-Catherine, 39.
Mênilmontant, 197-204.
Métropolitain i^ch. de fer), 135.
Ministère 'i''^ Atfaires étran-
gères, 73.
de l'Agriculture, 75.
du Commerce, 74.
de la Guerre, 74.
de l'Instruction publique, 74.
do l'Intérieur, 89.
de la Marine, 82.
des Travaux publics, 71.
Mire du nord, 184.
Molière, maison natale, 15.
mortuaire, 7.
Monc3au, 177.
Monnaies U'itol des), 15, 58.
Mont-de-Piétè, 37.
Montfaucon (gibet de), 195.
Montmartre, 181-7.
Morgue lia , 12, 44.
Musée Carnavalet, 30-1.
Cornusclii, 92,
de Cluny, 56.
Galliera, 172.
Guiniet, 172.
du Louvre, 9-4.
du Luxembourg, 62-3.
Muséum d'histoire naturelle,
49-50.
Obélisque do Lou^isor, 82.
Observatoire, U7.
Palais (grand et petit) dos
Beaux-Arts, 84.
Bourbon, 74.
de Justice, 13.
du Louvre, 2-4.
du Luxembourg, &'i-3.
Koyal, 8.
des Thermes, 56.
du Trocadéro, 172.
des Tuileries, 3, 4-S.
Panthéon (Icj, 55.
Parc Monceau, 91-2.
Mootsouris, 149.
Passage dos I::aux, I68.
derEly.sée-desB.-Arls, 184.
Charlomagnc, 38.
Choisoul, 22.
du Commerce, 6I.
dos Panoramas, 20.
l'ecquay, 34.
Siondhal, 203.
Vendôme, 2».
Passy (arrondiss. do), 161-72.
PlaCA d'Anvers, 104.
do la Bastille, 41.
do Bilcho, 191.
Baudoycr, 38.
du Carrousel, 4.
Place Beauvau, 90.
du Châleau-Rouge, 1S6.
lia Châteict, 12.
du Commerce, 159.
de la Concorde, 81-4.
Dancourt, 187.
du Danube, 193.
Dai
1, 128.
Dauphine, 14.
des Etats-Unis, 172.
de l'Etoile, 174-5.
de l'Europe, 90-2.
des Fêtes, 194.
de Fontenoy, 76.
Gambetta, 203.
d'Iéna, 172.
Malesherbes, 177.
Maubcrt, 55.
de la Nation, 129-30.
de l'Observatoire, 54.
Possoz, 169.
de la République, 114, 124.
de la Roquette, 121.
Saint-Jacques, 150.
Saint-Sulpice, 64.
Saint-Pierre, 187.
Scipion, 50.
du Tertre, 186.
de la Trinité, 95.
Valhubert, 138.
des Victoires, 24.
Vintimille, 96.
Voltaire, 121.
des Vosges, 41-2.
AVagram, 178.
Point-du-Jour (le), 163.
Pont Alexandre III, 84-5.
de l'Aima, 77.
d'Arcole, 44.
des Arts. 2, 16.
de Bercy, 140.
du Carrousel, 16.
Caulainoourt, 183.
au Change, 12, 44.
de la Concorde, 74.
de Grenelle, 159.
d'Iéna, 77.
des Invalides, 77.
Jean-Françûis-Lépine, 188.
Louis-Philippe, 44.
Marcadet, 188.
Marie, 44.
Mirabeau, 160.
National, 126, 140.
Neuf, 14.
Notre-Dame, 44.
du Point-du-Jour, 163.
Royal, 16.
Saint-Ange, 188.
Saint-Louis, 44.
de Solferino, 16.
Sully, 41, 44.
do Tolbiac, 140.
de la Tournelle, 44.
Porcherons (les), 100.
Porte IJuréi', 126.
.Saint-Denis, 112.
.Saiut-.Martin, 113.
Postes et télégraphes (admi-
nistration génôr. des), 71.
Pré aux Clercs, ".
Présidence de la Chambre (hô-
tel de la), 73-4.
Prison do la Force, 39.
des Madolonnettcs, 27-8.
do Mazas, 132.
do la Roquette, 121.
Sainte-Pélagie, 50.
de la Santé, 140.
Puits artésien de la Butte-aux-
Caillos, 112-3.
dit do Grenelle, 157.
Pyramide do d'Aguossoau, à
Auteuil, 164.
Quai d'Anjou, 41.
do B6thuno, 44.
des Célostins, 40.
do Conti, 59-60.
do l'Horloge, 13.
d'Orsay, 69.
do Passy, 168.
Quartier d'Amérique, 193-4.
des Archive», 30-2.
do l'Arsenal, 40-2.
des Artsel-Métiors, 25-8.
d'AuieUil, 161-7.
des Batiguolles, 178-80.
du Uel-Air, 125-6.
de Belluvillc, 197-9.
do Bercy, 130-2.
do Bonne-Nouvollo, 18-t.
do Chaillot, 171-2.
Quartier dos Cliami)S-Elysoes,
Sl-5.
de la Chapelle, 187-8.
de Charonne, 203-4.
delaChaus.-d'Antin, 96-101.
de Clignancourt, 181-7.
du Combat, 194-6.
Croulebarbe, 143-4.
de l'Ecole-Militaire, 75-6.
des Enfants-Rouges, 32.
des Epinettes, 180.
de l'Europe, 90-2.
du Faub. -Montmartre, 101-3.
du Faubourg-du-RouIe, 85-7.
de la Folie-Méricourt, 117-9.
Gaillon, 22.
de la Gare, 139-40.
de la Goutto-d'Or, 187-8.
desGrandes-Carrières, 183-1.
de Grenelle, 158-9.
du Gros-Caillou, 76-80.
des Halles, 10-4.
de l'Hôpital-St-Louis, U5-6.
des Invalides, 72-5.
du Jardiu-des-Plan tes, 49-52.
de Javel, 159-60.
de la Madeleine, 87-90.
du Mail, 24.
de la Maison-Blanche, 140-3.
de la Monnaie, 57-61.
Montparnasse, 145-9.
de la Muette, 167-9.
Necker, 155-8.
Notre-Dame, 42-4.
N.-D.-des-Champs, 65-6.
de l'Odéon, 61-5.
du Palais-Royal, 7-9.
du Petit-Montrougc, 150-3.
de Picpus, 126-30.
do la Place-Vendùme, 5-7.
de la Plaine-Monceau, 177-8,
de Plaisance, 152.
du Père-Lachaise, 200-3.
du Pont-do-Flandre, 192-3.
de la Porte-Dauphine, 169-71 .
de la Porte-St-Denis, 110-3.
de la Porte-St-Martin,U3-r,.
des Quinze-Vingts, 132-6.
Rochechouart, 103-4.
de la Roquette, 120-2.
Saint-Ambroise, nu-2o.
Sainte-Avoie, 32.
Sainte-Marguerite, 122-i.
Saint-Fargoau, 199-200.
Saint-Georges, 94-6.
Saint -Germain - l'AuxorrolK,
1-5, 15-6.
St.-Germain-des-Prcs, iw-x.
Saint-Gervais, 37-40.
Saint-Lambert, 154-5.
Saint-Morri, 33-7.
Saint-Thomas-d'Aquiu,0'.i 7.'
Saint-Victor, 45-48.
do la Salpêlrière, 137-9.
de la Santé, 14'J-50.
do la Sorbonne, 56.
des Ternes, 173-7.
du Val-do-Grâco, 52.
de la Villette, 190-2.
Vivienne, 23-4.
Racine(maisonmortuaire de), os.
Ranelagh (le), 16S-9.
Râpée-Bercy (la), 120.
Réservoir do Bellevillo. 200.
de la Dhuis (Mênilmontant),
200.
do Montmartre, 186.
do la Vanno, 149.
Rotonde Saint-Martin, |9I.
Rue des Abbesses, 184.
Alboni, 167.
d'Alésia, 150.
d'Allemagne, 191-2.
d'Alleray, 155.
de l'Ancienno-Comédu', 01.
André-GiU, 187.
d'Angouléinc, 118.
dos Annelcts, 191.
Antoinette, 187.
des Arènes, 48.
d'Argontouil, 0.
des Arquebusiers, 29.
d'Artois, 86.
d'Assas, 05.
d'Astorg, 89.
d'Auburvillicr», 188, 189.
Aubry-lo-Boucher, 34.
d'Avron, 201.
du Bac, 7.
de Bagneux, 06.
do Balzac, 86.
do lu Banque, 21.
Rue de la Barre, isc.
Bavard, 85.
Bayen, 174, 176.
Beauregard, 19.
des Beaux-Arts, 63.
Beethoven, 167.
Belidor, 176.
de Bellefond, 103.
des Belles-Feuilles, 171.
de BelIeviUe, 198.
Benjamin-Godard, 163.
Béranger, 29.
Bernard-Palissy, 68.
Berton, 1S8.
de la Bienfaisance, 92.
Bleue, 103.
Boileau, 163.
Bolivar, 195.
de la Bonne, 186.
Botzaris, 194.
de la Bouie-Rouge, 102.
des Boulets, 123.
Bouret, 195.
du Bourg-Tibourg, 37.
Bréda, 94.
Broca, 143.
Cadet, 102-3.
Campagne-Première, 149.
des Capucines, 21-2.
du Cardinal-Lemoine, 16.
des Carmes, 55.
Caron, 39.
des Cascades, 199.
Cassette, 66.
Cassini, 146.
Caulaincourt, 183.
do Chabrol, 107.
de Chaillot, 172.
do Chaligny, 132.
de la Chapelle, 187-8.
Chapon, 32.
de la Charbonnière, 187.
de Charonne, 121-2.
du Château, 151.
de Châtcaudun, 95.
du Château-Landon, 109.
Château-des-Reutiers, Mo.
Chauchat, 102.
de la Chaussée d'Antin,96-7.
Chauvolot, 155.
du Chcmin-Vcrt, 120.
do la Chine, 203.
Christine, 60.
do la Cité, 42.
Claudo-Chahu, 169.
Claude-Docaeu, 126, 127.
do Clichy, 95.
du Cloitrc-Saint-Merri, 34.
Clovis, 48.
do Cléry, 19.
du Coiisée, 86-7.
Cundorcct, 104.
Corvisart, 143.
do Courcelles, 86.
Corlambert, 169.
do Crimée, 190-1.
Croulebarbe, 143.
Crozatier, 132.
Curial, 191.
Custine, 186.
Danrémont, 183.
Danton, 60.
Darboy, 118.
Daroau, 150.
Daru, 86.
Dauphiuo, 60.
1 lavai, 124.
Dc'guorry, 118.
Dolarocho, 169.
Denfort-Rochoreau, 53, 147.
du Dessous -dos - Borges,
139-40.
liouUoauville, 188.
Iiuguay-Trouin, GO.
de ri';chi(|uior, 112.
dos Écoulfos, 39.
d Enghion, 112.
Étienno-Marcel, 21.
des Étuvos, 34.
du Faubourg -Poissonnière,
104, 111-2.
du Faubourg-Suint-Autoine,
123-4.
du Faubourg-StDonis, 112.
du Faubourg -St-Juc(jues,l 16.
du Faubuurg-St-Martiu, 113.
Faustin-llélio, 169.
du Fer-a-Moulin, 50,
des Fvnillulitines, 53.
do la Fidélité, 106.
du Fignior-Saiut-l'uul, 38.
do Fleurus, 60.
RueFlorian, 204.
do la Folie-Regnault, 121.
de la Fontaino-du-But, 183.
des Fontaines, 28.
de Fourcy, 38.
des Fourneaux, 156.
François-Miron, 38.
François-I", 85.
Franklin, 167.
Gaillon, 22.
Galilée, 85.
Gavarni, 169.
Geotfroy-l'.ingevin, 34.
Geolfroy-Marie, 102.
Girardon, 184.
des Gobelins. 141.
des Grands-.\ugustins, 60.
do laGrangc-Batelière, 102-2.
de la Grange-aux-Merciers.
130.
Grégoiro-de-Tours, 61.
de Grenelle, 70-1.
Grenier-Saint-Lazare, 32.
Guersant, 176
Guillaumo-Toll, 176.
Guillou, 168.
d'Hauteville, 109, 111.
Haxo, 200.
d'Héliopolis, 176.
Hittorir, 114.
Iloudon, 181.
deslmmeubles-lndust., 123.
Jacob, 68.
du Japon, 203.
de Javel, 159.
Jean-Bart, 60.
Jeau-François-Lépine, 187-8.
Jeau-Goujou, 85.
Jean-Jacques-Rousseau, 8.
Jeanne-d'Arc, 139.
de Jossaint, 187.
Je JoinviUo, 191.
Joubort, 100.
du Jourdain, 198.
do Jouy, 38.
des Juges-Consuls, 34.
des Juifs, 39.
Julion-Lacroix, 198.
do Kabylie, 191.
Lacroix, Iso.
de La Fayette, 104, 109.
Laflitte, 101.
Lagrange, 55.
Lamarck, 183.
Lamblardio, 129.
do La Tour-d'Auverguo, 103.
Laugior, 176.
Léoiiuld-Robert, 149.
Lepic, 183.
de Lévis, 177.
Lhomoud, 53-4.
des Lombards, 34.
Luuis-Thuillior, 53.
do la Lune, 19.
do Lyon, 133.
Madame, 66.
Mademoiselle, 159.
du Mail, 24.
Malher, 39.
Marcadet, 183.
de la Maro, 199.
du Maroc, 191.
des Martyrs, 95, 187.
de la .Masure, 38.
des Matliurins, 88.
do Maubeuge, 104.
Maubuée, 31.
Mazarine, 61.
Mazet, 57, 61.
do Meaux, loi.
Méchain, 146.
do Mênilmontant, 198.
Michol-lo-Comto, 3t.
Molière, 6.
.Monge, 51.
do lu Monnaie, 15.
lie la .Monlagno-Sainlo-G»
neviève, 47.
do .MoMtchanin, 177.
Montompuivro, 120.
Munthulon. 104.
«h's Montibieufs, 203.
du Montmorency, 32.
du Montparnasse, 65.
dn Moiii-Tliabor, 5.
do .Moniv.in, 102.
dos .Morillons, 155.
Moull'otard, 52.
.Muuton-Duvornot, 151.
dos Murs-do-la-HuquotlOr
121.
NecUer, 30.
I.MJKX AIJMIAHF-TIQLE
239
Rue de Nemours, lis.
Bue (les PoitcviDS, 60.
Bue Saint-Biaise, 201.
Bue de Tarbigo, 2, lî. t'.
Temple •'!«,, M-».
do la Neva, 86.
de Poitiers, 70,
Saint-Bon, 31.
de TurcuDC, 30. 40.
de roraioire. 15.
do Nicolai, 130.
Polonceau, 187.
Saint^^harlcs, 159.
de Vaogirard, 151.
de Pa:il*:-moùt, Tl.
Nicolas-Flamcl, 33.
Poncelet, 177.
.Saint-Denis, 17-8.
de Venise, 31.
Temple "^a •,• ?.;..,••. ti.
Nicole, 199.
du Pont-aux-Clioux. 29.
.Saint-Dominique, 70.
de la Victoire, 100-1.
Théâtre .,.. 45.
dos Nonnains-d'Hyères, 38.
du Pont-dc-I,odi, co.
Saint-Florentin, 5.
Victor-Masse, 94-5.
de ;
do Norvins, 181.
de Pontoiso , 46.
Saint-Lazare, 95.
Vi.Jc-Oousset, 14.
•1'; . -
Notro-Dame-de-Lorctto, 91.
de Popincourt, 119.
Saint-Martin, 26-7.
Vignon, 89.
de-, i^vj.J' -i ;ir,-;'-ii*. 8î.
Notre -Damo-de-Recou-
du Pré-.Saint-Gcrvais, 194.
des Saints-Pères, 07.
de Villafranca, 155.
de laCoEoé^iitc-FraDçaue, 7-9.
vrance, 19.
du Prévôt, 38.
Saint-Victor, 45.
do la VillenouTe, 19.
Déjazet, 29.
Nouvelle, 95.
du Printemps, 177.
do la Santé, 146.
Vineuse, 167.
de l'Eldorado. 113.
Oberkampf, 120.
de la Procession , 135.
des Saules, 184.
de Vintimille, 96.
da Grmiia.«e, 112.
d'Orchampt, 181.
de Provence, 101.
Sauvai, 15.
Visconii. 68.
Mondain, 97.
Ordener, 188.
du Puits-de-l'Ermite, 50.
de Savics, 199.
Vital, 169.
MoDtDurire, 187.
d'Ormesson, 39.
dos Quatro-Fils, 32.
de Savoie 60.
Vitroie, 204.
MoDtparoas'^. lig.
d'Orsel, 180.
Quincampoix, 34.
Secrétan, 195.
Vivicnne, 23-4.
NoOTeau-Théâtrc, »5.
des Orteaux, 204.
Rabelais, 86.
Scdaine, 121.
Saint-Bernard fportc), 46.
delOi'---. r::.
au-x Ours. 32.
Raynouard, 167.
du Sergent-Bauchat, 128-9.
Saint-Chauinond'coav.dei,l8.
de I i-r
du PaoD-Blaoc, 38.
du Regard, 60.
Servandoni, 61.
Sainte-Chapelle la . 13.
dei' ..,.
de Paradis, 112.
du Rendez-Vous. 120.
de S'vigné, 30-1, 39.
Saint-Lazare maison de;, I lo-
de : ' 115.
du Parc-Royal, 30.
Rennequin, 17G.
de Sèvres, 66.
in.
de!i; -m.iiî
des Partants, 200-1.
de Renues, 68.
Simon-Lcfranc, 34.
Saint-Nicolas fonvroir;. 66.
de .a .5.
du Pas-de-la-Mule, 29-30.
de Reuilly, 127.
du Soleil, 198.
Séminaire 'liocésain, 64.
.Sara
de Passy, 168.
de la Réunion, 204.
des Solitaires. 194.
Sénat [.alais . V. Luiemljonrg.
de ia :
Payenne, 31.
de la Roy nie, 34.
do Strasbourg, 107.
Sorbonne la.. 56.
des Vai..,ic,. i„.
PérignoD, 157.
de Richelieu, 6, 7.
Suger, 60.
Square des Arts-ct-Métiers, 32.
du Vaudeville. 96.
Pernclle, 35.
Richer, 102.
de Tanger, 191.
des Batignolles, 180.
TivoU Waui-Hall, 115.
du Petit-Musc, 40.
Riquet, 191.
de Tarcnte, 99.
des Épincttcs, 180.
Tour de la Bastille an quai da
Célcstins. 41.
des Petites-Écuries, 112.
Rochoohouart, 103.
du Télégraphe, 200.
des Innocents, !l-2.
[ de Picpus, 128.
du Roi-de-Sicile, 39.
des Terres-au-Curé, 140.
Louvois, 22.
EilTel. 78.
Pliilippe-de-Girard, 187.
des Rondeaux, 203.
du Théâtre, 159.
des Ménages, 72.
de Jf ail .Saas-Peur, î*.
Pierre -au-Lard, 34.
Roquépine, 89.
Thorel, 19.
Montholon, 120.
Saii,:-Jac lues. 31.
Pierre-BuUet, 114.
des Rosiers. 39.
Titon, r23.
de la Sorbonne, 54-6.
Tournelle i-or . e 1 qoai de I»), 4i.
Piorre-le-Grand, 86.
Roubo, 123.
de Tocquovillc, 177.
Parmentier, 104.
Tribiinal ;•; ; mmerce. 43.
Piorre-Lescot, 12.
du Ruisseau, 183.
de Tolbiac, 140.
Saint-Pierre, 187.
Université aajli.,ne. ««.
Pixérécourt, 198.
du Sabot, 68.
de la Tombe-Issoire, 150.
du Temple, 29.
Villa u,-- .;-aj.:-,. >.k:
des Plantes, 151.
Saint-.\ndré-des Arts, 60.
de la Tour, 167.
Victor. 100.
M.jaliuorejicy. 166.
Villette la,, 189-96.
de Poissy, 46.
Saint-Antoine, 38, 40, 41-2.
Trausnooaio, 32.
Synagogue r. de la Victoire, 102.
ENVIRONS DE PARIS
Ablon, 231.
Achcres. 218.
Argenleuil, 220.
Athis-.Mons, 231.
Bellevuc, 208.
Berny, 231.
Billancourt, 206.
Bongival, 214.
Boulogne (bois do}, 205-6.
Colle-Saint-Cloud (la), 220.
Cbaotilly, 225-6.
Chaville, 207.
Chevreuse, 236.
Choisy-le-Roi, 231
Compiègne, 226-8.
Corbeil, 234-5.
Courbevoie, 213.
Danipierre, 236.
Enghien, 223.
Ermenonville, 228.
Étampes, 235.
Fontainebleau, 233-4.
Garches, 219.
Joinville-le-Pont, 231.
Juvisy, 231.
Loges (maison d educ. des), 217-8.
Louvecicnnes, 220.
Maisons-Laftilte, 218.
Malmaison (la], 213-4.
Mantes, 219.
Marche (la), 219.
Marly -la-Machine, 211.
Marly-le-Roi, 220.
Marne (tour do), 230-1.
Marnes, 319.
Meudon, 208.
.MonlUiéry. 235.
Montmorency. 224.
?.Iont Valérien, 207,
Nanterre, 213.
Neuilly, 213.
Orgeval, 219.
Poissy, 218-9.
Pontoise, 224-5.
Pori-Marly, 214-5.
Putoaux, 213.
Rambouillet, 236.
Rueil. 213.
Saint-Cloud. 207.
Saint-Cyr-l'École, îlî.
Saint-Germain. 215-8.
Saint-Denis, 221-3.
Sèvres (maonraciure de), 207.
Trianons (les), 211-2.
Vaucresson. 219.
Vaux-de-Cernay (les). Î3S.
Versailles, 308-11.
Ville-d'.\vray. 207.
Vîncennes. 329-30.
Viroflay, 307.
CLASSEME.NT DES CARTES ET PLANS
pL.iN DE P.AJUS En regard delà page
l'^'.VuUOXDiSSEMENT. .
II" ^ —
III' — —
IV' — —
^■' — —
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VI le _ _
XVI
VIII»
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2i
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XIII^-
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XIV'=
80
xv°
.ARRONDISSEMENT. Enregaiddela page
92
XVI' Arrondissement.
104
XVII» —
110
.WIII» —
124
XL\°
13C
.XX«
144
Vers.iili.les
132
Environs de P.vris . . .
160
FONT.ilNEDLE.Vl-
180
188
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212
220
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Paris, — Imp. I .akou.^se, 17, rue Montparnassî.
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